NOTRE SACERDOCE
Tome 2 – 1° partie
DISCOURS AU TROISIÈME CONGRES DES PRÊTRES-ADORATEURS
D’ITALIE
DISCOURS A DES AUMÔNIERS D’ACTION CATHOLIQUE
DISCOURS AUX SÉMINARISTES DES COLLÈGES ROMAINS
EXHORTATION APOSTOLIQUE AUX PRÊTRES ET SÉMINARISTES
MOBILISÉS
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
LETTRE ENCYCLIQUE « SÆCULO EXEUNTE OCTAVO »
A L’ÉPISCOPAT DU PORTUGAL SUR L’APOSTOLAT MISSIONNAIRE
DISCOURS A DE JEUNES ÉPOUX SUR LE SACERDOCE ET LE
MARIAGE
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
LETTRE POUR LE TRICENTENAIRE DE LA COMPAGNIE DE
SAINT-SULPICE
ALLOCUTION AU SACRÉ COLLÈGE ET A LA CURIE ROMAINE
PRESCRIPTIONS DU
SAINT-OFFICE CONCERNANT LE MINISTÈRE DE LA CONFESSION
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
DISCOURS
AUX CURÉS ET AUX
PRÉDICATEURS DE CARÊME DE
LA VILLE DE
ROME
DISCOURS AU CHAPITRE GENERAL DES DOMINICAINS
EXHORTATION AU CLERGÉ LORS DE LA CANONISATION DE SAINT
JOSEPH CAFASSO
RADIO-MESSAGE AU CONGRES EUCHARISTIQUE NATIONAL DE
NANTES
DISCOURS POUR LA CANONISATION DE SAINT LOUIS-MARIE
GRIGNION DE MONTFORT
ENCYCLIQUE « MEDIATOR DEI » SUR LA SAINTE
LITURGIE
CONSTITUTION APOSTOLIQUE « SACRAMENTUM
ORDINIS »
EXHORTATION AU CLERGÉ INDIGÈNE
LETTRE AU MINISTRE
GÉNÉRAL DES CAPUCINS SUR L’APOSTOLAT
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
DISCOURS AU SÉMINAIRE PONTIFICAL D’ANAGNI
DISCOURS AUX CURÉS ET AUX PRÉDICATEURS DE CARÊME DE LA
VILLE DE ROME
INSTRUCTION DE LA COMMISSION BIBLIQUE SUR L’ENSEIGNEMENT DE
LA SAINTE ECRITURE
ENCYCLIQUE « HUMANI GENERIS » SUR LA
DOCTRINE CATHOLIQUE
Cette Heure Sainte fut
prononcée en latin dans la Basilique du Rosaire à Lourdes, devant une imposante
assemblée de prêtres, par le Cardinal Pacelli, Légat du Pape pour le triduum
solennel du Jubilé de la Rédemption (1). En raison de l'importance de ce
Discours consacré à la spiritualité sacerdotale, il a paru bon de le faire
figurer en tête des Documents du Pontificat du Sa Sainteté le Pape Pie XII.
Frères bien-aimés dans le sacerdoce, durant ces trois jours et ces trois nuits qui, avec l'entière approbation du Pontife Romain, mettent un terme et comme un couronnement au Jubilé de la Rédemption, la grotte de la Vierge immaculée, de la Vénérable Mère du Rédempteur, attire à Lourdes les regards et les cœurs de tout le monde catholique, du levant à l'occident ; elle unit dans un seul esprit, une seule foi, une seule prière, un même sacrifice eucharistique, la famille entière des chrétiens, dont les mains suppliantes, levées vers le Rédempteur et sa Très Sainte Mère et Corédemptrice, implorent la miséricorde pour le genre humain, annoncent la paix, promettent le salut.
C'est un tableau admirable et
digne du ciel qui s'offre aux yeux des fidèles, durant ces jours sacrés, dans
la ville de Lourdes, devenue le but et comme le confluent des innombrables
pèlerins de toute langue et de toute nation, et dans la miraculeuse grotte de
Massabielle où se célèbrent les solennités jubilaires : le triomphe du Roi
eucharistique et les louanges de la Vierge-Mère y sont étroitement accordés en
un seul et mystique concert; Dieu et les hommes y contemplent un spectacle que
rien ne pourra arracher de notre mémoire ni de notre cœur; nous garderons
jusqu'au dernier souffle de notre vie le souvenir des consolations et des joies
qu'il nous procure, et nous avons le droit de nous écrier joyeusement avec le
prophète : Je Vous exalterai, ô Dieu, mon Roi, et Je bénirai votre Nom dans
les siècles des siècles (2).
Néanmoins, cette causerie intime avec vous, cette communication d'un frère avec ses frères, comme entre les murs de la maison de famille, m'émeut plus profondément, quand je réfléchis à ceci : que nulle part je ne pourrais, plus opportunément et plus librement qu'en votre assemblée sacerdotale, vous transmettre le salut et la bénédiction du Père commun de toute l'Église, absent de corps mais présent d'esprit, vous parler pour ainsi dire bouche à bouche (3) et vous adresser, en vue de développer notre sainteté et par manière de commune exhortation, les paroles qui paraissent le plus en rapport avec les vœux de Celui dont je suis le légat et avec la gravité des temps.
Il n'est personne ici qui ne se rappelle avec émotion l'heure où la main de l'évêque, posée sur nos têtes, nous fit, par la puissance mystérieuse de l'Esprit, prêtres du Christ, nous revêtant d'une dignité que redouteraient les anges eux-mêmes ; cette dignité cependant nous donne une vive confiance qu'elle apporte avec elle le gage le plus haut de l'amitié divine ; on nous l'a assez déclaré quand on a fait résonner ces mots à nos oreilles : Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, Je vous appellerai mes amis (4). De ces paroles vraiment célestes de notre Sauveur, nous éprouvons les admirables effets, nous qui sommes ici rassemblés de différents pays, unis par le lien d'une charité mutuelle, étroitement enchaînés par la communion qu'établit entre nous le Corps du Christ, attachés les uns aux autres par la dignité sacerdotale ; ainsi se réalisent pleinement les paroles du Christ à son Père durant la dernière Cène : Qu'ils soient un comme nous (5).
Quoi donc de plus opportun, quoi de plus profitable, que de traiter de l'étendue et de la dignité de notre charge sacerdotale ? Plus sera vive en nos âmes la conscience de notre dignité, des devoirs redoutables qui l'accompagnent et du compte qu'il en faudra rendre au Souverain Juge, moins en conséquence il y aura de place dans le clergé pour la paresse, la négligence et la lâcheté, et plus nous mettrons de ferveur à offrir à Dieu toutes les forces de notre corps et de notre âme pour travailler au salut de nos frères.
Prêtres très chers, en commençant à vous parler de l'étendue de cette charge divine, inaccessible aux forces humaines — il ne s'agit de rien moins que de l'administration du Sang du Christ, de la Rédemption du genre humain, — qu'il me soit permis de faire d'abord en quelques mots l'esquisse plutôt que l'exposé de l'immense nécessité de l'assistance divine en notre temps. Il y a là, du reste, un puissant stimulant pour nous exciter à nous acquitter de notre tâche avec plus de zèle. Car, si le prophète se sentait défaillir et perdre le souffle : Là défaillance me saisit à cause des pécheurs qui abandonnent ta loi (6), combien plus nous devons être animés du zèle de la gloire divine et nous écrier avec l'Apôtre : Qui est faible que je ne sois faible aussi ? Qui vient à tomber sans qu'un feu me dévore ? (7)
En effet, il n'est pas besoin d'une profonde réflexion sur l'état du catholicisme — une légère attention y suffit — pour apercevoir combien grandes sont la déchéance et la misère de notre époque. Sans parler de ceux qui gisent dans les ténèbres du paganisme, de ceux que l'hérésie a séparés et arrachés de la barque de Pierre, de ceux enfin que la désobéissance a fait sortir de l'Église catholique : bornons-nous à contempler, plus près de nous, en tant de membres du Corps Mystique du Christ, le spectacle de plaies innombrables et très graves.
Ce n'est pas à décrire la corruption
des mœurs que je m'arrêterai. Je ferai plutôt remarquer un caractère propre à
notre temps que le Vicaire du Christ, glorieusement régnant, a gravé dans son
Encyclique du 3 mai 1932 (8), et qui doit attirer fortement notre
attention, si nous voulons seulement être des prêtres dignes de leur ministère
sacerdotal. A notre époque, en effet, ce n'est plus comme jadis, quelques
hommes, « peu nombreux, isolés et constituant des exceptions », qui ont
abandonné leur foi, mais « — ce qui est douloureux en vérité — un très grand
nombre d'hommes », surtout parmi ceux qu'on est convenu d'appeler les « intellectuels » et
les « prolétaires ». Quoi qu'il en coûte, il faut le confesser ouvertement : une
grande partie de ceux qui sont considérés comme des lumières de la science
moderne ont perdu la foi et sont infectés du virus de l'impiété.
Plus triste encore, s'il est possible, la condition des classes laborieuses et des ouvriers, qui émeut au plus haut degré le Souverain Pontife, ainsi que l'atteste l'Encyclique que nous avons déjà rappelée, Caritate Christi compulsi. Non moins qu'aux jours de sa vie mortelle, il nous semble entendre le Christ redire ces paroles : Misereor super turbam (9). Car telle est la perturbation économique qui secoue le monde entier et qui, naturellement, angoisse surtout le peuple et le livre à la torture de la faim, qu'à peine peut-on se souvenir d'avoir jamais vu crise si grave. Aussi la misère matérielle, qui a réuni des bataillons innombrables de malheureux, a-t-elle été perfidement exploitée par les ennemis de l'Église : on s'en est servi pour tromper le peuple par de fallacieuses promesses, l'attirer aux erreurs du socialisme et du communisme, et le pousser au mépris et à la négation, non seulement de la religion chrétienne, mais de Dieu même. Si tant d'efforts insensés étaient demeurés stériles, notre tristesse serait moindre. Mais, hélas ! une multitude innombrable de prolétaires a fait naufrage dans la foi ; des hommes, régénérés par les eaux du baptême, vivent, surtout dans les grandes villes, comme des païens, et les foules qui autrefois suivaient Jésus afin de l’entendre et d'être guéries de leurs maux (10) se sont maintenant éloignées de Lui et en suivent d'autres, qui sont en vérité des « aveugles et conducteurs d'aveugles ».
Mais c'est assez parlé des oppositions et des tristesses. Évoquons des souvenirs plus joyeux, ne soyons pas attentifs aux seules ténèbres, et ne présentons pas une fausse image de l'Église actuelle : une, catholique et apostolique, sans doute, mais sainte aussi, et mère très féconde de sainteté, qui engendre perpétuellement une très noble postérité de saints ; remarquons non seulement ces splendides lumières qui, pendant cette Année Sainte, ont été proposées au monde entier, comme un exemple et une protection, mais encore cette sainteté diffuse dans tout le genre, humain, apanage de tous les états de vie et de tous les âges, qui garde la prudente vieillesse et l'âge mûr, l'enfance innocente et le tout jeune âge, qui bien plus — chose quasi miraculeuse — défend des flammes de la concupiscence la jeunesse jetée dans une véritable fournaise de Babylone, et nous arrache cette exclamation : Oh ! qu'elle est belle, la race chaste, avec son éclat ! (11)
Cette jeunesse, le meilleur rempart de l'Action Catholique, remarquable par sa piété et ses œuvres, est placée sous le patronage de la Vierge, qui est dite sans doute belle comme la lune, éclatante comme le soleil, mais aussi terrible comme une armée rangée en bataille. Ne voyons-nous pas, pour ainsi dire de nos yeux, se renouveler les exemples de sainteté qui, au temps de l'Église primitive, ont brillé dans les prisons, les amphithéâtres et l'ombre des catacombes ? N'ont-ils pas récemment, par le témoignage de leur sang, élevé au Christ-Roi un monument plus durable que l'airain, que dis-je ? vraiment impérissable et au-dessus de toute louange, ces martyrs qui, pour la défense des droits du Christ éternel, sont tombés glorieusement, au cri répété de : « Vive le Christ-Roi ! »
Rappelez-vous surtout ces hommes dévoués à Dieu qui, disciples du Christ et du Christ crucifié, ont suivi la voie des conseils évangéliques, et qui, spirituels dans leur vie et dans leurs démarches, ont brisé leur corps, ses vices et ses concupiscences par des mortifications volontaires.
Qui pourra énumérer ces vierges pures qui, attendant la venue du céleste Époux, ont mené dans la chair une vie comparable à celle des anges !
Qui supputera le nombre, connu de Dieu mieux que des hommes, de ceux qui, même parmi les laïques, ont soif de justice, parcourent avec zèle la voie des commandements divins et atteignent les sommets de la perfection !
C'est pourquoi, très chers Frères, tout bien pesé, d'un côté la grande multitude d'hommes étrangers au Christ, de l'autre la fécondité magnifique de l'Église qui, arrosée du sang du Sauveur, produit des fruits très abondants de sainteté, nous devons nous sentir pressés de cultiver généreusement, au prix de nos sueurs, le champ du Seigneur, et pressés aussi — parce que notre effort pour recueillir une si grande moisson ne saurait suffire — de prier instamment le Maître de la moisson afin qu'il envoie des ouvriers dans son champ. (12)
Voici, en effet, dans les conseils de la divine Providence, un dessein admirable : Dieu aurait pu réaliser par Lui-même tout ce qui a trait au salut des hommes ; II a voulu cependant utiliser notre action afin que nous donnions, nous, le travail, et Lui, la grâce et l'efficacité. Car, ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Celui qui donne la croissance, Dieu (13) ; et toutefois II ne donne pas la croissance sans la plantation et l'arrosage, qui sont l'ouvrage de l'homme.
S'il n'en était pas ainsi, à quoi bon décrire la misère de tous ceux qu'écrasé la dure servitude du péché ? Il ne resterait plus qu'à imiter Jérémie considérant ; la ruine douloureuse de la Ville Sainte, qu'à répandre des larmes et à éclater en chants lugubres. Mais c'est l'effet d'un très sage conseil, qu'entre tant de moyens merveilleux dont disposait la Providence pour restaurer l'humanité, Elle ait choisi de préférence celui qui, voilé par un plus grand mystère, susciterait l'étonnement, et qui, fruit d'un plus généreux amour, nous communiquerait avec plus d'abondance les richesses de la bonté infinie.
Par l'Incarnation, en effet, Elle nous a découvert des trésors de la divinité, tels que la vision béatifique elle-même ne nous en montre pas (14). Dieu, qui par le Verbe avait créé le monde encore inexistant, a voulu recréer par le même Verbe incarné le monde déchu. C'est ce qu'exprimé saint Augustin en ces termes : Vous m'avez créé par le Verbe et Vous m'avez recréé par le Verbe. Vous m'avez créé par le Verbe divin qui demeure en Vous, et Vous m'avez recréé par le Verbe fait chair pour nous (15). Ainsi, par le contact du Verbe divin, comme par un divin ferment déposé en elle, la multitude corrompue, unie à Dieu, a été purifiée et, pour parler comme les Pères grecs, déifiée.
Cette divine union, par l'Incarnation, du Verbe éternel avec le genre humain a pour conséquence une autre union pleine de mystère, celle de l'homme avec le Christ dans l'œuvre même de la Rédemption. Le Verbe fait chair a racheté le monde de son Sang, car Lui seul pouvait dignement satisfaire à Dieu; le Christ Lui-même nous a montré, pour aller au Père, la voie que Lui seul connaissait ; II a institué l'Église gardienne de son Sang et de sa doctrine ; personne n'a pu participer à ces institutions qui relèvent de la puissance divine. Mais quand il s'agit d'appliquer aux individus le fruit divin de sa Rédemption, II veut que ces mêmes hommes qu'il a rachetés soient associés à son œuvre, et que le salut des hommes soit achevé par des hommes ; la puissance qu'il a reçue du Père, Il l'a transmise, autant que cela peut se faire, aux hommes, à qui Il a ordonné de prêcher l'Évangile et d'administrer le saint baptême (16).
De nous donc dépend en grande partie le salut du monde, et notre action est désirée par la foule immense que nous avons décrite. Chacun de nous est véritablement un autre Christ !
Puissance divine, certes, mais en même temps redoutable, puisqu'il nous en faudra rendre compte. Sous quel jour douloureux apparaissent l'indignité, la malice du prêtre coupable, qui est pour les autres sujet de scandale ! L'envoyé du Christ, cet autre Christ, auquel le Rédempteur a communiqué sa toute-puissance pour le salut des âmes, est devenu pour leur perte l'instrument de Satan, un autre démon. Frères très chers dans le sacerdoce, en cette circonstance solennelle où l'Hostie sainte nous a réunis de toutes parts, pleurons sur ces temples profanés, sur ces tabernacles violés. Le Sacré-Cœur de Jésus a clairement révélé à sainte Marguerite-Marie Alacoque de quels flots de tristesse Le remplit l'ingratitude de ceux qui se sont consacrés plus étroitement à Lui : demandons-Lui, en de ferventes prières, qu'il ait enfin pitié d'eux. Que ces journées eucharistiques, consacrées à l'adoration perpétuelle, soient aussi des jours d'expiation et d'ardentes supplications pour les prêtres sacrilèges.
Les prêtres païens eux-mêmes étaient regardés comme séparés du vulgaire, et dans l'ancienne Loi qui, de multiples manières ; bien qu'à une distance infinie de la, réalité, préfigurait le sacrifice de la Loi nouvelle, une exceptionnelle pureté était demandée aux prêtres, surtout lorsqu'ils s'approchaient de l'autel pour le sacrifice. N'est-il pas très évident que, quoi que nous fassions, nous sommes ,impuissants à décrire une pureté qui, fût-elle parfaite, égale à celle des anges, nous rendrait, non pas dignes, mais moins indignes de monter les degrés de l'autel eucharistique ? En cette matière, nos pensées seront toujours au-dessous de la vérité, déclare en paroles enflammées saint Chrysostome : « Quelle pureté ne faudrait-il pas à celui qui jouit de ce sacrifice ! Combien plus pure que les rayons de soleil devrait être la main qui coupe cette Chair, la bouche qui se remplit d'un feu spirituel, la langue empourprée d'un Sang redoutable ! Réfléchis à quel honneur tu as été élevé, à quelle table tu es assis ! Ce que les anges ne voient qu'en tremblant, ce qu'ils ne peuvent regarder sans crainte à cause de l'éclat qui en jaillit, c'est notre nourriture ; elle s'identifie avec nous, et nous devenons un seul corps et une même chair avec le Christ. Qui dira la puissance de Dieu ?... qui fera entendre ses louanges (17) ? »
De plus, parce que le prêtre est un autre Christ, sa sainteté doit briller de l'éclat d'une vertu, de toutes la plus chrétienne, et donc éminemment sacerdotale : la charité envers le prochain. Elle est le signe des disciples du Christ, comme leur marque distinctive : En cela tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez la charité les uns pour les autres (18). Combien plus faut-il que le prêtre soit comme un ange de charité, à qui nulle misère ne soit étrangère, qui apaise toute souffrance, qui dissipe toute ombre de tristesse, auquel enfin puisse s'appliquer la parole de l'Évangile : Les pauvres sont évangélisés (19).
Voilà donc présentée à nos yeux l'image de la vie sublime du prêtre. Qu'il vive sur la terre comme les anges, après avoir surmonté les embûches du monde, de Satan et de la chair ; que, se renonçant à lui-même, il suive le Christ ; qu'ayant dépouillé le vieil homme, avec ses vices et ses convoitises, il se revête du Christ, se transforme en Lui et, devenu un autre Christ, qu'il passe en faisant le bien (20).
Espérer cela de nos seules forces, la foi enseigne que ce serait une pensée absurde ; mais l'Hostie très auguste, que nous sommes venus adorer, nous apporte le secours le plus sûr pour acquérir cette sainteté. Si chaque sacrement produit des effets qui lui sont propres, l'effet propre de l'Eucharistie, ainsi que l'enseigne saint Thomas, en accord avec la Tradition, est l'union de l'homme au Christ (21). C'est cet effet de l'Eucharistie qu'exprimé saint Paul quand il exalte l'union du Corps Mystique avec le Christ, son Chef : Le calice de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas une communion au Sang du Christ ? Et le pain que nous rompons n'est-il pas une communion au Corps du Christ ? Puisqu'il n'y a qu'un seul pain, si nombreux que nous soyons nous formons un seul corps, nous qui participons tous au même pain (22). C'est ce que le Seigneur Lui-même avait ouvertement déclaré en annonçant son union eucharistique avec chaque fidèle : Celai qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en Moi, et Moi en lui (23).
Et, ce qui surpasse tout, notre union avec le Christ dans l'Eucharistie est si intime et si parfaite que le Christ Lui-même, par une comparaison mystérieuse, la rapproche de cette communauté de vie qui existe entre le Père et le Fils : Comme mon Père, source de vie, M'a envoyé et que Je vis par mon Père, ainsi celui qui Me mange vivra aussi par Moi (24) ; comme le Père communique sa vie à son Fils, ainsi le Fils transmet sa vie à ceux qui reçoivent l'Eucharistie. Cette divine explication, fondée sur la vie même de la Très Sainte Trinité, laisse loin derrière elle toute autre explication sur la nature de notre union avec le Christ dans l'Eucharistie. Ainsi ce qu'affirmé saint Paul, à savoir que le Christ a été par sa Résurrection transformé en esprit vivifiant (25), c'est-à-dire en principe vital de tout le genre humain, se réalise surtout dans l'Eucharistie.
Voilà donc, très chers Frères,
brièvement rappelé, ce que la théologie nous enseigne de l'effet divin de
l'Eucharistie : Elle est le sacrement de l'union, de notre transformation dans
le Christ. Puisque chacun de nous désire très ardemment devenir un autre
Christ, qu'il s'approche de la source très pure d'où coule le Sang de l'Agneau
immaculé. Que ces journées eucharistiques aient pour fruit notre résolution de
vivre perpétuellement avec le Christ caché dans l'Eucharistie. Notre travail
pour le salut des âmes sera utile aussi longtemps qu'il procédera d'un esprit
vraiment sacerdotal, qui s'acquiert moins dans les livres et par la science que
dans le sanctuaire, à la lumière de sa lampe. Où palpite le Cœur du Christ, là
est l'école de l'apostolat vrai, utile, transformant; sur la poitrine et le
Cœur de Jésus, Jean est devenu l'apôtre bien-aimé ; près du cœur de Jésus,
Thomas l'incrédule a raffermi sa foi.
Du tabernacle du Roi eucharistique viennent à nous tous les dons de la grâce nécessaires à notre salut et à celui d'autrui.
Là réside le Maître des apôtres, la lumière des confesseurs, la pureté des vierges, la force des martyrs.
Là réside le bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis. Comment donc oserions-nous devenir des mercenaires, quand nous avons sous les yeux l'exemple d'un tel Maître, modèle de souffrance et récompense de ceux qui souffrent ?
Là réside Jésus qui aime la chasteté et se repaît parmi les lis (26). Sa présence eucharistique ne nous commande-t-elle pas le zèle de cette vertu, que nous devons garder avec un soin très vigilant ? Car la chasteté est comme l'habit nuptial dont doivent se parer, plus que personne, les prêtres et les serviteurs de Dieu, selon l'avertissement de l'Écriture : Ils seront saints pour Dieu et ils ne souilleront pas son nom (27).
Dans le tabernacle de la Loi nouvelle réside le Christ, Père des pauvres et amant de la pauvreté ! Quelle honte, pour un prêtre, de chercher les richesses et les honneurs du monde, après que le Maître, au-dessus de qui ne doit pas s'élever le disciple, a prêché la béatitude des pauvres et a donné Lui-même Je plus resplendissant exemple de pauvreté !
Dans le tabernacle de la nouvelle Loi, habite ce bon Maître qui, sans épargner sa peine, ne cessait en de longs voyages d'arroser de sa sueur divine les chemins les plus rudes et les plus lointains de la Judée et de la Galilée, afin de rompre le pain de la doctrine à la foule affamée ; tellement adonné à ce ministère de la parole qu'il ne s'accordait même pas le temps nécessaire à sa réfection et à son repos. Cet exemple éclatant nous presse de remplir sans mollesse, sans répit, avec un zèle ardent, notre mission divine d'instruire le peuple et surtout les enfants. Fasse Dieu qu'aucun prêtre n'ose négliger une si importante partie de son devoir !
Dans le tabernacle de la nouvelle
Loi est présent Celui qui est riche pour tous ceux qui L'invoquent (28), et
de la plénitude de qui nous avons reçu et recevrons encore grâce sur grâce
(29), pourvu que nous allions à son trône eucharistique avec une intention
droite et un cœur pur. Comment Celui qui est riche pour tous ne le serait-Il
pas encore plus pouf ses prêtres ? Comment n'accorderait-Il pas la force à ceux
qui luttent, le secours à ceux qui sont en péril, le soulagement aux affligés,
la lumière à ceux qui s'égarent, la miséricorde à ceux qui se repentent, la
victoire à ceux qui persévèrent ?
Dans le Cœur du Roi eucharistique résident caches tous les trésors de la sagesse et de la science (30), non pas de cette science vaine et vide, qui enfle, qui cherche ses intérêts au lieu de ceux de Jésus-Christ; mais bien de cette science qui édifie, qui seule peut être tout à la fois l'ornement de la vie sacerdotale et l'onction surnaturelle du devoir pastoral, ainsi que le dit saint Bernard : « II en est qui veulent savoir seulement pour savoir, et c'est curiosité honteuse ; il en est qui veulent savoir pour se faire connaître eux-mêmes, et c'est vanité honteuse ; ... il en est qui veulent savoir pour vendre leur science, ... et c'est marché honteux ; mais il en est aussi qui veulent savoir pour édifier, et c'est charité (31) ». Le Cœur du Roi eucharistique est « une fournaise ardente de charité » dont la flamme allumera, en nos âmes tièdes et livrées aux jouissances de la vie humaine, ce feu vraiment sacerdotal qu'il est venu apporter sur la terre pour qu'il y brûle. A l'aide de sa grâce, montons jusqu'aux sommets de la charité dont saint Albert le Grand a si bien écrit : « La charité en ses débuts a horreur du mal, à cause de l'aimé ; en progressant, elle fait le bien, à cause de l'aimé ; parfaite, elle n'aime rien d'autre que l'aimé (32) ». Voilà, Frères très chers, la voie vraiment royale et sacerdotale : Venez et faisons l'ascension de la montagne du Seigneur... et Il nous enseignera nos voies (33). Il nous est bon d'être sur cette montagne. Dressons-y des tentes (34), à côté du tabernacle de l’Agneau qui a été immolé, qui est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la richesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction (35).
Si donc, Frères très chers, nous désirons obtenir cette grâce si nécessaire d'une vie vraiment sacerdotale et d'une union intime avec le Christ, « il n'est pas de meilleur moyen », pour employer les paroles de saint Bonaventure, « que d'aller à celle qui est appelée à bon droit pleine de grâce et, pour ce motif, trône de la grâce (36) ». Allons donc avec confiance au trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver la grâce d'un secours opportun (37). Celle qui fut le premier tabernacle de Dieu au milieu des hommes, la Mère du Christ Jésus, Prêtre éternel, celle qui sur le Golgotha a participé intimement au sacrifice sanglant, et par là est devenue Reine des martyrs en même temps que des prêtres, en faveur de qui pourrait-elle déployer sa miséricorde et la toute-puissance de sa protection plus volontiers et plus largement que pour les ministres sacrés : qui lui demandent des grâces de vie sacerdotale ? Si donc nous voulons devenir de dignes tabernacles du Roi eucharistique, allons à elle avec confiance ; selon saint Bonaventure, elle purifie, illumine et perfectionne (38) ; disons-lui, empruntant les paroles du Docteur Séraphique : « O Vierge bénie, qui avez trouvé là grâce, qui engendrez la vie, Mère du salut, par vous nous avons accès à votre Fils, afin que par vous nous reçoive Celui qui par vous nous a été donné. Que votre pureté excuse auprès de Lui la faute de notre corruption ; que votre humilité, agréable à Dieu, ô bienheureuse, implore le pardon pour notre vanité. O bénie, par la grâce que vous avez trouvée, par la prérogative que vous avez méritée, par la miséricorde que vous avez engendrée, faites que, votre médiation aidant, Celui qui a daigné participer à notre faiblesse et à notre misère nous fasse participer, grâce à votre intercession, à sa gloire et à son bonheur (39) ».
Que
la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ ; soit avec vous tous. Ainsi soit-il.
1. Eugenio Card.
Pacelli, Segretario di Stato di Sua Santità. Discorsi e Panegirici (1931-1938).
Milano, Società Editrice « Vita e Pensiero », 2de Ed., 1959, p.
405-417. Trad.
du latin dans Discours et panégyriques de S.S. Pie XII, Ed. Bonne
Presse, Paris, 1959, p. 205-215.
2. Psaume 144, 1.
3. Nombres, 12, 8.
4. Jean, 15,
15.
5. Jean, 17, 2.
6. Psaume 118, 53.
7. 2 Corinthiens, 11, 29.
8. Encyclique Caritate Christi compulsi. (AAS
24 (1932), p. 180-182).
9. Marc, 8, 2.
10. Luc, 6, 18.
11. Sagesse, 4, 1.
12. Matthieu, 9, 38.
13. 1 Corinthiens, 3, 7.
14. Cf. Cajetan, in
Part. 9, 1, a. 1.
15. Enarr. in Ps. 143.
16. Cf. Matthieu, 28,
18-19.
17.
Hom. 82, al. 83, in Matthieu, 26, 26, Migne, PL. 58, 743.
18. Jean, 13, 35.
19. Matthieu, 11, 5.
20. Actes, 10, 38.
21. Opusc. 15, De articulis fidei et sacramentis
Ecclesiae.
22. 1 Corinthiens, 10, 16-17.
23. Jean, 6, 56.
24. Jean, 6, 57.
25. 1 Corinthiens, 15, 45.
26. Cantique, 2, 16.
27. Lévitique, 21, 6.
28. Cf. Romains, 10, 15.
29. Cf. Jean, 1, 16.
30.
Cf. Colossiens, 2, 3.
31.
In Cant. 36, 5. Migne, PL. 183, 968. — Cf. T. I, n° 378.
32.
In Evang. Joan., C.
15.
33.
Isaïe, 2, 3.
34.
Matthieu, 17, 4.
35.
Apocalypse, 5, 12.
36. Serm. 3, De Nativ. B. M. V.
37. Hébreux, 4, 16.
38. Serm. 1, De Purif. B. M. V.
39. S. Bonaventure, loc. cit., T. 8, 38. Soliloquium, C. I, par. 3, n° 18.
EXTRAITS
Dans ce discours, le Pape évoque tour à tour, en une harmonieuse alternance, les traits majeurs de la vie du bienheureux Pierre-Julien Eymard et les leçons eucharistiques qui s’en dégagent pour la vie de tout prêtre. C’est à ces dernières parties que sont empruntés les brefs extraits suivants (1).
Au milieu du monde actuel, dans cet abandon du Christ par la société moderne, par la famille, par les mœurs, Pierre-Julien comprenait que ce même Christ n’avait pas cesse d’être présent sur son autel, bien que souvent ignoré, abandonné et privé de l’hommage souverain qui Lui est dû. Il comprenait qu’Il est avec nous tous les jours, compagnon fidèle de son ministre et de son peuple, à tous les tournants et sur tous les chemins de la cité, aussi bien dans les régions civilisées que dans les parties encore sauvages du globe, partout où se trouvent un prêtre et un autel. Il comprenait que, aujourd’hui comme hier, le Christ est avec nous jusqu’à la consommation des siècles (2) ; qu’Il est avec son Eglise invincible et indéfectible, Prêtre et Pontife des âmes pour l’éternité, Roi immortel des siècles, Souverain Ordonnateur des vicissitudes humaines passées, présentes et futures. Cela, il le sentait profondément, et c’est pourquoi il se prosternait devant Lui, dans cette adoration qui est un désir immense de Le voir adoré, honoré, exalté, particulièrement par les âmes qui Lui sont consacrées, et en premier lieu par les prêtres qui doivent être la lumière du monde, le sel de la terre (3), les maîtres et les ministres du peuple, les médiateurs entre Dieu et les hommes (4), entre le ciel et la terre.
Jésus-Christ n’est pas seulement présent au milieu du monde, Il s’approche encore de l’homme et demeure avec lui, Il reste avec ses apôtres, avec ses fidèles, avec toutes les nations, qui sont la conquête de son Sang. Sa présence est double. Il a une présence divine, par laquelle Il soutient l’univers qu’Il a créé, Il suit les pas des hommes dans les voies du bien et du mal, Il est témoin, et juge de leurs actions, les inclinant au bien, les punissant du mal. Il a aussi une autre présence, divine et humaine à la fois, qui Lui permet de dresser sa tente dans les catacombes, parmi nos demeures, dans les campagnes et dans les forêts, dans les vallées, sur les montagnes, et au milieu des déserts, dans la neige, sur les glaces éternelles, partout où un prêtre, avec la parole toute-puissante du Christ, élève un peu de pain et un calice, adorant ce qu’il vient d’accomplir en mémoire de Lui. Là Il est avec son ministre, Il marche avec lui, Il, se fait notre nourriture, le viatique des moribonds et des malheureux, notre frère, notre époux, notre père, notre médecin, le soutien et la vie des âmes, le pain des anges, le gage du bonheur éternel : Ecce ego vobiscum sum (5).
De l’accomplissement de cette magnifique et bienveillante promesse du Christ, durant le cours des siècles, personne plus que le prêtre n’est le témoin fidèle et le coopérateur ; car, en sa qualité de ministre des sources de la grâce, il a reçu du Christ la sublime mission de faire en mémoire de Lui, à l’autel non sanglant, ce que Lui-même avait fait la veille de sa Passion : Pro Christo ergo, vous dirons-Nous avec saint Paul, ô prêtres bien-aimés, legatione fungimur (6). Nous sommes les envoyés et les ambassadeurs du Christ, non seulement par la parole, mais encore par l’action.
Notre pensée s’arrête, à ce moment, devant l’œuvre du patient et courageux adorateur et apôtre de l’Eucharistie nous voyons le passé et l’avenir se relier au présent et, dominant le flot des siècles, nous entendons la parole de Paul nous avertissant que, chaque fois que nous mangerons ce pain et boirons ce calice, nous annoncerons la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’Il vienne (7) Aussi longtemps que dans les sillons de nos champs germera un épi de blé, aussi longtemps que sur le cep de la vigne pendra une grappe de raisin, et qu’un prêtre montera à l’autel pour y offrir le Sacrifice, l’Hôte divin sera avec nous, et le fidèle inclinera, dans un acte de foi, son esprit et son corps devant l’Hostie sainte, comme firent les Apôtres à la dernière Cène quand, dans le pain et le vin consacrés que le Sauveur leur donnait en disant: Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang (8), ils adorèrent le Christ, le Maître divin, avec cette foi pure et élevée qui crOit aux miracles de sa parole et dont se nourrit l’adoration intérieure, avec cette foi sans laquelle la génuflexion extérieure n’est qu’un signe vain.
Admirons, vénérons, ô prêtres dignes et pieux, ministres du Seigneur, cet héroïque porte-drapeau des adorateurs du Christ qui vit avec nous sur les saints autels. Il nous a montré ce que peut, dans un prêtre, la foi vive et véritable, la sincère dévotion envers le sacrement qui est le plus auguste de nos liens religieux avec Dieu ; il nous a montré comment se forment les vrais adorateurs qui adorent le Père en esprit et en vérité et sont les apôtres, les propagateurs de son règne dans le monde des âmes.
