L’ENSEIGNEMENT DE PAUL VI
1977
Suite
7 octobre : LES BASES DU
RAPPORT JOURNALISTES-LECTEURS
8 octobre : DISCOURS DU
SAINT-PÈRE À L’INAUGURATION DE L’EXPOSITION ARTISTIQUE SUR ST PAUL
9 octobre : CANONISATION
DE CHARBEL MAKHLOUF
10 octobre : ACCOMPLIR
VATICAN II
16 octobre : PRIER POUR
L’ÉVÊQUE
28 octobre : LE PAPE AUX
EVÊQUES D’AFRIQUE ET DE MADAGASCAR
29 octobre : DISCOURS DU PAPE
EN CONCLUSION DU SYNODE
30 octobre : UNE GRANDE
LEÇON D’AMOUR DES JEUNES ET DE CONFIANCE EN EUX
4 novembre : LAÏCAT,
FAMILLE, ENTRAIDE, AU SERVICE DE L’HOMME
7 novembre : SOUS LE
DOUBLE SIGNE DE L’ŒCUMÉNISME ET DE L’ÉVANGÉLISATION
10 novembre : EDIFIER
L’EGLISE DANS LA VÉRITÉ ET DANS L’AMOUR
12 novembre : TROUVER APPUI
DANS LA CONFIANCE QU’OFFRE LA FOI
14 novembre : AUTOUR DE
PIERRE SE RESSERRENT LES LIENS DE LA FOI ET DE LA CHARITÉ
17 novembre : TOUTE VÉRITÉ
DE FOI EST VÉRITÉ DE SALUT
18 novembre : UNE
CONCEPTION DE L’HOMME DOIT GUIDER LES TRAVAUX ET LES RECHERCHES
19 novembre : UNE MISSION
AU SERVICE DE LA VIE HUMAINE DÈS SA CONCEPTION
21 novembre : DANS UN SAIN
OPTIMISME SUIVRE LE CONCILE
24 novembre : REMPLIR LE
SERVICE ÉPISCOPAL AVEC ARDEUR
1er décembre : MESSAGE DU PAPE AU XVI° CONGRÈS DE L’APOSTOLAT DE LA MER
1er décembre : ENTRETENIR L’ÉMULATION DANS LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
5 décembre : EQUILIBRER LE
RAPPORT ACTION-CONTEMPLATION
8 décembre : NON À LA VIOLENCE,
OUI À LA PAIX
9 décembre : PAUL VI AUX MEMBRES DE LA COMMISSION « JUSTICE ET PAIX »
9 décembre : AIDE INTERNATIONALE
POUR LA RECONSTRUCTION DU VIETNAM
22 décembre : MÉDITATION
SUR L’ANNÉE 1977
24-25 décembre : LE VERBE
S’EST FAIT CHAIR
25 décembre : MESSAGE DE
NOËL DE PAUL VI
L’union Catholique Internationale de la Presse Catholique (UCIP) vient de tenir son assemblée générale à Vienne (Autriche) pour son cinquantenaire. A cette occasion, le Pape Paul VI a adressé aux congressistes le message en français que nous publions ci-dessous.
Nous sommes heureux de nous associer à la célébration du cinquantenaire de l’Union Catholique Internationale de la Presse. Si un tel anniversaire peut apparaître comme une étape de longévité pour les personnes, il est plutôt un signe de jeunesse pour une association. Il n’en est pas moins l’occasion d’évoquer les grands événements qui ont marqué et souvent bouleversé la vie du monde ces cinquante dernières années. Cela aura été le mérite et l’honneur de votre association d’avoir aidé ses adhérents à porter, sur une actualité souvent troublée et déconcertante, la lumière d’un regard chrétien.
Nous remercions avec vous le Dieu de toute grâce pour ce jubilé qui vous rassemble dans la célébration des bienfaits reçus de Lui. Nous retrouvons dans le thème de méditation de votre rencontre celui qui animait la récente Année Sainte, Jubilé de l’Eglise universelle : renouveler et vivifier tous les liens qui unissent les hommes entre eux et avec Dieu.
En choisissant en effet comme sujet de vos délibérations « Une presse pour l’homme : la relation entre le journal et le lecteur », n’est-ce pas la recherche de ces liens que vous poursuivez, de ces liens qui donnent à la presse le sens authentique de sa mission ? Permettez-nous d’apporter notre contribution à votre réflexion à ce sujet.
La relation des journalistes avec les lecteurs repose d’abord, nous semble-t-il, sur le souci de correspondre au droit primordial des usagers : celui d’être formés à appréhender eux-mêmes le mieux possible la vérité. C’est dire que le journaliste rejoindra d’autant mieux le bien des lecteurs qu’il aura d’abord cherché, dans ses propres enquêtes, à mieux cerner les réalités de la vie des personnes, les différentes faces des événements, la complexité des problèmes en cause.
Il est aussi de la responsabilité du journaliste, dans la présentation de son information, de prendre en considération les centres d’intérêt des lecteurs, leurs besoins réels et leurs aspirations profondes de citoyens et, pour ,un grand nombre, de croyants et de chrétiens. C’est en cela que consistent le véritable respect et le véritable service du lecteur.
Et pourtant ce souci de proximité s’accompagne d’un risque qu’il est peut-être plus difficile que jamais au journaliste d’aujourd’hui d’éviter sous la pression d’intérêts souvent démagogiques ou commerciaux : celui de ne flatter que des besoins superficiels, des curiosités malsaines ou des sentiments sectaires, parce que dit-on, cela plaît à la clientèle à laquelle on s’adresse.
Il vous revient à vous journalistes catholiques, d’ouvrir à ce qui vaut la peine d’être connu et apprécié, même souvent au-delà de l’horizon habituel ; de faire découvrir, par exemple, les aspects exaltants et les signes d’espérance des événements, de faire comprendre aussi la vie de l’Eglise, si souvent mal perçue de la grande presse profane.
En empruntant de tels chemins, les journalistes catholiques, rejoignent d’une certaine manière le plan de Dieu.
Non seulement sur le plan moral, en ce sens que l’approche et la connaissance de la vérité, la solidarité des efforts, la communion des esprits et des cœurs répondent à la volonté de Dieu sur les hommes, mais au niveau même du mystère de Dieu et de l’économie de la Révélation, car Dieu s’est fait connaître et a réalisé le salut surnaturel des hommes à travers des événements et des paroles intimement liés entre eux (cf. Constitution Dei Verbum, n. 2). Dieu a suscité une communication de cette Parole entre les personnes : il a constitué un Peuple assidu à le lire, à méditer et à mettre en oeuvre sa Parole. Dans cette Histoire sainte, tout est message transmis, accueil du témoignage, dialogue. Ne pourrait-on pas dire que la Bible est comme le « Journal » de l’Alliance de Dieu avec l’Humanité ? En contribuant à ce que la presse devienne l’un des lieux privilégiés où se discernent avec plus de clarté les signes des temps, les journalistes catholiques se mettent sans nul doute au service de cette grande pédagogie divine.
C’est notre vœu le plus cher que, en cette année de son cinquantenaire, l’Union Catholique Internationale de la Presse accentue tous les efforts déjà entrepris en ce sens. Qu’elle apporte en particulier son aide à la presse catholique et aux journalistes catholiques dans les pays où l’Eglise dispose de moyens limités pour les soutenir. A cet égard aussi votre association peut et doit être instrument de communion et de solidarité.
En appelant sur les travaux de votre Congrès les grâces du Seigneur, nous vous envoyons de tout cœur, à vous, Monsieur le Président, aux responsables et adhérents de l’U.C.LP. comme à tous ceux qui bénéficient de son action notre paternelle bénédiction apostolique.
Du Vatican le 7 octobre 1977.
paulus PP. VI
Le samedi 8 octobre, en présence du Saint-Père a été inaugurée une exposition de peintures, sculptures et dessins provenant de la Collection d’art moderne religieux des Musées du Vatican et consacrés à la vie de Saint Paul et au Christ mort et ressuscité. A cette occasion, le Pape a prononcé en italien une allocution dont voici la traduction.
Avant même d’arrêter notre regard sur l’Exposition artistique qui est devant nous, il nous faut tourner notre attention vers les Artistes qui en sont les auteurs, et qui méritent d’être salués avec respect, reconnaissance et cordialité. C’est aussi pour nous une excellente occasion de les connaître en personne, et la personne l’emporte toujours dans l’échelle de tout ce qui nous intéresse.
A vous donc, Artistes, auteurs des oeuvres ici exposées, notre respectueux salut de bienvenue, avec notre gratitude, comme Nous aimons l’offrir à ceux qui, par leur qualification professionnelle, jouissent de notre estime et de notre sympathie. Quelques-uns d’entre vous nous sont déjà connus par de précédentes rencontres, ou par la renommée qui entoure vos oeuvres; et nous sommes heureux et honoré que se présente à nous une heureuse occasion de vous assurer que l’antique et traditionnelle sympathie humaniste, dont les artistes ont bénéficié dans cette maison de Saint-Pierre où l’Ineffable a sa demeure (cf. 1 P 1, 1-5), n’a pas disparu ; bien plus, un amour nostalgique et un regain d’amitié donnent un nouvel élan à cette sympathie. Aujourd’hui encore, une preuve vous en est donnée. Ici, vous n’êtes pas complètement étrangers, mais vous êtes attendus, accueillis, compris également (ce n’est pas toujours chose facile !), et toujours avec la secrète espérance de notre part qu’une nouvelle manifestation d’une beauté imprévue connaisse une aurore révélatrice.
A vous donc, Messieurs, nos hommages, pleins de reconnaissance et d’admiration.
Et puis, nos yeux, c’est naturel dans une exposition d’œuvres d’art, se tournent vers vos travaux et en subissent le charme. Nous sommes mû par un double sentiment de reconnaissance et d’admiration. Nous ne renoncerons pas non plus à un autre sentiment, celui de la critique, instinctif aussi en nous qui pourtant n’avons pas la prétention d’être d’une compétence consommée : mais nous le remettons à plus tard, après que nous aurons observé et réfléchi.
Pour comprendre cette singulière manifestation artistique, il faut nous reporter à l’idée qui en est à l’origine. Le mérite en revient à un groupe d’amis, fort aimables, et passionnés des problèmes artistiques et spirituels. Ils se sont proposés, à notre insu, d’honorer notre quatre-vingtième anniversaire en invitant quatre-vingts artistes à collaborer, chacun par une oeuvre, à la composition d’un recueil de travaux ayant tous saint Paul pour sujet. Ils entendaient ainsi nous être agréable en offrant à notre admiration une collection d’images représentant l’Apôtre dont nous sommes bien indigne mais fidèle dévot, et dont — sans renoncer en privé au prénom de Jean-Baptiste, le Précurseur que nous vénérons toujours — nous. avons pris le nom afin d’obtenir sa protection, sans aucune présomption de pouvoir suivre comme il le faut son exemple incomparable. Nous devons donc être nous-même heureux de cette apothéose précieuse et originale que vous tous, Artistes qui avez-répondu à la proposition hardie qui vous était faite, avez offerte à l’Apôtre, docteur des païens (1 Tm 2, 7), disciple et émule de l’Apôtre Pierre, puis son compagnon dans le martyre et dans le culte (cf. Ga 1, 18 ; 2, 2 ; 2, 8-9 ; 2, 14 ; Prat, Saint Paul, 56 ss.). Nous savons que l’idée initiale à été complétée par le désir d’illustrer un thème central de la théologie paulinienne celui du Christ crucifié et ressuscité, par des oeuvres d’autres Artistes, dont certains ne sont plus de ce monde. Que les généreux donateurs de ces oeuvres reçoivent, eux aussi, nos remerciements les plus émus et les plus sincères.
Et nous en arrivons à la figure de Saint Paul, qui, comme il se devait, n’a pas seulement inspiré votre génie, mais l’a aussi certainement tourmenté. Il est vrai que Saint Paul avoue lui-même l’humilité de son aspect esthétique, et le changement de son nom hébreu, Saul, aux résonances majestueuses, en celui de Paul, qui évoque la petitesse est significatif; changement que saint Augustin pensait pouvoir attribuer à une volonté d’humilité de saint Paul lui-même : « Non ob aliud hoc nomen elegit, nisi ut se ostenderet parvum, tamquam minimus apostolorum » (De Spiritu et littera, VII, 12 ; PL L, 4, p. 207). Peut-être sa présence suggérait-elle cette manière de parler de soi-même, si on se souvient des paroles que Paul rapporte sur sa personne : « présent de corps, il est faible et sa parole est méprisable » (2 Co 10, 10).
On voit donc que s’élève autour de Paul une polémique qui vise à le discréditer, mais qui lui offre aussi l’occasion, heureuse pour nous, de faire une apologie de lui-même qui nous laisse entrevoir une incomparable grandeur. C’est une page célèbre de la seconde lettre aux Corinthiens ; elle devrait être lue et insérée dans une reconstitution historique précise, dont les Actes des Apôtres ne nous conservent que de fugitifs fragments ; qu’il nous suffise aujourd’hui d’en rappeler quelques phrases sur la stature du « petit » Paul; voici les paroles qui échappent à sa plume : « Ce dont certains osent se prévaloir — c’est une folie que je dis — j’ose m’en vanter moi aussi. Ils sont Hébreux ? Moi aussi. Ils sont Israélites ? Moi aussi. Ils sont de la descendance d’Abraham ? Moi aussi ! Ils sont ministres du Christ ? C’est une folie que je vais dire : je le suis encore plus qu’eux ! Bien plus dans les labeurs, bien plus dans les emprisonnements, infiniment plus dans les coups, bien souvent dans des périls de mort. Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente neuf coups de fouet ; trois fois j’ai été flagellé, une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme ! Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville — dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères ! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Eglises !... S’il faut se vanter, c’est de ma faiblesse que je me vanterai. Le Dieu et Père du Seigneur Jésus — béni soit-il à jamais — sait que je ne mens pas. A Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville des Damascéniens pour s’emparer de moi, et c’est par une fenêtre, dans une corbeille, qu’on me descendit le long du rempart, et ainsi j’échappai à ses mains. Il faut se vanter ? (cela ne vaut rien pourtant) eh bien ! j’en viendrai aux visions et révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans — était-ce en son corps ? je ne sais, Dieu le sait — ... cet homme-là fut ravi jusqu’au troisième ciel. Et cet homme-là... fut ravi jusqu’au paradis et entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à l’homme de redire... Et pour l’excellence même de ces révélations... il m’a été mis une écharde en la chair... A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur pour qu’il s’éloigne de moi. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse’. C’est donc de grand cœur que je me vanterai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. » (2 Co 12).
Cette évocation à la fois dramatique et mystique que saint Paul fait de sa propre biographie nous fait penser au message doctrinal qu’il laissa à l’Eglise et aux siècles futurs au sujet du Christ. C’est ce message qui donna son achèvement à l’économie religieuse de l’ancienne Alliance et contribua de façon extraordinaire et décisive à la formation de la nouvelle Alliance, c’est-à-dire aux rapports actuels et qui dureront jusqu’à la fin des temps entre Dieu et l’humanité. Paul, bien qu’il fût favorisé d’une révélation personnelle (Ga 1, 12), se situe parfaitement dans l’orbite de l’Evangile apostolique, comme Pierre et les autres apôtres et la première communauté chrétienne. Mais lui, plus que tous, présente certains aspects essentiels de la religion issue de la tradition hébraïque, tel que l’absolue et exclusive prééminence de Jésus-Christ, Sauveur et Médiateur, unique et nécessaire, dont il se sait et se déclare « héraut, apôtre et docteur en vue des païens » (2 Tm 1, 11). Paul rompt plus que les autres apôtres les digues qui maintenaient Israël ethniquement fermé sur lui-même, et commence à répandre la religion universelle du Christ, destinée à toute l’humanité. Il est le premier missionnaire résolu et conscient de l’Eglise catholique (cf. Rm 1, 14).
C’est pourquoi nous accueillons avec une attention passionnée également le témoignage artistique de cette Exposition. Elle nous fait sentir que notre admiration pour la figure de l’apôtre n’est jamais épuisée. Nous remercions tous les Artistes, les donateurs et les organisateurs de cette Exposition, et nous souhaitons à tous que la devise de saint Paul « Dans le Christ » soit lumière et salut. Avec notre bénédiction apostolique.
Homélie du Pape Paul VI prononcée, en la Basilique St. Pierre, lors de la canonisation du moine libanais, Charbel Makhlouf.
Vénérables Frères et chers Fils,
L’Eglise entière, de l’Orient à l’Occident, est invitée aujourd’hui à une grande joie. Notre cœur se tourne vers le ciel, où nous savons désormais avec certitude que Saint Charbel Makhlouf est associé au bonheur incommensurable des Saints, dans la lumière du Christ, louant et intercédant pour nous. Nos regards se tournent aussi là où il a vécu, vers le cher pays du Liban, dont nous sommes heureux de saluer les représentants : Sa Béatitude le Patriarche Antoine Pierre Khoraiche, avec nombre de ses Frères et de ses Fils maronites, les représentants des autres rites catholiques, des orthodoxes, et, au plan civil, la Délégation du Gouvernement et du Parlement libanais que nous remercions chaleureusement.
Votre pays, chers Amis, avait déjà été salué avec admiration par les poètes bibliques, impressionnés par la vigueur des cèdres devenus symboles de la vie des justes. Jésus lui-même y est venu récompenser la foi d’une femme syro-phénicienne : prémices du salut destiné à toutes les nations. Et ce Liban, lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident est devenu de fait la patrie de diverses populations, qui se sont accrochées avec courage à leur terre et à leurs fécondes traditions religieuses. La tourmente des récents événements a creusé des rides profondes sur son visage, et jeté une ombre sérieuse sur les chemins de la paix. Mais vous savez notre sympathie et notre affection constantes : avec vous, nous gardons la ferme espérance d’une coopération renouvelée, entre tous les fils du Liban.
Et voilà qu’aujourd’hui, nous vénérons ensemble un fils dont tout le Liban, et spécialement l’Eglise maronite, peuvent être fiers : Charbel Makhlouf. Un fils bien singulier, un artisan paradoxal de la paix, puisqu’il l’a recherchée à l’écart du monde, en Dieu seul, dont il était comme enivré. Mais sa lampe, allumée au sommet de la montagne de son ermitage, au siècle dernier, a brillé d’un éclat toujours plus grand, et l’unanimité s’est faite rapidement autour de sa sainteté. Nous l’avions déjà honoré en le déclarant bienheureux le 5 décembre 1965, au moment de la clôture du Concile Vatican II. Aujourd’hui, en le canonisant, et en étendant son culte à l’ensemble de l’Eglise, nous donnons en exemple, au monde entier, ce valeureux moine, gloire de l’Ordre libanais maronite et digne représentant des Eglises d’Orient et de leur haute tradition monastique.
