L’ENSEIGNEMENT DE PAUL VI
1973
II. DISCOURS ET
HOMELIES DU PAPE EN DIVERSES CIRCONSTANCES
6 janvier : LE CHRIST,
PRINCIPE DE LA FRATERNITE ET DE L’UNITE HUMAINES
11 janvier : AU SERVICE DE
L’HUMANITE DANS LA RECHERCHE DE LA PAIX
24 janvier : LA HAUTE
MISSION D’OBJECTIVITE DU JOURNALISME SE REALISE DANS L’INFORMATION RELIGIEUSE
25 janvier : RÔLE
INDISPENSABLE DE LA PRIÈRE POUR LE RETABLISSEMENT DE L’UNITE DES CHRETIENS
25 janvier : MELBOURNE :
MESSAGE DE PAUL VI
2 février : TEMOIGNAGE
EVANGELIQUE DES RELIGIEUSES DANS L’EGLISE ET DANS LE MONDE
8 février : NATURE ET
VALEUR PASTORALE DES NORMES JURIDIQUES DE L’EGLISE
5 mars : PAUL VI
RÉVÈLE LES NOMS DES DEUX CARDINAUX « IN PETTO » CREES EN 1969 : NN. SS. STEPÁN
TROCHTA (TCHECOSLOVAQUIE) ET JULIUS HOSSU, DECEDE (ROUMANIE)
5 mars : L’ALLOCUTION
DU SAINT-PÈRE AU CONSISTOIRE PUBLIC
5 mars : LE SACRE
COLLEGE : FOYER DE CHARITE, D’AUTORITE, DE SERVICE
15 avril : L’ASPIRATION
DES JEUNES À UN MONDE MEILLEUR
19 avril : « DEMEURER
DANS L’AMOUR DU CHRIST »
22 avril : MESSAGE
PASCAL DE PAUL VI
6 mai : HOMÉLIE A
L’OCCASION DU XVI° CENTENAIRE DE LA MORT DE SAINT ATHANASE
5 juin : MESSAGE DU
SOUVERAIN PONTIFE
20 juin : LA DIGNITÉ DU
SACREMENT DE MARIAGE BASE DE L’INSTITUTION FAMILIALE
22 juin : UN BOND EN
AVANT SUR LA LIGNE DU CONCILE
29 juin : ORDINATIONS
EPISCOPALES
27 juillet : JOURNEE MISSIONNAIRE
MONDIALE ET ANNEE SAINTE
17 septembre : L’INSTITUTION
JURIDIQUE DE L’EGLISE TUTELLE DE L’ORDRE SPIRITUEL
16 novembre : AUDIENCE DE
PAUL VI A LA XVII° CONFERENCE GENERALE DE LA F.A.O.
19 novembre : LE RENOUVELLEMENT
DE LA VIE RELIGIEUSE A LA LUMIERE DES CELEBRATIONS JUBILAIRES
21 novembre : PRESENTER AU
JEUNE L’IDEAL DU MINISTÈRE SACERDOTAL DANS TOUTE SA REALITE
8 décembre : « LA PAIX
DEPEND AUSSI DE TOI »
10 décembre : DROITS,
DIGNITE ET FRATERNITE : FONDEMENTS DE PAIX ENTRE LES HOMMES
21 décembre : LES VŒUX DU
SACRE COLLEGE A PAUL VI
25 décembre : MESSAGE DE
NOËL DE PAUL VI : L’HUMANISME CHRETIEN, REPONSE AUX ASPIRATIONS DES HOMMES
II. DISCOURS ET HOMELIES DU PAPE EN DIVERSES
CIRCONSTANCES
Au cours des cérémonies qui se sont déroulées à Rome, en la Basilique Saint-Pierre, le jour de l’Epiphanie, Paul VI a prononcé une homélie dont voici notre traduction :
Vénérés Frères et
Fils bien-aimés !
Cette solennelle et
très pieuse célébration s’inscrit dans trois grands desseins qui s’étendent
au-dessus et autour de nous comme des horizons infinis. Nous ne pouvons pas
limiter notre vision au rite que nous accomplissons, sans laisser de si vastes
desseins l’éclairer de la lumière, du sens et du mystère dont ils sont la
source vive.
Le premier dessein,
celui où l’acte religieux que nous célébrons en ce moment trouve le sens et la
valeur qui lui sont propres, est le dessein liturgique. Nous célébrons la fête
de l’Epiphanie. Nous connaissons tous la densité des motifs cultuels auxquels
se réfère une telle fête. Il nous suffit donc de les considérer dans leur
signification synthétique, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu réalisée
par le moyen de l’Incarnation : la théophanie qui s’est accomplie humainement
et historiquement en Jésus-Christ, l’apparition de Dieu dans le cadre temporel
et sensible de la révélation chrétienne. « Le mystère celé aux siècles et aux
générations a été maintenant révélé...» (Col 1, 26). Le problème
spirituel de l’humanité, l’attente prophétique et sensible des religions
errantes sur la terre et dans les temps, à la recherche d’une rencontre
authentique et heureuse avec le Dieu inconnu, ou connu seulement grâce à des
processus logiques négatifs ou superlatifs, et par des signes insuffisants,
capables de susciter le désir de Dieu plutôt que donner la joie d’une véritable
et ineffable rencontre avec Lui, la question religieuse dans son contenu réel
et profond et dans son extension universelle, tout cela a eu sa solution, sa
clé d’intelligence et de possession, tout cela a eu son point focal
d’explication et d’ordonnance concrète. La voie de la religion véritable nous
a été ouverte et offerte (cf. 1 Jn 1, 1-4). Un tel événement mérite une
réflexion sans fin. L’interprétation globale de l’histoire est devenue
possible. L’humanité a trouvé le principe de sa fraternité, de son
unification. Le salut a inauguré son drame merveilleux et terrible : « Il nous
est né un Sauveur» (Lc 2, 11) et il s’appelle Jésus (Mt 1,
21) ; Lui, il est l’image transcendante et, aussi, visible du Père (cf. Jn 14,
9) ; Lui, il est l’« Alpha » et l’« Oméga », le commencement et la fin » (Ap
1, 8). Vers Lui, nous clamons avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu !» (Jn 20, 28).
Une telle vision du
ciel liturgique actuel suffirait à nous tenir sous l’enchantement d’une
contemplation infinie.
Sinon que c’est pour
nous un plaisir et un devoir de cueillir dans l’immense panorama de l’Epiphanie
un dessein qui nous touche directement : le dessein missionnaire ; c’est-à-dire
celui de la propagation de la révélation accomplie dans le Christ,
Nôtre-Seigneur. Jésus est venu en silence et en toute humilité, mais non pour se
cacher, non pour circonscrire l’irradiation de sa présence dans le monde, mais
pour aplanir les sentiers, les rendre plus accessibles à ceux qui le cherchent,
à ceux qui l’accueillent (cf. ign.
ant., Ad Eph., 18-19). Il y a une intention missionnaire dans la
manière même par laquelle Jésus Christ est entré dans la monde et, par la
suite, a accompli son dessein évangélique. Il y a une économie
historico-humaine à laquelle préside certainement une direction divine en
matière de diffusion de l’Evangile dans le monde. Voici. La présence des Mages
à Bethléem, que l’Eglise commémore aujourd’hui de manière particulière,
indique qu’à peine né, Jésus est immédiatement disponible pour quelques-uns,
comme si c’était pour tous; ou mieux encore, selon une économie particulière
qui semble réserver les premières places à ceux qui sont le plus loin. Avec la
naissance de Jésus, une étoile s’est allumée dans le monde, il s’est allumé une
vocation lumineuse ; des caravanes de peuples se mettent en marche (cf. Is 60,
1 ss.) ; des voies nouvelles se tracent sur la terre ; des voies qui arrivent,
et par le fait même, des voies qui s’éloignent.
Le Christ est le centre. Ou mieux : il est le cœur; une circulation nouvelle a
commencé pour les hommes, elle ne cessera jamais plus. Au contraire, elle est
destinée à constituer un programme essentiel pour l’Eglise, c’est-à-dire pour
la communauté des hommes qui croient dans le Christ et forment corps avec Lui.
Un programme, une nécessité, une urgence, un effort continu qui ont leur raison
d’être dans le fait que le Christ est le Sauveur, que le Christ est nécessaire,
que, potentiellement, le Christ est universel, que le Christ veut être annoncé,
prêché, diffusé par un ministère de frères, par un apostolat d’hommes envoyés
justement par Lui pour apporter à l’humanité le message de la vérité, de la
fraternité, de la liberté, de la paix (cf. Ad Gentes).
Voici donc l’arc de
l’effort missionnaire qui commence à se dessiner au-dessus de cette cérémonie ;
celle-ci est de soi-même missionnaire, et une circonstance spéciale en met en
glorieuse évidence l’intention. Vous savez qu’une date significative, le trois
cent cinquantième anniversaire de l’institution de l’organisme spécifiquement
missionnaire de la sainte Eglise catholique nous rappelle cette loi intrinsèque
de la foi : la nécessité de la diffusion de l’Evangile et de la foi, de
l’Eglise, par conséquent ; et nous rappelle comment, historiquement parlant, la
Sacrée Congrégation de « Propaganda Fide » — appelée aujourd’hui « pour
l’Evangélisation des Peuples » — a su, sagement, courageusement, tenacement,
incarner cette loi, donnant aux Missions catholiques impulsion, direction,
soutien, diffusion, sans trêve, sans jamais conclure l’action ou atténuer
l’effort ; action et effort, qui, après tant d’expériences, souvent réputées
pour leur sainteté, illustrées par d’incalculables sacrifices, et parfois par
le suprême témoignage du martyre, réclament aujourd’hui une nouvelle, ou mieux,
une majeure adhésion. On pourrait dire que les Missions se trouvent toujours à
leur point de départ ! Rien ne se trouve amoindri, ni les motifs suprêmes de
leur nécessité, ni les besoins de leur activité, ni les difficultés pour leur
extension. Tout cela, au contraire, s’aggrave avec l’évolution civile des
peuples; tandis que cette évolution accentue leur réceptivité au message
évangélique (en quelques régions elle la rend, il est vrai, plus délicate, plus
difficile), elle accroît aussi leur besoin, disons même leur droit moral, de
recevoir l’annonce évangélique,
comme il est de notre devoir commun de la leur transmettre grâce au
Missionnaire.
Des thèmes de si
grande importance et d’une telle amplitude méritent, et vous le savez bien, un
examen approprié, que nous n’entendons toutefois faire ni en ce moment ni en ce
lieu ; mais il est un acte qui nous semble obligatoire précisément en ce moment
et en ce lieu : un acte d’engagement, une promesse: donner et redonner notre
cœur à la cause des Missions. Nous y sommes obligés, disions-nous, par la
nature même de cette cause : c’est la cause du Christ et de l’humanité ; c’est
celle de l’Evangile, celle du salut chrétien de tant d’hommes encore privés de
la Foi ; c’est celle de la civilisation humaine habilitée à interpréter et à
poursuivre les destins authentiques de la vie humaine. La récente tradition
missionnaire nous en fait une obligation dont nous avons, l’an dernier, célébré
l’histoire héroïque, plus que jamais digne d’être poursuivie et encouragée et
qui, plus que jamais aussi, a besoin de l’être. Nous en fait également une
obligation l’heureuse circonstance de cette cérémonie historique, dans laquelle
un troisième dessein providentiel déploie ses lignes admirables ; et c’est
celui que présentent à notre ministère apostolique ces élèves de notre Ecole
Missionnaire romaine, qui attendent que nous leur conférions l’ordination
sacerdotale.
Oh, moment sublime
et décisif, typiquement missionnaire ! Oh vraiment ! Comme notre cœur se gonfle
d’émotion alors que nous sommes nous-mêmes les Ministres d’un si grand
Sacrement ! Oh ! Où irions-nous en chercher le secret essentiel, si ce n’est
dans les paroles mêmes du Christ, qui ne semblent pas l’écho d’un lointain
souvenir, mais qui résonnent toujours aussi actuelles dans le ministère que
nous sommes en train d’accomplir : « Ainsi que le Père m’a envoyé, moi aussi
je vous envoie... Recevez l’Esprit-Saint... » (Jn 20, 21-22). C’est ici
que se trouve la source vitale de la mission évangélique. Le Christ ne nous a
pas confié seulement un simple mandat apostolique, Il transfuse en nous le
pouvoir, la vertu de l’accomplir. C’est ainsi qu’il s’associe quelques hommes
qu’il a choisis et élus, qu’il leur donne la capacité d’agir avec sa puissance
; il leur imprime son sceau, de sorte que, comme d’autres « lui-même », ils
puissent accomplir avec une divine efficacité une fonction déterminée, la
fonction sacerdotale, intermédiaire entre Dieu et les hommes, la fonction
propre du Christ, Médiateur unique ; une fonction qui en eux se caractérise
ontologiquement de manière particulière et indélébile, les faisant prendre part
à son unique et éternel Sacerdoce.
Oh ! prodigieuse
extension du propre mystère du Christ ! Oh ! moment générateur de toute autre
vitalité ecclésiale ! oh ! profil de la beauté de l’Eglise, rendue évidente par
l’action salvatrice de Dieu, agissant par le moyen d’instruments humains, mués
en véhicules de son amour! (cf. St. TH.,
Suppl. III, 24,
1). Oh ! Epiphanie, perpétue-toi par tous les siècles, répands-toi par toutes
les régions de la terre ! Ceci est ton heure, ceci est notre heure ! heure de
lumière, heure de vie, heure d’espérance, heure de joie ; et, tandis que tu
célèbres l’universelle vocation des peuples à l’unité de la foi, transforme la
mission, qui en reçoit l’heureuse annonce, d’étrangère et pèlerine, en mission
autochtone et permanente !
Nous saluons avec un
immense intérêt le phénomène missionnaire qui s’accomplit sur la tombe du
premier des Apôtres, le pêcheur de Galilée transformé par Jésus en pêcheur
d’hommes (Mt 4, 19), l’enthousiaste mais faible disciple, racheté ensuite
par l’amour qu’il portait au Christ pour devenir, à la suite du Christ et à sa
place, soutenu lui-même par le poids des clés du règne déposées en ses mains,
le pasteur bon et dévoué du troupeau évangélique, prêt, lui aussi, devant les
adversités implacables du monde (cf. Ac 5, 41) à rendre témoignage de
ce nom de Jésus, dans lequel seul se trouve le salut (cf. Ac 4, 12 ; 1
P 4, 12 ss.).
Salut à vous,
nouveaux prêtres des pays de Mission ! Nous sommes les premiers à honorer le
charisme sacramentel du Sacerdoce du Christ, Sacerdoce que maintenant nous
vous transmettrons à vous, par la vertu de l’Esprit-Saint ! Il y a beaucoup, il
y a trop de choses que nous voudrions vous dire en ce moment ! Votre histoire
familiale et sociale nous est présente : nous aimerions nous étendre longuement
sur la parenté spirituelle, sur la communion que cette ordination établit entre
ceux qui vous sont chers, entre vos compatriotes et l’Eglise catholique tout
entière et tout spécialement celle de Rome ! Nous aimerions avoir plus de temps
pour remercier vos Maîtres et tous ceux qui, spirituellement et économiquement,
ont contribué à faire de vous de nouveaux messagers de l’Evangile ! Soyez bénis
! Nous aimerions vous parler du monde auquel vous êtes destinés, et des
perspectives fascinantes et pleines d’aventures de votre futur ministère. Mais
c’est à une parole seule que nous demanderons de traduire l’exubérance de nos
sentiments, la parole que Jésus a si souvent répétée à ses disciples : « N’ayez
pas peur ! » (cf. Mt 10, 28 ; Lc 12, 7 ; 12, 32 ; Mc 6, 50
; Jn 6, 20 etc.). La disproportion entre les forces humaines et la
grandeur de la mission qui vous est confiée justifie cette recommandation,
valable pour n’importe qui d’entre nous, dès qu’il a reçu l’investiture du
sacerdoce ministériel. D’ailleurs, aujourd’hui est venu le moment de le
répéter avec la plus cordiale énergie : n’ayez pas peur ! une tentation
caractéristique de notre temps est venue assaillir le cœur du prêtre, la
tentation multiforme de la peur, de l’incertitude, du doute. Du doute de
soi-même, cela semble étrange ! douter de ce qu’on appelle son identité propre,
tiraillée par mille questions subtiles, qui risquent d’abattre la victime qui,
dans son propre esprit, les a accueillies comme fondées, comme si le sacerdoce
catholique était sans fondement, anachronique, superflu, comme si sa mission
était dépourvue de tout objectif et sans fortune. Certes, vous connaissez tous
l’insidieuse phénoménologie de cette possible corrosion intérieure de la
certitude surnaturelle, que l’ordre sacré ancre dans l’âme du prêtre fidèle :
Je suis prêtre du Christ ! Le Christ m’a choisi et a pris possession de
moi-même au point d’accomplir à travers moi son ineffable mission de salut,
par sa parole, par son action sacramentelle, la Sainte Messe en particulier et
la remise des péchés, par le ministère pastoral et, même s’il n’y avait que
cela, par le simple exemple d’un style unique de vie, la vie pure, sacrifiée
et sainte du prêtre fidèle.
N’ayez pas peur, nous
vous le répétons, fils et frères bien-aimés ! gardez toujours intacte et
vigilante la conscience de votre sacerdoce ; et votre vie aura sa nouvelle et
véritable figure ; elle aura sa force de résistance et d’action ; elle aura son
originalité et sa vivacité d’amour pour chaque âme, pour chaque communauté,
pour chaque activité orientée vers le bien de l’Eglise, avec l’adhésion
passionnée à votre Eglise locale, et avec la plénitude de l’amour pour
l’Eglise Universelle ; elle aura son éternelle Epiphanie de recherche, de
possession, d’annonce du Christ ! désormais et pour toujours, avec notre
Bénédiction Apostolique.
Le jeudi 11 janvier, le Saint-Père a reçu, à 11 h., dans le Salle du Consistoire, le Corps Diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège qui Lui a présenté ses vœux respectueux pour le Nouvel An. Avec les Chefs de Mission, les Conseillers et le Personnel des diverses Ambassades assistaient aussi à l’audience quelques membres de leurs familles. Etaient présents également : le Secrétaire d’Etat, M. le Card. Jean Villot ; le Substitut de la Secrétairerie d’Etat, Mgr Giovanni Benelli ; le Secrétaire du Conseil pour les Affaires Publiques de l’Eglise, Mgr Pio Gaspari ; S. E. Monsieur René Brouillet, Ambassadeur de France, en lieu et place de S. E. Monsieur Luis Amado-Blanco, Ambassadeur de Cuba et Doyen du Corps Diplomatique, absent pour des raisons de famille, s’est fait l’interprète des sentiments de tous les Diplomates en adressant au Souverain Pontife les vœux de Nouvel An. Le Saint-Père a répondu par le discours suivant :
Nous sommes très
touché, Monsieur l’Ambassadeur, de ce discours que vous venez de tenir devant
Nous, en votre nom et au nom de tous les membres du Corps diplomatique accrédité
auprès du Saint-Siège. Il Nous plaît de Nous retrouver en cette assemblée, à
l’image de la diversité du monde, réunie en ce moment pour Nous présenter les
vœux de Nouvel An. Vous avez évoqué ce qui caractérise, non seulement l’activité
de notre pontificat, mais ces mobiles de l’esprit et du cœur qui déterminent
nos attitudes journalières, donnent le ton à nos interventions, suscitent nos
initiatives. Vous cherchez notre propre image, telle qu’elle se reflète, comme
en un miroir, dans nos paroles et dans nos actes ; vous scrutez le sens de la
fonction que Nous cherchons à accomplir au milieu de vous tous, et à l’égard
des peuples dont vous êtes ici les nobles représentants.
Et de fait, chers
Messieurs, cette fonction n’est pas comparable à celle dont vous avez pu être
les témoins en d’autres postes diplomatiques. Votre présence Nous provoque en
quelque sorte à définir à nouveau le système des rapports originaux entre
l’Eglise et les Etats, entre le Saint-Siège et le champ de l’activité
internationale, constitué par les relations entre pays ou avec les plus hautes
instances universelles.
A vrai dire, il n’y
aurait point besoin, aujourd’hui, d’un long discours sur ce thème. L’an
dernier, Nous avions longuement précisé le rôle particulier de l’Eglise,
étrangère à l’action politique en tant que telle, et pourtant très présente à
la recherche des hommes sur les chemins de la justice, bien plus, travaillant
au service des hommes pour éduquer leurs consciences et collaborer, à sa
manière, à la promotion culturelle et sociale. Aujourd’hui, sa place tout à
fait originale dans le concert des nations n’est plus à démontrer. Tout homme
de bonne volonté comprend que Nous n’avons d’autre ligne de conduite que celle
tracée par notre divin Fondateur : « Rendez à César ce qui est à César et à
Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21).
Les deux ordres sont
vraiment distincts, et c’est une chance de notre époque d’avoir redéfini cette
distinction capitale du pouvoir temporel et du Royaume de Dieu que l’Eglise
incarne, au-delà des vicissitudes et des nécessités de l’histoire qui ont pu
amener les uns ou les autres à certaines confusions. En ce sens, Nous n’avons
pas, en tant que porte-parole de l’Evangile, à indiquer les voies politiques,
les moyens concrets, que les citoyens, en telle conjoncture précise, doivent
utiliser pour réaliser le progrès de leur propre pays.
N’allez pas en
conclure, chers Messieurs, que les deux ordres n’ont pas de rapports profonds à
entretenir. Votre présence ici, fruit d’un désir commun de votre pays et du
Saint-Siège, n’atteste-t-elle pas le contraire ? C’est sur ce point que Nous
voudrions aujourd’hui insister. Même si votre fonction d’Ambassadeur près le
Saint-Siège revêt un caractère singulier, vous impose une forme d’activité
particulière, c’est un rôle très important, dont l’utilité se révèle chaque
jour plus féconde, et qui correspond bien à la situation moderne.
Nous avons d’abord,
bien entendu, à mieux tracer les frontières de notre compétence respective.
Vous pouvez aussi observer, en témoins amicaux, les positions ou les lignes
d’action du Saint-Siège, pour vous en faire l’écho auprès de vos gouvernements.
Nous avons surtout à collaborer ensemble au bien commun de chacune de vos
patries et de l’humanité entière. Telle est la perspective que Nous nous
permettons d’offrir à votre compréhension et à vos possibilités d’action.
En ce sens, vous le
savez, Nous ne sommes pas neutre. Nous voulons dire : l’Evangile Nous interdit
d’être indifférent lorsque sont en cause le bien de l’homme, sa santé physique,
l’épanouissement de son esprit, ses droits fondamentaux, sa vocation spirituelle
; de même, lorsque les conditions sociales subies par une population mettent
ces biens en péril, ou encore lorsqu’une Institution internationale a besoin
d’être appuyée pour jouer le rôle humanitaire qu’on attend d’elle.
Le Saint-Siège,
comme témoin actif et organe central de la grande famille catholique, accueille
alors avec bienveillance les confidences, les souhaits, les projets, dont vous
voulez bien lui faire part. Il vous sait gré aussi de faire connaître à ceux
que vous représentez ses propres vœux qui sont ceux de la conscience
chrétienne, cependant qu’il contribue lui-même, par les divers moyens dont il
dispose, y compris ceux des communications sociales, à éduquer, dans ce sens,
le cœur des hommes. Ces rapports, noués librement et au plus haut niveau entre
l’Eglise et la société civile, apparaissent dès lors comme une forme nouvelle
de présence de l’Eglise au monde, dans la ligne de la Constitution conciliaire
Gaudium et Spes. Une telle présence exclut subordination, concession,
compromis ou confusion entre les deux institutions. Les relations qui
s’établissent ici avec le Saint-Siège gardent comme but immédiat, bien sûr, le
règlement des problèmes qui peuvent surgir entre l’Etat et la communauté
chrétienne locale, même si cette communauté est très réduite. Mais on ne peut
aujourd’hui en rester là. Il s’agit, dans le respect réciproque des
compétences, d’assurer la conjonction des efforts visant à promouvoir les
initiatives humaines et les œuvres sociales bénéfiques à tous. Tel nous
apparaît l’un des buts actuels de la diplomatie pontificale.
Vous voyez donc ce
que vous pouvez attendre de ce centre de l’Eglise. Il ne s’agit pas d’un
marchandage d’intérêts, comme entre deux Etats dont les objectifs peuvent
diverger ou s’opposer. Nous travaillons ici, vous et Nous, pour le bien
spirituel et temporel des mêmes individus, de la même communauté. Et le
Saint-Siège ne réclamera, vous le savez, aucun privilège, sinon les droits de
la liberté religieuse.
Pratiquement,
l’Eglise est engagée avec vous à rendre plus efficients les principes capables
d’éclairer et de guider au mieux la vie en société de tous ces hommes dont le
sort tient à cœur aux responsables des nations comme à l’Eglise. Or, les
mutations de la vie moderne bouleversent tellement les mœurs qu’il nous faut,
les uns et les autres, regarder hardiment les questions nouvelles, et
surveiller à chaque pas le chemin que nous prenons car il pèse lourd sur
l’avenir.
Comment, par
exemple, garantir la liberté des individus et des groupes, encourager les
initiatives libératrices et maintenir en même temps les exigences du bien
commun, ou plutôt donner le goût de ce bien commun à promouvoir ? Comment
établir ou rétablir la justice pour toutes les catégories sociales, sans que
certaines ne demeurent lésées, ou du moins dans la misère, face à la prospérité
des autres ? Comment favoriser l’expansion économique, et en même temps
permettre aux hommes de la maîtriser, d’assurer un équilibre écologique,
d’accorder son prix au progrès qualitatif des personnes, de leur esprit, de
leur cœur, de leur âme ? Comment adapter la législation aux légitimes aspirations
du monde moderne et aux possibilités scientifiques nouvelles, sans que l’homme
lui-même, la qualité de l’amour, le respect de la vie, la valeur de la famille,
la responsabilité de la conscience humaine n’en fassent les frais, aujourd’hui
ou demain ? Tels sont, n’est-il pas vrai, les intérêts profonds que nous avons
à garantir ensemble. Ce siège Apostolique n’aspire qu’à y contribuer, et vous
êtes, Messieurs les Ambassadeurs, au premier rang de ce dialogue entre lui et
les gouvernements de votre pays.
Vous pouvez, à côté
de la recherche de ces principes communs, faire également ici l’expérience
d’une fraternité appréciable, entre les divers pays du monde. Certains de ces
pays connaissent entre eux des différends qui, certes, ne peuvent trouver leur
solution au Vatican. Mais le niveau auquel se situent ici les relations avec
l’Eglise, passionnée de paix et respectueuse de tous les droits, et plus encore
la mise en présence du Mystère
de la foi chrétienne, créent un climat qui devrait contribuer à rapprocher les
cœurs, à les placer devant leur plus haute responsabilité, à préparer la paix.
En plus de cette
atmosphère de fraternité, le Saint-Siège, vous le savez, est prêt à faire tout
ce qui est en son pouvoir pour donner à la vie internationale une plus grande
consistance organique. Il existe en effet un égoïsme international qui semble
empêcher les Etats de traduire en action collective les bons sentiments de
leurs peuples. Sur cette terre pourtant, le monde ne sera sauvé, c’est notre
conviction, que par une solidarité croissante, au-delà des nationalismes
ombrageux. Il faudra sans doute encore un long apprentissage pour apprendre aux
nations à se respecter, à échanger dans la justice et dans la paix, à partager,
à se tourner ensemble vers les objectifs prioritaires, voire à accepter, s’il
en est besoin, le contrôle d’une autorité internationale. L’Eglise catholique,
de par sa vocation, est particulièrement sensible à cette universalité. Si la
concertation mondiale devait se ralentir ou s’atrophier, laissant les grandes
décisions effectives aux mains de deux ou trois puissances, ce serait à nos
yeux un recul et une menace. Les Institutions internationales, que l’humanité
s’est enfin donnée, sont appelées, grâce à une représentation équitable de
toutes les nations participantes, à exprimer et à mettre en œuvre la raison, le
droit, la justice ; à réaliser, avec la coopération de tous ou du moins d’une
quasi-unanimité, une loi sévère et pacifique capable de régler les rapports
internationaux (cf. Message pour la Journée de la Paix 1973). Elles représentent
à nos yeux, Nous n’hésitons pas à le redire, « le chemin obligé de la
civilisation moderne et de la paix mondiale ». (Discours aux Nations Unies, 4
octobre 1965 : AAS 57, 1965, p. 878). Nous ne cesserons d’inviter les
peuples à se hausser au niveau de ce bien commun universel qui correspond au
dessein du Créateur du genre humain, et qui assurerait en définitive leur
propre bien.
Faut-il citer un
exemple ? Le monde entier commence à s’émouvoir de la recrudescence de la
violence : Nous parlons du terrorisme international. C’est un problème grave et
urgent, qu’il appartient à tous les partenaires de résoudre ensemble, par une
loyale approche, sans omettre d’attirer aussi l’attention sur les causes de ce
phénomène, ses modes et ses mobiles. Mais qui oserait soutenir que la fin justifie les moyens, que la terreur peut
être une arme pour les causes légitimes, que l’action violente contre les
innocents sert valablement la cause qu’on estime bonne ? Nous espérons qu’on
saura trouver les moyens adéquats de se faire entendre et de préparer des
remèdes efficaces, dans une large concertation.
Quant à l’Evangile,
qui est la charte de l’Eglise, il contribue, c’est notre conviction et notre
expérience, à mettre les hommes, non seulement sur le chemin de Dieu, mais sur
la voie d’un humanisme plénier. Les valeurs morales auxquelles il éduque apportent
un puissant remède aux maux qui défigurent le visage de l’humanité et qui
atteignent son cœur : elles s’appellent vérité, justice, liberté, pardon, paix.
Elles prennent leur source dans l’amour dont le dynamisme doit supplanter
partout celui de la haine. Et elles apportent avec elles la confiance, bien
plus, une espérance inébranlable : avec le meilleur de l’homme et le secours
de Dieu, ce que nous souhaitons est possible. Pourquoi alors s’arrêter aux
désillusions inévitables, se laisser décourager par certains faits, pourquoi
attendre avant de reprendre patiemment les chemins de l’entente ? Nous vous
savons gré d’avoir rappelé cette espérance de notre ultime message : oui, la
paix est possible.
Telle est, chers
Messieurs, au plan temporel, la signification de ce Siège Apostolique et du
dialogue amical qu’il entretient avec vos gouvernements, par votre
intermédiaire ; tel est aussi le sens de nos Représentations pontificales qui
font pendant à vos Ambassades : aider le monde à ne faire qu’un, aplanir sans
cesse les routes de son unité, de sa solidarité. Notre voix veut se faire
l’écho de l’Evangile. Elle peut paraître faible, Nous le savons, elle est
démunie des moyens qui sont entre les mains des Etats ; mais elle n’est pas
seule : avec elle s’élève celle de nos multiples Frères dans l’épiscopat, dont
la mission — faut-il le rappeler ? — est inséparable de la nôtre, et la voix
aussi de ceux qui partagent la foi, l’espérance et la charité chrétiennes, et
qui œuvrent, à leur place, au même témoignage.
A ce service de
l’humanité, vous œuvrez, vous aussi, Messieurs les Ambassadeurs, dans un rôle
que Nous estimons, honorons et encourageons. A travers vos personnes, Nous saluons
respectueusement chacune de vos nations : Nous formons pour elles des vœux de
bonheur et de paix, et Nous nous réjouissons de ce qu’elles prennent leur place
active dans cette marche vers une Communauté humaine de plus en plus élargie et
de plus en plus solidaire. A vous-mêmes, chers Messieurs, à vos familles, Nous
présentons nos souhaits cordiaux au seuil de l’An Nouveau, invoquant sur votre
mission l’assistance divine, et sur vos personnes les Bénédictions abondantes
du Très-Haut.
Le Pape a donné audience à l’« Association de la Presse Etrangère en Italie » à 12h. 30, le mercredi 24 janvier, dans la Salle du Consistoire.
Les représentants
de divers journaux et agences, étaient conduits par M. Jacques Nobécourt, Président
de l’Association de la Presse Etrangère en Italie, qui, à l’ouverture de
l’audience, a prononcé une adresse d’hommage au Souverain Pontife. Paul VI a
répondu par le discours suivant :
Chers Messieurs,
Nous vous remercions
des paroles aimables et confiantes que vous venez de Nous adresser par la voix
de votre Président. Vous avez voulu Nous associer au soixantième anniversaire
de l’« Associazione della Stampa Estera in Italia », célébré en octobre
dernier. Nous nous y prêtons bien volontiers, en cette fête de saint François
de Sales, le saint patron des journalistes, qui a voulu mettre la vie
spirituelle la plus authentique à la portée de tous les laïcs, comme vous vous
efforcez de mettre l’actualité à la portée du grand public.
Vous êtes les
bienvenus en cette maison où, voici vingt ans, notre prédécesseur Pie XII
accueillait avec honneur les membres de votre Association. Le Pape Jean avait
aussi adressé, en février 1963, à votre Conseil de direction, des paroles émouvantes,
simples et nettes, jaillies de son cœur d’apôtre et de son expérience des
hommes, tout empreintes de confiance. C’est sur ce ton de la conversation
familière que Nous abordons cette rencontre, heureux, oui, très heureux, de
pouvoir Nous entretenir avec vous de votre profession qui Nous a toujours tenu
très à cœur.
Nous regardons
d’abord avec une grande sympathie, imprégnée d’estime et de réalisme, la
mission qu’il vous est donné d’assumer dans le monde moderne. C’est un fait,
vous représentez une force immense dans notre civilisation. Aucune institution
ne peut faire fi de l’opinion publique que vous contribuez singulièrement à
former, avec les autres moyens de communication sociale. L’expérience confirme
chaque jour davantage ces paroles que le regretté Père Emile Gabel écrivait il
y a dix ans : « L’information... est le système nerveux de la vie moderne, par
les réactions qu’elle déclenche et l’influx qu’elle propage à travers tout le
corps social » (Etudes, t. 318, juillet-août 1963, p. 19). Il Nous
revient aussi à la mémoire cette pensée judicieuse de Biaise Pascal : « Je
voudrais de bon cœur voir le livre italien, dont je ne connais que le titre,
qui vaut lui seul bien des livres : "Della opinione regina del
mondo". J’y souscris sans le connaître, sauf le mal, s’il y en a » (Pensées,
éd. Brunschvicg, n. 82). La façon dont vous recueillez les faits, dont vous
les groupez, les présentez, les interprétez, fournit à vos lecteurs une matière
à réflexion et des critères de jugement dont l’écho et la résonance commune —
c’est ainsi que Pie XII qualifiait l’opinion publique — prennent une place
capitale qu’il serait superflu de décrire. C’est dire le rôle passionnant qui
vous échoit, comme aussi la responsabilité considérable attachée à ce pouvoir.
Mais Nous pourrions
dire également que votre métier comporte des exigences, et aussi des
servitudes qui ne Nous échappent pas : elles mettent les journalistes
consciencieux devant une tâche lourde, délicate et difficile.
La première exigence
est celle de vous soumettre au réel, qu’il s’agisse de faits, de situations, de
mentalités. Tous les faits ne sont certes pas des « événements », objets
d’information. Mais il ne s’ensuit pas que leur choix, et à plus forte raison
leur interprétation, soient laissés entièrement à votre liberté. Les lecteurs
attendent de vous une documentation honnête, précise, aussi complète que
possible, qui leur permettra de juger, en responsables. Quelle que soit
l’initiative que vous avez à mettre en œuvre, il y a donc une certaine ascèse
en face d’une réalité qui n’est pas une construction de l’esprit, et d’un
public qui manifeste de justes exigences. En ce sens, vous n’apparaissez plus
comme des maîtres, mais comme des serviteurs.
Par ailleurs, ce
travail intéressant se révèle par lui-même très astreignant, à cause du
foisonnement continuel de l’actualité. Il ne vous laisse guère de repos, car
vous devez être prêts à accueillir quotidiennement l’événement. Bien plus, il
vous faut faire vite pour saisir les informations à leur meilleure source,
rassembler les antécédents qui les situent, décrire le contexte, rédiger d’une
plume alerte, dans un article condensé, que les responsables de la mise en
pages risquent de réduire à leur tour. Nous avons bien conscience de ces
difficultés.
Il y a enfin et
surtout les servitudes de la presse pour laquelle vous travaillez, et les goûts
des lecteurs dont on cherche à capter l’intérêt, ne serait-ce que pour
faciliter la vente. Cela met à rude épreuve le souci d’objectivité, disons
d’indépendance, qui constitue à nos yeux l’honneur du journalisme. Il vous faut
d’abord résister à la tentation du sensationnel à tout prix, qui entraîne à
devancer l’actualité, à simplifier ou à déformer la réalité, voire à s’appesantir
sur ses aspects les moins nobles: une telle presse se déshonore elle-même. Il
existe aussi bien d’autres conditionnements, plus insidieux, qui peuvent
s’exercer sur vous, d’ordre économique, politique, idéologique, ou issus de
groupes de pression dont l’opinion semble faire la loi du jour et que l’on
n’ose pas contrecarrer. Il y a tout simplement la concurrence implacable, qui
peut vous inciter à publier vous aussi des éléments discutables dont on vous
reprocherait de ne pas avoir parlé, ou à faire le silence sur des points
importants qui ne passionnent malheureusement pas l’opinion publique. Toutes
ces conditions actuelles des communications sociales ne font que souligner la
conscience et le courage que requiert votre profession, et peut-être aussi la
solidarité qu’elles vous appellent à mettre en œuvre, avec vos collègues, dans
votre milieu, pour assainir toujours davantage les mœurs journalistiques et
vous assurer l’indépendance nécessaire à l’objectivité.
Toutes ces
difficultés existent : néanmoins les impératifs de la « déontologie » de la
presse demeurent. Ils impliquent amour incorruptible de la vérité, recherche
laborieuse, droiture, humilité, aptitude au dialogue. Il ne s’agit pas d’une
morale négative, faite d’interdits, qui risquerait effectivement de vous
décourager. Il s’agit de répondre à ce droit de tout être humain à une information
objective, comme le proclamait Jean XXIII dans Pacem in terris ; de lui
permettre ainsi de savoir, de comprendre, de se cultiver, de mieux prendre en
main son destin et de participer à la construction de la cité, en responsable
éclairé. Cet objectif suppose un sain pluralisme de la presse, qui permet une
confrontation des points de vue, une communication, un dialogue ouvert avec
les lecteurs, à la recherche d’une plus grande vérité et d’un plus grand bien.
Dans ce concert, vous avez pleinement le droit d’exprimer vos idées et de
défendre vos préférences, mais jamais au détriment d’une information objective
ni d’un jugement équitable. Ce serait une responsabilité redoutable que de
répandre une conception tronquée de la réalité, qu’il s’agisse des institutions
ou des personnes. Votre rôle est de susciter une formation pleinement humaine,
d’être des éveilleurs, grâce à l’instrument de choix dont vous disposez. C’est
dire l’honneur que Nous accordons à votre profession, l’estimant toujours capable
d’un meilleur service des hommes.
Dans l’Eglise
également, cette importance de la presse a fait l’objet d’une réflexion mûrie,
notamment depuis le Concile Vatican II, et de dispositions appréciables. Les
moyens de communication sociale y ont été envisagés dans leur signification la
plus positive, en dépit de leurs imperfections et de leurs risques. Le droit à
l’information, qui y a été proclamé et précisé, trouve son application dans
l’Eglise elle-même : en même temps qu’une institution hiérarchique agissant au
nom du Christ, n’est-elle pas aussi une communauté humaine, avec la nécessité
du dialogue et de la participation ?
Comme témoin typique
de cet effort, notre Commission pontificale a publié l’Instruction pastorale Communion
et progrès : Nous vous invitons à la méditer de nouveau et Nous sommes
heureux de l’offrir en hommage à chacun d’entre vous. Témoins aussi ces
initiatives que le Saint-Siège a peu à peu mis en œuvre au Vatican, et que vous
avez eu la courtoisie d’évoquer : la salle de presse, près de laquelle la
plupart d’entre vous sont accrédités et qui demeure en permanence à votre
disposition ; les nombreuses conférences de presse qui ponctuent la parution
des documents pontificaux ; la distribution aussi de ces textes et de leur
traduction, avec embargo quand c’est possible. Vous avez reçu progressivement
une information plus complète au cours du Concile, des divers Synodes d’évêques
; la salle du Synode a connu récemment des débats de qualité sur la justice et
la paix... Il demeure évidemment des limites que la discrétion et le bien
commun exigent, dans l’Eglise, plus encore que dans les autres sociétés. La
raison en est simple. Si l’Eglise doit bien connaître le monde auquel sa
pastorale est destinée et susciter une large collaboration de ses fils, ses
décisions prennent leur appui dans l’Evangile et dans sa propre Tradition
vivante, non dans l’esprit du monde, ni dans l’opinion publique, à laquelle
échappe souvent d’ailleurs la complexité des problèmes théologiques ou
pastoraux qui sont en cause. Mais nous ne prétendons pas pour autant, en ce qui
concerne le Saint-Siège, avoir réalisé tout ce qui serait possible et
souhaitable pour faciliter votre travail. De toute façon, c’est dans un climat
de respect, de confiance, de sincère collaboration que pourront s’accomplir de
nouveaux progrès.