Tel est l’enseignement du bienheureux Eymard ; tel est son apostolat toujours vivant, comme s’il disait avec le psalmiste: Congregate illi sanctos ejus qui ordinant testamentum ejus super sacrificia — Réunissez autour de Lui tous les saints qui exécutent son alliance au moyen des sacrifices (9), Quels sont donc ces saints ? N’est-ce pas nous, ô prêtres, nous qui sommes consacrés non point pour offrir à Dieu des agneaux ou des taureaux égorgés, mais pour renouveler le sacrifice non sanglant de la Victime divine, unique et éternelle ? Le calice de son Sang n’est-il pas l’alliance du testament nouveau et éternel ? Et ce congrès sacerdotal n’est-il pas l’assemblée des saints qui exécutent et sanctionnent par le sacrifice, ineffable à l’égal du mystère de la foi, l’alliance du Christ avec son nouveau peuple élu ?
La flamme ardente d’apostolat eucharistique, qui fait de Pierre-Julien un héraut du Christ présent avec nous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles, nous montre en lui, de la manière la plus vive et la plus encourageante, comment nous pouvons trouver, dans le saint tabernacle, la force constante et puissante de la prière, de l’action et du sacrifice force qui fera de nous, pour le bonheur des peuples et le salut des âmes égarées ou insouciantes de leur Rédempteur, la divine lumière du monde et le sel de la terre (10), et qui, tels de bons et fidèles serviteurs, nous élèvera jusqu’à Dieu dans la joie de la vision éternelle, où nous contemplerons à découvert le mystère de la foi qui perce tous les voiles.
1. Discorsi e
Radiomessagi di Sua Santità Pio XII, Milano, Società editrice “ Vita e Pensiero
”, T. 1, 1941, p. 71-84. Trad. de l’italien dans Actes Pie XII, BP. T. J, p. 103-112.
2. Cf. Matthieu, 28, 20.
3. Matthieu, 5, 13-14.
4. Cf. 1 Timothée, 2, 5.
5. Matthieu, 28, 20.
6. 2 Corinthiens, 5, 20.
7. Cf. 1 Corinthiens, 11, 26.
8. Matthieu, 26, 27-28.
9. Psaume 49, 5.
10. Matthieu, 5, 13-14.
Le Pape s’adresse à un groupe de prêtres appartenant à quatorze nations différentes, surtout de l’Amérique du Sud, venus suivre les cours du Collège pontifical Pio-latino-americano sur l’Action Catholique (1).
Il Nous est particulièrement agréable de vous voir aujourd’hui réunis ici autour de Nous, chers fils, vous, les futurs guide sur le terrain de l’Action Catholique, les dépositaires de Nos directives dans un apostolat dont le nom lui-même révèle le caractère universel, l’importance supérieure, l’urgente nécessité.
Appelés à former et à assister, en toutes les branches de la grande famille catholique, les collaborateurs de l’apostolat hiérarchique, au sein de pays bien différents de langues et de mœurs, comme aussi de caractères et de constitutions politiques, vous avez appris, sous la conduite d’hommes pleins de maturité et d’expérience, ce qui, dans votre activité future, doit être comme le centre commun invariable, ce qui ramènera cette activité à son but unique et suprême préparer des apôtres pour la cause de Jésus-Christ et de son Eg1ise en allumant dans le vaste champ du Père de famille des foyers brûlants de foi ferme et de piété agissante.
Vous connaissez désormais vos devoirs vous connaissez dans ses lignes fondamentales cet art que saint Grégoire le Grand a appelé « l’art des arts » et qui est le gouvernement des âmes. Vous connaissez la valeur que prend, dans l’appréciation du Saint-Siège, cette Action Catholique qui est destinée à rassembler de partout, sous la vigilante direction des évêques, les forces vives du laïcat pour les adapter aux buts sacrés de la propagation, de la défense, de la garde de la foi, et pour les rendre d’autant plus fécondes qu’elles sont davantage solidaires au milieu de toutes les forces que leur oppose le monde (2).
Ce que Nous vous demandons à présent — et que votre présence Nous garantit — c’est d’imprégner, d’une façon constante et forte, le travail auquel vous vous préparez, de la claire conscience de votre mission, mission digne de votre sacerdoce, puisqu’elle est ordonnée au salut des âmes et à l’extension de ce Royaume qui est toute la raison de la vie de l’Eglise et dans lequel seulement il est donné aux intelligences et aux cœurs de trouver la paix.
Pénétrés de cette très haute mission, vous connaîtrez que cet art difficile, si exalté par saint Grégoire, et que vous devez exercer, vous ne pouvez vous l’assimiler simplement par l’étude, aussi étendue et profonde qu’elle soit ; il réclame une expérience attentive et personnelle. Alors seulement il fera de vous le sel de la terre et la lumière du monde (3), quand, par l’exemple de votre vie, vous serez des maîtres pour les âmes que vous aurez à guider. C’est en substance la pensée de saint Paul qui écrivait aux Corinthiens : Soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ (4). C’est par cette seule voie que vous assurerez le succès à votre ministère, en suscitant chez les fidèles cet esprit d’apostolat qui est l’âme de l’Action Catholique ; par cette voie seule vous donnerez à votre parole la force dont elle a besoin pour faire pénétrer l’esprit de l’Evangile dans tous les milieux sociaux, principalement dans ceux qui sont davantage ravagés par les ennemis du Christ et où le prêtre pénètre plus difficilement.
C’est pour que votre vie soit d’une sainteté lumineuse que Nous adressons à Dieu tous Nos vœux et Nos prières. Et tandis que Nous Nous réjouissons de vos bonnes dispositions, vous exhortant à les nourrir par une solide piété et une fidélité assidue à tous les devoirs sacerdotaux, Nous demandons au Seigneur de les soutenir par sa grâce. De Notre côté, Nous désirons les confirmer par la Bénédiction, que de grand cœur Nous vous accordons pour vous-mêmes et vos prochains labeurs.
1.
OR. du 17 juin 1939. Trad. de l’italien dans DC., T. XL (1939), C. 1202.
2.
A de nombreuses reprises, le Pape définira en des termes semblables le rôle
décisif de l’aumônier d’Action Catholique dans la formation des
militants : « C’est aux assistants ecclésiastiques, sous la
dépendance de l’épiscopat, qu’il incombe, d’une manière spéciale, de former et
d’instruire les membres de l’Action Catholique, en les alimentant et en les
fortifiant d’une spiritualité sûre, intime, saine, et en les faisant se
désaltérer aux sources pures de la doctrine chrétienne ». (Allocution aux militants de l’Action
Catholique italienne, du 4 septembre 1940. AAS XXXII (1940), p. 368. Trad. de l’italien dans Actes Pie XII, BP., T. Il, p
183).
3. Matthieu, 5, 13-14.
4. 1 Corinthiens, 11, 1.
Le Pape s’adresse, dans la
cour Saint-Damase, aux élèves des Instituts ecclésiastiques de Rome, soit plus
de cinq mille élèves de quatre-vingt collèges, provenant de toutes les parties
du monde et représentant à ses yeux, dit-il « les milliers de ceux qui,
sur toute la terre, aspirent à se vouer au sacerdoce ». A de nombreuses
reprises, au cours de son Pontificat, le Saint Père se référera à ce premier
discours sur le sacerdoce. Les pages qui suivent revêtent de ce fait une
importance particulière (1).
Le Christ Notre Seigneur, comme vous le savez
tous, a dit à ses Apôtres: Vous îles la Lumière du monde (2) La lumière brille,
le soleil réchauffe. Voici donc votre fin, voici le but assigné au sacerdoce
catholique être le soleil surnaturel qui éclaire l’esprit des hommes par la
vérité du Christ et enflamme leur cœur de l’amour du Christ. A cette fin
doivent donc correspondre toute préparation et toute formation sacerdotales.
Si vous voulez devenir la lumière de la vérité
qui vient du Christ, vous devez d’abord être illuminés par cette vérité. C’est
pourquoi il faut vous appliquer à l’étude des sciences sacrées.
Si vous désirez remplir les cœurs de la charité
du Christ, vous devez d’abord être enflammés de cette charité. C’est ce à quoi
vise votre éducation religieuse et ascétique.
Vous savez bien, fils très chers, que les
études ecclésiastiques sont régies par la célèbre Constitution Deus scientiarum
Dominus, qu’a promulguée Notre Prédécesseur Pie XI (3).
Dans cette Constitution on établit expressément
une distinction, qu’il faut mettre soigneusement en pratique, entre les
disciplines principales (auxquelles se joignent les auxiliaires), et celles
qu’on appelle spéciales.
Nous attirons ici l’attention des professeurs
chargés de l’enseignement et des examens : il faut que les branches principales
tiennent la première place et soient comme le centre des études. Quant aux
disciplines spéciales, il faut qu’elles accompagnent et complètent les
principales, mais sans exiger un travail trop grand, ni causer le plus léger
détriment à l’étude approfondie des branches principales.
En outre, on doit s’en tenir exactement au
canon qui prescrit sagement que « les études de philosophie rationnelle et
de théologie, et l’enseignement de ces disciplines aux élèves doivent être
traités par les professeurs selon la méthode, la doctrine et les principes du
Docteur angélique, et qu’il faut fidèlement s’y tenir (4) ». Or, c’est
bien le caractère distinctif de la sagesse de Thomas d’Aquin d’éclairer d’une
vive lumière les vérités accessibles à la raison humaine, et de les grouper en
un lien d’unité strict et fort ; de s’adapter surtout à l’illustration et à la
défense des dogmes de la foi ; de combattre efficacement et de vaincre sans
peine les erreurs fondamentales de toutes les époques. Dès lors, très cher
fils, apportez dans vos études une âme pleine d’un amour ardent pour saint
Thomas ; faites tout ce que vous pouvez pour en pénétrer par votre intelligence
la splendide doctrine ; embrassez volontiers tout ce qui en fait manifestement
partie et en constitue les éléments certains et principaux.
Ces principes, déjà promulgués par Nos Prédécesseurs, Nous avons jugé bon de les rappeler maintenant et, partout où ce serait nécessaire, de les confirmer intégralement ; en même temps, Nous faisons Nôtres les avertissements de Nos Prédécesseurs en faveur du progrès de la vraie science et d’une légitime liberté dans les études. Nous approuvons pleinement et Nous recommandons d’adapter, là où il le faudra, la sagesse antique aux récentes découvertes scientifiques ; de discuter librement les points sur lesquels divergent les interprètes autorisés du Docteur angélique ; d’utiliser les nouvelles ressources fournies par l’histoire pour une meilleure intelligence des textes de 1’Aquinate. Mais qu’aucune personne privée « ne se conduise en maître dans l’Église (5) », « que nul n’exige d’autrui plus que n’exige de tous les fidèles l’Église, leur mère et maîtresse (6) », qu’enfin on n’attise pas de vaines controverses.
Si toutes ces règles sont observées, comme Nous
l’espérons, on peut en attendre d’abondants avantages pour la science. En effet,
en recommandant la doctrine de saint Thomas, on ne supprime pas l’émulation
dans la recherche et dans la diffusion de la vérité, mais on la stimule plutôt
et on la guide sûrement.
Mais pour que votre formation intellectuelle soit fructueuse, il faut, très chers fils, et Nous vous y exhortons de tout cœur, que les connaissances dont vous faites peu à peu l’acquisition au cours de vos études ne tendent pas seulement à la réussite de vos examens ; qu’elles tendent plutôt à donner à vos esprits une formation durable qui vous rende capables, le moment venu, d’exprimer par la parole ou par la plume tout ce qui est apte à répandre la vérité catholique et à conduire les hommes au Christ.
Ce que Nous avons dit vaut à la fois pour ce
qui a trait à la vérité divinement révélée et pour ses prémisses rationnelles,
c’est-à-dire pour l’illustration et la défense des principes de la philosophie
chrétienne.
Le relativisme fut par Pie XI, Notre Prédécesseur
d’immortelle mémoire, assimilé au modernisme dogmatique et, en le
« réprouvant avec vigueur », il l’appelait un « modernisme
moral, juridique et social (7) », en tant qu’il ne reconnaît plus comme
règles du vrai et du faux, du bien et du mal, les lois immuables du juste et du
droit, mais prétend poser en principe absolu l’utilité, toujours changeante,
des individus, des classes, de l’État, de la race. A ce modernisme, vous devez,
comme il convient à des prédicateurs de l’Évangile, opposer courageusement les
vérités parfaites et absolues qui ont leur origine en Dieu, d’où découlent
nécessairement les droits et les devoirs des individus, de la famille et de
l’État, et sans lesquelles ne peuvent subsister la dignité et la prospérité de
la société civile. Vous vous acquitterez excellemment de cette tâche, si ces
vérités ont tellement pris possession de votre esprit que vous soyez prêts,
comme pour les mystères de la foi, à ne fuir pour elles aucun labeur, à ne
refuser aucune peine.
Ayez soin aussi d’exposer la vérité, de façon
qu’elle soit exactement comprise et goûtée, dans un langage toujours clair et
jamais ambigu, et en évitant ces variations superflues et dangereuses qui
altèrent facilement la substance de la vérité. Tels ont toujours été la règle
et l’usage de l’Église catholique ; on peut appliquer ici la parole de saint
Paul, que Jésus-Christ... n’a pas été oui et non, mais il n’a
eu que oui en Lui (8).
Considérons maintenant l’ordre de
la vérité divinement révélée et des mystères de la foi catholique. Certes les
grands progrès accomplis dans la recherche et dans l’utilisation des forces
naturelles, et plus encore le bruit avec lequel on répand une culture purement
scientifique, ont troublé un très grand nombre d’esprits, au point qu’ils
réussissent à peine à percevoir le surnaturel. Mais il est non moins vrai que
des prêtres zélés, intimement convaincus des vérités de la foi et remplis de
l’esprit de Dieu, remportent aujourd’hui, comme jamais peut-être auparavant, de
larges et magnifiques succès dans la conquête des âmes au Christ. Pour devenir
vous-mêmes des prêtres de cette valeur, avec l’aide et à l’exemple de saint
Paul, que rien ne vous soit plus cher que l’étude de la théologie, tant
biblique et positive que spéculative. Gravez profondément dans votre esprit
cette conviction qu’aujourd’hui les fidèles recherchent instamment de bons
pasteurs d’âmes et des confesseurs instruits. Attachez-vous donc avec ardeur à
l’étude de la théologie morale et du Droit canon. Même le Droit canon est
destiné au salut des âmes, et à travers toutes ses règles, par toutes ses lois,
il tend surtout, en fin de compte, à ce que les hommes vivent et meurent
sanctifiés par la grâce de Dieu (9).
Que les sciences historiques,
dans les cours, ne se bornent pas seulement aux questions critiques et
apologétiques, qui ont cependant de l’importance ; mais qu’elles visent surtout
à montrer la vie active de l’Église ses travaux, ses souffrances, les moyens
adoptés pour répondre avec succès à sa vocation, ses œuvres de charité, les
périls qui la menacent, les obstacles à sa prospérité, les conditions des
traités avantageux et défavorables entre l’Église et les I'États, les
concessions à faire à l’État, les circonstances où l'Église ne doit céder en
rien. Un jugement réfléchi sur la condition de l’Église et un sincère amour
envers elle voilà ce que le cours d’histoire ecclésiastique doit donner à
l’étudiant, à vous surtout, très chers fils, qui demeurez dans cette ville où
les monuments an tiques, les riches bibliothèques, les archives ouvertes aux
Études et aux recherches, mettent pour ainsi dire sous les yeux la vie
séculaire de l’Église catholique.
Mais pour ne pas laisser s’amoindrir votre
persévérance et votre courage, très chers fils, puisez quotidiennement, autant
que possible, aux sources inépuisables des Livres Saints, spécialement du
Nouveau Testament, le véritable esprit de Jésus-Christ et des Apôtres, pour le
faire resplendir toujours dans votre intelligence, dans vos paroles, dans vos
actions. Soyez infatigables dans le travail, même durant les vacances, afin que
vos supérieurs puissent répéter avec confiance : « Que votre lumière
brille devant les hommes, pour que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient
votre Père qui est dans les cieux (10) ».
Il vous incombe, de par votre vocation divine,
de préparer dans le cœur des hommes la voie à l’amour et à la grâce de
Jésus-Christ. Pour atteindre ce but, il faut avant tout que vous soyez
vous-mêmes enflammés de cet amour du Christ. Allumez-le donc en vous, par
l’union avec le Christ dans la prière et le sacrifice.
Nous disons : par l’union dans la
prière; si vous Nous demandez quel mot d’ordre Nous donnons, au début de Notre
Pontificat, pour les prêtres de l’Église catholique, Nous répondrons
« Priez, priez toujours davantage et avec plus de ferveur (11) ».
Par l’union dans le sacrifice dans le Sacrifice
eucharistique, certes, mais en même temps dans le sacrifice de soi-même. Des
effets de la très sainte Eucharistie, il en est un, vous le savez, qui confère
à ceux qui y participent et la reçoivent la force de se sacrifier et, pour
mieux dire, de se renoncer. Les formes de l’ascèse chrétienne pourront être et
rester très différentes en plusieurs points secondaires ; aucune, cependant, ne
connaît d’autre voie pour atteindre la charité divine que le sacrifice de
soi-même. Cela, Jésus-Christ le réclame de ceux qui Le suivent, Lui qui a
dit : Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il se renonce lui même,
qu’il porte sa croix chaque jour et qu’il Me suive (12) Il a déclaré
expressément que la voie conduisant à l’amour de Dieu se trouve dans
l’observation des commandements divins (13) enfin Il a enseigné spécialement à
ses Apôtres cette autre parole étonnante : En vérité, en vérité, Je
vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ;
mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits (14).
Le ministère sacerdotal réclame de vous des
sacrifices particuliers, vous disons-Nous, parmi lesquels ce sacrifice
essentiel et total de soi-même, en hommage au Christ, qui se fait par le
célibat. Éprouvez-vous vous-mêmes ! et si certains se sentaient incapables d’y
être fidèles, Nous les conjurons de quitter le Séminaire et de se rendre
ailleurs pour y mener, honnêtement et avec fruit, une vie qu’autrement ils
traîneraient dans le sanctuaire non sans péril pour leur salut ni sans
déshonneur pour l’Église. Nous exhortons ensuite ceux qui sont déjà dans l’état
sacerdotal, ou sont prêts à y entrer, à s’offrir totalement et de grand cœur.
Faites attention à ne pas vous laisser
surpasser en générosité par tant de fidèles qui, aujourd’hui, supportent
patiemment les plus dures épreuves pour la gloire de Dieu et la foi de
Jésus-Christ ; mais que, dans cette lutte, votre exemple brille aux yeux de
tous ; que vos travaux et votre abnégation leur soient une source de grâce
divine, durant leur vie et à leur mort.
En outre, nous avons reçu de Dieu ce commandement : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère (15) Cette charité envers le prochain, Jésus-Christ en a fait le signe distinctif de tout chrétien (16) ; elle doit donc, à plus forte raison, être l’apanage du prêtre catholique ; et, du reste, elle ne peut être séparée de l’amour de Dieu, comme le démontre clairement l’apôtre Paul, qui, exaltant la charité dans une sorte d’hymne sublime, célèbre admirablement les rapports mutuels entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain (17).
Cet amour du prochain ne connaît pas de
frontières, mais s’étend à tous les hommes, à toutes les langues, à toutes les
nations et à toutes les races. Aussi, très chers fils, profitez de l’heureuse
et spéciale facilité que vous offre votre séjour à Rome pour pratiquer cette
charité envers la multitude de vos jeunes confrères qui, bien qu’originaires de
nations très diverses et très éloignées les unes des autres, ont le même âge
que vous, vivent de la même foi, ont reçu la même vocation, pratiquent le même
amour pour Jésus-Christ et enfin jouissent des mêmes droits dans l’Église.
Profitez, disons-Nous, d’une telle occasion pour nourrir cette charité ; et ne
faites ni ne dites rien qui puisse la blesser, même légèrement. Laissez à
d’autres les polémiques des partis politiques ce n’est pas votre affaire. Au
contraire, communiquez-vous réciproquement les nouvelles qui ont trait ou
peuvent être utiles à l’apostolat, au soin des âmes, à la situation et à
l’expansion de l’Église.
En dernier lieu, si vous voulez
progresser dans l’amour du Christ, il est nécessaire de cultiver l’obéissance,
la confiance filiale et l’amour envers le Vicaire de Jésus-Christ. C’est le
Christ, en effet, qu’en lui vous vénérez et auquel vous offrez votre obéissance
; le Christ en lui vous est présent. C’est à tort que l’on distingue entre
l’Église juridique et l’Église de la charité. Il n’en est pas ainsi; mais cette
Église juridiquement fondée, qui a pour chef le Souverain Pontife, est aussi
l’Église du Christ, l’Église de la charité et l’universelle famille des
chrétiens. Que règnent donc entre Nous et vous ces sentiments qui, dans une
famille vraiment chrétienne, unissent étroitement les fils au père et le père
aux fils. Et vous qui, demeurant à Rome, êtes témoins de la façon dont le Siège
apostolique, laissant de côté toutes considérations humaines, ne pense à rien
d’autre et ne cherche rien d’autre que le bien, la prospérité et le salut des
fidèles du monde entier, transmettez à vos frères épars dans le monde cette
confiance que vous avez acquise par votre expérience personnelle, afin que
tous, unis au Souverain Pontife, vous soyez un dans la charité du Christ.
Votre apostolat sacerdotal, illuminé par la
vérité divine et animé de l’amour du Christ, à travers les violentes tempêtes
d’un monde hostile à la vérité et à l’amour, et au milieu des difficultés et
des épreuves — qui sont comme le privilège et le compagnon naturel de tout travail
apostolique, — ne manquera pas, avec la grâce divine, de fruits précieux ni de
ce réconfort dont l’abondance faisait dire au saint Docteur des Gentils : Par
le Christ, nous sommes comblés de consolations (18).
Dieu seul sait par quelles voies sa Providence
conduira chacun de vous, quelles ascensions et quelles pentes, combien de pas
sur des sentiers pierreux et épineux vous attendent. Mais une chose reste bien
certaine, dans la vie de tout prêtre rempli de la vérité et de la charité du
Christ c’est l’espérance en Celui qui nous a donné la victoire par Notre
Seigneur Jésus-Christ (19).
Cette certitude surnaturelle de la victoire, où
s’enracinera-t-elle plus profondément qu’en
vous ? Vous avez, en effet près de la tombe des Apôtres et aux
catacombes des martyre puisé cet esprit qui, autrefois déjà, renouvela le genre
humain et qui, aujourd’hui encore, est assuré de la valeur permanent des
promesses de Jésus-Christ. Aussi, très chers fils, Nous vous répéterons avec
gravité ce que, heureux et sûr du fruit de son labeur apostolique, répétait
l’apôtre saint Paul : Ainsi, mon frères bien aimés, soyez fermes,
inébranlables, travaillant de plus en plus à l’œuvre du Seigneur, sachant que
votre travail n’est pas vain dans le Seigneur (20) .
1.
AAS 31 (1939) p. 245-25I. Trad. du latin dans DC. 40 (1939), c. 995-1001.
2. Matthieu, 5, 14.
3. AAS 23 (1931), p.
241-262.
4.
CIC, can. 1366, n. 2.
5.
Benoît XV, Encyclique Ad beatissimi Apostolorum Principis. (AAS 6
(1914), p. 576) Cf. ci-dessus, T. 1, n° 226.
6. Pie
XI Encyclique Studiorum Ducem. (AAS 15 (1923), p. 324). Cf. ci-dessus, T. 1, n° 370.
7.
Encyclique Ubi arcano. (AAS 15 (1922), p. 696). Pie XI y condamne avec
force l’attitude de ces catholiques qui, tout en prétendant respecter
l’enseignement de l’Église en matière sociale, juridique et civique, « agissent
exactement comme si les enseignements et les ordres promulgués à tant de
reprises par les Souverains Pontifes, notamment par Léon XIII, Pie X et Benoît
XV, avaient perdu leur valeur première ou même n’avaient plus du tout à être
pris en considération. Ce fait révèle comme une sorte dé modernisme moral,
juridique et social; Nous le condamnons aussi formellement que le modernisme
dogmatique ».
8. 2
Corinthiens, 1, 19.
9.
Le Saint Père reprendra cette idée à plusieurs reprises, et récemment encore
dans son Discours pour le IV° Centenaire de l’Université grégorienne.
10. Matthieu, 5, 16.
11. AAS 32 (1940), p.
368 .
12.
Luc, 9, 23.
13.
Jean, 15, 10.
14.
Jean, 12, 24-25.
15.
1 Jean, 4, 21.
16.
Cf. Jean, 13, 35.
17.
Cf. 1 Corinthiens, 13.
18.
2 Corinthiens, 1, 5.
19.
1 Corinthiens, 15, 57.
20.
1 Corinthiens, 15, 58.
Trois mois après le début de la
guerre, le Pape faisait promulguer par la S. C. Consistoriale les pouvoirs
étendus qu’il accordait aux aumôniers militaires; le même jour, il adressait à
tous les prêtres et séminaristes mobilisés une pressante Exhortation, qui,
par-delà les circonstances transitoires qui l’ont motivée, conserve une valeur
permanente (1).
Parmi les poignantes préoccupations
qu’amoncelle dans Notre âme le déchaînement d’une guerre que Nous avions
vainement tenté de conjurer par tous les moyens, il en est une que Nous
ressentons particulièrement c’est celle qui Nous vient de votre pénible
situation, très aimés prêtres et clercs qui vous trouvez aujourd’hui éloignés
soudainement, par la force des choses, de vos ministères spirituels ou de vos paisibles
études, et jetés en plein monde militaire et guerrier.
L’action que Nous avons assignée aux Vicaires
aux Armées ou Aumôniers en Chef (2) ne Nous dispense pas de venir Nous-même à
vous directement pour vous ouvrir Notre âme et pour vous exhorter, dans des
conjonctures si exceptionnelles, à regarder de près les devoirs inhérents à vos
nouvelles conditions de vie, pour les remplir sans réserve dans l’esprit même
de votre vocation.
Quoique vous ayez changé d’habit, l’esprit en
vous ne doit pas changer. Il doit vous accompagner sous les armes tout aussi
bien que dans l’exercice de votre sacerdoce. Celui qui permet aujourd’hui que
vous vous trouviez en dehors de vos habitudes d’étude et de travail, c’est ce
même Père céleste qui vous a appelés à l’autel. Il vous a appelés —
souvenez-vous en— non Pour faire de vous de purs et simples ministres du culte
(le sacerdoce catholique n’est pas que cela), mais aussi pour avoir en vous des
ministres de la Parole, des propagateurs de l’Évangile, des représentants
vivants de son Christ afin que vous Le fassiez connaître à tous, en suscitiez
chez tous le désir, allumiez en tous son amour. Il est vôtre le programme de
saint Paul, qui se glorifiait de ne rien savoir d’autre et de ne rien porter
d’autre aux nations que le Christ, et le Christ crucifié. Et il le portait par
sa vie non moins que par sa parole, en tout lieu, en toute circonstance, en
privé comme en public, sous le libre ciel comme dans les chaînes et c’est ainsi
que de la même prison où il recevait tous ceux qui venaient à lui et prêchait
librement le Royaume de Dieu, il pouvait écrire aux Philippiens :
Je veux que vous sachiez, mes frères, comment
ce qui m’est arrivé a plutôt tourné au progrès de l’Évangile (3).
Aujourd’hui Dieu a permis que vous quittiez vos
occupations ordinaires, que vous soyez mis en contact avec des hommes de toute
éducation, de toute conduite morale, de toute culture et de toute foi, souvent
éloignés de Dieu, ignorants de Jésus-Christ et de son l'Évangile, vides de
sentiment religieux, préoccupés de toute autre chose que de l’âme et de ce qui
regarde leur salut éternel. Ainsi des hommes auxquels il répugnait souvent de
venir à vous pour recevoir la parole du salut et par elle la grâce de notre
Sauveur Jésus, voici que Dieu les amène à votre contact en vous envoyant près
d’eux, en vous rendant leurs compagnons de fatigues, de peines, de dangers, de
sacrifices de toute sorte.
Sachez apprécier à sa juste valeur l’heure qui
passe. Ne jugez pas d’un point de vue humain les circonstances auxquelles est
due votre condition présente, mais sachez reconnaître en elles la volonté,
toujours bonne, du Père céleste, qui sait tirer le bien du mal, et qui, de
votre appel sous les armes, veut se servir, même au milieu de tant de ruines,
pour attirer des âmes au salut en les reconduisant par votre moyen sur le
chemin de la foi et de l’honnêteté chrétienne. Tout peut vous être utile dans
ce nouvel apostolat; et plus un prêtre a de zèle sacerdotal, plus il trouvera
sous la main, à chaque pas, des voies ouvertes et des occasions propices.
Mais c’est vous-mêmes avant tout — et Nous
voulons dire par là vos propres personnes — qui devez être, sous les armes, le
vivant apostolat de Jésus-Christ. Et vous le serez, même sans bruit de paroles,
si vous faites honneur avant tout a votre vocation, par l’exemplaire fidélité à
vos nouveaux devoirs et par la conduite la plus irréprochable. Ce que saint
Paul disait aux Philippiens pour les exhorter à faire honneur à leur foi dans
le milieu païen où ils vivaient, Nous vous le répétons ici : Que votre
conduite soit digne de l’Évangile (4). Et Nous ajouterons avec lui : Agissez
en toute chose sans murmurer, ni discuter, afin que vous soyez sans reproches,
sincères, enfants de Dieu sans tache au milieu d’un peuple pervers et corrompu,
au sein duquel vous brillez comme des flambeaux dans le monde (5). Que
toujours transparaisse en vous le ministre de Dieu. Et ce caractère qui est
vôtre, s’il doit faire de vous des hommes de devoir, exemplairement obéissants
aux autorités — sans manquement à la loi de Dieu — et prêts au sacrifice, ne
doit pas pour autant, ne peut en aucune façon et pour aucune raison vous
inféoder au milieu, en ce qu’il a de léger, de corrompu, de blâmable.
Votre conduite morale doit être tout
particulièrement austère, sans compromis, ni concessions, ni faiblesses, pour
qu’elle soit un rappel et un exemple : austérité qui s’unit très bien
d’ailleurs à la mansuétude du cœur, en vertu de laquelle vous devez vous faire
tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ, et qui est en outre en parfait
accord avec l’austère discipline du combat, dont le courage est la note
caractéristique : et en matière de courage, vous devez être des maîtres, afin
d’affirmer en toute conjoncture, avec une sereine liberté et indépendance,
votre caractère sacerdotal ou votre engagement dans la vie sacerdotale.
Que si l’esprit de l’Évangile est un esprit de
liberté, et vous permet de vous faire, comme l’Apôtre, esclaves de tous,
quoique libres à l’égard de tous, afin d’en gagner un plus grand nombre
(6), il vous sera en revanche souvent nécessaire de vous rappeler, pour en
faire la règle de votre conduite, les salutaires paroles, si pleines de
sagesse, du même Apôtre : Tout m’est permis, mais tout n’est pas profitable.
Tout m’est permis, mais tout n’édifie pas (7).
De cette façon, vous exercerez sur votre milieu
une action salutaire ; et dans le secret des âmes vous introduirez —
consciemment ou non — un peu de cette bonne semence dont Jésus a dit que, jetée
en terre, elle germe et croît sans que le semeur y prenne garde (8).
Vous aurez ainsi conscience de n’avoir pas
trahi votre mission et d’avoir rendu témoignage à Jésus-Christ, votre divin
Maître, au milieu du monde le plus varié qu’il soit possible de concevoir. Par
vous chaque classe sociale, chaque condition de vie, ouvrière ou libérale,
chaque culture, chaque forme d’esprit aura entendu une fois encore, dans le
tumulte des armes, le message évangélique de Rédemption ; et ce n’est pas sur
vous que pèsera le péché d’accréditer auprès de vos compagnons d’armes
l’opinion que, chez les disciples du Christ et chez ceux qui. les guident, la
vie ne répond pas à l’enseignement. Vous aurez gagné à l’Église estime et
sympathies ; et les amitiés personnelles qu’il vous est donné de contracter au
cours de votre service militaire dignement accompli, seront facilement, elles
aussi, conquête d’âmes, ou voie ouverte vers des conquêtes.
Qu’il soit toujours présent à votre esprit,
l’avertissement donné aux fidèles par l’Apôtre dans les temps glorieux où, à
travers les souffrances, se préparait le triomphe de l’Église Ne te laisse pas
vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien (9).
Vous voyez, très chers fils, quel champ la
Divine Providence ouvre à votre zèle pour le bien, dans l’acte même qui semble
vous éloigner de votre saint ministère ou de l’immédiate préparation à
celui-ci. C’est là une mission qui doit exalter tout cœur sincère de prêtre ou
de séminariste, et doit à ses yeux atténuer sinon supprimer tout à fait les
sacrifices que les conditions exceptionnelles de l’heure lui imposent.
Du reste, ne sont-ce pas les sacrifices qui
fécondent l’action, comme ils fécondent l’enseignement ? Et n’est-ce pas en
souffrant, plus qu’en travaillant, que l’on rend à la vérité le bon témoignage
?
Ajoutez à cela votre gain personnel : Nous
entendons celui de l’âme. Quelle expérience des hommes et des choses ne vous
est-il pas donné de réaliser, pour l’amélioration de votre vie, à travers les
vicissitudes variées et épineuses de ce service qui est le vôtre ? C’est cette
expérience même qui fera de vous des hommes mûrs dans la vertu et, par elle,
prêts pour l’apostolat. Loin d’être compromis, votre sacerdoce bénéficiera
plutôt de ce temps qui ne semble être qu’une funeste parenthèse dans votre vie
: si du moins vous avez le sens droit et marchez sous le regard de Dieu, sans
quitter sa main bénie qui, tout en vous conduisant par d’âpres sentiers — dans
une terre aride, desséchée et sans eau — veut vous mener au bien et vous
élever.
Mais marcher sous le regard de Dieu et ne pas
quitter sa main veut dire — vous le savez — cultiver avec ferveur la piété
chrétienne, par laquelle seulement il vous est donné de tenir votre esprit
élevé et votre cœur ardent dans le désir du bien. Comment est-ce possible, même
au milieu des armes ? C’est ce que vous comprendrez — en dehors de toute autre
preuve — si vous avez présents à l’esprit les exemples d’évangélique piété que
le monde des armes lui-même a donnés par tant de nobles figures de chrétiens et
de saints. Dans un milieu tout semblable au vôtre, ils réussirent à vivre en
Dieu et de Dieu, dominés comme ils l’étaient par cette idée centrale, enracinée
dans leur cœur : l’accomplissement de la volonté divine dans tous leurs
devoirs. Voir la volonté de Dieu toujours, en tout et partout, y consentir
malgré les répugnances de la nature : voilà l’effort qui, quotidiennement,
s’impose à vous, la voie courte, facile, sûre de cette piété, qui est au milieu
des dangers présents le rempart de votre vocation sacerdotale, comme dans le
cours de la vie elle doit être la source qui alimente et féconde toutes vos
entreprises.
Mais pour que soit habituel et vif en vous le
souvenir de cette divine-volonté, il est nécessaire — qui pourrait en douter ?
— que l’esprit de prière, loin de languir chez vous, entravé par les nouveaux
devoirs, brûle plus que jamais dans votre cœur ; qu’il y soit assidûment
alimenté, en plus du saint sacrifice de votre messe ou de la fervente
participation à la Table des forts, par tout ce que la constante expérience des
fidèles, sous l’impulsion de l’esprit de Dieu, a démontré comme éminemment
efficace pour protéger du mal et stimuler l’âme à la vertu et à la perfection.