Il n’est point nécessaire de retracer en détail sa biographie, d’ailleurs fort simple. Il importe du moins de noter à quel point le milieu chrétien de son enfance a enraciné dans la foi le jeune Youssef — c’était son nom de baptême — et l’a préparé à sa vocation: famille de paysans modestes, travailleurs, unis ; animés d’une foi robuste, familiers de la prière liturgique du village et de la dévotion à Marie ; oncles voués à la vie érémitique, et surtout mère admirable, pieuse et mortifiée jusqu’au jeûne continuel. Ecoutez les paroles que l’on rapporte d’elle après la séparation de son fils : « Si tu ne devais pas être un bon religieux, je te dirais : Reviens à la maison. Mais je sais maintenant que le Seigneur te veut à son service. Et dans ma douleur d’être séparée de toi, je lui dis, résignée : Qu’il te bénisse, mon enfant, et fasse de toi un saint » (P. Paul Daher, Charbel, un homme ivre de Dieu, Monastère S. Maron d’Annaya, Jbail Liban, 1965, p. 63). Les vertus du foyer et l’exemple des parents constituent toujours un milieu privilégié pour l’éclosion des vocations.
Mais la vocation comporte toujours aussi une décision très personnelle du candidat, où l’appel irrésistible de la grâce compose avec sa volonté tenace de devenir un saint : « Quitte tout, viens ! Suis-moi ! » (ibid. p. 52 ;cf. Mc 10, 32). A vingt-trois ans, notre futur saint quitte en effet son village de Béqà-Kafra et sa famille pour ne plus jamais y revenir. Alors, pour le novice devenu Frère Charbel, commence une formation monastique rigoureuse, selon la règle de l’Ordre libanais maronite de Saint Antoine, au monastère de Notre-Dame de Mayfouk, puis à celui plus retiré de Saint-Maron d’Annaya ; après sa profession solennelle, il suit des études théologiques à Saint Cyprien de Kfifane, reçoit l’ordination sacerdotale en 1859 ; il mènera ensuite seize ans de vie communautaire parmi les moines d’Annaya et vingt-trois ans de vie complètement solitaire dans l’ermitage des Saints Pierre et Paul dépendant d’Annaya. C’est là qu’il remet son âme à Dieu la veille de Noël 1898, à soixante-dix ans.
Que représente donc une telle vie ? La pratique assidue, poussée à l’extrême, des trois vœux de religion, vécus dans le silence et le dépouillement monastiques ; d’abord la plus stricte pauvreté pour ce qui est du logement, du vêtement, de l’unique et frugal repas journalier, des durs travaux manuels dans le rude climat de la montagne ; enfin et surtout une obéissance totale à ses Supérieurs et même à ses confrères, au règlement des ermites aussi, traduisant sa soumission complète à Dieu. Mais la clé de cette vie en apparence étrange est la recherche de la sainteté, c’est-à-dire la conformité la plus parfaite au Christ humble et pauvre, le colloque quasi ininterrompu avec le Seigneur, la participation personnelle au sacrifice du Christ par une célébration fervente de la messe et par sa pénitence rigoureuse jointe à l’intercession pour les pécheurs. Bref, la recherche incessante de Dieu seul, qui est le propre de la vie monastique, accentuée par la solitude de la vie érémitique.
Cette énumération, que les hagiographes peuvent illustrer de nombreux faits concrets, donne le visage d’une sainteté bien austère, n’est-ce pas ? Arrêtons-nous sur ce paradoxe qui laisse le monde moderne perplexe, voire irrité ; on admet encore chez un homme comme Charbel Makhlouf une héroïcité hors de pair, devant laquelle on s’incline, retenant surtout sa fermeté au-dessus de la normale. Mais n’est-elle pas « folie aux yeux des hommes », comme s’exprimait déjà l’auteur du livre de la Sagesse ? Même des chrétiens se demanderont : le Christ a-t-il vraiment exigé pareil renoncement, lui dont la vie accueillante tranchait avec les austérités de Jean-Baptiste. Pire encore, certains tenants de l’humanisme moderne n’iront-ils, pas, au nom de la psychologie, jusqu’à soupçonner cette austérité intransigeante, de mépris, abusif et traumatisant, des saines valeurs du corps et de l’amour, des relations amicales, de la liberté créatrice, de la vie en un mot ?
Raisonner ainsi, dans le cas de Charbel Makhlouf et de tant de ses compagnons moines ou anachorètes depuis de début de l’Eglise, c’est manifester une grave incompréhension, comme s’il ne s’agissait que d’une performance humaine ; c’est faire preuve d’une certaine myopie devant une réalité autrement profonde. Certes, l’équilibre humain n’est pas à mépriser, et de toute façon les Supérieurs, l’Eglise doivent veiller à la prudence et à l’authenticité de telles expériences. Mais prudence et équilibre humains ne sont pas des notions statiques, limitées aux éléments psychologiques les plus courants ou aux seules ressources humaines. C’est d’abord oublier que le Christ a exprimé lui-même des exigences aussi abruptes pour ceux qui voudraient être ses disciples : « Suis-moi... et laisse les morts enterrer leurs morts » (Lc 9, 59-60). « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26). C’est oublier aussi, chez le spirituel, la puissance de l’âme, pour laquelle cette austérité est d’abord un simple moyen, c’est oublier l’amour de Dieu qui l’inspire, l’Absolu qui l’attire ; c’est ignorer la grâce du Christ qui la soutient et la fait participer au Dynamisme de sa propre Vie. C’est finalement méconnaître les ressources de la vie spirituelle, capable de faire parvenir à une profondeur, à une vitalité, à une maîtrise de l’être, à un équilibre d’autant plus grands qu’ils n’ont pas été recherchés pour eux-mêmes : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 32).
Et de fait, qui n’admirerait, chez Charbel Makhlouf, les aspects positifs que l’austérité, la mortification, l’obéissance, la chasteté, la solitude ont rendus possibles à un degré rarement atteint ? Pensez à sa liberté souveraine devant les difficultés ou les passions de toutes sortes, à la qualité de sa vie intérieure, à l’élévation de sa prière, à son esprit d’adoration manifesté au cœur de la nature et surtout en présence du Saint-Sacrement, à sa tendresse filiale pour la Vierge, et à toutes ces merveilles promises dans les béatitudes et réalisées à la lettre chez notre saint : douceur, humilité, miséricorde, paix, joie, participation, dès cette vie, à la puissance de guérison et de conversion du Christ. Bref l’austérité, chez lui, l’a mis sur le chemin de la sérénité parfaite du vrai bonheur ; elle a laissé toute grande la place à l’Esprit Saint.
Et d’ailleurs, chose impressionnante, le peuple de Dieu ne s’y est pas trompé. Dès le vivant de Charbel Makhlouf, sa sainteté rayonnait, ses compatriotes, chrétiens ou non, le vénéraient, accouraient à lui comme au médecin des âmes et des corps. Et depuis sa mort, la lumière a brillé plus encore au-dessus de son tombeau : combien de personnes, en quête de progrès spirituel, ou éloignées de Dieu, ou en proie à la détresse, continuent à être fascinées par cet homme de Dieu, en le priant avec ferveur, alors que tant d’autres, soit-disant apôtres, n’ont laissé aucun sillage, comme ceux dont parle l’Ecriture (Sg 5, 10 ; épître de la messe).
Oui, le genre de sainteté pratiqué par Charbel Makhlouf est d’un grand poids, non seulement pour la gloire de Dieu, mais pour la vitalité de l’Eglise. Certes, dans l’unique Corps mystique du Christ, comme dit saint Paul (cf. Rm 12, 4-8), les charismes sont nombreux et divers ; ils correspondent à des fonctions différentes, qui ont chacune leur place indispensable. Il faut des Pasteurs, qui rassemblent le peuple de Dieu et y président avec sagesse au nom du Christ. Il faut des théologiens qui scrutent la doctrine et un Magistère qui y veille. Il faut des évangélisateurs et des missionnaires qui portent la parole de Dieu sur toutes les routes du monde. Il faut des catéchètes qui soient des enseignants et des pédagogues avisés de la foi : c’est l’objet du Synode actuel. Il faut des personnes qui se vouent directement à l’entraide de leurs frères... Mais il faut aussi des gens qui s’offrent en victimes pour le salut du monde, dans une pénitence librement acceptée, dans une prière incessante d’intercession, comme Moïse sur la montagne, dans une recherche passionnée de l’Absolu, témoignant que Dieu vaut la peine d’être adoré et aimé pour lui-même. Le style de vie de ces religieux, de ces moines, de ces ermites n’est pas proposé à tous comme un charisme imitable ; mais à l’état pur, d’une façon radicale, ils incarnent un esprit dont nul fidèle du Christ n’est dispensé, ils exercent une fonction dont l’Eglise ne saurait se passer, ils rappellent un chemin salutaire pour tous.
Permettez-nous, en terminant, de souligner l’intérêt particulier de la vocation érémitique aujourd’hui. Elle semble d’ailleurs connaître un certain regain de faveur que n’explique pas seulement la décadence de la société, ni les contraintes que celle-ci fait peser. Elle peut d’ailleurs prendre des formes adaptées, à condition qu’elle soit toujours conduite avec discernement et obéissance. Ce témoignage, loin d’être une survivance d’un passé révolu, nous apparaît très important, pour notre monde, comme pour notre Eglise.
Bénissons le Seigneur de nous avoir donné saint Charbel Makhlouf, pour raviver les forces de son Eglise, par son exemple et sa prière. Puisse le nouveau Saint continuer à exercer son influence prodigieuse, non seulement au Liban, mais en Orient et dans l’Eglise entière ! Qu’il intercède pour nous, pauvres pécheurs, qui, trop souvent, n’osons pas risquer l’expérience des béatitudes qui conduisent pourtant à la joie parfaite ! Qu’il intercède pour ses frères de l’Ordre libanais maronite, et pour toute l’Eglise maronite, dont chacun connaît les mérites et les épreuves ! Qu’il intercède pour le cher pays du Liban, qu’il l’aide à surmonter les difficultés de l’heure, à penser les plaies encore vives, à marcher dans l’espérance. Qu’il le soutienne et l’oriente sur la bonne et juste voie, comme nous le chanterons tout à l’heure ! Que sa lumière brille au-dessus d’Annaya, ralliant les hommes dans la concorde et les attirant vers Dieu, qu’il contemple désormais dans la félicité éternelle ! Amen !
Que soit louée la Très Sainte Trinité qui nous a donné la joie de proclamer saint le moine libanais Charbel Makhlouf, en confirmation de la durable et inépuisable sainteté de l’Eglise.
L’esprit de la vocation érémitique qui se manifeste dans la personne de ce nouveau saint, loin d’appartenir à un temps désormais révolu, nous apparaît comme une chose très importante pour notre monde comme pour le monde de l’Eglise. La vie sociale d’aujourd’hui est souvent marquée par l’exubérance, l’excitation, la recherche insatiable du confort et du plaisir, qui s’allie à une croissante faiblesse de volonté. Elle ne retrouvera son équilibre qu’avec un accroissement de maîtrise de soi, d’ascèse, de pauvreté, de paix, de simplicité, d’intériorité, de silence (cf. le discours du Pape aux moines du Mont Cassin, du 24 octobre 1964 : AAS 56, 1964, p. 987). La vie érémitique lui en donne l’exemple et lui apprend à en avoir le goût. Et dans l’Eglise, comment surmonter la médiocrité et réaliser un authentique renouveau spirituel qui ne s’appuie pas sur ses propres forces, sans développer une soif de sainteté personnelle, sans exercer les vertus cachées, sans reconnaître la valeur irremplaçable et la fécondité de la mortification, de l’humilité, de la prière ? Pour sauver le monde, pour le conquérir spirituellement, il est nécessaire, comme le veut le Christ, d’être dans le monde mais de ne pas appartenir dans le monde à tout ce qui éloigne de Dieu (cf. Salvatore Garofalo, Le parfum du Liban, Saint Charbel Makhlouf, Rome 1977, p. 216).
L’ermite d’Annaya nous le rappelle aujourd’hui avec une force incomparable.
Le lundi 10 octobre, le Saint-Père a reçu en audience un groupe d’archevêques et d’évêques d’Irlande en visite « ad limina ». A l’adresse d’hommage que lui a adressée, au nom du groupe, par l’archevêque de Dublin, Mgr Dermot Ryan, le Pape a répondu par un discours en latin, dont voici la traduction :
Vénérables Frères,
Nous vous accueillons dans notre maison, avec un sentiment de joie intime, vous les évêques et les pasteurs du peuple catholique d’Irlande, qui, pour bien des raisons, mérite notre amour particulier et notre estime. Nous voulons vous saluer à l’occasion de votre visite « ad limina apostolorum ».
Vous conduisez ici, pour ainsi dire en personne, l’Eglise qui se trouve dans votre île : cette Eglise qui se glorifie à juste titre du nombre de ses saints, qui garde la foi et la piété catholique avec une constance louable, qui fait montre, dans les familles et dans les paroisses et même dans la société, des principes profondément enracinés de la doctrine de Jésus Christ.
Nous nous réjouissons beaucoup de vous voir, vénérables Frères, et, en même temps, de ce vivant témoignage de l’union de vos esprits ainsi que de l’harmonie de vos projets d’avenir. C’est pour nous une grande consolation de penser à tant de prêtres et de religieux d’Irlande qui travaillent quotidiennement à répandre largement la foi en Jésus Christ et la lumière de l’Evangile. C’est pourquoi nous vient à l’esprit l’image vivante et vigoureuse de l’Eglise d’Irlande qui brille comme un exemple pour les autres.
Nous rappelons, avec une pieuse pensée, William Cardinal Conway que nous regrettons vivement ici et que, même absent, nous félicitons comme la lumière du renouveau opéré par le Concile dans votre peuple, comme la clef de voûte de la paix et de la réconciliation dans ce pays, comme celui qui soulage votre peuple, qui nous est tellement chers, dans ses malheurs si nombreux.
Nous désirons vraiment, puisque cette occasion nous est offerte, confirmer vos cœurs et vos volontés, vénérables Frères, dans la charge pastorale que vous menez à bien au milieu de difficultés peu banales, vous aider également à rendre plus efficace votre activité apostolique. Nous avons exploré, pour ainsi dire, les tendances et les mutations de toute la société humaine dont votre peuple souffre lui aussi. Nous vous exhortons donc à agir avec audace pour l’accomplissement des très utiles enseignements du Concile Vatican II sur différents points: la participation de toute la communauté des fidèles à la vie de l’Eglise, l’effort commun des saints pasteurs, des prêtres et des fidèles dans l’évangélisation, une participation vivante et consciente de tous les membres du troupeau à la sainte liturgie et enfin l’éducation chrétienne de la jeunesse. Ne craignez pas : Christ, le Seigneur est avec vous et la foi du Christ nourrie par l’Esprit Saint dans les cœurs des prêtres et des fidèles, conduira les pasteurs et le troupeau à une vie plus pleine et à une efficacité de l’Eglise dans la société. Celle-ci, en effet, non seulement est en mutation mais encore ici ou là elle s’est éloignée du joug aimable de l’Evangile et elle glisse dans ce qu’on appelle la sécularisation.
Vous le savez — et le Synode des Evêques, qui se déroule actuellement, fait pénétrer plus fortement ce souci dans les esprits — des efforts assidus et diligents sont mis en oeuvre pour le renouveau de la catéchèse, surtout celle des enfants et des jeunes, pour qu’elle puisse mieux répondre à leurs problèmes urgents et à leurs interrogations. Ces jeunes ont soif d’une simple annonce de l’Evangile et de la foi solide professée par votre peuple tout au long des siècles.
Nous vous encourageons à soutenir encore et à promouvoir les écoles catholiques dont les mérites doivent être mis en lumière. Par ce moyen surtout, l’illustre tradition de l’Irlande c’est-à-dire sa foi catholique et le trésor de sa culture, doit être transmise à la postérité.
Nous savons également que vous avez des associations catholiques florissantes, qui doivent sans aucun doute être guidées par vos directives attentives et qui, dans la mesure où cela les concerne, doivent s’insérer dans la vie pastorale de chacun des diocèses et dans celle du corps de l’Eglise tout entier de votre pays.
Nous nous réjouissons parce que, comme nous l’avons appris, les vocations ecclésiastiques ont augmenté au cours des années qui viennent de s’écouler. Nous formons des vœux pour que la même chose se produise pour les candidats aux missions qui, comme nous l’avons souligné, ont été et restent la gloire de l’Irlande catholique.
Nous approuvons vivement l’étude que vous faites sur les difficultés sociales et économiques dont on s’occupe également dans votre région. Nous nous souvenons bien et nous vous félicitons de la lettre pastorale que récemment vous avez publié ensemble sur cette question : « Opus justitiae ». On peut certainement toujours tirer de la doctrine catholique des moyens valables pour améliorer la condition sociale et pour engager les fidèles à devenir plus conscients de leur devoir d’aider leurs frères dans le besoin.
Enfin, avec ardeur, nous vous souhaitons la paix : que la concorde des citoyens dans l’ordre revienne enfin, surtout dans la partie nord de votre île. C’est le rôle de l’Eglise catholique, en associant aussi son action à celle des membres des autres religions, d’instaurer la paix parmi les hommes, de prier Dieu pour la paix, de s’appuyer sur les efforts de tous pour que les esprits s’apaisent dans une paix véritable et qu’ainsi se construise une société où les droits de chacun soient reconnus et d’où soient enlevées la haine et les tensions violentes.
Voici quels sont nos sentiments, quand nous vous voyons ici, vénérables Frères, et quand nous pensons en même temps à vos fidèles : avec eux nous vous embrassons dans une charité sincère, nous demandons pour vous et pour eux l’abondance des dons célestes et en gage de ceux-ci, nous vous donnons d’un cœur très bienveillant notre bénédiction apostolique.
Le jeudi 13 octobre, le Saint-Père a reçu en audience les Evêques de Bavière (Allemagne fédérale), à l’occasion de leur visite « ad limina ». Autour du Cardinal J. Ratzinger, archevêque de Munich, qui a prononcé l’allocution d’hommage au Souverain Pontife, se trouvaient réunis l’archevêque de Bamberg et les Evêques de Wurzburg, Passau, Ratisbonne, Augsburg, Eichstâtt et les auxiliaires de Munich et Passau. Le Pape Paul VI a répondu en latin par le discours dont nous publions la traduction :
Vénérables Frères,
« Quel bonheur et quelle joie pour des frères d’habiter ensemble ! » (Ps 133, 1). Le son même de ce verset — comme dit Saint Augustin — « est aussi doux que la charité qui fait habiter des frères ensemble » (Commentaires des Psaumes 132 ; PL 37, 1729). Oui, vraiment nous nous réjouissons beaucoup de ce que récemment, au cours de cette année, il nous ait été donné de profiter d’une fraternelle rencontre avec les Evêques d’Allemagne à l’occasion de leur visite ad limina. Nous vous saluons cordialement, vous-mêmes, comme ceux qui vous ont précédé, et en particulier Joseph, Cardinal Ratzinger, archevêque de Munich et de Freising, ainsi que Elmar Marie Kredel, archevêque de Bamberg.
Nous sommes très reconnaissant à notre vénérable Frère des excellentes paroles et des bons vœux qu’il vient de nous adresser au nom des autres Evêques. Certainement les manifestations extérieures de respect, d’obéissance, d’amour qui nous arrivent à l’occasion de notre anniversaire, sont un signe des liens intérieurs qui doivent relier les membres de l’Eglise avec son Chef visible.