Et maintenant, Nous
n’oublions pas que vous êtes journalistes, en quête de nouvelles,
d’interviews, au cours de toutes vos rencontres, y compris celle-ci. Et vous
êtes vous-mêmes porteurs de questions, des vôtres, de celles de nos
contemporains, dans le désir de contribuer à établir comme « un pont » entre
l’Eglise et l’humanité. Le monde attend effectivement de Nous des réponses à sa
recherche, à son inquiétude, à son espérance. Nous nous efforçons de le faire
dans les actes habituels de notre ministère. Nous regrettons toutefois que,
trop souvent, un seul aspect de nos paroles soit mis en relief. Ce matin, Nous
nous contentons d’attirer votre attention sur quelques-unes des lignes
maîtresses de notre pontificat, en faisant appel à votre collaboration.
Sur le plan de
l’Eglise, dont il Nous revient de confirmer la foi et de garantir l’unité, Nous
veillons à appliquer fermement et intégralement le Concile Vatican II, à
marcher sur les chemins qu’il a ouverts. Nous tenons à le faire dans l’esprit
de notre première encyclique Ecclesiam suam. A ce sujet, Nous voudrions
vous dire un mot des multiples actes pontificaux, législatifs et pastoraux,
qui ont jalonné ces dernières années. Mesurez-vous à quel point ils sont
longuement préparés, dans leur ensemble, par une intense collaboration avec les
représentants de tous nos Frères dans l’épiscopat ? Si leur préparation
requiert de nous, Pasteurs, une étude théologique exigeante, leur présentation au grand public, qui se fait en partie
par votre intermédiaire, vous demande aussi, à vous journalistes, une
réflexion sérieuse en ce domaine.
Vous êtes témoins
aussi des troubles qui agitent l’Eglise. Les réformes qui suivent un grand
Concile nécessitent toujours un ajustement laborieux, et plus encore
l’adaptation rapide aux mutations accélérées de notre époque. Mais ces
conjonctures n’expliquent pas toute la profondeur des remises en question. Comme
Pape, Nous en mesurons la gravité, et Nous devons, tel un veilleur, en signaler
l’ambiguïté humaine, voire l’ivraie que le Malin sème dans le Royaume de Dieu.
Au milieu de tant de phénomènes marginaux et contestataires, qui sont une proie
facile pour le journalisme, comment ne pas souhaiter que vous sachiez
discerner, vous aussi, ce qui peut être recherche loyale d’une attitude
évangélique, et ce qui porte déjà la marque d’une aventure stérile, coupée de
ses racines vivifiantes ? Souvent le bien ne fait pas autant de bruit !
Précisément, Nous ne
cessons de relever ce qui manifeste un réveil authentique, un progrès dans la
prière, dans l’engagement de charité, dans la participation active à l’œuvre de
l’Eglise. Ces signes sont nombreux, même s’ils sont discrets : ne
pourraient-ils pas faire davantage l’objet de votre regard attentif, de votre
témoignage ? Le journaliste, surtout le journaliste chrétien, doit, comme le
théologien, avoir les yeux grand ouverts sur la chrétienté en travail (cf. M.
D. chenu, O.P., dans La Parole
de Dieu, II, L’évangile dans le temps, Cerf 1964, pp. 212-224). La
véritable Eglise s’enfante aujourd’hui dans la fidélité et la hardiesse de
l’Esprit, dans l’unité du Corps du Christ. Nous ne vous demandons pas d’en
faire à priori l’apologie, mais d’accorder vraiment la place qu’ils méritent à
ces faits positifs. Comme le Seigneur, Nous vous disons : venez et voyez ! (cf.
Jn 1, 39).
Sans doute le
mystère de l’Eglise sera-t-il toujours difficile à saisir pour ceux qui sont
chargés, comme vous, d’en relever les aspects phénoménologiques. L’Eglise est
faite d’hommes, de relations sociales. Le Saint-Siège lui-même utilise un
appareil extérieur dont l’opinion publique a tendance à ne voir que les détails
insignifiants. Vous connaissez les « lieux communs » qui circulent sur le
Vatican et qui donnent une image insolite et fausse de la réalité, sans laisser
bien souvent la possibilité pratique
de faire les rectifications nécessaires. Peut-être êtes-vous plus sensibles
encore à la tentation subtile de ne chercher, dans les actes du Saint-Siège,
que la portée ou même les intentions « politiques ». Mais Nous vous estimons
capables de vous élever au-dessus de ces visions partielles ou déformées. La
loyauté demande qu’on interroge l’Eglise sur ce qu’elle dit d’elle-même, sur
ce qu’elle est en réalité : une institution dont les mobiles ne sont pas
politiques, mais spirituels, dont les racines sont évangéliques, dont la visée
est eschatologique. En hommes de bonne volonté, sachez en découvrir le cœur, et
le manifester à vos lecteurs, comme l’exigent la vérité et l’objectivité. Nous
faisons particulièrement appel à ceux qui, parmi vous, partagent la foi
chrétienne : comment pourraient-ils parler de l’Eglise, comme d’une réalité
extérieure, alors qu’elle est pour eux aussi une mère ? Ne serait-ce pas la meilleure
chance pour eux de la comprendre de façon adéquate ? On ne connaît bien
qu’avec le cœur.
En dehors de la vie
interne de l’Eglise, vous êtes témoins encore de nos préoccupations pour tout
ce qui touche l’existence de nos contemporains : les droits de l’homme, la
famille, la culture, les problèmes économiques et sociaux, la construction de
la communauté internationale. C’est vrai : il n’est pas de domaine humain qui ne
rencontre notre sollicitude. La Constitution Gaudium et Spes vous donne
le secret de notre intérêt, de notre solidarité avec les espoirs ou les
angoisses des hommes de notre temps. Dans tous ces secteurs les chrétiens ont
un service à accomplir avec tous les autres hommes, sans perdre de vue
l’achèvement dans le Royaume du Ciel ; ils s’y engagent avec l’urgence de la
charité. Notre vision peut vous apparaître bien optimiste : elle, l’est en
effet. Nous sommes sûrs que Dieu a sauvé le monde et promis aux hommes son
Esprit. Puissiez-vous donner largement écho à notre espérance ! C’est d’elle
que les hommes ont besoin pour entreprendre et pour bâtir un monde meilleur.
Un acte d’amour généreux est un événement plus important qu’un acte de haine.
Il dépend de vous aussi que l’humanité ne soit pas assombrie, mais éclairée,
stimulée par la vision qu’elle puise dans vos journaux.
Quant à la paix
elle-même, vous connaissez nos convictions, sans cesse reprises dans nos
exhortations. Si la solution pratique des conflits échappe à notre compétence,
nous voulons du moins exercer ce
ministère de réconciliation dont le Seigneur nous a chargé, c’est-à-dire
renverser sans cesse ce mur d’indifférence et de haine que le Christ est venu
détruire en son principe (cf. Ep 2, 14). Et quand nous parlons de
paix, nous ne la séparons jamais de la justice. Nous vous remercions de l’écho
que vous y donnez.
Faut-il formuler un
dernier souhait ? Nous vous invitions tout à l’heure à échapper à une certaine
conspiration du silence qui se fait autour de problèmes vitaux pour l’humanité
comme pour l’Eglise. Il est en effet des catégories entières de gens qu’on
pourrait appeler les « laissés-pour-compte de l’information », qui ne créent
pas aujourd’hui de problèmes politiques sur le plan international, mais qui
sont oubliés dans leur misère, lésés dans leur dignité humaine, dans leurs
droits humains élémentaires, dans leur liberté, dans leurs exigences
spirituelles. L’esclavage n’est pas aboli autant qu’on le croit et les
prisonniers dits politiques ont rarement été si nombreux. Vous Nous permettrez
d’évoquer des situations qui Nous tiennent particulièrement à cœur: le sort
injuste et douloureux fait à l’Eglise en certains pays. Prend-on suffisamment
au sérieux la souffrance de ceux qui en sont victimes, qui ne peuvent, y
exprimer librement leur foi ni disposer des moyens normaux de la transmettre à
leurs enfants ? Puisque vous Nous demandez nos préoccupations, celle-là
demeure essentielle.
Voilà, chers amis,
quelques confidences amicales que Nous soumettons à votre réflexion. Elles vous
manifestent notre estime et notre confiance. Nous sommes prêts à vous aider
dans votre tâche difficile et prions l’Esprit-Saint dé vous assister.
Puissiez-vous à votre tour faire connaître le vrai visage du Saint-Siège, de
l’Eglise, travailler de concert avec Nous pour les grandes causes de
l’humanité, pour la paix. Nous saluons en vous chacun des pays dont vous
représentez la presse en Italie. Nous formons les meilleurs vœux pouf
vous-mêmes comme pour vos familles, et Nous invoquons sur vous tous, avec le
patronage de saint François de Sales, les Bénédictions de Celui qui nous a
apporté l’Evangile, la Bonne Nouvelle.
La solennité liturgique de la Conversion de Paul, Apôtre des Gentils a coïncidé avec la clôture de la Semaine Universelle de Prière pour l’Union des Chrétiens. A cette occasion, Paul VI a présidé, dans une des plus belles églises de Rome, une célébration de prière à laquelle ont assisté, pieusement unis, de très nombreux fidèles et des représentants de quelques communautés de frères séparés, parmi lesquels le Pasteur A. J. Maclean de l’Eglise presbytérienne d’Ecosse et le Rév. W. Reinhard de l’Eglise évangélique luthérienne.
Après l’annonce de l’Evangile, le Saint-Père a prononcé une homélie dont voici notre traduction :
Très-chers Fils et
vénérés Frères,
C’est avec une joie
spirituelle intime et profonde que nous avons voulu nous unir à la prière pour
l’unité des chrétiens organisée dans notre bien-aimé diocèse, et nous trouver
ici parmi vous, clergé et fidèles, pour prier ensemble le Seigneur et répéter
sa propre prière au Père Céleste : « ut unum sint, ut mundus credat » (Jn 17,
21).
La célébration
annuelle de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous rappelle le
devoir de demeurer persévérants et vigilants dans la prière, le devoir de
renouveler au Seigneur notre demande, notre confiance, notre espérance; elle
nous fait renouveler notre engagement à prier toujours mieux et toujours plus.
« Seigneur,
apprenez-nous à prier ! » (Lc 11, 1) demandaient avec simplicité les
premiers disciples de Jésus. Et il leur enseigna le Pater Noster, le
modèle de la prière chrétienne. La prière est donc un don de Dieu. Si le
chrétien, arraché à son péché et élevé à la dignité de fils de Dieu, (Jn 1,
12) vit intensément ce don, alors c’est l’Esprit lui-même, opérant en lui, qui
s’adresse au Père, « parce que nous ne savons pas ce qu’il convient de
demander, mais l’Esprit lui-même intercède en notre faveur avec des
gémissements ineffables » (Rm 8, 26).
Notre discours sera
très bref et très simple, et il peut se résumer en ce schéma linéaire : primo,
la restauration de l’unité intégrale est une chose de la plus grande importance
: d’abord parce qu’elle a été voulue de tout temps par Notre-Seigneur comme
l’attestent ses Paroles quand il a exposé en termes brefs les désirs divins de
sa mission de Rédempteur et de Médiateur entre Dieu le Père et l’humanité croyante
: celle-ci doit être une et doit refléter dans son assemblée — c’est
donc à dire dans l’Eglise — le même mystère d’unité que celui qui identifie
dans une même nature divine le Fils au Père (cf. Jn 17, 11-12) ; importante
aussi parce que le Nouveau Testament est imprégné entièrement de cette exigence
d’unité entre tous ceux qui non seulement sont de vrais disciples du Christ,
mais qui vivent dans le Christ par la grâce du Saint-Esprit ; importante encore
parce que l’expérience et la réflexion révèlent que les vicissitudes
historiques qui tout au long des siècles ont fractionné la Chrétienté sont
absolument intolérables, sans commune mesure avec la lumière de la foi, avec
les causes qui l’ont provoqué, fatales à la cause de la religion dans le monde
moderne, insoutenables à l’égard du dessein de Dieu, tendu entièrement à faire
du troupeau éparpillé et multiforme du Christ « un seul troupeau et un seul
Pasteur » (Jn 10, 16). Nous pourrions discourir sans fin sur cette
question ; le Concile nous prêterait des arguments inépuisables ; répétons ce
qu’il a dit : « Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les Chrétiens
est l’un des buts principaux du Saint Concile Œcuménique Vatican II (Unitatis
Redintegratio, 1). Rappelons-le : la restauration de l’unité des
Chrétiens est une chose de la plus grande importance.
Deuxième point:
c’est une chose extrêmement difficile. A cet égard également les raisons ne
sont que trop nombreuses ; et, en général, tout le monde le reconnaît; à
priori, ces raisons sont graves et complexes, même si finalement dans les
ténèbres de difficultés qui semblaient rendre le problème impossible à résoudre,
quelques lueurs consolantes se sont allumées et viennent raviver nos espoirs ;
mais combien compliqué reste le problème de la réunification des
Chrétiens en l’unique Eglise catholique — c’est-à-dire universelle — et
organique et, pour cela, composée de manière diversifiée, mais solidaire en
une seule foi visible et sociale de charité, pareille à des membres divers qui
forment un seul corps (Ep 4, 3-7), le corps communautaire, hiérarchique
et mystique en même temps, du Christ. Chose très, très difficile, nous le
répétons : il s’agit, pourrait-on dire, de changer la géographie religieuse du
monde chrétien ; mais plus encore que la géographie, la psychologie ; il s’agit
de surmonter la formidable et atavique objection antiromaine, à notre avis certainement
injustifiée, mais toujours résistante, spécialement sur le front théologique et
canonique. Comment recréer l’unité des chrétiens en reconnaissant les exigences
intrinsèques d’une véritable unité ecclésiastique sans surmonter des obstacles
que le génie de la division a renforcés pendant des années pour les rendre
insurmontables ? Il faut certainement une mentalité nouvelle, un renouveau
spirituel, une réforme des études et des attitudes, ce que la bonne volonté
purement humaine ne pourrait jamais réussir sans une intervention
surnaturelle, sans l’assistance divine. L’unité que nous recherchons ne peut
s’atteindre qu’avec une grâce du Seigneur.
Et voici alors le
troisième point. Comment pouvons-nous obtenir cette grâce qui, dans le
problème œcuménique, ne peut qu’assumer les dimensions d’un événement
extraordinaire bien qu’il soit arrivé mystérieusement à maturité ? En priant !
Frères et Fils bien-aimés ! En priant, chers amis, en priant tous ! La prière
ouvrira au prodige la voie de son accomplissement. L’unité des Chrétiens doit
descendre de la charité de Dieu, au long du sentier que nos prières s’emploient
à ouvrir.
On pourrait maintenant
consacrer le discours à l’efficacité de la prière, en rappelant la leçon de
Saint Alphonse de Liguori sur « Le grand moyen de la prière » (1759), en
l’appliquant à notre cas et en faisant appel à l’analyse des deux définitions
classiques données à l’oraison par les maîtres. L’oraison, la prière, est
avant tout une élévation de notre esprit en Dieu, par le Christ Nôtre-Seigneur,
dans le Saint-Esprit. Maintenant, si cette élévation vers Dieu de chrétiens,
séparés les uns des autres, converge en Lui, se fond en Lui, elle engendre une
unité des esprits au sommet supra-terrestre de la divinité ; en Dieu, ils se
rencontrent, s’aiment et redeviennent frères ; se retrouvant alors sur le plan
des réalités humaines et terrestres, comment serait-il possible qu’ils oublient
ce moment d’extase dans la vérité et dans l’amour qu’est justement la prière,
comment serait-il possible qu’ils n’essaient pas avec des cœurs neufs de
traduire sur le plan de l’expérience historique et vécue l’unité dont ils ont
joui dans la rencontre verticale des sommets spirituels ?
Et l’autre
définition de la prière, c’est-à-dire la supplication pour obtenir ces biens
qui ne peuvent nous venir que de la main miséricordieuse de Dieu, et dont nous
avons un besoin primordial, ne nous enseigne-t-elle pas combien elle peut, la
prière, être apte à résoudre en unité notre immense effort œcuménique ? « Si
l’un de vous, a dit Jésus, demande du pain à son propre père, pensez-vous que
celui-ci lui remettra une pierre ? » (Lc 11, 12-13). Rappelons combien
de fois dans l’économie de l’Evangile le Seigneur lui-même nous recommande
d’avoir confiance dans l’efficacité de la prière (cf. Mt 7, 7 ; 19, 26 ;
21, 22 ; Jn 15, 5 ; 16, 23 ; etc.). Le lien avec la causalité divine
dans le cours des vicissitudes humaines s’établit, non pas moyennant (parce que
la grâce est toujours inconditionnée et gratuite), mais à travers les
dispositions produites en nous, individuellement ou collectivement, par la
prière.
On peut avoir
parfois l’impression, aujourd’hui, que, ci ou là, la prière est en train de
perdre son rôle central dans la vie du Chrétien et même que pour certains elle
devient une chose superflue et dépassée. Nous ne voudrions pas qu’une semblable
impression trouvât une correspondance dans la réalité. Nous constatons en tout
cas, avec grande satisfaction, que dans la vie de l’Eglise il y a aussi un
fécond réveil spirituel et un véritable renouveau de la prière sur la base de
l’Evangile et des grandes traditions liturgiques ; dans beaucoup de milieux on
redécouvre également la valeur de la contemplation. Voilà un motif de grand
réconfort pour Nous.
Si la prière exprime
notre rapport avec Dieu, la relation intime avec le Père, elle est essentielle
pour le Chrétien et pour l’homme de tous les temps et en toutes occasions «
Sans moi, vous ne pouvez rien » (Jn 15, 5), nous avertit clairement le
Seigneur.
Que serait notre vie
sans la prière ? La prière est nécessaire pour notre existence, elle est
nécessaire pour nous faire vivre dans la grâce, pour accroître chaque jour
notre foi ; la prière est une condition de notre foi ; la prière est une
condition de notre œuvre, de notre action, une condition pour pouvoir prêcher
l’Evangile.
La prière est donc
indispensable pour le rétablissement de l’unité de tous les chrétiens. Le
Concile Vatican II a placé la prière « dans ce noyau central qui, avec la
conversion du cœur et la sainteté de vie doit être retenu comme l’âme de tout
le mouvement œcuménique » (Unitatis Redintegratio, 8).
Ce mouvement a déjà
produit d’importants résultats. L’Eglise catholique et les autres Eglises et
communautés ecclésiales ont retrouvé une amitié sincère et profonde ; un
dialogue s’est ouvert et chacun s’y est engagé avec foi, avec une confiante
espérance. Sans doute constate-t-on certaines lenteurs, mais cela est dû à la
délicatesse et à l’ampleur de la matière traitée ; et chacun s’y est engagé
avec sa propre foi, sa propre conscience, témoignant d’un grand sens de
responsabilité.
Avec les vénérables
Eglises d’Orient, en particulier, nous avons redécouvert une communion quasi
totale, qui nous stimule à faire tout notre possible pour la compléter.
C’est avec grande
satisfaction pastorale que nous notons également qu’à l’intérieur de l’Eglise
catholique les préoccupations pour l’unité de tous les chrétiens trouvent
d’efficaces instruments d’action dans les commissions pour l’œcuménisme des
conférences épiscopales et, sur le plan local des diocèses, dans les secrétariats
diocésains. Nous avons été vivement heureux de constater comment la commission
pour l’œcuménisme de notre diocèse de Rome a organisé cette semaine de prière
pour l’unité, demandant de la réaliser dans toutes les paroisses, dans les
communautés religieuses, les instituts et les écoles. Nous tenons à en
exprimer notre gratitude.
Tout cela nous
démontre clairement qu’a été bien accueillie la volonté du Concile Vatican II,
selon qui : « Le soin de rétablir l’union regarde toute l’Eglise, tant les
fidèles que les Pasteurs, et chacun selon ses propres capacités » (Unitatis
Redintegratio, 5).
En outre, chaque
chrétien, même s’il ne vit pas au milieu de chrétiens d’autres confessions
« participe toujours et partout à ce mouvement œcuménique en confrontant toute la vie chrétienne à
l’esprit de l’Evangile » (Directoire Œcuménique, 1° partie, 21).
Avant de conclure,
nous désirons envoyer un salut cordial et spirituel à tous les chrétiens du
monde ; aux catholiques, qui jouissent avec nous du don inestimable de l’unité
de l’Eglise et qui doivent, avec nous, prier et opérer pour l’unité dans
l’Eglise ; à tous nos frères chrétiens encore séparés de nous, afin qu’ils se
sachent rappelés, aimés, attendus ; et nous voulons aussi exprimer une pensée
respectueuse et affectueuse dans le Christ aux chrétiens d’autres confessions
demeurant dans cette ville de Rome et les assurer de notre estime et de notre
souvenir dans le Seigneur.
Avec ces sentiments,
en obéissance à la volonté du Seigneur, nous continuons notre prière pour
remercier Dieu des progrès accomplis dans le domaine œcuménique et pour invoquer
le don de l’unité totale que nous devons rendre possible et accélérer en
aplanissant tout obstacle dressé par nous-mêmes et en améliorant la qualité de
notre vie chrétienne.
Chers Fils et Filles
d’Australie, bien-aimés dans le Christ,
En ce jour qui
marque la fin du Congrès Eucharistique International, un jour tout
spécialement dédié à la paix dans le monde, Nous sommes heureux de vous envoyer
notre salut du Vatican même. C’est une véritable joie de pouvoir, malgré la
distance énorme qui nous sépare en ce moment, parler avec vous et vous assurer
que tout au long de ces journées de grâce, Nous avons prié avec vous et pour
vous. Nous avons prié particulièrement pour que le thème général du Congrès :
« Aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimés » pénètre
réellement et profondément dans vos cœurs et que vous puissiez comprendre plus
intensément combien vous êtes aimés par le Seigneur et comment, l’aimant à
votre tour, vous devez aimer autrui. Si cette semaine de Congrès nous a donné
cette grâce, alors ces jours auront été vraiment merveilleux, des jours qui
auront glorifié le Seigneur, perfectionné vos esprits et apporté aux hommes de
nouvelles raisons d’espérer la paix en ce monde.
Si les hommes
modelaient fidèlement leur amour les uns pour les autres sur l’amour que leur
porte le Christ et dont ils ont un témoignage dans l’Eucharistie, où donc la
haine pourrait-elle encore trouver place ? Où pourraient encore trouver moyen
d’exister, la violence, l’injustice sociale ? Comment serait-il possible que
les offenses, les discriminations, le manque de respect fassent encore partie
de la vie de l’homme ? Nous avons en Jésus le plus clair des modèles : Il nous
a aimés et continue à nous aimer d’un amour total, fait de compréhension, de
sacrifice, un amour qui ennoblit, un amour simple, sans restrictions ni limites.
Nous espérons vivement que le Congrès Eucharistique aura parfaitement enseigné
la leçon de l’amour. Nous espérons que les hommes et les femmes, partout dans
le monde, auront entendu l’appel du Congrès, l’auront compris, et qu’ils le
mettront en pratique dans leur existence, car dans cet appel à l’amour mutuel
des hommes, il y a la clé de la paix. Nous avons dit que la paix est possible.
La paix est possible, parce que l’amour est possible ; et nous savons que
l’amour est possible parce que nous en trouvons un exemple dans l’Eucharistie
du Seigneur.
Voilà donc nos vœux,
pour vous et pour toute l’humanité. Nous remercions Dieu pour toutes les grâces
accordées et Nous prions pour qu’il daigne récompenser tous ceux qui ont participé
à l’organisation du Congrès Eucharistique et tous ceux qui ont pris part au
Congrès lui-même. A vous tous, chère population d’Australie et à tous ceux qui
sont venus à Melbourne des régions les plus lointaines pour rendre hommage à
Jésus-Christ, nous donnons notre Bénédiction Apostolique. Au nom du Père et du
Fils et du Saint-Esprit.
A l’occasion de la Chandeleur, le Souverain Pontife a présidé, en la Basilique Saint Pierre à Rome le rite de l’offrande des cierges qui commémore chaque année, le 2 février, le souvenir de la Présentation de Jésus au Temple. Cette année, Paul VI a voulu, pour la première fois, que la cérémonie soit réservée aux Sœurs appartenant aux innombrables et diverses Congrégations qui résident à Rome et, vouées à la prière et aux œuvres charitables, collaborant aux activités des multiples secteurs apostoliques du Diocèse.
Après l’annonce de l’Evangile, Paul VI a prononcé un discours dont nous publions ci-après notre traduction.
Filles bien-aimées,
Occursus, en latin,
Ypapanté, en grec, c’est ainsi que dans la primitive Eglise orientale était
nommée cette fête ; et cette appellation signifiait la rencontre, c’est-à-dire
le fait de la rencontre de Jésus enfant, porté au Temple pour y être, selon la
loi mosaïque, offert à Dieu en tant que lui appartenant : nous savons tous
qu’au cours de l’accomplissement de ce rite eut lieu la rencontre avec le vieux
Siméon qui, illuminé par l’Esprit-Saint, reconnut en Jésus le Messie et le
proclama : « Lumière pour la révélation de tous les peuples ». Il y avait là
aussi une vénérable prophétesse nommée Anne, âgée quatre-vingt-quatre ans, qui
se mit « à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient le
rachat de Jérusalem » (Lc 8, 32 et 38). Une rencontre messianique, par
conséquent, riche de sens prophétique et de voix historique, qui inaugure
publiquement l’ère du Christ, précisément au lieu consacré au culte de l’unique
et vrai Dieu, et fait prendre au
Peuple élu conscience de ses mystérieuses destinées.
Eh bien, commençons
notre pieuse cérémonie en donnant à la rencontre qui nous réunit ici, le sens
religieux et spirituel qui reflète, sous certains aspects, ce que la liturgie
nous fait commémorer maintenant. Vous êtes venues ici pour accomplir un acte de
reconnaissance de la mission confiée à notre humble personne pour que soit
réalisée et poursuivie dans le temps la mission de Jésus-Christ, lumière et
Sauveur du monde. C’est une rencontre qui exprime particulièrement vos deux
sentiments, celui de foi envers le Christ, envers son Eglise et envers son
Evangile ; et celui de votre franche adhésion d’obéissance respectueuse au
Pape, à votre Evêque, au Successeur de cet Apôtre Pierre, à qui le Seigneur
remit les clés, c’est-à-dire le pouvoir du royaume des cieux, et à qui en même
temps, II confia la fonction pastorale dans l’Eglise tout entière. Conscient de
nos limites humaines, Nous serions tenté de nous soustraire à cette rencontre,
mais l’investiture qui, en vertu d’une succession légitime, nous a été donnée
en vue de la mission apostolique ne nous le permet pas, et nous impose, au
contraire, le devoir, la grave et douce obligation de l’accueillir de tout
notre cœur. Que soit donc bénie cette rencontre qui nous offre l’agréable
occasion d’être entouré d’une assemblée aussi compacte, aussi diversifiée,
aussi dévote, une assemblée comme celle qui se presse à nos côtés et que Nous
avons voulu nous-même voir soigneusement groupée en cette Basilique,
majestueuse et pieuse, non pas en notre honneur mais en votre honneur,
très-chères et vénérables filles. La rencontre parle d’unité, d’harmonie ; elle
signifie conscience de la société hiérarchique et organique, et, en même
temps, religieuse et spirituelle que nous constituons, aimons et servons. La
rencontre dit Eglise et, ici, Eglise Romaine, Eglise Apostolique. Et nous
éprouvons en ce moment une profonde joie spirituelle dans cette conscience
commune, rendue plus actuelle et quasi-expérimentale et ce pour deux bonnes
raisons: d’abord, la présence ici d’une si nombreuse représentation de tant des
corps ecclésiaux vivant dans la même Cité, et qu’il n’est jamais facile de
réunir en un même moment, en une même cérémonie ; et ensuite le fait que
chacune de ces délégations apporte son offrande du cierge, symbole riche de
nombreuses significations et
notamment et principalement de celle d’un lien cordial par lequel chaque
institution ici représentée veut s’attacher à nous, dans la foi et la charité :
une grande joie donc parce qu’ensemble nous célébrons le Christ et qu’ensemble,
pour Lui et avec Lui, nous célébrons l’Eglise. Il n’existe rien qui puisse plus
vivement nous réjouir et nous réconforter.
Nous pensons à
présent que le grand événement qui rendra notre siècle mémorable, le Concile
Œcuménique Vatican II, maintenant conclu, devait, dans les intentions de la
divine Providence, servir à raviver, à approfondir, à harmoniser ce sens de
l’Eglise que les doctrines conciliaires ont nourri de thèmes splendides et qui,
à cause de l’évolution des temps, doit être plus que jamais limpide et fort ;
c’est pourquoi Nous nous sentons empli de joie et de confiance quand Nous assistons
à quelque manifestation visible de ce « sens de l’Eglise », même si elle est
rapide et particulière. Avec quel plaisir, avec quelle émotion, ne nous est-il
pas donné en ce moment de goûter avec vous la communion ecclésiale de notre
Diocèse ! Comme il nous est facile de supposer que les Apôtres, ses Fondateurs,
que ses Martyrs et ses Saints, avec la Vierge Très-Sainte, salus populi
romani, nous assistent en ce moment de rencontre spirituelle, si fortement
expressive ; comme il nous est plus facile encore de penser au mystère de la
secrète présence parmi nous du Christ Lui-même, du Christ qui a promis de se
trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en Son nom (Mt 18, 20).
Nous ne pouvons
négliger de relever une circonstance qui caractérise cette cérémonie et qui lui
confère une note merveilleuse de piété et de solennité. Ne voyez-vous pas qui
a, aujourd’hui, la part la plus grande, la part la meilleure, ici, en la Basilique
de Saint Pierre ? Ce sont les Religieuses, ce sont nos Sœurs, ce sont les Vierges
et les Veuves consacrées au Seigneur, qui demeurent à Rome et font partie de
notre communauté. Salut à vous, Filles bien-aimées en Jésus ! Filles bénies qui
avez répondu à notre invitation à cette rencontre qui, comme Nous vous l’avons
dit, nous porte à nous recueillir autour du mystère messianique de la
Présentation au Temple de Jésus-Enfant et à exprimer ainsi cet ensemble de
liens spirituels et canoniques qui donne forme et consistance à l’unité
religieuse et sociale au sein de l’Eglise de Rome. Pourquoi avons-nous voulu
que dans cette assemblée les
religieuses « romaines » — qualifiées ainsi en vertu de leur séjour à Rome,
qu’il soit permanent ou temporaire — aient aujourd’hui une place de choix ? Oh,
pour de nombreux motifs ! En voici quelques-uns : Nous voulons que la communauté
diocésaine ait une fois l’occasion de démontrer l’estime et l’affection qu’elle
porte à ses Filles élues, humbles et fortes. Les Sœurs ne sont pas « en marge
», non ! Elles sont les fleurs de notre jardin. Nous voulons que le style de
leur evangelica testificatio, de leur témoignage évangélique, soit
honoré et mis en lumière, face à la dépréciation de style laïque qui pousse à
séculariser même les âmes les plus ardentes et les plus fidèles de la suite du
Christ. Nous voulons réveiller la généreuse sensibilité de la Communauté des
fidèles afin qu’ils n’oublient pas les besoins des Religieuses les plus
pauvres, de celles qui, souvent, sont dénuées de tout moyen de subsistance.
Nous voulons que la tradition ascétique, contemplative ou bien active, de la
vie religieuse soit, par tous et principalement par la Communauté ecclésiale,
reconnue valide et actuelle, restaurée comme elle doit l’être selon l’Esprit du
récent Concile et suivant les normes suggérées par les documents de ce Siège
apostolique; et mieux encore, conformément à l’effort de renouvellement que
les diverses Familles religieuses ont su imprimer à leurs propres habitudes — à
la fois désuètes et trop purement formelles — grâce à une sage révision de
leurs statuts, étudiée et accomplie dans leurs récents Chapitres généraux. Nous
voulons que les vocations spécifiques qui singularisent les Instituts
religieux, parmi lesquelles la prière et la pénitence, l’isolement et le
silence qui permettent de s’absorber plus profondément dans la recherche du
dialogue avec Dieu, et facilitent aussi l’infatigable don de soi-même dans la
difficile et prévoyante activité éducatrice ou dans l’experte assistance aux
malades et aux infirmes ou dans le dévouement au service des œuvres sociales ou
des missions catholiques, le tout, toujours suivant le génie inventif de leur
piété et de leur amour, Nous voulons, disions-nous, que ces vocations, donc,
soient honorablement et organiquement insérées dans la communauté ecclésiale,
peut-être même grâce à une initiation sacrée. Nous voulons ensuite promouvoir
et perfectionner l’affectation des religieuses qui en ont le goût et une
préparation ad hoc à la coopération dans le ministère pastoral, là
principalement où se fait sentir
un manque de prêtres ainsi que dans les Paroisses, les destinant à
l’assistance religieuse et morale des habitants des quartiers populaires, des
zones périphériques ou des campagnes désolées.
Nous les voulons
bien engagées dans l’Eglise en prière, dans l’Eglise qui enseigne, qui œuvre,
qui souffre, qui évangélise, ces Filles généreuses et courageuses, elles, nos
Sœurs pieuses et laborieuses, Femmes merveilleuses de simplicité et de
dignité, exemplaires toujours et, suivant l’appellation attribuée aux membres
sincères des primitives communautés chrétiennes, saintes.
Oh ! oui ! Filles
préférées de la Sainte Eglise, laissez pénétrer dans vos maisons l’esprit de
communion dont vit l’Eglise, et qu’au-delà des grilles de clôture, il entre
dans vos âmes pour les imprégner profondément du souffle de ce renouveau voulu
par le Concile Vatican II et pour vous donner à vous aussi, ou pour être plus
exact, à vous surtout, la vision des grands desseins divins qui traversent
l’humanité et en marquent les destinées en vue de son salut surnaturel et
eschatologique, tout comme ils nous indiquent, à Nous, nos devoirs et Nous
donnent les ressources dont nous avons besoin pour l’assistance à prêter à
l’élévation, à la concorde et à la paix du monde.
Et voici que vous,
Filles bien-aimées, comme et non moins que les prêtres et les laïcs, vous
l’avez compris, et que, suivant sur le sentier évangélique la démarche de la
Très-Sainte Vierge Marie, interprétée par le rite liturgique que nous célébrons
en ce moment, vous êtes venues vers l’autel, pour y porter, vous aussi, votre
don symbolique, votre cierge. Vous nous faites penser à la parabole des
vierges de l’évangile selon Saint Matthieu ; vous nous rappelez tant des
significations que le langage rituel et spirituel attribue à cette pure et primitive
source de lumière, le cierge ; et vous nous suggérez de vous recommander à
vous-mêmes de faire du cierge le symbole de votre propre personne: pour sa
droiture et sa douceur, images d’innocence et de pureté ; pour la fonction de
brûler et d’éclairer à laquelle le cierge est destiné, réalisant ainsi en vous
la définition de votre vie, intégralement destinée à l’amour unique, ardent et
total au Père, par le Christ, dans l’Esprit-Saint : un amour fulgurant, un
amour, qui, avec la prière, avec l’exemple et l’action, éclaire providentiellement
la halte et la démarche de l’Eglise et du monde environnant ; pour son destin final, enfin, qui
est, pour le cierge, de se consumer en silence, tout comme votre vie qui se
consume dans le drame, irrévocable désormais, de votre cœur consacré : le
sacrifice, comme le Christ sur la Croix, dans un amour souffert et cependant
heureux ; un amour qui ne s’éteindra pas à l’heure ultime, mais continuera à
resplendir éternellement dans l’éternelle rencontre avec l’Esprit divin.
Pour vous, pour tous
ceux qui sont ici présents, nous donnons, avec affectueuse reconnaissance,
notre Bénédiction Apostolique.
Le jeudi 8 février, le Saint-Père a reçu, en la Salle du Consistoire, les Membres du Tribunal de la « Sacra Rota Romana », à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle année judiciaire. Auparavant, lesdits Membres s’étaient réunis en la Chapelle Pauline où le Vicaire Général de la Cité du Vatican, S. E. Mgr Pierre-Canisius van Lierde, Evêque titulaire de Porfireone a célébré la Messe votive du Saint-Esprit. Avant de recevoir en audience les Membres du Tribunal, Paul VI s’est entretenu en particulier avec le Doyen de la Sainte Rote, S. E. Mgr Boleslao Filipiak. A l’Audience en la Salle du Consistoire ont assisté, aux côtés de Mgr le Doyen et des R.mes Auditeurs, les Promoteurs de Justice, les Défenseurs du Lien, tous les Officiels ainsi que le Chancelier, Mgr Marius Zanichini, les Avocats Consistoriaux conduits par leur Doyen, Maître Jean Ferrata, les Procureurs des Palais Apostoliques, les Avocats de la Rote et les Défenseurs-délégués du Lien.
Après avoir entendu l’adresse d’hommage de Mgr Filipiak, le Saint-Père a prononcé un discours dont voici notre traduction :
Cette rencontre
annuelle avec vous, vénérés Auditeurs et Officiels de la « Sacra Rota
Romana », nous procure une grande joie ; en effet, non seulement elle nous
offre l’occasion de vous assurer une fois de plus de notre confiance dans la mission
que Nous vous avons confiée en tant que Pasteur-Vicaire du Christ, mais elle
nous permet aussi de connaître vos sentiments et vos résolutions. C’est ainsi
que Nous avons, dans les paroles de votre vénérable Doyen, Mgr Boleslao
Filipiak, relevé la réaffirmation de votre sollicitude pastorale ; sollicitude
qui, chez vous, est une tradition de sage équité, de « modération sacerdotale » (cf. AAS 62, 1970, 112), et
correspond pleinement à l’esprit de l’Eglise, aux directives du Concile
Vatican II, et aux vœux de tout l’Episcopat catholique. En réalité, les
qualités du Droit que vous appliquez doivent apparaître dans les fonctions que
vous remplissez et dans les sentences que vous prononcez. En interprétant le
Droit, vous faites usage des pouvoirs et de la liberté qui vous ont été
concédés ; pour vous, une décision juste n’est pas seulement une sentence qui
correspond à l’équité naturelle ; elle doit correspondre plus étroitement
encore à l’aequitas canonica, à l’équité canonique, qui est le fruit de
votre charité pastorale et en constitue une des expressions les plus délicates.
Dans le travail du
législateur canonique, comme dans l’action du juge ecclésiastique, l’aequitas
canonica, demeure un idéal sublime et une précieuse règle de conduite.
Ceci a été rappelé très clairement durant les travaux préparatoires au Concile
: « In omnibus legibus ferendis eluceat spiritus caritatis et
mansuetudinis Christi, qui semper aurea et perennis regula Ecclesiae est, et
leges iudiciaque informare debet » (Relatio super schema Voti de Matrimonii
Sacramento cum textu emendato, Typis Polygl. Vatic. 1964, p. 13). Parmi les
normes pour la révision du Code, approuvées par le premier Synode des Evêques,
se trouvait, recommandée une fois de plus, cette regula aurea : « Codex
non tantum iustitiam sed etiam sapientem aequitatem colat quae fructus est
benignitatis et caritatis ad quas virtutes exercendas Codex discretionem atque
scientiam Pastorum et iudicum excitare satagat » (Principia quae Codicis
Iuris Canonici recognitionem dirigunt, sub 3 in Communicationes, 1,
1969, 79). Le Droit canon apparaît ainsi, non seulement comme une norme de vie
et une règle pastorale, mais également comme une école de justice, de
discrétion et de charité agissante. Où donc tout cela pourrait-il se retrouver
mieux que chez vous, dans vos Tribunaux où le Droit lui-même est appliqué au
service des âmes ?
Nous avons déjà eu
l’occasion d’exprimer notre désir d’approfondir ce concept de aequitas
canonica, pour en mettre la valeur en pleine lumière (cf. AAS 62,
1970, 112). Aujourd’hui, Nous nous proposons de le faire ; et à cette fin, il
nous faudra remonter à la nature même du Droit de l’Eglise.
Nous nous adressions
récemment à des juges provenant de diverses nations, et Nous leur avons rappelé
que le Droit Canonique « est ius societatis visibilis quidem sed
supernaturalis quae verbo et sacramentis aedificatur et cui propositum est homines
ad aeternam salutem perducere » (Communicationes, 4, 1972, 99). Pour ce
motif, il est un « Ius sacrum, prorsus distinctum a Iure civili. Et quidem ius
generis peculiaris hierarchicum idque ex ipsa voluntate Christi. Id totum
inseritur in actionem salvificam qua Ecclesia opus redemptionis continuat » (Ibidem).
Ainsi, de par sa nature pastorale, le Droit canonique est expression
et instrument du munus apostolicum et élément constitutif de l’Eglise du
Verbe Incarné.
En tant que société
visible, l’Eglise possède son Droit, fondé sur la nature même de l’Eglise comme
« peuple constitué en corps social, organique, en vertu d’un destin et d’une
action divine, moyennant un ministère de service pastoral — il nous
plaît de le souligner — qui organise, dirige, enseigne et sanctifie en
Jésus-Christ l’humanité qui s’attache à Lui dans la Foi et dans la Charité » (AAS,
62, 1970, 108). Le Concile a voulu éclairer ce mystère en soulignant le
caractère sacramentel de la société ecclésiale : « L’Eglise est, dans le
Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de
l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium,
1). « Il l’a acquise de son sang, l’a remplie de son Esprit, et l’a pourvue
de moyens appropriés d’union visible et sociale » (Ibid., 9). Il y a en
cela une analogie mystérieuse ; en effet, poursuit le Concile « de même que la
nature assumée est au service du Verbe divin, comme un instrument vivant de
salut, qui lui est indissolublement uni, c’est d’une manière analogue que l’organisme
social de l’Eglise est au service de l’Esprit du Christ, qui le vivifie, pour
la croissance du Corps » (Ibid., 8). Une telle union est si étroite
qu’elle ne permet pas que ces deux aspects, pourtant distincts, soient en
opposition entre eux. La société visible est une communauté spirituelle, et
celle-ci ne peut exister sans celle-là, ni en dehors d’elle : « La Société...
douée d’organes hiérarchiques et le Corps mystique du Christ, l’assemblée
visible et la communauté
spirituelle, l’Eglise de la terre et l’Eglise riche de biens célestes, ne doivent
pas être considérées comme deux réalités, mais forment une seule réalité
complexe, constituée d’un élément humain et d’un élément divin. Aussi ce n’est
pas une vaine analogie que de la comparer au mystère du Verbe incarné » (Ibid.,
8). Le Droit tend à structurer et à organiser cette réalité organique « qui
exige une forme juridique et en même temps est animée par la charité » (Ibid.,
Nota praeviae, 2). Droit et Charité ne peuvent se trouver en opposition là
où ils sont essentiellement unis.