Il n’y a guère dans la vie du chrétien — et surtout du prêtre — de situation si
difficile qu’elle puisse ôter à l’âme qui le veut la possibilité du
recueillement quotidien, grâce auquel elle rentre en elle-même par de pieuses
méditations, par de sincères examens de conscience, par de ferventes adorations
aux pieds du Maître que nous servons ; de ses tabernacles, si souvent déserts,
Il est toujours prêt à illuminer par sa parole, à réconforter par sa grâce.
Nourrissez-vous, chers fils, le plus
intensément que vous pourrez, de cette piété. Si elle vous accompagne dans la
dure épreuve où le Seigneur vous veut, vous traverserez celle-ci pour votre
avantage spirituel et non sans d’abondants fruits de salut pour les âmes de vos
frères : car il n’est rien que le ministre de l’Évangile ne doive être prêt à
donner à son prochain en se dépensant à son service et en participant à ses
peines.
Vous aurez, aux yeux du monde qui aujourd’hui
vous regarde avec un particulier intérêt, fait honneur au sacerdoce catholique
et à l’Église, dont vous portez un si grand poids de responsabilités. Vous
aurez bien mérité de votre patrie elle-même, car votre exemple aura réconforté
ses enfants dans une heure si grave pour son destin, et aura, en coopérant
efficacement à la tranquillité de leur âme, stimulé leur courage et augmenté
leur capacité d’action. Elles vous béniront à l’envi, les épouses et les mères
que votre charité aura consolées de mille manières en la personne de ceux qui
leur sont chers. Vous aurez pour récompense l’approbation de votre conscience
qui vous fera sentir, même dans les circonstances présentes, que votre
sacerdoce, loin de s’être amoindri, s’est ; par le don de l’Esprit, accru en
efficience et en dévouement. Et surtout
prix qui dépasse toute récompense humaine — vous entendrez dans votre
cœur, palpitant d’humble joie, résonner avec l’accent de la vérité infaillible,
comme un éloge anticipé de votre Chef suprême, Jésus, la promesse évangélique :
Quiconque Me reconnaîtra devant les hommes, Je le reconnaîtrai devant mon Père,
qui est dans les Cieux.
1. AAS 31 (1939), p. 696-701. Trad. du latin,
publiée par l’Imprimerie polyglotte vaticane, 1939. On peut consulter dans les Actes
de Benoît XV, BP. T. 1, p. 232, la Lettre confidentielle que la S.C.
Consistoriale adressa à l’épiscopat français, le 30 mars 1915, au sujet des
prêtres mobilisés.
2. 8 décembre 1939, AAS 31, (1939), p. 710-713. – Cf. 23 avril
1951, AAS 43 (1951), p. 562-565. Cf. DC., 48 (1952), c. 1312-1315 , Décret du
26 juillet 1952, AAS 44 (1952), p. 744-746.
3. Philippiens, 1. 12.
4. Philippiens. 1, 27.
5. Philippiens, 2, 14-15.
6. 1 Corinthiens, 9, 19.
7. 1 Corinthiens, 10, 22-23.
8. Cf. Marc, 4. 26-27.
9. Romains, 12, 21.
Selon la coutume de ses
Prédécesseurs, le Pape tint à recevoir à l'approche du Carême les curés de Rome
et les prédicateurs de la station. Les graves sollicitudes du gouvernement de
l'Église, dit-il en commençant, l'invitent d'ailleurs plus que jamais à compter
sur ses prêtres, et il désire que ceux-ci reçoivent ses paroles comme un
encouragement dans l'exercice de leur ministère (1).
N’est-il pas vrai que nous tous, prêtres, avons été établis médiateurs de réconciliation entre Dieu et les hommes ? Médiateurs sans doute subordonnés au Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes — unus mediator Dei et hominum homo Christus Jésus (2) — qui s'est livré pour la rédemption de tous, et par Lequel Dieu nous a réconciliés avec Lui-même, nous a confié le ministère de la réconciliation — dédit nobis ministerium reconciliationis — et nous a chargés de la parole de la réconciliation — posuit in nobis verbum reconciliationis. Pro Christo ergo legatione fungimur (3). Nous sommes ambassadeurs du Christ au milieu du monde, comme si Dieu exhortait les hommes par notre bouche. Élevons, chers fils, notre regard, nos aspirations, nos desseins, à la hauteur de cette conception du sacerdoce, que nous propose le Docteur des Gentils. Par notre zèle actif, exaltons et rendons digne de vénération, au milieu du peuple chrétien notre dignité de médiateurs et d'ambassadeurs du Christ.
Mais dans les degrés de la hiérarchie sacrée, qui donc est plus près du peuple que le curé, dont la mission peut se résumer en ces trois mots : apôtre, père, pasteur ?
Vous êtes les coopérateurs de l'évêque, lui-même successeur des Apôtres, avec lequel vous constituez une unité morale au point que le mandat de la grande mission du Christ appartient à chacun de vous. Vous êtes les pères de vos paroissiens et vous pouvez leur répéter les paroles de l'apôtre saint Paul aux nouveaux chrétiens : O mes petits enfants ! vous que j'enfante pour la seconde fois dans la douleur jusqu’à ce que vous ayez pris la parfaite ressemblance du Christ (4). Vous êtes les pasteurs de votre troupeau, selon les descriptions si belles et complètes et le modèle inégalable du Bon Pasteur, Jésus-Christ. Autour de ces paroles à la signification si pleine : apôtre, père, pasteur, Nous voulons vous exposer quelques brèves considérations qui concernent le bien et la prospérité de Notre diocèse de Rome.
Tout curé est un apôtre ; mais celui surtout qui travaille dans une grande cité doit sentir en lui les flammes de l'esprit apostolique et missionnaire, et du zèle conquérant d'un saint Paul. Si vous considérez les temps modernes, leurs événements politiques et religieux, les multiples façons dont la recherche philosophique et scientifique, l'instruction et l'éducation profanes détournent des croyances religieuses, vous ne tarderez pas à voir combien les anciennes conditions spirituelles de la société ont changé, au point que, même en Notre chère Rome, on ne peut plus parler d'un terrain purement, entièrement et pacifiquement catholique ; en effet, à côté, de ceux — et ils sont légion — qui demeurent fermes dans la foi, on trouve en chaque paroisse des groupes de personnes qui, devenues indifférentes ou étrangères à la religion, constituent comme un territoire de mission à reconquérir au Christ (5).
En raison de ce double aspect de son peuple, c'est le devoir du curé de se faire, avec une intuition prompte et rapide, un tableau clair et minutieusement détaillé — Nous voudrions dire topographiquement, rue par rue — d'une part, de la population fidèle et notamment de ses membres les meilleurs, qui seront capables d'animer l'Action Catholique ; et, de l'autre, des milieux éloignés des pratiques chrétiennes. Ceux-ci sont également formés de brebis appartenant à la paroisse, brebis vagabondes ; chers fils, de ces brebis aussi, d'elles surtout, vous êtes les gardiens responsables : en tant que bons pasteurs, vous ne devez épargner ni votre travail, ni votre peine pour les rechercher, les regagner ; vous ne devez pas vous accorder de repos jusqu'à ce que toutes aient retrouvé abri, vie et joie dans le bercail de Jésus-Christ (6).
Telle est pour le curé, la
signification naturelle et essentielle de la parabole du Bon Pasteur, de ce
Pasteur qui est à la fois Père et Maître. Tel est l'apôtre de la paroisse, qui,
comme saint Paul, se fait faible avec les faibles, pour gagner les faibles,
et se fait tout à tous pour les sauver tous (7).
Le curé est pasteur et père, pasteur des âmes et père spirituel. Nous devons toujours nous souvenir, chers fils, que l'action de l'Église, tout orientée vers le règne de Dieu, qui n'est pas de ce monde, si elle veut être non pas stérile, mais au contraire vivifiante, saine et efficace, doit tendre à ce but que les hommes vivent et meurent dans la grâce de Dieu. Instruire les fidèles dans l'esprit chrétien, renouveler l'homme en l'invitant à suivre et à imiter le Christ, aplanir la voie — encore que toujours étroite — vers le royaume du ciel, et rendre vraiment chrétienne la cité, telle est la mission propre du curé comme maître, père et pasteur de sa paroisse.
Dans l'accomplissement de ces devoirs, que votre zèle ne se laisse pas détourner ni entraver par les tâches administratives. Peut-être plusieurs d'entre vous ont-ils journellement à soutenir une lutte difficile pour ne pas être submergés par les occupations administratives et trouver le moyen et le temps indispensable pour s'occuper vraiment des âmes. Si l'organisation et l'administration sont aussi sans aucun doute, moyens précieux d'apostolat, elles doivent cependant être adaptées et subordonnées au ministère spirituel et à la charge véritablement, proprement et activement pastorale.
Selon le dessein de Dieu, le prêtre, comme l'évêque, est pris parmi les hommes, établi pour les hommes dans leurs relations avec Dieu, chargé d'offrir des oblations et des sacrifices pour les péchés (8) ; c'est pourquoi le caractère sacré du prêtre, intermédiaire entre Dieu et les hommes, se manifeste, se développe, s'épanche, se hausse et se sublimise pleinement, entouré et enveloppé de la suprême et souveraine lumière de son ministère, dans le saint Sacrifice de la messe et dans l'administration des sacrements. A l'autel, aux fonts baptismaux, au tribunal de la pénitence, à la Table eucharistique, à la bénédiction des époux, au chevet des infirmes, à l'agonie des mourants, parmi les enfants impatients de l'avenir et de la route de la vie, dans les familles et dans les écoles, dans les asiles de douleur et dans les maisons fortunées, en chaire et dans les réunions de piété, depuis les sourires et les vagissements des blancs berceaux jusqu'au silence des cimetières où les morts reposent dans l'attente d'une renaissance immortelle, partout le prêtre est là. Entre les mains de Dieu, il y est le:ministre, l'instrument le plus efficace de la puissance, de l'amour, du pardon, de la Rédemption offerte à l'homme déchu pour qu'il se soustraie à l'esclavage et aux embûches de Satan et pour qu'il revienne au Père céleste, tel un pèlerin régénéré, revêtu de grâce, héritier du ciel, restauré du viatique d'un pain plus vivant et plus salutaire que ne pouvait l'être le fruit de l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre. Combien il a plu au Fils de Dieu, Rédempteur du monde, d'exalter son prêtre pour le salut des hommes !
Aussi prenez bien soin que votre dignité resplendisse toujours devant votre peuple ; que ce dernier connaisse et comprenne dans une foi vive la signification et là valeur de la messe et des sacrements que vous administrez, en sorte qu'il puisse, grâce à une intelligente et personnelle participation, en suivre les cérémonies admirables et goûter toutes les ineffables beautés de la liturgie (9). Il Nous est agréable et très réconfortant de savoir, chers prédicateurs du Carême, que cette année, votre prédication aura les sacrements pour thème central.
Célébrez donc les saints mystères — comme vous tous l'avez sûrement fait jusqu'ici — avec une dévotion profonde et grave, évitant avec tout le soin possible que les rites sacrés se dessèchent, pour ainsi dire, dans les mains du prêtre. Sans doute, l'effet essentiel des sacrements ne dépend pas du mérite personnel du ministre et on s'exposerait au danger de les ramener à un acte purement externe, si l'on attribuait avant tout de l'importance à leur efficacité psychologique. Mais, pour stimuler les fidèles à s'approcher de ces sources surnaturelles et les disposer à en recevoir la grâce, vous devez considérer comme votre devoir sacré de célébrer le saint Sacrifice et d'administrer les sacrements avec ce respect profond, avec cette application consciencieuse, avec cette piété intérieure, qui rendent les fonctions sacrées exemplaires, édifiantes et propices à la dévotion (10).
Quand, harcelé par les dures
circonstances de la vie journalière, l'heure de l'office ou la cloche de la
paroisse rappelle et qu'au milieu du tumulte de ses sentiments la pensée de
Dieu et le battement de son âme se réveillent, alors qu'il met le pied sur le
seuil de l'église pour venir avec les autres assister aux saints mystères et
entendre la parole de Dieu, que cherche donc, que désire le chrétien ? Que veut
le peuple ? Il s veut trouver aliment et réfection, avant tout et par-dessus
tout, dans la grâce qui fortifie, mais aussi — et cela est également volonté du
Christ — dans l'effet élevant que la magnificence de la maison de Dieu et la
beauté des offices divins offrent à l’œil et à l'oreille, à l'intelligence et
au cœur, à la foi et au sentiment (11).
Après le saint Sacrifice, l'acte le plus grave et le plus important est l'administration du sacrement de Pénitence, qui a été appelé la planche de salut après le naufrage. Soyez prompts et généreux à offrir cette bouée à ceux qui naviguent sur la mer déchaînée de l'existence. Appliquez-vous y avec un zèle particulier et un complet dévouement. Asseyez-vous à ce divin tribunal d'accusation, de regret et de pardon, comme des juges qui portent en leur poitrine un cœur de père et d'ami, de médecin et de maître. Et si le but essentiel de ce sacrement est de réconcilier l'homme avec Dieu, ne perdez pas de vue qu'à atteindre ce but si élevé concourt puissamment la direction spirituelle : les âmes y sont plus proches que jamais de la voix paternelle du prêtre ; elles versent en lui leurs, peines, leurs troubles et leurs doutes, et en écoutent avec confiance les conseils et les avertissements ; c'est pourquoi le peuple sent vivement le besoin de confesseurs qui, par leur vertu comme par leur science théologique et ascétique, par leur maturité et leur pondération, soient capables de fournir d'une façon simple et claire, avec tact et bienveillance ; des règles lumineuses et sûres de vie et de bien.
Tout ce que Nous avons dit jusqu'ici regarde spécialement le ministère vigilant du curé. Mais, en plus de cela, c'est son devoir strict d'annoncer la parole de Dieu (12), devoir essentiel de l'apôtre, auquel a été confiée la parole de réconciliation, non moins que le ministère de la réconciliation (13), car malheur à moi si je n’évangélise pas (14). Parce que la foi vient de la prédication, et que la prédication se fait en raison de la parole, du Christ... Comment croire en Celui dont on n'a pas entendu parler ? Et comment en entendre parler en l'absence de prédicateurs (15) ? Comme l'intelligence éclaire la volonté, ainsi la vérité est la lampe de la bonne action. La parole est le véhicule de la vérité et, trop souvent aussi, de l'erreur, qui frappent à la porte de l'intelligence et de la volonté. Vous comprenez pourquoi les avertissements de l'Apôtre relient foi et audition, audition et prédicateur, et pourquoi, pour guérir la cécité du monde incapable de connaître Dieu parlant par la sagesse qui brille dans l'univers, Dieu s'est plu à sauver ses fidèles par la folie de la prédication (16) ... Sublime folie que celle-là, puisque ce qui est folie aux yeux de Dieu dépasse la sagesse des hommes (17), et que l'ignominie du Golgotha est la gloire du Christ.
Ces vérités, comme les
avertissements de l’Apôtre, conviennent aussi à notre époque où l'ignorance
religieuse est profonde et pleine de périls. Prêchez la doctrine, les
humiliations et les gloires du divin Sauveur, et puisque, spécialement chaque
dimanche et au temps du Carême, les chrétiens se groupent très nombreux autour
des chaires, une occasion unique — que les hérauts des autres doctrines
considèrent avec jalousie — s'offre à vous de rendre plus forte, plus ferme et
plus profonde la foi du peuple ; celui qui ne profiterait pas avec un zèle
ardent d'une heure aussi opportune manquerait du sens de sa vraie
responsabilité dans la diffusion du bienfait de l'instruction religieuse, si
nécessaire à la vie chrétienne (18).
Par la prédication, rendez familiers la personne et les exemples de l'Homme-Dieu, car la vie religieuse de chacun s'épanouit et se développe avec une fraîcheur divine quand elle est établie dans un rapport personnel et dans l'union avec Jésus-Christ. Prêchez les mystères de la foi, prêchez la vérité dans sa pureté et son intégrité, jusque dans ses dernières conséquences morales et sociales : le peuple a faim de cela. Prêchez avec simplicité, visant à ce sens pratique qui arrive à l'intelligence et qui se fait guide de l'esprit. Aujourd'hui spécialement, ce n'est pas l'éloquence brillante et recherchée qui conquiert les âmes, mais bien la parole convaincue qui part du cœur et qui va au cœur.
Avec les grands et avec les adultes, soyez, à l'image de l'apôtre Paul, pères et docteurs de perfection ; avec les petits et avec les jeunes, faites-vous petits à l'exemple des mères, comme la nourrice prend soin de ses enfants (19). Ne croyez pas vous humilier avec les petits et les ignorants ; la catéchèse est égale en valeur à la prédication, l'instruction des enfants vaut celle des adultes. Dans ce champ de l'instruction religieuse, le clergé paroissial peut certes compter sur l'appui et le concours de l'Action Catholique ; à tous ceux qui collaborent à une œuvre si sainte, Nous sommes heureux d'envoyer paternellement l'expression de Notre profonde reconnaissance et la Bénédiction apostolique. N'oubliez pas que cette importante mission, les canons 1329-1333 (20) la regardent comme un devoir naturel et primordial du soin des âmes, devoir que doit accomplir celui qui a reçu la garde des âmes. Le zèle du prêtre et sa capacité seront un stimulant et un modèle pour ses collaborateurs laïques ; l'heure du catéchisme offrira au curé une occasion propice de se retrouver avec la jeune génération de la paroisse. Ne laissez pas échapper l'occasion de préparer personnellement, quand cela vous sera possible, les petits enfants à la première confession et à la première communion ; c'est la première et secrète rencontre du prêtre et du Christ qui aime les enfants avec ces âmes candides qui s'approchent de vous et de l'autel, s'ouvrent comme des fleurs printanières aux premiers rayons du soleil et en conservent à travers le cours mouvementé de la vie le souvenir inoublié.
Nous ne voulons pas enfin laisser de côté un trait caractéristique de la figure du Bon Pasteur. Non seulement Il est la lumière véritable éclairant tout homme venant en ce monde (21) dans la vérité, la voie et la vie, mais encore Il a répandu une vertu qui guérissait même les corps et toute misère humaine —faisant le bien et les guérissant tous (22) — et laissant à ses Apôtres et à son Église le soin d'exercer la charité miséricordieuse envers les pauvres, les malades, les abandonnés ; la vie d'ici-bas est en effet un flux et un reflux de biens et de maux, de plaintes et de joies, de besoins et de secours, de chutes et de relèvements, de luttes et de victoires. Mais l'amour pour ses frères, tous rachetés par le Christ, est le baume mystérieux de toute douleur et de toute misère.
... Il n'y a pas de paroisse où il n'y ait un besoin à soulager ; une vie paroissiale florissante ne peut s'en désintéresser. Ne savez-vous pas que chaque jour grandissent le besoin et la pauvreté, tantôt manifeste, tantôt secrète ? Organisez les œuvres de bienfaisance, pour qu'elles s'exercent d'une manière ordonnée, juste, égale, étendue ; animez-les d'un vif esprit d'amour, d'un délicat respect, d'un regard prévoyant pour ceux qui, sans l'avoir mérité, sont tombés dans l'indigence ; celui qui exerce la miséricorde, avertit saint Paul, qu'il le fasse avec affabilité (23), « avec ce silence pudique qui te rend le don agréable (24) ».
1. Discorsi e
Radiomessagi di Sua Santità Pio XII. Milano, Società « Vita e Pensiero »,
1941, T. 1, p. 517-526. Trad. de l'italien dans Actes Pie XII, BP., T. II, p. 35-42.
2. 1 Timothée, 2, 5-6.
3. 2 Corinthiens, 5, 18-20.
4. Galates, 4, 19.
5. Cf. allocution du 24 décembre 1940 au Sacré
Collège et à la Prélature romaine. (AAS 33 (1941), p. 8). Cf. aussi
Encyclique Summi Pontificatus du 20 octobre 1939. (AAS 31 (1939),
p. 501).
6. Cf. AAS 32 (1940), p.
565. Trad. de
l'italien dans Actes Pie XII, BP., T. 2, p. 180.
7. 1 Corinthiens, 9, 22.
8. Hébreux, 5, 1.
9. Cf. Instruction Saepenumero de la S.C. du
Concile, en date du 14 juillet 1941. (AAS 33 (1941), p. 389).
10. Cf. Discours du 13 mars 1943. AAS 25 (1943), p.
114. Trad. de l'italien dans Actes Pie XII, BP., T. 5, p. 47).
11. Cf. ci-dessous n° 174.
12.
Cf. Can. 1344 § 1, 2, 3.
13. 2 Corinthiens, 5, 18-19.
14. 1 Corinthiens, 9, 16.
15. Romains, 10, 14-17.
16. 1 Corinthiens, 1, 21.
17. 1 Corinthiens, 1, 25.
18. Cf. Allocution du 21 janvier 1942. Trad. de
l'italien dans Discours aux jeunes époux. Ed. Saint-Augustin,
Saint-Maurice (Suisse), T. 2, p. 96.
19. 1 Thessaloniciens, 2, 7.
20. Cf., T. I, n° 253.
21. Jean, 1, 9.
22. Actes, 10, 38.
23. Romains, 12, 8.
24. Manzoni.
EXTRAITS
A l’occasion du VIII° centenaire de l’indépendance du Portugal et
du III° centenaire du recouvrement de sa liberté, le Pape adresse aux
catholiques portugais, justement fiers du passé missionnaire de leur patrie, un
pressant appel en faveur des Missions (1). Cette Lettre Encyclique
contient des passages importants sur l’esprit missionnaire qui doit animer le
clergé catholique : Que cette sainte et très haute intention, écrit
Pie XII, ait la part principale dans les prières de chaque prêtre.
De toute l’ardeur de Notre cœur, Nous pressons instamment les prêtres du Portugal de s’enrôler volontiers dans l’Union Missionnaire du Clergé. Chaleureusement recommandée, comme vous le savez, par Nos Prédécesseurs immédiats qui l’ont enrichie de faveurs spirituelles (2), vivement louée par Nous-même aussi qui lui souhaitons tout le bien possible, cette Association existe déjà dans presque toutes les nations, et elle forme la conscience et la volonté du peuple chrétien à s’intéresser activement aux questions missionnaires... C’est surtout des prêtres de cette Association que Nous espérons la réalisation de l’œuvre délicate qui consiste à choisir et à cultiver avec soin ces plantes fragiles que le Seigneur Jésus-Christ a fait germer dans sa vigne en vue de les transplanter un jour dans le champ sacré des missions.
Bien plus, Dieu Lui-même attend de ses ministres quelque chose d’essentiel et de fondamental, à savoir qu’ils préparent et cultivent avec soin le terrain où pourront croître ces jeunes plantes que sont les vocations missionnaires. En effet, le devoir des prêtres est de répandre parmi les fidèles la connaissance des questions missionnaires et d’allumer dans les âmes la flamme de cet apostolat ; comme Notre Prédécesseur Pie XI nous en avertit: il ne doit pas exister un seul prêtre qui ne soit enflammé d’amour pour les Missions catholique (3).
C’est pourquoi, Cher Fils et Vénérables Frères, Nous vous répétons les paroles et les prescriptions de l’Encyclique Rerum Ecclesiae : « Ordonnez que l’Union Missionnaire du Clergé soit établie chez vous, ou, si elle existe déjà, engagez-la, par vos conseils, vos instances, votre autorité, à une activité toujours plus diligente (4) ».
Nous désirons en outre que dans les séminaires on instruise avec soin et sérieusement des questions missionnaires les candidats au sacerdoce. Cette connaissance peut beaucoup contribuer à leur formation sacerdotale et elle leur sera même très utile une fois devenus prêtres, quelque charge pastorale que la Providence leur réserve dans l’avenir.
Et si, Cher Fils et Vénérables Frères, l’un d’eux est appelé à la vie missionnaire par une volonté très miséricordieuse de Dieu, « qu’aucune pénurie de personnel, qu’aucune nécessité du diocèse ne vous découragent ni ne vous détournent de donner votre consentement. Car vos fidèles ont, pour ainsi dire, à portée de la main les instruments de la grâce ; ils se trouvent bien moins éloignés du salut que les païens.... Si l’occasion se présente donc, c’est de bon cœur, par amour pour le Christ et pour les âmes, que vous ferez le sacrifice d’un de vos clercs. Mais est-ce vraiment une perte ? Celui que vous n’aurez plus pour vous aider et pour être le compagnon de vos labeurs, le divin Fondateur de l’Eglise le remplacera certainement, en répandant une plus abondante effusion de grâces sur votre diocèse ou en suscitant pour le saint ministère de nouvelles vocations (5) ».
Que les éducateurs du clergé missionnaire considèrent avec soin que nul ne peut s’engager dans cette voie difficile et pénible de l’apostolat missionnaire sans y être appelé par une grâce divine particulière pareillement personne ne peut y persévérer s’il ne correspond dignement à l’appel divin et à la vocation reçue de Dieu.
Le missionnaire doit être homme de Dieu non pas seulement à cause de sa divine vocation, mais aussi parce qu’il s’est pleinement et pour toujours consacré à Dieu. « En effet — comme le dit Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire Benoît XV dans sa remarquable Lettre apostolique Maximum Illud — celui qui annonce Dieu doit être un homme de Dieu ; celui qui prêche la haine du péché doit le haïr tout le premier. Chez les infidèles surtout, qui se conduisent plus d’après la sensibilité que par le raisonnement, on obtient beaucoup plus de résultats en prêchant la foi par l’exemple que par les paroles (6) ».
Il s’agit ici, Cher Fils et Vénérables Frères, de cette sainteté de vie profondément enracinée dans les âmes, et non de cette honnêteté de façade et sans force, qui disparaît facilement au contact des mœurs corrompues des païens. Ces hommes que saint Paul dépeint comme ayant les dehors de la piété, sans en avoir la réalité (7) ne seront certainement pas le sel de la terre qui guérit les plaies causées par la corruption païenne, ni la lumière du monde qui montre la voie de la Rédemption à ceux qui sont assis a 1’ombre de la mort. Et plaise à Dieu qu’ils ne deviennent pas eux-mêmes les misérables victimes ou, pire encore, les malheureux maîtres de ces mœurs corrompues ! Que Dieu écarte ce malheur !
Il faut en outre que le candidat à l’apostolat missionnaire reçoive une formation complète et solide, tant doctrinale que pastorale, afin de pouvoir être comme un sage architecte (8) du Royaume de Dieu.
Il ne suffit pas qu’il ait acquis une vaste et solide connaissance des choses sacrées ; il faut aussi qu’il connaisse à fond les matières ou disciplines prof particulièrement en rapport avec sa charge. S’il est dépourvu de cette science, tant sacrée que profane, et porté uniquement par son zèle, ce sera sur un sable mouvant qu’il posera les fondements de l’édifice à construire.
Sur les traces du Maître divin qui a passé faisant le bien et guérissant (9), fidèle aux ordres de Celui qui a ordonné de guérir les malades (10) et d’enseigner toutes les nations (11), que le missionnaire ne se contente pas de prêcher avec compétence et sagesse le Royaume de Dieu, mais que, bien préparé et animé par la charité du Christ, il s’emploie aussi à soigner tant de corps éprouvés par la maladie et la misère : qu’ainsi tout à la fois il éveille les intelligences, élève à une condition de vie plus humaine les esprits livrés aux superstitions du paganisme et plongés dans la barbarie, et fasse resplendir devant eux la lumière de la doctrine évangélique.
Sans doute l’Eglise, inspirée par l’Esprit-Saint, a-t-elle toujours — et surtout en pays de missions — construit, à côté des sanctuaires de Dieu, des orphelinats, des hôpitaux et aussi des écoles. Mais qui sera le « sage architecte » de toutes ces oeuvres saintes, sinon le héraut apostolique de la vérité chrétienne ? Comment pourra-t-il l’être s’il n’est pas muni de toutes les qualités, connaissances et vertus nécessaires ?
1. AAS 32 (1940), p. 249-260. Trad. du
latin dans Actes Pie XII, BP., T. 2, p. 133-157.
2.
Cf., T. 1, n° 326, 395, 560.
3. Encyclique Rerum Ecclesiae.
(AAS 18 (1926), p. 71). Cf., T. 1, n° 396.
4. Ibid., n° 395.
5.
Cf. T. 1. n° 394.
6. AAS 11 (1919), p. 449. Cf. T. 1, n°
320.
7. 2 Timothée, 3, 5.
8. 1 Corinthiens, 3, 10.
9. Actes, 10, 38.
10. Luc, 10, 9.
11. Matthieu, 28, 19.
EXTRAITS
Durant les premières années de
son Pontificat, le Pape se plut à recevoir fréquemment des groupes de jeunes
mariés : « Ces rencontres, disait-il, nous transportent pour ainsi dire
dans un air plus pur ; Nous Nous y sentons p/us intimement le Père, un Père qui
reçoit ses enfants, et qui au milieu d’eux ouvre son cœur et l’épanche
librement ». Les nombreuses allocutions prononcées par le Saint Père en
ces occasions ont été publiées et constituent un précieux recueil
d’enseignements sur les devoirs de la vie conjugale et familiale (1). Le
présent Discours est l’un des seuls où le Pape ait abordé la question du
sacerdoce dans ses relations avec le mariage (2).
N’avez-vous jamais réfléchi que, parmi les différents états, les différentes formes de vie chrétienne, il n’y en a que deux pour lesquels Notre Seigneur ait institué un sacrement : le sacerdoce et le mariage ? Vous admirez sans doute les imposantes cohortes des Ordres et des Congrégations religieuses, les mérites et la gloire dont ils brillent dans l’Eglise ; et pourtant, la profession religieuse — cette émouvante cérémonie, si riche d’un symbolisme nuptial sublime et profond, rehaussée de toutes les louanges dont Notre Seigneur et l’Eglise exaltent la virginité et la chasteté parfaite — la profession religieuse, disons-Nous, si éminente que soit la place occupée dans la vie et l’apostolat catholiques par les religieux et les religieuses, la profession religieuse n’est pas un sacrement.
Au contraire, le plus modeste mariage que célèbrent deux fiancés pressés de retourner au travail, et que bénit un simple prêtre, en présence de quelques parents ou amis, dans la pauvre petite église d’une campagne solitaire ou dans l’humble chapelle d’un quartier ouvrier, ce rite sans éclat ni pompe extérieure est un sacrement ; et, par sa dignité de sacrement, il se place à côté des magnificences de l’ordination sacerdotale ou de la consécration épiscopale que l’évêque du diocèse en personne accomplit dans la splendeur des ornements pontificaux et dans la majesté d’une cathédrale remplie de ministres sacrés et de fidèles.
L’Ordre et le Mariage, vous le savez, occupent une place toute spéciale dans l’Eglise : ils terminent et couronnent les sept sacrements. Pourquoi donc Dieu en a-t-Il disposé ainsi ? Sans doute il serait téméraire de dire au Créateur : « Pourquoi avez-Vous fait cela ? », il serait téméraire de Lui demander les raisons de son oeuvre et de ses perfections, si les grands Docteurs, et en particulier saint Thomas d’Aquin, ne nous en avaient donné l’exemple. Marchons sur leurs traces, et il nous sera permis de rechercher et de goûter les convenances et les harmonies cachées au sein de la pensée et des élections divines, pour y puiser une plus amoureuse confiance et nous élever à une plus haute idée de la grâce reçue.
Lorsque le Fils de Dieu daigna S’incarner, la parole du Sauveur de l’humanité ramena le lien conjugal de l’homme et de la femme à sa splendeur première. Les passions humaines avaient causé la déchéance de cette noble institution : la Rédemption l’éleva à la dignité de sacrement et, à ce sacrement, l’union du Christ avec son Epouse, notre Mère l’Eglise, que féconde le Sang divin, confère une grandeur spéciale. Le Sang de Jésus nous régénère dans la parole de la foi et l’eau du salut et Il donne à ceux qui croient en son Nom de devenir enfants de Dieu, à ceux qui ne naissent ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme (3). Ces solennelles paroles de saint Jean nous manifestent une double paternité la paternité de la chair, par la volonté de l’homme ; et la paternité de Dieu, par la puissance de l’esprit et de la grâce divine. Ces deux paternités, dans le peuple chrétien, marquent du signe du sacerdoce et du mariage les pères selon l’esprit, qui communiquent la vie surnaturelle, et les pères selon la chair, qui donnent la vie naturelle ; et c’est pour assurer et perpétuer à travers les siècles la génération et la régénération des fils de Dieu que le Christ a institué en faveur de son Eglise les deux sacrements du Mariage et de l’Ordre. Deux sacrements : deux paternités, deux pères qui fraternisent et se complètent l’un l’autre dans l’éducation des enfants, fils de Dieu, espérance de la famille et de l’Eglise, de la terre et du ciel. Telle est la haute idée que nous donne du sacerdoce et du mariage l’Eglise, cette Jérusalem nouvelle, cette Ville Sainte que Jean vit descendre des cieux vêtue comme une jeune épouse parée pour son époux (4).
Quels sont les ouvriers qui travaillent à la patiente construction de cette Jérusalem nouvelle ? Avant tout les successeurs des Apôtres, le pape et les évêques, avec leurs prêtres ; ensemble ils disposent, polissent et cimentent les pierres selon les plans de l’architecte. L’Esprit-Saint les a établis évêques pour paître l’Église du Seigneur (5). Mais que feraient-ils, s’il n’y avait auprès d’eux d’autres ouvriers pour extraire, pour tailler, pour préparer les pierres, suivant les besoins de l’édifice ? Et qui sont donc ces ouvriers, sinon les époux ? Ce sont les époux qui donnent à l’Église des pierres vivantes et qui les travaillent avec art; ces ouvriers, bien-aimés fils et filles, c’est vous-mêmes.
Notez donc bien que votre paternité, votre maternité, ne devront pas se borner à extraire et à réunir péniblement les blocs de pierre brute; il vous faudra encore les préparer, leur donner la forme qui leur permettra d’entrer pour le mieux dans l’édifice. C’est en vue de ce double office que Dieu a institué le grand sacrement de Mariage.
Comme l’enseigne le Docteur angélique, saint Thomas d’Aquin (6), ce sacrement qui a consacré votre union fait de vous « les propagateurs et les conservateurs de la vie spirituelle, selon un ministère à la fois corporel et spirituel », qui consiste « à engendrer les enfants et à les former au culte de Dieu ». Vous êtes, toujours sous la conduite des prêtres, les premiers et les plus proches éducateurs et maîtres des enfants que Dieu vous a confiés. Dans l’édification du temple de l’Église, qui ne se compose pas de pierres mortes, mais d’âmes vivantes pleines d’une vie nouvelle et céleste, vous êtes pour vos enfants des précurseurs spirituels, depuis leur berceau jusqu’à l’âge d’homme, et vous devez leur montrer le ciel.
Époux chrétiens, vous n’avez pas dans l’Église la simple mission d’engendrer des enfants pour les offrir, pierres vivantes, au travail des ministres de Dieu que sont les prêtres [...] Aux enfants nouveau-nés, donnez aussi le pur lait spirituel, afin qu’il les fasse grandir pour le salut (7) ; faites-en des pierres vivantes du temple de Dieu, vous qui, selon la parole de saint Pierre, formez, par la grâce du mariage, un temple spirituel, un sacerdoce saint (8). Dans la formation chrétienne des petites âmes que Dieu vous confiera, une part vous est réservée, un ministère dont vous n’avez pas le droit de vous désintéresser et où personne ne pourra se substituer pleinement à vous.