En vous voyant, notre esprit se tourne également vers les diocèses de Bavière que vous représentez. Nous vous remercions et nous vous félicitons du zèle avec lequel vous vous occupez et vous veillez sur la portion du troupeau du Seigneur qui vous est confiée,
Nous avons été informé, par les rapports quinquennaux que vous avez présentés au Saint-Siège, du bon fonctionnement de la vie chrétienne dans vos diocèses et des difficultés qui lui font obstacle.
La charge, que nous avons reçue du commandement de Jésus Christ, est de vous confirmer (Lc 22, 32), vous, nos Frères dans l’Episcopat ; nous voulons confirmer aussi vos collaborateurs, les prêtres, les religieux et les laïcs qui, avec vous, se dévouent activement à la culture du champ du Seigneur et qui « portent le poids du jour et de la chaleur » (cf. Mt 20, 12).
Selon l’affirmation de notre vénérable Frère Joseph, Cardinal Ratzinger, on trouve profondément enracinés dans le cœur de votre population catholique l’amour à l’égard de l’Eglise et à l’égard de sa tradition authentique, ainsi que l’obéissance à l’égard des successeurs du bienheureux Pierre. La foi chrétienne, héritage précieux reçu de vos ancêtres, vit encore, chez vous, et avec vigueur non seulement dans les institutions qui ont un rapport évident avec l’Eglise et le service de l’homme, mais encore dans la religion populaire elle-même. Celle-ci, — comme nous le disons dans l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi — « si elle est bien orientée, surtout par une pédagogie d’évangélisation... est riche de valeurs ». Il faut donc rejeter les efforts qui tendraient à dissoudre les formes populaires de cette piété, il faut les conserver et les promouvoir et, si c’est nécessaire, les purifier de leurs aspects moins adaptés.
A ce propos nous rappelons avec félicitations le culte mariai pour lequel — c’est bien connu — vos fidèles ont une grande ferveur. Une preuve, parmi d’autres, de cette ferveur est donnée par les foules qui affluent au sanctuaire d’Altotting, comme on l’appelle communément, et qui se trouve dans le territoire du diocèse de Passau : de même il faut mentionner la consécration par laquelle votre peuple s’est voué à la Vierge mère de Dieu « Patronne de la Bavière ».
Nous partageons cependant aussi vos soucis devant les risques qui menacent votre troupeau. Car la « sécularisation » qui progresse, comme presque partout dans la société humaine contemporaine, peut avoir sur eux aussi une influence pernicieuse. Il faut donc s’efforcer avec toute l’ardeur possible de la repousser et de faire que le « bon sel » dont le Seigneur parle dans l’Evangile, opère vraiment avec efficacité et une saine vigueur.
Une autre difficulté qui est étroitement liée à la première est l’aliénation et le détachement de beaucoup par rapport à la doctrine chrétienne et à l’Eglise. C’est pourquoi ce temps exige au maximum que les Evêques soient des témoins infatigables et qu’ils professent l’annonce du Christ, sans la diminuer ni l’altérer le moins du monde. En effet, ce risque, où la foi de beaucoup se trouve engagée, avec cette « sécularisation », peut rendre plus difficile — pour ne pas dire menacer — le renouveau qui a été proposé par le Concile Oecuménique Vatican II. Ce renouveau doit naître de l’intime de la conscience de sorte que le chrétien véritablement « vive de la foi » (cf. Rm 1, 17).
Pour cela, l’institution des vérités de la foi est d’une importance extrême. C’est ce dont témoigne manifestement le Synode des Evêques qui se déroule actuellement et dans lequel nous mettons un grand espoir. Nous savons que vous accordez un soin vigilant à cette institution surtout dans l’éducation et dans la pastorale des sacrements. Qu’il nous soit permis de vous encourager aujourd’hui à redoubler vos efforts pour une cause d’une aussi grande importance. A ce labeur il faut appeler, pour leur part, les religieux et les religieuses qui sont assez nombreux chez vous, ainsi que les laïcs. D’ailleurs ce renouveau doit être opéré continuellement pour ainsi dire et certainement avec sagesse, constance et intrépidité.
Ces paroles s’harmonisent avec les avertissements de Saint Paul à Timothée, son compagnon de labeur : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contre-temps, reprends, réprimande, exhorte en toute patience et avec souci d’enseigner. Car il y aura un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine... Pour toi, sois sobre en tout, supporte la souffrance, fais oeuvre d’évangéliste, assure pleinement ton service » (1 Tm 4, 2-5). Ces exhortations sont contenues dans le seul mot de charité qui, pour utiliser une phrase du docteur d’Hippone : « se penche vers les uns, s’élève contre les autres ; encourage les uns, reprend sévèrement les autres, sans être l’ennemi d’aucun, car elle est la mère de tous » (Eléments de catéchèse, 15 ; PL 40, 328).
Dans cet esprit, vénérables Frères, nous vous donnons volontiers notre bénédiction apostolique, en gage de consolation céleste et de force, à vous-même et au troupeau qui est confié à chacun d’entre vous.
Homélie du Saint-Père
Le 16 octobre 1977 une grande foule de pèlerins s’est rassemblée à la Basilique Saint-Pierre autour des Pères du Synode et du diocèse de Rome pour prier avec et pour le Pape Paul VI. C’était une sorte de fête de famille destinée à célébrer dans le recueillement les quatre-vingts ans du Souverain Pontife. Voici la traduction de l’homélie du Pape, prononcée en italien :
Cette célébration, due à la charité de l’Eglise de Rome et du Synode qui s’y trouve présentement réuni, veut honorer publiquement et de façon particulière un événement de ma vie personnelle. Cela m’oblige à relier au texte évangélique lu dans toutes les églises du monde en ce XIX° dimanche ordinaire, tous les sentiments que cette célébration suscite en mon âme.
L’Evangile proposé aujourd’hui à la réflexion de l’Eglise parle de la nécessité de prier toujours sans se décourager : « Il faut toujours prier sans se décourager » (cf. Lc 18, 1-8). Il nous sera donc facile, à moi qui suis concerné à titre spécial, comme à vous, présents à cette cérémonie en tant que fidèles du diocèse de Rome, qui est « mon » diocèse, et encore à vous, vénérables Frères, membres du Synode actuellement en cours, et représentants de l’Eglise catholique du monde entier, oui, il nous sera facile de transformer en prière commune le motif, apparemment extérieur, mais en réalité essentiellement ecclésial, de la présente liturgie. Comme vous le savez, elle a été organisée pour inviter tous les participants à prier le Seigneur pour mon humble personne qui vient d’atteindre l’âge vénérable, mais humainement peu enviable, de quatre-vingts ans.
Eh bien, oui ! Cela vaut la peine de prier pour un Evêque, à plus forte raison quand cet Evêque est le Pape, arrivé à un si grand âge. Et cela pour deux motifs évidents. D’abord, parce que la durée de notre vie constitue, tout bien considéré une grande responsabilité. Tel est bien le sens du temps accordé à notre existence terrestre. Celui-ci n’est qu’une somme de devoirs et de grâces dont nous devons rendre compte. Ensuite, parce que cette durée annonce comme étant plus proche la fin du temps concédé à notre vie mortelle, et le « memento homo » de la mort prochaine plane inexorable et toujours plus grave sur la précarité accrue de ma journée terrestre. Et ces deux motifs constituent une raison bien grave d’anxiété et de crainte, à cause de l’approche du jugement de Dieu désormais imminent (cf. Jn 21, 19 ; Mt 16 27 ; Rm 2, 6).
C’est pourquoi je dois vivement remercier de cette heure de prière, organisée si pieusement, si filialement, si communautaire-ment, afin d’obtenir l’assistance divine pour mes années de vieillesse, dont je reconnais l’importance décisive par rapport à mon destin final. Merci, vénérables Frères; merci, très chers Fils, du témoignage réconfortant de votre piété et de votre communion.
Eh bien ! permettez-moi, un bref instant seulement, de vous livrer à mon tour le témoignage de mon affection qui répond à la vôtre. Les paroles d’infinie charité que Saint Paul réserve à l’amour du Christ pour l’Apôtre lui-même : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20) — et elles sont à la fois pour moi un motif de confusion et un stimulant — ont guidé mes très humbles activités au cours de mon long séjour romain. Oui, j’ai aimé Rome, dans le désir ardent et permanent d’en méditer et d’en comprendre le secret transcendant, incapable certainement de le pénétrer et d’en vivre, mais toujours passionné, comme je le suis encore, de découvrir comment et pourquoi « le Christ est romain » (cf. Dante 2, 32, 102).
Et à vous, Romains — c’est presque l’unique héritage que je puis vous laisser — je vous recommande d’approfondir, de tout votre cœur et avec un intérêt inépuisable, votre « conscience romaine », que celle-ci provienne du fait d’être né citoyen de cette Ville exceptionnelle, ou du fait d’y résider ou d’en être l’hôte ; « conscience romaine » qui, ici, a la vertu de communiquer à qui sait s’en imprégner, le sens d’un humanisme universel qui émane non seulement des époques classiques auxquelles Rome a survécu, mais plus encore de sa vitalité spirituelle, chrétienne et catholique.
Mon souhait s’étend bien au-delà. Que tous les croyants de la sainte Eglise, et aussi ceux qui aspirent à un oecuménisme religieux authentique, puissent à bon droit, grâce à leur foi et à leur amour, s’appliquer à eux-mêmes la définition, plus spirituelle que juridique, que l’on donna de Saint Paul : « Hic homo civis Romanus est », « cet homme est citoyen romain » (Ac 22, 26).
La présence, en cette Basilique, des Pères du Synode, qui manifestent la catholicité de l’Eglise répandue par le monde entier, me fait penser aux milliers de messages de vœux qui me sont parvenus de toutes les nations à l’occasion de mon anniversaire. Ils viennent de personnalités civiles, de pasteurs, de prêtres, de religieux, de religieuses, de pères et de mères de famille, de travailleurs, de savants, de jeunes, de malades, d’enfants. Ils ne se contentent pas d’extérioriser leur affection sincère pour ma modeste personne, mais ils réaffirment clairement leur foi dans l’Eglise et dans la fonction singulière du Successeur de Pierre.
Peut-être ne sera-t-il pas possible de donner à tous et à chacun la réponse qu’ils mériteraient. Je voudrais donc prier, vous, les Pères du Synode, une fois rentrés dans vos diocèses, de vous faire auprès de vos fidèles les interprètes de ma gratitude et de mon affection paternelle.
Avec ces souhaits et en vous remerciant de votre présence à cette célébration, je vous bénis tous de grand cœur.
Le Souverain Pontife s’est exprimé ensuite en français, en anglais et en espagnol. Nous donnons ici le texte de son adresse en français :
Je suis heureux de profiter de la présence des Evêques, venus du monde entier au Synode sur la Catéchèse. Je leur confie le soin d’exprimer ma plus chaleureuse gratitude à leurs compatriotes, qui m’ont adressé de si nombreux témoignages d’affection et de reconnaissance à l’occasion de mon quatre-vingtième anniversaire. Et je me permets d’insister : à tous leurs compatriotes, depuis les plus hautes personnalités civiles et religieuses jusqu’au monde combien sympathique des adolescents et des enfants. Que Dieu les récompense tous de leur démarche si réconfortante !
Le vendredi 28 octobre, exactement dix ans après le Message de Paul VI à l’Afrique, les Evêques de ce continent, Afrique et Madagascar, ont souhaité rencontrer le Pape pour le remercier de ses encouragements. Le Cardinal Maurice Otunga s’est adressé dans ce sens au Souverain Pontife. Le Saint-Père a répondu, d’abord en anglais puis en français, par les paroles suivantes :
Chers Frères dans le Christ,
Nous sommes particulièrement heureux de vous recevoir, vous qui représentez à ce Synode tout le continent africain. Voilà juste dix ans, en date du 29 octobre, notre Message exprimait a tous les Africains notre affection, nos espérances et nos vœux. Depuis lors, notre cœur pastoral n’a cessé de rejoindre de mille manières vos joies et vos préoccupations : soit lors de notre voyage en Ouganda, soit lors de la réunion de votre symposium à Rome voici deux ans, soit en recevant fréquemment vos visites, vos lettres, vos rapports. Et de votre côté, nous apprécions beaucoup votre vif souci de demeurer en étroite communion avec nous, garant de la fidélité doctrinale et de l’unité, et nous vous remercions encore des sentiments exprimés à l’instant par votre Président. Puissiez-vous lire dans notre réponse, nécessairement brève, notre estime, notre confiance, nos encouragements.
Tout d’abord, il est un fait dont l’Eglise a pris conscience avec réalisme et espérance : vos pays ont connu une exceptionnelle évolution depuis deux décennies. Au plan civil, la plupart sont passés d’un pouvoir colonial à un pouvoir local, conformément au droit naturel des peuples à devenir les artisans de leur destin, avec aussi d’énormes problèmes économiques et sociaux à résoudre. Au plan international, on assiste à une affirmation toujours plus marquée de la présence africaine et de l’originalité culturelle de l’Afrique. Au plan de l’Eglise, l’accession à l’épiscopat, et à beaucoup d’autres charges ecclésiales, du clergé local, commencée heureusement avant l’indépendance, illustre la même mutation. Dire cela, ce n’est pas oublier le rôle des personnes et des Instituts missionnaires qui ont eu le mérite d’implanter l’Eglise : nous leur devons tous une profonde reconnaissance ; ils ont semé et d’autres ont récolté les fruits (cf. Jn 4, 35-38). Et leur coopération désintéressée demeure bien nécessaire. Mais c’est un fait que vous, Evêques africains, vous êtes désormais chargés au premier rang du destin chrétien de toute l’Afrique, avec l’aide de l’Esprit Saint.
Quel est donc l’enjeu de cette immense tâche ? Comme nous l’écrivions il y a dix ans : « C’est à vous qu’il revient de rendre vivante et efficace la rencontre du christianisme avec l’antique tradition africaine » (Message Africae Terrarum, n. 23). C’est alors qu’on pourra parler de véritable implantation de l’Eglise. Il s’agit de susciter ou d’approfondir une nouvelle civilisation, à la fois africaine et chrétienne (cf. discours au Symposium d’Ouganda). Et nous affirmons, avec la grâce de Dieu, que le christianisme peut et doit être totalement « chez lui » dans les cultures africaines, que l’âme africaine est destinée et préparée à recevoir le salut du Christ.
Comment y parvenir ? Il faut que la foi, authentiquement chrétienne, catholique, anime du dedans les traditions et la civilisation qu’elles entraînent. La foi chrétienne, catholique, a été comme greffée sur le vénérable tronc ancestral : c’est elle qui doit donner qualité et saveur aux fruits de l’arbre. Cela suppose que la foi soit vraiment assimilée, formulée en termes appropriés, mais sans rien perdre de sa vigueur spécifique, de sa nature qui est un don gratuit de Dieu, et que nous avons tous reçu par le Christ, que nous soyons européens ou africains ou d’un autre continent. En tant qu’Evêques, votre première charge est d’être les Docteurs inlassables de cette foi ; elle permettra d’éclairer la recherche et la solution des autres problèmes ; elle apportera l’espérance du salut, quelles que soient les épreuves. Comme nous l’avons dit pendant votre symposium à Rome : « La foi doit demeurer... le motif suprême de toute activité sociale de l’Eglise » (AAS 67, 1975, p. 571). Bien plus : « La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi » (1 Jn 5, 4).
Pour l’avenir de la foi chrétienne en terre africaine, nous accordons comme vous une grande importance à la formation de ceux qui consacrent toute leur vie au Christ comme prêtres, religieux et religieuses. Ils seront comme l’âme de vos communautés chrétiennes, prenant peu à peu la relève de ceux qui sont venus d’ailleurs pour ce service incomparable, ou collaborant avec eux, car « vous êtes désormais vos propres missionnaires », comme nous vous le disions à Kampala (cf. AAS 61, 1969, p. 575). Aussi notons-nous avec satisfaction les signes prometteurs, comme l’inauguration de nouveaux séminaires, ou l’ouverture d’Instituts supérieurs de théologie. Puisse cette formation des disciples du Seigneur être à la hauteur de la tâche et du témoignage qu’on attend d’eux : disponibilité à servir partout où c’est nécessaire, y compris chez les plus pauvres, formation spirituelle, doctrinale, pastorale, ouverture à l’Eglise universelle et donc ferme attachement à son centre romain. Sur ce dernier point, vous savez comme nous — puisque beaucoup d’entre vous en ont bénéficié — l’intérêt, quand c’est possible, de plusieurs années d’études universitaires passées près du Siège de Pierre, avec des collègues du monde entier.
La foi, relation à Dieu, ne peut manquer de transformer les relations humaines. Chaque page de l’Evangile invite à faire taire en soi l’esprit de domination et de privilège, à servir le prochain comme un frère, à se faire artisan de justice et de paix. Ceci contraste avec les pénibles situations de discrimination raciale qui sont encore la plaie de certains pays d’Afrique. Et vous sentez vous-mêmes chaque jour davantage combien la conquête du pouvoir peut conduire aussi à de graves abus et à de grandes souffrances, si elle n’est pas accompagnée de cette rectitude morale, de cette volonté de service, de ce sens du bien commun et du partage équitable, de ce respect des libertés fondamentales et de ce refus de la violence qui sont des fruits de l’esprit évangélique. Les chrétiens ont sur ce point un témoignage exemplaire à donner.
Cet esprit ne pourra « évangéliser les cultures » (Exhortation Apostolique, Evangelii Nuntiandi, n. 20), imprégner vraiment les différents milieux sociaux, rendre fraternels les rapports entre les hommes et améliorer efficacement la gestion des réalités temporelles quotidiennes, que si les laïcs participent activement à la mission de l’Eglise. A cela ils doivent être formés, encouragés, et ce n’est pas le moindre rôle des prêtres, non seulement en vue des nécessités locales de l’Eglise, mais pour assumer les responsabilités qui leur reviennent au service de leur pays et des organisations internationales. La conférence panafricaine d’Accra a bien mis en relief cet appel des laïcs, qui constitue pour vous une exigence supplémentaire, mais aussi une grande espérance.
Sur tous ces points, qui nous tiennent très à cœur, nous suivons vos efforts méritoires, Frères vénérés, avec les Organismes du Saint-Siège, et nous vous encourageons. Nous tenions à vous le dire, en ce dixième anniversaire de notre Message à l’Afrique. Et nous apprécions particulièrement le travail communautaire que vous accomplissez dans votre symposium des Conférences épiscopales, pour aider toutes les jeunes Eglises du continent africain et de Madagascar à faire face à leurs responsabilités, dans la clarté de la foi et le dynamisme de la charité. A tous et à chacun, notre affectueuse bénédiction apostolique.
Le samedi 29 octobre, le Pape Paul VI a présidé la dernière Congrégation générale du Synode. Après la prière commune, le Saint-Père a prononcé en latin le discours dont nous publions la traduction.
Vénérables Frères et très chers Fils,
Au terme de ce cinquième Synode des Evêques, vous avez tenu à Nous exprimer, par le Cardinal Antonio Ribeiro, Patriarche de Lisbonne, vos souhaits ainsi que les sentiments qui vous animent au moment de nous séparer.