Ceci a porté un Père
du premier Synode des Evêques à affirmer que dans l’Eglise le divin et
l’humain ne sont pas deux choses qui s’opposent, mais des éléments qui
s’unissent en une seule réalité. Leur rapport n’est pas « sicut res ad rem.
Potius... utrumque elementum, tamquam essentialiter constitutivum, unitatem
vitae Ecclesiae efformant ita ut structura externa sit ad modum signi
sacramentalis quo vita interna Ecclesia significatur et creatur. Hac ratione
tota Ecclesiae activitas iuridica est ad modum signi sacramenti salutis quod
est Ecclesiae quin hoc signum ad activitatem iuridicam restringatur. Sub hoc
aspectu, activitas iuridica Ecclesiae non potest habere alium finem nisi
manifestare et inservire vitae Spiritus scilicet vitae divinae fidelium,
praesertim caritati » (Communicationes, 1, 1969, 97-98). Il nous plaît
de relever que la rédaction du Ius novum qui devra nécessairement
s’inspirer du Concile, ne fera qu’appliquer une telle doctrine ; et, de même,
les principes de cette révision reprendront la doctrine elle-même (cf. Communicationes,
1, 1969, 79).
La sacramentalité de l’Eglise garantit son union avec Dieu, son efficacité surnaturelle, son sens du Christ. En outre elle est animée par l’Esprit qui construit et anime le Corps Mystique du Christ, le Peuple de Dieu, y transfigure les hommes en fils de gloire et leur assure la liberté des fils de Dieu ; les fait prier avec la prière de Jésus (cf. Rm 8, 15) et agit dans leur apostolat. Tout apostolat est acte du Christ; il ne peut s’exercer que sous l’impulsion de l’Esprit. Et comme l’Esprit sonde les profondeurs de Dieu (cf. 1 Co 2, 10) et connaît ce qui plaît au Seigneur (cf. Rm 8, 27), de même manière Il suscite en nous une prière ineffable et poursuit l’action rédemptrice du Christ à travers les actes de ses membres, Pasteurs et fidèles. Si le Droit canon a son fondement en le Christ, Verbe Incarné, et a, pour cette raison, une valeur de signe et d'instrument de salut, cela ressort de l'opération du Saint-Esprit qui lui confère force et vigueur; il faut donc qu'il exprime la vie de l'Esprit, produise les fruits de l'Esprit, révèle l'image du Christ. C'est pourquoi il est un Droit hiérarchique, un lien de communion, un droit missionnaire, un instrument de grâce, un droit de l'Eglise. Ces qualités représentent les exigences de l'Esprit qui vivifie et dirige l'Eglise, l'unit au Christ, la porte à Dieu et aux hommes en un seul et même élan d'amour. Et c'est là, l'opération de l'Esprit que nous allons maintenant relever dans l'évolution de cette aequitas canonica qui confère au droit de l'Eglise sa physionomie propre, son caractère pastoral.
L'Eglise est, comme nous l'avons vu, sacrement de
Jésus-Christ, comme Jésus-Christ est, dans son humanité, sacrement de Dieu (cf.
H. de lubac, Méditations sur
l'Eglise, Paris 1953, p. 137). C'est dans ce mystère que nous devons voir
la fonction du Droit canon, votre mission et cette vertu qui, peu à peu
institutionnalisée, est devenue l’aequitas canonica, définie par
l'Hostiensis : iustitia dulcore misericordiae temperata (Summa aurea,
Lib. V, De
Dispensationibus): définition qui sera reprise par tous les spécialistes du
Droit canon. L'Hostiensis poursuit ainsi : « Hoc autem a Cypriano sic
describitur: aequitas est iustitia, est motus rationabilis regens sententiam et
rigorem. Haec est enim aequitas quam iudex, qui minister est, semper débet
habere prae oculis, scilicet sciat bonos remunerare, malos punire. Via regia
incedens et se rationabiliter regens, non declinans ad dexteram vel sinistram
». En lisant ce texte, ne voyons-nous pas apparaître une lumière, le Seigneur
de la justice et de la grâce, le Sauveur et le Juge des hommes ?
Depuis son origine, l'Eglise assume dans sa vie tout ce
qu'il y a de vrai, de noble, de juste et de beau dans la vie sociale et dans
les aspirations des hommes, faisant ainsi resplendir la charité de Dieu dans
l'humanité divinisée par l'Esprit d'Amour.
L'équité représente
une des plus hautes aspirations de l'homme. Si la vie sociale impose les
résolutions de la loi humaine, ses normes, inévitablement générales et
abstraites, ne peuvent cependant pas prévoir les circonstances concrètes dans
lesquelles les lois viendront à être appliquées. Devant ce problème, le Droit a
tenté d'amender, de rectifier et, aussi, de corriger le rigor iuris ;
et ceci se réalise grâce à l'équité, qui incarne de telle sorte les
aspirations humaines vers une meilleure justice.
Dans le Droit canon,
l'aequitas, que la tradition chrétienne a héritée de la jurisprudence
romaine, constitue la qualité de ses lois, la norme de leur application, une
attitude d'âme et d'esprit qui tempère la rigueur du Droit. La présence de l'aequitas
comme élément humain correctif et facteur d'équilibre dans le processus
mental qui doit conduire le juge à prononcer la sentence, se rencontre dans les
Décrétali et dans toute l'histoire du Droit canon, même si parfois les
dénominations en sont différentes.
Cet élément
caractérise votre jurisprudence de manière toute spéciale. Au juge
ecclésiastique, l'Eglise impose l'obligation de juger ex aequo et bono ; cette
obligation, votre Tribunal l'a toujours mise en pratique, surtout lorsqu'il
doit connaître de causes affiliées arbitrio Rotae : c'est l'aequitas
iure informata.
Le Code actuel a
fait siennes les exigences de miséricorde et d'humanité en vue de rendre une
justice plus indulgente, plus compréhensive. Il parle de aequitas, de aequitas
naturalis, de aequitas canonica, en se réclamant du principe ultime
auquel il fera appel, le droit naturel ou le droit canon. Il précise ensuite la
portée de l'aequitas, et la fonction qui lui incombe : celle-ci consiste
en une justice supérieure en vue d'une fin spirituelle ; elle adoucit la
rigueur du droit, mais parfois aussi elle aggrave certaines peines ; dans tous
les cas, elle se distingue du droit positif pur, alors que celui-ci ne peut
tenir compte des circonstances. Enfin, elle va même jusqu'à recommander,
conformément aux origines apostoliques du Droit (cf. 1 Co 6, 1-7),
d'éviter le procès pour remettre la cause à des arbitres qui tranchent ex
bono et aequo (Can. 1929).
Aujourd'hui
l'influence du Concile Vatican II se
fait sentir de plus en plus sur l'évolution du Droit : ne croit-on pas qu'il
deviendra peut-être nécessaire de repenser Vaequitas canonica à la lumière du Concile même, pour lui
conférer une valeur plus chrétienne et un sens plus fortement pastoral ? Les
principes mêmes de la révision semblent le suggérer : la sapiens aequitatis dont
il est question est le fruit d’un esprit de bienveillance et de charité.
Repenser cette institution, ce sera en sauvegarder l’esprit.
C’est à travers l’aequitas
canonica que s’affirme le caractère pastoral de votre office judiciaire, un
caractère qui a été récemment réaffirmé avec autorité (D. staffa, De natura pastorali administrationis
iustitiae in Ecclesia, dans Periodica, 61, 1972, 3-17). Et vraiment,
ce ministère de l’Eglise est, dans tout le sens de la parole, pastoral ; c’est
un ministère du sacerdoce chrétien (Lumen Gentium, 27); il a ses
racines dans la mission que le Seigneur confia au « Primus Petrus » (PIE
XII, Discours, vol. III, p. 209), lequel continue, dans ses successeurs,
à gouverner, à enseigner, à juger (cf. Concile Vatican II, Constitutio
dogmatica de Ecclesia, I, denz.-schon.,
3056) ; il fait partie intégrante du mandat apostolique, et en sont
participants tous ceux qui, prêtres et laïcs, sont appelés à exercer la
justice en Notre nom et en celui de nos Frères de l’Episcopat. Ce pouvoir fut
exercé par les Apôtres, et leurs successeurs ont poursuivi l’exercice d’une
telle mission. Suivant le conseil de l’Apôtre des Gentils, ceux-ci ont jugé
également les causes civiles pour y faire prévaloir le droit tempéré de la
charité (cf. 1 Co 6, 1-7). Saint Augustin le rappelle : « Constituit
enim talibus causis ecclesiasticos cognitores, in foro civili prohibens iurgari
christianos » (Enarrationes in Ps 118,
Sermo 28, 3). Quand le Christianisme aura transformé les mœurs de la
société, ces causes séculières seront remises au forum civil, où on
aime également voir la justice appliquée suivant les normes de la Vérité
divine.
Ce ministère du juge
ecclésiastique est pastoral parce qu’il vient en aide aux membres du Peuple de
Dieu qui se trouvent en difficulté. Le juge est pour eux le Bon Pasteur qui
console celui qui a été frappé, guide celui qui s’est fourvoyé dans l’erreur,
reconnaît les droits de celui qui a été lésé, calomnié ou injustement humilié.
L’autorité judiciaire est ainsi une autorité de service, un service qui
consiste en l’exercice du pouvoir que le Christ a confié à son Eglise pour le
bien des âmes.
Pour être
évangélique, un tel service devra éviter toute forme d’absolutisme ou d’égoïsme
; il devra s’accomplir dans le respect de la personne, libre et responsable ;
il consistera à guider sans opprimer, à aimer son frère qui accepte l’obédience
comme un devoir et non comme une nécessité extrinsèque, comme un bien pour le
chrétien et un bénéfice pour la communauté.
Le juge tiendra compte,
grâce à l’aequitas canonica, de tout ce que la charité suggère et
consent pour éviter la rigueur du droit, la rigidité de son expression
technique ; il évitera de juger selon la lettre — qui tue — pour animer ses
interventions avec la charité, qui est un don de l’Esprit qui libère et vivifie
; il tiendra compte de la personne humaine, des exigences de la situation
qui, si elles obligent parfois le juge d’appliquer la loi avec plus de
sévérité, doivent aussi le porter à exercer habituellement le droit de manière
plus humaine, plus compréhensive ; il devra avoir soin non seulement de
sauvegarder l’ordre juridique, mais également de guérir et d’éduquer,
témoignant ainsi d’une véritable charité. L’exercice pastoral du pouvoir judiciaire
est plutôt curatif que vindicatif ; s’il y a des peines à appliquer, il ne
faudra jamais que celles-ci aient l’air d’une vengeance, mais, selon la pensée
de Saint Augustin, elles devront se présenter comme une expiation voulue (cf. De
Civitate Dei, 21, 13).
Sera également œuvre
pastorale, cette doctrine pondérée, constamment rajustée et adaptée en vertu de
la même aequitas canonica que vous appliquez. Les décisions de la Rote
sont un monument de science juridique et de sagesse chrétienne, auquel viennent
s’ajouter à présent, comme heureux complément, les décisions du Tribunal
Suprême de la Signature Apostolique, régulièrement publiées. Profitons-nous
suffisamment de ce trésor qui ne comprend pas seulement des normes juridiques
et des règles de droit, mais aussi de nombreuses indications pastorales de
caractère psychologique et social ?
Mais parler de
Pastorale aujourd’hui comporte un autre sens qui est lié étroitement à la
mission pastorale de l’Episcopat et à la mission apostolique de l’Eglise. La
Pastorale est l’organisation bien pondérée de l’apostolat; elle a en vue la
répartition équilibrée des
personnes ; elle favorise une plus parfaite collaboration grâce à un programme
pastoral fondé sur une information sérieuse et objective, programme qui ne
peut toutefois suffoquer l’Esprit (cf. 1 Co 12, 11), ni empêcher la
liberté de ses dons (Th 5, 19). Cette pastorale d’ensemble ne peut
devenir ni une chaîne, ni une forme nouvelle d’autoritarisme, de domination ou
de centralisation excessive.
Plus encore que d’un
renouvellement du travail apostolique grâce à une meilleure collaboration, la
Pastorale se préoccupe des personnes, de ceux qui sont à la recherche de la
vérité, de ceux qui doivent grandir dans le Christ. C’est en ce sens qu’une
Constitution du Concile Vatican II fut appelée « pastorale » ; elle constitue
un effort d’insertion, de présence de l’Eglise « qui veut exposer à tous
comment il envisage la présence et l’action de l’Eglise dans le monde
d’aujourd’hui » (Gaudium et Spes, Avant-Propos, 2, 1).
Le Droit canon, tout
comme les Pasteurs et les juges, doit s’ouvrir aux exigences d’une pastorale
renouvelée. Comme l’affirmait notre vénérable prédécesseur Pie XII,
« Quemadmodum omnia quae in Ecclesiae sunt ita ius canonicum quoque omnino
in animarum curationem contendere... Sive cum is ecclesiasticas res
administrat, sive cum iudicia exercet, sive cum sacrorum administrator aut
Christi fidèles consilio iuvat, assidue cogitet a se de animorum salute...
rationem esse reddendam » (AAS 45, 1953, 688).
Nous sommes heureux
d’avoir pu développer en votre compagnie ces réflexions sur les exigences de
votre mission, sur la nature du Droit commun et sur le mystère de l’Eglise. Ce
mystère nous est toujours présent à l’esprit; nous en avons tellement fait
souvent l’objet de nos considérations ; ses divines profondeurs nous
apparaissent toujours plus lumineuses, plus réconfortantes : Ecclesia de
Trinitate (cf. St cyprien, De
Orat. Dom., 23 ; PL 4, 553). L’Eglise est ce Christus totus qui,
dans l’Esprit, unit l’humanité à la vie divine où le Père des Lumières
s’exprime dans son Verbe pour unir à Lui l’un et l’autre, dans ce mutuel amour
qu’est l’Esprit Saint. L’Eglise est le sacrement de cet amour; voilà pourquoi
elle est la mère des hommes créés à l’image de Dieu, et sauvés par le Verbe
fait chair; elle est signe de vie divine et instrument de salut. Et vous, en
prononçant vos sentences « solum
Deum prae oculis habentes » vous servez et adorez précisément ce Dieu d’Amour.
La justice que vous
devez exercer avec équité canonique, vous la voulez plus rapide, plus
indulgente, plus sereine : Plus rapide : en fait, la prudence ne
s’identifie pas nécessairement avec la lenteur qui provoque même parfois une
réelle injustice et procure un grand dommage aux âmes ; plus indulgente : mais
l’équité canonique « non plus aequo urgeatur ita ut normas neglegere suadeat
», parce qu’alors elle deviendrait nuisible et cause d’incertitude (F. roberti, De Processibus, p. 99)
; plus sereine : en effet, il n’est rien qui pourrait être plus nuisible
pour l’ordre social qu’une jurisprudence qui, pour être pastorale, voudrait se
passer du droit; pour assainir des situations pénibles, elle porterait
préjudice à la vérité révélée et aux faits de la foi ; et dans le consentement
matrimonial, elle ne réussirait plus à découvrir ce contrat de fidélité et de
secret d’union qui, dans la volonté humaine, est la première fleur de l’amour.
Nous n’ignorons pas
la préoccupation de tant de juges qui, comme vous, voient diminuer le nombre
d’étudiants dans nos facultés de Droit Canon. Cette situation place certaines
Eglises particulières dans l’impossibilité d’exercer avec compétence et
rapidité le munus iudicandi qui leur a été confié par Dieu ; et cela
peut aussi causer préjudice au plein exercice des prérogatives de l’Episcopat.
Voilà les pensées
que nous avons cru bon de soumettre à vos méditations, dans l’espoir qu’elles
vous feront comprendre toujours plus que votre mission est importante, que
votre responsabilité est pastorale, que vos sentences peuvent apporter paix et réconfort.
En témoignage de
notre reconnaissance et de notre estime, c’est de tout cœur que nous vous
donnons notre Bénédiction Apostolique, à vous tous qui êtes ici présents ainsi
qu’à tous vos collaborateurs.
Au cours du Consistoire Secret qu’il a tenu le 5 mars, dans la matinée, Paul VI a prononcé une importante allocution au cours de laquelle il a révélé les noms des deux Cardinaux « in petto » créés en 1969 et il a expliqué les raisons pour lesquelles il n’avait pas rendu publiques ces nominations avant ce jour. Le Saint-Père a laissé entendre, en outre, qu’il envisageait d’adjoindre au Collège des Cardinaux les Patriarches et certains Evêques pour participer à l’élection du Souverain Pontife.
Vénérables Frères,
Cardinaux-Evêques, Prêtres et Diacres de la Sainte Eglise Catholique Romaine.
Réunis aujourd’hui
au nom du Seigneur pour tenir ce Consistoire, il nous faut considérer avec
attention cette vénérable Assemblée que vous formez et que nous avons
l’habitude de désigner sous le nom de Sacré Collège des Cardinaux. Selon
l’histoire de l’Eglise et le droit canonique, ses membres se voient confier la
fonction d’entourer le Souverain Pontife en tant que principaux conseillers et
collaborateurs, en l’aidant à remplir sa charge apostolique de guide de
l’Eglise. Ainsi ces Cardinaux constituent comme un Sénat qui assiste le
Successeur de Pierre, l’apôtre que le Christ a voulu instituer « principe et
fondement perpétuels et visibles de l’unité de foi et de communion » (Lumen
Gentium, 18). C’est pourquoi on peut dire de ce Sacré Collège qu’il est
d’une certaine façon « une partie de notre corps », comme Nous le trouvons
écrit dans les anciens documents ecclésiastiques (cf. wernz, II, 459) ; et il peut ainsi revêtir le caractère déjà
bien connu et aujourd’hui mieux défini de « Presbyterium » qualifié de
l’Eglise romaine, au sein du Collège des Evêques et en rapport avec lui, ce
Collège dont le récent Concile œcuménique a illustré clairement le pouvoir très
large qu’il doit exercer en communion hiérarchique avec le pouvoir qui Nous
appartient comme Pasteur universel.
Et si cette
institution ecclésiastique, Nous parlons du Presbyterium, a été citée
expressément par le même Concile comme un instrument au service de la charge
pastorale des Evêques dans toute sa complexité, ceci Nous semble justifier,
d’une façon certaine et par une sage disposition, la raison pour laquelle
existe notre Sacré Collège, votre Sacré Collège, et aussi sa composition à la
fois variée et uniforme, due uniquement au libre choix du Pontife romain. Cela
confirme également la dignité attachée au Sacré Collège et les prérogatives
dont il jouit, la première étant, lors de la vacance du Siège apostolique,
d’élire le Successeur de l’Evêque de Rome et donc du Pontife Romain, et la
seconde consistant à représenter de façon particulière vos Eglises respectives.
Celles-ci en effet, à travers vos personnes — comme les titres cardinalices qui
vous sont attribués le manifestent de façon symbolique — participent de façon
originale et significative à l’unité et à la catholicité de l’Eglise
universelle, ici même où, par la volonté du Christ, elle apparaît comme « Mater
et Caput ».
Que l’on ne soit
donc pas surpris si, suivant l’exemple de notre vénéré prédécesseur Jean XXIII,
Nous avons estimé opportun d’augmenter quelque peu l’importance numérique
traditionnelle du Sacré Collège des Cardinaux en choisissant de nouveaux
membres, très dignes, dont Nous allons lire bientôt la liste officielle, même
si vous la connaissez déjà. Comme, en effet, l’Eglise s’est étendue et que le
nombre de ses membres a augmenté, il importe que, pour l’honneur et le service
aussi bien du Collège épiscopal tout entier que de Nous-même, une nouvelle
vigueur soit apportée au Collège des Cardinaux.
Pour cette raison,
Nous ajoutons aujourd’hui des membres à ce Collège de façon que leur nombre
parvienne à un chiffre encore jamais atteint. Cependant, il Nous a paru bon
d’établir une norme en ce qui concerne les Cardinaux jouissant du droit d’élire
le Pontife Romain ; Nous décidons en effet que le nombre des Cardinaux ayant
la faculté de procéder à cette élection ne doit pas dépasser cent vingt personnes. Nous souhaitons en outre que
cette norme dûment pesée reste longtemps en vigueur et que nos Successeurs dans
la charge apostolique veuillent bien l’observer.
La liste des
Cardinaux que Nous allons donc proclamer dans un instant ne comporte
aujourd’hui aucun nom de Patriarche des Eglises orientales. Cela s’explique par
le fait que Nous avons voulu accorder satisfaction à un souhait exprimé par
certains d’entre eux. Il n’en demeure pas moins que Nous comptons bien nous
assurer toujours davantage de leurs conseils, importants à nos yeux, et de
leur fraternelle collaboration ; qui plus est, Nous nous posons la question de
savoir s’il ne convient pas de saisir l’occasion de bénéficier de la
contribution qu’ils peuvent peut-être apporter à l’élection du Souverain
Pontife.
De même Nous nous
demandons s’il n’est pas opportun de prendre en considération la possibilité
d’associer au Sacré Collège des Cardinaux, pour une fonction si importante,
ceux que le Synode des Evêques, qui est en quelque sorte l’émanation du Corps
constitué par tous les Pasteurs de l’univers, choisit — sans excepter ceux qui
sont désignés par le Pontife Romain — pour constituer le Conseil du Secrétariat
général de ce Synode, dont ils sont ainsi les représentants.
Mais avant de lire
les noms des nouveaux Cardinaux, Nous ne voulons pas omettre de faire mémoire
de vos collègues récemment retournés à Dieu, en nous laissant le regret de
leurs personnes et l’exemple de leur vie bien digne de notre reconnaissance.
Parmi eux, qu’il Nous soit permis d’évoquer les noms de trois Cardinaux défunts
vers lesquels notre pensée se tourne avec piété et affection : le Cardinal
Eugène Tisserant, Doyen du Sacré Collège durant de longues années, homme de
grand mérite et de grand renom à plus d’un titre, et duquel Nous avons reçu
l’ordination épiscopale ; le Cardinal Giuseppe Pizzardo, si remarquable par son
infatigable activité, et par qui Nous fûmes appelé au service du Saint-Siège ;
le Cardinal Angelo Dell’Acqua, notre Vicaire général pour le Diocèse de Rome,
surpris par la mort en août dernier, alors qu’il se trouvait en pèlerinage à
Lourdes. De ces Cardinaux, et de tous les autres qui sont décédés, Nous
gardons un souvenir reconnaissant et Nous leur assurons nos ferventes prières.
Il est aussi une
chose particulière que Nous voulons vous révéler maintenant : Nous voulons en
effet vous rappeler qu’au précédent Consistoire tenu le 28 avril 1969, Nous
avions parlé de deux membres désignés pour le Sacré Collège dont Nous gardions
les noms « in petto ». Nous sommes heureux aujourd’hui de vous faire connaître
le premier d’entre eux : notre vénérable Frère Stepán Trochta, Evêque de
Litomerice en Tchécoslovaquie. Nous avons décidé de l’adjoindre à votre
Collège non seulement pour reconnaître publiquement ses mérites de Pasteur
fidèle et extrêmement zélé, mais aussi par affection pour le pays dont il est
le fils et qui Nous est très cher à tant de titres.
Ce qui Nous a alors
retenu de dévoiler son nom, c’est que le vénérable Cardinal Joseph Beran vivait
encore, bien qu’atteint d’une grave maladie qui devait l’emporter peu après :
même hors des limites de sa patrie, il conservait le titre de l’illustre
archidiocèse de Prague ; ce qui Nous a retenu surtout, c’est le désir et
l’espérance, que le Saint-Siège n’a pas abandonnés alors et qu’il n’abandonne
pas davantage aujourd’hui, de faire avancer, en attendant, les démarches
entreprises pour s’acheminer vers la normalisation de la situation de l’Eglise
en Tchécoslovaquie et du gouvernement canonique des diocèses qui s’y trouvent.
Après être parvenu
ces tout derniers jours, par la nomination et l’ordination de quatre Evêques de
cette région, à un commencement de solution pour ce problème — ce n’est donc
pas encore achevé, mais Nous espérons que nos souhaits seront bientôt
progressivement réalisés —, Nous sommes heureux d’annoncer cette nouvelle qui,
Nous n’en doutons pas, réjouira et comblera non seulement les catholiques, mais
aussi tout le peuple tchécoslovaque.
Notre choix s’était
porté également sur un autre insigne serviteur de l’Eglise, qui a mérité
d’elle au plus haut point par sa fidélité, par ses souffrances et ses
privations prolongées dont sa fidélité fut la cause ; il fut lui-même comme le
symbole et l’exemple lumineux de la fidélité de tant d’Evêques, de prêtres, de
religieux, de religieuses et de fidèles de l’Eglise roumaine de rite byzantin !
Il s’agit de notre vénérable Frère Julius Hossu, Evêque de Cluj-Gherla, décédé
le 28 mai 1970.
C’est lui qui,
lorsqu’il sut notre intention, Nous supplia instamment de ne pas y donner
suite, en invoquant des motifs témoignant d’une telle dignité, en révélant un
oubli de soi si édifiant et un si émouvant esprit de service de son Eglise,
que Nous nous sommes senti contraint de respecter son désir, au moins en
n’annonçant pas à ce moment son élévation au Cardinalat.
Mais maintenant
qu’il a disparu de ce monde qui conserve de lui un souvenir reconnaissant et
attristé, Nous nous estimons presque obligé de faire en sorte que l’Eglise
entière connaisse notre volonté, surtout l’Eglise roumaine, afin d’en être
réconfortée et encouragée, et qu’elle comprenne les raisons pour lesquelles
ce choix n’a pas été rendu public avant aujourd’hui.
Nous avons à présent
la joie d’énumérer les prélats d’élite que Nous avons jugés dignes, à cause de
leurs bons services, d’être agrégés à votre très vaste Collège, au cours de ce
Consistoire. Ce sont :
Albino Luciani, Patriarche de Venise ;
Antonio Ribeiro, Patriarche de Lisbonne ;
Sergio Pignedoli,
Archevêque titulaire d’Iconium ;
James Robert Knox,
Archevêque de Melbourne ;
Luigi Raimondi,
Archevêque titulaire de Tarse ;
Umberto Mozzoni,
Archevêque titulaire de Side ;
Avelar Brandâo
Vilela, Archevêque de Sâo Salvador de Bahia ;
Joseph Cordeiro,
Archevêque de Karachi ;
Aníbal Muftoz Duque,
Archevêque de Bogota ;
Boleslaw Kominek,
Archevêque de Breslau ;
Paul Philippe,
Archevêque titulaire d’Héraclée la Majeure ;
Pietro Palazzini,
Archevêque titulaire de Césarée de Cappadoce ;
Luis Aponte
Martínez, Archevêque de San Juan de Porto-Rico ;
Raul Francisco Primatesta, Archevêque de Córdoba ;
Salvatore Pappalardo, Archevêque de Palerme ;
Ferdinando Giuseppe Antonelli, Archevêque titulaire d’Idicra ;
Marcelo Gonzáles
Martin, Archevêque de Tolède ;
Louis Jean Guyot,
Archevêque de Toulouse ;
Ugo Poletti, Archevêque titulaire de Cittanova ;
Timothy Manning,
Archevêque de Los Angeles de Californie ;
Paul Yoshigoro Taguchi, Archevêque d’Osaka ;
Maurice Otunga,
Archevêque de Nairobi ;
José Salazar López,
Archevêque de Guadalajara ;
Emile Biayenda,
Archevêque de Brazzaville ;
Humberto S.
Medeiros, Archevêque de Boston ;
Paulo Evaristo Arns,
Archevêque de Sâo Paulo ;
James Darcy Freeman,
Archevêque de Sydney ;
Narciso Jubany
Arnau, Archevêque de Barcelone ;
Hermann Volk, Evêque
de Mayence ;
Pio Taofinu’u,
Evêque d’Apia.
C’est pourquoi, en
vertu de l’autorité de Dieu Tout-Puissant, des Saints Apôtres Pierre et Paul et
de la nôtre, Nous créons et Nous proclamons solennellement Cardinaux de la
sainte Eglise Romaine les prélats que Nous venons de nommer.
Parmi ceux-ci, appartiendront à l’ordre des Diacres : Sergio Pignedoli,
Luigi Raimondi, Umberto Mozzoni, Paul Philippe, Pietro Palazzini, Ferdinando
Giuseppe Antonelli.
Nous voulons que les
autres appartiennent à l’ordre des Prêtres.
Avec les dispenses,
dérogations et clauses nécessaires et opportunes. Au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit, Amen.
Nous vous saluons,
vénérables Frères, que Nous avons appelés tout à l’heure à faire partie du
Sacré Collège des Cardinaux !
Nous vous saluons,
prêtres et fidèles venus du monde entier entourer Vos Pasteurs !
Nous vous saluons,
dignes représentants des Autorités gouvernementales et civiles de diverses
nations, qui démontrez par votre présence la joie et la reconnaissance qu’a
suscitées, dans vos pays, la nomination de vos illustres compatriotes,
incorporés dans l’antique assemblée des collaborateurs du Pape !
A vous tous qui
emplissez cette salle des Audiences, en lui conférant une atmosphère toute
particulière qui Nous comble d’admiration et de stupeur, à vous ces paroles
cordiales de bienvenue !
Nous sommes venu
avec beaucoup de joie saluer ici les nouveaux Cardinaux que Nous avons admis à
faire partie du Sacré Collège il y a quelques heures, pendant le Consistoire
secret, comme vous l’ont annoncé les Billets qui vous ont été remis par notre
Secrétaire d’Etat. Nous avons souhaité ne pas apporter de retard à notre
première rencontre avec vous, qui êtes appelés dorénavant à participer, plus étroitement
et avec une plus grande responsabilité, à notre mission universelle, à notre
humble service de l’ensemble du peuple qui Nous a été confié par le Christ
(cf. Jn 21, 15-17). Cette première rencontre se déroule non seulement
avec vous, mais avec les membres si nombreux de chacune de vos Eglises, avec
les Autorités religieuses et civiles, avec vos familles, qui vous entourent en
ce moment pour vous exprimer leur émotion et leur affection.
La grande joie du
moment n’appelle sûrement pas un véritable discours ; Nous ne voulons pas
toutefois Nous dispenser de saisir le sens profond de cet événement,
extraordinaire dans la vie de
l’Eglise contemporaine, et de cette réunion pacifique et significative de ces
hommes de toutes les races et de toutes les langues, ici, près du tombeau de
Pierre. Nous n’avons qu’à laisser parler les faits, suffisamment éloquents par
eux-mêmes.
Le spectacle que
vous offrez, vénérables Frères, avec les dignes représentants de vos Eglises,
est avant tout celui de l’unité, de la communion qui existe dans
l’Eglise, dont l’Eglise est le signe visible dans le monde. Le fait que vos
fidèles vous aient suivis jusqu’ici, symbolisant la famille entière de chacun
des diocèses qui vous sont confiés, démontre combien ceux-ci vous sont unis, combien
ils veulent vivre avec vous cette étape si honorifique et importante, aussi
bien pour leur communauté ecclésiale que pour votre vie. Ainsi revit cette koinonia
qui fusionnait, dans l’Eglise primitive de Jérusalem, les cœurs des chrétiens
avec les Apôtres, et qui se nourrissait d’Eucharistie, de prière et d’amour
fraternel : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des Apôtres, fidèles
à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,
42). Ainsi se renouvelle la très ancienne discipline, « selon laquelle — comme
l’a dit Vatican II — les Evêques établis dans le monde entier communiaient
entre eux et avec l’évêque de Rome dans le lien de l’unité, de la charité et de
la paix » (Lumen Gentium, 22). Et l’unité du Peuple de Dieu, serré
autour de ses propres Pasteurs dans la communion de la foi et de l’amour, se
réalise visiblement. Vous offrez aujourd’hui ce spectacle à Nous-même, à toute
la communauté des croyants, bien plus, à toute l’humanité, comme vous offrez
par ailleurs un tableau splendide et émouvant de l’universalité de
l’Eglise.
Cette réalité, nous
la trouvons aujourd’hui ici rendue visible, quasi tangible. Il y a les Eglises
antiques, de tradition vénérable remontant aux temps apostoliques et aux
péripéties les plus glorieuses de l’antiquité chrétienne, dont le seul nom
rappelle d’illustres pages d’histoire religieuse et profane : voici Palerme,
voici Tolède, sièges du premier siècle, voici Toulouse, du troisième siècle ;
voici, du quatrième siècle, Lisbonne, Mayence, et Barcelone dont l’Archevêque
a été dans l’impossibilité, pour raison de santé, de se trouver parmi nous :
Nous tenons à lui adresser nos vœux les plus cordiaux ; puis Breslau, et Venise
dont le patriarcat, bien que plus récent, se réclame de l’apostolat de Marc,
évangéliste et interprète de Pierre ; à côté d’elles, voici les Eglises du
Nouveau Monde, San Juan de Porto-Rico (1511), dont l’Archevêque est venu
jusqu’ici avec sa vieille maman qui a eu 18 enfants ; puis Guadalajara au
Mexique (1548), Sâo Salvador de Bahia au Brésil (1551), Bogota en Colombie
(1564), Cordoba en Argentine (1570), Sâo Paulo, encore au Brésil (1745) ; et
puis, au siècle dernier, Boston et Los Angeles, aux États-Unis d’Amérique ;
Osaka, au Japon moderne et fascinant ; Sydney et Melbourne, en Australie. Mais
ce sont surtout les jeunes Eglises, nées de l’effort missionnaire contemporain
de tant d’énergies cachées, qui, grâce à ce Consistoire, en arrivent à être
plus largement représentées : voici le Pakistan, avec l’Archevêque de Karachi,
le Kenya avec celui de Nairobi, le Congo avec le Prélat de Brazzaville, et
enfin l’immense et lointain Pacifique, avec l’Evêque de cette île d’Apia que
Nous avons visitée au cours de notre voyage en Extrême-Orient et dans le
Pacifique il y a trois ans, y voyant de près sa généreuse vitalité, et d’où
Nous avons adressé au monde notre appel en faveur de la collaboration
missionnaire. Elle est donc ici présente, l’Eglise de l’avant-garde, l’Eglise
missionnaire, « appelée de façon plus pressante à sauver et à rénover toute
créature, afin que tout soit restauré dans le Christ, et qu’en Lui les hommes
constituent une seule famille et un seul peuple de Dieu » (Ad Gentes, 1).
Et à travers les Pasteurs que Nous voyons ici, entourés de leurs fidèles diocésains,
venus de si loin, Nous avons voulu honorer tous les autres pasteurs, tous les
prêtres autochtones et les admirables missionnaires, tous les fidèles de ces
peuples très chers, afin que resplendissent de façon plus vive dans le monde la
beauté de leur mission, l’exemple de leur foi, l’ardeur authentique de leur
charité apostolique.
A côté d’eux, Nous
devons faire mention de nos collaborateurs qui, durant de longues années, ont
apporté au Siège apostolique, selon un service exemplaire, fidèle et souvent
caché, la contribution de leur expérience et de leurs meilleures énergies : ce
sont là des vies consacrées à l’Eglise, qui ont tout donné, et qui donneront
encore beaucoup, pour son rayonnement dans le monde.
Tandis que Nous
adressons de nouveau nos respectueux hommages aux autorités de chacun de vos
pays et de chacune de vos cités,
Nous formons le vœu que cette page d’histoire, qui s’écrit aujourd’hui, tourne
à l’avantage de l’unité et de la fraternité du monde, et surtout au
resplendissement et au réconfort de la Sainte Eglise.
Puisse le Seigneur
confirmer les vœux de ce jour ; et en son nom, de tout cœur, Nous vous
bénissons, en même temps que tous ceux qui sont spirituellement présents et qui
participent à notre joie commune.
Au cours de la messe concélébrée avec les nouveaux cardinaux, dans l’après-midi du lundi 5 mars, le Saint-Père a prononcé l’homélie suivante :
Frères !
Relevons un instant
notre tête penchée sur l’autel, notre tête remplie des paroles pénétrantes et
solennelles que la liturgie nous fait écouter, et regardons autour de Nous,
regardons spécialement vers vous, Frères concélébrants. Laissons courir sur nos
visages une onde de respect et d’affection, nous les participants de la table
du Seigneur, et cherchons-en le pourquoi. C’est un lien original et
profondément ecclésial : vous célébrez en ce moment avec Nous ce saint
Sacrifice, parce que Nous vous avons appelés à faire partie du Sacré Collège
cardinalice. Ce Collège est défini historiquement non seulement par sa position
canonique fondamentale et particulière dans l’Eglise romaine, mais aussi par la
fonction spirituelle et efficiente qui vous est confiée, d’être proches de
Nous, de Nous assister et de Nous aider dans la mission qui Nous vient du
Christ, et qui consiste à guider pastoralement son peuple, l’Eglise, qui a pris
aujourd’hui une telle amplitude quant à son extension, à ses besoins et à ses
problèmes. Merci à vous, Frères, et que la paix soit avec vous pour avoir
accepté notre invitation, pour être venus et vous être mis aussitôt aux côtés
de notre humble personne, prêts à partager « la sollicitude de toutes les
Eglises » (2 Co 11, 28), c’est-à-dire, depuis ce Siège apostolique, à
servir et à réconforter un autre Collège beaucoup plus large, le Collège
épiscopal, et avec lui l’ensemble du Peuple de Dieu. Ici, sur la tombe de
l’Apôtre Pierre, confirmons notre résolution commune de répondre ensemble en
paroles et en actes à la demande pressante du Seigneur : oui nous l’aimons, nous l’aimerons, nous n’aimerons que Lui seul
et pour toujours, jusqu’à la limite extrême de nos forces. Le Sacré Collège,
avec nous, avec tous ceux qui le composent, doit être, au sein de l’Eglise, un
foyer ardent de charité, de lumière et d’amour, d’autorité et de service, de
fidélité à l’Evangile.
Oh ! qu’exulté notre
cœur, qu’exulté le vôtre, en cette rencontre de nos regards et de nos esprits
! Nous voudrions avoir de nouveau sur les lèvres vos noms et plus encore les
noms de vos Eglises, de vos peuples respectifs, si le temps Nous permettait de
les prononcer; Nous aurions ainsi l’impression de faire écho à la page des
Actes des Apôtres qui nous donne la liste colorée des peuples représentés lors
de l’accomplissement du prodige de la Pentecôte (cf. Ac 2, 9 ss.). Ne
devons-Nous pas Nous réjouir comme pour une fête en réalisant que chacun de
vous, les nouveaux Cardinaux, est élevé en ce moment-ci au rang de représentant
de son diocèse et de sa nation ? Ne pouvons-Nous pas vous confier que ce
pluralisme géographique et ethnique a été intentionnel dans le choix de vos
personnes, et que Nous aurions même voulu l’étendre, si cela avait été possible
? Le génie de l’Eglise n’est-il pas la catholicité ? Nous voulons aussi
espérer que, en participant à cette cérémonie, vous et ceux qui vous assistent,
et même tous ceux qui ont le regard assez limpide pour saisir le sens de cet
événement, saurez découvrir un signe de catholicité, c’est-à-dire d’amour
universel. Tel est l’amour qui anime l’Eglise romaine.
Mais ici, de la
confrontation qui se dessine à nos yeux entre ce fait, ce rite accompli dans la
Basilique Saint-Pierre, et le monde qui nous entoure et dans lequel nous
vivons, naît une question dans notre esprit, et peut-être aussi dans le vôtre:
sommes-nous à l’unisson de notre temps, y a-t-il un rapport plausible entre
l’Eglise et le monde, comme le récent Concile œcuménique l’a recommandé de
façon si autorisée ?
Celui qui, parmi
nous, s’abandonne à la contemplation de cette Basilique, aux souvenirs, aux
émotions qu’elle suscite dans l’esprit ému par le rite suggestif que nous
sommes en train de célébrer, celui-là entre dans un état de rêve, il oublie la
réalité historique et profane, théâtre de notre vie présente, et se sent transporté
dans un autre monde, loin de l’heure actuelle. Nous avons l’impression de
remonter les siècles ou, mieux, de vivre hors du temps. Une question, une grave question, tient en éveil notre
conscience, la voici : l’Eglise vit-elle dans l’histoire ou hors d’elle ?
L’Eglise, avec ses enchantements traditionnels — tels, en effet, peuvent nous
apparaître ses rites, ses coutumes, ses institutions présentes — ne nous
rend-elle pas étrangers à la réalité de l’histoire ? Ne serait-elle pas
elle-même un anachronisme ? Et sa fidélité toujours vivante à des conceptions
et à des institutions d’un autre âge ne nous détourne-t-elle pas du mouvement
universel et innovateur du progrès, de l’actualité fuyante ? Ne nous rend-elle
pas timides, uniquement soucieux de conserver le passé et de freiner la course
vers l’avenir ?