N’oubliez jamais qu’auprès du berceau doivent se tenir deux pères et maîtres, l’un naturel et l’autre spirituel. Selon les dispositions ordinaires de la divine Providence, les âmes ne peuvent parvenir à une vie chrétienne et au salut hors de l’Église et sans le ministère des prêtres que le sacrement de l’Ordre a préparés. De même, ne l’oubliez jamais, les enfants ne peuvent pour l’ordinaire grandir dans la vie chrétienne que dans un foyer domestique où les parents, unis et bénis par le sacrement de Mariage, remplissent le ministère qui leur est propre (9).
1.
Discours aux jeunes époux, 2 volumes, parus en 1946 et 1947 aux éditions
de l’Oeuvre Saint-Augustin, Saint-Maurice, Suisse.
2.
Discorsi e Radiomessagi di Sua Santità Pia XII. Milano, Società editrice
« Vita e Pensiero » , 1941. T. 2, p. 373-379. Trad. de l’italien dans Discours
aux jeunes époux, Ibid., T. 1, p. 179-184.
3.
Jean, 1, 12-13.
4.
Apocalypse, 21, 2. Cf. Encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1943 (AAS
35 (1943), p. 202. Trad. du latin dans SVS, p. 442).
5.
Cf. Actes, 20, 28.
6.
Somme contre les Gentils, 4, 58.
7.
1 Pierre 2, 2.
8.
1 Pierre 2, 5.
9. Op. cit., T. 2, p. 125.
EXTRAITS
Le Pape, s’inspirant du thème
de la prédication de Carême à Rome en cette année 1941, consacre son Discours à
l’exposé des articles de foi contenus dans la première partie du Credo. Il
exhorte les prêtres à prêcher ces vérités fondamentales, plus que jamais
nécessaires aux hommes de notre temps (1).
Dieu l’homme, le divin Médiateur entre Dieu et l’homme, ne sont-ils pas les thèmes fondamentaux autour desquels se rassemblent les vérités de notre foi et qui résument la science de notre destinée suprême et des moyens à employer pour y parvenir ? Sans cette connaissance, comment l’homme peut-il ici-bas éviter les sentiers du mal et marcher sur la voie droite du salut et de la vertu ?
Vous êtes pasteurs de vos brebis, vous êtes pères de vos fils spirituels, vous êtes médecins des âmes malades parlez à l’homme, frêle et périssable créature, de son Dieu qui, de toute éternité, hors du temps, dans l’unité de sa nature et la trinité de ses personnes, vit, aime et agit dans une lumière ineffable et inaccessible aux seules forces de l’intelligence créée (2). Parlez à l’homme de lui-même : fait à l’image et ressemblance de Dieu et précipité, à la suite de sa révolte contre son Créateur, dans un abîme de maux, l’homme n’est-il pas encore beau et grand dans sa ruine ? Parlez à l’homme de Jésus-Christ : Quoiqu’Il fut de condition divine et égal à Dieu, Il s’est anéanti Lui-même en prenant la condition d’esclave et en se faisant semblable aux hommes. Et, quand Il eût revêtu l’aspect d’un homme, Il s’est encore humilié Lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix (3).
Le peuple et la société ont besoin de connaître Dieu. Les terribles événements auxquels nous assistons aujourd’hui sont surtout la conséquence et comme la rançon de la négation de Dieu et de l’irréligion ; celles-ci, telles un mal contagieux, troublent et corrompent l’âme des peuples ; telles un incendie, elles menacent d’envahir l’Europe et des continents entiers. En même temps, ces événements sont une épreuve au moyen de laquelle le Seigneur veut d’une voix puissante rappeler le genre humain à la foi et au service de Dieu.
Voilà, chers fils, la première et la grande tâche de votre prédication : reconduire les hommes à la connaissance du vrai Dieu personnel : Ut cognoscant te, solum Deum verum (4) ; en sorte qu’ils se remettent à marcher en sa présence dans la crainte et dans l’amour, et qu’ils apprennent de nouveau à diriger selon sa sainte Loi leur vie entière, depuis leurs plus secrètes pensées, jusqu’aux moindres de leurs actions.
Le Rédempteur est trop peu connu et aimé. Qui peut aimer ce qu’il ne connaît pas ? Il y a des âmes qui Le connaissent et L’aiment, âmes d’enfants, de jeunes gens et de jeunes filles, de vierges et de mères, connues et inconnues. Il y a des âmes qui Le connaissent, mais craignent de s’approcher de Lui et d’entendre sa voix. Il y a des âmes qui Le connaissent et L’offensent. Il y a des âmes qui, par suite de la misère des temps et de la déficience de l’enseignement, L’ignorent et refusent d’admettre sa divinité et son ineffable bonté, qui retournent au paganisme et crient avec le gouverneur Festus à Paul prêchant le Christ : Insanis Paule (5). Pour les païens, pour les sots qui se croient sages, le Christ crucifié est folie, comme Il est scandale pour les Juifs. Mais la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et plus forte que les hommes est la faiblesse de Dieu (6).
Hésiterez-vous vous-mêmes à prêcher cette folie et cette faiblesse d’un Dieu qui voulut, par le moyen de la folie de la prédication, sauver les croyants ? Le Christ n’est-il pas la force et la sagesse de Dieu (7) ? Oh ! si le monde Le connaissait davantage, s’il approchait davantage de la force et de la sagesse divines de Celui qui, de sa Croix élevée sur le Golgotha, a fait la chaire et le phare qui illuminent les peuples et tirent à soi l’univers Déjà, Il a illuminé tant de régions de la terre ; déjà, Il a vaincu le monde et renversé de nombreuses idoles qui gisent, brisées, au pied de sa Croix ; mais dans le cœur de l’homme, prompt au mal dès sa jeunesse, se dressent encore, invaincues, les idoles de la concupiscence et de l’orgueil, qui répugnent à la paix donnée et laissée par le Christ à ses disciples. Quand donc viendra ce jour où le monde entier sera au Christ, où toutes ses brebis dispersées et errantes seront rassemblées en un seul bercail autour d’un seul pasteur ?
Prêchez, chers fils, parlez du Fils de Dieu fait homme et se sacrifiant sur le Calvaire pour le salut de l’homme ; parlez à l’homme de sa haute origine et de sa chute : c’est pour l’en relever que le Fils de Dieu est descendu du ciel ; parlez de Dieu, vivant en trois personnes distinctes dans l’unité de sa nature éternelle, Dieu sage, tout-puissant, Dieu créateur, restaurateur, sanctificateur, Dieu rémunérateur de ceux qui Le craignent et qui L’aiment par une récompense qui surpasse tout désir, dans La joie d’être semblables à Lui et de Le contempler face à face loin des ombres de la foi, dans l’éclatante manifestation de sa gloire éternelle et de sa magnificence. Ce sont là les vérités fondamentales de la profession de notre foi, vérités qui nous découvrent la destinée de notre vie d’ici-bas ; vérités sans la lumière desquelles l’homme ressemble à ces sages qui ne suivaient pas le sentier, mais allaient de l’avant sans savoir où les conduisaient leurs pas.
1.
AAS 34 (1942), p. 128-137.
2.
Cf. 1 Timothée, 4, 16.
3.
Philippiens, 2, 6-8.
4.
Jean, 17, 3.
5.
Actes, 26, 24.
6.
1 Corinthiens, 1, 25.
7. Ibid., 1, 24.
EXTRAITS
Dans ce Discours, qui fait suite à celui qu’il prononçait, en la même circonstance, le 25 février 1941, le Saint Père commente les derniers articles du Credo. A leur sujet, il adresse aux prêtres d’utiles conseils de pastorale (1).
Prêchez, orateurs sacrés, ces très hautes vérités (2). De nos jours, la pensée chrétienne de la mort, d’où dépend toute l’éternité, menace de s’obscurcir toujours davantage. Ravivez-la dans la conscience des fidèles et expliquez-leur comment la gravité de la mort ne consiste pas tant dans ses circonstances extérieures, mais plutôt dans cette vérité que tout homme est responsable de son éternel destin et que ce dernier se fixe au moment de son départ de ce monde.
Défendez l’infinie sagesse et justice de Dieu qui, dans les événements heureux ou malheureux de cette terre, souvent ne distingue pas les bons des mauvais et fait briller son soleil sur les uns comme sur les autres (3). Ses jugements ultimes ne sont pas rendus en cette vie, mais dans l’autre monde. Louez-Le donc de ce que, dans son gouvernement divin, Il réserve non seulement ses récompenses aux bons, mais encore les supplices aux mauvais. Faites taire ces murmures qu’arrache parfois aux lèvres de personnes même pieuses la vue des méchants, puissants par la richesse, superbes dans les honneurs, fortunés dans le succès. Ainsi disait le psalmiste : Mes pieds ont été sur le point de fléchir ; mes pas ont presque glissé, parce que j’ai envié les pervers en voyant la prospérité des méchants... Tels sont les méchants ! Ils sont les heureux du monde et amassent des richesses. Et j’ai dit c’est donc en vain que j’aurais gardé mon cœur pur, que j’aurais conservé mes mains sans souillure et dans l’innocence, puisque je suis dans la tribulation tout le long du jour et que mon châtiment est de tous les matins (4).
Dans une pareille plainte, les saints expriment le cri de l’infirmité de la nature humaine, mais non pas la voix de cet esprit dont ils étaient animés et dans lequel ils adoraient le mystère du gouvernement de Dieu au milieu des événements heureux et pénibles du monde... N’en doutez pas au jour final, les ténèbres seront dissipées par les rayons fulgurants de la croix, étendard de l’Eglise militante et triomphante, qui illuminera les esprits et réconfortera les cœurs des disciples fidèles.
O Sainte Eglise catholique, par la grâce de l’Esprit-Saint, nous croyons que tu es, que tu vis, que « tu souffres, combats et pries, et que tes tentes se déploient d’une mer à l’autre ». Credo sanctam ecclesiam catholicam. Camp de ceux qui croient, de ceux qui espèrent, de ceux qui aiment au profond de leur âme, montrez-la, chers fils, cette Eglise, mère des âmes, visible sur la montagne (5), lumière des peuples (6) ; visible dans sa vie, dans son histoire, dans ses luttes et dans ses triomphes, dans son culte, ses sacrements, ses ministres, sa hiérarchie ; visible en cette Rome où le Vicaire du Christ est le centre de son unité et la source de l’autorité, comme celui à qui doivent être unis tous les autres pasteurs et de qui ils reçoivent immédiatement leur juridiction et leur mission. Il lui appartient de les confirmer dans la foi, en tant que premier et universel Pasteur, et Pasteur des pasteurs, de prévenir et de corriger les abus, de garder inviolable le dépôt de la doctrine du Christ et de la sainteté de la morale, de condamner authentiquement l’erreur. Lui seul, successeur de Pierre, pierre fondamentale de l’Église, peut, à l’instar de Pierre, parmi les Apôtres au premier Concile de Jérusalem — de Pierre dont la dignité ne fait jamais défaut, même dans un indigne héritier (7) — se lever et, conscient de la dignité reçue du Christ, parler et dire : Vous savez, frères, comment Dieu, depuis les premiers jours, m’a choisi parmi vous, afin que par ma bouche les Gentils puissent entendre la parole de l’Evangile et croire (8).
L’Église, si elle est en ce monde et composée d’hommes semblables aux poissons, bons et mauvais, du filet (9) , n’est pas un royaume de ce monde ; sa politique n’est et ne peut être autre chose qu’une oeuvre incessante et un sacrifice fécond au service de la vérité et de l’amour, de la justice et de la paix entre les hommes, les peuples et les nations, On ne peut, sans dommage ni erreur, employer le nom de catholique pour signifier et favoriser d’autres idées et d’autres sentiments que ceux-là, entre fils qui ont la même foi et la même mère, l’Église. Un chrétien, s’il est fils bien né, ne devrait pas plus rougir de son caractère de catholique, qu’il ne rougit de l’Évangile.
Faites aimer et vénérer une Mère si sainte ; elle régénère ses fils à la vie de la grâce, elle les fortifie pour les luttes de l’âme par le Pain des forts ; par ses ministres, elle les accompagne au long de la vie dans toutes les démarches agréables et pénibles ; elle les fait participer à ses trésors, à ses richesses, dans la communion des saints, grâce à ses prières, ses mystères sacrés, tous ces biens qui découlent de la source de la charité dans le lien de la paix, à la façon d’un fleuve, pour remplir même les pécheurs et pour exalter la bienveillante autant que généreuse maternité de l’Épouse du Christ.
Réveillez et ravivez chez les fidèles, en particulier chez les jeunes, cette force spirituelle, aujourd’hui si nécessaire, mais qui, trop souvent, leur fait défaut le sens de l’honneur catholique. C’est la louange et l’admiration du fils pour la Mère. C’est le sentire cum Ecclesia. C’est la conscience que, pour les fidèles, la religion, le Christ et l’Église sont tout un. La conscience que l’Église est une société parfaite, avec un droit souverain à tout ce dont elle a besoin pour l’accomplissement de sa divine mission. La conscience que l’Église, c’est le Christ qui continue à vivre ici-bas et que l’amour pour le Christ équivaut à l’amour pour l’Église et réciproquement (10).
L’appartenance à l’Église une, sainte, catholique du Christ dans laquelle tous les fidèles ont le même droit de citoyenneté ; la foi unique qui les rend tous un, au sens le plus intime et le plus élevé ; la Table Sainte unique qui, à travers les monts et les mers, unit tous les fidèles dans le Christ ; un seul Esprit-Saint dont tous sont le temple par l’effet de la grâce sanctifiante ; un unique Chef visible de l’Église catholique qui embrasse tous ses fils dans un même amour tout cela constitue, par nature et par expérience séculaire, le plus puissant moyen de guérir les plaies des guerres, de réconcilier et de pacifier les peuples.
Mais, de même que sans la charité répandue dans notre cœur par l’Esprit-Saint on ne participe pas pleinement à la communion des saints, de même sans la pureté de conscience personne ne s’approche dignement du céleste Banquet du Corps du Christ, devant lequel l’homme doit s’éprouver lui-même. C’est le grand mystère de la rémission des péchés : Credo remissionnem peccatorum. C’est le mystère de la justice et de l’amour divins d’un Dieu fait homme qui, mourant crucifié sur le Golgotha pour le salut du monde, donne au Père céleste dans son propre Sang le prix du pardon des péchés des hommes et, ressuscité, laisse à l’Église avant son Ascension les clés du ciel pour remettre et retenir les péchés (11). Dans un tel mystère, montrez à ceux qui vous écoutent l’infinie bonté de Dieu qui, dans le secret colloque du prêtre et du pénitent, daigne ériger l’inviolable tribunal de sa réconciliation avec l’homme et de son pardon, quelle que soit la faute qui charge une conscience repentante. Très haute et très vénérable s’il en fut jamais, cette puissance accordée au prêtre, en tant qu’instrument et ministre de Dieu, de transformer les pécheurs en justes et de leur ouvrir les portes du ciel. Encore une fois, la sainte Église, en ramenant au bien les âmes qui se sont égarées, en les rendant héritières d une vie bienheureuse et dignes de la vision divine, se fait et se montre mère des saints, tandis qu’elle enseigne que c’est dans la réconciliation avec Dieu et dans l’amitié avec Lui que consiste essentiellement le salut.
Et vous, gardiens, pères et médecins des âmes, choisis et établis par le Christ pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission des péchés (12), soyez pour le peuple chrétien des maîtres de cette science du salut. Oui, qu’on étudie toutes les sciences et toutes les disciplines, tous les arts et les métiers, qu’on scrute les cieux, les mers, la terre et les profondeurs abyssales de la nature et de ses divers règnes. Mais l’homme, doué d’une âme immortelle, devra apprendre aussi à sonder les profondeurs de son cœur, à sentir l’impulsion première qui le pousse avec force vers Dieu, à distinguer les biens éternels des biens temporaires et passagers, la vertu du vice, les mérites des démérites en face du tribunal de Dieu, à réfléchir sur l’offense et le remords et le regret qui l’efface.
Les fidèles désirent de bons confesseurs, d’une doctrine solide et réfléchie, qui leur indiquent avec clarté les limites du licite et de l’illicite, et, sans imposer des charges ou obligations non nécessaires, leur viennent en aide quand la justice le requiert et que la charité le conseille ; des confesseurs prudents, auxquels leurs pénitents peuvent tout confier sans risque de blessures spirituelles ; des confesseurs remplis de l’esprit de Dieu, qui sachent les conduire à la perfection répondant à leur condition. Montrez-vous, chers fils, dignes d’un si haut ministère (13).
1. AAS 34 (1942), p. 137-147. Trad. de
l’italien dans Actes Pie XII, BP., T. 4, p. 29-39. Cf. ci-dessus n° 123
et suivants.
2. Le Pape vient de commenter l’article
du Credo « Le Christ viendra juger les vivants et les morts », et il
a traité du jugement général et du jugement particulier.
3. Cf. Matthieu, 5, 45.
4. Psaume 72, 2-3 et 12-14.
5. Cf. Matthieu, 5, 54.
6. Cf. Jean. 11, 10.
7. S. Léon le Grand, Serm. 3 in anniv.
die Assumpt. Suae, c. 4. Migne, PL., 54, i47.
8. Actes, 15, 7.
9. Cf. Matthieu, 13, 47-48.
10. Cf. Encyclique Mystici Corporis,
du 29 juin 1943. (AAS 35 (1943), p. 237 et suivantes). Cf. aussi AAS 34 (1942),
p. 254-562).
11. S. Thomas, III pars Suppl., q. 17
et sq.
12. Luc, 1, 77.
13.
Cf. le Bref Apostolique Consueverunt, du 26 avril 1950. (OR. du 1er juin
1950. Trad. du latin dans DC., 47 (1950). c. 943.
EXTRAITS
A l’occasion du Tricentenaire
de la fondation du Séminaire et de la Compagnie de Saint-Sulpice, le Saint Père
adressa au Vice-Supérieur Général la Lettre suivante, où, après avoir évoqué à
larges traits la figure de Jean-Jacques Olier, il invite les membres de la
Compagnie à poursuivre leur oeuvre au service du Sacerdoce (1).
Poursuivez donc, comme vous le faites, votre sainte entreprise.
Vous savez combien grande et éminente est la dignité du sacerdoce catholique ; il est, en effet, « placé comme un intermédiaire entre la nature divine et la nature humaine, pour adorer et servir la première, pour améliorer la seconde (2) ». Et vous savez surtout combien il importe que ceux qui sont appelés par une inspiration divine aux fonctions sacrées soient instruits et formés comme l’exige leur future mission de maîtres de la divine sagesse et de la vertu chrétienne.
Vous savez, en outre, que les
Pontifes romains ont toujours eu une particulière sollicitude pour les
Séminaires « auxquels la fortune de l’Eglise est si étroitement attachée
(3) ». Et vous n’avez certainement pas oublié les avertissements si sages
que Notre dernier Prédécesseur d’heureuse mémoire, le Pape Pie XI, donnait dans
son Encyclique Ad Catholici Sacerdotii (4). De tout cœur, Nous vous
exhortons à les relire et à les méditer. Et Nous-même, peu après le début de
Notre pontificat, recevant dans la cour Saint-Damase au Vatican les
séminaristes venus de toutes les nations dans la Ville ]'Eternelle pour se
préparer au sacerdoce, Nous leur avons adressé la parole ; et laissant parler
Notre cœur de Père, Nous leur disions entre autres choses cette phrase, qui
convient si bien à la fonction propre de votre Institut : « Voici le rôle
assigné au sacerdoce catholique : être le soleil surnaturel qui illumine l’esprit
des hommes par la vérité du Christ et enflamme leur cœur de la charité du
Christ. A cette fin, il faut que toute préparation et toute formation
sacerdotales répondent (5) ».
Vous savez aussi que votre travail serait vain et ne produirait pas de fruits surnaturels si chacun de vous n’avait d’abord nourri son âme de l’esprit de l’Evangile, et n’était devenu tellement fervent qu’il pût servir d’exemple aux séminaristes confiés à ses soins. C’est pourquoi votre pieux fondateur, traitant de la « piété du Séminaire de Saint-Sulpice », mettait en tête de son opuscule cette importante sentence : « La fin première et dernière de cet Institut sera de vivre souverainement pour Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur (6), de telle sorte que la vie intérieure de son Fils pénètre l’intime de notre cœur, et que chacun puisse dire ce qu’avec confiance saint Paul proclamait de lui-même : Je vis..., non pas moi, mais le Christ vit en moi (7) Telle sera l’unique espérance et la méditation de tous, l’unique exercice : vivre intérieurement de la vie du Christ et la manifester par nos oeuvres dans notre corps mortel (8) ».
Si donc — comme Nous en avons la confiance — vous vous laissez conduire, avec l’aide de la Bienheureuse Vierge Marie, dans cette voie de sagesse et selon cette règle, tant pour votre propre formation ecclésiastique que pour celle de vos élèves, vous récolterez une moisson toujours plus abondante de fruits de sainteté. Tels sont les vœux que Nous formons à l’occasion de vos fêtes centenaires ; dans une prière suppliante, Nous les confions à Dieu, afin qu’Il daigne les réaliser.
1. AAS 34 (1942), p. 94-96. Trad. du
latin dans Actes Pie XII, BP., T. 4, p. 40.
2. S. Isidore de Péluse, Epist. III, 20
; Migne, PG. 78, 476.
3. Léon XIII, Lettre Paternae
Providaeque, à l’épiscopat du Brésil, du 18 septembre 1899. (Acta Leonis,
T. 19, p. 194).
4. AAS 28 (1936), p. 5. Cf., T. 1, n°
514 et suivants.
5. AAS 31 (1939), p. 246. Cf. ci-dessus
n° 48.
6. Cf. Romains, 6, 11.
7. Galates, 2, 20.
8.
Cf. 2 Corinthiens, 4, 10 ; J. J. Olier, Pietas Seminarii Sancti-Sulpitii, 1-2.
EXTRAITS
Le Pape évoque les circonstances douloureuses de ce Noël de guerre. Son message, cette année encore, sera donc un message de paix et d’ordre pour les nations. Mais l’ordre ne peut venir que du respect des lois éternelles, inscrites dans la nature humaine, achevées et perfectionnées par le divin Rédempteur, et transmises par l’Eglise (1).
En plaçant la volonté du Père au-dessus de toute autre volonté, le Christ, Prince de la Paix, a suscité l’opposition, cachée ou ouverte, ainsi que l’incompréhension de ceux qui, poussés par une idée purement terrestre de la mission de leur peuple, ont vu dans le Miroir de toute justice, bonté et miséricorde, un signe de contradiction (2).
L’Église pourrait-elle donc s’étonner si son sort est celui-là même du divin Maître et se modèle sur le caractère agité et bouleversé du monde actuel ?
L’Épouse du Christ, dans la défense de la vérité et de la vertu, ses ministres, dans leur activité et leurs efforts pour la conquête et le bien des âmes, expérimentent souvent en eux le mystère du « signe de la contradiction », surtout quand ils se consacrent, dans un suprême élan d’amour et de sacrifice, avec un généreux désintéressement et un dévouement empressé, à la lutte contre les erreurs du jour, afin de faire triompher l’Évangile et de détourner d’éternels malheurs. Mais cela peut-il être occasion de se lamenter, de se montrer pusillanime, de manquer de ce courage apostolique, allumé à la flamme de la charité et du zèle ? Certainement non.
La plainte digne de l’apôtre, la plainte dont l’ouvrier évangélique n’a pas à rougir, c’est l’affliction qui pesait sur le Cœur du Sauveur et Lui faisait verser des larmes, à la vue de Jérusalem opposant à son invitation et à sa grâce cette obstination aveugle et cette méconnaissance entêtée qui l’ont conduite sur la route du péché jusqu’au déicide.
Un pareil aveuglement, une telle incompréhension des buts les plus élevés de l’Église dans son action doctrinale et pastorale, face aux courants de la pensée moderne qui renient les vérités centrales de notre sainte foi et entravent de mille chaînes l’activité de ses ministres, — de la part aussi parfois de catholiques mal avisés qui écoutent les théories adverses et se font esclaves d’influences étrangères, — un pareil aveuglement a existé, existe et existera toujours. Il faut bien qu’il soit supporté par tous ceux qui suivent le Seigneur en esprit et en vérité, et qu il soit accepté dans toute son amertume, comme participation au calice de Celui qui est venu sauver ce qui était perdu.
Lorsque Dieu vous appela au sacerdoce, Lorsqu’Il en accorda à beaucoup d’entre vous la plénitude, lorsque la confiance de Nos Prédécesseurs vous choisit pour être ici, au centre du monde catholique, des conseillers et des collaborateurs du Pontife romain dans le gouvernement de l’Église universelle ; à tous et à chacun de vous, à des degrés différents, suivant la mesure de la grâce reçue, fut adressée la demande : Pouvez-vous boire le calice que Je boirai Moi-même (3) ? Votre vie et votre activité sacerdotales dans l’Église et pour l’Église, votre lutte pour conquérir les âmes et pour la transformation spirituelle du monde, seront d’autant plus efficaces et fécondes que, plus courageuse et inconditionnée, jour par jour, heure par heure, sera et apparaîtra la réponse de votre cœur à la demande du Maître.
Rien ne serait moins conforme aux besoins particuliers de l’heure présente que la pusillanimité de ceux au milieu desquels demeure l’« Ange du grand conseil », qui, dans l’abîme de sa sagesse, possède des trésors de conseils et des remèdes pour l’univers entier. Ne sonne-t-il pas précisément en ce moment pour le christianisme, pour notre foi qui triomphe du monde, une heure comparable à celle de la première rencontre du Christ avec l’ancien paganisme ; une heure si pleine de graves dangers et pourtant riche de grandioses promesses et d’espérances de bien ?
1.
AAS 35 (1943), p. 5-8. Trad. de l’italien dans Actes Pie XII, BP., T. 4, p. 284-292.
2.
Luc, 2, 34. Cf. T. 1, n° 566 b.
3.
Matthieu, 20, 22.
Ces prescriptions n’ont pas paru aux Acta Apostolicae Sedis (1). Elles
ont été directement adressées aux Ordinaires avec une lettre d’accompagnement
du cardinal Marchetti-Selvaggiani, Secrétaire du Saint-Office, en date du 16
mai 1943. Cette lettre insiste sur
l’importance des présentes Prescriptions aux confesseurs, qui doivent être
« très scrupuleusement observées » ; sur la nécessité de former
sérieusement à cet égard les futur prêtre vers la fin de leur étude théologique
; sur la prudence enfin avec laquelle il convient d’accorder aux jeunes prêtres
les pouvoirs de confesser.
L’Église s’est toujours efforcée avec grand soin d’empocher que le sacrement de Pénitence, « institué par la bonté divine comme un refuge après la perte de l’innocence baptismale, ne devienne finalement — par suite des ruses du démon et de la malice des hommes utilisant de façon perverse les bienfaits de Dieu — dommageable aux naufragés et aux malheureux pécheurs (2) ». Ainsi ce qui fut établi pour le salut des âmes tournerait d’une façon ou d’une autre, par légèreté et négligence, à la perte des âmes et au détriment de la sainteté et de la dignité sacerdotales.
Il y a ici surtout un danger qu’il ne faut pas
mépriser. C’est celui que rencontre le confesseur quand, interrogeant et
instruisant les pénitents au sujet du sixième commandement, il néglige de se
conduire sur ces deux points avec la circonspection et la prudence que
réclament la délicatesse du sujet et la dignité du sacrement, et qu’au
contraire il dépasse la mesure requise à l’intégrité de la confession et au
bien du pénitent ; il en est de même
lorsque toute la façon d’agir du confesseur, surtout avec les femmes,
manque de la sainteté et de la gravité qui conviennent. Tout cela, en effet,
choque facilement l’esprit des fidèles, donne prise aux soupçons et peut être à
l’origine d’une profanation du sacrement.
Afin de prévenir au mieux par son action un si
grand danger, cette Suprême S. Congrégation a jugé opportun de rappeler les
règles que les confesseurs doivent méditer avec soin et dont les futurs
confesseurs doivent être sérieusement avertis dans les Séminaires et les écoles
théologiques.
1. — Le Code de Droit canonique (3) avertit très opportunément le confesseur de ne pas presser le pénitent de questions curieuses et inutiles, surtout au sujet du sixième commandement ; en particulier, il n’interrogera pas imprudemment les jeunes sur des choses qu’ils ignorent. Or, inutiles sont les questions qui, de toute évidence, ne servent ni à compléter l’accusation du pénitent, ni à connaître les dispositions de son âme. Le pénitent, en effet, n’est tenu, de droit divin, que de confesser tous et chacun de ses péchés graves, commis après le baptême et non encore directement remis par le pouvoir des Clés, dont il a conscience après un sérieux examen ; il doit aussi signaler les circonstances qui changent l’espèce du péché, dans la mesure toutefois où, ayant eu connaissance de ces malices spécifiques au moment de la faute, il s’en est rendu effectivement coupable. De ces seuls péchés-là, le confesseur est donc tenu de s’informer auprès du pénitent, quand il a de justes motifs de supposer que, dans l’accusation, ils ont été omis de bonne ou mauvaise foi. S’il arrive parfois qu’il faille entièrement suppléer à l’examen de conscience d’un pénitent, le confesseur ne dépassera pas dans l’interrogation les limites d’une prudente conjecture fondée sur la condition du pénitent.
Il faut donc omettre, comme inutiles,
choquantes et même dangereuses en une telle matière, les questions portant :
sur les péchés dont on n’a aucun motif positif et ferme de soupçonner le
pénitent ; sur l’espèce des péchés dont il n’a vraisemblablement pas contracté
la malice ; sur les péchés matériels, à moins que le bien du pénitent ou un
grave danger menaçant le bien commun n’exigent ou ne conseillent
l’avertissement ; sur les circonstances moralement indifférentes, en
particulier sur la manière dont le péché fut commis. Bien plus, si le pénitent,
par ignorance, par scrupule ou par malice, dépassait de lui-même la mesure ou
offensait la pudeur en exposant ses péchés ou tentations de luxure, le
confesseur ne manquera pas de l’arrêter, avec prudence mais avec promptitude et
fermeté.
En outre, le confesseur se souviendra que le
précepte divin de l’intégrité de la confession n’oblige pas, s’il cause au
pénitent ou au confesseur un dommage grave extrinsèque à la confession. C’est
pourquoi chaque fois que la prudence fait craindre que l’interrogatoire ne soit
occasion de scandale pour le pénitent ou de chute pour le confesseur, il faut
l’omettre. En cas de doute, on se souviendra toujours de l’enseignement commun
des moralistes, à savoir qu’en cette matière il vaut mieux rester en deçà
qu’outrepasser la mesure au risque de pécher.
Enfin le confesseur, en interrogeant, procédera
toujours avec grande prudence : il posera d’abord des questions générales et
ensuite, s’il le faut, des questions plus précises. Celles-ci seront toujours
brèves, discrètes, décentes, évitant toute façon de parler qui pourrait
impressionner l’imagination ou la sensibilité, ou encore choquer les oreilles
délicates.
2. — Il n’est pas besoin de moins de prudence
et de gravité, lorsque le confesseur, dans sa charge de médecin et de maître,
avertit et instruit ses pénitents. Il se souviendra surtout que ce n’est pas le
soin des corps, mais celui des âmes, qui lui a été confié. Ce n’est donc pas
normalement son affaire de donner aux pénitents des conseils de médecine
ou d’hygiène ; qu’il évite absolument tout ce qui provoquerait
l’étonnement ou causerait du scandale. Si certains conseils de ce genre sont
jugés nécessaires en raison même de la conscience du pénitent, celui-ci sera
renvoyé à un médecin honnête, prudent, au courant de la doctrine morale, qui
lui donnera lui-même ces conseils (4).
De même, que le confesseur se garde bien
d’expliquer aux pénitents, soit de lui-même, soit à la demande d’un pénitent,
la nature ou le mode de l’acte qui transmet la vie ; que jamais il ne s’y
laisse entraîner sous aucun prétexte.
Le confesseur doit donner aux
pénitents la formation morale et les conseils opportuns conformément à
l’enseignement des auteurs approuvés, mais tout cela avec prudence, décence,
mesure, sans dépasser les besoins véritables du pénitent. Il n’est pas inutile
de remarquer qu’il agit inconsidérément et ne s’acquitte pas bien de sa charge,
le prêtre qui, au confessionnal, semble, par ses questions et ses avis, presque
uniquement préoccupé de ces péchés contre le sixième commandement.
3. — Il ne faut pas oublier enfin que le monde est sous l’emprise du Malin (5), et que « c’est une nécessité pour le prêtre de passer sa vie, pour ainsi dire, au milieu d’une société mauvaise ; en sorte que souvent, dans l’exercice même de sa charité pastorale, il doit redouter que le serpent infernal ne lui tende quelque piège (6) ».
C’est pourquoi le confesseur doit toujours
procéder avec une très grande prudence. En particulier avec ses pénitentes, il
devra veiller à éviter tout ce qui trahirait de la familiarité ou pourrait
favoriser une amitié dangereuse. Qu’il ne soit donc pas curieux de connaître
qui elles sont, qu’il ne se permette pas de chercher à savoir leur nom, ni
directement ni indirectement. En leur parlant, qu’il proscrive absolument le
tutoiement, là où il signifie rapports de familiarité ; qu’il ne s’autorise pas
à prolonger leur confession au delà de ce qui convient ; qu’il s’abstienne de
traiter en confession de questions qui ne concernent pas la conscience de leurs
pénitentes ; qu’il n’admette pas sans vraie nécessité les visites, les échanges
de lettres ; qu’il en soit de même pour les longues conversations à la
sacristie, dans les parloirs ou en d’autres lieux, même sous prétexte de
direction spirituelle.
Le confesseur doit veiller avec une grande
attention à ce que, sous couvert de piété, ne naissent pas et ne grandissent
pas peu à peu en son cœur ou en celui des pénitentes des sentiments d’affection
humaine ; il doit bien plutôt s’efforcer continuellement « de faire selon
Dieu, sous l’inspiration et la conduite de la foi, toute action de son saint
ministère (7) ».
4. — Pour accomplir avec plus de facilité et de
sécurité une telle tâche, les confesseurs devront y être préparés avec soin par
leurs maîtres ; non seulement ils seront instruits sur les principes, mais des
exercices pratiques leur permettront d’apprendre exactement la façon
d’interroger sur le sixième commandement les pénitents, enfants, jeunes gens,
adultes, et en particulier les femmes ; les questions nécessaires ou utiles à
poser ; celles au contraire qu’il faut omettre et la manière de s’exprimer
selon l’usage du pays.
1. Cf. Actes Pie XII,
T. 5, BP, p. 311 et suivantes.
2. Const. Sacramentum
Paenitentiae de Benoît XIV, 1° juin 1741.
3. CIC, can. 888, n. 2.
4. Cf. Discours au Congrès de
l’Union catholique italienne des sages-femmes, du 29 octobre 1951. (AAS 43 (1951), p. 844).
5. Cf. 1 Jean, 5, 19.
6. Saint Pie X, Exhortation Haerent
animo. Cf. T. 1, n. 151.
7. Saint Pie X, Ibid. Cf. T.
1, n. 153.
EXTRAITS
Au lendemain de la guerre, le Souverain Pontife exprime son amour pour la France, la part qu’il a prise à ses épreuves, la nécessité présente d’une rénovation spirituelle, aussi urgente que le relèvement des ruines matérielles. Indiquant les conditions de cette rénovation, il souligne en particulier le rôle du clergé (1).