Quant à Nous, Nous vous exprimons toute notre reconnaissance et Nous vous saluons fraternellement. Après avoir traité pendant tout un mois de ce thème capital pour l’avenir de la vie ecclésiale — la catéchèse — vous vous préparez à rentrer à vos sièges diocésains respectifs et à reprendre vos activités pastorales, animés de la volonté de réaliser avec détermination une action catéchétique rénovée dans vos propres pays.
Ce temps passé ensemble vous a permis de partager votre propre expérience avec vos confrères, et d’offrir l’aide et les résultats de votre connaissance — fruits de votre expérience de vie — afin que l’action catéchétique soit promue dans l’Eglise et afin que « en l’homme la foi soit illustrée par la doctrine et qu’elle devienne vivante, explicite et agissante » (cf. Christus Dominus, 17). Vous avez accompli ce travail non pas sur la base de recherches théoriques et historiques — qui sont d’ailleurs utiles en d’autres domaines — mais surtout dans un esprit pastoral. En ce sens, vous avez été guidés par votre expérience de Pasteurs qui participent quotidiennement aux anxiétés et aux difficultés qu’affrontent les hommes de notre temps. Grâce à cette dimension pastorale, le Synode est arrivé à des résultats utiles et valables.
Conscient de l’importance centrale qui doit être reconnue à cette forme d’annonce de la Parole de Dieu aux hommes d’aujourd’hui, Nous vous avons convoqués ici à Rome, auprès du Tombeau de Pierre, en vue des deux objectifs spécifiques qui sont indiqués dans le Motu Proprio Apostolica Sollicitude et qui s’énoncent ainsi : « communiquer mutuellement les informations utiles, présenter des suggestions concernant les problèmes, en fonction desquels le Synode est chaque fois convoqué » (AAS LVII, 1965, p. 777).
Bien des éléments tirés de l’expérience de chacun ont été échangés en vue de l’intérêt commun, et nombreux sont les projets qui veulent rendre l’action catéchétique plus efficace dans l’Eglise universelle ainsi que dans tous les domaines de réalité humaine.
Vous devrez faire part à vos confrères dans l’Episcopat des conclusions auxquelles vous êtes arrivés, quand vous serez rentrés dans vos diocèses et serez retournés à vos tâches pastorales. En d’autres termes, vous transmettrez, Nous en sommes certain, le feu qui brûlait en vous à ceux qui partagent avec vous la charge pastorale. De ce fait le Synode pourra susciter un renouveau quant à la catéchèse afin que de nouvelles voies lui soient ouvertes, afin que les catéchistes soient mieux formés, afin que soient recherchés avec plus d’attention les moyens nécessaires, tout en respectant les dispositions canoniques pleines de sagesse qui sont en vigueur en ce domaine, ainsi que les normes proposées dans le Directoire général de la Catéchèse élaboré par la S. Congrégation pour le Clergé, que Nous avons approuvé et confirmé.
Plusieurs d’entre vous vénérables Frères et chers Fils se sont employés à mettre en lumière les tensions que la catéchèse a connues ces dernières années. Il Nous semble qu’il n’est pas nécessaire de traiter de ces difficultés en ce moment mais plutôt de vous inviter à porter votre regard vers l’avenir, et d’exhorter, par vous, tous ceux qui sont conscients de la responsabilité qu’impliqué le nom de chrétiens, pour qu’ils s’efforcent de répandre l’action catéchétique, rénovée par ce Synode dans l’Eglise universelle.
Cette impulsion, comme des spirales de plus en plus larges partant de ce Synode, atteindra les groupes d’évêques d’Orient et d’Occident et, par eux, elle parviendra aux paroisses, aux familles, aux écoles, aux associations qui se rassemblent au nom du Christ et sous la conduite de leurs Pasteurs légitimes. Ce renouvellement continu de la catéchèse sera promu, sera guidé et soutenu par les évêques de chaque lieu, unis au Vicaire du Christ. Ils le feront en étroite collaboration avec les prêtres, les religieux, les religieuses ainsi que les laïcs, qui ont compris l’importance et la beauté de cet apostolat.
C’est d’ailleurs en cela que consiste le sens et la force du « Message au Peuple de Dieu », qui sera adressé aujourd’hui, de la ville de Rome à toute l’Eglise, à la conclusion de ce Synode des Evêques.
Considérant le travail accompli, Nous vous exprimons notre joie en constatant que les Pères ici présents ont rejoint un accord sur les problèmes principaux de la catéchèse et ont présenté de très utiles suggestions en la matière. Celles-ci, rassemblées en trente quatre points, Nous ont été remises. Nous en prendrons attentivement connaissance ainsi que de toutes les autres interventions qui Nous ont été présentées. Par la suite, en accord avec votre désir, Nous adresserons volontiers à l’Eglise universelle ce qui Nous semblera le plus indiqué.
Nous nous réjouissons avant tout qu’a été soulignée la charge des Evêques de veiller et de s’engager afin que toute la catéchèse maintienne toujours la pleine fidélité a la Parole de Dieu, telle qu’elle nous a été communiquée par la révélation et transmise par le Magistère de l’Eglise. Nul doute que cette même tâche de vigilance touche également les autres formes de diffusion de la Parole de Dieu, c’est-à-dire, partant de son annonce générale ou de l’évangélisation, passant par la proclamation au cours de la liturgie ou par la prédication jusqu’à son étude plus approfondie en théologie. Par ailleurs, la vigilance attentive au sujet de la catéchèse est un des aspects de la charge de celui-même qui a été constitué par le Christ, Pasteur et Maître de son Eglise.
Nous ne désirons pas répéter ici combien il Nous tient à cœur de défendre et de promouvoir la saine doctrine. En effet, en ce qui concerne Notre préoccupation, le message que Nous avons adressé à tous les évêques, cinq ans après la conclusion du Concile Vatican II, garde toute son actualité et son poids (cf. Exhortation Apostolique, Quinque iam anni, AAS LXIII, 1971, pp. 97-106). La fidélité envers le dépôt de la Révélation exige manifestement aussi, qu’aucune vérité essentielle ne soit passée sous silence. « Le Peuple, confié à nos soins, jouit du droit sacré auquel il ne peut renoncer de recevoir la Parole de Dieu, c’est-à-dire toute la Parole de Dieu » (ib. pp. 99-100).
Cela a donc été pour Nous un grand réconfort de constater que la nécessité absolue d’une catéchèse bien structurée et cohérente a été soulignée par tous, car un tel approfondissement du mystère chrétien lui-même distingue fondamentalement la catéchèse de toutes les autres formes d’annonce de la Parole de Dieu. Vous l’avez clairement enseigné et mis en lumière, convaincus que personne ne peut atteindre la vérité intégrale par une simple expérience privée, c’est-à-dire sans une explication adéquate du message du Christ, qui est « Voie, Vérité et Vie » (Jn 14, 6), alpha et oméga, principe et fin de toutes choses (cf. Ap 22, 13). L’annonce intégrale du message du Christ contient évidemment aussi l’exposé de principes moraux de ce message, tant du point de vue de chaque personne que de toute la société. Eduquer à la foi des enfants et les jeunes appartenant à nos communautés signifiera à la fois les éduquer à la « sequela Christi », comme vous Nous l’avez bien indiqué dans la douzième proposition qui Nous a été transmise. C’est là d’ailleurs le sens de la doctrine de l’Apôtre Saint Jean, quand il nous dit : « Qui dit ‘je le connais’ (Dieu), et n’observe pas ses commandements, est un menteur » (1 Jn 2, 4).
En outre, Nous sommes pleinement d’accord avec vous quand vous affirmez avec grande autorité la nécessité de quelques formules principales qui permettent d’exprimer clairement et correctement les vérités chrétiennes de foi de la doctrine morale. Ces formules, une fois mémorisées, favorisent notablement la connaissance stable et sûre des réalités, comme vous le dites dans la dix-neuvième proposition que vous Nous avez communiquée ainsi que dans le « Message au Peuple de Dieu », qui est diffusé aujourd’hui dans le monde entier. Parmi ces formules, vous avez inclu avec raison les plus importantes expressions bibliques — principalement tirées du Nouveau Testament — ainsi que les textes liturgiques, qui servent à célébrer la prière commune et à exprimer plus facilement la confession de foi.
Enfin, Nous reconnaissons aujourd’hui plus que jamais l’urgence de l’appel en faveur de la liberté de l’Eglise, afin qu’elle puisse accomplir sa tâche d’éduquer ses propres fils à la foi chrétienne. Malheureusement dans plusieurs pays le droit de chaque individu à la liberté religieuse, le droit des familles à la formation de leurs enfants, le droit des communautés religieuses à l’éducation de leurs membres, sont complètement supprimés ou du moins injustement limités. En ce moment particulièrement solennel, Nous supplions une fois encore les gouvernants des peuples — pour le bien même de leurs propres pays — afin qu’ils respectent le droit des personnes et des communautés religieuses à la liberté sociale et politique dans le domaine religieux. En effet « il est essentiellement du devoir de chaque pouvoir civil de protéger et de promouvoir les droits fondamentaux de l’homme » (Dignitatis humanae, n. 6).
Après vous avoir fait part de quelques-unes de nos réflexions sur certains points saillants du thème dont vous avez traité dans cette assemblée fraternelle, avant de conclure, Nous voulons remercier tous et chacun de ceux qui ont contribué à préparer et à porter à bonne fin ce cinquième Synode. Notre reconnaissance s’adresse tout d’abord aux Présidents délégués, au Relateur, au Secrétaire général et au Secrétaire spécial ainsi qu’à ses collaborateurs, et enfin à tous ceux qui, pleins de bonne volonté et de compétence ont assuré à différents titres ce service important au Pape de Rome ainsi qu’à cette noble assemblée de ceux qui représentent les évêques du monde entier.
Vénérables Frères et très chers Fils, au moment de nous séparer, Nous vous demandons de porter chez vous les salutations et la Bénédiction du Père Commun, à vos frères les Evêques, à vos prêtres et collaborateurs, aux religieux et religieuses ainsi qu’à tous les laïcs engagés dans l’action catéchétique. Que l’Esprit Saint nous assiste, nous donne la joie en plénitude et nous vivifie tous. Qu’il nous dispose à une action rénovée dans l’unanimité des cœurs « afin que la Parole de Dieu se répande et soit proclamée » (2 Th 3, 1).
Dans ces sentiments, Nous vous bénissons avec pleine charité, vous tous qui êtes ici présents.
Homélie du Pape Paul VI lors de la béatification, en la basilique Saint Pierre, des Frères des Ecoles Chrétiennes, Mutien-Marie et Miguel.
Vénérables frères, très chers Fils et Filles réunis ici pour cette célébration solennelle,
L’acte que nous venons d’accomplir nous remplit le cœur d’une joie très pure. Nous avons proclamé bienheureux deux religieux, deux Frères des Ecoles Chrétiennes Miguel Febres Cordero et Mutien-Marie Wiaux et autorisé leur culte, livrant leur exemple à l’admiration et à l’imitation de tous les croyants. Deux astres nouveaux se sont allumés au firmament de l’Eglise. Comment ne pas exulter en contemplant ces frères qui sont déjà arrivés au but que chacun de nous aspire atteindre un jour ? Comment ne pas éprouver une grande joie en sachant que nous pouvons compter sur la puissante intercession de ceux qui ont connu des vicissitudes pareilles aux nôtres et qui sont donc en mesure de comprendre la grandeur et la misère de notre condition humaine ? Ils se trouvent sous nos yeux, dans la splendeur de la seule gloire qui ne craint pas l’usure du temps: la gloire de la sainteté. De continents divers, avec des caractéristiques humaines nettement différentes, ils sont unis par de profondes affinités intérieures qui révèlent une empreinte spirituelle identique ; celle de Saint Jean-Baptiste de La Salle qui a inspiré et guidé leur maturation chrétienne. Pour apprécier les mérites des deux nouveaux Bienheureux il importe d’évoquer à cet effet les mérites de la Famille religieuse à laquelle ils ont appartenu : le célèbre et méritant Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes que Saint Jean-Baptiste de La Salle fonda à Reims en 1680, donnant à l’Eglise une de ses institutions les mieux adaptées à la mission d’éducation qui lui est propre : une école pour l’école. Le but en vue duquel le Fondateur a conçu là nouvelle société religieuse était en effet la préparation d’éléments spécialisés dans les diverses tâches de l’éducation, capables de se consacrer avec succès à la formation chrétienne et humaine de la jeunesse pauvre, des fils du peuple.
Les caractéristiques de l’Institut découlent de tels desseins : il s’agit d’une société religieuse qui recueille des personnes engagées dans la pratique des conseils évangéliques dans une forme de vie pauvre et austère, vécue en commun et manifestée également à l’extérieur par la forme de l’habit ; ce sont des personnes dont la mission principale est l’enseignement scolaire — enseignement élémentaire et celui qu’on appelle aujourd’hui « secondaire » — basé sur des critères didactiques perfectionnés et réalisé avec la conscience de l’apôtre qui se sait responsable, devant les élèves, de leur annoncer l’Evangile, par la parole et par l’exemple, afin de conquérir leur cœur au Christ.
C’est cela, en effet, le but visé par toute école catholique : faire connaître et aimer Jésus. Et c’est avant tout pour cette raison que l’école catholique mérite la considération et l’estime de tout chrétien. Il est donc juste et nécessaire de soutenir nos écoles qui ouvrent les jeunes à la vie, leur assurent une formation humaine et spirituelle et, ainsi, édifient en même temps la cité terrestre et l’Eglise.
Quant à l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, l’histoire nous informe que malgré les difficultés qu’il eut à surmonter, il connut une rapide et large diffusion : alors que son saint fondateur était encore en vie l’Institut était déjà présent dans 15 diocèses français, avec 22 communautés. Aujourd’hui il accomplit son oeuvre dans 78 pays des cinq continents.
Les deux Bienheureux que nous contemplons aujourd’hui dans la gloire du Royaume de Dieu témoignent éloquemment de la vitalité de l’ancienne plante sur laquelle ils ont fleuri.
Au Supérieur général, à ses collaborateurs, aux nombreux membres de cet Institut si riche de mérites nous manifestons notre vive satisfaction et nous les saluons en les bénissant.
De même nous saluons avec une toute particulière cordialité et déférence les Délégations gouvernementales qui représentent si dignement à cette cérémonie les deux pays d’origine des nouveaux Bienheureux, et nous entendons saluer en même temps les Pasteurs qui ont voulu intervenir.
Le Saint-Père a poursuivi en langue espagnole :
La vie du Frère Miguel, le chétif enfant né dans les replis andins de Cuenca, se déroula dans une famille aisée, de tradition catholique, ayant rendu de grands services à son pays.
L’enfance du nouveau Bienheureux fut attristée par un grave défaut physique : l’enfant avait, de naissance, les pieds déformés. Une raison de vive angoisse pour la famille qui ne tarda pas à se consoler en constatant les qualités d’intelligence et de bonté du nouveau rejeton qui grandissait sous la protection spéciale de la Vierge Marie. Miguel lui-même considérait comme un signe providentiel qu’il fût né l’année de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.
Son amour pour Marie envers qui il avait la plus grande confiance, ne fit que croître. C’est pourquoi, ne pouvant visiter les sanctuaires de Lourdes ou de Lorette ou n’importe quel autre pour demander sa guérison à la Reine des Cieux, il s’exclamera avec une confiante sérénité : « Je la verrai au ciel ».
Ayant pu, non sans obstacles, réaliser son idéal de se donner au Christ et à l’Eglise dans la Congrégation des Frères des Ecoles Chrétiennes, le Frère Miguel fit preuve d’un esprit profondément religieux, d’une admirable capacité de travail, d’une grande volonté de se sacrifier au service d’autrui. Et, parmi ses qualités émerge surtout, comme cela ne pouvait manquer chez un fils de Saint Jean-Baptiste de La Salle, l’amour de la jeunesse et un inlassable dévouement à sa droite formation humaine et morale.
Sur ce plan, notre Bienheureux atteignit des cimes telles qu’il est devenu un authentique modèle dont la réussite constitue un véritable titre de gloire pour l’Eglise, pour sa famille religieuse, pour sa patrie qui le nommera académicien titulaire de l’Academia Ecuatoriana, Correspondiente de la Espanola. Si nous nous interrogeons sur la raison fondamentale d’une telle fécondité humaine et religieuse, d’un tel succès et d’une si grande efficacité dans sa charge exemplaire de catéchiste, nous le trouvons au plus profond de son riche esprit qui le mena à acquérir une science revêtue d’amour, une science qui voit l’être humain, à la lumière du Christ, comme une image divine qui se projette — avec ses droits et ses devoirs sacrés — vers les horizons éternels. Voilà le grand secret, la clé du succès obtenu par Frère Miguel, la réalisation sublime d’un grand idéal et de ce fait une figure modèle pour notre temps.
En effet, lorsque peu de jours avant de mourir en terre d’Espagne, il dira : « D’autres travailleront mieux que moi », il léguait un héritage à l’Eglise, surtout au monde religieux et à ses frères en religion : poursuivre, dans son sillage, la tâche de former la jeunesse, faisant en sorte que l’école catholique, moyen toujours perfectible mais valide et efficace, soit un centre permanent de formation d’une jeunesse sincère et généreuse, imprégnée d’idéaux élevés, capable de contribuer au bien commun, consciente de son devoir de faire respecter les droits de toutes les personnes — des plus défavorisées d’abord et surtout — une formation qui les rende toujours plus humaines et ouvertes à l’espérance apportée par le Christ. Un défi merveilleux et exigeant qu’il faut relever avec courage et esprit d’initiative. C’est le grand message que le Frère Miguel nous a confié pour que nous le complétions aujourd’hui.
Le Saint-Père s’adresse ensuite en français aux assistants :
Le second Bienheureux que nous vénérons a passé toute sa vie en Belgique. Ce n’est pas une formule stéréotypée de dire du Frère Mutien-Marie qu’il a vu le jour dans une famille d’humble condition mais profondément chrétienne. C’était en 1841 à Mellet. Dans l’amour attentif de ses parents, dans leur exemple, dans la prière et le chapelet récités chaque jour en famille le jeune Louis Wiaux trouva tout ensemble une jeunesse heureuse, une foi solide et le désir de se donner à Dieu.
Dès l’âge de quinze ans, il répondit, à la lettre, à l’appel du Seigneur, quitta tout pour le suivre, renonçant même à son nom pour prendre celui d’un martyr très peu connu : geste symbolique de soixante années d’une vie religieuse effacée aux yeux des hommes, mais grande aux yeux de Dieu et exemple maintenant pour l’Eglise entière.