Le problème existe
et il présente en ce moment un caractère d’urgence qui pourrait entraîner deux
réponses contradictoires et aussi fausses l’une que l’autre : celle de
l’immobilisme et celle du relativisme. Le rapport entre l’Eglise et l’Histoire
ne demeure pas aveuglément fixé aux formes du passé, en écartant l’Eglise du
mouvement de l’Histoire qui évolue et qui change, qui procède sans cesse à de
nouvelles conquêtes visant toujours des fins futures et eschatologiques ; mais
il ne permet pas non plus à l’Eglise d’abandonner les trésors accumulés au
cours de sa marche dans le temps — surtout celui de la foi, qui est
inaliénable — pour se mettre fébrilement au pas insensé d’une société qui, ne
trouvant par ailleurs aucun équilibre ni aucune paix, précipite sa course :
son but, c’est la révolution, et, avec elle, la perte de la liberté. L’Eglise
au contraire — Dieu en soit loué ! —, lorsqu’elle est fidèle à elle-même, a
simultanément le double charisme de la fixité et de la rapidité, parce qu’elle
possède la Vérité divine et éternelle, qui est en dehors et au-delà du temps et
qui, tout en la conservant dans sa vivante identité, la pousse à se
perfectionner et à se renouveler continuellement.
Ce sont là des choses
que vous savez, et des choses qu’aujourd’hui vous vivez. Car il n’est pas vrai
que les structures constitutionnelles et les traditions authentiques éprouvées
par les siècles soient des chaînes qui entravent le cheminement de l’Eglise à
travers le temps ; elles en sont à la fois le soutien et le stimulant. Nous
vous le rappelons à vous, nos Frères Cardinaux, à vous, nos Frères Evêques,
Prêtres et Diacres, afin que vous ne vous rendiez pas victimes de vous-mêmes,
c’est-à-dire de la dignité et du pouvoir que l’Eglise vous confère, comme s’ils étaient de pesants fardeaux qui vous
obligent à en défendre le caractère au détriment de la fonction, et comme s’ils
constituaient, en raison du style noble et sacré qu’ils imposent à votre vie
configurée à celle du Christ (cf. Co 4, 10 ; 1 Th 2, 14),
un obstacle à la ferveur libre et audacieuse d’un apostolat plus valable. Ne
pensez jamais être en dehors de la vie vécue, en dehors de l’histoire, du fait
que vos personnes et vos idées ont une forme propre modelée sur l’expérience
authentique de l’Eglise; pensez plutôt comment vous, associés ainsi à l’Eglise
de Pierre, vous êtes à Pavant-garde des grands mouvements qui entraînent
l’humanité vers ses destins inéluctables et si difficiles à atteindre pour elle
: Nous voulons dire l’unité, la fraternité, la justice, la liberté vécue dans
l’ordre, la dignité personnelle, le respect de la vie, la maîtrise de la terre
sans en rester prisonnier, la culture sans en rester dérouté... Mieux encore :
il n’y a guère longtemps un grand responsable du développement industriel
moderne nous confiait : « Le monde du travail, au fond de son âme inquiète,
avide et souffrante, a besoin aujourd’hui de transcendance ; il a besoin de
quelqu’un qui lui en apporte l’annonce et lui en donne, par son exemple, le
signe vécu... Pourquoi ne les lui donnez-vous pas, vous, les ministres du
Christ ? Pourquoi craignez-vous ? Ne connaissez-vous pas la force d’attraction
de votre message et de votre ministère? » (cf. Mt 8, 26 ; Jn
15, 20). Ces paroles deviennent
encore plus convaincantes si nous pensons, comme le Maître nous l’a enseigné,
que le témoignage est d’autant plus efficace qu’il est valorisé par l’insuccès
et la souffrance !
Voilà qu’ainsi se
dessinent à l’horizon de l’avenir, à partir de ce rite, les chances, les
meilleures chances pour la cause de l’Evangile et l’accroissement de l’Eglise :
tous ceux qui parmi vous sont aujourd’hui associés à notre ministère pontifical
par ce lien très étroit et très particulier du cardinalat aideront ce ministère
à demeurer ferme, à se renouveler, à être fécond, et ils s’en feront les
propres témoins dans cette Rome catholique et jusqu’aux confins de la terre.
Voilà ce que Nous souhaitons, ce que Nous demandons, au nom du Christ et dans
le rôle de Pierre, en vous bénissant tous de grand cœur.
Vénérés Frères !
Fils bien-aimés !
Et vous aussi et
tout spécialement, enfants et jeunes gens que cette année-ci encore Nous avons
désiré inviter à cette importante et solennelle cérémonie religieuse qui
précède et inaugure les grandes, et toujours neuves, célébrations pascales !
Nous serons bref,
mais vous, écoutez-nous bien ! Il est du plus grand intérêt que nous soyons
tous unis à l’Eglise, ou, mieux encore, que nous composions l’Eglise (qui
signifie précisément l’assemblée de ceux qui croient dans le Christ) pour commémorer,
pour renouveler liturgiquement l’événement qui dépasse tous les événements, et
qui, à tous les événements de la terre et de l’histoire, se réfère sous
l’aspect de notre salut; c’est Pâques, fait et mystère de la rédemption de
l’humanité. Jamais autant qu’aux jours de Pâques, notre religion n’assume une
importance aussi décisive pour notre vie, notre vie présente et notre vie
future, celle de nous tous et de chacun d’entre nous. Pâques constitue le point
focal vers lequel convergent tous les rayons de notre existence, de nos
destinées. Dans l’événement de Pâques nous sommes tous engagés, et nous devons
dire « oui » ou dire « non ».
Comment et pourquoi
ce fait et ce mystère ? Qui est capable de répondre à cette demande en laquelle
s’accomplit la synthèse suprême de la foi avec la vie ?
Essayons de répondre
en faisant deux considérations qui nous sont suggérées par la célébration
liturgique que nous accomplissons en ce moment. La fête des Rameaux, replacée
à ses origines — et dont le souvenir enveloppe la répétition symbolique que
nous en faisons aujourd’hui — que nous dit-elle ? Elle nous dit que Jésus, le
Jésus de Nazareth, le fils de Marie et, sur le plan légal, fils du charpentier
Joseph (Mt 13-55), le jeune Rabbi qui, depuis environ trois ans,
parcourait la Palestine, prêchant comme jamais personne n’avait prêché (Jn 7,
46) usant d’un langage simple et sublime au point de se révéler mystérieux
prophète (cf. Jn 4, 19 ; 6, 14) et accomplissant des miracles étonnants
(Jn 3, 2), suscitant en somme un intérêt inexplicable au sujet de la
réalité de sa Personne —, tout l’Evangile est plein de la curiosité relative
précisément à la définition de Jésus : qui était-il vraiment ? (cf. Mt 11,
3 ; 16, 14 ; et plus particulièrement l’Evangile selon Saint Jean), — eh bien,
donc, ce Jésus dénoue, finalement — au moins partiellement — le mystère de son
identité et ce jour-là, le jour des Palmes, le jour des Rameaux, c’est-à-dire
le jour de son entrée, humble et triomphale, à Jérusalem, il se laisse
proclamer Messie.
Messie, cela veut
dire quoi ? Ici l’exposé devrait être long, mais nous devons le centrer sur la
signification que ce nom avait acquise dans la maturation providentielle de la
révélation divine au Peuple élu : Messie voulait dire, d’une part, l’homme de
la tradition pure et privilégiée, c’est-à-dire le fils de David par excellence,
et voulait dire, d’autre part, l’homme de l’avenir, l’homme de l’espérance, le
roi des destinées divines, le prophète de la bonne nouvelle (cf. Is 61,
1) ; le Prêtre revêtu d’un pouvoir suprême, le serviteur de Jehova, expiateur
et libérateur, le Fils de l’homme en qui se concentraient toutes ces
prérogatives, au point de rendre sa figure quasi-indéfinissable (cf. Jn 8,
14), mais exceptionnelle par sa puissance et sa majesté (cf. Mt 14, 62).
Dans les très humbles signes que l’Evangile nous rappelle, Jésus laisse
finalement transparaître les titres de sa réalité, cette réalité transcendante
qui constituera les chefs d’accusation avancés pour sa prochaine condamnation :
Fils de Dieu (Jn 19, 7 ; Mt 26, 63) et Roi des Juifs (cf. Mt 2,
2 ; 21, 5 ; 27, 37) : lisez le récit du procès de Jésus — la liturgie
d’aujourd’hui le place immédiatement après le rite des Rameaux — et vous
verrez surgir ces titres messianiques de Jésus, pour lesquels il sera crucifié,
mais en vertu desquels, après sa Résurrection, il sera, par l’Eglise primitive
et ensuite au cours des âges jusqu’à nous, proclamé Jésus Notre Seigneur,
Jésus-Christ (cf. Ac 2, 36).
Faisons donc en
sorte, aujourd’hui où nous célébrons cette fête des Rameaux, que l’écho des
voix qui, ce jour-là, ont acclamé Jésus en tant que Messie, résonnent dans nos
âmes, et mieux encore, faisons en sorte que dans nos cœurs et sur nos lèvres
retentissent ces mots : vive Jésus, le Messie de l’humanité, Fils de Dieu et
Fils de l’homme, roi et maître, lumière et sauveur du monde. Nous nous trouvons
ici pour professer avec une vigueur triomphante que le Christ est la voie, la
vérité et la vie, qu’il est notre salut, notre sécurité, notre paix, notre
amour, la clé de tout pouvoir sur l’existence humaine (cf. Ap 1, 18),
notre espérance et notre bonheur ! Et, aujourd’hui, l’explosion de notre foi est
aussi forte que, comme l’exprima Jésus en ce temps-là : si nos voix se
taisaient, les pierres parleraient (Lc 19, 40).
Et voici,
maintenant, notre seconde considération; celle-ci nous concerne directement,
nous hommes, nous fidèles qui nous disons croyants et chrétiens. Elle vous
concerne tout spécialement, vous, les jeunes ici présents : vous sentez-vous
capables de proclamer Jésus avec cette conviction, avec cette volonté de réagir
contre la mentalité indifférente et négative qui se révèle autour de nous, avec
ce choix décisif de son nom bénit et des conséquences innovatrices dans notre
manière de concevoir et de conduire la vie que cela comporte ? Voulons-nous
vraiment proclamer Jésus comme notre Messie, notre Christ, Seigneur et Sauveur
? Notre Ami et notre Maître ?
Oh ! Quelle question
! Quelle option ! Quel assaut à nos habitudes, à nos idées, à nos espérances !
Voulons-nous, nous aussi, nous mêler au peuple en fête qui, finalement, se met
à Le suivre, devinant Qui Il est, et proclame, courageusement et joyeusement sa
propre foi en Jésus ?
A ce point, Nous
éprouvons le besoin, non seulement de vous parler à vous, jeunes gens, mais
aussi de vous parler de vous. Oui, de vous, les jeunes, tels que la vie moderne
vous forge et tels que certains parmi vous se vantent d’être : contestataires,
rebelles, avides de renverser ce que les générations précédentes ont édifié et,
en même temps assurés d’une transformation radicale et libératrice de la
société. Oui, parler de vous qui êtes souvent considérés et qualifiés comme
réfractaires à toute soumission, à n’importe quel joug, à la discipline, à
tout devoir, et libres, avides de vie instinctive et joyeuse, dégagés de tout
idéal qui impose dévouement, effort, loyauté. Non, ce n’est pas ainsi que Nous
voulons vous parler. Nous ne tenons pas à faire aujourd’hui l’analyse de la
jeunesse décadente dont nous trouvons en ces temps-ci quelques pitoyables et peu sympathiques exemples. Nous
préférons regarder vers vous avec une toute autre intention, certain de découvrir
l’aspect plus vrai, plus humain, plus chrétien de votre comportement. Nous
n’ignorons pas vos inquiétudes. Elles constituent en réalité des aspirations
profondes et personnelles vers une idéale figure d’homme, d’un homme qui soit
vrai, sincère, fort, généreux, héroïque et bon. Meilleur, en somme, que tous
les modèles des temps passés et des temps actuels : neuf et parfait. Elles sont
l’expression du désir, grandiose et merveilleux, d’un monde meilleur, libre et
juste, affranchi du pouvoir dominateur de la richesse égoïste, de l’autorité
despotique et injustement répressive; un monde rendu, au contraire, fraternel
grâce à un engagement commun de solidarité et de service. Vous pensez à
l’amour, celui de l’amitié, joyeuse, pacifique, expression courtoise de chaque
sentiment meilleur; et vous songez à l’amour, celui, impersonnel et sacré, du
don de soi ; à celui pour l’expansion de la vie ; à celui qui mérite le sacrifice
et qui rend heureux. Et puis vous, qui êtes maintenant assez mûris pour
comprendre, dans une synthèse panoramique, la société, la politique,
l’histoire, la dignité du genre humain, vous, donc, vous attendez une ère
idéale, mais réelle, où l’unité, la fraternité, la paix auront fini par régner
parmi les hommes. Jeunes gens, et vous tous, frères, qui allez ainsi en agitant
en vous ces idées universelles élevées, oh ! Ouvrez les yeux, éveillez vos
consciences ! Vous attendez, vous souhaitez une ère messianique: vous allez,
probablement sans vous en rendre compte, à la rencontre d’un nouveau Messie ;
oui ! à la rencontre du Christ Jésus. C’est Lui ; ce n’est que Lui qui peut
apaiser la soif profonde et mystérieuse de vos âmes. Jésus, Jésus !
Aujourd’hui c’est le jour, aujourd’hui c’est la fête de notre découverte, de notre
espérance, de notre joie. Acclamons tous ensemble : Hosanna ! Béni soit celui
qui vient au nom du Seigneur ! (Mc 11, 9-10).
Au cours de la Messe, célébrée le soir du Jeudi-Saint, dans l’Archibasilique de Latran, Paul VI a prononcé l’Homélie suivante :
Frères,
Soyez les bienvenus
à cette cérémonie du Jeudi-Saint, à laquelle, tous, nous sentons que nous
devons assister avec l’adhésion la plus totale. Le fait même que nous la
célébrions ici, en cette Basilique de Saint Jean de Latran, cœur de l’Eglise
Catholique, et que nous ayons voulu nous y trouver tous ensemble, pénétrés
comme nous le sommes du sens intérieur de la solennité du rite et avides de
comprendre intimement ce que nous sommes en train d’accomplir, nous nous mettons
à la recherche, presque anxieuse mais certainement fervente, de sa
signification.
Nous en parlerons
brièvement, en concentrant notre attention sur quelques paroles de Jésus,
l’hôte qui se trouve au premier plan dans la dernière Cène. Que, dans Son esprit,
ce fût la dernière, Il le dit lui-même (Lc 22, 15-16) et il le fit
également comprendre tout au long de ce repas, intime et très triste, motivé
par la célébration de la pâque rituelle juive (cf. Jn 16, 5-7) et, comme
on le sait, cette réunion atteindra son point culminant dans les mystérieuses
paroles de l’institution de la Très-Sainte Eucharistie, suivies d’autres
paroles qui ont, elles, une valeur didactique et instituent un autre sacrement,
celui de l’Ordre sacré, générateur ministériel de l’Eucharistie elle-même : «
Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24-25) a
dit Jésus. Et c’est en vertu de ces paroles que nous nous trouvons réunis ici
ce soir. Ces paroles ont valeur de testament, et elles resteront vraies et
efficaces jusqu’à Son retour parmi nous, au terme de l’ordre temporel présent,
à la fin des siècles : donec veniat, aussi longtemps que Jésus ne sera
pas retourné parmi nous, dit Saint Paul. C’est donc un mémorial par excellence qui est rappelé et
répété en ce moment où nous exécutons le commandement qui le rend perpétuel,
présent dans tout le déroulement de l’histoire; c’est la présence du Seigneur
qui accompagne la marche de Son Eglise dans le temps, dans le « mystère de la
foi », ce qui suppose la présence réelle de Jésus sous les espèces
sacramentelles et exige une intelligence obéissante, un accueil plein de foi de
notre part, l’hommage amoureux de notre mémoire qualifiée.
Cet effort de la
mémoire est essentiel dans notre célébration. La prodigieuse faculté de la
mémoire est mise en œuvre comme stimulant de notre capacité réceptive de
l’Eucharistie. Celle-ci influence celui qui la reçoit par vertu propre ex
opere operato, mais son action est orientée vers l’exercice de notre
souvenir, c’est-à-dire l’accueil du Christ reçu et médité au-dedans de
nous-mêmes, vers sa présence constante, personnelle au-dedans de nous, mais en
même temps conceptuelle et réfléchie dans notre esprit, dans notre psychologie,
dans notre cœur, selon notre aptitude à l’assimiler, à l’accepter, à l’aimer,
à « coïncider avec lui », pour ainsi dire : donec formetur Christus in
vobis, jusqu’à ce qu’il soit formé en vous, disait Saint Paul (Ga 4,
19). Une intention fondamentale de permanence domine le mystère de
l’Eucharistie ; permanence, donc, séjour de Jésus parmi nous au-delà de la
limite abyssale de sa passion et de sa mort, permanence véritable, mais sous
le voile sacramentel qui, tandis qu’il nous enlève la joie de sa vision
sensible, nous offre la sécurité de sa présence effective et, en même temps,
l’autre avantage inestimable de son indéfinie et univoque pouvoir de
multiplication, dans les temps et dans l’espace, dans la mesure où il faudra
qu’il rassasie la faim de ceux qui demeureront dans sa foi et dans son amour.
Demeurer est l’intention sacramentelle de l’Eucharistie, c’est-à-dire par
rapport à Jésus ; demeurer est l’intention morale, c’est-à-dire par rapport à
nous, pour qui Jésus veut demeurer pendant toute la durée de notre pèlerinage
dans le temps, le viatique, le compagnon, l’aliment: nous devons demeurer
ainsi dans son amour. A l’appui de cette affirmation, voyez combien de fois le
mot « demeurer » est répété dans les discours de Jésus au cours de cette ultime
Cène (cf. spécialement Jn 15).
Aussi, Frères,
est-ce un devoir pour nous de stimuler nos âmes à se rappeler Jésus comme il
veut l’être ; et voici que de notre
mémoire spécifique jaillit impétueusement, c’est-à-dire avec une amoureuse
abondance, notre culte eucharistique auquel l’Eglise nous invite et nous
exhorte avec un inlassable empressement.
Puis, toujours en
limitant notre recherche à la signification essentielle de ce banquet pascal,
par lequel Jésus a voulu prendre congé de ses disciples, nous ne saurions
omettre de considérer le passage de l’image de l’agneau à la réalité de la
victime véritable pour nos Pâques, cette victime qu’est le Christ immolé
lui-même (cf 1 Co 5, 7), passage opéré avec l’institution de l’Eucharistie
qui, sous l’aspect du pain et du vin, représente et renouvelle, sans effusion
de sang, le sacrifice rédempteur de Jésus. Comment pourrions-nous, en un si
bref moment, parler d’une théologie si haute et si dramatique ? Quel bonheur
si, à l’insuffisance de notre discours et surtout de notre pensée, pouvait
suppléer, après l’acte de foi dont nous avons parlé, pouvait suppléer, donc,
l’amour. L’Eucharistie est le point privilégié de notre rencontre avec l’amour
que nous porte le Christ ; un amour qui se rend disponible pour chacun de nous
; un amour qui se fait agneau du sacrifice et nourriture pour apaiser notre
faim de vie ; un amour qui s’exprime dans la forme et dans la mesure de
l’authenticité spécifique exclusive la plus élevée, c’est-à-dire, un amour qui
est un don total : dilexit me — disait l’Apôtre — et tradidit
semetipsum pro me, il m’a aimé, et il s’est sacrifié pour moi (Ga 2,
20 ; Ep 5, 2 ; 5, 25) ; et notre pauvre et vacillant amour va à sa
rencontre, malgré sa timidité et sa faiblesse, pour répondre avec Pierre : «
Seigneur..., tu sais bien que je t’aime ! » (Jn 21, 15-17). L’amour aura
ainsi la fortune, par quelque intuition mystique et quelque plénitude
anticipée, de pénétrer dans le mystère de charité (cf. Ep 3, 17, 19) qui
dépasse toute conception, le mystère eucharistique, et de s’y plonger lui-même,
en participant à ce rite, humble et incommensurable, qu’est notre sainte Messe.
Frères, nous ne vous
en disons pas plus. Mais nous ne conclurons pas nos modestes paroles sans vous
en rappeler d’autres, que nous avons dans le cœur; que nous avons, elles aussi,
cueillies parmi toutes celles, inoubliables, que le Seigneur a dites au cours
de la dernière Cène ; les voici : « Je vous donne le nouveau Commandement
: aimez-vous les uns les autres comme moi, je vous ai aimés » (Jn 13, 34 ; 15, 12). Ce « moi, je... » c’est
Jésus, le Christ, Notre Seigneur ; et le « vous », ce sont les Apôtres, ce sont
tous les fidèles qui ont cru en Lui, « selon leur parole » (Jn 17, 20) ;
c’est nous, Eglise Romaine et Eglise catholique, nous, fils de la terre et du
siècle, qui devons tous, aujourd’hui Jeudi-Saint, nous sentir foudroyés par
l’amour crucifié et eucharistique du Christ ; et nous avons encore tant à
apprendre pour nous aimer les uns les autres, à son exemple et selon son commandement.
A l’issue de la Messe de Pâques qu’il a célébrée sur le parvis de Saint-Pierre devant une foule considérable, le Saint-Père, avant de donner la Bénédiction « Urbi et Orbi », a lu le Message Pascal traditionnel dont nous publions le texte ci-dessous :
Notre message de
Pâques, en cette année 1973, arriverait difficilement à nos lèvres et
arriverait avec peine à vos oreilles si la vérité même, la réalité du fait
déconcertant ne venait à notre secours et ne nous obligeait à nous présenter à
nouveau au monde et à répéter, avec la sécurité originelle, renforcée même par
les nouveaux conflits d’une critique corrosive, le message antique et inouï, le
témoignage invraisemblable mais victorieux: il est ressuscité, oui, Jésus le
Christ est ressuscité, ressuscité de la mort, de notre mort fatale et horrible,
et il a inauguré une vie nouvelle, notre propre vie, mais refondue en une
métamorphose surnaturelle, dominée par les énergies célestes de l’Esprit (cf.
1 Co 15).
Oui, Frères, le
Christ est vraiment ressuscité. Et ce message renouvelé chaque année fonde la
vigueur de nos vœux de Pâques, pour vous qui nous écoutez, pour les peuples
répandus sur toute la terre qui attendent que leur parvienne encore l’habituel
message de Pierre, avec sa certitude.
Il est ressuscité ;
et ici Nous le laissons lui-même, le Christ, nous dire ces mots qui nous
répètent à tous la bienheureuse salutation : « La paix soit avec vous ! » (Jn
20, 19 et 26).
Que notre souhait
pascal de paix, adressé à tous, aille tout particulièrement là où la paix
n’existe pas encore, et là où elle est plus incertaine et précaire !
Notre voix vibre au
rythme des soucis actuels qui emplissent notre cœur. Que notre souhait rejoigne
donc l’Indochine, si longtemps objet de l’attention et des anxiétés du monde !
L’espoir, éveillé seulement tout
récemment, de voir la fin du long conflit, est encore exposé aux vents
contraires d’une situation incertaine qui le rend fragile et vacillant.
Que notre souhait
rejoigne la terre où le Seigneur Jésus est né, a enseigné, a souffert, est mort
et ressuscité ! Là où sa salutation de paix a résonné tant de fois et d’où
elle s’est répandue sur toute la terre, en même temps que son message d’amour
et de justice, là aussi où, hélas ! ne règne pas encore la paix !
La paix, nous la
souhaitons pareillement aux chères populations de l’Irlande du Nord. La
situation intolérable et douloureuse qui, malheureusement, se prolonge là-bas,
contre les aspirations et la volonté de la plus grande partie d’entre elles,
est une offense non seulement à l’humanité mais au nom de chrétien. Que se
taise la voix de la violence, et que parle au contraire celle de la sagesse et
de la bonne volonté ! Puissent les récentes propositions, bien connues
et autorisées, offrir une base favorable à un effort conjoint capable d’ouvrir
le chemin vers une vraie réconciliation dans la justice et la charité !
Notre regard
embrasse le monde et découvre tant d’autres foyers de contestation et de
situations d’injustice qui entraînent réactions et révoltes. Que là aussi
parviennent notre message de vœux et notre exhortation, accompagnés de notre
prière ; et de la coopération de tous ceux qui aiment la paix.
A tous les artisans
de paix, nos encouragements et notre bénédiction. Qu’ils soient assurés aussi
des prières de l’Eglise entière, étroitement unie au Christ son Sauveur,
vainqueur de la haine et de la mort, roi d’amour et de paix.
Et à tous ceux qui
sont impatients de voir réalisé dans le monde ce qui leur semble juste et
bénéfique, nous désirons redire : ce n’est pas par la violence que s’opère le
bien ! Encore moins un ordre humain équitable peut-il s’établir en empruntant
les voies de l’injustice ! Seul l’amour, fort, généreux, tenace, mais en même
temps patient et respectueux des lois de la justice et des droits de tous, peut
assurer aux peuples et à l’humanité un avenir meilleur.
Mais la paix pascale
ne limite pas son action à ces aspects douloureux de l’humanité. Elle est
tellement gonflée d’espérance et de joie que, nous parvenant du Christ
ressuscité, elle s’étend et se répand sur la terre entière et sur tous les
hommes.
Elle rencontre bien
d’autres réalités que celles dont Nous avons parlé. Elle rencontre des
tentatives déjà très avancées pour répondre aux besoins d’un ordre universel
que le monde, à son honneur, manifeste toujours plus: ordre où chaque peuple
trouverait sa manière originale de vivre dans le concert harmonieux du respect
mutuel, bien plus, dans la collaboration fraternelle qui donne toujours à
l’humanité la possibilité d’espérer et d’aimer. Le Christ, la Vie ressuscitée,
salue et accueille cet universel et gigantesque effort d’unité et de paix, le
fortifie et lui donne son but.
Davantage encore, sa
paix joyeuse, survolant les foules des nouvelles générations, rencontre l’océan
immense de la jeunesse, qui grandit et qui monte; elle cherche le chemin, elle
cherche la vérité, elle cherche la vie, vers où conduire ses pas incertains et
inquiets mais pleins d’ardeur. Oui, jeunes des temps nouveaux, le Christ vient
à votre rencontre avec son joyeux souhait pascal : paix à vous ! Paix et
sagesse, paix et authenticité humaine et surhumaine, paix et plénitude dans la
joie de vivre et d’aimer. Il se tourne ainsi vers vous parce qu’il est prêt à
vous dévoiler le sens des choses de la vie; et il vous attend ainsi à son
école divine et à la table de sa charité.
A tous et à chacun,
le souhait bienheureux de la paix pascale ; à vous qui souffrez; à vous qui
êtes seuls et cherchez un réconfort ; à vous qui cachez dans votre cœur le
silencieux mais cruel désespoir de l’indifférence, du scepticisme ; à vous qui
entrevoyez la cime de la grandeur humaine, le sacrifice pour aimer et servir,
et qui ignorez quand et à qui l’offrir : le Christ ressuscité, avec le trophée
de sa Croix, vient aussi vers vous et, comme à tous, vous tend les bras et vous
attire, avec son salut : paix aussi à tous ! C’est moi, n’ayez pas peur (cf. Mc
6, 50).
Et pour que ce
souhait vivifiant de Jésus ressuscité soit vraiment messager de paix, de joie,
de vie, voici pour tous notre Bénédiction Apostolique.
La présence de Sa Sainteté Amba Shenouda III, Chef de l’Eglise Copte Orthodoxe, a donné un caractère œcuménique à la célébration liturgique célébrée par le Saint Père le dimanche 6 mai à la Basilique Vaticane à l’occasion du XVI° centenaire de la mort de Saint Athanase, le Grand Evêque d’Alexandrie et Docteur de l’Eglise. C’est a dit le Saint-Père un témoin de la foi « qui a donné une contribution extraordinaire à la vie de l’Eglise dans un moment décisif de son histoire, alors que les hérétiques niaient la consubstantielle divinité du Verbe et donc du Christ ».
Ceci est le jour
établi par le Seigneur : exultons donc et réjouissons-nous ». Nous aimons
répéter cette acclamation liturgique motivée par la fête de Pâques, aujourd’hui
où la présence parmi nous du Patriarche Shenouda III — honoré lui aussi du
titre de « Pape » de la vénérée et très antique Eglise copte qui a son siège à
Alexandrie d’Egypte — emplit notre cœur d’une profonde émotion. Voici donc ici
le Chef d’une Eglise, encore à présent séparée officiellement de nous, absente
depuis des siècles de la célébration d’une prière en commun avec l’Eglise de
Rome, mais Chef d’une Eglise qui fait remonter son origine à Marc l’Evangéliste
que Pierre appela son fils (1 P 5, 13) et qui eut en Saint Athanase,
dont nous commémorons aujourd’hui le XVI° centenaire de la mort bienheureuse,
le champion invincible de notre commune foi de Nicée, c’est-à-dire la foi en la
divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ ; cette foi fut proclamée par
intuition divine par Simon, fils de Jonas, et Jésus lui-même l’a insufflée en
Pierre qui établit cette même foi comme fondement de toute l’Eglise ; et le
Chef de cette Eglise est ici, parmi nous, venu spontanément et tout exprès pour
renouer le lien de la charité
(cf. Col 3, 14), heureux présage de cette parfaite unité de l’esprit
(cf. Ep 4, 3), qu’à la suite du récent Concile œcuménique Vatican II,
nous essayons, humblement mais sincèrement, de recomposer; il est ici, au
milieu de cette grande assemblée de fidèles, sur la tombe de l’Apôtre Pierre,
...oh ! comment pourrions-nous ne pas tressaillir de joie, ne pas vous inviter
tous, vous les fils de cette Eglise Romaine et Catholique, à bénir avec nous le
Seigneur en ce jour extraordinaire ? Ne nous rendons-nous pas compte que le
livre de l’histoire de l’Eglise, dans lequel c’est principalement la main
mystérieuse du Seigneur qui guide la main de l’homme pour y écrire nova et
vetera (Mt 23, 52), qui ouvre devant nous des pages chargées de
siècles, et d’autres encore vierges qu’il nous offre, prêtes à enregistrer des
événements — que Dieu le veuille — meilleurs, c’est-à-dire les fastes de la
Providence miséricordieuse de Dieu dans les alternances de l’Eglise encore
pèlerine dans le temps ? Comment pourrions-nous ne pas saluer notre grand et
vénérable Frère lointain, aujourd’hui si proche de nous, notre visiteur, notre
hôte, aujourd’hui ici, près de notre autel, uni à notre prière pontificale ? Et
ne pas saluer aussi cette nombreuse et importante délégation qui compose sa
noble suite ?
La lecture de
l’Evangile (Lc 24, 35-48) que nous venons d’écouter, nous invite à
réfléchir sur un des sujets fondamentaux de notre foi, le thème de la
résurrection du Seigneur, notre Jésus. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Si tu
confesses de vive voix que Jésus est le Seigneur et si tu crois de tout ton
cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé » ? (Rm
10, 9). Et la narration évangélique de la Sainte Messe, que nous célébrons
en ce moment, semble vraiment vouloir nous attester la réalité du fait de la
résurrection du Christ, réalité objective, historique, démontrée même par
l’expérience directe et tangible des sens, bien qu’elle appartienne à un ordre
surnaturel ; elle semble également vouloir nous stimuler à ancrer notre foi,
irrésistible et plus vive que jamais, dans cette réalité inouïe et, comme
Saint Thomas, l’homme de la critique, du doute, de la vérification, elle nous
invite à crier ces paroles encore vibrantes aujourd’hui : « Mon Seigneur et mon
Dieu » (Jn 20, 28).
Et comme elle est
propice, cette méditation liturgique d’aujourd’hui qui célèbre, comme nous
l’avons dit, la glorieuse mémoire
de Saint Athanase, fier et impavide héraut de la foi ! Saint Athanase est Père
et Docteur de l’Eglise universelle, et voilà pourquoi il mérite notre souvenir
commun.
Le meilleur moyen de
rappeler le souvenir d’un Saint qui a contribué d’une manière si extraordinaire
à la vie de l’Eglise à un moment décisif de son histoire, au moment où les
hérétiques niaient la consubstantialité divine elle-même du Verbe, et par
conséquent de Jésus, nous semble être de réfléchir sûr l’héritage qu’il nous a
laissé : le témoignage de foi dans sa vie et dans sa pensée.
Quand nous méditons
sur son aventure humaine, nous rencontrons un croyant solidement fondé sur la
foi évangélique, un partisan et un défenseur convaincu de la vérité, prêt à
subir n’importe quelle calomnie, persécution ou violence. De ses 46 années
d’épiscopat, il en passa bien une vingtaine en exils successifs; notre propre
ville de Rome elle-même l’accueillit, sous le Pontificat de Saint Jules I
(337-352), et il y passa les trois années de son deuxième exil (avril 339 à
octobre 346).
Toujours présent
partout et faisant front à tous, aux puissants et aux errants, il professa la
foi dans la divinité de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, tant et si bien
que la tradition liturgique orientale le définit « colonne de la vraie foi »
(Apolytikion du 2 mai), tandis que l’Eglise catholique le place parmi les
Docteurs de l’Eglise.
Il fut en effet un
homme d’Eglise; pasteur vigilant et attentif, il consacra sa vie tout entière
à son service exclusif : non seulement au service de son Eglise d’Alexandrie,
mais de l’Eglise tout entière, portant de toutes parts avec lui la chaleur de
sa foi, l’exemple édifiant de sa vie — cohérente avec intransigeance —,
l’appel à la prière qu’il avait apprise parmi les moines du désert, auprès
desquels il avait dû bien souvent se réfugier.
La divinité du
Christ est le noyau central de la prédication de Saint Athanase aux hommes de
son temps, tentés par la crise arienne. La définition du premier concile de
Nicée (325) selon laquelle Jésus est le fils de Dieu, de la même substance que
le Père, vrai Dieu issu du vrai Dieu, constitue le point de référence constant
de sa doctrine. C’est uniquement si l’on accepte cet enseignement que l’on peut
parler de rédemption, de salut, de rétablissement de la communion entre l’homme
et Dieu. Seul le Verbe de Dieu
rachète l’homme parfaitement ; sans l’incarnation, l’homme resterait à l’état
de nature corrompue, dont la pénitence elle-même ne pourrait le libérer (cf. De
Incarnatione, PG 25, 144, 119).
Délivré de la
corruption par le Christ, sauvé de la mort, l’homme renaît à une vie nouvelle
et acquiert de nouveau la véritable image de Dieu, selon laquelle il a été créé
à l’origine et que le péché avait corrompue. « Le Verbe de Dieu — affirme Saint
Athanase — est venu lui-même, afin que, étant, Lui, image du Père, il puisse à
nouveau créer l’homme à l’image de Dieu » (De Incarnatione, ibid.).
Saint Athanase
développa cette théologie, la centrant sur la participation de l’homme racheté
à la vie même de Dieu, moyennant le baptême et la vie sacramentelle, arrivant
à affirmer avec une expression hardie que le Verbe de Dieu « s’est fait homme
pour que nous fussions divinisés » (De Incarnatione, ibid.).
Cette « nouvelle
création » comporte le rétablissement de ce que le péché avait compromis : la
connaissance de Dieu et un changement radical des mœurs.
Jésus-Christ nous
révèle, et nous rend possible, la connaissance du Père : « Le Verbe de Dieu
s’est rendu visible avec un corps afin que nous puissions nous faire une idée
du Père invisible » (De Incarnatione, ibid.).
De cette nouvelle
connaissance de Dieu découle l’exigence d’une rénovation morale, que Saint
Athanase réclame avec vigueur : « Celui qui veut comprendre le discours au
sujet de Dieu, doit se purifier dans sa façon de vivre, se rendre pareil aux
Saints par la similitude de ses propres actions, afin que, uni à eux dans la
conduite de sa propre vie, il puisse comprendre ce qui leur a été révélé par
Dieu » (De Incarnatione, ibid.).
Nous sommes ainsi
transportés au cœur de l’événement chrétien : la rédemption par l’opération de
Jésus Christ, le renouveau radical de l’homme avec sa restauration à l’image et
à la ressemblance de Dieu, le rétablissement de la communion de vie entre
l’homme et Dieu, qui s’exprime également en un profond changement éthique.
C’est là le message
sublime qu’aujourd’hui encore nous adresse Saint Athanase : être forts dans la
foi et cohérents dans la pratique de la vie chrétienne, même au prix des plus
grands sacrifices ; il nous
appartient de recueillir ce message, de le méditer, de l’approfondir et de le
réaliser dans notre vie.
Par les prières de
Saint Athanase, Père et Docteur de l’Eglise, que Dieu nous concède de pouvoir,
nous aussi, confesser dignement, à notre époque, que Jésus Christ est le
Seigneur et le Sauveur du monde !
Et pour finir, qu’il
nous soit permis d’adresser quelques mots aux fidèles que nous voyons ici
présents.
Fidèles de la
paroisse romaine de Saint Athanase ! Nous sommes heureux de vous voir
participer à cette grande cérémonie. Nous vous saluons tous et nous vous prions
de porter notre salut et notre bénédiction à tous les membres de votre
communauté paroissiale. C’est à vous qu’il est tout spécialement recommandé
d’honorer la mémoire du grand patron de votre paroisse : Saint Athanase.
Comment l’honorer ? Avec le souvenir de sa vie et la profession de sa foi. Avec
l’amour envers le Christ, Verbe éternel de Dieu, Fils de Dieu, et Fils de
l’homme, notre Maître et notre Sauveur. Et avec l’adhésion franche et fidèle à
l’Eglise du Christ, et avec la charité agissante à l’égard de notre prochain.
Nous sommes-nous bien compris ? Recevez tous, avec votre curé, notre spéciale
Bénédiction Apostolique.
Puis : nous avons
ici toute une belle et chère multitude de « Jeunes amis du Rosaire ». Chers
jeunes gens et enfants ! A vous tous, nous vous disons merci pour cette visite.
Ne croyez pas que le caractère particulier de cette cérémonie nous ait fait
oublier votre présence. Nous vous disons « bravo ! » pour votre manifestation
en l’honneur de la Très-Sainte Vierge et pour la dévotion que vous professez
envers son saint Rosaire. Sachez parvenir jusqu’au Christ sous la conduite de
sa Mère Marie qui est notre Mère. Et encore, Bravo ! Bravo ! Soyez persévérants
et recevez tous, vous et vos parents, vos éducateurs et vos amis notre paternelle
Bénédiction Apostolique.
Vénérables Frères,
Chers fils et chères
filles,
et vous tous hommes
de bonne volonté,
Pour la septième
fois nous célébrons la Journée mondiale des communications sociales. Nous
voulons vous inviter à réfléchir avec Nous au sujet proposé cette année à
notre attention à l’occasion de cette Journée : « Les moyens de communication
sociale au service de l’affirmation et de la promotion des valeurs spirituelles
».
La marche de
l’humanité à travers les siècles a été caractérisée par la recherche du vrai,
du beau, du bien. Au cours de cette longue quête, l’homme a visé à atteindre
l’absolu et il a voulu exprimer ses rapports avec son Créateur, souvent par le
moyen-du Sacrifice et de la prière. Ses aspirations à toujours plus et mieux
l’ont conduit à espérer une vie qui dure au-delà de Cette vie, et cette
espérance d’immortalité a influé sur ses attitudes et ses Comportements en ce
bas monde. Partout l’homme a poursuivi, à des degrés divers cependant et avec
plus ou moins de-succès, la recherche de la justice et de la liberté, de la
solidarité sociale et de la fraternité humaine. De même a-t-il toujours aspiré
à la paix au plus profond de lui-même, à la paix dans sa famille, à la paix
avec ses semblables. Ces valeurs spirituelles de l’humanité, et d’autres
encore, ont constitué un héritage qui s’est transmis de génération en
génération, comme un trésor commun à tous.
Les chrétiens ont
une responsabilité particulière à l’égard de cet héritage de l’humanité.
L’Evangile a reconnu ces valeurs comme fondamentales pour l’homme et il en a
étendu la signification et l’application. Par sa manière de vivre, par sa mort
et sa résurrection, le Christ a donné un nouveau sens à la vie humaine. A tous
les hommes il a inspiré des sentiments toujours plus élevés et de lui ils ont appris que, appelés fils de Dieu, ils le
sont en toute vérité, et qu’ils ont à témoigner de leur fraternité dans la
fidélité à son Esprit (cf. Jn 3, 1 ; 2 Co 3, 3). Eclairée par la
lumière de Dieu et riche d’une expérience unique de l’humanité, l’Eglise sait
et proclame qu’il n’est de développement de l’homme et de progrès des peuples
que dans l’accomplissement, par les valeurs spirituelles, des aspirations
humaines les plus hautes.
L’Eglise a reçu en
effet mission d’affirmer sans faiblesse toutes les valeurs du message
chrétien. Le Seigneur l’a chargée de le faire connaître jusqu’aux extrémités du
monde (cf. Ac 1, 8 ; Mt 28, 19). Les Apôtres devaient prêcher
l’amour de Dieu et de l’homme, le pardon et la réconciliation, et proclamer à
tous un message de paix. Ils devaient s’en aller à travers le monde entier et
prendre à cœur la cause des malades et des opprimés. A l’exemple de leur
Maître, ils devaient annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle qui libère (cf. Lc
4, 18).
Et il est de fait
que l’Eglise n’a cessé de répandre ces valeurs humaines et spirituelles, de
promouvoir des initiatives pour le progrès des peuples, initiatives visant au
développement de tout homme et de tout l’homme (cf. Populorum Progressio, 14).