Ne vous lassez pas de rappeler à vos fils qu’ils ne pourront rien donner au monde que dans la mesure où eux-mêmes auront su participer à la « plénitude du Christ ». Qu’ils sachent bien que, appelés à répondre aux intimes aspirations de la société, ils n’accompliront leur mission que selon le degré où ils seront parvenus dans la connaissance du Christ, de son oeuvre, de sa doctrine, de l’Eglise qu’Il a fondée en vue de perpétuer sa vie dans les âmes.
Tout cela regarde en particulier le clergé et les jeunes gens qui, à l’ombre du sanctuaire, se préparent à devenir un jour le sel et la lumière de la terre. Nous n’ignorons pas, certes, de quelle sollicitude empressée vous les entourez dans vos séminaires, avec quel zèle et quel esprit de sacrifice vous cherchez à former leurs intelligences et leurs cœurs. Aussi bien, cette sollicitude et ce zèle ont-ils été déjà, en partie du moins, récompensés par la divine bonté. Il Nous revient, en effet, que malgré les très graves difficultés de l’heure, plusieurs séminaires se sont rouverts cette année avec un nombre très consolant de jeunes candidats au sacerdoce, tout comme il Nous revient aussi que, jusque dans les camps de prisonniers, a germé plus d’une vocation. Plaise à Dieu que nous voyions se perpétuer dans tous vos séminaires les grandes traditions de science et de piété qui ont formé dans le passé tant de prêtres et de prélats illustres.
Veillez donc à ce que, dès les premières années, vos jeunes clercs croissent dans la science des saints, c’est-à-dire dans la pratique du sacrifice et de la prière, et à ce que leur culture se développe dans un terrain riche et fécond.
D’autre part, étant donné que Dieu appelle ses enfants à agir dans des circonstances déterminées de temps et de lieu, de personnes et d’exigences concrètes, ayez soin, en outre, de pourvoir à ce que voire clergé, tout en demeurant immuablement fidèle aux principes, s’efforce constamment de s’adapter en toute sagesse, dans son action, aux nécessités de l’heure présente. Encouragé par votre parole et par votre exemple, il cherchera à se rendre compte de telles nécessités, en approfondissant l’étude des problèmes sociaux d’où dépend, s’ils sont résolus à la lumière de l’Evangile et des enseignements répétés de cette Chaire suprême, l’ascension des travailleurs à un niveau de vie plus convenable et plus conforme à l’éminente dignité de la personne humaine.
Notre ministère apostolique Nous fait également un devoir d’attirer l’attention de Nos chers fils du clergé et du laïcat français sur ce que l’on peut considérer à bon droit comme la souveraine condition de toute légitime et fructueuse collaboration à l’apostolat hiérarchique, à savoir la dépendance filiale à l’égard de ceux que le Saint-Esprit a placés pour régir l’Eglise de Dieu.
De cette conformité des buts et des moyens qui doit unir les évêques entre eux et les fidèles avec leurs Pasteurs, Nous aimons tirer d’heureux présages pour l’efficacité d’une action toute destinée au bien commun et à la reconstruction de la Patrie, toute tendue vers l’abolition de cette humaine vetustas que la venue du Christ sur la terre a rejetée pour faire resplendir dans la société ces enseignements qui apportent au monde lumière et paix.
1.
AAS 37 (1945), p. 180-183. Texte original français.
EXTRAITS
La station de Carême dans la
ville de Rome avait pour thème en 1947 la doctrine des sacrements. Le Pape
insiste à ce sujet sur l’importance permanente d’un tel enseignement. « C’est
votre devoir, dit-il aux prêtres, dans vos prédications de Carême comme dans
tout l’exercice du ministère sacré, de redonner aux fidèles une plus vive
conscience, une plus pleine intelligence, une plus juste estime de la grâce et
des sacrements divins ». Aussi, dans le cours de son allocution (1),
le Pape adresse-t-il aux curés de Rome d’utiles conseils de pastorale.
Est-il nécessaire de rappeler que l’administration des sacrements et la célébration du Saint Sacrifice, comme en général toutes les cérémonies du culte divin, doivent être accomplies avec piété et dignité ? Il n’est pas exact de dire que les âmes peuvent trouver dans la seule liturgie un remède efficace contre leur éloignement des mystères de la foi ; toutefois, ils seraient, aujourd’hui plus que jamais, inexcusables les ministres de l’autel qui célébreraient ces cérémonies d’une manière négligente, hâtive, toute machinale, écartant ainsi les fidèles de l’assistance aux offices divins, rebutant et éloignant pour ainsi dire dès le seuil du sanctuaire ceux qui viennent du dehors en quête de lumière. Que le prêtre possède donc et manifeste toujours dans les cérémonies sacrées cette majesté sans affectation qui est digne de foi profonde et de recueillement intérieur.
Nous louons hautement les laborieux efforts qui, surtout le dimanche et aux fêtes d’obligation, tendent à rendre le service divin toujours plus édifiant pour le peuple chrétien. La fin dernière de toutes les cérémonies du culte est en effet de rendre gloire à Dieu et d’accroître la grâce dans l’âme des fidèles. C’est vers ce but que tout doit converger, même l’impression psychologique que laissent les cérémonies liturgiques. On ne va pas le dimanche à l’église comme à une audition musicale ou à une réjouissance esthétique, mais comme à l’expression et à la réalisation toujours renouvelée de la louange et de la glorification du Seigneur selon la si profonde parole de l’apôtre Paul : A celui qui a pouvoir, par la vertu qui opère en nous, d’aller bien au delà de toutes nos demandes et de toutes nos pensées, à lui soit la gloire dans l’Eglise et en Jésus-Christ dans tous les âges et le cours des siècles. Amen (2).
Quel est donc le but de la charge pastorale, sinon que l’homme vive, grandisse et meure dans la grâce de Dieu ? Or, la grâce de Dieu, le « renouveau de vie », la force d’agir selon cette vie nouvelle, c’est précisément ce qu’apportent les sacrements. Cette activité elle-même doit s’exercer dans toutes les conditions vie personnelle et vie familiale, profession, paix et tranquillité, agitation et péril. Les cérémonies liturgiques, la célébration du Saint Sacrifice, l’administration des sacrements ne peuvent se concevoir comme isolées de tout l’ensemble de la vie. Elles sont destinées à la purifier, à la sanctifier, à l’orienter vers Dieu. Quelle peine exige un tel travail, avant que les esprits soient préparés et disposés à recevoir dignement et avec fruit les sacrements, et quelle lutte pour assurer leur persévérance et leur progrès dans le bien ! Et néanmoins, chers fils, le but principal et le plus important auquel doivent infatigablement tendre vos efforts, sans jamais désespérer du bon résultat, est la réalisation de cette unité des fidèles confiés à vos soins, de cette incessante action et réaction des sacrements et de la vie.
A ce sujet, Nous ne pourrions que répéter ce que Nous avons déjà dit d’autres fois dans ces audiences (3). Nous ajouterons toutefois une observation. Ce serait une funeste illusion si, à cause de la difficulté de reconduire le peuple des grandes villes à une plus exacte sanctification des fêtes, on estimait plus prudente la tactique du silence, sous le vain prétexte que là encore il faut laisser les gens dans la bonne foi et ne pas transformer des consciences assoupies ou inconsciemment erronées en consciences positivement mauvaises. Non, chers fils, ne recoures pas à cette échappatoire en matière si grave et de si grande importance. Votre pusillanimité vous attirerait la menace du Prophète : Malheur aux pasteurs qui dispersent et déchirent le troupeau de mon pâturage, dit le Seigneur (4).
N’oubliez pas que les Missions (5) ont pour objectif non pas tellement ceux qui sont déjà des nôtres et qui travaillent avec nous, mais plutôt ceux du dehors (6) : indifférents, hostiles, fourvoyés, égarés, errants ; non pas tant ceux qui, dans la maison paternelle ont du pain en abondance, que les fils prodigues qui meurent de faim (7). Par le nombre de ceux qui, en ces jours de grâce, auront retrouvé le droit chemin qui conduit à Dieu, au Christ, à l’Eglise, vous pourrez mesurer et évaluer le succès de la Mission.
Ce succès, chers fils, dépend non seulement de la parole du prédicateur, mais aussi du clergé paroissial : de son zèle a préparer la Mission, parcourant en tous sens la paroisse, rue par rue, maison par maison, regroupant les dispersés, secouant les apathiques ; de son zèle à suivre la Mission une fois commencée, priant, encourageant, aidant de toutes manières, pourvoyant au bon ordre de toutes choses.
1. AAS 37 (1947), p. 33-43.
2. Ephésiens, 3, 20-21.
3. Cf. AAS 36 (1944), p. 81.
4. Jérémie, 23, 1.
5. Il s’agit d’une croisade de Missions
paroissiales entreprise dans la ville de Rome.
6. 1 Corinthiens, 5, 12.
7. Luc, 15, 17.
Le Saint Père évoque, d'abord, dans son salut paternel aux prêtres, « les privations et les renoncements décès âpres et dures années » ainsi que les devoirs urgents de rénovation chrétienne et de charité auxquels il convient de faire face (1).
D'innombrables âmes, remplies d'espoir et de confiance, tournent leurs regards et leurs cœurs du côté de l'Église. Et c'est ce spectacle même, toujours présent à Notre esprit, qui Nous pousse à considérer particulièrement le ministère direct, immédiat, des âmes dans la vie paroissiale, dans l'action quotidienne du prêtre, à l'autel, en chaire, au confessionnal, dans l'enseignement, parmi la jeunesse, au chevet des malades, dans les conversations personnelles. Ce travail assidu a été et demeure, partout et toujours, la base fondamentale et comme l'armature solide qui assure la vitalité continue de l'Église.
Par ce travail, l'Église apporte réellement à la restauration de la société humaine la précieuse contribution dont Nous parlions dans un de nos récents discours (2). Il consiste, en effet, à former l'homme lui-même, l'homme complet, image et enfant de Dieu, l'homme préparé et disposé à observer fidèlement, dans l'ordre naturel et surnaturel, les consignes reçues de Dieu, son Créateur et son Père. Mais un tel homme, comment l'Église le forme-t-elle et le prépare-t-elle, sinon avant tout par le ministère quotidiennes âmes ? Cette éducation spirituelle vise évidemment tout d'abord la vie surnaturelle et éternelle, mais en même temps elle assure à la société humaine la dignité et l'ordre ; le bonheur et la paix. De cette façon, grâce à l'obscur et incessant labeur accompli dans le monde entier par les prêtres auprès de chaque âme en particulier, se prépare et se dessine la difficile et grande œuvre de l'Église pour le plus grand bien de l'humanité.
En vous parlant ainsi, chers
fils, Nous entendons donner à votre travail l'éloge qu'il mérite. Mais Nous
avons bien plus à cœur de vous encourager et de vous stimuler à l'estimer
vous-mêmes toujours plus, afin de l'accomplir avec une perfection toujours
croissante, jusque dans la plus simple confession que vous entendez et au plus
élémentaire catéchisme que vous enseignez aux enfants.
Soucieux des conditions présentés de la vie chrétienne à Rome, Nous vous exhortons encore une fois à ne plus limiter votre zèle, en qualité de pasteurs des âmes, à ceux qui participent déjà d'eux-mêmes à la vie de l'Église, mais à aller avec une ardeur non moins grande, à la recherche des égarés, qui vivent loin d'elle. Ils sont, vous le savez, exposés à un grave danger, mais pas cependant irrémédiablement perdus. Beaucoup, peut-être la plupart, peuvent encore être gagnés et ramenés sur le droit chemin. Le tout est de prendre contact avec eux. Ce qu'ils attendent du prêtre, c'est le désintéressement, le sens de la justice. Ni l'un ni l'autre ne vous font défaut, chers fils, à vous qui les puisez chaque matin dans le Cœur même du Rédempteur, Vous rapprocher de ceux qui se sont écartés de l'Église, partager la vie de ceux qui peinent et qui souffrent, voilà quel doit donc être le but dominant de vos pensées, le secret et comme l'âme de votre activité sacerdotale et apostolique.
Le thème assigné à la prédication de Carême est, cette année, la première partie du Symbole des Apôtres. Nous avons déjà parlé du Credo, au cours des années passées (3). Aujourd'hui, Nous voudrions dire quelques mots rapides sur la prédication même de la foi.
Qu'elle représente une véritable nécessité, Nous n'avons pas besoin de le démontrer. Vous savez bien vous-mêmes combien profonde est l'ignorance religieuse, combien multiples et souvent grossières sont les erreurs et les équivoques concernant les vérités les plus élémentaires de la foi, et cela non seulement parmi le simple peuple, mais encore parmi ceux qui se targuent d'être intellectuels. Ces derniers se montrent exigeants même en ce qui regarde la forme : il faut donc que l'enseignement religieux, parlé ou écrit, soit présenté dans un style vif et clair ; autrement, que servirait de dire ou d'écrire les meilleures choses, si l'on ne réussit pas à se faire lire ou écouter ?
Les bonnes lectures religieuses sont en nombre croissant. Sans doute, il n'est pas à la portée de tous d'exercer une activité littéraire de qualité, qui requiert des capacités ; et des aptitudes spéciales ; mais de tout prêtre, de tout pasteur d'âmes, de chacun de vous, on attend une parole soignée et digne. En effet, il s'agit non pas tellement d'art, de facilité ou d'habileté oratoire, que d'intime conviction personnelle.
Quand Saint Paul se refusait à prêcher avec artifice et recherche, ce qu'il repoussait, c'était précisément les ornements superflus, les subtilités vaines, les boursouflures, les phrases à effet, tout le fatras qui jure avec la dignité et la majesté de la chaire. Mais la force de l'Esprit qui était en lui, qui donnait à sa parole puissance et efficacité (4) mettait en valeur tous les dons de sa riche nature. Paul, poussé par l'Esprit, restait cependant toujours lui-même. D'une telle union de l'Esprit et de la nature naissait son incomparable, son inimitable éloquence. Dans une mesure modeste, même la plus modeste qui se puisse concevoir, tout prédicateur participe à cette éloquence, pourvu que, assisté du Saint-Esprit, il reste constamment lui-même, et que, grâce à l'usage qu'il fait des dons de sa nature, la parole jaillisse de ses lèvres avec une chaleur, un accent et un son propres, qui donnent à la vérité, identique en tous, une forme personnelle et spontanée.
Le saint curé d'Ars n'avait certes pas le génie naturel d'un Segneri ou d'un Bossuet, mais la conviction vive, claire, profonde dont il était animé, vibrait dans sa parole, brillait dans ses yeux, suggérait à son imagination et à sa sensibilité des idées, des images, des comparaisons justes, appropriées, délicieuses, qui auraient ravi un saint François de Sales. De tels prédicateurs conquièrent vraiment leur auditoire. Celui qui est rempli du Christ ne trouvera pas difficile de gagner les autres au Christ.
Nous souhaitons que votre ambition de conquérir les hommes pour les donner au Christ ne soit pas pour vous l'origine d'une illusion aussi facile que funeste. Grande serait en effet, l'erreur du pasteur d'âmes qui consacrerait toute son attention et tous ses efforts aux grands discours de circonstance plutôt qu'à ses prédications dominicales et à ses catéchismes de la semaine ; qui se contenterait de confier à ses vicaires cette partie, la plus humble, mais pas toujours la plus facile, de son ministère. Prenez comme exemple ces pays où le catéchisme à l'église et à l'école est considéré comme l'une des plus honorables fonctions du prêtre, où le curé se réserve à lui-même, après une sérieuse préparation, le privilège d'enseigner en personne, le dimanche, la religion aux jeunes gens et aux personnes âgées, dans l'église pleine de monde.
L'objet de la prédication de la foi est la doctrine catholique, c'est-à-dire la Révélation, avec toutes les vérités qu'elle contient, avec tous les fondements et les notions qu'elle suppose, avec toutes les conséquences qu'elle comporte pour la conduite morale de l'homme en face de lui-même, dans la vie domestique et sociale, dans la vie publique, même politique. Religion et morale dans leur union étroite constituent un tout indivisible, et l'ordre moral, les commandements de Dieu, valent également pour tous les domaines de l'activité humaine sans exception aucune. Aussi loin s'étendent ces domaines, aussi loin s'étendent également la mission de l'Église et, en conséquence, la parole du prêtre, son enseignement, ses avertissements, ses conseils aux fidèles confiés à son ministère. L'Église catholique ne se laissera jamais enfermer entre les quatre murs du temple. La séparation entre la religion et la vie, entre l'Église et le monde, est contraire à la doctrine chrétienne et catholique.
Le Pape poursuit alors son
allocution en appliquant ces principes généraux à quelques problèmes
particuliers de la vie civique italienne.
1. AAS 38 (1946), p. 182-189. Trad. de l'italien dans DC. 43 (1946), c. 317-322.
2.
Allocution consistoriale du 20 février 1946, à l’occasion de! la remise de la
barrette aux 32 nouveaux Cardinaux. (AAS 38 (1946), p. 141-151). Cf. également ci-dessous n° 580.
3.
Discours aux curés et prédicateurs de Carême de la ville de Rome, des 25
février 1941 et 17 février 1942. (AAS 34 (1942), p. 128 et p. 137). Cf.
ci-dessus n° 123 et n° 150. .
4. Cf. 1 Corinthiens, 2, 1-4.
Le Pape salue les Dominicains — en particulier leur nouveau Maître Général,
le Révérendissime Père Gillet, — et
les engage à demeurer, selon les termes mêmes de leurs Constitutions in
pace continui, in studio assidui, in predicatione ferventes. A l’occasion de
ces deux derniers points, le Saint Père adresse à son auditoire des directives
de portée générale (1).
Vous qui avez toujours accordé la
principale place à l’étude de la
théologie et de la philosophie, vous avez droit d’en revendiquer la plus grande
gloire ; c’est vous, en effet, qui avez donné à l’Eglise saint Thomas d’Aquin,
le Docteur commun de ces sciences. Son autorité est unique en son genre, tant
pour assurer l’instruction des jeunes étudiants que pour guider la marche des
chercheurs. Cette autorité est reconnue d’une façon formelle dans le Code même
de Droit canonique : « Que les professeurs, en ce qui concerne l’étude de
la philosophie rationnelle et de la théologie, ainsi que l’enseignement de ces
matières aux élèves, suivent en tous points la méthode, la doctrine et les
principes du Docteur angélique, et qu’ils se fassent un devoir de conscience de
s’y tenir (2) ».
Nous avons dit ailleurs (3), suivant en cela les conseils et les traces de Nos Prédécesseurs, quel grand cas on devait faire de cette prescription.
A ce propos, il semble qu’il faille de nos jours attacher moins d’importance à des questions dans lesquelles il y eut toujours liberté de discussion et d’opinion sous le contrôle du magistère ecclésiastique, quelque considération qu’elles méritent dans les recherches ou controverses philosophiques et théologiques. Moins encore doit-on parler aujourd’hui de ces opinions et doctrines, concernant les sciences physiques et naturelles, qui étaient propres au temps passé, ainsi que de leurs conséquences ; ces doctrines, en effet, ont été largement dépassées par les découvertes scientifiques de notre époque, que l’Eglise favorise, loin de s’y opposer, et que, loin de les craindre, elle fait progresser.
Mais il s’agit dans le cas présent des fondements mêmes de la philosophia perennis et de la théologie, que toute méthode et toute discipline devant être réputées catholiques de fait et de nom, reconnaissent et respectent. Il s’agit de la science et de la foi, de leur nature et de leurs rapports mutuels. Il s’agit de la base même de la foi, qu’aucun jugement critique ne peut ébranler. Il s’agit des vérités révélées par Dieu, sur lesquelles l’esprit humain est capable par son travail d’acquérir des connaissances certaines et d’en déduire rationnellement d’autres vérités. En un mot, il s’agit de savoir si l’édifice, que saint Thomas d’Aquin a construit avec des éléments réunis et rassemblés par-delà et par-dessus tous les temps, et que lui fournirent les maîtres de toutes les époques de la science chrétienne, repose sur une base solide, conserve toujours sa force et son efficacité, s’il protège encore maintenant d’une manière efficace le dépôt de la foi catholique et s’il est également pour les progrès nouveaux de la théologie et de la philosophie d’un usage sûr et d’une orientation expérimentée (4).
Cela, l’Eglise, certes, nous l’assure, quand elle se dit convaincue qu’on peut en toute sécurité suivre cette voie pour connaître et démontrer la vérité. C’est pourqi1oi, dans la Constitution apostolique Deus scientiarum Dominus, en date du 24 mai 1931 (5), elle confirme la prescription du Code de Droit canonique rappelée ci-dessus. Il faut que la philosophie soit exposée — y est-il ordonné — « de manière que les auditeurs possèdent une synthèse complète et cohérente de la doctrine, suivant la méthode et les principes de saint Thomas d’Aquin » ; et en théologie, « les vérités de la foi étant exposées et prouvées par la Sainte Ecriture et par la Tradition, la nature même de ces vérités et leur raison profonde doivent être recherchées et expliquées, suivant les principes et la doctrine de saint Thomas d’Aquin (6) ».
Au besoin, il ne sera pas difficile, ainsi que le prouvent l’expérience et l’usage, de traduire pour les laïques en un clair langage moderne, et d’expliquer plus longuement, certaines formules dites techniques, qui d’ordinaire sont obscures pour les personnes non initiées à cet enseignement.
… In predicatione ferventes (zélés dans la prédication). La prédication, très chers fils, est un grand mystère. La foi est, en effet, le salut du genre humain ; or, la prédication engendre la foi, ainsi qu’il est écrit : La foi naît de la prédication (7) Il y a étroite relation, admirable rapprochement et parenté entre l’Incarnation du Verbe divin et la prédication. Le disciple du Christ, tout comme la Très Sainte Vierge Marie, offre, remet, donne aux hommes le Christ ; il est porte-Christ. La Vierge Marie, Mère de Dieu, a revêtu le Christ de membres, le héraut de l’Evangile le revêt du corps aérien des paroles : d’un côté comme de l’autre, c’est la Vérité qui instruit les hommes, les éclaire et les préserve du malheur ; la manière est différente, la vertu est la même.
… Qu’en vous les paroles et la
conduite soient toujours harmonie : ce que vous dites, confirmez le par
l’exemple qu’il faille apprendre et cultiver utilement les lettres profanes, de
peur que la parole de Dieu ne soit privée des ornements qui lui sont dus, la
force céleste de la parole divine n’en réside pas moins dans la grâce du
Saint-Esprit, obtenue par les prières et les bonnes œuvres : « C’est
ainsi que fait l’orateur chrétien, lorsqu’il parle de choses justes, saintes,
vertueuses, car il ne doit parler de rien d’autre. Il fait donc tout ce qui est
en son pouvoir lorsque, traitant de ces choses, il tient un langage clair,
attrayant et persuasif. Et qu’il soit bien convaincu de pouvoir y atteindre —
s’il le peut et dans la mesure où il le peut — plutôt par la ferveur de ses
oraisons que par ses dons d’orateur ; il doit donc, en priant pour lui et pour
ceux à qui il va parler, être intercesseur avant d’être prédicateur (8) ».
1.
AAS 38 (1946), p. 385-389. Trad. du latin dans DC. 43 (1946), C. 1319-1324.
2.
CIC, can. 1366, § 2.
3.
Discours aux Séminaristes de Rome, du 24 Juin 1939. Cf. ci-dessus n° 51.
4.
Cf. AAS 38 (1946), p. 384-385.
5.
AAS 23 (1931), p. 253.
6.
Art. 29.
7.
Romains, 10, 17.
8.
S. Augustin, De doctrina christiana, c. 15, n° 32 ;
Migne PL. T. 34, 103.
Dans les deux premières
parties de son Discours, le Pape a célébré les deux autres saints, Jean de
Britto et Bernardin Realino, canonisés le même jour. La dernière partie
consacrée à saint Joseph Cafasso porte comme titre dans les Acta Apostolicae
Sedis (1) : « Exhortation au Clergé ». On sait que ce prêtre, qui vécut
à Turin au milieu du siècle dernier, se distingua spécialement dans son
ministère auprès du clergé, comme aussi par ses dons exceptionnels de confesseur
et son zèle sacerdotal auprès des prisonniers.
Notre salut va tout d'abord à vous, Vénérables Frères et chers fils, évêques et prêtres, qui voyez dans le nouveau saint un Père, un Maître, un Modèle. Nul peut-être plus que lui n'a gravé son empreinte dans le clergé piémontais des dix-neuvième et vingtième siècles ; il l'a soustrait au climat desséchant et stérilisant du jansénisme et du rigorisme ; il l'a préservé du péril de se laisser envahir et submerger par l'esprit du siècle et par le laïcisme. A l'influence de son esprit illuminé d'En-Haut, à la direction de sa main sûre, combien de prêtres doivent leur fermeté dans le sentire cum Ecclesia, la sainteté de leur vie sacerdotale, l'indéfectible fidélité aux multiples obligations de leur vocation !
Unissez-vous donc à Nous, Vénérables Frères et chers fils, pour rendre grâces à Dieu de l'œuvre si importante et féconde de formation et de sanctification du clergé que le Seigneur a accomplie et continue encore d'accomplir par le ministère de son serviteur Joseph Cafasso. Sans aucun doute, les temps changent et même le soin des âmes doit s'adapter aux circonstances toujours mouvantes. C'est ainsi que les devoirs sociaux qui pèsent aujourd'hui sur les épaules du prêtre sont incomparablement plus lourds et plus difficiles qu'au temps du nouveau saint. Mais, à travers toutes les vicissitudes humaines, le solide fondement, l'esprit, l'âme de la vie et de l'activité sacerdotales demeurent invariables. La bouée, qui se balance sur les flots et qui, s'élevant et s'abaissant avec eux, semble obéir à leurs caprices, n'est un guide sûr, tel le phare immobile sur le rocher, que si elle est solidement ancrée sur le fond tranquille et stable. Tel est l'enseignement constant que notre saint a donné par ses leçons, ses missions, ses exercices et spécialement par les exemples de sa vie.
En tous temps le prêtre, selon la promesse du divin Maître, a été en butte aux injures et aux persécutions, et cette promesse résonne en son cœur comme une béatitude. Mais aujourd'hui il est encore plus exposé aux feux croisés d'amères critiques, non seulement de la part d'adversaires sans scrupules qui jettent sur lui la boue des calomnies et des dénigrements, mais parfois — ce qui est plus douloureux — de la part même de ceux de son propre bord... Puisque les conditions présentes laissent malheureusement presque désarmés et sans défense les victimes de telles diffamations, il est d'autant plus nécessaire que vous, chers prêtres, vous évitiez de donner à la critique non seulement aucun motif, mais pas même le moindre prétexte. Pour cela, le moyen le plus parfait et le plus saint est de modeler votre conduite sur celle de Joseph Cafasso par l'abnégation totale de vous-mêmes loin de toute inclination et de tout intérêt humain, par une vie sans tache, unie à ce tact délicat et à cette fine compréhension des âmes qui furent à un si haut degré la marque de ce saint.
Mais notre salut s'adresse également à vous, chers fils et chères filles, pèlerins de la Ville éternelle, qui avez voulu suivre vos-évêques et vos prêtres ; pour porter à votre saint l'hommage d'une pieuse dévotion... Votre présence ici est la manifestation sensible d'une union étroite entre le prêtre et le peuple, du respect que les fidèles portent à la dignité sacerdotale, de leur confiance filiale envers celui qui est au milieu d'eux le ministre du Christ. Là où cette union se relâche, il n'est malheureusement pas difficile de diagnostiquer l'affaiblissement de la vie religieuse. Là au contraire où elle fleurit, on peut conclure avec certitude qu'il existe un bon pasteur entouré de l'estime de ses ouailles.
Nous avons récemment mis en lumière la forte conviction, l'intime sentiment de la commune appartenance au même Corps Mystique, qui anime à présent les fils de l'Église catholique dans le monde entier (2). De toute nécessité il faut y reconnaître la main du Christ ; mais comment serait-il possible que ne croisse pas en même temps et ne se fortifie pas aussi l'union entre le prêtre et le peuple ? D'un cœur ardent, Nous recommandons cette intention à Joseph Cafasso. Ayant reconnu en lui un saint prêtre, tous les fidèles, jeunes et vieux, pauvres et riches, de condition humble et élevée, lui ouvraient leur âme et leur conscience avec la plus entière confiance. Daigne le nouveau saint implorer de Dieu pour sa patrie et pour toute l'Église un peuple plein de confiance envers le prêtre et des prêtres entièrement dignes de cette confiance !
1. AAS 39 (1947), p. 398-400.
2.
Encyclique Mystici Corporis, du 23 juin 1943. (AAS 35 (1945), p. 193-248)
EXTRAITS
Cet appel du Pape à
l’apostolat missionnaire, adressé au lendemain de la guerre, ne doit pas cesser
de retentir au cœur des prêtres de France (1).
Les consignes que vous attendez de Nous, en cette heure si grave de la restauration de votre patrie, peuvent se résumer dans les paroles que le divin Sauveur adressait à ses disciples, dans cette dernière Cène où Il avait institué l’adorable Eucharistie, dont votre Congrès de Nantes célèbre aujourd’hui les fastes. Que leur disait-Il ? Je vous ai choisis… pour que vous alliez et pour que vous portiez du fruit (2). C’est à l’apostolat qu’Il vous invite, à cet apostolat pour lequel vos initiatives missionnaires, si variées en terre de France, vos divers mouvements d’Action Catholique — générale et spécialisée — vos Semaines Sociales, vos publications de toutes sortes ont, en ces dernières années, en dépit des pires obstacles, si magnifiquement travaillé. Un chrétien ne peut, en effet, rester inerte devant le déploiement des forces du mal. Le sort de votre patrie est entre vos mains, prêtres et laïcs, vous tous qui vivez du Christ et voulez vous dépenser pour Lui.
Mais souvenez-vous que ses méthodes et son esprit ne sont pas ceux du monde. Un chrétien n’est pas un partisan, il n’est l’ennemi de personne, il ne cherche à triompher d’aucun adversaire. L’esprit de caste lui est étranger. Aujourd’hui plus que jamais, et comme aux premiers temps de son existence, c’est surtout de témoins que l’Eglise a besoin, plus encore que d’apologistes, des témoins qui par toute leur vie, fassent resplendir le vrai visage du Christ et de l’Église aux yeux du monde paganisé qui les entoure. A ces hommes innombrables, au cœur desquels on cherche — vainement, grâce à Dieu — à étouffer toute aspiration religieuse, vous révélerez l’attrait divin de la douceur et de la charité du Sauveur. Les aimant tous d’un égal amour, vous serez les interprètes de la tendresse maternelle de l’Église pour les opprimés et les égarés. Vous leur montrerez, en l’expliquant — et surtout en l’appliquant — sa lumineuse doctrine sociale, qui seule peut résoudre les problèmes qui les angoissent. Vous serez ainsi des apôtres de notre société moderne, animés de ce véritable esprit chrétien et missionnaire dont votre patrie a donné en tous temps de si beaux exemples.
1. AAS 39 (1947), p. 312-313. Texte
original français.
2. Jean, 15, 16.
EXTRAITS
Au lendemain de la
canonisation de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, le Pape s’adressait en
français à la foule des pèlerins et spécialement aux trois Congrégations qui
reconnaissent le nouveau saint comme leur Fondateur et leur Père. Le premier
paragraphe s’adresse aux seuls prêtres, le second a une portée plus générale (1).
Salut à vous, prêtres de tous les rangs et de tous les ministères de la hiérarchie ecclésiastique, qui portez tous sur le cœur ce souci, cette angoisse, cette « tribulation » dont parle saint Paul (2) et qui est aujourd’hui, presque partout, le partage des prêtres dignes de leur beau nom de pasteurs d’âmes ! Votre regard, comme celui de milliers de vos frères dans le sacerdoce, se lève avec fierté vers le nouveau saint et puise en son exemple confiance et entrain. Par la haute conscience qu’il avait de sa vocation sacerdotale et par son héroïque fidélité à y correspondre, il a fait voir au monde le vrai type — souvent si peu et si mal connu — du prêtre de Jésus-Christ et ce qu’un tel prêtre est capable de réaliser pour la pure gloire de Dieu et pour le salut des âmes, pour le salut même de la société, dès lors qu’il y consacre sa vie tout entière, sans réserve, sans condition, sans ménagement, dans le plein esprit de l’Evangile. Regardez-le, ne vous laissez pas impressionner par des dehors peu flatteurs ; il possède la seule beauté qui compte, la beauté d’une âme illuminée, embrasée par la charité ; il est pour vous un modèle éminent de vertu et de vie sacerdotale.
… Restez fidèles au précieux héritage que vous a légué ce grand saint ! Héritage magnifique, digne que vous continuiez, comme vous l’avez fait jusqu’à présent, à y dévouer, à y sacrifier sans compter vos forces et votre vie ! Montrez-vous les héritiers de son amour si tendre pour les humbles du plus petit peuple, de sa charité pour les pauvres, vous souvenant qu’il s’arrachait le pain de la bouche pour les nourrir, qu’il se dépouillait de ses vêtements pour couvrir leur nudité ; les héritiers de sa sollicitude pour les enfants, privilégiés de son cœur, comme ils l’étaient du Cœur de Jésus.
La charité : voilà le grand, disons le seul secret des résultats surprenants de la vie si courte, si multiple et si mouvementée de Louis-Marie Grignion de Montfort. La charité : voilà pour vous aussi, soyez-en intimement persuadés, la force, la lumière, la bénédiction de votre existence et de toute votre activité.
1.
AAS 39 (1947), p. 408-413. Texte original Français.
2. Cf. 2 Corinthiens, 1, 8.
On ne saurait trop recommander
aux prêtres, ministres de la sainte liturgie, la lecture complète de cette
Encyclique (1) . Les larges extraits donnés ici concernent plus
spécialement la vocation et la vie sacerdotale. On gardera présent à l'esprit
la définition de la liturgie donnée par l'Encyclique elle-même : C'est le
culte public que notre Rédempteur rend au Père comme Chef de l'Église ; c'est
aussi le culte rendu par la société des fidèles à son Chef et, par Lui, au Père
éternel ; c'est, en un mot, le culte intégral du Corps Mystique de
Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres.
Médiateur entre Dieu et les hommes (2), Grand Prêtre qui a pénétré les cieux, Jésus, Fils de Dieu (3), en entreprenant l'œuvre de miséricorde qui devait combler le genre humain de bienfaits surnaturels, eut certainement en vue de rétablir entre les hommes et leur Créateur l'ordre troublé par le péché et de ramener à son Père céleste, principe premier et fin dernière, l'infortunée descendance d'Adam, souillée par la faute originelle. C'est pourquoi, durant son séjour sur la terre, non seulement Il annonça le commencement de la Rédemption et l'inauguration du Royaume de Dieu, mais Il s'employa aussi à sauver les âmes par l'exercice continuel de la prière et du, sacrifice, jusqu'au jour où, sur la Croix, Il s'offrit en victime sans tache à Dieu pour purifier notre conscience des œuvres mortes, afin que nous servions le Dieu vivant (4). Par là, toute l'humanité, heureusement retirée du chemin qui la conduisait à la ruine et à la perdition, fut de nouveau orientée vers Dieu, afin que par la coopération de chacun à l'acquisition de sa propre sainteté, qui naît du Sang immaculé de l'Agneau, elle donnât à Dieu la gloire qui Lui est due.
Le divin Rédempteur voulut ensuite que la vie sacerdotale, qu'il avait commencée dans son Corps mortel par ses prières et son sacrifice, fût continuée sans interruption au cours des siècles dans son Corps Mystique, qui est l'Église. Il institua donc un sacerdoce visible pour offrir en tout lieu l'oblation pure (5), afin que tous les hommes, de l'Orient à l'Occident, délivrés du péché, servissent Dieu par devoir de conscience, librement et spontanément.