Cet exemple sera-t-il compris et suivi ? N’est-il pas opposé aux orientations du monde actuel ? Bien loin de chercher d’abord sa propre autonomie et son épanouissement personnel, le Frère Mutien-Marie s’est donné totalement, du jour où il est entré dans l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, à plus grand que lui, à Dieu d’abord ; et à l’œuvre de l’éducation chrétienne de la jeunesse. Et pourtant, dans cette vie sacrifiée en apparence, quelle autonomie intérieure profonde, quel épanouissement spirituel n’a-t-il pas trouvé, aux yeux du cœur qui voient la sagesse ? Obéissance, humilité, dévouement et sacrifice furent les maîtres-mots de sa vie. Par là, dans le grand collège Saint-Berthuin de Malonne, sa vocation de pédagogue prit des formes imprévues, polyvalentes, déterminées essentiellement par le souci de servir là où il y avait à servir ! Qui dira assez la volonté et la maîtrise de soi que suppose une telle existence ? Quelle richesse humaine et spirituelle, sous des dehors si simples ! Il n’a pas eu le charisme de réaliser des oeuvres scolaires aussi brillantes que celles de Frère Miguel, mais il est devenu le « maître » de beaucoup de jeunes, en leur dévoilant comment l’amour désintéressé peut inspirer toute une existence. Oui, durant plus d’un demi-siècle, en communauté, dans la vie scolaire et dans la vie religieuse, le Frère Mutien-Marie fut un exemple pour tous ceux qui passèrent dans son école, élèves, professeurs et parents. Exemple, il le demeure aujourd’hui surtout pour ceux qui, répondant à l’appel du Seigneur, ne font pas de l’enseignement une profession seulement, mais une vraie vocation religieuse !
Comment ne pas exalter ici de nouveau la grandeur et la signification particulières de l’école chrétienne ? Comment aussi ne pas mettre en lumière aujourd’hui la grandeur de la vocation des Frères et des Sœurs qui se consacrent à Dieu dans l’éducation chrétienne de la jeunesse, et particulièrement celle de cet Institut des Frères de Ecoles chrétiennes, dans lequel nos deux Bienheureux ont trouvé le chemin de la perfection. Le service ardent de l’Evangile mérite aux Fils de Saint Jean-Baptiste de La Salle l’honneur que l’Eglise leur rend, de façon éclatante en ce jour, silencieuse le plus souvent, mais toujours avec fidélité et confiance. Prions le saint Fondateur, prions les Bienheureux Miguel et Mutien-Marie, de soutenir l’engagement religieux de tous leurs Frères, d’obtenir lumière et force aux enseignants chrétiens, dans leur patient travail d’éducation, d’intercéder pour les chères populations d’Equateur et de Belgique, de procurer à toute l’Eglise, à la veille de la fête de la Toussaint, un nouvel élan de sainteté !
Et le Pape conclut en italien :
Oui, Frères, notre invocation s’élève, confiante vers les nouveaux Bienheureux, après la conclusion du Synode dédié à la catéchèse et en particulier à la catéchèse de la jeunesse que ces Bienheureux, qui dépensèrent leur vie à former des générations entières de jeunes à la connaissance et à l’amour du Christ et de son Evangile, nous soient proches pour nous indiquer la voie et nous assister dans les engagements d’une catéchèse convaincante et incisive.
Qu’ils nous enseignent la grande leçon de l’amour pour les jeunes et de la confiance en eux; un amour et une confiance qui puissent s’exprimer sans atténuer à leurs yeux la rigueur des idéaux évangéliques, mais en proposant courageusement à la fraîcheur encore intacte de leur enthousiasme, la Parole du Christ sans aucune adaptation de complaisance. Le témoignage de ce que la Parole du Seigneur a pu accomplir en Frère Miguel et en Frère Mutien-Marie et, grâce à eux, en tant de générations de jeunes, est la preuve inattaquable de la force victorieuse de l’Evangile.
Que le Christ qui a vaincu en eux, triomphe également de nos résistances humaines. Et qu’il veuille faire de chacun de nous un témoin crédible de son amour.
Trois organismes de la Curie, fruits de Vatican II, « Cor Unum », Conseil Pontifical pour les Laïcs et Comité pour la Famille, ont tenu leurs Assemblées générales à Rome. Le Pape les a reçus en audience le vendredi 4 novembre. Répondant à l’adresse du Cardinal Opilio Rossi, qui s’est exprimé au nom des trois organismes, le Souverain Pontife a répondu en français par le discours suivant :
Chers Frères et chers Fils dans le Christ,
Nous vous remercions des sentiments que vous venez de nous exprimer par la bouche du Cardinal Président du Conseil pontifical pour les Laïcs. Ils rejoignent bien nos propres sentiments.
Vous savez le prix que nous attachons au travail des trois organismes post-conciliaires que vous représentez : leur création ou leur confirmation récente manifestent la vitalité et la jeunesse de l’Eglise, qui entend faire face à sa mission d’apostolat et de charité, avec des institutions adaptées et des forces neuves. Nous tenons à vous redire notre joie et notre confiance, au moment où s’ouvrent vos Assemblées générales respectives. Nous sommes particulièrement heureux de saluer les membres qui y prennent part pour la première fois, et nous vous remercions tous chaleureusement, que vous soyez anciens ou nouveaux, d’offrir ainsi votre contribution au Pape dans l’exercice de sa responsabilité pastorale universelle.
Vous collaborez donc à notre ministère apostolique, comme les autres membres de la Curie. Vous mesurez bien — nous n’en doutons pas — ce que comporte un tel rôle. Ce n’est pas une fonction honorifique, même si vous pouvez vous réjouir d’avoir été distingués et choisis parmi l’ensemble du Peuple de Dieu. C’est un véritable service qui vous est demandé.
Le Saint-Siège compte aussi sur vous pour que, prêtant une grande attention aux problèmes, aux besoins et aux réalisations intéressantes des Eglises locales, des milieux et des régions auxquels vous appartenez ou dont vous pouvez être témoins, vous en fassiez bénéficier chacun de vos organismes, de la façon aussi objective que possible. Cette connaissance, qui se conjugue avec l’apport des Conférences épiscopales, est nécessaire au Saint-Siège, pour son oeuvre de communion, de discernement et de stimulation. Vous devez aussi être disposés à accueillir les expériences et les réflexions, différentes et complémentaires, de vos collègues, pour vous ouvrir avec eux à une vision plus universelle qui est le propre du Saint-Siège dans l’Eglise. En acceptant votre nomination, vous vous êtes également engagés à témoigner d’une fidélité totale à la pensée du Magistère, aux objectifs du Saint-Siège, et à aider les autres, à commencer par vos compatriotes, à acquérir et à fortifier cette solidarité avec l’Eglise universelle. C’est dans cet esprit que nous vous demandons une coopération permanente aux travaux que vous proposent ces organismes pontificaux. Nous sommes bien conscient qu’il s’agit là d’un concours laborieux, qui vient prolonger et couronner vos engagements familiaux, professionnels et apostoliques.
Sur la base de ces exigences qui vous sont communes, vous êtes appelés à oeuvrer, au sein de vos différents organismes, à une mission qui leur est commune. Chacun d’eux en effet est l’expression particulière de l’attention que le Saint-Siège et, avec lui, l’Eglise toute entière, doivent porter aux besoins et aux attentes du monde et de la société, selon les voies tracées par la Constitution pastorale Gaudium et Spes. Les domaines propres de vos trois Institutions — laïcat, famille, entraide — ne convergent-ils pas dans un même service de l’homme ? Plus que jamais, l’Eglise se sent appelée à vivre sa mission de salut au sein d’un monde tourmenté, qui s’interroge sur son destin, sur ses fabuleuses découvertes et réalisations, et aussi sur ses limites et ses échecs dans la recherche d’une société stable, fondée sur la justice, l’amour, la fraternité. Ce monde a besoin d’une âme : c’est notre responsabilité de lui proposer la lumière de l’Evangile et c’est sur vous que nous comptons pour en être, avec nous et avec tous les Pasteurs, les témoins actifs.
Nous nous tournons maintenant vers vous, membres du Conseil pontifical pour les Laïcs, pour vous encourager à promouvoir la participation du laïcat chrétien à la mission évangélisatrice de l’Eglise. Le champ, Dieu merci, en est immense- Et l’enjeu considérable : évangéliser les personnes, les cultures, « travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment » (Constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 31), pénétrer l’ordre temporel d’esprit évangélique, pour la construction d’un monde plus digne des hommes, fils de Dieu.
Pour confirmer l’importance que nous portons à cette mission des laïcs, en fidélité aux orientations conciliaires, notamment au Décret Apostolicam actuositatem (n. 26), et dans le prolongement de l’expérience encourageante de l’ancien Conseil des Laïcs, nous avons donc décidé de donner à cette institution une « forme nouvelle, stable et d’un niveau plus élevé », comparable à celle des autres Dicastères. Ce n’est pas le lieu de revenir sur le Motu Proprio Apostolatus Peragendi qui a précisé les structures et déterminé les compétences du Conseil pontifical pour les Laïcs : il situe clairement le cadre et les objectifs de votre travail.
Généralement vous avez à accueillir et à soutenir avec discernement ce que les laïcs et leurs multiples associations ont déjà mis en oeuvre, surtout lorsque leur apostolat a une envergure internationale. Ils devront trouver chez vous un encouragement, un stimulant pour leur réflexion, une orientation encore plus évangélique et ecclésiale pour leur action, une coordination avec d’autres efforts. Il vous revient parfois aussi de susciter vous-mêmes une interrogation et une action nouvelles, sur des points qui vous apparaissent trop délaissés dans le réseau des initiatives apostoliques.
Dans le Motu Proprio de votre institution, vous n’avez pas manqué d’observer l’invitation répétée à harmoniser et articuler sans cesse les programmes d’étude et d’action de votre Conseil avec ceux d’autres organismes de la Curie, également concernés, à quelque titre, par des questions touchant à la sanctification, à l’action ecclésiale ou à la discipline des laïcs.
C’est dire, chers Fils et chères Filles, dans quel esprit de partage, de coopération, vous êtes appelés à travailler. N’est-ce pas d’ailleurs l’un des objectifs majeurs de votre mission de promotion du laïcat que de susciter, entre les laïcs eux-mêmes, leurs associations et les diverses instances de l’Eglise, cet esprit de communion qui devrait marquer toutes les relations à l’intérieur de l’Eglise ?
Cette coopération, nous avons proposé qu’elle s’exerce en tout premier lieu et de manière organique avec le Comité pour la Famille. Son activité concerne avec évidence la grande majorité des laïcs, hommes et femmes, appelés à s’engager dans la communauté d’amour et de vie que constitue la famille.
Nous attendons de vous, chers Fils et chères Filles membres de ce Comité, que vous nous aidiez dans notre double mission de vigilance et d’animation pastorales auprès de tous ces foyers qui forment le tissu même de la société humaine.
Vigilance, car vous savez la gravité des menaces qui pèsent sur cette institution sacrée du mariage, soit en raison des conditions de vie défavorables à sa stabilité, soit en raison du dérèglement des mœurs, soit même, malheureusement, à cause de la permissivité croissante de certaines législations. Il est de la responsabilité de l’Eglise de protéger ce que Dieu a inscrit au plus profond du cœur des hommes : l’amour, dans son acception la plus noble, sur lequel deux êtres fondent une alliance appelée à refléter, dans son indissolubilité, la fidélité de l’Alliance de Dieu avec les hommes.
S’il vous faut être attentifs à cette sauvegarde de la conception chrétienne de l’amour et du mariage, plus encore faut-il vous attacher à un travail d’animation, de soutien et d’éducation en ce domaine. En lien avec les organismes compétents de la Curie, avec les Conférences épiscopales et les Associations familiales catholiques, votre Comité doit agir en sorte que l’Eglise offre aux jeunes qui se préparent au mariage comme aux foyers déjà constitués les bases et les ressources doctrinales, spirituelles et morales de leur engagement.
Que l’indifférence ou même l’opposition à l’idéal chrétien du mariage ne vous découragent pas dans votre effort d’éducation des consciences et des cœurs : l’action du Seigneur vous accompagne dans votre service apostolique. Elle est en oeuvre, cette action de Dieu, n’en doutons pas, dans le cœur même de ceux et celles que le manque de préparation, la faiblesse humaine ou l’influence délétère d’une ambiance permissive ont conduit à l’échec d’un amour qu’ils auraient sans doute souhaité plus stable. Que ceux-là mêmes dont la situation illégitime ne permet pas de vivre en pleine communion avec l’Eglise ne soient pas exclus de votre réflexion et de votre attention.
Notre salut paternel s’adresse maintenant à vous, membres du Conseil pontifical « Cor Unum » où se trouvent associés, dans un effort commun de réflexion, des représentants de Conférences épiscopales, d’Organisations internationales et nationales d’entraide, d’Oeuvres pontificales, des prêtres, des religieux et religieuses, des laïcs de divers continents. Nous aimons voir dans cette représentation qualifiée du Peuple de Dieu l’expression de ce que nous avons souhaité en instituant ce Conseil Cor Unum : qu’il soit un lieu de rencontre, de partage et d’animation de tout le Peuple de Dieu pour qu’ensemble ces membres de communautés ecclésiales et nationales, riches et pauvres, oeuvrent à part égale et d’un seul cœur, au service de la Charité universelle de l’Eglise.
Certes l’immense champ d’action qui s’offre à votre attention et à votre concertation apparaît démesuré au regard de vos possibilités : des peuples entiers stagnent dans une situation de sous-développement, malgré les efforts louables d’entraide internationale ; des conflits sanglants et des catastrophes dévastatrices ne cessent d’augmenter le long cortège des populations sans abri, sans emploi, privées du minimum vital.
Nous savons pourtant le remarquable effort que nombre d’organisations catholiques déploient, grâce aux générosités des fidèles, pour atténuer ces misères du monde. Il fallait offrir à ces multiples initiatives comme aux multiples appels qui les suscitent un lieu de concertation, tant pour en ordonner les priorités que pour permettre de les accorder dans un esprit toujours plus évangélique. Tel est bien la tâche spécifique de « Cor Unum ».
Dans la continuité du travail de réflexion déjà réalisé au cours des sessions précédentes, votre actuelle assemblée va s’efforcer d’approfondir un certain nombre de problèmes majeurs, concernant la coordination de vos efforts et les urgences à prendre en considération, au plan des Eglises locales. Nous vous encourageons dans cette préoccupation de relier toujours vos initiatives d’entraide aux Conférences épiscopales, premières responsables des choix à opérer dans les besoins de leurs communautés ecclésiales et nationales.
Puissent ces quelques considérations sur vos trois organismes vous faire sentir l’intérêt constant que nous portons à votre action, puisqu’il y va du témoignage de l’Eglise universelle et de sa contribution spécifique au service de l’humanité. La compétence, le sens de l’organisation et de la coopération y sont nécessaires — nous y avons insisté — mais dans une prospective de foi, d’espérance et d’amour que seul donne l’Esprit Saint. Priez souvent, cet Esprit Saint de vous donner sa lumière et sa force pour réaliser une oeuvre vraiment évangélique et ecclésiale. Et nous, nous sommes heureux de vous accorder une particulière Bénédiction Apostolique.
Le Pape Paul VI a reçu le lundi 7 novembre les Evêques de Grèce venus à Rome pour la visite ad limina. Répondant aux vœux qui lui étaient exprimés par S.Esc. Mgr Antonio Varthalitis, Archevêque de Corfou, président de la Conférence Episcopale grecque, le Souverain Pontife a adressé à ses visiteurs, en français, l’allocution suivante :
Chers Frères dans le Christ,
« A vous grâce et paix, de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ ! » Nous aimons reprendre ce salut de l’Apôtre Paul aux Eglises d’Achaïe et de Macédoine (1 Co 1, 3 ; 2 Co 1, 2 ; Ph 1, 2 ; 2 Th 1, 2).
Oui, c’est une grande joie pour nous de rencontrer ensemble tous les Pasteurs catholiques de Grèce. Nous vénérons les vieilles chrétientés de ce pays où s’insère votre ministère épiscopal : leur origine remonte aux temps apostoliques, aux missions de l’Apôtre Paul, dont le livre des Actes et les Epîtres parlent avec tant de précision et de chaleur ; et elles ont su défier les siècles, en se déployant dans le cadre des riches traditions byzantines, arméniennes, catholiques. De votre côté, vous aimez vénérer à Rome le lieu où Saint Paul a terminé sa course dans le martyre, tout comme l’Apôtre Pierre. N’est-ce pas le premier sens d’une visite « ad limina Apostolorum » ? Et au-delà du pèlerinage, vous manifestez à ce Siège de Pierre et au Successeur du Prince des Apôtres un attachement fervent qui vous honore. De cela, nous vous félicitons et nous vous remercions.
Vos communautés catholiques en Grèce sont certes dispersées et réduites en nombre, mais elles ont un rôle appréciable. D’abord elles correspondent au droit des fidèles catholiques, qu’ils soient de rite byzantin ou arménien, de vivre et de se rassembler selon leur foi. Elles témoignent de l’Evangile du Christ avec cette note spécifique d’un lien organique avec l’Eglise de Rome. Elles manifestent la richesse du pluralisme des rites dans l’unité de l’Eglise. Et nous savons que leurs oeuvres d’éducation et d’assistance réalisent un important service dont les Autorités et la population estiment la valeur.
Aimant votre patrie grecque, vous avez à cœur de participer au progrès de votre pays. Vous partagez sa légitime fierté du prestigieux patrimoine culturel qui, d’Athènes, a marqué tout l’Occident, et aussi son désir actuel d’entrer dans une collaboration plus étroite avec les Institutions européennes. Ce sont là en effet des éléments que votre pastorale ne saurait négliger.
En ce qui concerne la vie chrétienne de vos fidèles, vous portez un certain nombre de préoccupations importantes, que vous avez déjà mûries au sein de votre Conférence épiscopale, et que vous désirez envisager ici avec l’aide du Saint-Siège. Vous trouverez auprès de nos différents Dicastères les contacts fructueux, les conseils ou orientations qui vous seront utiles, en même temps que vous leur apporterez le témoignage de la vitalité religieuse de vos communautés. Notre Congrégation pour les Eglises orientales est spécialement désignée pour cela, et aussi d’autres organismes, en particulier le Secrétariat pour l’Unité des chrétiens. Pour notre part, nous relevons deux soucis pastoraux particulièrement importants : l’un qui caractérise nécessairement votre ministère, celui des rapports œcuméniques ; l’autre qui en marque plutôt la finalité : l’évangélisation, notamment celle des jeunes.
L’œcuménisme, c’est pour vous un problème crucial, vu vos rapports quotidiens avec vos compatriotes, presque tous orthodoxes. Vous avez désigné — nous en sommes très heureux — une Commission chargée des contacts avec une Commission grecque-orthodoxe, pour la préparation du dialogue entre les deux Eglises. Il y a des questions difficiles, qu’il faut résoudre dans un climat de vérité et de paix, telle celle des mariages entre catholiques et orthodoxes. Dans l’ensemble de l’Eglise aujourd’hui, le rétablissement de la charité fraternelle rend désormais possible un loyal dialogue théologique sur toutes les questions qui nous séparent encore. Comme nous voudrions que le dialogue progresse, pour arriver dès que possible à la pleine communion ! Pour votre part, nous osons dire que vous êtes les mieux placés pour témoigner concrètement de ceci : que votre communion profonde avec le Successeur de Pierre, garant de l’unité — qu’à aucun prix vous n’entendez remettre en question, car elle caractérise fondamentalement votre fidélité au Christ — se conjugue avec une sincère estime et un accueil effectif des vénérables traditions liturgiques, spirituelles, théologiques et disciplinaires, légitimes dans leur diversité du moment qu’elles sont compatibles avec l’unique foi de l’Eglise: « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père » (Ep 4, 5 ; cf. Unitatis Redintegratio, nn. 17, 18). Ainsi votre présence en Grèce, loin de provoquer tensions et rivalités, devrait constituer un appel et un stimulant pour un authentique oecuménisme.