Elle se doit de continuer à affirmer avec force toutes ces valeurs qui assurent
la réussite de la vie humaine, tout en rappelant que nos cœurs ne trouveront
leur repos plénier et définitif qu’en Dieu.
L’histoire des
siècles le montre : par leur vie et souvent par leur mort les chrétiens ont
rendu témoignage à ces valeurs spirituelles, auxquelles ils tenaient en tant
que fils de Dieu destinés à une vie éternelle. Les grands martyrs de Rome ont
eu des successeurs dans toutes les cultures, et ceux-ci ont témoigné comme eux
des valeurs qui font que la vie vaut la peine d’être vécue et donnent en même
temps son vrai sens à la mort. Par une heureuse coïncidence, cette Journée
mondiale des communications sociales est aussi la fête de saint Charles Luanga
et de ses compagnons martyrs. Eux également étaient sûrs des valeurs
spirituelles auxquelles ils croyaient, et en acceptant librement de mourir pour
leurs convictions, ils ont montré à quelle profondeur elles peuvent être
enracinées. S’ils sont honorés aujourd’hui dans le monde entier, c’est
précisément en raison des réalités spirituelles pour lesquelles ils ont vécu et
sont morts.
Tous les chrétiens,
quelle que soit leur condition, se doivent, comme ces courageux hommes de
Dieu, de témoigner par l’exemple de leur vie et d’être prêts à rendre compte de
l’espérance qui les habite (cf. 1 P 3, 15). Il en fut toujours ainsi.
Notre époque
bénéficie de l’avantage d’un immense progrès technique, qui caractérise d’une
manière toute particulière les moyens de communication sociale. Comme jamais
encore, les valeurs spirituelles peuvent et doivent trouver dans ces moyens des
instruments qui en facilitent l’affirmation et la diffusion d’une extrémité de
la terre à l’autre. A cet égard on ne peut pas ne pas y voir un don merveilleux
de la divine Providence à notre temps.
Certes, ce n’est pas
sans inquiétude que les hommes de bonne volonté constatent que les media sont
souvent utilisés à nier ou à altérer les valeurs fondamentales de la vie
humaine, ou même à susciter l’incompréhension et la méchanceté entre les hommes
(Communion et progrès, 9). Ces abus et le mal qui en résulte ne sont que
trop connus. La diffusion de fausses idéologies et l’excitation de désirs
immodérés touchant les biens matériels détournent souvent du véritable intérêt
pour la vraie sagesse et les valeurs solides.
Mais aujourd’hui,
c’est à une action positive que nous appelons tous les catholiques, et
notamment ceux qui sont engagés par profession dans les media. Nous les pressons
de répandre dans leur plénitude les valeurs du message vivifiant du Christ et
de faire résonner l’univers de la voix de leurs convictions, du cri de leur
foi, de la parole de Dieu. C’est là une mission importante et un grand service
à rendre à l’humanité. Nous les invitons à une collaboration franche et entière
avec tous nos frères chrétiens et avec les hommes de bonne volonté de tous pays
pour affirmer avec force et de manière efficace les principes qui fondent la
valeur et la dignité de l’homme. Nous demandons à tous ceux qui travaillent
dans les communications sociales d’informer sur les actes d’abnégation et de
dévouement qui se déroulent dans le monde, de faire connaître le bien immense
qui s’accomplit chaque jour, de porter à la connaissance du public les
témoignages de dynamisme, d’enthousiasme et de désintéressement si fréquents
aujourd’hui, particulièrement chez les jeunes.
Nous savons que
nombreux sont les professionnels des media qui brûlent du désir intense de
mettre ces instruments, neutres par eux-mêmes, au service du progrès de leurs
semblables (cf. Communion et progrès, 72). Nous les invitons instamment
à renouveler leur résolution et à transformer les mass-media en torches
brûlantes et en phares puissants pour éclairer le chemin du seul vrai bonheur.
Le monde d’aujourd’hui a besoin de voir les valeurs spirituelles affirmées dans
des témoignages concrets. Ceux qui disposent des moyens de communication
sociale doivent les utiliser de manière qu’il en soit ainsi. Le langage de
l’image et de l’imprimé, des couleurs, des sons et de la musique doit aider à
la diffusion des messages qui expriment la bonté, la beauté, la vérité. Presse,
radio et télévision, cinéma, théâtre et publicité sont à utiliser à plein dans
leur tâche d’apporter au monde le message dont il a besoin pour connaître sa
voie.
Lorsque les moyens
de communication sociale servent à affirmer et à promouvoir dans l’humanité,
toujours en quête de plus et de mieux, les valeurs spirituelles, ils aident à
préparer le jour de la nouvelle création, où la paternité de Dieu sera universellement
reconnue et où régneront fraternité, justice et paix. Et tandis que nous
lançons notre appel pressant, nous exprimons notre reconnaissance à tous les
hommes de bonne volonté dont l’effort va déjà dans ce sens. Nous désirons
manifester ici notre profonde estime à toutes les stations de radio et de
télévision, de même qu’aux organes de presse qui ont le souci de faire
connaître les nouvelles concernant l’Eglise et le Saint-Siège, ainsi que leur mission
d’affirmer et de promouvoir les valeurs spirituelles. Notre particulière
gratitude va à nos fils et filles de l’Eglise catholique qui, par leur
activité dans les media et leur dévouement à cette forme d’apostolat,
collaborent avec Nous à la diffusion de l’Evangile (cf. Ph 1, 5).
Nous invoquons
l’assistance du Verbe fait chair pour assurer le succès du vaste programme de
cette Journée : « Les Moyens de communication sociale au service de
l’affirmation et de la promotion des valeurs spirituelles ». En Son nom Nous
vous accordons la Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 1er
mai 1973.
Le mercredi 20 juin, Paul VI a reçu les membres du Comité pour la Famille, créé en janvier 1973 avec la charge d’étudier les problèmes spirituels, moraux et sociaux de la Famille. Le groupe était conduit par son Président, S. E. Monsieur le Card. Maurice Roy, Archevêque de Québec. Etaient présents aussi les deux Vice-Présidents : Mgr Gagnon et le professeur Bachelet, ainsi que les membres et les Consulteurs du nouvel organisme.
A l’adresse d’hommage du Card. Maurice Roy, le Souverain Pontife a répondu en ces termes :
Cher et vénéré
Monsieur le Cardinal, Vénérables Frères, Chers Fils et Filles,
C’est pour nous une
grande joie de rencontrer, à l’occasion de sa première assemblée plénière, le
Comité pour la famille que nous avons institué au début de cette année. Vous
êtes venus pour nous confirmer votre adhésion et votre collaboration et Nous
tenons à vous en remercier.
Dans le domaine où
vous nous apportez votre aide, des problèmes nombreux et urgents se font jour.
Aussi nous nous félicitons de voir comment, dès ses premiers échanges, votre
Comité a relevé la nécessité d’orienter son travail vers la recherche des
réalités permanentes qui sont constitutives de la famille, afin de mettre en
valeur ce qui lui est essentiel dans l’ordre de la nature comme dans celui de
la grâce.
Lorsqu’elle souligne
sans se lasser la valeur particulière et éminente de l’institution familiale,
l’Eglise prend en fait concrètement la défense de la vie humaine dans toute
son ampleur et dans sa conception la plus élevée. En voulant déterminer son sens et ses besoins essentiels, nous nous
trouvons dans un de ces domaines où la signification profonde de la nature
humaine ne peut se découvrir qu’à la lumière de la révélation. De toutes les
institutions humaines, le mariage est peut-être celle qui permet le mieux de
saisir la pensée du Dieu créateur et la manière dont il appelle l’homme à
coopérer à son œuvre.
De là découle
l’aspect sacral qui appartient au mariage. De là découle aussi sa véritable
structure qui comporte l’exclusivité et la pérennité de l’union qui le
constitue. Dans cette foi mutuelle qui est celle des époux, dans leur
responsabilité commune envers leurs enfants qu’ils ont la charge d’accueillir,
d’éduquer et de conduire à l’âge adulte, les foyers chrétiens trouvent une
participation mystérieuse mais réelle à l’action par laquelle le Christ s’unit
à son Eglise et la fait grandir. C’est dire la dignité du sacrement de mariage
qui devient le signe de cette union et la source de toutes les grâces dont les
époux ont besoin.
Engendrée par
l’amour, la société constituée par la famille se conserve et se renforce grâce
à l’amour mutuel de ses membres. Ainsi, qu’il s’agisse de la croissance
psychologique et morale de l’enfant, ou de l’épanouissement du couple dans
l’amour conjugal et l’exercice de ses responsabilités propres, la cellule
familiale est au service d’une vie pleinement humaine ; et elle est au point de
départ d’une vie sociale équilibrée dans laquelle le respect de soi est
inséparable du respect d’autrui.
Ces quelques paroles
suffisent à mettre en lumière le but du Comité que nous avons fondé. Le Concile
avait déjà relevé combien les déséquilibres du monde moderne pesaient
lourdement sur l’institution familiale (cf. Gaudium et Spes, 8). Les
risques qu’elle court, vous ne l’ignorez pas, vont chaque jour s’accentuant,
encore augmentés trop souvent par une utilisation des ressources de la science
en dehors des exigences morales chrétiennes. Face à ces difficultés et en vue
de promouvoir une pastorale familiale adaptée, la tâche confiée au Comité
s’avère d’une importance capitale. Il appartient tout d’abord à celui-ci de cerner
et d’étudier les problèmes actuels dans toute leur ampleur, en observant
attentivement les divers visages que prend l’institution familiale selon les
cultures et les civilisations, avec ses valeurs et ses déficiences. Cette
analyse objective doit aussi lui permettre d’être un lieu privilégié d’échange
et de confrontation, d’où pourront résulter à la fois un approfondissement des
questions doctrinales et pastorales qui se posent aujourd’hui, et une
concertation visant à favoriser une action pastorale efficace.
Nous savons le
travail déjà accompli en ce sens et nous vous en félicitons. L’importance des
réalités en cause suffit à stimuler vos efforts. Est-il besoin de vous
encourager, devant la gravité de certaines situations, à poursuivre vos
recherches à un rythme soutenu, en union avec les autres organismes de la Curie
romaine ? La prochaine « Année de la Population », en 1974, vous donnera
l’occasion de faire la preuve de votre efficience. Le Comité pourra ainsi
offrir une précieuse collaboration aux Pasteurs, et à toutes les Organisations
catholiques qui sont particulièrement engagées dans l’étude de ces problèmes.
Les graves sujets
que Nous venons d’évoquer nous tiennent à cœur : il y va d’une de ces réalités
fondamentales dont dépend, pour une grande part, la conception même de
l’existence et de son rapport avec Dieu. C’est pourquoi nous prions l’Esprit
Saint de vous accorder en abondance la lumière et la force nécessaires pour
accomplir cette œuvre d’Eglise et de civilisation humaine.
Nous tenons à
remercier Monsieur le Cardinal Roy qui, malgré les lourdes responsabilités qui
sont les siennes par ailleurs, a voulu présider personnellement cette première
et importante assemblée. Nous remercions aussi celui qui, en son absence, assume
immédiatement la responsabilité du Comité, c’est-à-dire Monseigneur Gagnon,
premier Vice-Président, et tous ceux, du laïcat et du clergé, qui collaborent
avec lui d’une manière plus directe au sein du « groupe de coordination ».
A vous tous, enfin, Membres et Consulteurs du Comité, réunis pour cette
première assemblée plénière, nous exprimons notre gratitude pour votre apport
si apprécié et nous vous donnons de grand cœur, en gage de l’assistance divine
pour vos travaux, notre affectueuse Bénédiction Apostolique.
Le vendredi matin, 22 juin, le Saint-Père a reçu, dans la Salle du Consistoire, Messieurs les Cardinaux résidant à Rome, qui ont voulu lui exprimer leurs vœux à l’occasion de sa fête et du Xe anniversaire de son avènement au trône pontifical.
Autour du Cardinal Doyen du S. Collège, Son Eminence M. le Card. Amleto Giovanni Cicognani, qui, au nom de toutes les personnes présentes, a prononcé une adresse d’hommage rappelant à grands traits les activités de Paul VI au cours de l’année écoulée et les espoirs que nourrit l’Eglise pour l’Année Sainte, se trouvaient tous les Cardinaux de Curie, les Préfets des S. Congrégations et les Chefs des autres Dicastères de la Curie Romaine, ainsi que l’Archevêque de Québec, le Cardinal Maurice Roy et l’Archevêque de Guatemala, le Cardinal Casariego, de passage à Rome. Répondant à l’adresse d’hommage du Card. Cicognani, le Souverain Pontife a prononcé le discours suivant :
Nous vous exprimons
notre gratitude, Monsieur le Cardinal Doyen, à vous et à tout le Sacré Collège,
pour ce geste d’affection envers notre personne, à l’approche du jour de notre
fête patronale et de l’anniversaire de notre élection à la Chaire de Pierre.
Nous vous remercions aussi des nobles paroles que vous avez eu la bonté de nous
adresser à cette occasion, en rappelant avec une trop grande bienveillance ce
que nous avons accompli au cours des dix années de notre pontificat. Nous
aurions préféré que cette date soit passée sous silence. Si nous avons toujours
présente à l’esprit la parole du psaume, nous en sentons encore plus vivement
cette année le devoir et la force libératrice : Non nobis, Domine, non nobis,
sed Nomini tuo da gloriam ! (Ps 113, 1). Nous avons cherché seulement la
gloire de son nom, seulement la diffusion de son règne, le progrès de l’Eglise,
la transmission de sa Parole, la proclamation de sa Vérité et de sa Paix. Nous
nous confions totalement à la miséricorde du Seigneur; et nous vous demandons
à vous, qui participez de plus près aux projets, aux anxiétés et aux
espérances de notre pontificat, de nous aider de vos prières.
Au cours de cette
rencontre fraternelle, nous ne voulons cependant pas nous arrêter d’abord au
souvenir du passé ; regardons plutôt vers l’avenir : vers tout ce que l’Eglise
est appelée à accomplir dans ce futur qui s’ouvre sous nos yeux. Le point
auquel Nous sommes parvenu nous stimule à penser à ce que l’Eglise et le mondé
attendent de nous, et aux immenses problèmes que nous pose « le ministère de la
réconciliation » (cf. 2 Co 5, 18) en ce moment particulier, ouvert sur
le dernier quart du siècle. Nous pouvons les affronter, croyons-nous, dans la
mesure où nous avons travaillé dans une complète fidélité au Concile Vatican
II. Si quelque chose a pu se faire, avec le concours de toutes les magnifiques
énergies à l’œuvre dans l’Eglise et dans le monde, cela a été seulement une
promesse, une préparation pour une nouvelle croissance, pour une nouvelle période
au cours de laquelle s’accomplira un grand pas en avant, dans une absolue
docilité à l’Esprit Saint, pour réaliser le dessein de Dieu sur l’humanité.
L’enseignement du
Concile est loin d’être devenu une réalité vivante pour beaucoup, bien qu’ils
s’en réclament ; c’est pourquoi la pleine adhésion à l’enseignement
conciliaire continue d’être le programme que nous voulons poursuivre avec une
humble fermeté au cours de cette nouvelle étape. Ce dernier a pour but propre
de conduire à instaurer de manière stable un style et une conception de la vie
dont les prescriptions, le programme et les intuitions conciliaires deviennent
le moteur continu et connaturel, la lumière permanente, le stimulant conscient
pour ce véritable renouvellement auquel pensait notre prédécesseur Jean XXIII
en convoquant le Concile, et dont la célébration de la prochaine Année Sainte a
fait son programme propre.
Avec la réforme
liturgique, les directives de la Constitution Sacrosanctum Concilium ont
été introduites et fermement établies, grâce à des mesures multipliées dans un
esprit pastoral, afin que, selon le désir des Pères, « les textes et les rites
soient organisés de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les
réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est
possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration
pleine, active et communautaire » (cf. ibid., 21). Ce mouvement nous a
conduit au nouvel missel et à la liturgie des heures, sans compter bien
d’autres révisions et innovations importantes dans les rites. Mais tout ceci
n’est qu’une introduction: ce à quoi nous devons viser, nous les pasteurs de
l’Eglise, sans nous reconnaître jamais satisfaits, c’est que nos efforts dans
le domaine liturgique doivent aider l’homme contemporain à prier vraiment; ils
doivent lui enseigner le contact vivant et personnel de son être avec Celui qui
est la source et le principe de cet être, avec Celui qui est notre Père, et
qui, avec le Christ, nous a donné le salut, dans l’Esprit Saint, a réforme
liturgique ne servirait à rien si n’augmentaient pas dans l’Eglise les vrais
adorateurs du Père, en esprit et en vérité (cf. Jn 14, 23), conscients
de leur dignité de membres du Christ, qui est présent de manière éminente dans
la communauté cultuelle et offre avec nous son sacrifice à Dieu (cf. joseph G. jungmann, De praesentia Domini in communitate cultus, dans
Acta Congressus Internationalis de Theologia Concilii Vaticani II, Cité
du Vatican 1968, p. 298). Le monde ne se sauve pas, aujourd’hui, sans la
prière.
Plus ce besoin de renouvellement
intérieur se fait vif, plus nous nous rendons compte que nous vivons dans un
monde sécularisé, comme on dit aujourd’hui, un monde clos sur lui-même et dans
son autosuffisance, qui ne demande pas Dieu, et qui, satisfait de ses propres
affirmations et déchiré par ses propres névroses, prétend qu’il n’a pas et ne
ressent pas le besoin de lui. L’Evangile s’adresse à ce monde : mais nous
devons nous demander avec quelle efficacité, avec quel accent incisif, avec
quel mordant nous accomplissons cette charge, quasi surhumaine. Nos méthodes
pastorales ne sont peut-être pas toujours adaptées aux exigences de l’homme
contemporain, qui a pourtant faim de Dieu et a la nostalgie de sa maison, sans
le savoir ou oser le reconnaître. Nos paroles le laissent peut-être
indifférent. Les méthodes d’une époque, répondant aux nécessités d’un contexte
sociologique différent, n’ont plus autant de prise sur une société et une
mentalité profondément changées. Or, la mise à jour des méthodes pastorales a
été un des buts de Vatican II, et nous n’avons pas manqué d’en rappeler
continuellement la nécessité dans notre enseignement : mais si nous voulons
faire un examen de conscience franc et sincère, nous ne pouvons dire que cette
mise à jour a déjà pleinement atteint les objectifs auxquels ont été appelés
les Evêques (Christus Dominus, 17), les prêtres (Presbyterorum
Ordinis, 13) et le laïcat (Apostolicam Actuositatem, 6, 8, 14). Les
conditions de la société dans laquelle nous vivons nous obligent donc tous à
revoir les méthodes, à chercher par tous les moyens à étudier comment porter à
l’homme moderne le message chrétien, dans lequel, seul, il peut trouver la
réponse à ses interrogations et la force pour son devoir de solidarité humaine.
Dans ce but, nous avons demandé à nos frères dans l’épiscopat d’étudier
ensemble, au prochain Synode des Evêques, l’évangélisation dans le monde
contemporain : c’est une manière de rappeler les consignes du Concile et de les
mettre en pratique. Elles nous appellent tous, en vue d’une fidélité totale à
notre devoir de ministres du Christ, et de dispensateurs des mystères de Dieu
(cf. 1 Co 4, 1). De cette manière, pensons-nous, on pourra continuer cet
effort, qui nous tient tant à cœur, pour contribuer à l’heureuse synthèse des nova
et vetera, des traditions et des réformes, pour conserver et mettre à jour
le patrimoine de la foi, afin que sa richesse intangible soit présentée de
manière convaincante aux hommes de notre temps.
Il est donc évident
que l’effort d’ajustement aux nouvelles exigences ne peut s’accomplir au prix
d’un travestissement de immuable message de la Révélation, du dépôt sacré que
nous avons le devoir de garder, en évitant les profanas vocum novitates (cf.
1 Tm 6, 20). Nous avons assisté, depuis le Concile, continuant et intégrant
la magnifique tradition, précédente, à l’épanouissement d’une riche
ecclésiologie qui, avec la christologie, a approfondi les vérités proposées par
les documents conciliaires. Ce processus n’est pas toujours allé de pair avec
le sens critique sain, avec les critères pastoraux, avec la recherche désintéressée
et avec la probité scientifique nécessaires dans les moments de grand
changement. D’où le double devoir de raffermir l’éternelle et intangible
vérité même dans le contexte changeant de la recherche, du progrès
scientifique, de la facilité des échanges et des divulgations, et d’exprimer
dans sa valeur qui transcende le temps, en l’adaptant au langage moderne et à
la sensibilité nouvelle, la richesse antique et permanente du message du
salut. Nos documents, l’introduction de nouvelles institutions, comme la
Commission théologique internationale, ont cherché à répondre à cette urgente
nécessité ; mais il importe de regarder en avant, pour renforcer l’intégrité de
toute la doctrine, sans aucune instabilité due à des modes passagères, et cela
en utilisant le langage nouveau auquel, à son tour, ne s’opposent d’autres
barrières que celles de la fidélité absolue à la Révélation et au Magistère
infaillible de l’Eglise, du respect du sensus fidelium et de
l’édification dans la charité. Nous attendons beaucoup de la collaboration
loyale et constructive des théologiens d’aujourd’hui pour contribuer à
rapprocher l’Evangile et la culture moderne, comme cela s’est déjà fait en
d’autres siècles cruciaux dans l’histoire de l’Eglise.
A partir de cet
accord, on doit continuer sur une échelle toujours plus vaste le dialogue avec
tous les hommes, qui a été le programme de notre pontificat, énoncé dès notre
première encyclique Ecclesiam suam et porté toujours plus avant, au nom
du Seigneur, soit à l’intérieur de l’Eglise, soit dans les contacts avec le
monde — non croyant, non chrétien, non catholique — afin d’instaurer des
rapports humains, fondés sur la collaboration réciproque, sur la sincérité
constructive, sur la douceur, sur la prudence. Le monde regarde vers l’Eglise,
qui doit avoir la capacité, la préparation et les méthodes adaptées pour
instaurer et porter plus avant le dialogue qui conduit à l’annonce de
l’Evangile du Christ.
Un tel engagement
dans l’évangélisation doit inspirer aussi une confiance encore plus grande à
notre bien aimé clergé diocésain et régulier, précieux collaborateur des
évêques, appelé, par le mandat spécifique et irremplaçable du sacerdoce ministériel,
à être parmi les fidèles l’intermédiaire de la grâce du Christ, à distribuer le
pain de son Corps sacramentel et de sa Parole, à continuer sa présence. Les
prêtres ont traversé et traversent encore ça et là une période de difficultés,
de souffrances, de désorientation surtout parce qu’ils se rendent bien compte
que les moyens pastoraux sont souvent inadaptés aux nécessités d’aujourd’hui.
Nous devons accomplir un nouvel effort pour les aider à surmonter ce moment, et
satisfaire au devoir qu’a l’Eglise d’aller
à la rencontre de ministères variés, de les faciliter de toutes les manières,
de leur offrir les moyens efficaces pour leur exercice. Le Concile a fait une
obligation aux évêques de s’occuper de manière particulière de leurs propres
prêtres (Christus Dominus, 16) : il importe, dans ce sens, que le clergé
se sache toujours plus aimé, suivi, écouté, mis au courant de l’action pastorale,
et qu’il soit en outre aidé à appuyer toujours plus ses méthodes pastorales,
qui ont toujours un rôle instrumental, sur la seule réalité qui compte: la
prière et l’union à Dieu, « l’âme de tout apostolat », obtenue grâce à une
piété eucharistique et mariale vécue, et à une familiarité assidue et fervente
avec la Parole de Dieu (cf. 1 Tm 4, 16).
Pour cette œuvre
d’évangélisation de l’Eglise dans le monde, nous voulons être au premier rang
aux côtés de nos Frères dans l’épiscopat, pour faciliter leur ministère. Les
soucis et les préoccupations pastorales des Evêques sont aussi les nôtres; et
si nous avons introduit les modifications que l’on sait dans notre méritante
Curie romaine, ce ne fut que pour rendre toujours plus étroits et féconds le
contact et la collaboration avec le corps des Evêques, que « l’Esprit
Saint a établis... pour diriger l’Eglise de Dieu que le Christ s’est acquise de
son propre sang » (Ac 20, 28),
En union avec eux,
comme Pierre avec les Apôtres, nous regardons les possibilités étonnantes qui
s’ouvrent à l’action pastorale de l’Eglise dans le monde. Oui, devant elle
s’entrouvre un champ illimité : pour le cultiver, toutes les forces valides
doivent être tendues avec une infatigable générosité et une vigilante
compréhension des signes des temps. Il y aurait de quoi trembler, il y a de
quoi trembler, si nous n’étions aidés par les vertus théologales de la foi et
de l’espérance en Dieu. Il y a dans le monde plus de trois milliards et demi
d’hommes, de nos frères, vers lesquels le Seigneur nous commande d’aller
prêcher l’Evangile (Mt 28, 19) ; et pourtant, en face d’eux nous sommes
une petite minorité, le « petit troupeau » (Lc 12, 32), qui, dans sa
petitesse, doit cependant trouver, non pas la justification d’un défaitisme
résigné, mais bien plutôt l’humilité et la hardiesse d’obéir au commandement
missionnaire du Christ.
A ce sujet, nous
nous tournons avec une grande espérance vers le laïcat catholique et par-dessus
tout vers les jeunes, auxquels
vont nos vives sympathies et notre paternelle affection. En dépit d’apparences
contrastées et d’attitudes tapageuses ou contestataires, nous avons confiance
dans les jeunes. A ceux qui cherchent parfois des voies nouvelles d’engagement
personnel, nous voudrions répéter la phrase inquiétante de l’Evangile : «
Pourquoi restez-vous tout le jour sans rien faire ? » (Mt 20, 6). Leur
soif d’absolu ne peut être apaisée par les succédanés d’idéologies ou
d’expériences pratiques aberrantes. Non, les jeunes ont en eux la capacité,
l’ingéniosité, la faculté d’invention, l’imagination, la force, l’esprit de
dévouement et de sacrifice qui leur permettent de donner leur contribution au
salut de leurs frères : « Allez vous aussi à ma vigne » (ibid., 20, 7).
Le Concile Vatican II a appelé le laïcat et la jeunesse à l’œuvre de
l’évangélisation (cf. Ad gentes, 15, 21 ; Apostolicam actuositatem, 12,
22). Nous nous réjouissons de voir ces directives mises en œuvre par un nombre
croissant de communautés, tandis que Nous souhaitons pour l’avenir qu’une
telle action soit plus étendue qu’elle n’a été jusqu’ici. Nous devrons faire
attention à cela, afin que l’évangélisation trouve ses ouvriers volontaires à
tous les niveaux de la vie ecclésiale. Plus de faits et moins de paroles :
voilà l’invitation que nous adressons à tous ceux qui aujourd’hui nous
écoutent.
Il faudrait en dire
autant de l’activité caritative de l’Eglise dans le monde, appelée aujourd’hui
à être présente sur des fronts immenses pour aider tous ceux qui souffrent. Une
magnifique floraison d’initiatives et d’œuvres nous disent, avec le langage
consolant de la réalité, que les fils de l’Eglise vivent avec un cœur ouvert à
toutes les tragédies du monde. Nos appels ne sont pas restés inentendus. Les
nombreux organismes de charité existant en divers pays accomplissent un effort
émouvant. En coordonnant les initiatives communes et en les rendant ainsi plus
utiles et plus opportunes, sans se substituer à elles, le Conseil Pontifical Cor
Unum trouve sa nature et sa finalité. Il permet de prévoir à l’avenir que
l’action caritative de l’Eglise sera toujours plus efficace : à une telle
harmonie dans l’action et la générosité, nous invitons tous nos fils, bien
plus, tous les hommes de bonne volonté, afin qu’on vienne au devant des
demandes d’aide, tragiques et dramatiques — celles qui, par exemple, ces
jours-ci, nous arrivent de l’Afrique —, pour manifester la vitalité et la
crédibilité de la foi elle-même, et l’effort conjoint pour le progrès humain
des peuples.
« Le développement
est le nouveau nom de la paix », avons-nous écrit en conclusion de l’Encyclique
Populorum Progressio (87). Ce nom est l’équivalent de la charité.
L’Eglise est appelée à favoriser la paix et le progrès, dans l’amour qui naît
du Cœur du Christ ; elle sait bien que c’est au Christ, caché dans les plus
petits de nos frères, que vont toutes les attentions les plus discrètes et les
plus humbles données à ceux qui ont faim, à ceux qui ont soif, à ceux qui sont
privés de vêtements ou de toit, à ceux qui sont malades ou prisonniers (cf. Mt
25, 34-46) ; à ceux qui sont sans instruction et sans dignité, aux
humiliés, aux opprimés, à ceux qui sont laissés en marge pour des préjugés ethniques
ou raciaux. Comme l’Eglise sait que le jugement final portera sur la charité et
sur la justice, elle est depuis toujours au service des hommes, ses fils et ses
frères : elle cherche à favoriser, par tous les moyens à sa disposition, la
paix, le développement des peuples moins fortunés, moins pourvus économiquement,
luttant avec patience et espérance, avec la douceur du Christ, pour l’avènement
de temps meilleurs. Elle agit comme le levain dans la pâte, faisant prendre
toujours mieux conscience à l’humanité de cette nécessaire solidarité
interpersonnelle. Comme Nous l’avons écrit dans l’Encyclique déjà citée : «
L’heure de l’action a maintenant sonné: la survie de tant d’enfants innocents,
l’accès à une condition humaine de tant de familles malheureuses, la paix du
monde, l’avenir de la civilisation sont en jeu. A tous les hommes et à tous les
peuples de prendre leurs responsabilités » (Populorum Progressio, 80).
Sur cette route, l’Eglise est aux côtés de ceux qui prennent à cœur, de façon
désintéressée, le sort de l’humanité.
Dans un tel
contexte, bien que consacrant notre discours plutôt aux aspects internes de la
vie de l’Eglise, nous voudrions faire ici rapidement allusion aux relations
officielles que le Siège Apostolique entretient avec bon nombre des Etats dans
lesquels s’organise la communauté des peuples, c’est-à-dire faire allusion à
leur motivation profonde et à leurs caractéristiques.
Entre l’année où
nous avons commencé à assumer la charge pontificale et aujourd’hui, le nombre
de ces Etats est allé en augmentant graduellement, jusqu’à pratiquement
doubler. Il faut noter que les pays qui se sont ainsi joints à ceux déjà liés
au Saint-Siège par des relations diplomatiques et qui sont d’ancienne
tradition catholique pour la plupart, sont au contraire pour la majeure partie
de civilisation non occidentale et non chrétienne.
Ce n’est pas
seulement la courtoisie ou les motivations souvent généreusement flatteuses
adoptées par -celui qui en prend courtoisement l’initiative, qui nous
conduisent à répondre affirmativement aux propositions qui nous, sont faites,
de nouer des relations toujours plus nombreuses de ce genre ; encore moins un
désir de s’affirmer sur le plan humain ; ou la tentation de nous introduire
dans un domaine étranger à la mission de l’Eglise et du Siège Apostolique ;
mais c’est bien la conscience d’un devoir — ou au moins d’un titre — qui
revient à ce dernier précisément à cause de sa vocation spirituelle et
religieuse.
Il nous semble en
effet que des peuples aussi divers, qui ne peuvent sûrement pas attendre de
nous s un appui d’ordre politique ou une aide matérielle, demandent pourtant
au Siège de Pierre quelque chose qu’il ne peut ni ne doit refuser de donner, et
que lui seul peut-être est en mesure de donner avec une netteté tellement
indiscutable et avec l’autorité qui lui vient de son histoire autant que de sa
nature : un souffle, c’est-à-dire une orientation, une inspiration morale que
tous, parfois confusément, sentent devoir animer et guider la vie des nations
et leurs rapports mutuels. Ce que fait le Saint-Siège, non seulement en
proclamant des principes, mais en participant, même comme membre de plein
droit, bien que selon des caractéristiques tout à fait particulières, à la vie
de la communauté internationale ; en en partageant aussi, de la manière qui lui
sied, les problèmes concrets et les responsabilités.
Sans aller jusqu’à
les rechercher, le Saint-Siège ne repousse pas en principe les invitations à
établir des relations dans lesquelles il voit un moyen de service conforme à
ses possibilités et à ses fonctions ; il est heureux au contraire de les
accepter. Ces relations, il les veut, pour sa part, confiantes et loyales ; respectueuses
de la souveraineté et des droits de tous les Etats, mais libres quant à
l’expression de son jugement ou pour la sauvegarde des droits et de la vie de
l’Eglise, tout comme pour la reconnaissance des prérogatives de la personne
humaine et le respect de toute
exigence légitime de l’esprit et de l’ordre moral ; relations telles, par
conséquent, qu’elles permettent une collaboration efficace au service des
intérêts majeurs communs à tous les Etats et à la communauté des peuples tout
entière.
Voilà l’esprit qui a
guidé le Saint-Siège dans son action de paix. Nous ne croyons pas pouvoir nous
limiter à appuyer, en ce domaine, les initiatives d’autrui que d’ailleurs, si
elles sont bonnes, nous encourageons, nous bénissons, et qui peuvent toujours
compter sur notre appui bienveillant. Nous pensons de notre devoir de nous
faire, autant qu’il est possible, un promoteur actif de paix et de
pacification, surtout là où manque, fait défaut ou se révèle insuffisante
l’action des autres : non pas pour nous substituer aux responsables plus
directs, mais parce que nous sommes conscient que personne plus que nous n’en
porte la responsabilité devant Dieu. Ni la conviction de la modestie de nos
moyens, ni le découragement devant le peu de résultats ou les obstacles qui
surgissent avec ténacité ne nous empêcheront de poursuivre dans cette voie.
Mais le sentiment du devoir accompli nous soutiendra, ainsi que la confiance
que la paix, possible même si elle est difficile, conquerra finalement les
esprits et les volontés des hommes.
Cette conscience a
conduit le Siège Apostolique, justement ces jours-ci, à accueillir favorablement
l’invitation à prendre part à la Conférence pour la sécurité et la coopération
en Europe, qui s’ouvrira à Helsinki au début de juillet prochain : initiative
qui intéresse non seulement l’Europe, mais aussi, en raison de son objet, la
famille entière des nations. La participation du Saint-Siège, discrète, sans
doute, comme le veut sa condition, entend exprimer un encouragement à cette
entreprise ardue et souligner l’importance prééminente des aspects moraux et
des droits parmi les facteurs pouvant en assurer l’heureuse réussite.
Ceci se rattache, à
notre avis, bien que sur un plan distinct, à ce domaine extrêmement vaste de
l’action pastorale, éducative, missionnaire, sociale et internationale, que
l’Eglise est appelée à remplir pour la sanctification de ses membres, pour le
salut spirituel du monde et pour le progrès des peuples. Toutes les forces
valides doivent se sentir engagées. Un nouveau frémissement de vie et de
générosité, un nouvel élan de foi et d’activité doit parcourir la communauté
ecclésiale tout entière pour atteindre
les buts qui s’ouvrent devant elle. Nous devons avoir conscience qu’une heure
privilégiée sonne au cadran de l’histoire du monde. Et tous, unis dans l’amour,
et conduits par un profond accord d’intention, nous devons nous savoir appelés
à collaborer à l’œuvre que Dieu attend de chacun de nous, pour la gloire de son
Nom, pour la venue de son Royaume.
L’Eglise, sortie du
Concile avec un visage renouvelé, si elle a été parfois troublée par des
déploiements de forces opposées, porte en elle de nouveaux germes de vitalité
qui donnent bon espoir pour une vigoureuse floraison de sainteté et d’action,
avec la grâce de Dieu. Ce ne sont pas les divisions, les incompréhensions, les
soupçons réciproques qui favorisent l’œuvre de l’Eglise dans le moment présent
; bien au contraire, :ils la troublent et la paralysent. La
confusion doctrinale et l’indiscipline font s’évanouir du visage de l’Eglise la
beauté radieuse de l’Epouse du Christ et en troublent les traits aux yeux sereins
des fidèles et de tous ceux qui regardent vers elle comme vers la cité située
au sommet de la montagne (cf. Mt 5, 14), comme vers l’étendard levé
au-dessus des nations (cf. Is 5, 26). Ce n’est pas ainsi, non, ce n’est
pas ainsi qu’il est possible d’offrir au monde d’aujourd’hui, miné de
l’intérieur par des idéologies et des modes d’action contraires non seulement à
l’Evangile mais aussi à la dignité humaine elle-même, cet exemple dont il a
besoin, en lui présentant les vertus évangéliques de pauvreté, d’humilité, de
pureté, de patience, de charité, d’héroïsme. D’où la nécessité d’une relance
vigoureuse de l’Esprit de l’Evangile que nous aimons voir dans l’initiative de
l’Année Sainte : mouvement de purification, de réconciliation, de sainteté
intérieure et de solidarité fraternelle, qui culminera à Rome en 1975 et qui
est déjà en train de se réaliser dans toutes les Eglises locales depuis la
Pentecôte dernière. Un profond renouveau spirituel doit animer les chrétiens,
leur faire sentir leur devoir d’être le sel de la terre, la lumière du monde (Mt
5, 13-14).
L’Eglise ! Quel
présent nous a fait le Seigneur en nous donnant l’Eglise ! « Elle est humble
et majestueuse. Elle se donne pour but d’intégrer toutes les cultures et
d’assumer en elle-même toutes les valeurs, et en même temps elle veut être la
demeure des petits, des pauvres, d’une foule de gens simples et dignes de
pitié. Elle ne cesse pas un instant de contempler Celui qui est à la fois le Crucifié et lé Ressuscité,
l’homme de douleur et le Seigneur de gloire, le Vaincu par le monde et le
Sauveur du monde » (H. de lubac, Méditations
sur l’Eglise, dans la Théologie après Vatican II, Brescia 1967, p.
327).
L’Eglise ! C’est le
désir ardent de toute notre vie, le soupir ininterrompu, entrecoupé de souffrance
et de prière, de ces années de pontificat, depuis que le Seigneur a voulu nous
confier la charge des brebis et du troupeau, en gage d’un amour mystérieux
dont nous découvrirons le motif secret seulement dans le ciel et qui’ nous
oblige, en retour, jour après jour, à une réponse d’amour : « Tu sais que je
t’aime » (cf. Jn 21, 15-17). Cet amour pour le Christ et pour l’Eglise
nous a poussé à conserver et à en garantir, au cours de ces années, l’unité et
la pleine concorde. La grâce de Dieu nous a donné son aide : mais nous devons
tout faire, avec nos frères dans l’épiscopat, avec les prêtres et les laïcs,
pour que cette unité, fruit très consolant et signe de crédibilité pour le
monde (cf. Jn 17, 21-23), demeure, s’affermisse, grandisse
considérablement. C’est l’ultime commandement du Christ, à l’autel de la
dernière Cène : « Qu’ils soient un » (cf. Jn 17, 21), « qu’ils soient
parfaitement un » (cf. Jn 17, 23).
Un tel commandement,
de même qu’il continuera à faire avancer et à soutenir, avec la collaboration
loyale de nos frères séparés, l’activité œcuménique développée jusqu’à présent
dans un climat de si grande espérance et de progrès sûr, doit également
soutenir la marche de l’Eglise à laquelle nous avons donné notre cœur et notre
vie. A elle notre commun attachement, nos pensées, notre service, parce qu’elle
est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité, le sacrement du Salut
: « Mère des Saints, image de la cité céleste, gardienne éternelle du Sang incorruptible,
rendez-vous de ceux qui espèrent, Eglise du Dieu vivant » (A. manzoni, Inni Sacri, « La
Pentecôte »). Ce sont les profondes paroles d’un génie de la littérature dont
nous célébrons en cette année 1973 le centenaire de la mort, Alexandre
Manzoni. Mais, pour exprimer notre amour à l’Eglise, nous dirons, avec un
génie de la sainteté que nous avons aussi commémoré cette année ; Sainte
Thérèse de l’Enfant-Jésus, « j’aime l’Eglise, ma mère ! » (cf. Manuscrits
autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Lisieux 1957, p. 229).
Qu’elle nous
renforce tous dans cet amour, la Vierge Sainte, Mère de l’Eglise, à qui nous
confions avec une anxieuse espérance notre service pontifical, ainsi que vous
tous, frères et fils très aimés. Et pour nous encourager tous dans notre
commune volonté de fidélité, que descendent sur nous les Bénédictions divines,
dont la nôtre veut être le gage et le reflet : au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit.
Le 29 juin, fête solennelle des Saints Apôtres Pierre et Paul, à 18h. 30, dans la Basilique Vaticane, le Saint-Père a célébré la Sainte Messe au cours de laquelle il a conféré l’Ordination épiscopale aux Prélats suivants : S. E. Mgr Mario Pio Gaspari, Archevêque tit. de Numida, Délégué Apostolique au Mexique ;
S. E. Mgr Jérôme Hamer, O.P., Archevêque tit. de Lorium, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ;
S. E. Mgr Paul Perera, Evêque de Kandy (Sri Lanka );
S. E. Mgr François Morvan, C.S.Sp., Evêque de Cayenne (Guyane Française) ;
S. E. Mgr Filippo Franceschi, Evêque tit. de Silli, Administrateur Apostolique de Tarquinia et Civitavecchia ;
S. E. Mgr Antonio Mazza, Evêque tit. de Velia, Secrétaire Général du Comité Central pour l’Année Sainte ;
S. E. Mgr Francis Kofi Anani Lodonu, Evêque tit. de Mascula, Auxiliaire de S. E. Mgr Anthony Konings, Evêque de Keta (Ghana).