L'Église, fidèle au mandat reçu de son Fondateur, continue donc la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, principalement par la sainte liturgie. Elle le fait d'abord à l'autel, où le sacrifice de la Croix est perpétuellement représenté (6) et renouvelé, la seule différence étant dans la manière de l'offrir (7) ; elle le fait par les sacrements, qui sont pour les hommes les moyens propres de participer à la vie surnaturelle ; elle le fait enfin par le tribut quotidien de louange offert à Dieu, souverain Bien. « Quel joyeux spectacle n'offre pas au ciel et à la terre l'Église en prière, dit Notre Prédécesseur Pie XI. Sans interruption, de jour et de nuit, se poursuit sur la terre la divine psalmodie des chants inspirés ; il n'est pas d'heure dû jour qui ne soit sanctifiée de sa liturgie propre ; il n'est pas de période de la vie qui n'ait sa place dans l'action de grâces, la louange, les demandes et la réparation de cette solennelle et commune prière du Corps Mystique du Christ, qui est l'Église (8) ».
... L'Église est une société et, comme telle, elle requiert une autorité et une hiérarchie propres. Si tous les membres du Corps Mystique participent aux mêmes biens et tendent aux mêmes fins, tous ne jouissent pas pourtant du même pouvoir ni ne sont habilités à accomplir les mêmes actes. Le divin Rédempteur, en effet, a voulu constituer son royaume et l'appuyer sur des fondements stables selon l'Ordre sacré, qui est une sorte d'image de la hiérarchie céleste.
Aux seuls Apôtres et à ceux qui, après eux, ont reçu de leurs successeurs l'imposition des mains, a été conféré le pouvoir sacerdotal, en vertu duquel ils représentent leur peuple devant Dieu de la même manière qu'ils représentent devant leur peuple la personne de Jésus-Christ. Ce sacerdoce ne leur est pas transmis par hérédité ni par descendance humaine ; il n'émane pas non plus de la communauté chrétienne, il n'est pas une délégation du peuple (9). Avant de représenter le peuple auprès de Dieu, le prêtre est l'envoyé du divin Rédempteur, et parce que Jésus-Christ est la Tête de ce Corps dont les chrétiens sont les membres, il représente Dieu auprès du peuple dont il a la charge. Le pouvoir qui lui est confié n'a donc, de sa nature, rien d'humain ; il est surnaturel et il vient de Dieu : Comme mon Père M'a envoyé, Moi aussi Je vous envoie... (10) ; Celui qui vous écoute, M'écoute... (11) ; Allez dans le monde entier, et prêchez l'Évangile à toute créature : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé (12).
C'est pourquoi le sacerdoce extérieur et visible de Jésus-Christ ne se transmet pas dans l'Église d'une manière universelle, générale ou indéterminée ; il est conféré à des hommes choisis et constitue une sorte de génération spirituelle que réalise l'un des sept sacrements, l'Ordre ; celui-ci ne donne pas seulement une grâce particulière propre à cet état et à cette fonction, mais encore un « caractère » indélébile qui configure les ministres sacrés à Jésus-Christ Prêtre et les rend aptes à exercer légitimement les actes de religion ordonnés à la sanctification des hommes et à la glorification de Dieu, suivant les exigences de l'économie surnaturelle.
En effet, de même que le bain baptismal distingue tous les chrétiens et les sépare de ceux que l'eau sainte n'a point purifiés et qui ne sont point membres du Christ, de même le sacrement de l'Ordre range les prêtres à part des autres fidèles du Christ qui n'ont point reçu ce don, car eux seuls, répondant à l'appel d'une sorte d'inspiration surnaturelle, ont accédé à l'auguste ministère qui les consacre au service des autels et fait d'eux les divins instruments par lesquels la vie céleste et surnaturelle est communiquée au Corps Mystique de Jésus-Christ. Et, en outre, comme Nous l'avons dit plus haut, eux seuls sont marqués du caractère indélébile qui les rend « conformes » au Christ Prêtre ; d'eux seuls les mains ont été consacrées, « afin que tout ce qu'ils béniraient Soit béni, et tout ce qu'ils consacreraient soit consacré et sanctifié au Nom de Notre Seigneur Jésus-Christ (13) ». Qu'à eux donc recourent tous ceux qui veulent vivre dans le Christ, car c'est d'eux qu'ils recevront le remède du salut, grâce auquel, guéris et fortifiés, ils pourront échapper au désastre où mènent les vices ; par eux, enfin, leur vie commune et familiale sera bénie et consacrée, et leur dernier souffle en cette vie mortelle deviendra l'entrée dans la béatitude éternelle (14).
Le point culminant et comme le centre, de la, religion chrétienne est le mystère de la très sainte Eucharistie que le Christ, Souverain Prêtre, a instituée, et qu'il veut voir perpétuellement renouvelée dans l'Église par ses ministres. Comme il s'agit de la matière principale de la liturgie, Nous estimons utile de Nous y attarder quelque peu et d'attirer votre attention, Vénérables Frères, sur ce sujet très important.
Le Christ, Notre Seigneur, prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech (15), ayant aimé les siens qui étaient dans le monde (16), « durant la dernière Cène, la nuit où Il fut trahi, voulut laisser à l'Église, son Epouse bien-aimée, un sacrifice visible — comme l'exige la nature humaine — pour représenter le sacrifice sanglant qui devait s'accomplir une fois seulement sur la Croix, afin que le souvenir en demeurât jusqu'à la fin des siècles et que la vertu en fût appliquée à la rémission de nos péchés de chaque jour... Il offrit à Dieu le Père son Corps et son Sang sous les apparences du pain et du vin, symboles sous lesquels Il les fit prendre aux Apôtres, qu'il constituait alors prêtres du Nouveau Testament, et Il leur ordonna, à eux et à leurs successeurs, de les offrir (17) ».
Le Saint Sacrifice de l'autel n'est donc pas une pure et simple commémoration dés souffrances et de la mort de Jésus-Christ, mais un vrai sacrifice, au sens propre, dans lequel, par une immolation non sanglante, le Souverain Prêtre fait ce qu'il a fait sur la Croix; en s'offrant Lui-même au Père éternel comme une Hostie très agréable. « La victime est la même ; Celui qui maintenant offre par le ministère des prêtres est Celui qui s'offrit alors sur la Croix; seule la manière d'offrir diffère (18) ».
a) Prêtre identique.
C'est donc le même prêtre, Jésus-Christ, mais dont la personne ; sacrée est représentée par son ministre. Celui-ci, en effet, par la consécration sacerdotale qu'il a reçue, est assimilé au Souverain Prêtre, et jouit du pouvoir d'agir avec la puissance et au Nom du Christ Lui-même (19). C'est pourquoi par son action sacerdotale, d'une certaine manière, « il prête sa langue au Christ, il Lui offre sa main (20) ».
b) Victime identique.
La victime est également la même, à savoir le divin Rédempteur, selon sa nature humaine et dans la vérité de son Corps et de son Sang. La manière dont le Christ est offert est cependant différente. Sur la Croix, en effet, Il offrit à Dieu tout Lui-même et ses douleurs, et l'immolation de la victime fut réalisée par une mort sanglante subie librement. Sur l'autel, au contraire, à cause de l'état glorieux de sa nature humaine, la mort n'a plus d'empire sur Lui (21) et, par conséquent, l'effusion du Sang n'est plus possible ; mais la divine sagesse a trouvé un moyen admirable de rendre manifeste le sacrifice de notre Rédempteur par des signes extérieurs, symboles de mort. En effet, par le moyen de la transsubstantiation du pain au Corps et du vin au Sang du Christ, son Corps se trouve réellement présent, de même que son Sang, et les espèces eucharistiques, sous lesquelles Il se trouve symbolisent la séparation violente du Corps et du Sang. Ainsi le souvenir de sa mort réelle sur le Calvaire est renouvelé dans tout sacrifice de l'autel, car la séparation des espèces indique clairement que Jésus-Christ est en état de victime.
c) Fins identiques.
Les buts visés, enfin, sont les mêmes. Le premier est la glorification du Père céleste. De son berceau jusqu'à sa mort, Jésus-Christ fut enflammé du désir de procurer la gloire de Dieu ; de la Croix, l'offrande de son Sang s'éleva vers le ciel comme un parfum délectable, et, pour que cet hommage ne cesse jamais, les membres s'unissent à leur Chef divin dans le Sacrifice eucharistique, et avec Lui, unis aux anges et aux archanges, ils adressent en chœur à Dieu de continuels hommages (22), rapportant au Père tout-puissant tout honneur et toute gloire (23).
Le second but poursuivi est de rendre à Dieu les actions de grâces qui Lui sont dues. Seul le divin Rédempteur, en tant que Fils bien-aimé du Père éternel, dont Il connaissait l'immense amour, put Lui offrir un digne chant d'action de grâces. C'est ce qu'il visa, ce qu'il voulut, en rendant grâces (24) à la dernière Cène. Ce qu'il ne cessa de faire lorsqu'il était suspendu à la Croix, II ne cesse pas de l'accomplir dans le Saint Sacrifice de l'autel, dont le sens est « action de grâces » ou action « eucharistique » ; c'est en effet chose « vraiment digne et juste, équitable et salutaire (25) ».
En troisième lieu, le Sacrifice se propose un but d'expiation, de propitiation et de réconciliation. Aucun autre que le Christ ne pouvait assurément offrir à Dieu satisfaction pour toutes les fautes du genre humain ; aussi voulut-Il être immolé Lui-même sur la Croix en propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier (26). De la même manière, II s'offre tous les jours sur les autels pour notre rédemption, afin qu'arrachés à la damnation éternelle nous soyons inscrits au nombre de ses élus.
Et cela, non seulement pour nous qui jouissons de cette vie mortelle, mais aussi « pour tous ceux qui reposent dans le Christ, qui nous ont précédés avec le signe de la foi, et qui dorment du sommeil de la paix (27) » ; en effet, soit que nous vivions, soit que nous mourions, « nous ne nous éloignons pas du seul et unique Christ (28) ».
En quatrième lieu, enfin, il y a le But impétratoire. L'homme, enfant prodigue, a mal usé de tous les biens reçus du Père céleste et les a dissipés ; aussi se trouve-t-il réduit .à un état de très grande pauvreté et de très grande souillure. Cependant, du haut de la Croix, le Christ offrant avec un grand cri et des larmes... ses prières et ses supplications... fut exaucé à cause de sa piété (29). Semblablement, sur les saints autels Il exerce la même médiation efficace, afin que nous soyons comblés de toute bénédiction et de toute grâce.
II est donc facile de comprendre pourquoi le saint Concile de Trente affirme que la vertu salutaire de la Croix nous est communiquée par le Sacrifice eucharistique pour la rémission de nos péchés quotidiens (30).
L'Apôtre des Gentils, en proclamant la surabondante plénitude et perfection du Sacrifice de la Croix, a déclaré que le Christ, part une seule oblation, a fendu parfaits à jamais tous les sanctifiés (31). De fait, les mérites de ce Sacrifice, infinis et sans mesure, n'ont pas de limites ; ils s'étendent à l'universalité des hommes de tous les lieux et de tous les temps, parce que l'Homme-Dieu en est le Prêtre et la Victime, que son immolation, comme son obéissance à la volonté du Père éternel, fut absolument parfaite, et qu'il voulut mourir comme Chef du genre humain : « Vois comment fut traité notre rachat : le Christ pend au bois, vois à quel prix Il a acheté... Il a versé son Sang, Il a acheté avec son Sang, Il a acheté avec le Sang de l'Agneau immaculé, avec le Sang du Fils unique de Dieu... L'acheteur est le Christ ; le prix, le Sang ; l'achat, le monde entier (32) ».
Ce rachat, cependant, n'atteint pas aussitôt son plein effet : il faut que le Christ, après avoir racheté le monde au prix de son Sang très précieux, entre effectivement en possession réelle des âmes des hommes. Aussi, pour que leur rédemption et leur salut, en ce qui concerne les individus et toutes les générations qui se succéderont jusqu'à la fin des siècles, se réalisent et soient agréés de Dieu, il faut absolument que chaque homme en particulier entre en contact vital avec le Sacrifice de la Croix, et que les mérites qui en découlent lui soient ainsi transmis. On peut dire d'une certaine manière que sur le Calvaire le Christ a établi une piscine d'expiation et de salut, qu'il a remplie de son Sang répandu, mais si les hommes ne se plongent pas dans ses eaux et n'y lavent les taches de leurs fautes, ils ne peuvent assurément obtenir ni purification ni salut.
Afin donc que chaque pécheur soit blanchi dans le Sang de l'Agneau, les chrétiens doivent nécessairement associer leur travail à celui du Christ. Si, parlant en général, on peut dire, en effet, que le Christ a réconcilié avec son Père par sa mort sanglante tout le genre humain ». Il a voulu cependant que, pour obtenir les fruits salutaires produits par Lui sur la Croix, chacun fût conduit et amené à sa Croix, principalement par les sacrements et par le Sacrifice eucharistique. Dans cette participation actuelle et personnelle, de même que les membres prennent chaque jour une ressemblance plus grande avec leur divin Chef, de même la vie, salutaire découlant du Chef est communiquée aux membres, si bien que nous pouvons répéter les paroles de saint Paul : Je suis attaché a la Croix avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi (33).
Comme Nous l'avons déjà dit eh une autre occasion d'une façon expresse et concise : « Jésus-Christ en mourant sur la Croix donna à son Eglise, sans aucune coopération de la part de celle-ci, l'immense trésor de la Rédemption ; mais, quand il s'agit de distribuer ce trésor, non seulement Il partage avec son Epouse immaculée cette œuvre de sanctification, mais Il veut encore qu'elle naisse en quelque sorte de sa propre activité (34) ».
Or, le saint Sacrifice de l'autel est comme l'instrument par excellence, grâce auquel les mérites venant de la Croix du divin Rédempteur sont distribués : « Toutes les fois que le souvenir de ce Sacrifice est célébré, l'œuvre de notre Rédemption s'accomplit (35) ». Celui-ci cependant, bien loin de diminuer la dignité du Sacrifice sanglant, en fait plutôt mieux connaître, en rend plus évidentes la grandeur et la nécessité, comme l'affirme le Concile de Trente (36). Renouvelé tous les jours, il nous rappelle qu'il n'y a pas de salut hors de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ (37) ; et que Dieu Lui-même tient à la continuation de ce Sacrifice de l'aurore au coucher du soleil (38) pour que jamais ne cesse l'hymne de gloire et d'action de grâces dû par les hommes à leur Créateur ; perpétuellement, en effet, ils ont besoin de son secours, besoin aussi du Sang du Rédempteur pour effacer les péchés qui provoquent sa justice.
Il est donc nécessaire, Vénérables Frères, que tous les chrétiens considèrent comme un devoir capital et un honneur suprême de participer au Sacrifice eucharistique, et cela, non d'une manière passive et négligente et en pensant à autre chose, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre, selon la parole de l'Apôtre : Ayez en vous les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus (39), offrant avec Lui et par Lui, se sanctifiant en Lui.
Assurément le Christ est prêtre, mais Il est prêtre pour nous, non pour Lui, car Il présente au Père éternel des prières en esprit de religion au nom du genre humain tout entier ; de même Il est victime, mais pour nous, puisqu'il se met Lui-même à la place de l'homme coupable. Le mot de l'Apôtre : « Ayez en vous les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus », demande donc de tous les chrétiens qu'ils reproduisent, autant qu'il est humainement possible, les sentiments dont était animé le divin Rédempteur lorsqu'il offrait le sacrifice de Lui-même, c'est-à-dire qu'ils reproduisent son humble soumission d'esprit, qu'ils adorent, honorent, louent et remercient la souveraine Majesté de Dieu. Il demande encore des chrétiens qu'ils prennent en quelque sorte la condition de victime, qu'ils se soumettent complètement aux préceptes de l'Évangile, qu'ils s'adonnent spontanément et volontiers à la pénitence, et que chacun déteste et expie ses fautes. Il demande enfin que tous avec le Christ nous mourions mystiquement sur la Croix, de manière à pouvoir faire nôtre la pensée de saint Paul : Je suis crucifié avec le Christ (40).
Du fait cependant que les chrétiens participent au Sacrifice eucharistique, il ne s'ensuit pas qu'ils jouissent également du pouvoir sacerdotal. Il est absolument nécessaire que vous exposiez cela clairement à vos fidèles.
Il y a, en effet, Vénérables Frères, des gens qui, se rapprochant d'erreurs jadis condamnées (41), enseignent aujourd'hui que dans le Nouveau Testament, le mot « sacerdoce » désigne uniquement les prérogatives de quiconque a été purifié dans le bain sacré du Baptême ; de même, disent-ils, le précepte de faire ce qu'il avait fait, donné par Jésus-Christ à ses Apôtres durant la dernière Cène, vise directement toute l'Église des chrétiens, et c'est par conséquent plus tard seulement qu'on en est arrivé au sacerdoce hiérarchique. C'est pourquoi ils prétendent que le peuple jouit d'un véritable pouvoir sacerdotal, et que le prêtre agit seulement comme un fonctionnaire délégué par la communauté. A cause de cela, ils estiment que le Sacrifice eucharistique est au sens propre une « concélébration », et que les prêtres devraient « concélébrer » avec le peuple présent, plutôt que d'offrir le Sacrifice en particulier en l'absence du peuple.
Combien des erreurs captieuses de ce genre contredisent aux vérités que Nous avons affirmées plus haut, en traitant de la place que tient le prêtre dans le Corps Mystique du Christ, il est superflu de l'expliquer. Nous estimons cependant devoir rappeler que le prêtre remplace le peuple uniquement parce qu'il représente la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ en tant que Chef de tous ses membres, s'offrant Lui-même pour eux ; quand il s'approche de l'autel, c'est donc en tant que ministre du Christ, inférieur au Christ, mais supérieur au peuple (42). Le peuple, au contraire, ne jouant nullement le rôle du divin Rédempteur, et n'étant pas conciliateur entre lui-même et Dieu, ne peut en aucune manière jouir du droit sacerdotal. Ces vérités sont de foi certaine.
Les fidèles cependant offrent, eux aussi, la divine Victime, mais d'une manière différente.
Ceci a déjà été très clairement affirmé par certains de Nos Prédécesseurs et par les Docteurs de l'Église. « Non seulement — ainsi parle Innocent III, d'immortelle mémoire — les prêtres offrent, mais aussi tous les fidèles, car ce qui s'accomplit d'une manière spéciale, par le ministère des prêtres, se fait d'une manière universelle par le vœu des fidèles (43) ». Et Nous aimons à citer en cette matière au moins une affirmation de saint Robert Bellarmin, prise entre beaucoup d'autres : « Le sacrifice, dit-il, est offert principalement dans la personne du Christ. C'est pourquoi l'offrande qui suit la Consécration atteste en quelque sorte que toute l'Église consent à l'oblation faite par le Christ et offre avec Lui (44) ».
Les rites et les prières du Sacrifice eucharistique n'expriment et ne manifestent pas moins clairement que l'oblation de la Victime est faite par les prêtres en même temps que par le peuple.
... Et il n'est pas étonnant que les chrétiens soient élevés à cette dignité. Par le bain du Baptême, en effet, les chrétiens deviennent des membres au sein du Corps du Christ Prêtre et, par le « caractère » qui est en quelque sorte gravé en leur âme, ils sont délégués au culte divin : ils ont donc part, selon leur condition, au sacerdoce du Christ Lui-même.
Que les fidèles, par les mains du prêtre offrent le Sacrifice, cela ressort avec évidence du fait que le ministre de l'autel représente le Christ en tant que Chef offrant au nom de tous ses membres ; c'est donc à bon droit que l'Église entière est dite présenter par le Christ l'offrande de la victime. Si le peuple offre en même temps que le prêtre, ce n'est pas que les, membres de l'Église accomplissent le rite liturgique visible de la même manière que le prêtre lui-même, ce qui revient au seul ministre délégué par Dieu pour cela, mais parce qu'il unit ses vœux de louange, d'impétration, d'expiation et d'action de grâces aux vœux ou aux intentions du prêtre, et même du Souverain Prêtre, afin de les présenter à Dieu le Père dans le rite extérieur du prêtre offrant la Victime. Le rite extérieur du Sacrifice, en effet, doit nécessairement, par sa nature, manifester le culte intérieur ; or, le Sacrifice de la loi nouvelle signifie l'hommage suprême par lequel le principal offrant, qui est le Christ, et avec Lui et par Lui tous ses membres mystiques, rendent à Dieu l'honneur et le respect qui Lui sont dus (45).
Nous avons appris avec grande joie que, surtout en ces derniers temps, par suite de l'étude plus poussée des questions liturgiques, cette doctrine a été mise en pleine lumière. Nous ne pouvons cependant pas ne pas déplorer vivement les exagérations et les excès qui ne concordent pas avec les véritables enseignements de l'Église.
Certains, en effet, réprouvent complètement les messes qui sont offertes en privé et sans assistance, comme éloignées de l'antique manière de célébrer ; quelques-uns même affirment que des prêtres ne peuvent offrir la divine hostie en même temps sur des autels différents, parce que, par cette manière de faire, ils divisent la communauté et mettent son unité en péril ; on va parfois jusqu'à estimer que le peuple doit confirmer et agréer le Sacrifice pour que celui-ci obtienne sa valeur et son efficacité.
On en appelle à tort, en la matière, à la nature sociale du Sacrifice eucharistique. Toutes les fois, en effet, que le prêtre renouvelle ce que le divin Rédempteur accomplit à la dernière Cène, le Sacrifice est vraiment consommé ; et ce Sacrifice, partout et toujours, d'une façon nécessaire et par sa nature, a un rôle public et social, puisque celui qui l'immole agit au Nom du Christ et des chrétiens, dont le divin Rédempteur est le Chef, l'offrant à Dieu pour la sainte Église catholique, pour les vivants et pour les défunts (46). Et ceci se réalise sans aucun doute, que les fidèles y assistent — et Nous désirons et recommandons qu'ils y soient présents très nombreux et très fervents — ou qu'ils n'y assistent pas, n'étant en aucune manière requis que le peuple ratifie ce que fait le ministre sacré (47).
De l'exposé précédent, il résulte
clairement que la messe est offerte au Nom du Christ et de l'Église ; et que le
Sacrifice eucharistique ne serait pas privé de ses fruits, même
sociaux, si le prêtre célébrait sans la présence d'aucun acolyte ; néanmoins, à
cause de la dignité d'un si grand mystère, Nous voulons et exigeons que —
conformément aux ordonnances constantes de notre Mère l'Église — aucun prêtre
ne monte à l'autel s'il n'a un ministre pour le servir et lui répondre, selon
la prescription du canon 813 (48).
Pour que l'oblation, par laquelle les chrétiens, dans ce Sacrifice, offrent au Père céleste la divine Victime, obtienne son plein effet, il faut encore qu'ils s'immolent eux-mêmes en victimes. Cette immolation ne se réduit pas seulement au sacrifice liturgique. Parce que nous sommes édifiés sur le Christ comme des pierres vivantes, le Prince des apôtres veut, en effet, que nous puissions, comme un sacerdoce saint, offrir des victimes spirituelles agréables à Dieu par Jésus-Christ (49) ; et l'apôtre Paul, parlant pour tous les temps, exhorte les fidèles en ces termes : Je vous conjure donc, mes frères... d'offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c'est là le culte que vous Lui devez (50). Mais lorsque les fidèles participent à l'action liturgique avec tant de piété et d'attention qu'on peut dire d'eux : « leur foi et leur dévotion Vous sont connues (51) », alors il est impossible que leur foi n'agisse pas avec plus d'ardeur par la charité, que leur piété ne se fortifie et ne s'enflamme, qu'ils ne se consacrent, tous et chacun, à procurer la gloire de Dieu, et, dans leur ardent désir de se rendre étroitement semblables à Jésus-Christ qui a souffert de très cruelles douleurs, il est impossible qu'ils ne s'offrent pas, avec et par le Souverain Prêtre, comme une hostie spirituelle.
Ceci est également enseigné dans les exhortations que l'évêque, au nom de l'Église, adresse aux ministres Sacrés le jour où il les consacre : « Rendez-vous compte de ce que vous accomplissez, imitez ce que vous faites, et, en célébrant le mystère de la mort du Seigneur, faites mourir complètement en vos membres les vices et les concupiscences (52) ». C'est presque dans les mêmes termes que, dans les livres liturgiques, les chrétiens qui s'approchent de l'autel sont invités à participer aux cérémonies : « Que sur cet autel soit honorée l'innocence, immolé l'orgueil, étouffée la colère ; que la luxure et tout dérèglement soient frappés à mort; qu'en guise de tourterelles soit offert le sacrifice de la chasteté, et au lieu des petits de la colombe, le sacrifice de l'innocence (53) ». Lorsque nous sommes à l'autel, nous devons donc transformer notre âme; tout ce qui est péché en elle doit être complètement étouffé, tout ce qui, par le Christ, engendre la vie surnaturelle doit être vigoureusement restauré et fortifié, si bien que nous devenions avec l'Hostie immaculée, une seule victime agréable au Père éternel.
La forme idéale et essentielle de la vie chrétienne consiste pour chacun à se tenir uni étroitement et constamment à Dieu. C'est pourquoi le culte que l'Église rend à l'Éternel et qui est basé surtout sur le Sacrifice eucharistique et l'usage des Sacrements est organisé et disposé de telle manière que, grâce à l'office divin, il s'étende aux heures du jour, aux semaines, à tout le cours de l'année à toutes les saisons et aux diverses conditions de la vie humaine.
Connaissant le précepte du divin
Maître : II faut prier toujours sans jamais se lasser (54), l'Église
s'est fidèlement conformée à cette invitation. Aussi ne cesse-t-elle jamais de
prier, et elle nous exhorte à faire de même en nous adressant ces paroles de
l'Apôtre : Par Lui (Jésus), offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de
louange (55).
... Ce qu'on appelle l'« Office divin » est donc la prière du Corps Mystique du Christ qui est adressée à Dieu, au nom et pour l'avantage de tous les chrétiens, par les prêtres et les autres ministres de l'Église, ainsi que par les religieux délégués par elle à cet effet (56).
On peut reconnaître ce que doivent être le caractère et la valeur de la louange divine par les paroles que l'Église nous suggère au début des diverses heures canoniales, quand elle nous prescrit de les réciter « dignement, avec attention et dévotion ».
Le Verbe de Dieu, en prenant la nature humaine, fit:retentir Lui-même dans cette terre d'exil l'hymne qui, de tout temps, se chante dans les demeures célestes. Unissant à Lui l'ensemble de la communauté humaine, II se L'associe dans ce cantique de louange. Nous devons le reconnaître humblement, ce que nous devons demander dans nos prières, nous ne le savons pas ; mais l'Esprit lui-même demande pour nous par des gémissements ineffables (57). Le Christ Lui aussi, par son esprit, supplie le Père en nous. « Dieu ne pourrait pas accorder de plus grand bienfait aux hommes... (Jésus) prie pour nous comme étant notre Prêtre ; Il prie en nous comme notre Chef ; nous Le prions comme notre Dieu... Reconnaissons donc nos voix en Lui et sa voix en nous... Il reçoit nos prières dans la forme de Dieu ; Il prie dans la forme de serviteur; créateur dans l'une, créé dans l'autre, Il fait sienne, sans changer, la nature à changer, et de nous avec Lui, Il fait un homme, la tête et le corps (58) ».
A cette haute dignité de la prière de l'Église, il faut que correspondent l'attention et la piété de notre âme. Et comme cette prière reprend les chants composés, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, où se trouve exprimée et soulignée la souveraine grandeur de Dieu, il faut que le mouvement intérieur de notre esprit accompagne nos paroles : ainsi ferons-nous nôtres ces mêmes sentiments qui nous élèveront vers le ciel et nous permettront de faire monter vers la Sainte Trinité les louanges et actions de grâces qui Lui sont dues. « Quand nous psalmodions, soyons tels que notre esprit s'accorde avec notre voix (59) ». Il ne s'agit donc pas uniquement d'une récitation ou d'un chant qui, si parfaits qu'ils soient selon les règles de l’art musical et des rites sacrés, ne toucheraient pourtant que les oreilles ; ce dont il s'agit, c'est avant tout de l'élévation de notre esprit et de notre âme vers Dieu, afin de Lui consacrer pleinement, en union avec Jésus-Christ, nos personnes et toutes nos actions.
Voilà certainement d'où dépend pour une grande partie l'efficacité de nos supplications. Sans doute ne s'adressent-elles, pas au Verbe même en tant que fait homme, mais elles se terminent par les paroles « par Notre Seigneur Jésus-Christ », et Lui, conciliateur entre Dieu et nous, montrant ses glorieux stigmates au Père céleste, reste toujours vivant pour interpeller en notre faveur (60).
Les psaumes, tout le monde le sait, constituent la partie principale de l'Office divin. Ce sont eux qui, embrassant tout le cours de la journée, la sanctifient et l'embellissent. Comme le dit Cassiodore, en parlant du psautier tel qu'il était distribué de son temps dans l'Office divin, « les psaumes rendent favorable le jour qui vient par la joie du matin ; ils sanctifient pour nous la première heure du jour ; ils consacrent pour nous la troisième heure ; ils sont la joie de la sixième dans la fraction du pain ; à none, ils rompent notre jeûne ; ils concluent les derniers instants du jour et, quand la nuit arrive, ils empêchent les ténèbres d'envahir notre esprit (61) ».
Ils rappellent à l'esprit les vérités divinement révélées au peuple élu, vérités tantôt terrifiantes, mais tantôt d'une très grande douceur. Ils réveillent et animent l'espérance du Libérateur promis, qu'on entretenait jadis en les chantant, soit au foyer familial, soit dans la majesté même du temple. De même mettent-ils en lumière la gloire du Christ, qu'ils annonçaient d'avance, sa souveraine et éternelle puissance, sa venue et son abaissement dans l'exil terrestre, sa dignité de Roi et son pouvoir de Prêtre, le bienfait enfin de ses travaux et le Sang qu'il répandrait pour notre rédemption. Ils expriment encore la joie de nos âmes, nos peines, notre espérance, notre crainte, notre confiance en Dieu et notre volonté de Lui rendre amour pour amour, ainsi que notre ascension mystique vers les tabernacles éternels.
... Tout le long de l'année, la célébration du Sacrifice eucharistique et les prières des Heures se déroulent principalement autour de la personne de Jésus-Christ; elles sont si harmonieusement disposées que notre Sauveur, avec les mystères de son abaissement, de sa rédemption et de son triomphe, y occupe la première place (62).
En commémorant ainsi les mystères de Jésus-Christ, la liturgie sacrée se propose d'y faire participer tous les, croyants, en sorte que le divin Chef du Corps Mystique vive en chacun de ses membres avec toute la perfection de sa sainteté. Que les âmes des chrétiens soient comme des autels, sur lesquels les diverses phases du sacrifice qu'offre le Grand Prêtre revivent en quelque sorte les unes après les autres : les douleurs et les larmes qui effacent et expient les péchés ; la prière adressée à Dieu, qui s'élève jusqu'au ciel ; la consécration et comme l'immolation de soi-même faites d'un cœur empressé, généreux; et ardent ; l'union très intime enfin par laquelle, nous abandonnant à Dieu, nous et tout ce qui nous appartient, nous trouvons en Lui notre repos : « le tout de la religion, en effet, étant d'imiter Celui à qui l'on adresse son culte (63) ».
... Aussi l'année liturgique, qu'alimenté et accompagne la piété de l'Église, n'est-elle pas une représentation froide et sans vie d'événements appartenant aides temps écoulés ; elle n'est pas un simple et pur rappel de choses d'une époque révolue. Elle est plutôt le Christ Lui-même qui persévère dans son Église et qui continue à parcourir la carrière de son immense miséricorde ; Il la commença sans doute dans sa vie mortelle, alors qu'il passait en faisant le bien (64), dans le miséricordieux dessein de mettre les hommes en contact avec ses mystères et de leur assurer la vie grâce à eux. Or, ces mystères, ce n'est pas de la manière incertaine et assez obscure dont parlent certains écrivains récents, qu'ils restent constamment présents et qu'ils opèrent ; d'après les Docteurs de l'Église, en effet, ils sont de parfaits modèles pour la perfection chrétienne. A cause des mérites et des prières du Christ, ils sont la source de la divine grâce ; ils se prolongent en nous par leurs effets, étant donné que chacun, suivant sa propre nature, demeure à sa manière la cause de notre salut.
Il faut ajouter que notre sainte Mère l'Église, lorsqu'elle nous propose la contemplation des mystères de notre Rédempteur, demande par ses prières les dons célestes grâce auxquels, par la vertu du Christ, ses enfants se pénètrent le plus possible de leur esprit. Grâce à l'inspiration et à la vertu du Christ, et par la coopération de notre volonté, nous pouvons recevoir en nous la force vitale à la manière dont les branches la reçoivent de l'arbre et les membres de la tête. De même pouvons-nous nous transformer peu à peu, à force de labeur, jusqu'à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ (65).
Dans le cours de l'année liturgique, ce ne sont pas seulement les mystères de Jésus-Christ, ce sont aussi les fêtes des saints du ciel qui sont célébrées. Par ces fêtes, l'Église poursuit toujours, quoique dans un ordre inférieur et subordonné, le même but : proposer aux fidèles des modèles de sainteté, sous l'impulsion desquels ils se revêtent des vertus du divin Rédempteur.
Nous devons être, en effet, les imitateurs des saints du ciel, dans la vertu desquels resplendit à des degrés divers la vertu même de Jésus-Christ; comme ils furent eux-mêmes ses imitateurs. Dans les uns a brillé le zélé apostolique, dans les autres la force de nos héros poussée jusqu'à l'effusion du sang. Chez certains se remarque une constante vigilance dans l'attente du divin Rédempteur ; chez d'autres, une pureté d'âme virginale et la douce réserve de l'humilité chrétienne. Tous brûlèrent d'une très ardente charité envers Dieu et envers le prochain.
... II y a encore un autre but au culte que le peuple fidèle rend aux saints du ciel : c'est celui d'implorer leurs secours, en sorte que, « nous complaisant à les louer, nous trouvions aussi un secours dans leur patronage (66) ». On s'explique par là, aisément, les nombreuses formules de prière que nous propose la sainte liturgie pour implorer le secours des saints.
Parmi les saints du ciel, la
Vierge Marie, Mère de est l'objet d'un culte plus relevé. Sa vie, en effet, de
par la mission qu'elle a reçue de Dieu, est étroitement liée aux mystères du
Christ, et personne, assurément, n'a suivi de plus près et plus effectivement
qu'elle les traces du Verbe incarné ; personne ne jouit d'une plus grande
faveur et d'une plus grande puissance qu'elle auprès du Cœur sacré du Fils de Dieu
et, par Lui, auprès du Père céleste. Plus sainte que les chérubins et les
séraphins, elle jouit d'une gloire supérieure à celle de tous les autres
saints, parce qu'elle est pleine de grâce (67) et Mère de Dieu,
et qu'elle nous a, par son heureuse maternité, donné le Rédempteur. Puisqu'elle
est « Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance »,
crions vers elle, nous tous qui « gémissons et pleurons dans cette vallée de
larmes (68) », et mettons-nous avec confiance sous son patronage, ainsi
que tout ce qui nous concerne. Elle est devenue notre Mère au moment où le
divin Rédempteur accomplissait le sacrifice de Lui-même, et c'est là encore un
titre auquel nous sommes ses enfants. Toutes les vertus, elle nous les enseigne
: Elle nous donne son Fils et, avec Lui, elle nous donne tous les secours dont
nous avons besoin, car Dieu « a voulu que nous ayons tout par Marie
(69) ».
