Les sacrements en général

Dans la vie de foi, les sacrements représentent un moment significatif. Il est difficile, en effet, de concevoir un meilleur lieu que celui-ci pour vérifier directement la collaboration entre la nature et la grâce. La vérité qui peut être appréhendée dans la vie sacramentelle apparaît précisément au moment où la grandeur de la Grâce vient s’insérer et agir dans la créature. Celle-ci est alors comme transportée au-dessus d’elle-même, et commence à participer dès à présent à la vie divine. C’est donc à bon droit que nos frères d’Orient qualifient la liturgie de "paradis sur terre". Dans la vie sacramentelle, nous vivons tout à la fois le sommet de l’exercice de notre liberté personnelle, et l’initiative gratuite de Dieu, qui vient à notre rencontre dans sa liberté, en nous ouvrant des espaces qui nous étaient jusqu’alors inaccessibles.

Si toute l’existence personnelle se joue sur la réponse de sens, le stade décisif est atteint au moment où nous reconnaissons que nous sommes touchés par le rayon de la Grâce : "ce moment où la lumière fait apparaître surtout l’unicité perdue de la personne"1. La vie sacramentelle est ce rayon de lumière qui éclaire l’existence en permettant d’appréhender dans l’histoire ce rapport unique et singulier avec la Grâce divine. L’action trinitaire, présente dans les sacrements, montre à l’évidence que tout procède du Père, par l’action de l’Esprit, dans le Fils incarné. L’économie salvifique trouve une réponse et une répétition sacramentelle dans cette offre pérenne que le Christ fait de soi au Père avec le don de l’Esprit.

Cette dimension débouche sur la découverte d’un autre élément de la théologie sacramentaire : sa configuration eucharistique. Tout sacrement porte en soi le signe eucharistique de l’offre que fait le Christ. Dans l’Église, pour reprendre les termes de von Balthasar, "il n’existe rien de pneumatique qui ne soit inscrit dans la dimension christologique et qui ne puisse être transposé dans le langage de l’Eucharistie"2. Ce que nous célébrons dans tous les sacrements et dans chaque sacrement, est donc mémoire "rétrospective et prolectique"3. Le sacrement nous reporte en effet à cet événement unique de la vie de l’Église, son origine de la côte de Jésus de Nazareth, mais en même temps, il est l’annonce féconde de son retour dans la gloire. Tout sacrement est par conséquent un acte d’obéissance du Fils au Père, comme don entier et total de soi à sa volonté. Tout sacrement est donc "eucharistique", par le fait qu’il exprime toujours et partout l’offre libre et obéissante du Christ au Père, en présence de l’Esprit.

C’est pourquoi il est possible de dépasser, dans la vie sacramentelle, la diatribe de Lessing, parce que le temps de l’Église est, de par sa nature même, un temps en qui les éléments humain et divin trouvent un terrain commun dans la contemporanéité qui n’efface pas l’unicité de l’"une fois pour toutes" (efapax) de l’événement Jésus-Christ, mais le présente intact dans cet espace particulier des "quarante jours" au cours desquels le Christ ressuscité demeure avec ses disciples. La vie à la suite du Christ porte ainsi l’empreinte de la dimension sacramentelle. L’horizon eucharistique dans lequel il faut situer toute la vie sacramentelle est la conjonction entre l’unicité de l’événement pascal de la mort et résurrection de Jésus et sa fidèle et efficace répétition dans notre histoire. C’est pourquoi, de manière eucharistique, il est un signe efficace de salut et le prélude à une vie de Grâce donnée dès à présent à celui qui croit.

Rino Fisichella

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1 cf. H. U. von Balthasar, "Pneuma e istituzione", in Lo Spirito e l'Istituzione, Brescia 1979, 173.

2 Ibidem, 197.

3 cf. H. U. von Balthasar, Gloria, Nuovo Patto, voi VII, 169.