Voici l’homélie prononcée par le Saint-Père :
Chers Fils et
Filles,
Nous lisons cet
avertissement dans le « Pontifical » : considérez avec attention le degré de
dignité dans l’Eglise auquel vont être promus nos frères. C’est Nôtre-Seigneur
Jésus-Christ lui-même, envoyé par le Père pour sauver le genre humain, qui a
envoyé les Apôtres dans le monde, et ceux-ci, pleins de la vertu de
l’Esprit-Saint, avaient pour mission de prêcher l’Evangile et de sanctifier et
gouverner les nations, les réunissant en un seul troupeau. Et afin qu’une telle
mission puisse durer jusqu’à la fin des temps, les Apôtres se choisirent des
collaborateurs et leur transmirent le don de l’Esprit-Saint au moyen de l’imposition des mains qui confère la
plénitude du Sacrement de l’Ordre. Et ainsi, à travers la succession
ininterrompue des Evêques, la tradition apostolique a été conservée de
génération en génération et l’œuvre du Seigneur s’est poursuivie et développée
jusqu’à nos jours.
En la personne de
l’Evêque, entouré de ses Prêtres, Jésus-Christ lui-même est présent parmi vous,
Jésus Notre Seigneur, constitué Pontife pour toute éternité. C’est Lui, en
effet, qui, dans le ministère de l’Evêque, ne cesse de prêcher l’Evangile et de
dispenser aux croyants les mystères de la foi. C’est lui qui, au moyen du
charisme paternel de l’Evêque, ajoute et agrège de nouveaux membres à son
corps. C’est Lui qui, grâce à la sagesse pastorale de l’Evêque, vous conduit, durant
le pèlerinage terrestre, vers la béatitude éternelle.
Accueillez, donc,
d’une âme reconnaissante et joyeuse, les nouveaux frères que nous, les Evêques,
appelons à faire partie de notre collège épiscopal par l’imposition des mains.
Honorez-les comme ministres du Seigneur et dispensateurs des mystères de Dieu,
parce que c’est à eux que sont confiés le témoignage de l’Evangile de vérité et
le ministère de la sanctification. Rappelez-vous les paroles du Christ qui a
dit à ses Apôtres : « Celui qui vous écoute, m’écoute ; et celui qui vous
méprise me méprise et méprise Celui qui m’a envoyé ».
Voilà les paroles
que l’Eglise propose à la méditation des Fidèles, du Clergé et des nouveaux
Elus à l’ordre épiscopal.
Ces paroles restent
gravées dans notre mémoire. Elles constituent une synthèse dense et précieuse
du mystère sacramentel que nous sommes en train de célébrer; elles nous
reportent à l’institution divine de la hiérarchie apostolique, nous faisant remonter
à sa source même dans la Très Sainte Trinité : Dieu, le Père, engendre en
lui-même, et dépêche dans le monde, le Verbe, Fils de Dieu fait homme,
Jésus-Christ; et Celui-ci va proclamer la ligne souveraine de l’économie de
notre salut : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,
21 ; cf. 6, 57 ; 7, 29 ; 17, 18). Cette dérivation de l’Episcopat des
profondeurs de la Vie divine, et de l’historicité du dessein du Christ, dessein
qui s’accomplit dans la mission du Saint-Esprit (cf. Jn 16, 7 ; 14,
16-26) fait du Père le Principe unique et suprême et la Tête du Christ lui-même
(cf. 1 Co 13, 3) ; fait du
Christ la Tête de l’Eglise (cf. Ep 5, 23), et de l’Evêque, continuateur
et représentant du Christ, le Maître, le Prêtre, le Pasteur du Peuple de Dieu,
l’Eglise, Corps mystique du Christ.
Nous n’arriverons
jamais à étudier, à contempler suffisamment cette suprême théologie, qui nous
regarde désormais personnellement et que, en cet instant, nous nous occupons,
non seulement d’annoncer, mais aussi d’accomplir. A vous, Frères investis de
cette agissante réalité divine, à vous, Fils, qui vous trouvez impliqués dans
cet événement pentécostal, et en ressentez, dans une certaine mesure, le
vertigineux mystère, à vous tous va notre exhortation, et nous voudrions la
voir gravée dans votre âme pour ne jamais l’oublier: Videte qualem caritatem
dedit nobis Pater... — « voyez quelle marque d’amour le Père nous a donnée
» — (1 Jn 3, 17 ; Jn 15, 15).
Mais en ce moment,
il y a probablement au fond de vos âmes de membres de l’Eglise de Dieu
l’aspiration à ce que nous procédions de nos propres mains à votre élection au
ministère épiscopal, des mains de quelqu’un qui a, lui aussi, été élu un jour à
son propre office avec une fonction spécifique, celle de successeur de Pierre.
Quel est son devoir caractéristique, quel est son charisme propre, dont cette
élection devrait porter le souvenir, l’empreinte ? Nous-mêmes, nous
interrogeons le Seigneur à cet égard, désireux comme nous le sommes de
qualifier la plénitude de la mission apostolique que, maintenant, l’Esprit-Saint
donne aux nouveaux Evêques selon l’intention divine qui définit et corrobore la
mission de Simon, transformé en Pierre. Vous la connaissez tous, cette
intention que Jésus a exprimée au cours de la Dernière Cène : confirma
fratres tuos (Lc 22, 32). Notre humble et faible personne, appelée à
ce service suprême — un de ces paradoxes qui mettent en évidence la puissance
de l’action divine sur la faiblesse humaine — est précisément chargée de
transfuser en vous ce don de force, de constance, de certitude,
d’impassibilité, d’impavidité qui a son image dans la stabilité du roc que
Jésus a choisi comme symbole d’une réalité qu’il a mise à la base de son
Eglise. C’est la vertu dont, aujourd’hui, l’Eglise a le plus besoin, alors
qu’elle se trouve assaillie par tant de forces visant à l’affaiblir, à la
déprimer, à la démolir; l’Eglise a besoin de la fermeté dans la foi, dans
l’unité, dans l’effort apostolique, contre les infiltrations du doute, contre
l’admission de pluralismes équivoques et autodestructeurs, contre la
désagrégation de la charité ecclésiale. La fermeté est le bouclier qui doit
nous protéger nous-mêmes contre nos flexions intérieures, contre l’impétueuse
confusion idéologique de notre monde. Et c’est la parole que, dans l’exercice
de son mandat apostolique, Pierre consignera à la première génération chrétienne
pour la transmettre à toutes les générations qui se succéderont et qui nous
est parvenue : « Soyez fermes dans votre foi » (1 P 5, 9). Etre ferme
dans sa foi ; voilà le charisme dont nous devrions tous être dotés ; le
charisme qu’il a été donné à Pierre de transmettre. Et que ce soit le don de
cette journée mémorable, le don que nous pour vous, nouveaux maîtres et
pasteurs, implorons du Seigneur, non sans vous rappeler l’intime parenté que,
spécialement dans son affirmation pastorale, la fermeté dans la foi a avec
l’amour cher au Christ (cf. Jn 15, 9 ; 21, 15 et suiv.), comme Il l’a
dit : « demeurez en mon amour ».
Et enfin nous vous
dirons avec quelle joie nous accomplissons ce rite d’ordination épiscopale, que
de très bonnes et très intelligentes intentions ont voulu faire coïncider avec
le X° anniversaire de notre investiture comme successeur de Pierre au
Pontificat Romain.
Ce rite est, en
effet, un motif de grande satisfaction, car il nous offre l’heureuse occasion
d’enrichir l’Eglise de Dieu de dix nouveaux Evêques, c’est-à-dire de ministres
qui répondent à l’appel du Christ : « Suis-moi ! » (Mt 2, 14 ; Jn 21,
22).
Or il faut se rendre
compte qu’il n’est aucun appel qui soit aussi exigeant que celui-là. Il demande
tout au disciple du Seigneur (cf. Mt 4, 20 ; 10, 37 ; Lc 5, 11
et 28). Il demande pour toujours (cf. Jn 6, 67). Il ne promet rien en ce
monde, sauf le sacrifice de soi (Mt 10, 38 ; Jn 12, 24 et suiv.),
l’impopularité et l’aversion des autres hommes (Mt 5, 11 ; Jn 16,
20 ; 21, 18). Il ne comporte pas seulement la participation à l’état sacerdotal
du Christ, mais aussi la participation à son sacrifice, à son état de victime.
Il exige de nous un don total de notre vie, une participation sans réserve à
sa passion (Col 1, 24 ; Ga 6, 2). Un style de dévouement (cf. Jn
13, 16 et suiv.) et de courage pour toute la vie (Lc 12, 32 ; Mt 10,
28 etc.) : tel est le programme qu’offre le Christ, spécialement à ses
disciples et apôtres immédiats. Mais ce programme-là, c’est celui du salut,
pour nous et pour le monde, au salut duquel nous sommes destinés.
Et maintenant, à
voir autour de nous quelques valeureux Frères qui acceptent de tout cœur d’être
consacrés à cette dramatique et même héroïque mission pastorale (Jn 10,
11) nous nous sentons le cœur empli d’admiration et de réconfort. Nous pensons
au peu que nous avons donné personnellement au Seigneur et à l’Eglise; votre
oblation à l’office épiscopal nous permet d’espérer que vous, au contraire,
serez plus courageux et plus généreux que nous et qu’avec votre trésor d’amour
et d’œuvres, vous colmaterez également nos déficiences.
Et nous pensons
qu’ensemble, notre amour commun pour le Christ et pour son Eglise sera plus
fort, plus exemplaire, plus joyeux ; et plus utile également pour le monde qui
attend de notre ministère l’annonce du règne de Dieu.
La solennité de la
Pentecôte Nous a toujours offert l’occasion d’adresser aux Pasteurs et aux
fidèles notre Message pour la Journée Missionnaire Mondiale, convaincu que
cette date est, plus que toute autre, significative et propice pour attirer
l’attention sur le problème de la prédication de l’Evangile, mission
essentielle et primordiale de l’Eglise. En effet, Nous pensions alors et Nous
pensons encore aujourd’hui, qu’en ce jour consacré à l’Esprit-Saint, les cœurs
et les âmes étaient mieux disposés et plus ouverts pour accueillir Son souffle
divin qui, seul, suscite et alimente la ferveur missionnaire. Et si, en ce même
jour, commence dans les églises locales le mouvement spirituel de l’Année
Sainte qui culminera à Rome pour l’Année Sainte 1975, cela ne détourne pas
notre pensée de la cause missionnaire, qui n’est pas étrangère à l’objectif de
cet important événement religieux.
Le thème du
renouveau et de la réconciliation avec Dieu et entre les hommes devra, dès
maintenant, polariser l’intérêt, la réflexion et les initiatives tant des
Eglises d’antique tradition chrétienne que des jeunes Eglises des Pays de
mission : ce thème sera la matière d’une commune recherche, l’orientation
convergente, la ligne qui coordonnera et unifiera les énergies et les
résolutions.
Le renouveau
souhaité comprend, certes, le renouveau de l’esprit missionnaire dans l’Eglise
et, d’ailleurs, le but ultime, la fin de son action évangélisatrice n’est-ce
pas la réconciliation ? Et la réconciliation n’est-elle pas l’aspect marquant
qui définit et manifeste l’arrivée à la conversion ?
Nous disons
conversion non plus dans le sens désuet et impropre d’une conquête extérieure
et triomphaliste ou d’un prosélytisme superficiel, mais dans celui,
authentiquement évangélique, de l’orientation de l’âme vers Dieu, poussée par
la Foi qui voit en Lui le sommet
de toute la réalité et l’auteur de l’ordre moral et, plus encore, par la force
de la charité, qui Le reconnaît comme Père aimant et miséricordieux.
Ce Message pour la
Journée Missionnaire se situe donc dans l’exacte perspective de la célébration
commencée du Jubilé et Nous voulons espérer que tous ceux qui l’écouteront,
percevant justement cette concordance fondamentale de thèmes, sauront partager
nos anxiétés et correspondre, selon leurs possibilités concrètes, à
l’invitation qu’il contient.
Il y a, en effet,
cette année, un argument qui Nous tient fort à cœur et réclame, à un titre
spécial, notre sollicitude de Pasteur de l’Eglise, parce qu’il naît de la
constatation d’un douloureux phénomène qui, depuis quelque temps, est visible
pour tous : Nous voulons parler de la diminution du nombre des vocations
missionnaires, qui se vérifie au moment même où un apport de forces est plus
nécessaire que jamais à nos missions.
Il est superflu de
recourir maintenant au langage des chiffres et des statistiques Nous ne voulons
pas, non plus, tenter des calculs comparatifs ou des interprétations. La
découverte du fait nous suffit pour évaluer le sens et le péril de cette
carence de personnel dans un secteur vital pour le développement de la Foi et
pour la croissance de l’Eglise. La réalité de ce fait suffit pour Nous faire
répéter avec un sentiment de profonde anxiété, la parole du Christ Sauveur : Messis
quidem multa operarii autem pauci (Mt 9, 37-38 ; cf. Lc 10,
2) (La Moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux).
Les raisons d’ordre
historique et sociologique ne manquent pas, certes, pour expliquer cette
carence ; on dira que c’est la crise religieuse du monde sécularisé, que c’est
la mise en question systématique de certaines valeurs spirituelles et la contestation
de certaines méthodes employées dans le passé, qui ont déterminé ce grave
phénomène. Un peu partout, le nombre des prêtres diminue et, par suite, rien de
surprenant que diminue aussi celui des missionnaires et de leurs
collaborateurs. S’agit-il alors d’une éclipse de la Foi ou d’une lassitude à
annoncer l’Evangile ? Ce ne
serait pas une attitude saine que de s’exténuer à dénoncer des faits négatifs
pour se dispenser ensuite de l’action personnelle et de l’engagement
responsable. Cette carence doit être un motif pour réfléchir, pour stimuler à
la générosité, pour renouveler à toute la communauté ecclésiale l’appel du
Christ à la prière au Maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers à Sa
moisson (ibid.).
Il y a une
expression du Concile Vatican II qui nous éclaire à ce propos et nous aide à
considérer quels sont nos devoirs par rapport aux Missions : « L’Eglise, afin
de pouvoir présenter à tous le mystère du salut et la vie apportée par Dieu,
doit s’insérer dans tous ces groupes humains du même mouvement — eodem motu
— dont le Christ lui-même, par son incarnation, s’est lié aux conditions
sociales et culturelles déterminées des hommes avec lesquels Il a vécu » (Ad
Gentes, 10). En cela encore, Jésus est notre Maître, nous indiquant quelle
voie il faut suivre pour que la mission soit efficace et féconde : celle du contact
direct, en se rapprochant psychologiquement et dans le mode de vie, des
populations auxquelles on apporte l’annonce de Son Evangile.
Il est nécessaire de
reconnaître que, depuis le début de l’ère chrétienne jusqu’à présent, les
Missionnaires ont accompli d’admirables efforts, prêchant l’Evangile selon la
mentalité et le langage des hommes vers lesquels ils étaient envoyés. Ils ont
posé les bases sur lesquelles reposent l’existence et l’indépendance des jeunes
Eglises dont, durant nos voyages en Afrique, en Asie et en Océanie, Nous-même
avons admiré la vitalité originale et consolante.
Mais, aujourd’hui,
sous la poussée de tant de transformations sociales et culturelles, de nombreux
Missionnaires, le cœur angoissé, se demandent : « Quel sera le développement
de l’œuvre commencée par nous ? ». Certes, la semence évangélique a fructifié
et, par rapport au passé, les Missionnaires autochtones sont plus nombreux à
annoncer l’Evangile, mais, pour longtemps encore, les Pays africains et asiatiques auront besoin de vocations
missionnaires, c’est-à-dire, de prêtres, de religieuses et de laïcs pour
satisfaire aux exigences de l’évangélisation. Nous entendons toujours tant
d’Evêques qui répètent l’invitation : « Missionnaires ! Venez de vos Pays
dans les nôtres pour nous aider ! ».
L’augmentation
relative des autochtones qui s’acquittent de la charge missionnaire coïncide
avec la réelle diminution des Missionnaires européens, américains et canadiens
qui se décident à laisser leurs Pays d’origine. A cela s’ajoute le fait,
inquiétant aussi, de la limite d’âge, car la moitié du personnel d’origine
étrangère est d’âge avancé alors que peu déjeunes les remplacent.
Que faire dans une
telle situation ? Nous voulons, avant tout, rappeler les termes du
problème : il y a le personnel autochtone appelé à assumer un rôle croissant
dans l’évangélisation de son propre milieu; il y a le personnel originaire
d’autres Eglises qui, animé d’un sincère esprit de service, doit poursuivre son
engagement missionnaire. Ce n’est pas seulement une question d’équilibre : la
cause commune du Royaume de Dieu associe étroitement l’un et l’autre groupe des
messagers évangéliques pour une collaboration toujours nécessaire et
indubitablement fructueuse. C’est pourquoi, Nous ne disons pas un simple
rapport de forces de travail, mais, plutôt, leur harmonieuse coordination qui
est, comme elle le doit, l’expression exemplaire de la communion ecclésiale.
Pour cela, Nous renouvelons à nos Frères dans l’Episcopat, l’urgente invitation
à considérer si leurs diocèses ne peuvent et ne doivent pas favoriser l’envoi
de prêtres, en sorte que leur nombre soit mieux réparti entre les diverses
Eglises. C’est là une œuvre de programmation pastorale qui, plus que jamais,
s’impose, au-delà des limites nationales ou régionales, et qui aura son écho
dans la future organisation de la législation ecclésiastique.
Mais Nous adressons
aussi le même appel en faveur des vocations autochtones afin qu’elles aient
une formation adéquate et ne soient plus éteintes ou étouffées pour des raisons
d’ordre économique ou de milieu. Aucune vocation ne doit être perdue, aucune ne doit demeurer dans l’incertitude,
aucune ne doit manquer de la possibilité de mûrir faute de moyens ! Nous
touchons, ici, un autre aspect du problème. Les jeunes Eglises — en majeure
partie — partagent la condition de pauvreté et de précarité économique des
hommes et des peuples parmi lesquels elles remplissent leur mission. Apparaît
ainsi, pour tous, le devoir de justice d’aider les Prêtres, les Religieux, les
Religieuses, les Frères et les Catéchistes qui travaillent, sans moyens ou avec
des moyens insuffisants, pour le bien de leurs compatriotes. Déjà, dans
l’Encyclique Populorum Progressio, nous avions dit que le développement
est le nouveau nom de la paix (n. 76-77). Maintenant, on ne doit pas oublier
que, dans la gigantesque entreprise pour le développement social et économique
des jeunes Nations, les Missionnaires sont vraiment parmi les premiers collaborateurs
et assistants parce qu’ils connaissent mieux les besoins de leurs concitoyens
et qu’ils inscrivent ce service dans leur mandat missionnaire.
Ce sont ces
Missionnaires autochtones qui, dans la mesure de l’aide qu’ils reçoivent,
accueillent les malades dans les hôpitaux, dirigent les écoles, promeuvent,
entant de régions et souvent au prix de réelles fatigues, le développement de
leurs gens. Prendre soin de la formation du personnel autochtone signifie donc
servir la cause évangélique et, en même temps, la cause du progrès et de la
paix.
Si, jusqu’à
maintenant, Nous avons tracé le tableau des nécessités les plus urgentes, nous
devons aussi — pour que l’analyse soit complète, et serein notre jugement —
rappeler des éléments qui fondent notre espérance. Il y a toujours Dieu
derrière nos efforts, parce que la cause de l’Evangile est la Sienne : toute
notre confiance est en Lui et, surtout, pour ce qui est du travail apostolique sufficientia
nostra ex Deo est (cf. 2 Co 3, 4-6). Il Nous plaît, aussi, de
rappeler tous les aspects positifs qui, déjà, s’entrevoient à l’horizon de
l’Eglise missionnaire.
Nous pensons, avant
tout, avec une vive complaisance, à tant de jeunes des anciens Pays, qui se
rendent, ne fut-ce que pour un
temps (ad tempus), dans les paroisses et dans les postes de mission, où
ils offrent une magnifique expression de leur personnalité et recueillent de
précieuses expériences : là, ils connaissent, sans masques déformants, les
problèmes, réels et concrets du développement ; là, ils exercent leur capacité
créatrice en apportant aux populations autochtones d’utiles contributions à
l’organisation des activités culturelles et sociales.
Puis, nous pensons
aux prêtres, réguliers et séculiers qui, des diocèses ou des maisons de leurs
Instituts se rendent dans les Pays d’Amérique Latine et d’Afrique, établissant
et développant des rapports particuliers de « jumelage » entre les lieux
d’origine et les lieux de mission: derrière eux se trouvent les Eglises d’ancienne
chrétienté, les paroisses, qui soutiennent leur travail et aident, par un
engagement direct, leurs initiatives apostoliques et charitables.
Nous pensons, enfin,
aux contacts — au niveau œcuménique — des missionnaires catholiques avec les
missionnaires d’autres Communautés ecclésiales : inspirés par la charité
évangélique, ces contacts, spécialement dans les champs de l’assistance sanitaire
et civique, comme dans celui du développement et de la culture, servent à
détruire la mauvaise impression des restes de division entre les membres de la
famille chrétienne et à accélérer — Nous l’espérons — la recomposition de
cette unité, à laquelle tendent les uns et les autres par un même et
convaincant témoignage de Foi.
Il était nécessaire,
il était juste de redire cela pour que le douloureux phénomène qui fait l’objet
du présent Message, soit convenablement encadré et n’offusque pas la vision de
la réalité missionnaire.
La Journée
Missionnaire, qui sera célébrée en octobre prochain, doit avoir un effet
stimulant et salutaire, comme un coup d’aile qui soulève dans les cœurs des
fidèles le dynamisme missionnaire, élément intrinsèque de notre Foi. Cet esprit
missionnaire renouvelé, non
seulement portera à offrir à Dieu des prières et des œuvres de pénitence, mais
fera éclore de nouvelles vocations par l’afflux des secours dont les Missions
ont besoin (cf. Ad Gentes, 36).
Mais, encore une
fois, en conclusion de nos considérations, Nous recommandons les Œuvres
Pontificales Missionnaires comme des institutions qui, au service du Pape et
des Evêques, favorisent les relations fraternelles entre les Eglises locales et
sont particulièrement adaptées pour accroître l’esprit missionnaire de tout le
Peuple de Dieu. Le but principal de ces Œuvres est justement la formation de la
conscience missionnaire (cf. Ad Gentes, 38) et elles sont dites
Pontificales, non parce qu’elles sont détachées du cadre diocésain, mais parce
que l’Eglise locale, grâce à leur service, peut mieux assumer sa fonction dans
l’ensemble de l’Eglise missionnaire. Si, maintenant, Nous soulignons leur
importance, c’est pour répondre à la déclaration du Concile, qui leur a assigné
une position de plus grande responsabilité.
C’est pourquoi, Nous
exhortons tous les chrétiens à les soutenir et à suivre leur travail qui est
vraiment universel, tandis que Nous demandons aux Evêques. et aux Prêtres de
les promouvoir dans leurs Eglises et paroisses respectives, en leur donnant
l’organisation voulue.
Que le Seigneur
bénisse la Journée Missionnaire en faveur de laquelle Nous renouvelons cet
insistant appel. Nous voulons la mettre sous la spéciale protection de Sainte
Thérèse de l’Enfant-Jésus dont nous célébrons le Centenaire de la naissance, et
la plaçons dans la perspective pastorale de l’Année Sainte. Pour l’Eglise,
l’heure de la Mission n’est pas encore passée et même, pour beaucoup de
Peuples, elle commence seulement maintenant. A l’heure actuelle de l’Eglise,
elles demeurent toujours valables les sages paroles de Notre Prédécesseur Pie
XI, de vénérée mémoire : Nihil actum, si quid agendum (Rien n’est fait
s’il y a encore quelque chose à faire !).
Du Vatican, en la
solennité des Apôtres Pierre et Paul, 29 juin de l’an 1973, le onzième de notre
Pontificat.
PAULUS PP. VI
Le 17 septembre dernier, Paul VI a reçu en audience les participants au II° Congrès International de Droit canonique organisé par l’Université Catholique du Sacré-Cœur à Milan.
Le Souverain Pontife a adressé à ses visiteurs un discours dont voici la traduction :
Vénérables maîtres
et professeurs de Droit canonique,
Nous vous
accueillons avec des sentiments d’affectueuse et profonde estime. Nous sommes
ému en pensant que pour cette audience vous avez dû venir spécialement à Rome à
l’issue de votre II° Congrès International qui s’est déroulé à Milan sous
l’égide de l’Université Catholique du Sacré-Cœur. Nous remercions l’éminent
Professeur Orio Gracchi pour les nobles paroles qu’il nous a adressées et qui
témoignent de l’esprit avec lequel le Comité Organisateur et chacun de vous,
illustres savants, avez animé cette rencontre particulièrement valable et représentative
qui prend dignement sa place près de celle de janvier 1972 dont le souvenir
reste imprimé dans notre esprit. Nous adressons d’élogieuses félicitations à
cette Université catholique italienne, où les études juridiques sont
particulièrement cultivées, pour avoir favorisé une initiative aussi belle et
qui fait honneur à la prestigieuse pléiade des experts de Droit canon. Nous
vous remercions pour votre présence ici : non seulement pour le soutien
personnel qu’elle nous apporte, mais aussi pour l’importance toute particulière
qu’elle revêt, objectivement, en soi.
Comme vous le savez,
des opinions peu bienveillantes, ont couvert d’un voile de suspicion le Droit
de l’Eglise : il y a des gens qui pensent que, comme société visible, l’Eglise
n’a rien à faire avec un Droit propre et qu’elle peut parfaitement s’en tenir à
des règlements ou à une organisation interne ; d’autres, au contraire, n’ont
pas compris, à la lumière du Concile Vatican II, que ce Droit est profondément
enraciné dans le mystère même de l’Eglise. Et enfin, vous voici ici, en qualité
d’experts de niveau international, venus apporter votre témoignage et démontrer
l’importance du Droit en ce moment particulier de l’Eglise et du monde, qui
suit la célébration du Concile Vatican II. Vous êtes venus aussi pour
témoigner de l’attention avec laquelle vous suivez l’intense travail en cours
pour la révision et la réforme du Droit en question.
Comme nous l’avons
déjà affirmé en d’autres occasions, l’étude du Droit est nécessaire parce
qu’elle est une voie d’accès à la vie concrète de l’Eglise ; grâce à des
institutions renouvelées ou à d’autres entièrement nouvelles, qui doivent être
réalisées et expérimentées, l’esprit du Concile doit être mis en mesure de
s’exprimer et de s’exercer pratiquement. C’est pourquoi, lors de votre premier
Congrès International, nous vous disions déjà, qu’en approfondissant la
Doctrine de l’Eglise et en mettant l’accent sur l’esprit mystique qui lui est
propre, le Concile a « obligé le Canoniste à rechercher plus profondément dans
les Saintes Ecritures et dans la théologie les raisons de sa propre doctrine »
(AAS 6a, 1972, p. 108).
Après le Concile, le
Droit Canonique ne peut pas ne pas être en rapport toujours plus étroit avec la
théologie et avec les autres sciences sacrées, parce qu’il est, lui aussi, une
science sacrée et non pas cet « art pratique » que souhaiteraient quelques-uns
; c’est-à-dire un « art » dont la seule utilité serait d’habiller les
conclusions théologiques et pastorales de formules juridiques qui leur
conviennent. Le Concile Vatican II a définitivement mis fin à l’époque où
certains canonistes refusaient de considérer l’aspect théologique des
disciplines étudiées ou des lois appliquées par celles-ci. Aujourd’hui, il est
impossible d’accomplir des
études de Droit Canonique sans une sérieuse formation théologique. Ce que
l’Eglise a requis de ses ministres, pourra être demandé également aux laïcs qui
étudient ou enseignent son Droit, ou qui sont appelés à l’appliquer dans
l’administration de la justice ou dans l’organisation de la communauté
ecclésiale. Le rapport intime entre Droit Canonique et Théologie se pose donc
de manière urgente ; la collaboration entre Canonistes et Théologiens doit se
faire plus étroite ; il n’est aucun domaine de la Révélation qui puisse
demeurer ignoré, si l’on veut exprimer et approfondir dans la foi le mystère
de l’Eglise, dont l’aspect institutionnel a été voulu par son Fondateur et
appartient, en vertu même de son essence, à son caractère fondamentalement
sacramentel (Lumen Gentium, 1, 1).
Cette osmose étroite
entre Théologie et Droit est du reste bien mise en valeur par le thème de votre
Congrès : « Personne et système juridique dans l’Eglise ». Vous l’avez examiné
sous tous ses aspects ; et à juste titre non seulement parce qu’il fait partie
d’un ensemble de problèmes, aujourd’hui fort en vogue, mais aussi parce qu’il
rappelle des principes fondamentaux de la Révélation et du Magistère ; c’est
sur ces principes que nous voudrions nous arrêter un instant avec vous :
1. La personne
humaine, avant tout ; c’est à elle que revient la plus grande dignité et
liberté, en ce sens que l’homme est créé à l’image de Dieu, comme en témoignent
les premières et merveilleuses pages de l’Ecriture Sainte ; et, comme image de
Dieu, l’homme jouit réellement d’une nature spirituelle, qui existe en propre,
et constitue un tout ontologique, ouvert à la vérité, à la bonté et à la
beauté. L’homme essaie toujours à atteindre sa perfection, jusqu’à ce qu’il la
trouve en Dieu, vérité, bonté et beauté absolue, où enfin son cœur inquiet se
repose (cf. S. aug., Confess. 1,
1). C’est pourquoi, l’homme-personne est pour nous le sommet de toute la
création.
Voilà la racine de
sa grande dignité, qui brille dans sa spiritualité et dans sa liberté de
personne, au point que l’homme ne
peut jamais être considéré comme un simple instrument à utiliser au profit
d’autrui, ce que malheureusement l’actuel mentalité technologique et politique
semble parfois ignorer, négligeant les valeurs et les droits de l’esprit
humain. En outre, c’est la personne qui fonde la vie sociale au sein de
laquelle elle se développe et s’intègre ; de plus, on ne peut créer de
véritable vie sociale si l’on ne reconnaît pas qu’elle a son fondement et sa
fin précisément dans la personne humaine. Ce n’est pas du fait qu’il est social
que l’homme est une personne, mais au contraire, il est social parce qu’il est
une personne ; les rapports sociaux ne sont rien d’autre que des rapports entre
personnes, destinés à procurer le bien commun ; aussi la vie sociale
exige-t-elle une organisation et une autorité destinées à la garantir, une
autorité qui assure l’exercice de la liberté et le pacifique développement de
toute la personne, harmonieusement insérée dans la société.
2. L’Eglise,
société surnaturelle. Dans quel rapport se trouve l’homme-personne avec
l’Eglise ? Si celle-ci est une société religieuse et, mieux encore,
surnaturelle, comment peut-elle inclure en elle-même des éléments
institutionnels ? Les rapports avec Dieu, si intimes, si personnels, si
uniques, ne sont-ils pas incompatibles avec une organisation externe ? Ce sont
là des questions ou plus exactement des défis que l’on formule toujours plus
fréquemment aujourd’hui. Une réponse leur a déjà été donnée par le Pape Pie XII
qui, dans son Encyclique Mystici Corporis soulignait que l’Eglise ne
consiste pas seulement en une organisation externe mais qu’elle jouit de la vie
du Christ comme de sa propre vie intime, parce qu’elle possède un internum
principium c’est-à-dire aliquid non naturalis, sed superni ordinis, immo
in semet ipso infinitum omnino atque increatum: Divinus nempe Spiritus, qui, ut
ait Angelicus (De Veritate, q. 29, a. 4, c), unus et idem numero, totam
Ecclesiam replet et unit (AAS 35, 1943, p. 222).
Le Concile Vatican
II a développé ces grandes idées en suivant les traces de cette profonde
méditation sur la réalité de l’Eglise, qui fut l’ecclésiologie de ces dernières
décennies. Dès le début de la Constitution Lumen Gentium, le Concile a
proposé l’Eglise comme mystère du salut, parce que, comme nous y avons déjà fait allusion, elle est in
Christo veluti sacramentum seu signum et instrumentum intimae cum Deo unionis
totiusque generis humani unitatis (Lumen Gentium, 1, 1). Sacrement
d’unité et de salut des hommes : voilà pourquoi l’Église se manifeste comme une
réalité strictement unique — composée d’un élément en même temps extérieur et
intérieur — pour accomplir sa mission dans le monde. Elle est le corps social
du Christ ; pour âme elle a l’Esprit-Saint qui informe ce corps et l’enrichit
d’une double relation sociale. Avant tout, l’Eglise assure à ses membres
l’union avec Dieu et l’efficacité surnaturelle de leur action. Puis, animée par
l’Esprit, elle rassemble le Corps mystique ; dans ce Peuple de Dieu, l’Esprit
transfigure les hommes en fils de gloire, leur fait crier : Abba-Pater (cf.
Rm 8, 15), anime leur action.
C’est pourquoi la
constitution de l’Eglise est en même temps pneumatique et institutionnelle :
l’Eglise est le mystère du salut rendu visible grâce à sa constitution de
véritable société humaine et à son activité dans la sphère externe. De cette
manière, dans l’Eglise en tant qu’union sociale humaine, les hommes s’unissent
dans le Christ, et par Lui, avec Dieu, parvenant ainsi au salut ; et
l’Esprit-Saint est présent dans l’Eglise et opère dans toute l’extension de sa
vie. Ce qui revient à dire que l’Eglise-institution est, en même temps,
intrinsèquement spirituelle, surnaturelle.
Par conséquent, les
droits et les devoirs dans l’Eglise sont de nature spirituelle : si l’Eglise
est un dessein divin — Ecclesia de Trinitate — ses institutions, bien
que perfectibles, doivent être établies dans le but de communiquer la grâce
divine et de favoriser, selon les dons et la mission de chacun, le bien des
fidèles, objectif essentiel de l’Eglise. Un tel objectif social, le salut des
âmes, le salus animarum demeure le but suprême des institutions, du
droit, des lois. Le bien commun de l’Eglise rejoint ainsi un mystère divin,
celui de la vie de la grâce que tous les chrétiens, appelés à être fils de
Dieu, vivent dans la participation à la vie trinitaire : Ecclesia in
Trinitate. En ce sens, le Concile Vatican II a parlé de l’Eglise également
comme « communion » (cf. Lumen Gentium, 4, 9, 13 etc.), mettant
ainsi en lumière le fondement spirituel du Droit de l’Eglise et sa subordination
au salut de l’homme ; de telle sorte que le Droit devienne Droit de charité
dans cette structure de communion et de grâce pour le corps ecclésial tout
entier.
3. La personne
humaine dans l’Eglise-communion. Pour pouvoir être inséré dans cette
« communion » il faut avant tout posséder l’Esprit du Christ : si quis
autem Spiritum Christum non habet, hic non est eius (Rm 8, 9 ; cf. Lumen
Gentium, 14). C’est la vie sacramentelle qui confère aux fidèles
l’Esprit-Saint, principalement grâce au caractère baptésimal qui d’une manière
vraie et réelle unit le baptisé au Christ, afin qu’en vertu de cette union, de
cette configuration, il puisse agir non pas seulement pour son propre salut,
mais également pour celui d’autrui. L’union sacramentelle avec le Christ,
Médiateur et Chef de la Nouvelle-Alliance, se manifeste comme fondement de sa
personnalité dans l’ordre surnaturel. Et voilà donc que la personne humaine
atteint sa pleine dignité dans l’Eglise, car le baptisé peut tendre efficacement
vers Dieu-Trinité, sa fin ultime, à qui il est ordonné afin de prendre part à
sa vie et à son amour infini. Et la nouvelle liberté du baptisé — libertas
gloriae filiorum Dei (Rm 8, 21) — est la propre liberté de la
personne humaine, mais élevée de manière exceptionnelle en ce sens que, usant
de cette liberté, la personne humaine non seulement n’est plus soumise à la loi
du péché et de la nature désordonnée, mais, illuminée et rendue vigoureuse par
l’Esprit, elle peut progresser dans sa démarche vers Dieu-Trinité.
Une telle liberté se
concrétise dans les droits fondamentaux d’ordre surnaturel en relation avec les
biens surnaturels ; mais comme les baptisés sont unis au Christ non pas
seulement intérieurement mais aussi socialement, formant en Lui un corps
unique, la charité ecclésiale, l’union des hommes en tant que frères,
acquièrent une valeur de Signe dans le cadre de la « communion »
existante dans l’Eglise. Cela signifie que la vie chrétienne doit se dérouler
dans cette « communion » : les droits fondamentaux d’ordre surnaturel sont
destinés à être acquis et exercés dans l’Eglise et ils sont équilibrés par des
devoirs précis, parmi lesquels ceux, fondamentaux, de professer la foi de
l’Eglise et de reconnaître ses sacrements et sa constitution hiérarchique. Les
réalités, conférées sacramentalement, sont ordonnées de manière à être mises
en œuvre dans l’Eglise : la « communion » est l’union des baptisés,
réalité spirituelle, mais représentée socialement ; les baptisés forment une
seule chose dans le Christ, parce qu’ils sont unis à Lui par l’intermédiaire du
Christ-Esprit, qui leur a été
conféré par voie sacramentelle. Le principe d’activité de cette communication
spirituelle et sociale est l’Esprit, qui tout opère pour édifier le Corps du
Christ.
4. La communion
hiérarchique. Du reste, la « communion » ecclésiale ne peut exister
socialement ni avoir d’influence efficace sur la vie chrétienne si elle ne tire
pas son origine d’un ministère hiérarchique, de parole, de grâce, de direction
pastorale et qu’ainsi soient assurés l’ordre et la paix. C’est pour cela qu’il
incombe à la communion hiérarchique, créée et informée par l’Esprit-Saint, de
veiller à ce que l’ordre et la paix règnent réellement, que l’unité de la «
communion » soit conservée et que la vie de celle-ci évolue de manière à rendre
témoignage au Christ, y compris le témoignage missionnaire.
La « communion »
même de l’Eglise est ordonnée à l’édification du Corps social du Christ. La
tâche confiée à l’Eglise du Christ exige également la participation de tous les
fidèles pour l’accomplir : c’est du reste à la communion hiérarchique
qu’incombé l’exercice des tâches qui lui sont propres et qui par contre n’incombent
pas au sacerdoce commun des fidèles, pour la raison que ceux-ci n’en ont reçu,
en propre, ni la mission ni les pouvoirs, ni le don de l’Esprit relié de
manière particulière à ces tâches.
Le Souverain Pasteur
de l’Eglise représente l’Eglise Universelle parce qu’il représente le Christ
et la « communion » tout entière des pasteurs et des fidèles ; pour la même
raison, l’Evêque représente l’Eglise particulière à laquelle il préside en tant
que son Chef.
Mais, comme nous
l’avons dit, la communion hiérarchique est constituée par un don du
Saint-Esprit, et en vertu d’un tel don elle opère principalement pour
continuer, dans toute son étendue, la mission du Christ. Par conséquent, tout
ce qui s’impose pour garantir l’ordre et la paix dans la communauté des
chrétiens — voici le Droit canonique dans son for extérieur — procède
également, en dernière analyse, de l’Esprit Saint et par conséquent ne porte
nullement préjudice à la liberté et à la dignité de la personne humaine ; au
contraire, elle la valorise et la défend.
5. Unité de
l’action objective et charismatique de l’Esprit. Le don de l’Esprit,
conféré à tous ceux qui sont baptisés, est le fondement aussi bien de la
liberté des fils de Dieu dans l’exercice de leurs droits dans l’Eglise, que des
dons charismatiques que l’Eglise confère directement aux fidèles. Dans sa
conscience, l’homme est toujours ordonné directement à Dieu du fait de la
nature spirituelle dont il est pourvu et il ne peut trouver sa propre
perfection sinon en Dieu. Le don de l’Esprit élève ce rapport fondamental,
ontologique avec Dieu, au niveau surnaturel ; et comme, dans l’Eglise, les
fidèles forment avec le Christ une seule communion qui se réalise sous le signe
institutionnel et social, c’est encore le don de l’Esprit qui rend surnaturels
la personnalité, la dignité, la liberté et les droits du baptisé. C’est
toujours le même don qui unit les fidèles dans un réciproque rapport d’amour,
de sorte que leur situation dans la « communion » exclut par le fait même tout
caractère égocentrique ou individualistique. Il en découle également — il
suffit d’y faire une brève allusion — l’importance de la responsabilité qu’ont
les individus dans le système social de l’Eglise. Cette responsabilité
n’autorise évidemment pas une liberté conçue comme émancipation de l’autorité
et de la norme; mais elle engage au libre don de soi-même et impose
l’obligation d’une majeure exigence à l’égard de soi et à l’égard des autres.
Les principes
directeurs de la révision du Code de Droit Canonique tiennent compte de ces
prémisses théologiques et visent à protéger individuellement les droits de
chaque fidèle ainsi que ceux de chaque homme en tant que tel. Le nouveau Code
tend indubitablement à la satisfaction de ces énoncés ; mais tout en tenant
compte de ce postulat il faut éviter d’affaiblir le devoir qui incombe au
Pasteur de pourvoir efficacement au bien commun de sa propre communauté et, en
dernier ressort, au salut des hommes.