Nous vous exhortons enfin instamment, Vénérables Frères, — après avoir dénoncé les erreurs et les inexactitudes, et prohibé tout ce qui est en dehors de la vérité et de l'ordre, — à promouvoir les initiatives susceptibles de donner au peuple une plus profonde connaissance de la sainte liturgie ; de façon qu'il puisse plus convenablement et plus facilement participer aux rites divins, avec des dispositions vraiment chrétiennes.
Il est nécessaire avant tout de veiller à ce que tous obéissent, avec le respect et la confiance qui leur sont dus, aux décrets publiés par le Concile de Trente, les Pontifes romains, la S. Congrégation des Rites et à tout ce que les livres liturgiques ont fixé au sujet de l'action extérieure du culte public (70).
Dans tout ce qui regarde la liturgie, il faut que se manifestent le plus possible ces trois caractères, dont parle Notre Prédécesseur Pie X : le respect du sacré, qui rejette avec horreur les nouveautés profanes ; la dignité et la correction des œuvres d'art, vraiment dignes de ce nom ; enfin, le sens de l'universel qui, tout en tenant compte des traditions et coutumes locales légitimes, affirme l'unité et la catholicité dé l'Église (71).
Nous désirons et Nous recommandons chaudement, encore une fois, la beauté des édifices sacrés et des sanctuaires. Que chacun fasse sienne cette parole inspirée : Le zèle de ta maison m'a dévoré (72) ; et qu'il s'ingénie de son mieux pour qu'aussi bien dans les édifices cultuels que dans les vêtements et ornements liturgiques, sans toutefois faire parade d'un luxe excessif, chaque chose soit adaptée et de bon goût, comme étant consacrée à la Majesté divine. Si Nous avons réprouvé plus haut la façon d'agir incorrecte de ceux qui, sous prétexte de retour à l'antiquité, veulent expulser des temples les images sacrées, Nous pensons que c'est ici Notre devoir de reprendre la piété mal comprise de ceux qui, dans les églises et même sur les autels, offrent sans juste motif à la vénération des fidèles une multitude d'images et de statues ; de ceux aussi qui exposent des reliques non authentiquées ; de ceux enfin qui mettent l’accent sur des pratiques particulières et insignifiantes au détriment des essentielles, ridiculisant ainsi la religion et diminuant la dignité du culte.
Nous vous remettons également en mémoire le Décret « sur les formes nouvelles de culte et de dévotion qu'on ne doit pas introduire (73) » ; et Nous en recommandons la scrupuleuse observation à votre vigilance.
Pour ce qui concerne l'art musical, qu'on observe religieusement dans la liturgie les règles précises et bien connues, émanées de ce Siège apostolique. Quant au chant grégorien que l'Église romaine considère comme son bien particulier, héritage d'une antique tradition, que sa tutelle vigilante a conservé au cours des siècles, qu'elle propose également aux fidèles comme leur bien propre et qu'elle prescrit formellement en certaines parties de la liturgie, non seulement il ajoute à la beauté et à la solennité des divins mystères, mais il contribue encore au plus haut point à augmenter la foi et la piété des assistants. A ce propos, nos Prédécesseurs d'immortelle mémoire, Pie X et Pie XI, ont décrété — et Nous confirmons volontiers de Notre autorité les dispositions prises par eux — que dans les Séminaires et les Instituts religieux soit cultivé avec soin et diligence le chant grégorien, et que, au moins dans les églises plus importantes, soient restaurées les anciennes « écoles de chants » (scholae cantarum) comme cela s'est déjà fait avec succès en beaucoup d'endroits (74).
II importe, en outre, « afin que les fidèles participent plus activement au culte divin, de rendre au peuple l'usage du chant grégorien pour la part qui le concerne. Il est vraiment urgent que les fidèles assistent aux cérémonies sacrées, non comme des spectateurs muets et étrangers, mais qu'ils soient touchés à fond par la beauté de la liturgie,… qu'ils fassent alterner, selon les règles prescrites, leurs voix avec la voix du prêtre et de la « Schola » ; si, grâce à Dieu, cela se réalise, alors il n'arrivera plus que le peuple ne réponde que par un léger et imperceptible murmure aux prières communes dites en latin et en langue vulgaire (75) ».
... Ce que Nous venons de dire de la musique convient également à plusieurs autres arts, en particulier à l'architecture, à la sculpture et à la peinture. Les œuvres modernes les mieux harmonisées avec les matériaux servant aujourd'hui à les réaliser ne doivent pas être méprisées et rejetées en bloc, de parti pris ; tout en évitant, avec un sage esprit de mesure, d'une part les excès du « réalisme », et de l'autre ceux du « symbolisme », comme on les appelle, et tout en tenant compte des exigences de la communauté chrétienne plutôt que du jugement et du goût personnel des artistes, il importe au plus haut point de laisser le champ libre à l'art de notre temps, quand, soucieux du respect dû aux temples et aux rites sacrés, il se met à leur service ; ainsi pourra-t-il, lui aussi, unir sa voix à l'admirable cantique chanté, dans les siècles passés, par des hommes de génie, à la gloire de la foi catholique.
Nous ne pouvons cependant Nous empêcher — c'est pour Nous un devoir de conscience — de déplorer et de réprouver ces images ou ces statues introduites récemment par quelques-uns et qui semblent bien être une dépravation et une déformation de l'art véritable, en ce qu'elles répugnent parfois ouvertement à la beauté, à la réserve et à la piété, par le regrettable mépris qu'elles témoignent du sentiment religieux ; il faut absolument bannir ou expulser ces œuvres de nos églises, ainsi qu' « en général tout ce qui n'est pas en conformité avec la sainteté du lieu (76) ».
... Mais il y a quelque chose de plus important encore, Vénérables Frères, et que Nous recommandons spécialement à votre sollicitude et à votre zèle apostolique. Tout ce qui concerne le culte religieux extérieur a son importance, mais ce qui est de beaucoup le plus nécessaire, c'est que les chrétiens participent à la vie liturgique et qu'ils en alimentent et en fortifient l'inspiration surnaturelle.
Ayez donc grand soin que le jeune clergé, en même temps qu'il s'initie aux disciplines ascétiques, théologiques, juridiques et pastorales, soit formé à l'intelligence des cérémonies sacrées, à la compréhension de leur majestueuse beauté et à l'exacte connaissance de leurs règles, appelées rubriques. Cela, non dans un motif de pure érudition, ni afin seulement que le séminariste puisse, un jour, accomplir les rites religieux avec l'ordre, la bienséance et la dignité convenables, mais surtout pour qu'il s'adonne, dès le cours de sa formation, à une très intime union avec le Christ-Prêtre et devienne un saint ministre des choses saintes.
1.
AAS 39 (1947), p. 521-595. Trad. du latin dans SVS., p. 127-202.
2. Cf. 1 Timothée, 2, 5.
3. Cf. Hébreux, 4.14.
4.
Cf. Hébreux, 9, 14.
5. Cf. Malachie, 1, 2.
6.
Cf. Concile de Trente, Sess. 22, c. 1.
7.
Ibid., c. 2.
8.
Encyclique Caritate Christi
compulsi, du 3 mai 1932.
(AAS
24 (1932), p. 186).
9.
Cf. ci-dessous nos 229 et 230.
10.
Jean, 20, 21.
11.
Luc, 10, 16
12.
Marc, 16, 15-16.
13.
Pontifical Romain, De l'Ordination du prêtre, à l'onction des mains.
14.
Dans l'Encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1945, le Saint Père,
énumérant les sacrements, sources de vie du Corps Mystique, présente en ces
termes le sacrement de l'Ordre : « Le Christ a pourvu d'une manière
particulière aux nécessités sociales de l'Église par l'institution de deux
sacrements, le Mariage et l'Ordre... Par l'Ordre, se trouvent consacrés au
service de Dieu des hommes chargés d'immoler l'Hostie eucharistique, de nourrir
le troupeau des fidèles du Pain des Anges et de l'aliment de la doctrine, de le
diriger par les commandements de Dieu et les conseils évangéliques, de
l'affermir enfin par les autres dons surnaturels » (AAS 35 (1943),
p. 202. Trad. du latin dans SVS, p. 441).
15.
Psaume 109, 4.
16.
Jean, 13, 1.
17.
Concile de Trente, sess. 22, c. 1.
18.
Concile de Trente, sess. 22, c. 2.
19.
Cf. S. Thomas, Somme Théologique, 3, q. 22, a. 4.
20. S. Jean Chrysostome, In
Ioann. Hom., 86, 4. Migne, PG. 59, 475.
21.
Romains, 6, 9.
22.
Cf. Missel romain, Préface.
23.
Cf. Missel romain, Canon.
24.
Marc, 14, 23.
25.
Missel romain, Préface.
26.
1 Jean, 2, 2.
27.
Missel romain, Canon.
28.
S. Augustin, De Trinit., lib. 13, c. 19. Migne, PL. 42, 1034.
29.
Hébreux, 5, 7.
30.
Concile de Trente, Sess. 22, c. 1.
31.
Cf. Hébreux, 10, 14.
32.
S. Augustin, Enarr. in Ps. 147, 16. Migne, PL. 37, 1925.
33. Galates, 2, 19-20.
34.
Encyclique Mystici Çorporis, du 29 juin 1943. (AAS 35 (1943), p.
213).
35.
Missel romain, Secrète du
IXe dimanche après
la Pentecôte.
36. Cf. sess. 22, ch. 2 et can.
4.
37. Cf. Galates, 6, 14.
38. Malachie, 1, 2.
39.
Philippiens, 2, 5.
40.
Galates, 2, 19. Tout ce paragraphe sera reproduit dans l'Exhortation Menti
Nostrae, précédé de ces mots : « Nous voulons ici rappeler particulièrement
aux prêtres ce que Nous avons proposé à la méditation de tous les fidèles dans
l'Encyclique Mediator Dei. Cf. ci-dessous n° 366.
41.
Cf. Concile de Trente, sess. 23, c. 4.
42.
Cf. S. Robert Bellarmin, De Missa, 2,
cap. 4.
43.
Innocent III, De sacro Altaris Mysterio, 3, 6.
44.
S. Robert Bellarmin, De Missa, 1, cap. 27.
45.
Dans l'Encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1943, on lit
semblablement à propos du Sacrifice eucharistique : « Là, en effet, les
ministres sacrés ne tiennent pas seulement la place de notre Sauveur, mais de
tout le Corps Mystique et de chacun des fidèles ; là encore, les fidèles
eux-mêmes, unis au prêtre par des vœux et des prières unanimes, offrent au Père
Eternel l'Agneau immaculé, rendu présent sur l'autel uniquement par la voix du
prêtre ; ils le Lui offrent par les mains du même prêtre, comme une Victime
très agréable de louange et de propitiation, pour les nécessités de toute
l'Église. Et de même que le divin Rédempteur mourant sur la Croix s'est offert,
comme Chef de tout le genre humain, au Père éternel, ainsi, en cette
offrande pure (Malachie, 1, 2), non seulement Il s'offre comme Chef de
l'Église au Père céleste, mais, en Lui-même, Il offre aussi ses membres
mystiques, puisqu'il les renferme tous, même les plus faibles et les plus
infirmes, dans son Cœur très aimant ». (AAS 35 (1943), p.
232-233. Trad. du latin dans SVS. p.
473).
46.
Cf. Missel romain, Canon.
47.
La même affirmation est reprise un peu plus loin à propos de la communion des
fidèles : « Ils s'écartent donc du chemin de la vérité ceux qui ne veulent
accomplir le saint Sacrifice que si le peuple chrétien s'approche de la Table
sainte ; et ils s'en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu'il est
absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment
dangereusement qu'il ne s'agit pas seulement d'un sacrifice, mais d'un
sacrifice et d'un repas de communauté fraternelle, et qui font de la communion
accomplie en commun le point culminant de toute la cérémonie ». (Loc. cit. p. 563).
48.
L'Instruction de la S.C des Sacrements du 12 octobre 1949 rappelle, dans sa 3°
partie, la présente prescription du Droit Canon et de l'Encyclique. Elle
poursuit en ces termes : « La loi de l'usage du servant dans la messe ne
souffre que très peu d'exceptions que les auteurs compétents en liturgie et en
morale réduisent aux cas suivants :
a)
si le viatique doit être administré à
un malade et qu'il n'y a pas de servant ;
b)
si le précepte d'entendre la messe
doit être appliqué pour que le peuple y puisse satisfaire ;
c) en temps de peste, quand on ne trouve que
difficilement quelqu'un disposé à remplir cette fonction et que le prêtre doit,
s'abstenir de célébrer durant une période notable ;
d)
si le servant s'en va pendant la
célébration, même entre l'offertoire et la consécration ; dans ce cas, le
respect dû au saint sacrifice exige son achèvement, même en l'absence de
quiconque.
En
dehors de ces cas, pour lesquels tous les auteurs sont d'accord, on ne peut
déroger à cette loi que par induit apostolique, concédé surtout en terre de
missions. Il faut cependant se souvenir de ceci : entre l'absence du servant et
l'emploi d'un sujet moins apte, il faut préférer la deuxième hypothèse, pourvu
que le ministre puisse au moins accomplir les principales cérémonies comme
présenter les burettes, transporter le Missel, agiter la clochette ».
L'Instruction
déclare ensuite que la fonction de servant doit être exercée par un clerc, à
son défaut par un laïque de sexe masculin, ou s'il y a une juste raison, par
une femme, « à condition qu'elle réponde de loin et que, sous aucun prétexte,
elle n'approche de l'autel ». C'est pourquoi les prêtres doivent veiller à
ce que, « d'après l'esprit du canon 813, non seulement les enfants apprennent à
servir la messe, mais aussi tous les fidèles, et que les femmes elles-mêmes
sachent se rendre utiles en lisant les réponses à donner au prêtre
célébrant ».
L'Instruction
s'achève sur cette précision : « Récemment, Sa Sainteté a ordonné d'adjoindre
une nouvelle clause à l'induit de célébrer la messe sans servant, à savoir :
" pour autant qu'un fidèle assiste à la messe ", à laquelle on ne
peut jamais déroger ». (AAS 41 (1949), p. 506-508. Trad. du latin
dans DP. 1949, p. 430-433).
49.
1 Pierre, 2, 5.
50.
Romains, 12, 1.
51.
Missel romain. Canon.
52.
Pontifical romain, De l'ordination du prêtre.
53.
Ibid., De la consécration de l'autel. Préface.
54.
Luc, 18, 1.
55.
Hébreux, 13, 15.
56.
Cet enseignement sera repris en des termes analogues dans l'Exhortation Menti
Nostrae. Cf. ci-dessous n°368 et suivants.
57.
Romains, 8, 26
58.
S. Augustin, Enarr. In Ps. 85, n. 1. Migne, PL. 37, 1081.
59.
S. Benoît, Regula Monachorum, c. 19.
60.
Hébreux, 7, 25.
61.
Cassiodore, Explicatio in Psalteriutn. Préface.
62.
Cet enseignement de l'Encyclique s'adresse principalement aux prêtres, ainsi
qu'en témoigne l'avertissement suivant de l'Exhortation Menti Nostrae : « Dans Notre Encyclique Mediator
Dei, Nous avons abondamment et suffisamment expliqué pourquoi l'Eglise,
pendant le cours de l'année liturgique, rappelle à notre souvenir tous les mystères
de Jésus-Christ, nous fait célébrer les jours de fête de la Vierge Marie et des
saints du ciel. Ces enseignements doctrinaux doivent être médités spécialement
par vous, prêtres, qui, par le sacrifice eucharistique et par l'office divin,
comme on l'appelle, jouez le rôle principal dans le cours du cycle
liturgique ». (Cf. ci-dessous n° 374).
63.
S. Augustin, De Civ. Dei, lib. 8, cap. 17.
Migne, PL. 41, 242.
64.
Cf. Actes, 10, 38.
65.
Ephésiens, 4, 13.
66.
S. Bernard, Sermo 2 in festo omnium Sanct. Migne,
PL. 185, 210.
67.
Luc, 1,
28.
68.
Salve Regina.
69.
S. Bernard, in Nativ. B.M.V. 7. Migne, PL. 183, 441.
70.
L'Encyclique rappelle en un autre passage ce principe d'obéissance en matière
de liturgie : « Au seul Souverain Pontife appartient le droit de reconnaître et
d'établir tout usage concernant le culte divin, d'introduire et d'approuver de
nouveaux rites, de modifier ceux mêmes qu'il aurait jugé devoir changer (Cf.
CIC., can. 1257) ; le droit et le devoir des évêques est de veiller
diligemment à l'exacte observation des préceptes Canoniques sur le Culte divin
(Cf. CIC, can. 1261). Il n'est
donc pas permis de laisser à l'arbitraire des personnes privées, fussent-elles
membres du clergé, les choses saintes et vénérables qui concernent la vie religieuse de la société chrétienne ;
l'exercice du sacerdoce de Jésus-Christ et le culte divin ; l'honneur qui doit
être rendu à la Très Sainte Trinité, au Verbe incarné, à son auguste Mère et
aux autres habitants du ciel ; le salut des hommes. Pour cette raison, aucune
personne privée n'a le pouvoir de réglementer les actions extérieures de cette
nature ; elles sont au plus haut point liées à la discipline ecclésiastique, à
l'ordre, l'unité et la concorde du Corps Mystique, et souvent aussi à
l'intégrité de la foi catholique elle-même ». (Loc. cit., p. 544).
71.
Cf. S. Pie X, Motu Proprio Tra le
sollecitudini, du 22 novembre 1903. (ASS 36, p. 329-331).
72.
Psaume 68, 10 ; Jean, 2, 17.
73.
S.C. du S. Office : Décret du 26 mai 1957. (AAS 29 (1937), p. 304).
74.
Cf. S. Pie X, Motu Proprio Tra le
sollecitudini, loc. cit.; Pie XI, Const.
Divini Cultus, du 20 décembre 1928, II et V. (AAS 21 (1929), p. 33).
75.
Pie XI,
loc. cit., 9.
76. Cf. CIC, can. 1178 : « Que tous ceux qui ont charge de l'église veillent à y maintenir cette propreté qui convient à la maison de Dieu ; qu'ils y interdisent tout commerce et toute vente, même organisés dans un but de piété, et en général tout ce qui n'est pas en conformité avec la sainteté du lieu ». Cf. également Instruction du Saint-Office sur l'art sacré, du 50 juin 1952. (AAS 44 (1952), p. 542). Cette Instruction, qui comporte un large rappel des documents antérieurs du Magistère, renouvelle les présentes prescriptions de l'Encyclique. Elle se termine par ces mots : « Enfin, il faut veiller à ce que les aspirants aux Saints Ordres soient, dans les cours de philosophie et de théologie, formés à l'art sacré, d'une manière adaptée à l'esprit et à l'âge de chacun, et que le sens leur en soit inculqué par des maîtres qui respectent les traditions des anciens et obéissent aux prescriptions du Saint-Siège ».
EXTRAITS
Cette importante Constitution
a pour but de trancher les controverses historiques concernant l’administration
du sacrement de l’Ordre (1).
I. — Le sacrement de l’Ordre, institué par le Christ Notre Seigneur, sacrement qui transmet le pouvoir spirituel et confère la grâce nécessaire pour bien remplir les fonctions ecclésiastiques, est unique et identique pour l’Eglise tout entière ; c’est ce que professe la foi catholique. En effet, de même que Notre Seigneur Jésus-Christ n’a donné à l’Eglise qu’un seul gouvernement sous l’autorité du Prince des Apôtres, une seule et même foi, et un seul et même sacrifice, ainsi n’a-t-Il donné qu’un seul et même trésor de signes produisant la grâce, c’est-à-dire de sacrements. A ces sacrements, institués par Notre Seigneur Jésus-Christ, l’Eglise n’en a pas ajouté d’autres au cours des siècles et elle ne pouvait le faire, car, selon l’enseignement du Concile de Trente (2), les sept sacrements de la nouvelle Loi ont été tous institués par Notre Seigneur Jésus-Christ et l’Eglise n’a aucun pouvoir sur « la substance des sacrements », c’est-à-dire sur les choses que, au témoignage des sources de la Révélation, le Christ Notre Seigneur a prescrit de maintenir dans le signe sacramentel.
Les paragraphes II et III rappellent l’existence au cours de l’Histoire de différents rites dans l’administration du sacrement de l’Ordre. De là sont nés des doutes sur ce qui est requis pour la validité de l’ordination.
IV. — C’est pourquoi, après avoir invoqué la lumière divine, en vertu de Notre suprême Autorité apostolique et en pleine connaissance de cause, Nous déclarons et, autant qu’il en est besoin, Nous décidons et décrétons ce qui suit : la matière et la seule matière des Ordres sacrés, du diaconat, de la prêtrise et de l’épiscopat est l’imposition des mains ; de même, la seule forme, ce sont les paroles qui déterminent l’application de cette matière, paroles qui signifient d’une façon univoque les effets sacramentels, à savoir le pouvoir d’ordre et la grâce de l’Esprit-Saint, paroles que l’Eglise accepte et emploie comme telles. Il s’ensuit que Nous devons déclarer, comme Nous le déclarons effectivement, en vertu de Notre Autorité apostolique, pour supprimer toute controverse et prévenir les angoisses des consciences, et Nous décidons, pour le cas où dans le passé l’autorité compétente aurait pris une décision différente, que la tradition des instruments, du moins à l’avenir, n’est pas nécessaire pour la validité des Ordres sacrés du diaconat, du sacerdoce et de l’épiscopat.
V. — En ce qui concerne la matière et la forme dans la collation de chacun de ces Ordres, Nous décidons et décrétons en vertu de Notre suprême Autorité apostolique ce qui suit : pour l’ordination au diaconat, la matière est l’imposition de la main de l’évêque, la seule prévue dans le rite de cette ordination. La forme est constituée par les paroles de la Préface, dont les suivantes sont essentielles et partant requises pour la validité : Emitte in eum, quaesumus, Domine, Spiritum Sanctum, qua in opus ministerii tui fideliter exsequendi septiformis gratiae tuae munere roboretur (3).
Dans l’ordination sacerdotale, la matière est la première imposition des mains de l’évêque, celle qui se fait en silence, et non pas la continuation de cette même imposition qui se fait en étendant la main droite, ni la dernière imposition accompagnée de ces paroles : « Accipe Spiritum Sanctum : quorum remiseris peccata... ». La forme est constituée par les paroles de la Préface, dont les suivantes sont essentielles et partant nécessaires pour la validité : Da, quaesumus, omnipotens Pater, in hunc famulum tuum Presbyterii dignitatem ; innova in visceribus ejus spiritum sanctitatis, ut acceptum a Te, Deus, secundi meriti munus obtineat censuramque morum exemplo suae conversationis insinuet (4).
Enfin, dans l’ordination ou consécration épiscopale, la matière est l’imposition des mains faite par l’évêque consécrateur. La forme est constituée par les paroles de la Préface, dont les suivantes sont essentielles et partant requises pour la validité : Comple in Sacerdote tuo ministerii tui summam, et ornamentis totius glorificationis instructum coelestis unguenti rore sanctifica (5). Tous ces rites seront accomplis conformément aux prescriptions de Notre Constitution apostolique Episcopalis Consecrationis, du 30 novembre 1944 (6).
1.
AAS 40 (1948), p. 5-7. Trad. du latin dans DC. 45 (1948), C. 515-520.
2.
Sess. 7, can. 1. Des sacrements en général.
3.
« Répandez sur lui, nous Vous en supplions, Seigneur, l’Esprit-Saint ;
qu’Il le fortifie par les sept dons de votre grâce pour qu’il remplisse avec
fidélité votre ministère ».
4.
« Donnez, nous Vous en supplions, Père tout-puissant, à votre serviteur
ici présent la dignité du sacerdoce ; renouvelez dans son cœur l’esprit de
sainteté, afin qu’il exerce cette fonction du second Ordre (de la hiérarchie)
que Vous lui confiez, et que l’exemple de sa vie concourt à la réforme des
mœurs ».
5.
« Donnez à votre prêtre la plénitude de votre ministère et, paré des
ornements de l’honneur le plus haut, sanctifiez-le par la rosée de l’onction
céleste ».
6. AAS 37 (1945), p. 131.
A l’occasion de l’inauguration, le 29 juin
1948, de l’Institut Saint-Pierre, destiné à accueillir les prêtres originaires
des pays de mission qui viennent à Rome poursuivre leurs études, le Pape
adressa à tous ses fils du clergé indigène l’Exhortation suivante (1).
L’inauguration du Séminaire
Saint-Pierre, établi sur le mont Janicule pour recevoir les étudiants
indigènes, espoir du clergé, offre à Notre cœur paternel l’occasion très
agréable d’exprimer ses vœux et ses conseils au clergé indigène tout entier,
cette fleur de l’apostolat missionnaire destinée à donner à l’avenir, avec le
secours céleste, des fruits abondants.
Les missions catholiques, en effet, grâce à l’effort courageux et prolongé des apôtres du Christ, sont déjà parvenues en de nombreux endroits à un stade d’heureux développement ; elles s’y trouvent près d’atteindre à leur propre but établir solidement l’Église en des terres nouvelles, de manière à ce qu’elle s’y trouve capable, grâce à ses profondes racines, de vivre par elle-même, sans le secours de prêtres étrangers, dans la prospérité et la liberté.
Que ce succès soit d’abord pour la population
indigène, prêtres et fidèles, un pressant motif d’être et de se montrer
reconnaissante envers les missionnaires étrangers, dont le zèle et l’amour,
poussés plus d’une fois jusqu’au sacrifice de la vie, ont préparé la joyeuse
saison des moissons : Car ici se vérifie le proverbe, qu’autre est
celui qui sème et autre celui qui récolte..., d’autres ont travaillé et c’est
vous qui recueillez le fruit de leurs peines (2).
Mais à quelles conditions ces nouveaux rameaux de l’Église porteront-ils fleurs et fruits en abondance, c’est ce qu’il Nous plaît d’exposer brièvement, au moins quant aux points les plus importants :
En tout premier lieu, vient le désir de la
sanctification personnelle et du salut du prochain. C’est la sainteté de vie et
de mœurs qui unit l’homme à Dieu et le rend moins indigne d’être le ministre de
sa miséricorde. Or, la sainteté ne peut cite atteinte sans un don de la grâce
divine. Aussi le zèle des âmes et le succès de l’apostolat n’aboutiront-ils à
rien si la bonne volonté de l’homme et son habileté ne sont pas aidées et
fortifiées par un puissant secours de Dieu : Ni celui qui plante n’est
quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement
(3).
— prière.
C’est pourquoi, chers fils, vous qui vous appliquez à acquérir les graves vertus du sacerdoce et vous souciez d’y faire des progrès, ménagez-vous chaque jour un temps pour la méditation des vérités éternelles et la prière, vous attachant à une lecture régulière de l’Écriture Sainte et des auteurs spirituels ; le soir, avant que le sommeil ne vous gagne, examinez soigneusement votre vie pour reconnaître en quoi vous avez progressé et en quoi vous avez manqué. Si les antiques civilisations païennes exigeaient de leurs prêtres une certaine sainteté — nous le lisons dans Cicéron : « Aux dieux il faut aller chastement, en montrant de la piété... De celui qui oserait agir autrement, c’est Dieu qui tirera sa propre vengeance (4) » — combien plus grande sera la sainteté requise des ministres du Christ dans le sacrifice par excellence, renouvelé pour la vie du monde avec une incessante efficacité ?
— zèle des Âmes.
Mais ce n’est pas pour lui seul que le prêtre doit vivre saintement, car il est aussi l’ouvrier que le Christ a engagé pour sa vigne. D’ailleurs le souci de votre sanctification personnelle, s’il est bien dirigé, ne vous sera en rien un obstacle à l’accomplissement de toutes les tâches de votre ministère ; au contraire, il lui apportera le plus puissant des secours et des encouragements. Plus vous brillerez donc par l’éclat de vos vertus et la flamme de votre charité, plus vous serez, comme les premiers Apôtres, puissants en œuvres et en paroles.
Si cette conviction vous anime, vous accomplirez avec ardeur vos fonctions, comme celles d’annoncer l’Évangile de Dieu, d’instruire dans la foi les ignorants, d’entendre les confessions, d’assister les malades, et en particulier les mourants, de consoler les affligés, de soutenir ceux qui défaillent, d’amener ceux qui errent à s’amender
— étude.
C’est pourquoi il vous sera utile, dans votre ministère, d’être très versés dans les sciences sacrées et profanes ; et vous ne tirerez pas un mince profit de la connaissance de la langue et des mœurs des populations que vous devez former aux commandements de l’Évangile, comme aussi de la longue expérience dont jouissent les religieux des Instituts étrangers qui se trouvent auprès de vous, associés et compagnons de vos labeurs pour l’accroissement du règne de Dieu à travers le monde : « O grandeur et précieuse beauté de ces instruments de Dieu que sont les prêtres, de qui dépend tout le bonheur des peuples (5) ».
En second lieu, il y a un principe qui doit être inébranlable dans vos esprits, fils bien-aimés : c’est que la sainteté de la vie personnelle et l’efficacité de l’apostolat ont pour base et pour soutien — car elles y trouvent leur fondement — l’obéissance constante et exacte à la sainte hiérarchie. Si vous devez être attachés étroitement à vos évêques par les liens de l’amour et de l’obéissance, soyez aussi attachés avec force et continuité à l’indéfectible Chaire de Pierre, sur laquelle demeure ferme l’Église universelle. Aucune vie, qu’elle soit physique ou qu’elle soit morale, ne peut se concevoir sans une certaine unité. C’est dès l’origine de l’Église que saint Cyprien a écrit : « Dieu est un, et le Christ est un, et l’Église est une, et la chaire est une que la parole du Seigneur a fondée sur Pierre. Élever un autre autel et établir un autre sacerdoce, à côté de l’unique autel et de l’unique sacerdoce, cela ne se peut. Qui croit gagner autrement, dissipe (6) ». Il n’y a point d’armée, en effet, qui sans unité de commandement, sans discipline, puisse remporter la victoire et même seulement subsister ; elle fondra rapidement et s’en ira sûrement à sa ruine. En vérité, vous êtes les troupes d’élite de l’Église catholique. Si, par amour et fidélité, vous êtes unis à l’Église romaine, si vous servez constamment la cause du Siège apostolique, alors vous resterez toujours debout et sans peur. Au milieu de toutes les peines, de toutes les difficultés et de tous les dangers, toujours au premier rang des combats du Seigneur, vous ne perdrez jamais ni confiance ni courage.
Soyez donc, chers fils, vous tous dispersés à travers l’univers, le témoignage éclatant de l’Église une et universelle. Redoublez d’efforts, et empressez-vous d’être vraiment, par votre parfaite conscience à remplir vos fonctions, les lampes ardentes d’où la lumière de toutes les vertus se répandra sur le peuple chrétien.
Afin que vous répondiez pleinement à Notre
attente et que toutes choses prospèrent suivant nos vœux communs, c’est à
chacun d’entre vous, chers fils, que Nous accordons avec un amour de Père dans
le Seigneur la Bénédiction apostolique, gage de la divine grâce et témoignage
de Notre affection.
1. AAS 40, (1948), p. 374. Trad. du latin dans le Bulletin de l’Union Missionnaire du Clergé de France, octobre 1948. Reproduit dans DP. 1948, p. 234-238.
2. Jean, 4, 36-38.
3. 1 Corinthiens, 3, 7.
4. Des Lois, 2, 8.
5. S. Charles Borromée, premier
discours du Synode I.
6. Migne, PL. 4, 336.
Le 2 Novembre 1948, le Pape reçut en audience cent cinquante Pères Capucins appartenant aux diverses provinces de l’Ordre, réunis à Rome pour une Semaine d’études sur les nécessités actuelles de l’Apostolat. Il tint, en particulier, à leur adresser cet encouragement précis :
Les religieux doivent avoir grandement à cœur d’imprégner le monde dans lequel ils vivent de la saine influence et de la grâce de l’Évangile, et de gagner au Christ, par les méthodes et les voies appropriées, les hommes de leur génération. Quel but est plus désirable ? Quelles œuvres plus salutaires ? Nous ne pouvons manquer d’approuver ces heureux desseins.
La loi même de la vie exige la conjonction des
choses nouvelles et des choses anciennes, afin que la vie reste toujours fidèle
à elle-même et en même temps toujours active (1).
Quelques jours plus tard, revenant sur le même
sujet, le Pape adressait au Ministre Général des Capucins, le T. R. P. Clément
de Milwaukee, la Lettre suivante qui développe la brève consigne donnée le 25
novembre (2).
Ainsi que Nous l’avons dit à vous et à vos fils, dans l’audience que Nous vous accordions à l’occasion du Congrès de la presque totalité de vos provinces, qui vient de se tenir à Rome, c’est avec une grande joie que Nous vous voyons engagés avec tant d’ardeur et de zèle à doter d’activités toujours plus étendues et plus nombreuses votre Institut, qui, dans le passé, a admirablement prouvé sa vitalité en s’appliquant à la perfection de la vie religieuse, ainsi qu’au ministère apostolique.
Ces œuvres d’apostolat, vous le savez, apparaissent
de nos jours non seulement opportunes, mais absolument nécessaires. Il nous
faut, en effet, de plus nombreux et plus zélés hérauts de l’Évangile, qui
diffusent chaque jour davantage les enseignements de Jésus-Christ et son règne
de paix, aussi bien dans les pays qui n’ont pas encore été initiés à la vie
chrétienne, que dans leur propre patrie autrement dit, même dans les régions
qui, depuis longtemps, possèdent les bienfaits de la religion et de la
civilisation apportées par le Dieu rédempteur.
Car personne n’ignore combien la foi se perd
dans certaines classes de la société, au point de ne plus trouver souvent dans
les cœurs que tiédeur et négligence pour les choses divines. Ceux qui possèdent
largement les biens de la terre ne songent souvent qu’à se livrer sans frein
aux plaisirs et aux jouissances de la vie présente. Quant à ceux qui se
trouvent dans l’indigence, qui sont obligés — au prix de leur sueur et de leur
travail de se procurer, pour eux-mêmes et pour leur famille, une nourriture insuffisante,
ils sont séduits par des promesses trompeuses et de fausses doctrines et ils
s’éloignent de l’Église, comme si celle-ci ignorait ou négligeait leur
misérable sort.
L’Église, au contraire, cherche de toutes ses forces non seulement à faire resplendir la vérité à leurs yeux et à soutenir leur âme par l’espérance réconfortante des biens célestes, mais aussi à soulager, dans toute la mesure de ses ressources, les nécessités de leur vie présente. Dans cet enseignement salutaire et dans ce labeur, il est de toute nécessité que l’Église ne manque pas de concours actifs et généreux. Les immenses masses populaires surtout le réclament, elles que leur dure indigence et leur culture moins poussée exposent plus facilement à se laisser tromper par les apparences et trop souvent éloigner du chemin de la vérité, au grand dommage de la religion et de l’État.
Toujours, et dès leurs origines, les Frères
Mineurs Capucins se vouèrent spécialement aux œuvres d’apostolat et de charité
pour le bien des masses populaires. Comment aujourd’hui n’intensifieraient-ils
pas avec une ardeur plus soutenue ce labeur évangélique, alors que les
nécessités augmentent d’une façon si considérable ?