Par ailleurs, le véritable problème actuel auquel tous les chrétiens ont à faire face, c’est celui de l’évangélisation des générations montantes. Combien de jeunes, de tout rite, se laissent séduire par des idéologies non chrétiennes et par un climat matérialiste, qui les poussent à l’indifférence religieuse et à la violence ! C’est une réalité qui nous échappe en partie, et qui relève d’une certaine civilisation, mais il appartient aux Eglises de contribuer à former cette civilisation. Ces jeunes trouvent-ils dans nos Eglises le témoignage évangélique qu’ils sont en droit d’attendre, celui de l’absolu de Dieu et celui de la charité ? Il y va de la qualité de nos assemblées liturgiques, de l’ampleur et de la profondeur de nos efforts de catéchèse, de notre souci effectif de construire un monde plus juste et plus fraternel. Cette évangélisation ne rend que plus urgente la recherche de la pleine communion : « Qu’ils soient un, afin que le monde croie que Tu m’as envoyé ! » (Jn 17, 21).
Vénérables Frères, nous savons tous les efforts que vous déployez dans ce sens. Si nous insistons, c’est pour confirmer votre ministère. Portez notre salut affectueux et nos encouragements à vos prêtres, à vos séminaristes, à vos religieux et religieuses, à vos laïcs. De tout cœur, nous leur donnons, et d’abord à vous-mêmes, notre bénédiction apostolique. « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! » (2 Co 13, 13).
Le 10 novembre, le Saint-Père a reçu les Archevêque et Evêques d’Angleterre qui faisaient leur visite « ad limina » canonique. Assistaient à l’audience, entourant le Président de la Conférence Episcopale d’Angleterre et du Pays de Galles, Mgr Georg Patrick Dwyer, Archevêque de Birmingham, l’Archevêque de Liverpool et les Evêques de Brentwood, de Stdford, de Notingham, de Shrewsbury, de Glifton, de Lancaster, de Hexham et Newcastle ainsi que plusieurs Evêques Auxiliaires. Répondant à l’adresse d’hommage du Président de la Conférence Episcopale anglaise, le Saint-Père a prononcé un discours en anglais dont voici la traduction :
Vénérables et chers Frères en le Christ,
C’est avec grande joie que nous vous rappelons les paroles que nous vous avons dites lors de la canonisation des Quarante Martyrs. De nouveau, ici, avec vous, nous « faisons l’expérience de manière toute spéciale du mystère de l’unité et de l’amour de l’Eglise ». Car l’Esprit Saint nous a rassemblés et, avec Saint Jean nous savons que « notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ ». Et nous espérons que vous aussi vous trouverez dans cette communion ecclésiale la joie et une nouvelle vigueur pastorale.
Nous vous savons gré, Frères, de votre communion dans l’Evangile de Jésus-Christ. Et nous sommes également reconnaissant à toutes vos populations — l’Eglise d’Angleterre tout entière — pour son attachement à la foi catholique et apostolique. Oui, nous apprécions profondément le fait que vos martyrs soient morts pour rendre témoignage à leur foi et en particulier au Saint Sacrifice de la Messe et à la primauté de Pierre et de ses successeurs. Nous savons que dans votre pays des générations de prêtres, de religieux et de laïcs ont vécu l’idéal du service chrétien dans la générosité de l’amour. Que le Seigneur daigne vous récompenser lui-même !
Nous voulons vous assurer, — pasteurs du troupeau, gardiens de la foi, « hérauts, apôtres et docteurs » de l’Evangile (2 Tm 1, 11) — que nous vous sommes très proche dans votre ministère. Nous sommes unis à vous dans vos joies et dans vos peines, dans vos espoirs et dans les difficultés de vos travaux. Nous sommes avec vous dans tous vos efforts d’évangélisation et de catéchèse lorsque vous vous efforcez de sauvegarder la dignité humaine à tous les niveaux et lorsque vous conduisez votre bien-aimé peuple sur les sentiers des Béatitudes, dans les voies du salut du Seigneur.
Notre propre ministère exige que nous ne manquions aucune occasion pour fortifier nos frères, pour vous confirmer dans la foi en Jésus Christ, le Fils de Dieu. Et ainsi le message spécial que nous vous adressons aujourd’hui est : fidélité — la fidélité demandée à ceux qui sont les intendants des mystères de Dieu (Cf. 1 Co 4, 2). Fidélité à la Foi de nos Pères ; la foi dans toute sa force ; la foi avec son inépuisable trésor de « nuova et vetera » (Mt 13, 52). Votre propre Cardinal Newman a parfaitement compris les impératifs de la fidélité et il a su comment le développement organique de la doctrine chrétienne doit se faire en harmonie avec une pure foi apostolique. Et pas mal de vos concitoyens ont mis l’accent dans leurs écrits sur le caractère dynamique et les effets bénéfiques de la foi catholique. C’est avec admiration que nous nous souvenons, par exemple, des essais de Christopher Dawson et de ses vues sur la contribution de la foi aux progrès de l’Europe. Et d’autres écrivains catholiques modernes de votre pays ont honorablement soutenu la cause de la foi.
Un autre aspect de la fidélité nous vient immédiatement à l’esprit: la fidélité à la charité. Le ministère que nous sommes appelés à exercer est en effet un service d’amour: l’amour du Christ pour son Père et pour ses frères est le modèle de notre charité pastorale. Cet amour doit trouver une constante expression dans notre annonce à notre peuple de la Parole de Dieu et dans la satisfaction de leur besoin profond du Christ qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Et nous devons, tout particulièrement, témoigner cet amour aux pauvres, à ceux qui souffrent.
Et comme l’amour atteint sa perfection dans l’unité, nous sommes appelés à promouvoir cette unité pour laquelle le Christ a prié et pour laquelle il est mort. Tout notre ministère tend à édifier l’Eglise dans la vérité et dans l’amour. Unis à nous et dans la communion de l’Eglise Universelle, vous trouverez la garantie de l’authenticité de vos initiatives pastorales et l’assurance de leur efficacité surnaturelle pour le Royaume de Dieu. En charité et humilité, sans anxiété, sans compromis quant à la vérité, faites tout ce qui vous est possible pour faire avancer le plan de Dieu de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52). Nous vous répétons à chacun de vous les paroles qu’écrivait Ignace dans sa Lettre à Polycarpe : « Dévouez-vous en faveur de l’unité, la plus grande des bénédictions ».
Dans cette tâche immense qu’est la vôtre, Frères, soyez confiants, soyez forts : « car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi (2 Tm 1, 7,). Et sachez que l’Evangile que nous prêchons est « une force de Dieu pour le salut de tout croyant » (Rm 1, 16).
Frères, le Seigneur Jésus est avec nous aujourd’hui et à jamais. Soyez bénis en son saint Nom.
Le samedi 12 novembre, les Evêques de Pologne, venus à Rome pour leur visite « ad limina », ont été reçus en audience par le Souverain Pontife. Autour des Cardinaux Stefan Wyszynski, archevêque de Gniezno et de Varsovie et Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie et de Mgr Henryk Gulbinowicz, archevêque de Vroclaw, se trouvaient seize évêques, quatre administrateurs apostoliques, un vicaire apostolique et cinq auxiliaires, formant l’épiscopat de Pologne. A l’adresse d’hommage, prononcée en latin, que lui adressait le Cardinal Wyszynski, le Pape Paul VI a répondu, également en latin par l’allocution dont voici la traduction :
Vénérables Frères,
Nous vous accueillons avec grande joie et nous voulons vous saluer, vous les Evêques de Pologne qui, déjà, depuis plus de mille ans, confessez votre foi en la vivant dans des circonstances internes et externes souvent difficiles. Mais cette foi a acquis force et vigueur dans cette vie rude et ardue d’où découle l’« identité culturelle » — si l’on peut s’exprimer ainsi — de votre peuple. Cette fermeté religieuse est née non seulement du fait que de si nombreux polonais, en tant qu’individus, sont activement attachés à la loi chrétienne, et, avec le clergé, obéissent à leurs pasteurs, qui, eux-mêmes, sont reliés entre eux, mais également et peut-être surtout du fait que tous sont étroitement unis au Saint-Siège, qui est la pierre sur laquelle l’Eglise est construite.
Vous savez que la situation de votre pays nous touche : en effet, nous y avons séjourné quelque temps au début de notre ministère au siège apostolique. Nous avons célébré le souvenir de cette éclatante aurore qui a introduit la Pologne dans le Corps mystique du Christ et surtout — présent de cœur et dans l’ardent désir de participer personnellement aux solennités organisées à cette occasion — du « Millénaire de vie catholique » que votre nation a accompli en 1966.
Volontiers, nous nous sommes efforcé et nous prodiguons nos efforts pour que, dans la mesure du possible, soit attribuée à votre patrie la place qui lui convient dans la famille des nations, du fait de ses illustres traditions historiques et culturelles et plus encore à cause du témoignage chrétien qu’elle a toujours rendu.
Vous représentez ici cette Pologne catholique. Et cela nous incite à vous embrasser tous et chacun dans notre sincère affection et, tout d’abord, les très éminents Pères cardinaux, Stéphane Wyszynski, dont la santé nous a récemment inquiété, et Charles Wojtyla. La visite ad limina apostolorum que vous accomplissez nous donne l’occasion d’examiner avec vous, au moins synthétiquement, les progrès et les difficultés de la vie chrétienne dans votre pays pendant les cinq années qui viennent de s’écouler. C’est pourquoi, avec vous, nous rendons grâces à Dieu et nous nous tournons, avec un sentiment particulier, vers la Bienheureuse Vierge Marie que nous vénérons comme la Reine de la Pologne. En effet cette période écoulée vous donne des raisons d’avancer avec confiance.
Si nous jetons un regard, dans cette rencontre fraternelle, sur les années à venir, nous pouvons induire sans aucun doute que vous suivrez d’une façon toujours plus parfaite les décrets et les normes du Concile Vatican II et que vous veillerez à l’intégrité de la doctrine et des mœurs des chrétiens, surtout en ce qui concerne les chapitres que le magistère pontifical a récemment traité et proposé, à savoir les soins assidus que vous aurez à apporter à la formation théologique et spirituelle des élèves des séminaires et des religieux dont, par le don de Dieu, vous avez un grand nombre dans votre pays.
A ce sujet, d’autres pensées nous viennent à l’esprit, ce sont les paroles, graves et en même temps pleines de saveur spirituelle que le Concile a proférées à propos des collaborateurs des saints évêques : « Tous les prêtres, en union avec les évêques, participent à l’unique ministère du Christ : c’est donc l’unité même de la consécration et de la mission qui réclame leur communion hiérarchique avec l’ordre des évêques »... Que ceux-ci « donc, à cause dû-don de l’Esprit Saint que les prêtres ont reçu à leur ordination voient en eux des auxiliaires et des conseillers indispensables dans leur ministère et dans leur charge de docteurs, sanctificateurs et pasteurs du peuple de Dieu... En raison de cette communion dans le même sacerdoce et le même ministère, les évêques doivent donc considérer leurs prêtres comme des frères et des amis et se préoccuper de leur bien, matériel d’abord mais surtout spirituel » (Presbyterorum Ordinis, 7).
Ces paroles, fort bien dites, du Concile, nous les rappelons volontiers dans les rencontres du genre de celle-ci avec nos frères dans l’épiscopat, car, actuellement, il faut attribuer la plus grande importance aux relations qui s’exercent entre les pasteurs des Eglises et les prêtres.
En effet, de notre temps plus qu’en aucun autre, il est nécessaire que les évêques assistent leurs prêtres surtout les jeunes : qu’ils les connaissent, qu’ils les rencontrent, qu’ils les aiment, qu’ils les aident dans leurs difficultés. Cette charge paternelle qui fait des évêques les guides spirituels des prêtres, contribue beaucoup à rendre plus efficace, plus étroit, plus chaleureux, le lien qui unit réciproquement leurs esprits et leurs cœurs. De ce fait la coopération est plus étroite dans la pastorale qui s’étend à tout le diocèse. Bref, il faut que chaque membre du clergé se sente connu et aimé de son évêque.
Quant à l’Eglise, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle remplit sa fonction, elle ne pourra jamais abandonner la charge apostolique de l’enseignement et de l’éducation selon les normes de la foi chrétienne. C’est donc en tout premier lieu la charge que les saints pasteurs doivent exercer et protéger puisqu’elle se situe dans la ‘nature même de l’épiscopat. Les actes du récent Synode des évêques ont mis en lumière — comme vous le savez — le droit qu’ont tous les baptisés de recevoir librement une instruction catéchétique.
C’est ce qui pousse notre cœur, en cette heure qui est pour ainsi dire la célébration de la charité « répandue en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (cf. Rm 5, 5) car c’est par ce don que nous sommes liés et articulés. Nous tournons aussi notre regard vers tous les fils de la très chère Pologne : nous leur déclarons notre meilleure estime et notre bienveillance avec cet avertissement paternel : qu’ils trouvent leur appui, dans le malheur et dans le bonheur, dans la confiance qu’offre la foi.
Quant à nous nous prions ardemment la bienheureuse Vierge Marie en qui Dieu a placé les trésors de sa bonté, de vous fortifier de son maternel secours. Nous prions aussi les saints du ciel, qui sont les brillantes lumières de la Pologne qu’ils soient devant Dieu de puissants intercesseurs pour leurs concitoyens qui poursuivent leur pèlerinage terrestre.
A vous enfin, vénérables Frères et à tous ceux qui vous sont confiés, nous donnons avec amour notre bénédiction apostolique en gage d’une abondante grâce céleste et d’une douce consolation.
Le lundi 14 novembre, le Saint-Père a reçu en audience les Archevêques et Evêques de la Conférence épiscopale du Cameroun venus à Rome pour leur visite « ad limina ». Autour de Mgr Paul Verdzekov, évêque de Bamenda, Président de la Conférence épiscopale, qui a exprimé au Souverain Pontife, les hommages et les souhaits de ses Confrères, se trouvaient NN. SS. Jean Zoa, arch. de Yaoundé et son auxiliaire, J. B. Ama, Paul Etoga, évêque de Mbalmayo, Yves Plumey, évêque de Garina, et son auxiliaire Jean Pasquier, André Loucheur, évêque de Bafia et son auxiliaire Athanase Bala, Lambert Van Heygen, évêque de Doumé, Simon Tonyé, évêque de Douala, Denis Ngandé, évêque de Bafoussam, Pius Awa, évêque de Buêa, P. C. Nkou, évêque de Sangmelina, Thomsa Nkuissi, évêque de Nkongsamba, Jacques de Bernon, évêque de Maroua-Mokolo et Louis Charpent, évêque de Yagoua.
Le Pape Paul VI s’est adressé aux Evêques, en français, par le discours suivant :
Chers Frères dans le Christ,
Comme vous venez de le souligner, une règle sage veut que, tous les cinq ans, chaque Evêque du monde catholique fasse le point de l’évangélisation dans son diocèse et vienne à Rome, exposer au Pape et à ses collaborateurs les problèmes auxquels il se trouve affronté, les préoccupations qui sont les siennes, et aussi les projets qu’il compte mettre en oeuvre dans les années à venir. Le Saint-Siège, de son côté, a besoin de connaître avec exactitude vos situations locales, pour bénéficier lui-même de votre expérience et de vos suggestions, et vous faire bénéficier à son tour, grâce à l’expérience élargie qui est la sienne et à son souci du bien commun universel, de l’aide, des conseils et des orientations dont vous avez besoin. Les multiples contacts noués à l’occasion de telles visites permettent donc une meilleure coordination et, partant, une efficacité plus grande de l’effort pastoral de toute l’Eglise.
La raison profonde de ces voyages périodiques dépasse cependant largement la nécessité pratique des échanges de vue. C’est en effet l’Eglise dans tel ou tel pays qui retrouve sa sœur de Rome, proche par le cœur mais souvent éloignée par la distance; ce sont des successeurs des Apôtres qui se regroupent autour de Pierre, afin de resserrer avec lui et, à travers lui, avec l’ensemble de l’épiscopat, les liens de la foi et de la charité.
Nous avons prêté la plus grande attention aux soucis prioritaires que vous avez évoqués. C’est avec chacun de nos Dicastères qu’il vous faut approfondir ces questions et spécialement avec notre Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, qui demeure comme notre trait d’union avec vous. Pour notre part, ayant déjà souligné récemment, devant tous les Evêques Africains présents au Synode, les axes pastoraux qui nous semblent fondamentaux pour votre continent, nous nous arrêterons seulement, avec vous, à quatre aspects de votre ministère au Cameroun.
Nous pensons tout d’abord à la pastorale des vocations sacerdotales. De plus en plus, sans négliger l’apport indispensable et bénéfique des religieux et religieuses missionnaires, les Camerounais ont à prendre en main leur avenir ecclésial. Les hommes qui recevront ce merveilleux et redoutable ministère de l’Evangile devront être les hommes sûrs dont parle l’Apôtre Paul à Timothée (cf. 1 Tm 4, 6-16) : généreux, courageux, n’ayant d’autre ambition que l’honneur de servir le Christ et l’Eglise, pieux, chastes, nourris de doctrine authentique, capables de persévérance. Tout cela exige un choix judicieux de candidats bien motivés, une formation théologique, spirituelle, morale, ascétique, à la hauteur de la mission qui les attend, un entraînement à la responsabilité de soi et des autres, le soutien assidu et exemplaire d’une équipe de professeurs et de pères spirituels. C’est un domaine privilégié confié à votre vigilance, et nous vous invitons à poursuivre les efforts que vous avez entrepris pour faire de vos Séminaires ces hauts lieux de formation des apôtres de demain.
Quant à votre ministère, vous l’avez axé à bon droit sur l’évangélisation ; et vous comptez pour cela sur toutes les forces vives de vos diocèses, en particulier sur vos nombreux catéchistes, et sur le laïcat engagé dans les diverses formes de ministère et d’apostolat (cf. Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi n. 73). Il s’agit d’approfondissement de la foi pour ceux qui y adhèrent déjà, d’apprentissage progressif pour les catéchumènes, de première annonce pour ceux qui n’ont pas encore entendu la Bonne Nouvelle, mais aussi — et c’est un lent processus — d’évangélisation des cultures et des mentalités... Un élément est commun à toute cette pastorale: l’accès à la Parole de Dieu, capable de faire surgir et de nourrir, dans leur expression africaine, une prière, une liturgie, une vie chrétienne et apostolique pleinement catholiques.
Nous comprenons le souci particulier que suscite l’urbanisation rapide, qui déracine l’homme de la famille, du clan, de l’ethnie, pour le livrer à l’anonymat, à la solitude, parfois au chômage de la grande cité. C’est spécialement éprouvant pour l’africain, qui, à bon droit, conserve un sens aigu de la vie communautaire. Vous retrouvez ici la nécessité de former des communautés chrétiennes, vivantes, accueillantes, offrant à chacun la participation qui lui revient, comme l’a souligné avec vigueur le récent Synode sur la catéchèse.