La hiérarchie des
Pasteurs unie en communion avec le Souverain Pasteur est l’instrument du
Seigneur, par le fait même que le Seigneur opère objectivement dans leur
ministère au moyen de son Esprit. Il serait donc erroné de ne considérer comme
activité de l’Esprit que celle qu’il exerce pour distribuer à chaque être ses
charismes particuliers. L’Esprit-Saint a placé les Apôtres au gouvernement de
l’Eglise de Dieu (cf. Ac 20, 28 ; Jn 16, 13) ; le
charisme ne peut être opposé au munus dans l’Eglise, car c’est le même
Esprit qui opère, en premier lieu, dans et moyennant le munus. Pour
cette raison, tous les membres de l’Eglise sont tenus de reconnaître qu’elle a
besoin d’une organisation ; si celle-ci faisait défaut, la « communion » dans
le Christ ne pourrait se réaliser socialement, opérer efficacement. Saint Paul
lui-même lie l’exercice des charismes à l’ordre existant dans l’Eglise (cf. 1 Co
14, 37-40). Et en effet, l’Esprit-Saint ne peut se contredire soi-même :
lorsqu’il confère les charismes et lorsque ceux-ci sont subordonnés à son
opération moyennant le munus. Comme l’a très bien dit le Concile : « Il n’y
a qu’un seul Esprit qui (...) distribue ses dons variés pour l’utilité de
l’Eglise » (Lumen Gentium, 7).
C’est pourquoi, tous
les éléments institutionnels et juridiques sont sacrés et spirituels, parce que
vivifiés par l’Esprit Saint. En réalité, l’« Esprit » et le « Droit » forment
dans leur source identique une union où l’élément spirituel est déterminant ;
l’Eglise du « Droit » et l’Eglise de la « charité » sont une seule réalité,
et la forme juridique est le signe extérieur de sa vie interne. Il est donc
évident que cette union doit être maintenue dans l’exercice de tout
« office » et pouvoir dans l’Eglise, parce que n’importe quelle
activité dans l’Eglise doit être capable de manifester et d’encourager la vie
spirituelle. Et que ne dit-on pas au sujet de la législation canonique comme
d’ailleurs de toute autre activité externe de l’Eglise, qui, bien qu’étant une
activité humaine, doit cependant être informée par l’Esprit. La polarité entre
la nature spirituelle-surnaturelle, et celle institutionnelle-juridique de
l’Eglise, loin de devenir une source de tension, est toujours orientée vers le
bien de l’Eglise qui est animée intérieurement et scellée extérieurement par
l’Esprit-Saint. Et cela est d’autant plus vrai si l’on pense que la priorité
institutionnelle-juridique de l’Eglise dans le for externe et dans l’ordre
hiérarchique ne fait pas obstacle, mais plutôt protège, encourage et exalte
une priorité de l’ordre spirituel-surnaturel dans les âmes des fidèles,
auxquels sont ouverts les degrés les plus élevés dans l’ordre de la grâce. Dans
l’échelle de la grâce, les petits sont les premiers (cf. Mt 18, 3-4 ;
19, 14) ; c’est pourquoi les pauvres, ceux qui souffrent et ceux qui ont le
cœur pur ont la première place dans la célébration des béatitudes de la
sainteté ; mieux encore, comme
nous l’enseigne le Seigneur « les publicains et les prostituées vous
précéderont dans le Royaume de Dieu » si, dans la foi et dans la pénitence, ils
ont su mieux répondre à son appel (cf. Mt 21, 31). L’Eglise hiérarchique
reconnaît, par exemple, cette supériorité de la grâce et de la sainteté dans la
canonisation de ses fils les meilleurs, les élus, même s’ils ne furent que de
simples fidèles.
Retournons donc à ce
que nous disions au début: aujourd’hui il est nécessaire d’avoir une théologie
du Droit qui assume tout ce que la Révélation dit sur le mystère de l’Eglise.
Dans les différents aspects sous lesquels se montrent la personne et l’organisation
dans l’Eglise, demeure présente l’action secrète — et cependant extérieurement
manifeste — de l’Esprit ; et cette action doit constituer l’objet de votre
réflexion. Comme nous l’avons souligné récemment, la Christologie et
l’Ecclésiologie du Concile doivent être suivies d’une étude nouvelle et d’un
culte renouvelé de l’Esprit-Saint, en tant que complément indispensable de l’Enseignement
du Concile (cf. l’Allocution générale du 6 juin 1973 ; cf. Oss. Rom., édition
en langue française du 15 juin 1973). Nous voudrions inviter les canonistes à
participer, eux aussi, à cet effort. Le travail accompli par le Concile postule
une théologie du Droit qui non seulement approfondit, mais aussi perfectionne
l’effort déjà entrepris par le Concile lui-même.
Si le Droit de
l’Eglise a son fondement en Jésus-Christ, s’il a une valeur de Signe de
l’action interne de l’Esprit, il doit donc exprimer et favoriser la vie de
l’Esprit, produire les fruits de l’Esprit, être instrument de grâce et lien
d’unité, mais sur un plan distinct, et subordonné à celui des Sacrements qui
sont d’institution divine. Le Droit définit les institutions, dispose les
exigences de la vie au moyen de lois et de décrets, complète les traits
essentiels des rapports juridiques entre fidèles, Pasteurs et laïcs par le
moyen de ses normes qui sont tour à tour des conseils, des exhortations, des
directives de perfection, des indications pastorales. Limiter le Droit
ecclésial à un ordre rigide d’injonctions serait faire violence à l’Esprit qui
nous guide vers la charité
parfaite dans l’unité de l’Eglise. Votre première préoccupation ne sera donc
pas d’établir un ordre juridique purement copié sur le Droit civil, mais
d’approfondir l’œuvre de l’Esprit qui doit être exprimée également dans le
Droit de l’Eglise.
Vénérés Maîtres : si
votre Congrès est terminé, votre travail, lui, ne l’est pas ; il reprend plus
intense, éclairé par la recherche que vous avez entreprise et illustrée et,
avant tout, stimulé par les exigences de l’Esprit qui opère dans l’Eglise,
ainsi que nous avons voulu vous l’expliquer pour que vous puissiez participer à
nos sollicitudes. Et nous sommes certain que vous ferez vôtres ces vœux
cordiaux que nous formons pour la grande œuvre du renouvellement du Droit
ecclésial, pour son étroite union avec la théologie et pour son progrès dans la
vie de l’Eglise.
Avec cette heureuse
confiance, nous vous bénissons tous au nom du Seigneur, invoquant sur vous et
sur ceux qui vous sont chers, l’abondance des grâces divines.
A la fin de la matinée du vendredi 16 novembre, le Saint-Père a reçu les Participants à la XVII° Conférence Générale de l’Organisation Internationale pour l’Agriculture et l’Alimentation (F.A.O.).
Etaient, notamment, présents à cette rencontre : Monsieur A. H. Boerma, Directeur Général de la F.A.O. ; Monsieur F. Aquino, Directeur exécutif du programme mondial de l’alimentation ; Monsieur R. I. Jackson, Vice-Directeur Général de la F.A.O. ; Monsieur A. Q. Orbaneja, Secrétaire Général de la Conférence de la F.A.O. et Monsieur Ferrari-Aggradi, Ministre de l’Agriculture du Gouvernement italien.
La Délégation du Saint-Siège à la Conférence était conduite par S. E. Mgr Agostino Ferrari-Toniolo, Observateur Permanent du Saint-Siège près la F.A.O.
Le Souverain Pontife a adressé aux personnes présentes le discours suivant :
Monsieur le
Directeur général, Chers Messieurs,
Nous sommes heureux
de saluer d’abord Monsieur le Directeur général de l’Organisation des Nations
Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, avec ses collaborateurs. Nous les
remercions de l’aimable visite qu’ils nous rendent, au cours des travaux de
cette dix-septième Session de la Conférence générale. Ils savent l’estime
profonde dans laquelle nous tenons leurs efforts tenaces contre la faim. Oui,
cette œuvre solidaire de][re-cherche, de confrontation, de prévision,
d’organisation, d’entraide, étendue à tout l’univers, cherchant à faire face
aux grands projets à longue échéance ainsi qu’aux difficultés subites, comme
celles qu’a connue récemment l’Afrique, mérite nos félicitations et nos
encouragements, par le fait qu’elle est au service de la vie de tous les
hommes.
Nous aimons
également prendre contact avec les Délégations des Etats membres de la FAO qui
participent à cette Session. Cette rencontre, jointe à l’étude de leurs
travaux, nous permet à nous aussi de renouveler notre attention aux problèmes
de l’humanité qui attend de la terre les moyens de se nourrir convenablement,
ainsi qu’un développement économique harmonieux et facteur de progrès. Ces
paroles veulent simplement leur manifester combien nous prenons à cœur leurs
travaux, leurs espoirs et les espoirs des peuples qu’ils représentent. Nous sommes
tous invités à élargir nos perspectives, à aller audacieusement de l’avant,
pour répondre aux besoins accrus du monde, sans laisser s’accumuler un
périlleux retard.
En la présente
Assemblée, vous êtes appelés, chers Messieurs, à prendre des décisions
concernant les orientations de la politique intérieure de la FAO pour fixer, selon
les critères qui en découlent, son programme ordinaire pour les années
1974-1975 ; il s’agit de réaliser concrètement sur le terrain les Programmes
relatifs aux divers continents, la campagne contre la faim et aussi le
Programme alimentaire mondial, en accord avec les Nations Unies. Vos décisions
doivent également préciser les orientations de, la politique internationale en
matière d’agriculture et d’alimentation, selon les exigences du moment présent.
De fait, la
situation mondiale aux plans agricole et alimentaire, telle qu’elle ressort
des rapports récemment préparés par la FAO, nous paraît particulièrement grave.
Quiconque prend à cœur le sort de l’humanité ne peut s’empêcher d’être préoccupé
par la diminution globale, au cours de l’année 1972, de la production agricole
et alimentaire à l’échelon mondial. Les réserves mondiales de blé, en
particulier, apparaissent tellement réduites que le niveau minimum de sécurité
alimentaire dans le monde serait dangereusement menacé si des crises de production
venaient à se manifester, pour diverses raisons, dans l’avenir immédiat.
Bien souvent, hélas,
en face de ces constatations et de ces prévisions préoccupantes, les
Organisations internationales ne trouvent pas l’appui réel ni le soutien ouvert
qu’elles seraient en droit d’attendre, alors qu’elles agissent continuellement
par solidarité universelle. Il y a là un contraste entre l’attente grandissante
des pays en voie de développement et l’absence d’un engagement suffisamment
complet et large de la part des pays riches.
Nous saisissons
l’occasion pour exprimer cette impression pénible que Nous avons ressentie:
les récentes statistiques démontrent que l’aide publique globale apportée par
les pays riches est en diminution. On n’a pas encore atteint la contribution
d’au moins un pour cent du revenu que chaque pays devrait donner, selon son
degré de développement, au titre d’une aide effective aux pays en voie de
croissance. Pourtant, le Programme des Nations Unies pour la première et la
deuxième décennie du développement s’est référé à plusieurs reprises à ce
pourcentage. Et nous-même, il y aura bientôt dix ans, nous y faisons allusion
durant notre voyage en Inde.
Voici venu le moment
de rendre plus vigoureux et d’élargir le mouvement de solidarité entre les
peuples du monde entier. Devant l’acuité de la situation actuelle, il faut
renouveler la volonté politique d’entraide mondiale. Qu’il nous soit donc
permis de lancer aujourd’hui un appel pressant à la solidarité, destiné aux
responsables, mais aussi à la conscience de tous les hommes de bonne volonté.
Certes, ce n’est pas
notre mission de suggérer les solutions techniques ou les choix politiques
concrets, en nous substituant à l’action responsable des Etats membres de votre
Organisation. Mais il nous appartient de parler en faveur de tous les peuples,
pour le bien de tous les hommes, sans aucune discrimination et sans aucun
calcul terrestre.
Nous demandons
encore une fois, au nom de l’humanité, que les gouvernants, par l’intermédiaire
de leurs représentants autorisés, et même déjà au cours de cette conférence de
la FAO, montrent qu’ils ne se laissent pas enfermer dans la perspective trop
restreinte des seuls intérêts de leur nation ou des résultats immédiats
d’entreprises politiques particulières ; qu’ils parviennent à des décisions
qui les obligent à collaborer davantage au plan international pour que soient
assurés le développement économique et le progrès de la société ; ils auront
constamment en ce domaine une attention toute spéciale pour les pays en voie de
développement.
Nous savons que
l’économie et les finances de pays même hautement développés traversent
actuellement une période complexe et difficile. Cela ne nous dispense pas
toutefois de les inviter avec insistance à surmonter les tentations d’isolement,
de protectionnisme ou de rapports directs qui feraient peser leur propre
puissance sur des pays plus faibles et plus exposés.
Dans le même sens,
nous nous adressons aussi à l’opinion publique mondiale et à la conscience des
peuples les plus riches en ressources, en technologie et en énergies humaines.
Ceux-ci doivent prendre en considération, non seulement les besoins de leur
propre pays, mais aussi ceux des autres, et donc soutenir des choix politiques,
exiger des actions concrètes qui visent, dans l’harmonie d’une entente
fraternelle, le bien de tous les hommes.
Nous souhaitons que
les travaux de cette session de la Conférence de la FAO ouvrent des
perspectives d’une solidarité effective qui permette de passer de la solution
des secours d’urgence à un système plus élaboré de sécurité alimentaire.
A la récente «
Opération de la zone sahélienne », nous avons donné de grand cœur notre appui,
accueillant aussi plusieurs demandes, la vôtre, Monsieur le Directeur général,
celle des Eglises locales, celle de personnes ou d’organismes soucieux de faire
face à l’urgence et à l’ampleur de cette détresse humaine. Nous avons alors
appelé les peuples et les gouvernants à une collaboration rapide et généreuse.
Par ailleurs, nous avons veillé à une présence active des organismes du
Saint-Siège, en particulier de notre Conseil Cor Unum, des Organisations
Internationales Catholiques et des institutions des Eglises locales.
Mais nous sommes
profondément convaincu que des tâches bien plus vastes que celle d’un secours
occasionnel se présentent à l’horizon pour la Communauté internationale, et en
particulier pour les Organisations Intergouvernementales, afin d’établir des
projets à longue échéance, dans de larges perspectives d’action mondiale
multilatérale.
Nous souhaitons que
la volonté politique des Etats soit capable de s’orienter vers un instrument
international qui comporte un réel engagement, qui les amène à dépasser les
formes de don généreux, mais occasionnel et variable. Ainsi pourrait-on en
arriver à des formes d’engagement permanent dans la justice, répondant à la fois aux devoirs des peuples,
en fonction de leur prospérité, et aux besoins des pays moins favorisés; ainsi
serait constitué un système mondial de sécurité alimentaire.
Comme toutes les Organisations
internationales de la famille des Nations Unies, vous regardez, pensons-nous,
vers la période de cette deuxième décennie où il faudra examiner attentivement
dans quelle mesure et comment la Communauté internationale est en train de
rejoindre les buts qu’elle s’est fixés, pour satisfaire les nécessités les
plus impérieuses des populations du monde et les attentes les plus légitimes
d’un progrès garanti à tous, en surmontant les déséquilibres et les
discriminations. Ne pourrait-on pas souhaiter aussi qu’une plus grande
attention soit accordée aux possibilités d’instaurer une situation de justice
grâce à des rapports et à des programmes multilatéraux, garantis par des
Organisations Intergouvernementales ?
Ainsi, nous
renouvelons notre appel, avec toute l’espérance qu’il permet, afin que,
surmontant les difficultés toujours renaissantes et les faux prestiges
nationaux, on prenne des décisions de nature à favoriser une juste politique
mondiale de l’agriculture et de l’alimentation, au service des besoins urgents
et des intérêts effectifs de l’humanité. Cela fait partie de cet humanisme
plénier que nous avons si souvent appelé de nos vœux et qui comporte le
développement intégral de tout l’homme et de tous les hommes (Populorum
Progressio, 42).
Fort de cette
espérance, nous prions Dieu, le Père de tous les hommes, de vous assister dans
vos travaux et d’inspirer ceux que vous représentez, afin que soient utilisées
au mieux les étonnantes possibilités de solidarité que le Seigneur donne aux
hommes de notre temps.
Dans la matinée du lundi 19 novembre, le Saint-Père a reçu les participants à l’Assemblée Générale de l’Union Internationale des Supérieures Générales, qui s’est tenue récemment à Rome. Le groupe était conduit par S. E. le Cardinal Tabera Araoz, Préfet de la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers, accompagné du Secrétaire Mgr Agostino Mayer, Archevêque tit. de Satriano et du Sous-Secrétaire le R. P. Basile Heiser. Etaient présents à l’audience : le R. P. Molinari, aumônier de l’Union ; Sœur Marie Linscott, la Présidente ; Sœur Marguerite Marie Gonçalves, Vice-Présidente ; les Conseillères et la Secrétaire Sœur Laure Therrien, ainsi que toutes les Religieuses qui travaillent auprès de la S. Congrégation.
A l’adresse d’hommage du Cardinal Préfet, le Pape répondit par cette allocution :
Chères Filles,
Cette rencontre avec
les Supérieures Générales des religieuses nous procure une grande joie. Au-delà
de vos personnes, nous entrevoyons cette immense foule de vos Sœurs, qui vivent
humblement, au jour le jour, leur vie consacrée dont elles ont fait l’offrande
au Seigneur. Nous saluons les Instituts anciens, et aussi ceux qui ont surgi
récemment dans les nouvelles chrétientés et qui constituent déjà un signe de
leur maturité. C’est pour nous, pour l’Eglise, une profonde source d’espérance.
Nous nous
réjouissons de cet échange qui a pu s’instaurer au cours des travaux que vient
de tenir l’Assemblée générale de votre Union internationale : échange entre
vous, et avec notre Dicastère pour les Religieux. Quelle chance de pouvoir
ainsi s’entraider, en esprit catholique, d’un pôle à l’autre du monde, et de
sentir devant la richesse de vos diverses expériences, ou même devant vos
difficultés, ce même élan vers le Christ, ce même amour de l’Eglise, ce même
souci de participer à l’évangélisation. Nous souhaitons également que la
présente session entre les Supérieures générales résidant à Rome contribue à
éclairer votre chemin et à raffermir votre dynamisme.
Pour nous, qui
aimerions plutôt dialoguer avec chacune d’entre vous, nous ne pouvons ce matin
développer toutes les exigences du renouveau auquel vos Instituts sont
appelés, selon les lignes tracées par les documents du Concile ou du
Saint-Siège, et les orientations de notre Dicastère, Ce renouveau prend une
tonalité particulière au seuil de l’Année Sainte. Car, évidemment, cette Année
Sainte vous concerne au premier chef. Il ne s’agit plus ici de l’aggiornamento
de vos structures, mais du profond renouveau intérieur, qui est déjà amorcé et
qu’il faut intensifier afin qu’il atteigne vraiment chacune de vos personnes
et chacune de vos communautés. C’est cet esprit que nous soulignons ce matin.
Vos communautés
connaissent aujourd’hui de merveilleux renouveaux, et parfois aussi de sombres
difficultés. Parmi celles-ci, qu’il suffise d’évoquer le manque de vocations en
certains pays, la charge très lourde d’œuvres que vous n’arrivez plus à assurer,
la tension entre générations ou entre tempéraments devant les réformes en
cours, le départ affligeant d’un certain nombre de Sœurs. Devant ces problèmes,
il en est qui mettent en cause la « forme de vie religieuse », le style que
celle-ci a revêtu dans l’Eglise. Nul doute que bien des formules sont
possibles, selon le charisme des fondateurs, les tempéraments des peuples, les
besoins des Eglises. Mais il y a dans la vie religieuse, vous le savez, des
éléments essentiels qui correspondent à des traits évangéliques, et permettent
au cœur de l’Eglise un témoignage irremplaçable : la chasteté, l’obéissance, la
pauvreté, la vie fraternelle dans une communauté, avec ce qu’entraînent
nécessairement ces exigences dans la forme concrète de la vie. Ne craignons pas
d’y maintenir un style religieux authentique : c’est à ce prix que la vie
religieuse trouvera son dynamisme et sa force.
Il existe notamment
un aspect austère, disons même un aspect ascétique, dont la vie religieuse, pas
plus aujourd’hui qu’hier, ne saurait faire l’économie. Ouvrez l’Evangile ; vous
devez pouvoir dire avec Saint Pierre : « Voici que nous avons tout quitté pour
te suivre » (Mt 19, 27). Consultez Saint Paul : « Ne vous modelez pas
sur le monde présent » (Rm 12, 2). Regardez ces fondateurs qui ont
apporté un sang neuf à l’Eglise : ils l’ont fait dans la vigueur, dans la
rigueur. Une contrainte librement consentie, désirée même, a permis à leur
amour de jaillir très haut, à leur apostolat d’embrasser très large. Oui, il ne
faut pas craindre de le dire, la vie religieuse est difficile. En elle se
révèle plus explicitement le combat que Saint Paul assigne à tout chrétien
(cf. 1 Co 9, 24-27). En ce sens, c’est une erreur de vouloir laïciser la
vie religieuse elle-même : non pas de rendre les religieuses plus proches des
personnes ou des problèmes humains — ce qui est évidemment souhaitable — mais
de laisser s’introduire dans leur propre vie les facilités de ce monde.
Bien sûr, une telle
ascèse n’est concevable, n’est viable qu’en fonction de la richesse intérieure
qui demeure le but. Voilà ce qu’il faut également conserver et faire croître.
Et quel est le secret de cette richesse, de cet élan, de cette patience à toute
épreuve ? Vous le savez, c’est le lien qui vous unit au Christ. Il s’appuie sur
votre disponibilité totale : « Nous t’avons suivi ». Il se nourrit de l’amour
fidèle : « Toi qui sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17). Il s’exprime dans une recherche
d’imitation parfaite, selon le chemin qu’il a tracé aux disciples. Bien plus,
il permet de dire en toute vérité, avec Saint Paul : « Pour moi, la vie c’est
le Christ » (Ph 1, 21). De même qu’on spécifie le mariage, non pas par
la profession du mari ou de la femme, mais par l’amour exclusif, fidèle,
procréateur de l’époux et de l’épouse, de même le critère et la force de la vie
religieuse ne résident pas dans l’activité sociale ou apostolique, si bénéfique
soit-elle, mais dans la consécration totale au Seigneur. Certaines faiblesses
dans vos communautés ne viendraient-elles pas, foncièrement, du relâchement de
cet amour et de la vie intérieure qu’il comporte ?
Enfin, votre place
privilégiée dans l’Eglise requiert un rapport confiant avec la Hiérarchie :
celle-ci demeure juge de l’authenticité de votre vie religieuse, et propose à
votre générosité les services que réclame aujourd’hui le bien des âmes, en respectant
la vocation propre de chaque Institut et en vous aidant à la vivre. Notre
Congrégation pour les Religieux n’a pas d’autre but : vous aider à
épanouir cette vocation. Nous-même, dans l’objectif que nous proposons à tous les fidèles pour l’Année Sainte,
nous comptons avec la plus ferme espérance sur votre fidélité, sur votre sens
de l’Eglise, sur votre générosité.
Ayez confiance,
chères Filles. Le Christ qui vous a appelées ne manquera pas de vous soutenir.
A quelques jours de la fête de la Présentation de Marie au Temple, nous vous
invitons, nous invitons toutes vos Sœurs, à renouveler au Seigneur, avec la
Vierge, la joyeuse offrande de votre vie. Avec notre affectueuse Bénédiction
Apostolique.
Le 21 novembre dernier, après l’audience générale, le Saint-Père a reçu les Délégués épiscopaux, les représentants des S. Congrégations, des Ordres religieux, Congrégations et Instituts séculiers, et des Centres nationaux pour les vocations qui participent à une session d’étude sur les vocations ecclésiastiques organisée par la S. Congrégation pour l’Education catholique. Paul VI a adressé à ses visiteurs un discours dont voici notre traduction :
Vénérables Frères et
Fils bien-aimés,
Nous sommes heureux
de pouvoir vous adresser ce matin notre déférent et cordial salut et vous dire,
à vous tous, délégués des Conférences Episcopales, notre profonde reconnaissance
pour la louable disponibilité dont vous avez fait preuve en agréant
l’invitation de la S. Congrégation pour l’Education Catholique, et en
intervenant au Congrès actuel pour l’étude des « Plans d’action » nationaux
pour les vocations ecclésiastiques.
Les sentiments de
sincère estime que nous entendons vous exprimer en ce moment vous disent tout
l’intérêt et l’anxiété avec lesquels nous suivons votre patient et si
profitable travail en un secteur qui est actuellement au centre des préoccupations
et des soins les plus urgents de l’Eglise. Effectivement, le problème dont
vous avez entrepris l’étude intéresse toute la communauté vivante de l’Epouse
du Christ parce que les vocations sont le signe de sa visibilité, la garantie
de sa vitalité, la sécurité de son avenir. Aussi le problème ne pourra-t-il
trouver de solution convenable que grâce à la collaboration active et généreuse
de toute la communauté ecclésiale.
Le fait qu’à ce
Congrès sont intervenus à peu près au complet les Délégués des Conférences
Episcopales, ainsi que les représentants
des Hiérarchies orientales, des Missions, des organismes internationaux des
Supérieurs et Supérieures généraux des Instituts religieux, ainsi que des
représentants des Instituts séculiers, mérite nos éloges et nos encouragements
; cela ne signifie pas seulement un pas en avant dans le processus de sensibilisation
des consciences des fidèles à ce problème, étant ici présents tous les secteurs
du Peuple de Dieu directement intéressés qui y apportent leur témoignage de
foi, de doctrine et d’expérience ; cela représente aussi un facteur nouveau
dans l’Eglise et une méthodologie renouvelée qui trouve son inspiration dans
les directives bien connues du Concile Vatican II : « Le travail en faveur des vocations
doit généreusement transcender les limites des différents diocèses, nations,
familles religieuses ou rites, et, en tenant compte des besoins de l’Eglise
Universelle, apporter son aide par priorité aux régions où le besoin d’ouvriers
pour la vigne du Seigneur est le plus urgent » (Optatam totius, 2).
Nous avons donc de bons motifs pour ouvrir notre âme aux plus heureux espoirs
et répéter devant vous les paroles de Saint Paul : « Quelles actions de grâces
pourrions-nous rendre à Dieu pour toute la joie que nous éprouvons devant Dieu
à votre sujet » (1 Th 3, 9).
Le présent Congrès,
qui suit la présentation préalable des « plans d’action » élaborés par les
Conférences Episcopales dans un esprit d’authentique collégialité, est le
couronnement d’amples consultations et d’un rude effort d’harmonisation. Il
faut toutefois qu’il constitue moins un point d’arrivée qu’un point de nouveau
départ, en ce sens que votre Congrès devra être suivi d’une longue période
d’activité, non moins importante que la précédente, pendant laquelle il faudra
mettre en œuvre les conclusions qui résultent des débats de votre Assemblée.
Permettez-nous donc, en vue du travail qui vous attend, de vous proposer
quelques réflexions et indications ; même si elles ne vous sembleront pas nouvelles
en vertu de vos connaissances et de votre expérience en la matière, elles vous
confirmeront cependant que nous suivons avec une vigilante sollicitude votre
œuvre extrêmement précieuse pour l’Eglise.
Il nous semble que
le premier travail à accomplir est celui d’amener les fidèles à une prisé de
conscience approfondie de la valeur et du caractère indispensable du ministère
sacerdotal dans le plan du
salut. Il faut réagir contre une mentalité courante qui tend à amoindrir
l’importance de la présence du prêtre en se basant sur le fait que le Concile a
énormément valorisé le sacerdoce des fidèles. Cela signifierait qu’il n’a rien
été compris au dessein de Dieu, qui a voulu, au contraire, appeler ses croyants
dans l’Eglise et les sauver en les constituant comme peuple hiérarchiquement
ordonné. Cette nécessité inéluctable se révèle encore plus évidente
aujourd’hui, tant à cause des conditions spirituelles du monde moderne qui tend
de plus en plus à se séculariser et à perdre le sens du sacré, qu’en vue de
l’engagement que l’Eglise assume de manière croissante dans son service à
l’humanité, un service qu’à la longue elle ne pourrait plus assurer sans la
vertu sanctificatrice et l’autorité pastorale de ceux qui ont été constitués
comme « dispensateurs des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1).
Nous reconnaissons
sans le moindre doute que vous devrez affronter de multiples et graves
difficultés pour triompher de l’actuelle crise des vocations dont les racines
sont nombreuses et profondes. Ce sont des difficultés qui pourront peut-être
faire naître des doutes, un certain découragement quant à la possibilité
réelle, dans un monde tellement intoxiqué par le matérialisme et par
l’hédonisme, de faire entendre par les jeunes la voix du Christ qui leur dit,
aujourd’hui comme hier, et même plus qu’hier : « Viens et suis moi ». Et voici
alors notre seconde recommandation : travaillez avec confiance ! Confiance en
Dieu, parce que les vocations sont, avant même d’être œuvres de l’homme — et
principalement — l’œuvre de Dieu, et nous ne devons d’aucune manière imaginer
que Dieu ne veuille pas pourvoir aux besoins de son Eglise à laquelle il a
promis son assistance jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20).
Confiance également dans les jeunes, qui ne sont pas moins généreux aujourd’hui
qu’hier. Nous pensons que la pénurie des vocations dépend certainement en
grande partie du milieu social et de l’ambiance familiale qui rendent la
conscience des jeunes générations réfractaire à l’appel du Christ. Nous
faisons cependant confiance à l’immense trésor d’énergie latente qu’il y a
chez les jeunes de notre époque, si ouverts aux grands idéaux de justice, si
avides d’authenticité, si disponibles quand il s’agit de se dévouer à leurs
propres frères. Lorsque nous les voyons
aussi sensibles devant les souffrances que l’humanité doit aux injustices, à la
faim, à la violence, comment pourrions-nous nous résigner à penser qu’ils ne
sont pas capables de l’être tout autant devant une humanité qui réclame avec
non moins de force la présence de Dieu et la distribution de sa grâce à travers
le ministère sacerdotal ? Aussi, estimons-nous qu’ils sont innombrables les
jeunes capables d’embrasser avec grandeur d’âme et fidélité l’idéal d’une vie
consacrée, jusqu’à l’héroïsme, au Christ et aux âmes.
Mais comment
présenter cet idéal ? Nous répondons qu’aux jeunes, généreux et forts par
tempérament, cet idéal doit être présenté intégralement, sans rien cacher, sans
rien atténuer des exigences sévères qu’il comporte, et en exposant
convenablement sa véritable signification et sa valeur surnaturelle. Bien plus
nous devons croire que cette formule exercera sur les âmes jeunes bien plus
d’attrait qu’une formule humainement plus acceptable et apparemment plus aisée
mais qui risquerait de dénaturer la nature particulièrement et essentiellement
spirituelle du service sacerdotal. Ce n’est donc pas en présentant l’état
ecclésiastique sous un jour plus facile que l’on rendra plus désirable l’accès
au sacerdoce. Ce n’est pas dans cette direction qu’il faudra s’orienter pour
accroître quantitativement et qualitativement les vocations, même en cette
période d’obsédant besoin dans lequel se trouve l’Eglise.
Mais, comme vous le
savez parfaitement, le problème des vocations ne se limite pas à la phase de
recrutement des candidats au sacerdoce. Il exige encore tout un ensemble
complexe d’efforts et de soins pour que le germe déposé par Dieu dans l’âme du
jeune homme puisse arriver à maturité, et surtout fructifier et persévérer.
Ici, tout naturellement, le propos se porte sur les Séminaires, auxquels il
vous faudra consacrer une attention toute spéciale. Il faudra travailler avec
décision pour relever leur niveau spirituel et afin qu’ils deviennent,
véritablement, comme cela a toujours été dans l’Eglise, des lieux privilégiés de
piété, d’étude et de discipline. Il faudra faire les plus grands efforts pour
dissiper ce climat de conformisme, de relâchement de l’esprit de prière et
d’amour envers la Croix qui, malheureusement, tente de pénétrer dans un grand
nombre de Séminaires, si nous ne voulons pas voir compromis les efforts les
plus généreux dans un secteur
aussi délicat, aussi vital pour l’Eglise. Il est vrai que l’on demande
aujourd’hui un aggiornamento des méthodes éducatives, et que les jeunes
ont des exigences dont il serait malencontreux de ne pas tenir judicieusement
compte. Toutefois, comme nous avons eu récemment l’occasion de le dire, « cela
ne justifie nullement l’attitude de ceux qui voudraient supprimer toute
structure, abolir tout règlement, laisser pleine liberté aux initiatives
personnelles, faisant confiance à une bonté naturelle qui ignore le péché
originel et ses conséquences. Il est évident que le jeune doit être éduqué à la
liberté ; mais la véritable liberté est une conquête et, pour, la conquérir,
l’homme et bien plus encore l’aspirant au sacerdoce pendant la période de sa
formation, ont besoin également d’une assistance extérieure. Tout comme serait
nuisible une excessive passivité chez l’élève, la prétention de s’éduquer
soi-même sans aucune aide de l’éducateur, ne le serait pas moins »
(Discours au Collège Germanico-Hongrois du 18 octobre 1973).
Vénérables Frères et
Fils bien-aimés, nous vous sommes sincèrement reconnaissant pour votre
contribution. Poursuivez donc courageusement sur cette voie. Multipliez vos
contacts et vos initiatives communes. Mais avant tout, maintenez-vous en contact
étroit avec le Maître de la moisson grâce à ce moyen fondamental, qu’est la
prière, car la vocation est un don de l’Esprit qu’il faut implorer, selon les
exhortations du Seigneur.
En vue de tout ceci,
nous faisons des vœux pour que vous soyez fortifiés par l’abondance des grâces
divines, que nous invoquons pour vous tous, et en gage desquelles nous vous
donnons de tout cœur notre Bénédiction Apostolique.
Message du Pape pour la « Journée de la Paix 1974 » :
Ecoutez-moi encore
une fois, au seuil de la nouvelle année 1974.
Ecoutez-moi encore :
je suis devant vous pour vous présenter une prière, humble mais instante.
Vous le devinez,
bien sûr, je veux encore vous parler de la Paix.
De la Paix, oui.
Peut-être pensez-vous tout savoir sur la Paix ; il en a déjà été tellement
parlé, et par tous ! Peut-être ce nom envahissant provoque-t-il une impression
de satiété, d’ennui, voire de crainte qu’il ne cache dans la fascination du
mot une magie illusoire, une pure appellation dont on a abusé et qui est
devenue désormais simplement rhétorique, et même un enchantement dangereux,
L’histoire présente, caractérisée par de farouches épisodes de conflits
internationaux, par d’implacables luttes de classes, par des explosions de
libertés révolutionnaires, par des cas de répression des droits et des libertés
fondamentaux de l’homme et par de soudains symptômes de précarité économique
mondiale, semble démolir, comme si c’était la statue d’une idole, l’idéal
triomphant de la Paix. A la phraséologie vaine et inefficace, dont celle-ci
semble s’être revêtue, dans l’expérience politique et idéologique de ces
derniers temps, on préfère de nouveau aujourd’hui le réalisme des faits et des
intérêts, et on repense à l’homme comme au problème éternel et insoluble d’un
auto-conflit toujours vivant : l’homme est ainsi fait; c’est un être qui porte
dans son cœur le destin de la lutte fraternelle.
Face à ce réalisme
brutal et toujours renaissant, Nous proposons non pas un nominalisme toujours
contredit par des expériences nouvelles et irrésistibles, mais un idéalisme
invincible, celui de la Paix, destiné à s’affirmer progressivement.
Hommes qui êtes frères,
hommes de bonne volonté, vous les sages, vous qui souffrez, croyez à notre
parole humble et réitérée, à notre cri inlassable. La Paix est l’idéal de
l’humanité. La Paix est nécessaire. La Paix est un devoir. La Paix est profitable.
Ce n’est pas une idée fixe et illogique que la nôtre ; ce n’est pas une
obsession ni une illusion. C’est une certitude ; oui, c’est une espérance ;
elle a pour elle l’avenir de la civilisation, le destin du monde ; oui, la
Paix.
La Paix est le point
d’arrivée de l’humanité qui progressivement prend conscience d’elle-même et
développe la civilisation sur la face de la terre. Nous en sommes tellement
convaincu qu’aujourd’hui, pour l’an nouveau et pour les années futures, Nous
osons proclamer comme Nous l’avons déjà fait l’année dernière : la Paix est
possible.
Car, au fond, ce qui
compromet la solidité de la Paix et le déroulement de l’histoire en sa faveur,
c’est la conviction secrète et sceptique qu’elle est pratiquement impossible.
Très beau concept, pense-t-on sans le dire, excellente synthèse des
aspirations humaines ; mais songe poétique, utopie fallacieuse. C’est une
drogue enivrante, mais débilitante. Et dans les esprits resurgit encore, comme
une logique inévitable, cette affirmation : ce qui compte, c’est la force ;
l’homme réduira le plus possible le complexe des forces à l’équilibre de leur
contraste ; mais l’organisation humaine ne peut faire abstraction de la
force.
Nous devons nous
arrêter un instant sur cette objection capitale afin de résoudre une équivoque
possible, celle qui confond la Paix avec la faiblesse, non seulement physique
mais morale, avec la renonciation au vrai droit et à la justice équitable,
avec la fuite du risque et du sacrifice, avec la résignation craintive et
soumise à la domination d’autrui, dans l’acceptation de son propre esclavage.
Ce n’est pas cela, la Paix authentique. La répression n’est pas la Paix.
L’indolence n’est pas la Paix. L’ordre purement extérieur et imposé par la
peur n’est pas la Paix. La récente célébration du XXV° anniversaire de la
Déclaration des Droits de l’Homme nous rappelle que la véritable Paix doit être
fondée sur le sens de la dignité intangible de la personne humaine, d’où
découlent des droits inviolables et des devoirs correspondants.
Il est pourtant vrai
que la Paix acceptera d’obéir à la loi juste et à l’autorité légitime, mais
elle ne fera jamais fi de la raison
du bien commun ni de la liberté morale de l’homme. La Paix pourra en venir
aussi à de sérieux renoncements, dans la lutte de prestige, dans le course aux
armements, dans l’oubli des offenses, dans la remise des dettes ; elle en
arrivera même à la générosité du pardon et de la réconciliation ; mais ce ne
sera jamais pour un marché servile au détriment de la dignité humaine, jamais
pour la sauvegarde d’un intérêt personnel égoïste au préjudice de l’intérêt
légitime d’autrui ; jamais par lâcheté. Le paix n’existera pas sans la faim et
la soif de la justice ; elle n’oubliera jamais les efforts à réaliser pour
défendre les faibles, pour secourir les pauvres, pour promouvoir la cause des
humbles, jamais elle ne trahira, pour vivre, les raisons supérieures de la vie
(cf. Jn 12, 25).
On ne peut donc dire
que la Paix est une utopie. La certitude de la Paix ne consiste pas seulement
dans l’être, mais aussi dans le devenir. Elle est dynamique, comme l’est la vie
de l’homme. Son règne s’étend encore et principalement dans le domaine
déontologique, c’est-à-dire dans le sphère des devoirs. Il faut non seulement
maintenir la Paix, mais la faire. La Paix est donc, et doit être, en voie
d’affermissement continuel et progressif. Nous dirons même : la Paix n’est
possible que si on la considère comme un devoir. Il ne suffit pas qu’elle soit
établie sur la conviction, habituellement fort juste, qu’elle est avantageuse.
Elle doit entrer dans la conscience des hommes comme une finalité éthique
suprême, comme une nécessité morale, une άνάγχη,
(ananké), découlant de l’exigence intrinsèque de la vie commune.
Cette découverte —
car c’en est une dans le processus positif de notre faculté de raisonner —
nous enseigne quelques principes dont nous ne pourrons jamais plus nous
détourner. Et tout d’abord elle nous éclaire sur la nature authentique de la
Paix: elle est avant tout une idée. C’est un axiome intérieur, un trésor de
l’esprit. La Paix doit germer d’une conception fondamentale et spirituelle de
l’humanité : l’humanité doit être pacifique, c’est-à-dire unie, cohérente en
elle-même, solidaire au plus profond de son être. L’absence de cette conception
radicale a été, et est encore, à l’origine profonde des malheurs qui ont
affligé l’histoire. Concevoir la lutte entre les hommes comme une exigence des
structures de la société ne constitue pas seulement une erreur du point de vue
philosophique, mais un délit virtuel et permanent contre l’humanité. La civilisation doit enfin se libérer de
l’antique maxime trompeuse, qui depuis Caïn, a survécu et est toujours à
l’œuvre : « l’homme est un loup pour l’homme ». L’homme d’aujourd’hui doit
avoir le courage moral et prophétique de s’affranchir de cette férocité innée
et en arriver à la seule conclusion possible, l’idée de la Paix, comme étant
essentiellement naturelle, nécessaire, juste et donc possible. Désormais il
importe de concevoir l’humanité, l’histoire, le travail, la politique, la
culture, le progrès, en fonction de la Paix.
Mais que vaut cette
idée, spirituelle, subjective, intérieure et personnelle, que vaut-elle ainsi
désarmée, si éloignée des réalités vécues par notre histoire, avec leur
formidable efficacité ? Tandis que le tragique expérience de la dernière guerre
mondiale passe peu à peu dans la sphère des souvenirs, il nous faut constater
malheureusement une recrudescence de l’esprit de rivalité entre les nations et
dans la dialectique politique de la société; le potentiel de guerre et de
lutte, loin de diminuer, s’est beaucoup accru aujourd’hui par rapport à celui
dont disposait l’humanité avant les guerres mondiales. Ne voyez-vous pas,
objectera un observateur quelconque, que le monde s’en va vers des conflits
encore plus terribles et horribles que ceux d’hier ? Ne voyez-vous pas combien
est peu efficace la propagande pacifiste et insuffisant l’impact des
institutions internationales qui ont surgi pendant la convalescence du monde
ensanglanté et exténué par les guerres mondiales ? Où va le monde ? Ne se
prépare-t-il pas encore à des conflits plus catastrophiques et plus exécrables
? Hélas ! Devant des raisonnements aussi pressants et impitoyables, nous
devrions être muets comme devant un destin désespéré !