Les temps actuels réclament
qu’ils exercent cet apostolat non seulement dans les églises — trop souvent
ceux qui en auraient besoin les désertent — mais aussi chaque fois que s’offre
à eux, comme prêtres, l’occasion d’exercer le saint ministère ; dans les
campagnes, les ateliers, les usines, dans les hôpitaux et les prisons, au
milieu des travailleurs, qu’ils deviennent les frères de leurs frères pour les
gagner tous au Christ. Qu’ils joignent leurs sueurs apostoliques à celles des
ouvriers ; qu’ils libèrent les esprits des ténèbres de l’erreur et les élèvent
vers la lumière de la vérité; qu’ils s’efforcent de pacifier et d’imprégner les
esprits aigris parfois par la haine et par les rivalités. Surtout, qu’ils leur
fassent bien comprendre que l’Église est leur vraie Mère ; une Mère qui ne
songe pas seulement à leur assurer le salut éternel, mais aussi à les tirer de
leur misère pour les élever à de meilleures conditions de vie, non par des
idéologies trompeuses, des procédés violents et des révolutions, mais par la
justice, l’équité et l’entente fraternelle entre les différentes classes
sociales.
Mais avant tout, il faut les former à la
pratique des commandements de Dieu, les, inciter à la profession de la
religion, à la fréquentation des sacrements, à la réforme des mœurs privées et
publiques. Vous le savez, en effet, quand on néglige la vérité évangélique,
qu’on abandonne la vertu et la vie chrétienne à laquelle le divin Rédempteur
appelle tous les hommes, tout croule, tout vacille, et tôt ou tard tout périt
misérablement.
Engagez-vous dans cet apostolat, le cœur
brûlant d’amour de Dieu, sans ménager vos peines. Pénétrez au milieu des masses
comme médiateurs de paix, maîtres de vérité, apôtres de la piété et de la
religion chrétienne. Que votre exemple brille aux yeux de tous ainsi vous
gagnerez plus facilement les cœurs à vous-mêmes et au Christ. Ce n’est qu’en
suivant cette voie que, avec l’inspiration et l’aide de la grâce divine, émules
des saintes et glorieuses entreprises de vos prédécesseurs, vous recueillerez
des fruits toujours plus abondants de salut.
Toutefois, soyez convaincus de cette vérité capitale et ne la perdez pas de vue pour entreprendre ces œuvres d’apostolat plus intense que les temps nouveaux exigent aussi de vous, vous ne devez nullement adoucir et encore moins modifier radicalement le genre de vie propre à votre vocation religieuse. Il faut, au contraire, que vous soyez pénétrés et que vous vous inspiriez toujours plus de l’esprit évangélique, de telle sorte qu’en vous tous brille la pauvreté franciscaine ; distinguez-vous par une simplicité et une humilité aimables, conservez votre traditionnelle austérité de vie, à condition toutefois qu’elle n’entrave pas votre apostolat mais qu’elle soit comme éclairée parla joie surnaturelle du devoir accompli ; il faut enfin que vous brûliez de cette charité envers Dieu et le prochain qui consuma pendant toute sa vie le séraphique patriarche d’Assise. Ce n’est qu’en restant fidèles à ces principes, et en intensifiant chaque jour la ferveur de votre piété et de votre vie intérieure, que vos œuvres extérieures se pénétreront de cette force qui surmonte et maîtrise heureusement toutes les difficultés de ce monde.
1. AAS 40 (1948),p. 551.
2. AAS 41 (1949), p. 64. Trad.
du latin dans DP. 1948, p. 421-425.
La plus grande stabilité de la
situation générale (à la suite des élections italiennes d’avril 1948) et la
perspective de l’Année Sainte 1950 invitent le Pape à insister sur les oeuvres
ordinaires du ministère paroissial, condition essentielle du renouveau chrétien
(1).
Sans doute, les oeuvres extraordinaires dans leurs multiples formes de zèle sont, elles aussi, utiles et même indispensables ; spécialement aujourd’hui, en face de l’indifférence religieuse et de l’athéisme, un très vaste champ est ouvert à leur ardeur débordante.
Il n’y a pas de risque que cet apostolat extraordinaire soit estimé au-dessous de sa valeur ; on a, au contraire, souvent l’impression que cette estime est excessive, non sans préjudice pour le ministère ordinaire des âmes.
Ce dernier, en vérité, reste toujours l’élément principal et fondamental de l’apostolat, au moins là où les institutions ecclésiastiques ont pris solidement racine et où les conditions religieuses sont en quelque sorte normales.
Toujours et dans tous les cas, il sera nécessaire d’enseigner la doctrine de la foi aux paroissiens, jeunes et vieux, mais surtout aux enfants et aux adolescents ; toujours, les fidèles devront se retrouver ensemble le dimanche pour assister au Saint Sacrifice ; toujours, il faudra leur administrer les saints sacrements. Et, en parlant du ministère des âmes, Nous pensons ici spécialement au sacrement de Pénitence qui requiert du prêtre une vie absolument exemplaire, unie au sens de la responsabilité, à la clarté et à la sûreté du jugement, à la maîtrise de soi, à la prudence et au tact. Toujours, par ailleurs, des pauvres, et des besogneux frapperont à la porte de l’Église ; toujours, il y aura des malades à assister et à réconforter par les derniers sacrements ; toujours, des défunts dont on devra célébrer les funérailles ; toujours le prêtre devra trouver du temps pour les entretiens personnels avec ses paroissiens ; et toujours la direction des organisations et des associations catholiques exigera de lui patience et dévouement, même quand il pourra confier à des collaborateurs laïques les charges que ceux—ci sont capables de remplir aussi bien que lui.
Tout cela, c’est le ministère ordinaire. Il est moins apparent que les actes extraordinaires et les grandes manifestations ; c’est le travail de tous les jours ; il s’accomplit silencieusement et passe souvent inaperçu. Et pourtant, on devrait en tout temps le faire de la façon la plus parfaite possible, même et précisément à l’heure actuelle, car toutes les âmes que les activités extraordinaires gagnent au Christ ou que de formidables événements ramènent à Lui doivent finalement rentrer, elles aussi, clans le ministère ordinaire continuel et profond. Ce ministère doit donner à tous l’assurance d’être accueillis dans les bras maternels de l’Église ; par son intermédiaire, principalement, l’Église s’acquitte de sa fonction d’annoncer le Christ, d’instruire et de guider tous les hommes afin de les conduire tous à la perfection dans le Christ Jésus (2).
Au centre de la préparation à l’Année Sainte, de nombreux curés ont placé la messe des hommes.
Dans cette messe qui rassemble le dimanche les hommes de la paroisse, ils leur expliquent la substance et le sens de la liturgie. Le premier fruit de cette pratique est de les faire participer d’une manière constante et personnelle au divin Sacrifice de l’Autel. Mais cette participation doit avoir un écho, une résonance dans la vie quotidienne ; c’est pourquoi ces zélés pasteurs leur enseignent à unir au Sacrifice du Christ leurs propres sacrifices, dont la profession de foi et la conduite chrétienne offrent d’abondantes occasions.
Nous louons une telle pratique dans son esprit et dans sa méthode. Elle met le Sacrifice de la messe à sa véritable place au cœur même de la vie et de toute l’activité de vos hommes. Il est très réconfortant de les voir suivre avec piété la liturgie de la messe, surtout quand on pense à l’indigne ignorance de tant d’âmes concernant un mystère si sublime.
Il est cependant d’une souveraine importance de considérer les effets qui, de la messe des hommes, rayonnent aussi dans le domaine religieux et civil.
Le Pape énumère ici les principaux fruits spirituels qu’il espère de cette messe pour la rénovation spirituelle de la société. En particulier, devant les progrès de l’indifférence religieuse et de l’immoralité, les prêtres n’oublieront pas de prêcher aux hommes les grandes vérités traditionnelles.
Il n’y a donc plus de temps à perdre, pour arrêter de toutes nos forces ce glissement de nos propres rangs vers l’irréligion et pour réveiller l’esprit de prière et de pénitence. La prédication des premières vérités de la foi et des fins dernières n’a de nos jours rien perdu de son opportunité ; elle est même devenue plus que jamais nécessaire et urgente. Même la prédication sur l’enfer. Sans doute, il faut traiter ce sujet avec dignité et sagesse. Mais quant à la substance de cette vérité, l’Église a, devant Dieu et devant les hommes, le devoir sacré de l’annoncer, de l’enseigner, sans aucune atténuation, telle que le Christ l’a révélée, et il n’y a aucune circonstance de temps qui puisse diminuer la rigueur de cette obligation. Elle lie en conscience chaque prêtre auquel, dans le ministère ordinaire ou extraordinaire, est confié le soin d’instruire, d’avertir et de guider les fidèles. Il est vrai que le désir du ciel est un motif en soi plus parfait que la crainte des peines éternelles ; mais il ne s’ensuit pas que ce soit aussi pour tous les hommes le motif le plus efficace pour les tenir éloignés du péché et pour les convertir à Dieu.
Méditez, chers fils, les paroles que le Seigneur, à la veille de sa Passion, adressa à l’apôtre Pierre Voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment (3), paroles d’une impressionnante signification au moment où nous vivons. Elles s’appliquent non seulement aux pasteurs, mais encore à tout le troupeau. Dans les formidables controverses religieuses dont nous sommes témoins, on ne peut vraiment compter que sur les fidèles assidus à la prière et qui s’efforcent, même au prix de grands renoncements, de conformer leur vie à la loi divine. Tous les autres, dans l’ordre spirituel — et il s’agit de cet ordre — s’offrent à découvert aux coups de l’ennemi (4).
1.
AAS 41 (1949), p. 182. Trad. de l’italien dans DP. 1949, p. 97-105.
2.
Cf. Colossiens, 1, 28.
3.
Luc, 22, 31.
4.
Cf. l’Exhortation Apostolique adressée, le mois précédent (11 février 1949) à
l’épiscopat du monde entier (AAS 41 (1949), p. 58-61. DC. 46 (1949), c.
257-261).
EXTRAITS
Recevant les professeurs et les élèves du Séminaire interdiocésain d’Anagni, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation, le Pape se réjouit du bien déjà réalisé au service du sacerdoce, et donne d’utiles directives concernant les tâches qui incombent au clergé d’aujourd’hui (1).
S’il est vrai qu’ils sont dans l’erreur ceux qui, poussés par un désir puéril et immodéré de nouveauté, lèsent par leurs doctrines, leurs actes et leur agitation, l’immutabilité de l’Eglise, il n’est pas moins certain qu’ils se tromperaient aussi ceux qui chercheraient, sciemment ou non, à la, raidir dans une stérile immobilité. L’Église, Corps Mystique du Christ, est, comme les hommes qui la composent, un organisme vivant, qui demeure en substance toujours égal à lui-même ; et Pierre reconnaîtrait dans l’Église catholique romaine du XXe siècle cette première société des croyants auxquels il s’adressait le jour de la Pentecôte. Mais le corps vivant croît, se développe, tend à la maturité. Le Corps Mystique du Christ, à l’instar des membres physiques qui le constituent, ne vit pas et n’agit pas dans l’abstrait, en dehors des conditions constamment changeantes de temps et de lieu ; il est toujours de son siècle, il avance avec lui, de jour en jour, d’heure en heure, adaptant continuellement ses manières et son attitude à celles de la société au milieu de laquelle il doit agir.
Or, c’est là un des principaux avantages des séminaires régionaux — un des avantages de cette multiple variété que Nous avons reconnue et appréciée en vous (2) — que votre zèle et votre activité sacerdotale, tout en s’exerçant dans vos propres diocèses ou dans vos familles religieuses, dans la persévérante assiduité à vos charges et à vos propres ministères, dans l’attachement fidèle aux particularités de vos vocations et de vos traditions, ne sont pas pour autant confinés comme en un vase clos.
Le contact qui s’est établi entre vous, dès le jour où vous avez franchi le seuil de votre séminaire, se poursuit et se raffermit aux divers degrés de votre ministère, en rendant possible à chacun l’assimilation du fruit des expériences et des entreprises d’autrui. Il permet sans préjudice de la légitime prédilection et du dévouement total au champ d’action assigné par la Providence, d’élargir son cœur et son âme, et préserve de toutes les mesquineries d’un esprit de clocher mal compris.
Conservez donc toujours entre vous, quels que soient l’âge et la fonction de chacun, ce lien et cette communion permanente, et non seulement entre vous, anciens et nouveaux élèves du Collège léonin, mais encore, par votre intermédiaire, entre tous les membres du clergé, ayant tous un seul cœur, une seule âme, un seul idéal. De cette façon, vous ne vous contenterez pas de faire strictement votre oeuvre personnelle, mais vous ferez encore la grande oeuvre de l’Église, l’œuvre du divin Rédempteur.
Tout le monde sent, chers fils, que le genre humain se trouve maintenant à un tournant décisif de son histoire, devant lequel le clergé ne peut rester spectateur inerte, car il s’agit du sort même des âmes. C’est pourquoi, à l’esprit de mensonge, qui domine le monde, il doit opposer l’amour inébranlable de la vérité ; à l’esprit de haine et d’égoïsme, le sentiment de la fraternité chrétienne et la défense de la justice, spécialement à l’égard des nécessiteux et des classes laborieuses ; à l’esprit de corruption, la pureté sacerdotale ; à la frénésie des plaisirs, le détachement des misérables biens de cette terre. L’heure présente exige du prêtre une vertu plus forte, un zèle plus ardent, une fermeté plus intrépide. Malheur au prêtre qui voudrait aujourd’hui s’épargner les renoncements, les sacrifices et les fatigues ! Malheur au prêtre qui se laisserait intimider par les menaces et les dangers, oublieux de l’avertissement du Rédempteur : Qui aime sa propre vie la perdra (2).
1.
OR. du 30 avril 1949, Trad. de l’italien dans DP. 1949, p. 149.
2.
Jean, 12, 25.
EXTRAITS
Le Pape, après avoir évoqué
les splendeurs de l’Année Sainte commençante, considère les difficultés
actuelles du ministère pastoral et adresse aux prêtres romains une triple exhortation
(1).
Semer le bon grain du Christ, en pleine rafale, au milieu des agitations et de la dissipation des foules, dans une terre desséchée par tant de soucis purement temporels et encombrée par les épines des passions, des convoitises et des rivalités, est un bien dur travail qui, sans être infécond en consolations et en joies, réserve au laborieux semeur des désillusions et des amertumes.
Pour sortir de cet état de fait, des besoins qu’il crée, des misères qu’il occasionne, il n’y a qu’une seule voie : se réfugier dans la joie de sa propre vocation, joie qui jaillit de la foi profonde, s’y alimente constamment et, jour par jour, heure par heure, fait connaître et apprécier au prêtre la grandeur et la beauté de sa mission, spécialement lorsque le lourd poids de ses devoirs commence à l’oppresser. Aussi, peut-il dire avec l’Apôtre des nations : Nous passons pour tristes et cependant sommes toujours joyeux ; pour pauvres et cependant nous en enrichissons un grand nombre (2).
Semper autem gaudentes : avec ces paroles de saint Paul aux lèvres et dans vos cœurs, gravissez les chaires de la Ville Eternelle dans la joie de l’Année Sainte…
Avoir charge d’âmes et parler du haut des chaires des grandes villes signifie — aujourd’hui plus que jamais — se trouver à l’avant-garde de l’armée du Christ. Cela signifie aussi être parmi ceux sur lesquels pèse, plus que sur les autres, le poids du jour et de la chaleur ; parmi ceux aussi auxquels leur esprit surnaturel, leur expérience éprouvée, leur fidélité et leur dévouement absolus ont fait confier, plus qu’à d’autres, le sort de l’Eglise et du troupeau du Christ. Et quand est confié à votre zèle, à votre vigilance, à votre prédication, le patrimoine spirituel d’une ville qui s’appelle Rome, alors vous savez ce que veut dire, pour vous également et pour vos auditeurs, 1’avertissement prophétique du premier évêque de la ville : Comme il y a de faux prophètes parmi le peuple, il y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront des sectes pernicieuses (2).
… Lors donc que vous vous trouvez en chaire, devant vos auditeurs romains, parlez-leur dans l’esprit du premier Pape, emplissez-vous et pénétrez-vous de l’infatigable zèle pour le bien des âmes qui, contre les prévisions humaines, fit triompher sa mission. Faites que ceux qui vous écoutent sentent et expérimentent que l’esprit et le zèle de Pierre ont encore aujourd’hui, parmi les ministres du sanctuaire et les prédicateurs de l’Evangile, une phalange compacte de disciples prêts à tout ; et soyez persuadés que le peuple de Notre diocèse romain y correspondra avec la même fidélité et que beaucoup de ceux qui étaient tombés victimes des séductions des faux prophètes, trouveront le chemin du retour.
Le monde d’aujourd’hui, déshabitué du véritable amour, devenu esclave de la haine et des discordes, est une terrible preuve de la vérité d’un dicton cicéronien : « Si nous retirons de grands avantages de la coopération des hommes et de l’accord de leurs volontés, en revanche, il n’est pas non plus de maux si affreux dont l’homme ne soit la source pour son semblable (3) ». Aucun tremblement de terre, aucune famine, aucune épidémie, aucune calamité résultant des forces de la nature, ne peut se comparer à la somme de souffrances qu’apporte à. ses semblables l’homme fermé à l’amour, dominé par la haine.
Celui qui, en qualité d’apôtre de l’Evangile, de messager des vérités éternelles et de la bonne nouvelle, se trouve en face du monde, ne peut et ne doit agir qu’au nom de l’amour. Ces mots de saint Paul : Airain sonnant ou cymbale retentissante (4), ne s’appliquent à nul autre plus rigoureusement qu’au prédicateur dont la parole manque de l’onction de la charité. Il peut y avoir des prédicateurs qui n’ont pas le don de l’éloquence. Un apostolat sans amour est une contradiction dans les termes. C’est pourquoi, ayez constamment sous les yeux la sentence d’un grand Romain et d’un grand Pape : « Celui qui n’a pas la charité envers le prochain ne doit en aucune façon se charger du ministère de la prédication (5) ».
1.
AAS 42 (1950), p. 302. Trad. de l’italien dans DP. 1950, p. 62-68.
2.
2 Corinthiens 6, 10.
3.
2 Pierre, 2, 1.
4.
Cicéron, De Officiis, 1. 2, n° 5 .
5.
1 Corinthiens, 13, 1.
6. S. Grégoire le Grand, Homil. 17 in Evang. N° 1. Migne, PL. 76, 1139.
EXTRAITS
Cette Instruction, envoyée par le Secrétaire de la Commission biblique aux Evêques et aux Supérieurs généraux d’Ordres religieux, est revêtue de l’autorité pontificale, comme en témoigne la clausule finale : « Notre Saint Père le Pape Pie XII, dans l’audience accordée, le 13 mai 1950, au Révérendissime Secrétaire soussigné, a approuvé cette Instruction et en a ordonné la publication ». Elle comporte trois parties : problèmes des sciences bibliques, formation des clercs à l’Ecriture Sainte, règles pour les professeurs de sciences bibliques. L’extrait donné ici est emprunté à la deuxième partie (1).
En ce qui concerne les méthodes d’enseignement dans les Séminaires et les collèges religieux, on doit avant tout se souvenir des principes suivants :
Le devoir du professeur d’écriture Sainte est d’exciter et de nourrir chez ses élèves, en même temps que la connaissance nécessaire des Livres Saints, « un amour actif et durable des Saintes Ecritures (2) ».
Cet enseignement doit, en effet, semer et faire grandir chaque jour chez les futurs prêtres une vénération à l’égard de la divine Parole, qui les portera à y trouver, toute leur vie durant, la principale culture de leur esprit, l’occupation de leur intelligence, le réconfort et la joie de leur cœur.
— La lecture quotidienne de
l’Ecriture, comme préparation au sacerdoce.
Dans ce but, rien n’est plus utile encore aujourd’hui que la lecture quotidienne de la Sainte Écriture, qui autrefois était pour les clercs, tant séculiers que réguliers, un exercice aussi sacré que la méditation ; bien plus, cette lecture était pour eux une méditation.
Que le professeur donne donc à ses élèves une grande estime pour cette lecture de la Bible et leur apprenne à s’y livrer avec une foi humble et une religieuse piété (3). Qu’il leur recommande de poursuivre la pratique de cet exercice si utile tout au long de leurs études, en sorte de lire toute la Sainte Écriture à plusieurs reprises et d’une manière suivie, soit dans la version de la Vulgate, soit dans quelque traduction récente faite en langue vulgaire sur le texte original et régulièrement approuvée par les supérieurs ecclésiastiques, à moins que le texte primitif ne leur plaise davantage. Cette lecture de l’Écriture Sainte se fera avec plus de profit si les élèves y ont été initiés méthodiquement dès le début de leurs études et s’ils ont été en particulier guidés par l’exposé d’un court résumé ou d’une analyse, comme cela se fait habituellement dans 1’« Introduction spéciale » (4).
Cette lecture continue et faite avec méthode et attention est, pour les candidats au sacerdoce, une excellente préparation à l’intelligence correcte et à la digne célébration de la sainte liturgie, non moins qu’à l’étude fructueuse de la théologie. Cette lecture quotidienne de l’Écriture Sainte ne sera pas omise même en temps de vacances, — qu’elle soit faite en commun ou en particulier ; — bien plutôt, c’est en ces journées de plus grand loisir qu’on doit s’y livrer davantage. La fidélité avec laquelle les séminaristes s’efforceront de connaître intimement et de goûter de plus en plus la Sainte Écriture sera un signe évident de la sincérité de leur amour pour la Parole de Dieu et de leur ardeur à satisfaire aux obligations que leur impose leur vocation sacerdotale.
Dans la façon de faire ses cours, le professeur d’Écriture Sainte aura un soin jaloux de fournir à ses élèves tout ce dont ils auront besoin dans leur futur travail sacerdotal, tant pour leur sainteté personnelle que pour gagner les âmes à Dieu.
C’est pourquoi la Sainte Écriture sera enseignée dans les Séminaires et les scolasticats d’une manière suffisamment méthodique, solide et complète, pour que les élèves la possèdent dans son ensemble et dans chacune de ses parties, pour qu’ils connaissent les questions les plus importantes qui se posent, à notre époque, au sujet des textes bibliques ; les objections et les difficultés qu’on oppose d’ordinaire à l’histoire et à la doctrine bibliques ; enfin pour que dans les passages des Saints Livres qu’ils doivent expliquer au peuple, ils s’appuient sur de solides raisons scientifiques.
— Préparer les futurs
prédicateurs de la Parole divine.
Le temps consacré à l’enseignement de l’Écriture Sainte est souvent trop court pour permettre que l’énorme matière des sciences bibliques puisse être parcourue en entier. C’est pourquoi le professeur aura soin de choisir avec discernement les matières les plus importantes, en s’inspirant, non de ses propres études ou de ses préférences, mais en considérant avec soin l’intérêt de ses élèves qui doivent être des prédicateurs de la Parole divine (5). Il ne leur sera réellement utile qu’en leur exposant avec science et clarté quelles sont les principales vérités proposées par l’Esprit-Saint, tant dans le Nouveau que dans l’Ancien Testament, comment on aperçoit le progrès de la Révélation depuis les origines jusqu’au Seigneur Jésus et aux Apôtres, quel est le rapport et l’union qui existent entre l’Ancien et je Nouveau Testament ; et il n’oubliera pas de leur montrer quelle est l’importance spirituelle, même à notre époque, de l’Ancien Testament.
Il aura donc grand soin de mettre en lumière toutes ces choses, chaque fois qu’il en aura l’occasion, soit dans l’Introduction générale ou spéciale, soit en exégèse. Il utilisera à propos les exemples tirés de l’histoire sacrée et profane pour établir tout ce que Dieu a fait pour sauver tous les hommes et les conduire à la connaissance de la vérité (6) et comment sa Providence paternelle a disposé et gouverné toutes choses avec sagesse, pour qu’elles coopèrent au bien de ceux qui, selon son dessein, sont appelés à la sainteté (7).
Il n’est pas douteux que ces raisons surnaturelles et religieuses, exposées et démontrées comme il convient, ne suscitent dans l’âme des élèves un plus grand amour et une plus grande estime des Livres Saints.
Quel est le but, quel est le ton des leçons d’Écriture Sainte données aux élèves des Séminaires et collèges ? On peut les définir par ce fait qu’elles ne sont pas destinées à former des spécialistes, mais des futurs prêtres et apôtres. La formation des prêtres, bien qu’elle dépende de l’ensemble des conditions de vie et d’organisation du Séminaire ou du collège, reçoit sans aucun doute une impulsion spéciale de l’étude et de la connaissance de la Bible. C’est surtout par ces leçons, en effet, qu’il faut obtenir que les futurs prêtres se rendent compte et se persuadent de la très grande influence qu’ont les Saints Livres sur le développement de leur propre vie sacerdotale et sur la fécondité de Leur vie apostolique. C’est pourquoi le professeur, non content de fournir à ses élèves les connaissances utiles et nécessaires, s’appliquera aussi à leur démontrer, à l’occasion, comment la connaissance solide, la lecture assidue, la pieuse méditation des Saintes Écritures, les aideront à nourrir leur propre sainteté sacerdotale, à l’affermir, à la développer (8) et à rendre fécond leur ministère apostolique, spécialement les sermons et le catéchisme.
Nous prions instamment les Ordinaires des diocèses et les Supérieurs des Ordres religieux de bien vouloir agréer et mettre en oeuvre, avec l’amour et le souci du bien commun dont ils sont animés, ce que nous venons d’exposer (9).
Il s’agit, en effet, de faire progresser de jour en jour l’éducation de nos futurs prêtres et de les nourrir de cette science solide et sacrée dont ils doivent se servir au cours de leurs études et toute leur vie durant, évitant toute légèreté, toute témérité, suivant non leur propre jugement ou leur propre inspiration mais les normes de la science sacrée, les lois et les préceptes de l’Église, les règles de la pure tradition de l’Église. Ainsi les Saints Livres seront-ils, pour la nourriture et le développement de leur vie spirituelle, comme le pain quotidien, la lumière et la force, tandis que, dans le ministère apostolique, ils leur seront d’un secours efficace pour amener beaucoup d’âmes à la vérité, à la crainte et l’amour de Dieu, à la vertu et à la sainteté (10).
Nous n’ignorons certes pas les nombreux et graves obstacles qui s’opposent à une rapide et parfaite réalisation de ce que nous venons de recommander, mais nous avons la certitude que les Chefs des diocèses et les Supérieurs religieux feront tous leurs efforts, sans jamais se décourager, pour que l’étude et l’amour de la Sainte Écriture prennent un nouvel essor parmi les séminaristes et les prêtres, apportant à leurs âmes et à leur activité des fruits abondants de vie et de grâce (11).
1.
AAS 42 (1950), p. 495-505. Trad. du latin dans DP. 1950, p. 158-168.
2.
Cf. Encyclique Divine afflante Spiritu, du 30 septembre 1943. (AAS 35 (1943), p. 321).
3.
Cf. Imitation de Jésus-Christ, 1, 5.
4.
Cf. S. Pie X, Lettre Apostolique Quoniam in re biblica, du 27 mars 1906.
(AAS 39, p. 77) ; Pie XI, Discours du 29 septembre 1930 à la Semaine biblique.
(OR. du 1° octobre 5930).
5.
Cf. Encyclique Divino afflante Spiritu, loc. cit., p. 320.
6.
Cf. 1 Timothée, 2, 4.
7.
Romains, 8, 28.
8.
Cf. S. Jérôme, Lettre 130, à la fin. Migne, PL. 22, 1224.
9.
Cf. Encyclique Divine allante Spiritu, loc. cit., p. 321.
10.
Ibid., p. 322.
11. Ibid., p. 322.
EXTRAITS
Il ne saurait être question,
dans les limites restreintes de ce volume sur le sacerdoce, de publier
intégralement cette importante Encyclique, que tout prêtre a le devoir de
connaître (1). Les extraits suivants prescrivent des attitudes d’esprit,
générales et fondamentales, particulièrement nécessaires au clergé.
De fait, malheureusement, les amateurs de nouveauté passent facilement du mépris de la théologie scolastique au manque d’égards et même au mépris à l’égard du magistère de 1’eglise, qui a si fortement appuyé de son autorité cette théologie. Le magistère est présenté par eux comme un empêchement au progrès et un obstacle pour la science ; des non-catholiques le considèrent comme un frein injuste qui empêche certains théologiens plus cultivés de renouveler leur science. Ce magistère doit être pour tout théologien, en matière de foi et de mœurs, la règle prochaine et universelle de vérité, car le Christ Notre Seigneur lui a confié tout le dépôt de la foi, Ecriture Sainte et Tradition, à garder, à défendre et à interpréter; et cependant le devoir qu’ont les fidèles d’éviter aussi les erreurs qui voisinent plus ou moins avec l’hérésie, et par conséquent d’« observer même les constitutions et décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et prohibe de telles opinions mauvaises (2) », est parfois aussi ignoré d’eux que s’il n’existait pas.
L’enseignement des Encycliques pontificales sut le caractère et la constitution de l’Eglise est par certains délibérément et habituellement négligé, dans le but de faire prévaloir une conception vague, qu’on déclare empruntée aux anciens Pères, spécialement aux Grecs. Les Papes, en effet, dit-on, n’entendent pas se prononcer sur les questions qui sont matière à discussion entre les théologiens ; c’est pourquoi il faut retourner aux sources, et expliquer par les écrits des anciens les constitutions et décrets récents du magistère.
C’est peut-être séduisant, mais ce n’est pas exempt d’erreur. De fait, il est vrai que les Papes laissent généralement aux théologiens la liberté sur les questions disputées entre les docteurs les plus renommés, mais l’histoire enseigne que bien des choses qui furent d’abord laissées à la libre discussion ne peuvent plus désormais supporter aucune discussion.
Il ne faut pas croire non plus que ce qui est proposé dans les Encycliques ne demande pas de soi l’assentiment, étant donné que les Papes n’y exercent pas le pouvoir suprême de leur magistère. A ce qui est enseigné par le ministère ordinaire, s’applique aussi la parole Qui vous écoute, M’écoute (3) ; et la plupart du temps le contenu des Encycliques appartient déjà par ailleurs à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que cette matière, dans la pensée et la volonté des Souverains Pontifes, n’est plus désormais à considérer comme question libre entre théologiens.
Il est vrai, sans doute, que les théologiens doivent sans cesse revenir aux sources de la révélation divine ; c’est leur rôle d’indiquer de quelle manière les vérités enseignées par le magistère vivant se trouvent « explicitement ou implicitement dans les Ecritures et la Tradition (4) ». En outre, l’une et l’autre sources de la doctrine divinement révélée contiennent des trésors de vérité si nombreux et si grands qu’on ne les épuisera jamais. C’est pourquoi, par l’étude des sources, les sciences sacrées rajeunissent sans cesse ; tandis que, l’expérience nous l’a appris, la spéculation qui néglige d’approfondir l’étude du dépôt révélé devient stérile. Mais, pour ce motif, la théologie positive elle-même ne peut être ramenée au rang d’une science simplement historique. Dieu, en effet, a donné à son Eglise, avec ces sources que Nous avons dites, un magistère vivant pour éclairer et dégager ce qui n’était contenu dans le dépôt de la foi que d’une manière obscure et pour ainsi dire implicite. Ce dépôt, ce n’est pas à chacun des fidèles, ni même aux théologiens, que notre divin Rédempteur en a confié l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise. Or, si l’Eglise exerce ce rôle, comme il lui est souvent arrivé au cours des siècles, par la voie ordinaire ou extraordinaire, il est trop évident que c’est une méthode fausse d’expliquer le clair par l’obscur; bien plutôt, c’est l’ordre contraire qui s’impose à tous.
Aussi Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, lorsqu’il enseigna que le rôle très noble de la théologie est de montrer comment la doctrine définie par l’Eglise est contenue en ses sources, ajouta, non sans grave raison, ces paroles : « dans le sens même où l’Eglise l’a définie ».
Si l’on a bien saisi ces points de vue, on apercevra sans peine pourquoi l’Eglise exige que ses futurs prêtres soient formés aux disciplines philosophiques « selon la méthode, la doctrine et les principes du Docteur angélique (5) ». C’est que l’expérience de plusieurs siècles lui a parfaitement appris que la méthode de l’Aquinate — qu’il s’agisse de former de jeunes esprits ou d’approfondir les vérités les plus secrètes — s’impose entre toutes par ses mérites singuliers ; sa doctrine s’harmonise avec la révélation divine comme par un juste accord ; elle est singulièrement efficace pour établir, avec sûreté, les fondements de la foi, comme aussi pour recueillir, de façon sûre et utile, les fruits du vrai progrès (6).
Pour ce motif, il faut tout à fait déplorer que cette philosophie, reçue et reconnue dans l’Église, soit aujourd’hui méprisée de certains qui osent impudemment la déclarer vieillie en sa forme, rationaliste en son procédé de pensée.
Le Pape rappelle ici les principales critiques faites de nos jours à la philosophie thomiste ; il poursuit :
… Tous ces énoncés s’opposent manifestement aux documents de Nos Prédécesseurs Léon XIII et Pie X, et ne peuvent s’accorder avec les décrets du Concile du Vatican. Il n’y aurait point lieu de déplorer ces écarts hors de la vérité si tous écoutaient le magistère de l’Église avec le respect qui lui est dû, même en matière de philosophie. Car il lui revient, de par l’institution divine, non seulement de garder et d’interpréter le dépôt des vérités divinement révélées, mais de veiller encore sur les sciences philosophiques, afin que les dogmes catholiques ne souffrent aucune atteinte des fausses doctrines.
En conséquence, après avoir mûrement, devant Dieu, pesé et considéré la chose, pour ne point faillir aux devoirs sacrés de Notre charge, Nous enjoignons aux Evêques et aux Supérieurs généraux d’Ordres et d’Instituts religieux, leur en faisant une grave obligation de conscience, de veiller avec le plus grand soin à ce qu’on ne soutienne point les doctrines de ce genre dans les cours, dans les réunions ou par quelque écrit que ce soit, et à ce qu’on ne les enseigne en aucune façon aux clercs ou aux fidèles.
Les professeurs d’Instituts ecclésiastiques se rappelleront qu’ils ne peuvent, avec tranquillité de conscience, exercer la charge de professeur qui leur est confiée, s’ils n’acceptent religieusement et ne gardent exactement dans leur enseignement les normes de pensée que Nous avons définies. Et comme ils doivent respect et soumission au magistère de l’Église en leur travail de chaque jour, ils doivent aussi en imprégner l’esprit et le cœur de leurs disciples.
Qu’ils cherchent, certes, de toutes leurs forces, à concourir au progrès des sciences qu’ils enseignent, mais en se gardant d’outrepasser les limites que Nous avons établies pour défendre la vérité de la foi et de la doctrine catholique. Dans les questions nouvelles que la culture moderne et le progrès rendent actuelles, qu’ils poursuivent leurs recherches les plus diligentes, mais avec la prudence et la circonspection qui conviennent (7). Enfin, qu’ils se gardent de croire, par un faux « irénisme », que l’on peut obtenir un heureux retour des dissidents et des égarés à l’Eglise, si l’on n’enseigne pas à tous, sincèrement, toute la vérité qu’enseigne l’Église, sans aucune corruption ni aucune diminution.
1.
AAS 42 (1950), p. 561-578. Trad. du latin dans SVS, p. 235-253.
2.
CIC, can. 1324.
3.
Luc, 10, 16.
4.
Pie IX, Inter gravissimas, 26 octobre 1870.
5.
CIC, can. 1366, § 2.
6.
Cf. Allocutions du Pape aux Pères Dominicains, 22 septembre 2946 (Cf. ci-dessus
n° 289 et suivants), et aux Pères Jésuites, 27 septembre 2946. (Ibid., n° 191
a).
7. Cf. AAS 43 (1951), p. 738. Cf. ci-dessous, n° 505 à 512.