Enfin, les catholiques ne forment pas un îlot dans le pays : ils ont en commun avec les autres citoyens le souci du développement, de la justice, de la paix; il leur tient à cœur que toutes les familles et tous les groupes soient assurés de leurs moyens de subsistance, et puissent progresser dans le savoir et le bien-être, dans leur responsabilité aussi; ils comprennent que tout cela doit s’opérer dans l’amour de la même patrie, dans la convergence des efforts, au sein de la République Unie du Cameroun, dans une harmonie qui sache allier la liberté et le respect des traditions particulières avec le sens du bien commun national et de l’équité. Nous vous encourageons à développer cette éducation civique et sociale de vos fidèles, permettant à leur charité de se déployer dans toutes ses dimensions et de briller aux yeux des hommes, afin qu’ils glorifient l’Evangile qui en est la source.
Pour cette oeuvre immense, nous disposons, il est vrai, de moyens pauvres. Sur le plan matériel, tout en continuant à compter, comme il est normal, sur l’entraide de l’Eglise universelle, vous cherchez à mesurer avec réalisme les besoins les plus urgents et à rendre vos propres communautés plus responsables de leur auto-financement. C’est un louable souci. Au plan des personnes, nous avons tous conscience d’être des vases d’argile pour porter le trésor du Seigneur. Il en est ainsi dans toute l’Eglise, comme chez vous. C’est notre humilité, c’est aussi notre espérance. Courage Frères ! Le Christ est avec vous, et la rapide évangélisation de votre pays montre que son Esprit y produit déjà des fruits abondants, qui ont besoin de mûrir. Portez notre salut affectueux à tous vos prêtres, religieux et fidèles, avec notre bénédiction apostolique que nous vous accordons de grand cœur.
Le Jeudi 17 novembre, le Pape a reçu en audience les Evêques Néerlandais venus à Rome en visite « ad limina ». Le Cardinal J. Willebrands, archevêque d’Utrecht a adressé au Souverain Pontife une adresse d’hommage, en français. Avec lui se trouvaient NN. SS. J. Bluyssen, évêque de Bois-le-Duc, Th. Zwartkrvis, évêque de Haarlem, Hubert Ernst, évêque de Breda, B. Moller, évêque de Groningen, Adrien Simonis, évêque de Rotterdam, J. Gijsen, évêque de Roermond. Le Pape Paul VI a répondu, également en français, au Cardinal Willebrands par les paroles suivantes :
Frères très chers,
De tout cœur, nous vous accueillons à l’occasion de cette visite « ad limina apostolorum ». Vous êtes venus vénérer les tombes du Prince des Apôtres des Nations, et y puiser de nouvelles forces pour votre activité pastorale. Vous êtes venus également « voir Pierre » (cf. Ga 1, 18), en la personne de son humble successeur, pour vérifier et raffermir sur le roc que le Christ a placé comme fondement de son Eglise, votre foi et celle du peuple de Dieu à la tête duquel l’Esprit Saint vous a placés.
Nous saluons aussi et recevons en esprit, en même temps que vous, vos prêtres, vos coopérateurs dans le bon accomplissement de la mission apostolique que le Christ vous a confiée (cf. Décret Presbyterorum Ordinis, n. 2), et tout le peuple catholique de vos diocèses, dont vous êtes, ici comme partout, les représentants authentiques. Ces prêtres, ces fidèles, nous les sentons spirituellement présents avec vous et avec nous. A tous nous disons : « A vous grâce et paix en abondance ! » (1 P 1, 2).
Laissez-nous vous dire tout d’abord quelle joie nous procure la visite que vous nous faites tous ensemble cette année. Dans cette visite commune ; nous voulons voir avant tout — et les paroles que vient de prononcer notre vénéré frère le Cardinal Willebrands nous le confirment l’expression de votre volonté, interprète de celle de toute l’Eglise aux Pays- Bas, de fidélité au Siège Apostolique.
Ces derniers temps — qui ne le sait ? — la vie de l’Eglise dans votre pays a subi de profondes perturbations — malgré les enseignements et les rappels répétés du Saint-Siège — dans le domaine de la foi et de la morale, et aussi de la discipline liturgique et ecclésiastique, tout cela s’accompagnant de nombreuses et douloureuses défections de prêtres qui n’ont pas su rester fidèles à leurs engagements. Mais aujourd’hui, la forme solennelle et communautaire que prend, en cette visite, l’expression de votre fidélité est pour nous un motif de confiance plus particulière et plus ferme. Elle nous témoigne en effet que l’Eglise aux Pays-Bas veut rester et restera « fondée sur la solidité de la pierre apostolique » (cf. prière de la messe de saint Léon).
Il nous plaît à ce propos de noter que la fidélité renouvelée à Pierre est aussi fidélité à un aspect fondamental de l’histoire même, déjà riche de foi et de charité active, de l’Eglise catholique aux Pays-Bas. Et nous sommes certain que, comme le vigoureux attachement de vos communautés au Siège de Pierre a suscité dans le passé une magnifique floraison de vie ecclésiale, d’œuvres au service de la population, de vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires, dont toute l’Eglise catholique a été à la fois témoin et bénéficiaire, ainsi en sera-t-il à nouveau à l’avenir.
Dans cette visite en commun, nous aimons voir aussi l’expression des liens profonds de fraternité qui vous unissent entre vous, Pasteurs de l’Eglise aux Pays-Bas, vous, nos chers fils. Les problèmes parfois lancinants et angoissants auxquels chacun de vous se trouve affronté dans son diocèse ne peuvent rester étrangers aux pasteurs des diocèses frères ni les laisser indifférents. Nous savons avec quelle sollicitude vous cherchez à les étudier ensemble pour vous conseiller mutuellement et trouver la solution répondant le mieux à la volonté du Pasteur suprême, le Christ, et au bien des âmes. La concorde entre les frères édifie la maison ! Nous vous encourageons à développer cet amour fraternel, prémisse indispensable à l’édification de l’Eglise.
En vous unissant autour de la Chaire de Pierre, vous attendez aussi de nous quelque parole qui vous soutienne et vous oriente dans votre labeur apostolique quotidien. Nous pouvons dire que nous suivons, jour après jour, les événements de l’Eglise aux Pays-Bas, qui est spécialement présente à notre esprit et à notre cœur. Aussi répondons-nous volontiers à votre désir. C’est d’ailleurs pour nous un devoir précis, de par la responsabilité ordinaire et immédiate de l’ensemble du troupeau du Christ, qui nous a été conférée par Celui auquel nous devons rendre compte de notre journée terrestre.
Vous connaissez peut-être déjà les paroles que nous avons adressées cette année à certains de nos Frères dans l’Episcopat d’autres régions d’Europe, venus comme vous en visite « ad limina ». Sur diverses questions traitées avec eux — comme celles de la communion ecclésiale, des communautés chrétiennes, de l’évangélisation dans une société déchristianisée, de la promotion du laïcat, des vocations, avec une référence particulière au célibat sacerdotal, des célébrations dominicales sans prêtres, de la presse catholique — nous leur avons donné des directives de fond qui peuvent certainement valoir aussi pour vos contrées. Nous vous invitons donc à prendre une connaissance attentive et à en vérifier la mise en oeuvre dans vos diocèses.
Avec vous aujourd’hui, il nous plaît de nous attarder sur certains aspects de la vie de l’Eglise aux Pays-Bas, sur sa réponse au dessein du Christ, sur ce qu’elle pourra être dans le proche avenir, cette Eglise pour laquelle tous, Pasteurs et fidèles, nous voulons oeuvrer ensemble.
1. Nous considérons donc, avant tout, l’Eglise aux Pays Bas qui est appelée à professer et vivre dans sa plénitude et dans sa pureté, la foi catholique.
La foi — nous le savons bien — qualifie l’Eglise, qui, en l’acceptant, répond comme une épouse fidèle à la parole de son Seigneur. Elle qualifie aussi chacun des membres de l’Eglise, qui trouvent en elle le premier et indispensable rapport personnel avec « le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus » (He 12, 2), et « sont véritablement devenus, dans le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par conséquent, réellement saints » (Constitution Lumen gentium, n. 40.).
C’est à travers le ministère de l’Eglise que sont transmises cette foi et cette vie divine ; c’est dans la communauté ecclésiale qu’elles trouvent leur soutien et leur expression liturgique ; mais il s’agit toujours d’un rapport personnel avec Dieu, d’une participation personnelle à la vie du Christ.
Toute vérité de foi est témoignage de l’amour de Dieu pour l’homme, est vérité de salut. C’est pourquoi aucune vérité révélée ne peut être niée ou soumise à des interprétations réductrices, lesquelles — sans doute — veulent permettre d’insérer plus facilement la Parole de Dieu dans l’horizon limité de la sagesse humaine, mais ne correspondent pas au dessein de Dieu, qui dans sa transcendance même, sait être en réalité d’autant plus proche et plus intime pour l’homme.
C’est dans la foi, vécue dans sa plénitude et dans sa pureté, que l’Eglise aux Pays-Bas saura retrouver son identité catholique : cette unité dans l’Esprit, cette union intérieure, sans lesquelles il serait illusoire de penser qu’elle puisse remplir la mission que le Christ lui a confiée et dont, plus que jamais, les hommes d’aujourd’hui ont besoin.
Evêques catholiques, vous avez certainement bien a l’esprit l’ardente exhortation que l’Apôtre Paul adresse à Timothée, afin qu’il garde fidèlement le « dépôt » qui lui a été confié (1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 14), et qu’il accomplisse l’œuvre évangélisatrice active et persistante (« opus fac evangelistae ! ») qui en découle. La responsabilité que, comme Evêques, vous avez en ce domaine, est grande et ne peut être déléguée! Autour de vous, les théologiens doivent évidemment être les premiers à assurer fidèlement le soutien et la promotion de la foi. Vos prêtres, de même, savent sûrement apprécier le fait que le Concile oecuménique Vatican II a nommé en premier, parmi les tâches presbytérales, celle d’être « ministres de la Parole » ; il déclare en effet, dans le document qu’il leur consacre et qui mérite à coup sûr toute leur attention et toute leur adhésion : « Les prêtres, comme coopérateurs des Evêques, ont donc pour première fonction d’annoncer l’Evangile de Dieu à tous les hommes ;... il s’agit pour eux d’enseigner non pas leur propre sagesse, mais la parole de Dieu, et d’inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté » (Décret Presbyterorum ordinis, n. 4). Il n’est pas différent le rôle des catéchistes qui, mandatés par leurs Evêques, deviennent comme la voix même des successeurs des Apôtres. Ils doivent en effet communiquer la Parole de Dieu, telle qu’elle a été manifestée par la Révélation divine, vécue dans la Tradition de l’Eglise et explicitée dans les énoncés du Magistère.
2. Le récent Synode des Evêques nous a confié la préoccupation que la catéchèse ne constitue pas toujours, dans la pratique, une annonce fidèle de la vérité catholique. Parmi les propositions qu’il nous a adressées, on peut lire en effet : « Habentur nostro tempore catechistae qui christianas veritates non integre docent. Idem dicendum de quibusdam auctoribus librorum pro catechesi. Quod iure meritoque praeoccupationem inducit. Inquietudo maior est quando conspicitur veritates essentiales tum ad fidem cum ad mores pertinentes silentio praeteriri » (n. 10).
Il n’est pas utile, Frères très chers, que nous répétions combien une telle préoccupation est vive en nous et nous fait souffrir (cf. Allocution à la dernière Assemblée générale du Synode des Evêques, dans L’Osservatore Romano, 30 octobre 1977). Vous-mêmes la partagez. Dans votre lettre pastorale collective sur l’enseignement catholique, au chapitre consacré à la catéchèse, vous vous montrez en effet très sensibles aux problèmes présents : « Leur mission (des catéchistes) — écrivez-vous — qui consiste d’une part à transmettre intégralement la tradition intacte de l’Eglise, et d’autre part à rejoindre le cœur des jeunes, est particulièrement difficile ».
Nous nous adressons donc à vous avec confiance, en espérant que l’effort que vous avez entrepris pour rendre à la catéchèse son visage authentiquement catholique soit au plus vite couronné de succès, et que l’Eglise aux Pays-Bas puisse être donnée en exemple du renouveau dans la fidélité souhaitée par le récent Synode des Evêques. Et, par votre intermédiaire, nous nous adressons à tous les catéchistes de vos diocèses : nous désirons leur dire notre estime pour leur engagement au service du Christ et de la vérité, et nos encouragements pour que, avec sagesse, fidélité et courage, ils exercent cette activité de Parole, de Mémoire et de Témoignage qui est la leur (cf. le Message au Peuple de Dieu du dernier Synode).
3. Notre regard se tourne ensuite vers les communautés catholiques néerlandaises qui célèbrent, dans la foi et dans la joie, la sainte liturgie, participation et miroir de la Liturgie céleste, action sacrée et prière du Christ, de l’Eglise et de ceux qui veulent puiser aux sources de vie divine que sont les sacrements.
A ce sujet, nous avons un double motif de particulière confiance.
Le premier vient du fait que prochaine apparaît désormais la publication du nouveau missel romain dans sa traduction en langue néerlandaise. L’église aux Pays-Bas sera ainsi en possession d’un instrument adapté, permettant aux célébrations eucharistiques, de retrouver la force vivifiante et le rayonnement intérieur, dont elles ont été trop souvent privées en raison d’initiatives précipitées et injustifiées (cf. Constitution Sacrosanctum Concilium, n. 22, paragr. 3).
Le nouveau missel — l’un des fruits les plus précieux du Concile Vatican II (ibid., n. 50) —, tout en autorisant une saine variété de formes, assure l’unité nécessaire et, par la richesse de ses textes, suscite la participation consciente et active des fidèles. Nous ne doutons pas que vous vous emploierez avec zèle à ce que chaque paroisse et chaque église de vos diocèses soient pourvues d’un nombre suffisant d’exemplaires. Veuille le Seigneur faire en sorte que l’introduction du nouveau missel romain — le seul autorisé à présent — dans sa traduction néerlandaise entraîne une floraison nouvelle de la dévotion envers la sainte Eucharistie, « sacramentum pietatis, signum unitatis, vinculum caritatis » (Saint Augustin) !
Le second motif de confiance, nous le trouvons dans la lettre que vous avez adressée aux prêtres, à l’occasion de la traduction en langue néerlandaise du nouvel « Ordo Paenitentiae » en novembre 1976. Vous avez en effet souligné l’importance du sacrement de Pénitence dans le processus de conversion, de réconciliation, de libération du péché opérée par le Christ, de renouveau en somme de la vie chrétienne, et vous avez bien fait remarquer comment « sans le sacrement de la confession, une source de réconciliation et de salut ferait défaut ». A la lumière de ces considérations, et conformément aux normes établies par le Siège Apostolique, vous avez confirmé la nécessité de la confession et de l’absolution personnelles, alors que la confession et l’absolution collectives restent limitées à des cas exceptionnels, étant bien entendu que même dans de tels cas, au moins ceux qui ont conscience de péchés graves doivent recourir ensuite à la confession individuelle, en temps opportun.
Nous vous exhortons à entretenir la croissance du grain que vous avez semé, en étudiant avec vos prêtres les moyens pastoraux les meilleurs pour que les fidèles, dès leur enfance, puissent facilement bénéficier de la joie, du réconfort et de l’enrichissement qui proviennent de ce sacrement, et en surmontant avec douceur et patience les difficultés qui peuvent quelquefois venir de ceux-là mêmes qui sont les ministres de ce sacrement de salut.
4. Enfin notre esprit se plaît à contempler l’Eglise bénéficiant aux Pays-Bas d’une nouvelle floraison de vocations sacerdotales et religieuses.
Serait-ce une utopie ? Non ! Nous avons confiance dans la puissance de l’Esprit Saint « qui souffle où il veut » (Jn 3, 8), dans le Seigneur qui n’abandonne pas son Eglise. Et dans cette perspective, nous avons confiance dans les jeunes. Si les pasteurs savent proposer clairement aux jeunes l’idéal exigeant mais enthousiasmant du Christ, et si les jeunes arrivent à découvrir l’Eglise comme l’espace spirituel, primant sur l’aspect social, de leur rencontre personnelle avec le Christ, l’Eglise aux Pays-Bas vibrera d’une nouvelle jeunesse. Parmi les jeunes, il en est tant qui sont purs, forts et généreux ! Par amour du Christ et avec la certitude de son aide, ils ne se laisseront pas impressionner par les difficultés et les renoncements, compensés d’ailleurs par tant de richesses, qu’exigé la marche à la suite du Seigneur Jésus.
C’est déjà pour nous un réconfort, et comme un signe de renouveau, de voir que, cette année, là où, avec nos encouragements, on s’est efforcé de rétablir un séminaire selon les prescriptions du Concile Vatican II, le nombre accru des candidats au sacerdoce a permis le déroulement complet des cours. Que les jeunes qui se préparent au sacerdoce, comme les prêtres qui les assistent et les guident, sachent bien que nous les suivons avec une paternelle affection et que nous les encourageons.
Nous sommes certain, étant donné votre sollicitude et votre sagesse pastorales, que vous ne manquerez pas de mettre au point, sans tarder, une action adéquate, pour stimuler les vocations sacerdotales et pour aider tous ceux que le Seigneur appellera à son service et au service de l’Eglise dans le ministère ordonné, à, se préparer comme il convient, aux plans doctrinal et spirituel, aux tâches difficiles qui les attendent.
Chers Frères dans le Christ, nous aimerions encore parler avec vous de bien d’autres problèmes, par exemple de la vie spirituelle des prêtres. A ce sujet, pouvons-nous au moins vous exprimer notre vif désir que la version néerlandaise de la « Liturgie des Heures » voie rapidement le jour, afin de faciliter aux prêtres l’usage de ce moyen indispensable à leur ministère sacerdotal et à leur prière personnelle ?
Nous aurions voulu aussi traiter avec vous des questions comme celles du sens et de la nécessité de la discipline ecclésiastique, du style de vie des religieux et des religieuses, de la formation permanente de tous ceux qui travaillent dans un service d’Eglise, de la pastorale des mariages mixtes, des moyens de communication sociale, de l’action de l’Eglise pour la justice et la paix dans le monde, etc. Sur tous ces points, comme sur d’autres, vous saurez certainement comment, dans un esprit de collaboration étroite et empressée avec nos Dicastères, déterminer des lignes d’action nouvelles et efficaces.
Tout ce que nous avons voulu vous dire des problèmes qui nous semblaient d’une urgence particulière suffit à vous faire comprendre toute la confiance que nous portons dans notre cœur pour l’avenir de l’Eglise aux Pays-Bas et combien nous vous demeurons proche dans votre labeur quotidien.
Que le Seigneur qui donne la croissance (cf. 1 Co 3, 6), féconde votre travail apostolique, par l’intercession de Marie, Mère de l’Eglise ! Avec notre Bénédiction Apostolique !