Mais non ! Sommes-Nous aveugle, nous aussi ? Sommes-Nous naïf, nous aussi ? Non, Frères humains ! Nous sommes sûr que la cause qui est nôtre, celle de la Paix, l’emportera. D’abord, parce que cette idée de la Paix, malgré les folies de la politique contraire, est désormais victorieuse dans l’esprit de tous les hommes qui ont une responsabilité. Nous avons confiance dans leur sagesse moderne, dans leur énergique habileté. Aucun Chef de Peuple ne peut aujourd’hui vouloir la guerre ; tous aspirent à la Paix générale du monde. Quelle importante affaire ! Nous osons les supplier instamment de ne plus jamais rétracter leur programme, ou mieux leur commun programme de paix.
En second lieu, ce sont les idées, plus encore que les intérêts particuliers et avant eux, qui guident le monde malgré les apparences contraires. Si l’idée de la Paix gagne vraiment le cœur des hommes, la Paix sera sauvée, ou plutôt elle sauvera les hommes. Il est superflu, en ce discours, de dépenser des paroles pour démontrer la puissance actuelle de l’idée devenue la pensée du Peuple, c’est-à-dire la puissance de l’opinion publique ; aujourd’hui elle est la reine qui, en fait, gouverne les Peuples ; son influence impondérable les forme et les guide ; et ensuite ce sont les Peuples, c’est-à-dire l’opinion publique agissante qui gouverne les dirigeants; en grande partie au moins, les choses sont ainsi.
Troisièmement, si l’opinion publique atteint un coefficient qui détermine le destin des Peuples, le destin de la Paix dépend aussi de chacun de nous. Chacun de nous en effet est membre d’un corps civil dont le système démocratique, selon des formes et des degrés variés, caractérise aujourd’hui la vie des nations organisées de façon moderne. Nous tenons à l’affirmer : la Paix est possible, si chacun de nous la veut, si chacun de nous aime la Paix, éduque sa mentalité personnelle à la Paix, défend la Paix, travaille pour la Paix. Chacun de nous doit écouter dans sa propre conscience l’appel contraignant : La Paix dépend aussi de toi.
Assurément l’influence individuelle sur l’opinion publique ne peut être que très petite, mais elle n’est jamais vaine. La Paix vit grâce aux adhésions, même particulières et anonymes, que lui donnent les personnes. Nous savons tout comment se façonne et se manifeste le phénomène de l’opinion publique : une affirmation sérieuse et forte est facilement susceptible de diffusion. D’individuelle, l’affirmation de la Paix doit devenir collective et communautaire. Elle doit devenir affirmation du Peuple et de la communauté des Peuples ; elle doit devenir conviction, idéologie, action ; elle doit aspirer à pénétrer la pensée et l’activité des nouvelles générations, envahir le monde, la politique, l’économie, la pédagogie, l’avenir, la civilisation. Non point par réaction de peur et de fuite, mais par impulsion créatrice de l’histoire nouvelle et de la construction nouvelle du monde ; non point par indolence et par égoïsme, mais par vigueur morale et par amour accru de l’humanité. La Paix est courage, la Paix est sagesse, la Paix est devoir; et par-dessus tout intérêt et bonheur.
Nous osons vous le
dire, à vous Frères humains, à vous hommes qui avez en main, à quelque titre
que ce soit, la direction du monde : hommes de gouvernement, hommes de culture,
hommes d’affaires : il faut que vous donniez à votre action une orientation
vigoureuse et perspicace vers la Paix : elle a besoin de vous. Si vous le
voulez, vous le pouvez ! La Paix dépend aussi et spécialement de vous.
En outre Nous
voulons réserver à ceux qui partagent notre foi et notre charité une parole
encore plus confiante et plus pressante: n’avons-nous pas nos possibilités
spécifiques et surnaturelles pour concourir avec les Promoteurs de la Paix à
rendre efficace leur travail qui est l’œuvre commune, afin que le Christ nous
reconnaisse tous « fils de Dieu » (cf. Mt
5, 9), avec eux, selon la béatitude évangélique ? Est-ce que nous ne
pouvons pas prêcher la Paix, avant tout, dans les consciences ? Et qui plus que
nous doit être éducateur de paix par la parole et par l’exemple ? Comment
ensuite pourrons-nous appuyer l’œuvre de la Paix dans laquelle l’action humaine
atteint son plus haut niveau, si ce n’est par notre insertion dans l’action
divine toujours à l’écoute de nos prières ? Serons-nous insensibles à ce
testament de paix que le Christ, et le Christ seul, nous a laissé, à nous qui
vivons dans un monde incapable de donner parfaitement sa Paix transcendante et
ineffable ? Ne pouvons-nous pas, nous particulièrement, donner à la prière pour
la Paix cette force humble et pleine d’amour à laquelle ne résiste pas la
miséricorde divine (cf. Mt 7,
7 ss. ; Jn 14, 27) ? C’est
merveilleux : la Paix est possible, et elle dépend aussi de nous, par le
Christ, notre Paix (Ep 2, 4).
Que notre
Bénédiction Apostolique, porteuse de Paix, en soit le gage.
Du Vatican, le 8
décembre 1973.
PAULUS PP. VI
A l’occasion du XXV° anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, le Souverain Pontife a adressé au Président de la XXVIII° Assemblée Générale des Nations Unies, Son Excellence Monsieur Léopold Benites, le message suivant :
A Son Excellence
Monsieur Léopold Bénites,
Président de la
XXVIII° Assemblée Générale des Nations Unies
Poussé par la
conscience de notre mission qui, est de rendre présent, vivant et actuel le
message de salut proclamé par le Christ, Nous n’avons pas manqué, au cours de
notre Pontificat, de donner maintes fois l’assurance de notre adhésion morale
aux activités des Nations Unies en faveur de la justice, de la paix et du
développement de tous les peuples.
Alors que cette
éminente Assemblée internationale s’apprête à commémorer le XXV° anniversaire
de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, Nous voulons une fois
encore saisir l’occasion d’exprimer notre grande confiance, en même temps que
notre ferme accord, en ce qui concerne l’engagement constant de l’Organisation
des Nations Unies pour la promotion toujours plus précise, plus autorisée et
plus efficace, du respect des droits fondamentaux de l’homme.
Comme Nous
l’affirmions dans une autre circonstance, la Déclaration des Droits de l’Homme
« demeure à nos yeux l’un des plus beaux titres de gloire » de votre
Organisation (Message pour le XXV° anniversaire de l’Organisation des Nations
Unies ; AAS 62, 1970, p. 684), spécialement quand on pense à l’importance
qui lui est dévolue comme chemin certain vers la paix. En réalité, la paix et
le droit sont deux biens en relation directe et réciproque de cause et d’effet
: il ne peut exister de paix véritable
là où il n’y a point respect, défense et promotion des Droits de l’Homme. Si
une telle promotion des droits de la personne humaine conduit à la paix, en
même temps la paix en favorise la réalisation.
Nous ne pouvons donc
demeurer indifférent devant l’urgence de construire une communauté de vie
humaine qui garantisse partout à l’individu, aux groupes et particulièrement
aux minorités, le droit à la vie, à la dignité personnelle et sociale, au développement
dans un milieu protégé et amélioré et à l’équitable répartition des richesses
de la nature et des fruits de la civilisation.
« L’Eglise, avant
tout soucieuse des droits de Dieu — disions-Nous l’an dernier au Secrétaire
général Monsieur Kurt Waldheim — ne pourra jamais se désintéresser des droits
de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur. Elle se sent
blessée lorsque les droits de l’homme, quel qu’il soit, et où que ce soit, sont
méconnus et violés » (AAS 64, 1972, p. 215).
C’est pourquoi le
Saint-Siège donné Son plein appui moral à l’idéal commun contenu dans la
Déclaration universelle comme aussi à l’approfondissement progressif des Droits
de l’Homme qui y sont exprimés.
Les droits de
l’homme sont fondés sur la dignité reconnue de tous les êtres humains, sur leur
égalité et leur fraternité. Le devoir de respecter ces droits est un devoir de
caractère universel. La promotion de ces droits est un facteur de paix ; leur
violation est une cause de tensions et de troubles, même au plan international.
Si les Etats ont
intérêt à coopérer dans les domaines de l’économie, de la science, de la
technologie, de l’écologie, ils l’ont encore plus à collaborer — et la Charte
de l’Organisation des Nations Unies les y engage expressément— pour protéger et
promouvoir les droits de l’homme.
On objecte parfois
que cette collaboration de tous les Etats pour promouvoir les droits de l’homme
constitue une ingérence dans les affaires internes. Mais n’est-il pas vrai que
le plus sûr moyen, pour un Etat, d’éviter des immixtions de l’extérieur, c’est
précisément de reconnaître et d’assurer lui-même sur les territoires de sa
juridiction le respect des droits et des libertés fondamentales ?
Sans vouloir entrer
dans le détail de chacune des formules de la célèbre Déclaration, mais en
considérant l’élévation de son inspiration et l’ensemble de sa rédaction, Nous
pouvons dire qu’elle demeure l’expression d’une conscience plus mûre et plus
précise des droits de la personne humaine. Elle continue à représenter le
fondement sûr de la reconnaissance pour chaque homme d’un droit de cité
honorable dans la communauté des peuples.
Mais il serait
vraiment déplorable pour l’humanité, qu’une proclamation aussi solennelle se
réduise à une vaine reconnaissance de valeurs ou à un, principe doctrinal
abstrait, sans recevoir une application concrète et toujours plus cohérente,
dans le monde contemporain, comme vous le releviez justement en assumant la
présidence de cette Assemblée.
Nous savons bien
qu’en ce qui concerne les pouvoirs publics, cette application ne va pas sans
difficultés ; mais il est nécessaire de mettre en même temps tout en œuvre pour
assurer le respect et la promotion de ces droits, de la part de ceux qui ont le
pouvoir et le devoir de le faire, et, en même temps, pour développer toujours
davantage, dans les populations, la conscience des droits et des libertés
fondamentales de l’homme. Il faut faire appel à la collaboration de chacun
afin, que ces principes soient respectés « par tous, partout, et pour tous »
(Message à la Conférence de Téhéran pour le XX° anniversaire de la Déclaration
des Droits de l’Homme : AAS 60, 1968, p. 285). Est-il vraiment possible,
sans grave péril pour la paix et l’harmonie des peuples, de demeurer
insensible, face à tant de violations graves et souvent systématiques des
Droits de l’Homme, si clairement proclamés dans la Déclaration comme
universels, inviolables et inaliénables ?
Nous ne pouvons
cacher nos graves préoccupations devant la persistance ou l’aggravation de
situations que Nous déplorons grandement, telles que, par exemple, la
discrimination raciale ou ethnique, les obstacles à l’autodétermination des
peuples, les violations répétées du droit sacré de la liberté religieuse sous
ses divers aspects et l’absence d’une entente internationale qui le soutienne
et en précise les conséquences, la répression de la liberté d’exprimer les
opinions saines, les traitements inhumains envers les prisonniers,
l’élimination violente et systématique des adversaires politiques, les autres
formes de violence, et les attentats à la vie humaine, particulièrement dans le
sein maternel. A toutes les victimes silencieuses de l’injustice, Nous prêtons
notre voix pour protester et supplier. Mais il ne suffit pas de dénoncer,
souvent d’ailleurs trop tard et de façon inefficace : il faut aussi analyser
les causes profondes de ces situations et s’engager résolument à les affronter
et à les résoudre correctement.
Il est encourageant,
cependant, de noter combien les hommes de notre temps se montrent sensibles aux
valeurs fondamentales contenues dans la Déclaration universelle. La
multiplication des dénonciations et des revendications n’est-elle pas en effet
symptôme significatif de cette sensibilité croissante face à la multiplication
des atteintes aux libertés inaliénables de l’homme et des collectivités ?
Avec un grand
intérêt et une vive satisfaction, Nous avons appris que l’Assemblée générale
tiendra à l’occasion du XXV° anniversaire de la Déclaration
universelle, une session spéciale au cours de laquelle sera proclamée la
Décennie de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Cette
entreprise, éminemment humaine; trouvera encore une fois côte à côte le
Saint-Siège et les Nations Unies — bien qu’à des plans divers et avec des
moyens différents — dans un effort commun pour défendre et protéger la liberté
et la dignité de chaque homme et de chaque groupe, sans aucune distinction de
race, de couleur, de langue, de religion ou de condition sociale.
Nous voulons
souligner aussi en ce Message la valeur et l’importance des autres documents
déjà approuvés par les Nations Unies et concernant les droits de l’homme.
Inspirés par l’esprit et les principes de la Déclaration universelle des Droits
de l’Homme, ils représentent un pas en avant dans la promotion et la protection
concrète de plusieurs de ces droits dont ils veulent garantir l’application
soigneuse et fidèle. Leur ratification en assurera l’efficacité au plan
national et international. Le Saint-Siège, pour sa part, y donne son adhésion
morale et offre son appui aux aspirations louables et légitimes qui les
inspirent.
Si les droits
fondamentaux de l’homme représentent un bien commun de toute l’humanité en
marche vers la conquête de la paix, il est nécessaire que tous les hommes,
prenant toujours mieux conscience de cette réalité, sachent bien qu’en ce domaine
parler de droits, c’est aussi énoncer des devoirs.
Nous renouvelons nos
vœux à votre noble et haute Assemblée, confiant qu’elle continuera
inlassablement à promouvoir entre les nations le respect et l’application des
principes solennellement énoncés dans la Déclaration universelle, dans un
effort sincère pour transformer la famille humaine en une communauté mondiale
fraternelle, dans laquelle tous les fils des hommes pourront mener une vie
digne de celle de fils de Dieu.
Du Vatican, le 10
Décembre 1973.
A l’issue du Consistoire qui s’est tenu, dans la Chapelle Sixtine, le Pape Paul VI a reçu les vœux des cardinaux. Il appartient au Doyen du Sacré Collège de se faire l’interprète de ses collègues. Le Cardinal Traglia a lu l’allocution qui avait été préparée par le Cardinal Cicognani, récemment décédé. A cette allocution Paul VI a répondu en ces termes :
Monsieur le
Cardinal,
Vous avez voulu
exprimer vos vœux et ceux du Sacré Collège en faisant vôtres les paroles que
le cher et vénéré Cardinal Amleto Giovanni Cicognani, qui vient de mourir, se
proposait, en tant que Doyen du Sacré Collège, de Nous adresser en cette
circonstance. Vous avez ainsi ravivé en Nous, et certainement chez vos
éminents Collègues, la douleur provoquée par la disparition terrestre de cette
personnalité vénérée et vénérable, mais vous avez aussi apporté à cette
assemblée réunie pour les vœux, le réconfort d’entendre la voix, en quelque manière
ressuscitée, du regretté vieillard. De la sorte, dans les paroles que Nous
venons d’entendre, Nous avons reçu un ultime message de sa part, accueillant
l’expression qui Nous est si chère et bien connue de ses sentiments de
fidélité, de bonté, de piété, dans leur limpidité et leur force. Ces sentiments
ne sont pas seulement orientés vers notre personne, qui avait avec lui des
liens particuliers d’affection et de dévouement, mais surtout vers le Siège
apostolique, au service duquel il s’est dépensé toute sa vie avec constance et
sagesse, et vers l’Eglise catholique tout entière ; ce fut pour lui un titre de
gloire que d’en être un prêtre exemplaire et zélé ; ce fut le but permanent de
sa vie que d’en être le serviteur et le représentant très intègre dans les
hautes charges qui lui furent confiées ; ce fut son mérite que d’en être le
défenseur et l’apôtre en honorant et en répandant dans le monde sa mission de
salut et de réconfort. C’est donc pour Nous un motif de satisfaction et de
consolation que de relever combien ce message s’applique textuellement à celui
qui succède au défunt Cardinal Cicognani, message qui, restant l’héritage du
Sacré Collège, rend à sa mémoire l’éloge le plus parfait et mérite notre
gratitude vive et émue.
Messieurs les
Cardinaux,
Votre présence à ce
Consistoire, qui précédé de peu les fêtes de Noël, Nous offre l’heureuse
occasion de cet échange de souhaits dont la célébration des saints mystères de
l’Incarnation de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ fait désormais une coutume et un
devoir. Un tel échange est suggéré par les sentiments les plus purs de
bienveillance humaine, et, ce qui compte davantage, par l’effusion de charité
la plus intense et la plus joyeuse qui, précisément à cause du souvenir de la
sainte fête de Noël et de sa liturgie qui la fait revivre, part des cœurs des
croyants pour s’adresser aux cœurs des croyants avec spontanéité et vivacité,
en donnant réciproquement à chacun une certaine expérience heureuse de notre
communion chrétienne. En conséquence, Nous accueillons avec une reconnaissance
émue les souhaits que vous Nous adressez comme interprètes qualifiés de tout le
Sacré Collège cardinalice, de la Curie et de l’Eglise romaine, et même de
toute l’immense et très chère Famille catholique répandue à travers le monde.
Et en même temps, à vous-mêmes comme à tous ceux que vous représentez ici et
dont vous interprétez les sentiments, Nous apportons en retour l’expression
très cordiale de notre affection accompagnée de nos souhaits, en la traduisant
en invocation au Seigneur avec les paroles de l’Apôtre Paul : « Que Dieu comble
tous vos désirs, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ-Jésus »
(Ph 4, 19).
L’ouverture d’âme, à
laquelle se prête ce moment, inviterait notre discours à s’étendre jusqu’à
considérer globalement, de manière confidentielle et substantielle, la vie de
l’Eglise telle qu’elle se présente à nous, si riche en événements, si complexe
dans les phénomènes de son développement historique et spirituel, si envahie
ultérieurement d’inquiétudes toujours nouvelles, non moins animée cependant par
les influx de l’Esprit vivifiant et consolée par ses signes. Ce serait un tour
d’horizon très intéressant, nous le savons tous ; mais il serait d’une étendue
trop vaste, d’une variété d’aspects trop abondante, d’une analyse trop
exigeante pour que Nous puissions envisager en ce moment d’en donner, même
sommairement, une description adéquate.
Pensez, par exemple,
à l’activité qui envahit tout l’organisme complexe de l’Eglise, aussi bien en
son centre, le Siège apostolique, que dans les Conférence épiscopales qui se
sont constituées en chaque nation après le Concile. Pensez au ministère
accompli dans chaque diocèse, dans chaque famille religieuse et en général dans
les diverses activités ecclésiales du laïcat catholique, et à une certaine
ferveur dans l’action chez des groupes et des individus, qui les pousse vers
des expressions de la culture, de la charité et de la piété, caractéristiques
du Peuple de Dieu.
De l’examen de la
vie de l’Eglise, en cette heure que Nous n’hésitons pas à appeler historique à
la fois parce qu’elle suit l’impulsion qui lui a été donnée par le Concile et
parce qu’elle se développe en même temps que les métamorphoses du monde
contemporain, Nous pouvons relever deux points. Le premier est le mouvement qui
envahit la vie de l’Eglise sous toutes ses formes ; l’autre est la difficulté
que rencontre parfois l’Eglise, aussi bien au plus profond des âmes que dans
les obstacles extérieurs qui s’opposent à son activité normale et traditionnelle.
Nous vivons des temps forts, des temps instables, caractérisés par une grande
vivacité et en même temps par de grands problèmes. Le germe de la contestation
cherche à s’insinuer même au sein du Peuple de Dieu, avec son impétueuse
capacité de transformation, devenue synonyme de progrès et de libération, avec
sa rupture violente d’avec la tradition qui est pour nous racine, à laquelle
nous ne pouvons renoncer, non seulement de cohérence historique et d’honneur
victorieux sur le temps qui dévore ses fils, mais racine également de tout ce
que le catholicisme possède d’original, de vital, d’immortel et de divin ;
mais en même temps le souffle vivifiant de l’Esprit est venu réveiller dans
l’Eglise des énergies assoupies, susciter des charismes en sommeil, infuser ce
sens de vitalité et d’allégresse qui, à chaque époque de l’histoire, définit
l’Eglise elle-même comme jeune et actuelle,
prête à annoncer encore son éternel message aux temps nouveaux, et heureuse de
le faire.
Ainsi le fait
saillant de la vie de l’Eglise s’est exprimé dans une formule bien connue, mais
enrichie d’expressions neuves et originales : l’Année Sainte. Oui, l’Année
Sainte, qui sera officiellement célébrée à sa date normale, en 1975, dans
cette ville de Rome, mais qui a déjà été inaugurée dans les Eglises locales,
afin que le bénéfice en soit plus large, et même universel, la préparation
plus efficace, le programme plus dense et plus actuel.
Il Nous semble que
les deux points proposés par ce programme : renouveau et réconciliation,
peuvent résumer les espérances et les orientations pour la vie de l’Eglise que
Nous voudrions souhaiter pour les années de cette fin de siècle qui s’offrent
encore à nous.
Et cela, non
seulement pour la vie de l’Eglise, mais aussi pour celle du monde : si l’Eglise
se distingue de ce dernier et doit le servir sans pour autant se laisser
pénétrer par un esprit qui n’est pas sien, elle n’en vit pas moins au milieu de
lui et elle doit s’efforcer de l’imprégner de son propre esprit, celui du
Christ ; elle est également au service du monde et fait rayonner sur les
événements humains la lumière des événements humano-divins qu’elle-même,
l’Eglise, vit au cours des siècles.
Le jubilé, œuvre de
renouveau et de réconciliation à laquelle l’Eglise du Christ est invitée, ne
peut pas, ne doit pas demeurer sans influence bénéfique sur la famille humaine
tout entière.
Quel meilleur
programme, quel vœu plus nécessaire et plus apprécié pourrions-Nous présenter
au monde en cette attente de Noël, pour l’année qui vient et pour la période
historique qui s’ouvre sous tant de signes de mutations radicales dans les rapports
de forces et dans la conception même du bien-être et du progrès ? Quel meilleur
programme et quel meilleur vœu que celui-ci : qu’aux changement imposés par les
circonstances extérieures corresponde un renouveau positif dans les esprits ;
et que ce renouvellement conduise à des résolutions tendant non pas à
l’aggravation des contrastes par la recherche de dominations dangereuses et
instables, mais à la réconciliation entre les classes, les pays, les
continents, dans une œuvre commune pour un cheminement commun sur les voies de
la civilisation et du juste bien-être.
Ainsi, le thème de
la paix, revenant comme une exigence naturelle à chaque retour de la fête de
Noël, prend cette année un relief particulier et assume comme une tâche
nouvelle : non pas tellement pour le coup d’œil que Nous avons l’habitude de
jeter en pareille circonstance sur l’année écoulée afin de rappeler les
espoirs satisfaits et ceux qui ont été déçus, les efforts généreux et les
résistances tenaces, afin aussi de mentionner la participation et l’œuvre du
Siège apostolique ; mais surtout pour envisager ce qu’il Nous est donné de
souhaiter pour l’avenir et ce que Nous devons nous proposer de faire.
Le panorama mondial,
au cours des douze mois qui se sont succédés depuis notre dernière rencontre de
fin d’année, se trouve devant nos yeux à tous, avec ses lumières et ses ombres.
Voyons-en quelques-unes.
1. La réalité des
faits n’a pas répondu pleinement à la grande espérance de paix en Indochine qui
était née à la suite des Accords de Paris en janvier dernier. La pacification
authentique n’est malheureusement pas encore réalisée aujourd’hui. De nouvelles
victimes et de trop nombreuses souffrances sont venues s’ajouter, ces derniers
mois, à celles qui s’étaient tragiquement accumulées au cours des années de
guerre. Nous formons des vœux ardents pour que de nouvelles hostilités ne se
produisent pas au Vietnam, malgré certains symptômes menaçants qui, malheureusement,
font craindre le contraire à quelques-uns ; la déception de tous serait bien
pénible, et bien graves aussi les conséquences. En raison de l’estime et de
l’affection que Nous portons à cette terre tourmentée, Nous nous permettons de
prier les Gouvernements responsables de Saigon et d’Hanoi de bien vouloir
poursuivre loyalement les négociations en vue de la paix, tandis que Nous
formons le vœu que soit assurée à la population du Vietnam du Sud la
possibilité de s’exprimer en toute liberté lors de la prochaine consultation
sous un contrôle efficace de l’ONU.
Nous souhaitons
également que la paix s’établisse dans les pays voisins, le Cambodge et le
Laos. Nous pensons à toutes les familles séparées, à tous les prisonniers qui
tardent à recouvrer la liberté et qui parfois souffrent durement du traitement
qui leur est infligé.
2. En Irlande du
Nord, de récentes ententes intervenues sur le plan politique ouvrent des
perspectives de développement positif ; elles ont été saluées avec satisfaction
par tous ceux qui, depuis longtemps, souhaitent que la situation difficile et
complexe évolue de façon décisive vers une solution pacifique et juste.
Toutefois, les manifestations déplorables de violence, qu’il serait injuste
d’attribuer à l’une seulement des parties en conflit, ne sont pas pour autant
terminées ; elles entretiennent encore un climat d’insécurité et continuent à
répandre le sang et a susciter rancœurs et souffrances parmi ces populations
qui Nous sont toujours si chères et auxquelles Nous souhaitons de tout cœur de
savoir trouver, dans le nom de chrétien qu’elles ont en commun, les raisons et
la force leur permettant d’en arriver enfin à une vraie réconciliation des
esprits.
3. Mais d’autres situations de conflit, ou tout
au moins d’agitations — pour ne pas parler du Moyen-Orient sur lequel Nous
nous arrêterons plus longuement tout à l’heure — demeurent ou sont récemment
apparues, que ce soit en Afrique ou en Amérique Latine.
En observant de
telles situations si complexes et sur lesquelles, bien souvent, il est fort
difficile d’émettre un jugement exhaustif, qu’il s’agisse de la vérité ou de
l’exactitude des faits dénoncés, des droits revendiqués ou des raisons
invoquées par les diverses parties en lutte, Nous ne pouvons pas, à la place où
Nous sommes et dans la perspective déjà évoquée de l’Année jubilaire, ne pas
élever la voix, en un avertissement solennel, pour rappeler au monde les
exigences de la justice et de l’amour : de la justice, qui impose à tous,
individus, gouvernants et peuples, le respect des droits de chacun ; de
l’amour, indispensable pour promouvoir, vivifier et compléter l’œuvre de la
justice, dans la compréhension, la générosité, la collaboration de frères avec
leurs frères.
Ce sont des paroles
chrétiennes, et en même temps humaines, que Nous répétons d’autant plus
volontiers au moment précis où la communauté des Nations commémore le XXV°
anniversaire de la Déclaration de l’ONU sur les Droits de l’Homme.
Oui, tant que les
droits de tous les peuples, et notamment le droit à l’autodétermination et à
l’indépendance, ne seront pas dûment reconnus et respectés, il ne pourra pas y
avoir de paix véritable et durable, même si la prépondérance des armes peut
avoir momentanément raison de la réaction des opposants. Tant que, à
l’intérieur de chaque communauté nationale, ceux qui détiennent le pouvoir ne
respecteront pas avec noblesse les droits et les légitimes libertés des
citoyens, la tranquillité et l’ordre — même si on réussit à les maintenir par
la force — ne seront qu’un simulacre trompeur et sans sécurité, indignes d’une
société d’êtres civilisés.
La psychologie des
hommes est ainsi faite que, tout en étant prêts à s’émouvoir devant
l’apparition de nouvelles situations de ce genre — et l’émotion n’est pas toujours
proportionnelle à la réalité, qui est parfois présentée artificiellement par
une propagande habile et organisée — ils deviennent ensuite presque insensibles
devant la permanence des situations elles-mêmes, comme si cette prolongation
dans le temps, malgré la révolte impuissante de ceux qui en sont victimes, leur
servait de justification, spécialement lorsqu’elles sont couvertes, comme il
arrive malheureusement dans un nombre non négligeable de cas, par une sorte de
conspiration du silence.
Nous voudrions, en
cette circonstance, en Nous référant précisément au motif humain de la
commémoration de la Déclaration de l’ONU citée plus haut, et au motif
spirituel de l’Année Sainte qui commence, adresser à tous notre appel à un
renouvellement et à une réconciliation basés sur le solide fondement de la
justice et de l’amour : fondement qui doit servir aussi à favoriser une paix
sincère et une réconciliation entre les classes et les groupes sociaux, si
facilement divisés et opposés les uns aux autres pour des raisons d’intérêt
particulier compréhensible, mais qui ne sait pas toujours tenir compte comme il
faut des droits et des intérêts légitimes des autres, ni s’inspirer de la
perspective du bien commun.
4. Le Moyen-Orient !
Pour tous, il est le
berceau de civilisations très anciennes et très nobles. L’humanité vit et
profite encore de son souvenir et de ses richesses. Pour l’homme religieux, il
est à l’origine de grands mouvements spirituels qui, divisés et différents
entre eux, ont en commun la croyance en un Dieu unique, Créateur et Seigneur de
l’univers et de ses destinées. Pour les chrétiens, il est la terre dans
laquelle Dieu a tissé la trame initiale de son mystérieux dessein de salut, et
qui contient en son cœur — devenu ainsi le cœur du monde — les lieux où le
divin Sauveur, dont nous nous apprêtons à commémorer de nouveau la naissance
dans le temps, a passé les années de sa vie terrestre, est mort pour la vie des
hommes et ressuscité pour notre espérance et pour notre joie.
Cette Terre est
depuis longtemps, depuis trop longtemps, le théâtre d’un conflit affligeant,
qui met en péril la paix même de pays plus éloignés, et peut-être la paix du
monde ; conflit qui a apporté luttes et souffrances sans fin à tant de
populations désarmées et innocentes, qui fait un objet et un mobile de haines
et de rivalités, d’une Terre et d’une Cité qui devraient être symbole et appel
à l’unité des cœurs pour des millions et des millions d’hommes qui regardent
vers elle comme vers un phare de foi et d’amour.
La situation ambiguë
et discontinue de non-paix et de non-guerre, qui se prolongeait depuis plus de
six ans, a été rompue, en octobre dernier, par l’éclatement de nouvelles
hostilités belliqueuses.
Un travail intense
et courageux, pour lequel Nous avons déjà eu l’occasion de manifester notre
satisfaction, a conduit tout d’abord à un cessez-le-feu, et maintenant à une
Conférence de paix qui s’ouvre justement aujourd’hui à Genève sous les auspices
des Nations Unies, et qui, tout en étant pour le moment au moins incomplète
quant au nombre de ses participants, ouvre la voie à des négociations qui
permettent d’espérer des développements positifs pour le règlement définitif de
ce conflit endémique.
Ces espérances,
accompagnées de vœux fervents pour l’heureux succès de cette grande
initiative, Nous les avons exprimées dans un Message au Secrétaire général de
l’ONU, et Nous voudrions les formuler à nouveau ici, en invitant le monde
catholique à unir sa prière pour la paix au Moyen-Orient au souhait qui monte
— Nous en sommes sûr — du cœur de tous les hommes de bonne volonté.
Le Saint-Siège,
comme il l’a déjà fait dans le passé, continuera de suivre avec grand soin les
développements de la situation, en continuant de garder contact avec ses
protagonistes et ceux qui ont un
titre et un désir de contribuer à la résoudre dans la justice. Le Saint-Siège
est toujours prêt à collaborer de bon cœur pour que les efforts en cours soient
couronnés de succès dans des accords qui puissent garantir de manière
satisfaisante, à toutes les parties intéressées, une existence sûre et
tranquille et la reconnaissance de leurs droits respectifs.
A l’intérêt général
et très vif pouf la pacification de ces régions tourmentées s’ajoute en Nous
la préoccupation particulière pour les conditions de vie et la destinée de
ceux qui ont davantage souffert et souffrent encore du fait des vicissitudes
qui se sont produites de 1947 à nos jours. Nous pensons spécialement aux
centaines de milliers de personnes qui ont fui leurs terres et sont réduites à
des conditions désespérantes d’existence, ou du moins contrariées dans leurs
légitimes aspirations. Même si leur cause est parfois soumise à l’attention du
monde et même compromise par des actes qui répugnent à la conscience des
peuples et ne sauraient se justifier en aucun cas — hélas, nous en avons eu un
nouvel exemple tragique ces jours derniers, et tout près de notre Cité
épiscopale — il s’agit toujours d’une cause qui exige une considération humaine
et appelle, par la voix de masses abandonnées et innocentes, une réponse juste
et généreuse.
Nous n’allons pas
nous attarder à rappeler le devoir, plus encore que le droit, qui Nous incombe
de tout mettre en œuvre pour que toute résolution éventuelle touchant le statut
de Jérusalem et des Lieux Saints de Palestine réponde aux exigences du
caractère particulier de cette Cité unique au monde, et aux droits et légitimes
aspirations des adeptes des trois grandes religions monothéistes, lesquels
possèdent, en Terre Sainte, des sanctuaires parmi les plus précieux et les plus
chers à leur cœur.
L’intérêt déjà
manifesté de façon courtoise de bien des côtés pour connaître la pensée du
Saint-Siège sur ces questions, et la déférence dont ont fait preuve les
Autorités d’Israël, Nous donnent la certitude de pouvoir faire entendre notre
voix de façon opportune lorsque ces problèmes seront soumis à une discussion
effective.
Vous le voyez, l’évocation du pays de Jésus Nous ramène comme naturellement à la raison profonde de notre entretien : le renouvellement des esprits, la réconciliation exigée par une authentique compréhension du sens et des objectifs de l’Année Sainte. Jésus n’est-il pas venu pour renouveler tous les hommes et toutes choses : « Voici que je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5) ? N’est-ce pas Lui notre Paix et notre Réconciliation (cf. Ep 2, 14-16) ?
Assurément, sa
doctrine-est encore lumineuse, neuve et continuellement novatrice, comme au
temps où pour la première fois les rives du lac de Génésareth, les collines de
Galilée et de Judée, les rues et les places de Jérusalem l’entendirent, saisies
d’étonnement. Dans cet enseignement, mais aussi dans l’exemple et l’élan
entraînant de son amour pour l’homme, l’humanité peut trouver un enthousiasme
et des énergies suffisantes pour reprendre avec décision, au seuil du Nouvel
An, le chemin de la difficile recherche d’un ordre qui, à l’intérieur de chaque
communauté, nationale et de la communauté internationale, fonde en justice, en
équité, en généreuse collaboration, les relations pacifiques qui sont en même
temps un devoir et une nécessité pour la famille humaine.
C’est de courage, de
décision, d’énergique sagesse que le monde a effectivement besoin pour ne point
perdre espoir dans une pacification qui, même si elle est rendue plus urgente
que jamais du fait de la terreur engendrée par la puissance destructive des
armes nouvelles, pourrait apparaître comme un objectif presque impossible à
atteindre, une utopie.
Quant à Nous, Nous
ne nous lasserons pas de rappeler qu’un profond renouveau moral est
indispensable pour réaliser ce que le seul équilibre des forces et de la peur
réussit mal à établir.
Puisse l’Année
Sainte que le monde catholique est appelé à célébrer donner à un tel renouveau
la contribution décisive qui fait partie de nos vœux !
Et que la Nativité
du Seigneur, que nous sommes sur le point de commémorer, augmente chez tous les
hommes cette bonne volonté qui détient les promesses de la véritable paix. Avec
Notre Bénédiction.
Le jour de Noël le Saint-Père a célébré une deuxième Messe à Saint-Pierre, à l’issue de laquelle il s’est rendu à la « Loggia » des Bénédictions où, avant la traditionnelle Bénédiction « Urbi et Orbi » de Noël, il a lu le Message à tous les hommes de bonne volonté. Voici la traduction de ce Message pour le Noël 1973 :
Notre voix se fait
aujourd’hui l’écho d’un message céleste, éloigné dans le temps, mais toujours
proche dans la réalité ; un message qui traverse les siècles et demeure actuel
; et ce message dit : « Voici que je vous annonce une grande joie qui sera
celle de tout le peuple ; aujourd’hui un Sauveur vous est né, le Christ
Seigneur » (cf. Lc 2, 10-11).
C’est le message de
Noël.
Il annonce que, d’un
Fils né de la race humaine, vient le salut de l’humanité. Alors une question
surgit, impérieuse : l’homme est-il sauvé par l’homme ?
Nous célébrons,
c’est vrai, une fête de l’Homme. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Noël
rencontre spontanément la sympathie, même chez beaucoup qui n’en accueillent
pas la signification religieuse. Beaucoup, aujourd’hui, remplacent la théologie
par l’anthropologie. Ils voient dans le christianisme une valeur humaine
acceptable pour tous ; ils ne voient pas la vérité divine qui confère à cette
valeur humaine sa raison d’être et son prix infini.
Aujourd’hui,
l’humanisme constitue le point crucial de la discussion idéologique. Non pas
l’humanisme de nos souvenirs historiques ou celui le notre culture classique,
mais celui de la culture et de la sociologie moderne, devenu en certaines de
ses expressions caractéristiques
une utopie cosmique qui fait de l’homme le Dieu de l’homme; un humanisme qui,
dans un vertige de pensée durable et pseudo-logique, osera proclamer que l’homme
est la cause absolue de lui-même, l’expression spontanée d’une vitalité
libératrice et originairement légitime et honnête, remplaçant toute autre
obligation aliénante. L’homme, et c’est assez. Ensuite, cette prétention
humaniste, ayant mesuré les limites de notre vie, dilatera outre mesure les
dimensions de la stature humaine et nous assourdira par le cri de triomphe du
surhomme, se consumant secrètement de son ignorance à accomplir autrement la
vocation intérieure de l’homme à se dépasser lui-même, et elle donnera au monde
l’illusion de pouvoir le régénérer en le laissant conquérir et utiliser une
puissance matérielle sans limite. Mais en même temps, cet humanisme, désillusionné
sur lui-même, se raccrochera à l’analyse scientifique et nous rappellera la
consistance réelle de notre être animal, assimilant sans scrupule la complexe
créature d’élection que nous sommes, aux êtres inférieurs du règne biologique,
merveilles de la nature eux aussi, mais privés de conscience spirituelle et destinés
à la dissolution soudaine et inexorable de la mort. C’est un autre humanisme,
Frères, que nous célébrons à Noël. Une autre conception de l’homme, et ceci
revêt aujourd’hui une importance capitale ; la véritable fête de Noël nous
transporte, en effet, au sommet de ce qu’il est possible de connaître sur
l’homme : l’antique sagesse du « connais-toi toi-même », demeurée au niveau de
l’interrogation, reçoit aujourd’hui une réponse surabondante même si elle
reste toujours mystérieuse.
Notre anthropologie
connaît et affirme l’existence d’une origine de l’homme infiniment supérieure,
créature tellement belle, tellement noble, tellement digne de toute notre
admiration enthousiaste lorsqu’on la considère en soi ; lorsqu’on la considère
dans son essence, elle est « l’image et la ressemblance » de Dieu (Gn 1,
25), destinée à dominer sur toutes les créatures. Par la foi, confirmée par
l’expérience (cf. pascal, Pensées,
434), elle connaît le drame douloureux de la décadence primitive et héréditaire
du péché originel qui a bouleversé toute la vie humaine, y laissant d’immenses
nostalgies et d’insatiables insatisfactions, un désordre et un déséquilibre
dans le mécanisme psychologique et moral de son activité, d’expériences
douloureuses et humiliantes de
ce trouble fonctionnel congénital, grandeur et misère qui font que l’homme est
pour lui-même un besoin à la fois exaltant et tourmenté, portant au fond de son
cœur un besoin énigmatique, devenu espérance en vertu de la promesse de la
divine miséricorde. Voici ce qu’est l’homme. Malheur à qui porte la main sur
lui : il naît sacré à la vie, dès le sein maternel. Il naît toujours pourvu de
cette prérogative dangereuse mais divine, la liberté, éducable mais inviolable.
Il naît personne, se suffisant en soi, mais en soi, également, ayant besoin
d’environnement social ; il naît doué de pensée, il naît doué de volonté,
destiné au bien mais capable d’erreur et de péché. Il naît pour la vérité, il
naît pour l’amour.
Nous n’en finirions
pas si nous voulions tracer un portrait complet de l’homme tel que l’humanisme
chrétien le décrit ; nous en relevons pour l’instant un seul aspect qui se
réfère à tous les autres dont la physionomie essentielle de l’homme est
composée : le besoin d’être sauvé.
Tel qu’il est,
l’homme n’est pas parfait : il est un être qui a un besoin essentiel de
restauration, de réhabilitation, de plénitude, de perfection, de bonheur. Il
est une vie qui ne se suffit pas à elle-même : il a besoin d’un complément de
Vie, d’un complément infini. Exaltez l’homme : vous mettrez en plus grande
évidence son insuffisance, son incomplétude, son besoin secret d’être sauvé.
Disons-le tout de suite et disons tout : son besoin d’un Sauveur.
Oui, besoin d’un
Sauveur ; homme pour s’unir, aux hommes, mais en même temps Dieu pour porter
l’homme vers les hauteurs auxquelles le destine sa vocation première et
toujours immanente : les hauteurs divines.
A vous tous, hommes nos frères, nous disons aujourd’hui ces vérités fondamentales, afin que vous les connaissiez, que vous y croyiez, que vous en viviez. A vous, hommes nos frères, si vous êtes en proie à la douleur, à la misère, à la souffrance, au péché ; à vous, nations du monde entier, nous le répétons avec l’allégresse de la certitude : frères, il est né pour nous un Sauveur, le Sauveur ; c’est le Fils de Marie, c’est le Fils de Dieu. Il se nomme Notre Seigneur Jésus-Christ.