Le vendredi 18 novembre, le Pape Paul VI a reçu en audience les représentants des 144 pays membres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, connue sous le sigle de FAO, qui a son siège à Rome et qui y tenait sa XIX° session. Les participants étaient conduits par M. Toyib Hadiwija, président élu de cette XIX° Conférence et par M. Edouard Saouma, directeur général de la FAO. En présence de Mgr Agostino Ferrari Toniolo, Observateur permanent du Saint-Siège et Chef de la délégation à la Conférence, le Souverain Pontife a prononcé, en français, l’allocution suivante :
Monsieur le Président, Monsieur le Directeur général, Mesdames, Messieurs,
Nous sommes particulièrement heureux de vous accueillir aujourd’hui vous qui participez actuellement à la XIX° session de la Conférence de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture. C’est bien une joie de voir les Délégués de si nombreux pays réunis pour étudier les moyens de répondre aux besoins de ceux qui ont faim : Nous apprécions vos efforts, et nous vous en félicitons. La satisfaction ne saurait cependant empêcher de considérer le chemin qui reste encore à parcourir : vous en avez tous conscience, et nous vous renouvelons ce matin, avec nos vœux pour un fécond travail, les espoirs que tant d’hommes dépourvus du nécessaire voudraient pouvoir mettre dans votre Organisation.
Le problème alimentaire reste en effet un des soucis principaux de notre temps ; il s’inscrit parmi ces besoins de l’humanité dont la satisfaction requiert avec urgence des initiatives de grande envergure, dans le cadre du renouvellement des actions économiques et sociales de la communauté internationale. L’Eglise n’a cessé de partager cette préoccupation lancinante.
Nous évoquerons simplement deux manifestations particulièrement tragiques et pressantes de ce problème : la répétition si fréquente de catastrophes qui doivent donner à réfléchir à l’humanité tout entière : sécheresses, famines, inondations... où le terme « mort de faim » revêt sa signification la plus littérale. Pensons aussi à la sous-alimentation et à la malnutrition comme caractéristiques majeures du sous développement, avec toutes leurs conséquences : mortalité infantile, diminution ou disparition de la capacité de travail, etc.
Certes, des rapports font preuve d’optimisme en ce qui concerne la production. La situation plus satisfaisante de l’agriculture dépend non seulement des causes climatiques, mais aussi des dispositifs mis en place à divers échelons notamment depuis la Conférence Alimentaire Mondiale, et surtout de la prise de conscience que cette Conférence a déclenchée dans l’opinion très particulièrement dans la conscience des responsables de la conduite des politiques internationales et nationales. Cet optimisme doit cependant être tempéré car, comme vous le releviez vous-même, Monsieur le Directeur général, en matière de développement alimentaire et agricole. « Si on obtient des résultats spectaculaires, ils sont souvent éphémères : les lendemains ne tiennent pas leurs promesses et il faut déchanter brutalement ». C’est précisément à votre Organisation qu’il revient principalement de jouer le rôle de catalyseur et de « modérateur » des efforts du développement agricole international, pour veiller à ce que les améliorations se confirment et que le progrès se fonde sur des bases suffisamment approfondies pour rester constant.
Dans cette perspective, il nous
semble important de rappeler que la F.A.O. compte parmi ses objectifs premiers
non seulement la production, mais aussi la promotion des zones rurales et des
ruraux, surtout dans les pays en voie de développement. Si la production
internationale s’est améliorée, il ne semble pas qu’on puisse en dire autant
des zones rurales du Tiers-Monde elles-mêmes. La preuve en est que la
proportion de la production en provenance de pays développés est en nette
augmentation sur celle de l’autre partie du monde. Il y a là un problème structurel et
institutionnel en soin d’amélioration de la condition et de la formation de la
classe paysanne,
particulièrement des petits paysans et des jeunes ruraux, que nous avons déjà
signalé en nous adressant à la Conférence Mondiale de l’Alimentation.
Mais il y a aussi, pour les pays en voie de développement, une option à faire qui concerne l’organisation de leurs plans économiques et sociaux. Sans prétendre vouloir pour toujours attacher à leur terre les larges couches de population qui en tirent aujourd’hui leur peu de subsistance, il reste qu’il est sagesse de penser à la promotion dans le secteur agricole d’une vaste proportion de cette masse, plutôt que de songer à la transplanter dans le secteur industriel ou surtout de s’exposer à la voir s’entasser dans des banlieues. En outre, il est de la plus haute importance que ces pays visent, dans toute la mesure du possible, à l’autosuffisance dans le domaine de la consommation agricole de leurs populations. La dépendance dans laquelle trop d’entre eux se trouvent aujourd’hui, en conséquence d’ailleurs de systèmes d’échanges internationaux dont ils ne sont pour la plupart du temps pas responsables, est profondément malsaine pour leurs économies qui en sont lourdement obérées.
Comment
enfin ne pas attirer de nouveau votre attention sur le problème de la
distribution des produits alimentaires et des équilibres à réaliser dans tous
les facteurs qui président à leurs échanges ? D’une part, le coût des
importations de produits agricoles requis par les pays en voie de développement
opère une large ponction dans leurs maigres ressources, d’autre part les
recettes de leurs exportations agricoles ne sont pas de nature à leur fournir
un gain équitable qui constituerait un apport normal et une incitation pour les
producteurs. Toute spéculation sur les besoins est inique, mais d’une façon
toute particulière celle qui joue sur les aliments et sur les armes. On doit
souhaiter qu’en cette matière les pays développés, quel que soit leur système
sociale et économique, se décident enfin à des révisions, fussent-elles
déchirantes, des pratiques qu’ils imposent à la majorité de l’univers. Des
lieux de concertation comme la F.A.O. doivent être des points privilégiés pour
y réussir.
Il n’échappe à personne que les problèmes qui vous occupent, et dont nous avons seulement évoqué quelques points saillants, ne sont pas seulement techniques ; ils sont aussi moraux. Ils impliquent en effet une conception de l’homme qui ne saurait être indifférente lorsqu’il s’agit d’envisager des solutions. Nous vous encourageons donc à ne jamais perdre de vue l’aspect éthique des questions que vous traitez, et à considérer vos activités d’abord comme un service, un service rendu à cette partie de l’humanité qui manque des biens les plus élémentaires : ceux qui assurent la subsistance.
Puissez-vous
avoir la joie d’être comptés un jour, par le Seigneur lui-même, parmi ceux qui
ont répondu vraiment aux besoins de leurs frères affamés. Nous lui demandons
dès maintenant de bénir vos efforts et vos personnes.
Le samedi 19 novembre, le Pape a reçu en audience les 900 participants au cinquième Congrès d'obstétrique et de gynécologie psychosomatiques qui se tenait à Rome sous la présidence du Prof. Luigi Carenza, titulaire de la Chaire d'Obstétrique et de Gynécologie de Rome Le Souverain Pontife a adressé à ses visiteurs le discours suivant, en français.
Mesdames, Messieurs,
Nous remercions
votre Président, le Professeur Carenza, et nous sommes heureux d'accueillir et
de saluer aujourd'hui les participants au cinquième Congrès d'obstétrique et de
gynécologie psychosomatiques actuellement réuni à Rome.
Qu'il nous soit
permis de vous exprimer d'abord l'estime de l'Eglise pour votre profession, qui
est vraiment une « mission » au service de la vie humaine. Dans la recherche à
laquelle vous vous adonnez dans un domaine difficile, dans la responsabilité
que vous assumez chaque fois qu'un cas vous est soumis, dans votre souci de
partager les problèmes et les angoisses de celles qui se confient à vos soins,
l'amour du prochain — à Lui-Même (cf. Mt 25, 40) — trouve une de ses
plus belles expressions.
En parcourant la
liste des différentes questions soumises à votre étude, on voit que vos
spécialités, bien qu'elles concernent essentiellement les débuts de la vie humaine,
recouvrent en fait un champ très vaste de recherches et de traitements. Cette
ampleur ne serait-elle pas due, au moins en partie, à l'élargissement de
perspective qui caractérise vos travaux, à cette prise en considération des
interactions, aussi réelles que mystérieuses, qui existent entre le somatique
et le psychique, et qui déterminent étroitement la santé et la maladie ?
Vous vous penchez donc sur le problème des répercussions que
les conditions psychosomatiques des parents et leurs états émotionnels peuvent
avoir sur le développement physique et psychique de l'enfant. Les faits
démontrent en effet une telle influence et, bien qu'il y ait des difficultés à
expliquer scientifiquement ce phénomène, vos analyses cliniques et votre
expérience professionnelle vous confirment chaque jour l'importance que revêt,
dans l'unité psychosomatique de la personne humaine, l'élément qui la distingue
des vivants dénués de raison: l'âme spirituelle, intelligente et libre.
Ainsi votre science professionnelle ne peut-elle faire abstraction des considérations morales et religieuses qui, à un degré plus ou moins fort, interviennent de fait dans la personnalité humaine. Il faut apprécier à leur juste valeur l'importance que les critères moraux et les convictions religieuses peuvent avoir chez les époux aussi bien pour le contrôle et l'expression de leurs sentiments, la promotion ou le refroidissement de leur amour, de leur affection réciproque, de leurs soucis et de leurs espérances, toutes réalités qui peuvent être modifiées, stimulées ou réprimées par les orientations de l'esprit. Vous insistez sur la nécessité de la maîtrise de soi et la domination des passions, afin d'assurer la transmission de la vie dans une rencontre d'amour, dans le respect de la dignité de chacun des époux et l'harmonie de leurs volontés, assurant ainsi les conditions les meilleures pour l'évolution psychologique et somatique ultérieure de l'enfant. Il faut donc louer votre sollicitude à informer les futurs parents de l'importance que revêt l'exercice raisonnable de la sexualité, comme aussi des risques que comporte toute violence exercée sur la faculté générative par l'emploi de médicaments qui ne sont pas ordonnés à corriger ses défauts mais à en empêcher les fonctions normales. C'est pour nous une grande satisfaction de constater que la psychosomatique génétique appuie et confirme la norme éthique en dénonçant avec une préoccupation croissante les dangers inhérents à l'emploi des contraceptifs. Au contraire, pour augmenter chez les parents la conscience de leur devoir d'exercer leur paternité de façon responsable, l'Eglise encourage, comme nous l'avons déjà dit en d'autres occasions, tous les progrès que vos recherches peuvent susciter pour faciliter l'exercice d'une telle paternité, de même qu'elle se félicite de vos efforts pour assurer à la conception humaine les conditions les plus favorables pour le développement somatique et psychique de l’enfant.
Vous cherchez, comme c’est votre devoir, à combattre toute douleur anormale de la grossesse et de l’enfantement, à condition évidemment de la faire sans risque, sans porter non plus atteinte aux sentiments d’amour qu’inspiré une maternité assumée en esprit de sacrifice, apte à exprimer le rapport intime existant entre la mère et son enfant. Mais vous ne devez jamais oublier aussi que votre profession est au service de la vie humaine, de toute vie humaine depuis le moment de sa conception. Les malformations organiques, lorsque ce malheur arrive, ne peuvent priver aucun être humain de sa dignité ni de son droit inaliénable à l’existence : c’est en fait une vision matérialiste de la vie que d’envisager les choses autrement. C’est pourquoi un médecin catholique conscient de ces exigences ne saurait se prêter à des expériences sur l’embryon ou le fœtus humain, même pour le progrès de la science, ni même si cet être était destiné, pour des raisons naturelles ou par le fait criminel des hommes, à périr avant d’avoir vu le jour. Et surtout il ne peut, après avoir porté un diagnostic fatal, céder à des pressions, même les plus respectables en apparence, comme celles de parents qui voudraient recourir à sa science pour échapper à l’épreuve de mettre au monde un enfant gravement handicapé.
Lourde responsabilité que la vôtre ! Contre toute tentation qui tendrait à porter atteinte à votre belle profession dont le seul but est de protéger et d’épanouir la vie, efforcez-vous de montrer toujours mieux que ce but ne peut être atteint qu’en mettant au premier plan la signification des valeurs spirituelles.
Nous demandons à l’Esprit Saint, Esprit de science et de force, de vous y aider, et nous demandons de grand cœur au Seigneur de bénir vos personnes et toutes vos familles.
Le lundi 21 novembre, dans sa Bibliothèque privée, le Pape a reçu en audience les Archevêques et Evêques de la Conférence Episcopale de Yougoslavie. Parlant au nom de celle-ci, Mgr Franjo Kuharic, archevêque de Zagreb, a exprimé son attachement au Saint-Siège et défini la situation de l’Eglise en Yougoslavie. Le Saint-Père a répondu, en latin, aux six Archevêques et dix-huit Evêques présents, par le discours, dont voici la traduction :
Vénérables Frères,
Les rencontres qui nous donnent l’occasion de nous entretenir avec nos frères dans l’épiscopat, sont pour nous une cause de joie. C’est donc d’un cœur joyeux que nous vous saluons vous qui êtes venus de vos diocèses de Yougoslavie pour votre visite ad limina. Nous voulons aussi manifester l’amour que nous vous portons à tous et à chacun et en particulier à notre vénérable Frère François Kuharic, archevêque de Zagreb qui, au nom de tous les autres Evêques, s’est exprimé en termes excellents et nous a adressé de très bons vœux. Nous vous remercions beaucoup de votre bonté.
Dans certaines régions de votre pays, la foi catholique remonte à un passé très lointain de l’Eglise, dans d’autres elle est plus récente : toutes maintenant sont des membres vivants du corps mystique du Christ. Il faut dire que les fidèles qui sont confiés à vos soins se recommandent tous par leur vigueur religieuse.
Cependant ni vous ni nous n’ignorons certaines difficultés qui se manifestent ici ou là dans votre pays. Ces difficultés, d’ailleurs, se retrouvent plus ou moins dans d’autres lieux où pérégrine l’Eglise. Mais il faut pourtant manifester une confiance chrétienne dans les hommes et dans les événements, confiance que nous pouvons définir comme « un optimisme sain ». Bien plus, au milieu des vicissitudes de cette vie il nous faut retourner aux véritables sources de la joie dont nous avons parlé dans notre exhortation apostolique Gaudete in Domino : « La joie chrétienne est essentiellement une participation spirituelle à cette joie ineffable, à la fois divine et humaine qui est en Jésus Christ glorifié » (AAS 67, 1975, p. 295). Quant à vous qui vous dépensez avec zèle et qui prenez votre peine dans le champ du Seigneur, nous voulons que vous retourniez dans vos diocèses, confirmés et avec joie au cœur, prêts à reprendre votre tâche pastorale avec une ardeur renouvelée.
Mais pour rendre cette tâche plus légère et plus fructueuse, vous aurez à veiller sur certains points dont font état les rapports sur l’état de vos diocèses que, selon la coutume, vous avez remis au Saint-Siège en temps voulu.
Il nous semble encore entendre les belles paroles que Jean XXIII, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, a prononcées au tombeau de Pierre au moment de l’ouverture du Concile Vatican II : « Le Concile Oecuménique... veut transmettre la doctrine catholique, intégralement sans la diminuer ni la déformer ». (AAS 54, 1962, p. 791). Il est clair que la vérité est ouverte à la recherche selon de nouvelles méthodes qui expriment cependant cette vérité « dans un sentiment identique et une pensée identique » (ibidem p. 792) et que c’est tout d’abord le rôle du magistère de l’Eglise de montrer la voie droite dans ce domaine.
Il faut donc que les pasteurs veillent à la doctrine « certaine et immuable » et, le cas échéant, qu’ils usent de leur autorité pour rejeter les opinions qui ne concordent pas avec la foi authentique ou qui sont dangereuses. Que l’on ait surtout ce souci dans les collèges où l’on fait des études ecclésiastiques et où les élèves sont formés pour les ordres sacrés ainsi que parmi les prêtres qui écrivent des ouvrages de vulgarisation ainsi que dans les institutions qui dépendent de l’Eglise.
Quand nous fixons les yeux sur vos diocèses, nous rendons grâces à Dieu de ce que nous y trouvons de meilleures conditions pour les vocations religieuses et sacerdotales que dans bon nombre d’autres régions même en Europe. Néanmoins, dans certaines parties de la Yougoslavie, il ne manque pas de signes annonciateurs de crise, dans ce domaine qui viennent soit de difficultés, soit de la mentalité et cela suscite l’inquiétude. Quant à vous, vénérables Frères qui agissez vigoureusement et franchement en faveur de cette cause capitale des vocations, vous redoublez sans doute vos efforts pour que les ouvriers soient toujours en nombre suffisant dans la vigne du Seigneur. Il faut inviter tous les membres des communautés ecclésiales à encourager et à promouvoir les vocations de cette nature. A ce propos, nous vient aussitôt à l’esprit le séminaire qui est le « cœur » de chaque diocèse (cf. Optatam Totius, 5). C’est là, en effet, que réside la grande espérance de l’Eglise : il faut donc que le plus grand soin soit apporté à la formation des élèves à la vie spirituelle, à la doctrine et à la discipline chrétienne de façon à ce que ces maisons réalisent vraiment les buts de piété et d’étude qu’elles se proposent.
Nous approuvons et nous louons, vénérables Frères, vos efforts pour faire de vos prêtres des auxiliaires adaptés à leur tâche : les cours de théologie, de pastorale et de spiritualité sont de cet ordre. Nous comptons beaucoup sur les relations de ce genre entre les évêques et les prêtres : en effet, actuellement, il importe essentiellement que les pasteurs, inspirés par un sentiment paternel, considèrent leurs prêtres comme des amis et qu’ils s’attachent les uns aux autres par les liens d’une amicale charité. Qu’une étroite collaboration s’instaure entre eux, de façon à ce que les évêques partagent volontiers avec les prêtres les charges et les devoirs du saint ministère.
Nous savons que de nombreux religieux rendent le témoignage d’une vie consacrée à Dieu et qu’ils ont une grande part à l’action pastorale, surtout dans certaines régions. Ces fils sont donc dignes de nos louanges. Il faut cependant qu’ils se souviennent que les évêques sont chargés de paître le troupeau, qu’ils dépendent d’eux, selon l’enseignement très clair du Concile Vatican II : « Tous les religieux, exempts et non exempts, sont soumis au pouvoir des ordinaires des lieux, pour ce qui concerne... le soin des âmes, la sainte prédication à faire au peuple, l’éducation religieuse et morale des fidèles, surtout des enfants, l’enseignement catéchétique et la formation liturgique, la bonne tenue du clergé. Il en va de même pour les oeuvres diverses en ce qui regarde l’exercice de l’apostolat » (Christus Dominus, 35, 4). C’est pourquoi le souci des âmes, confiées à ces religieux, doit être porté en accord avec les évêques et en harmonie avec les directives et les initiatives pastorales du diocèse. On doit même l’insérer efficacement dans un cadre plus vaste.
Il nous semble devoir aborder encore un autre sujet. Dans votre pays, ici, est diffusé ce qu’on appelle le matérialisme « scientifique » dans les écoles et dans les publications, ailleurs, ce sont des difficultés notoires qui se manifestent jusque dans l’institution religieuse. C’est pourquoi la catéchèse doit être dispensée surtout aux jeunes. Elle est, en effet, d’une telle importance que rien ne peut se substituer à elle. Nous savons certes que vous, les évêques de Yougoslavie, vous souciez de cette catéchèse avec une volonté déterminée et que vous vous efforcez de bien organiser l’institution des catéchistes et de faire que ces catéchistes s’adaptent aux besoins de notre temps. Nous vous félicitons de ce zèle vraiment apostolique. Sans doute aurez-vous à cœur, dans cette oeuvre primordiale que représente la catéchèse, de veiller à ce que l’intégrité de la doctrine soit toujours respectée ainsi que les moyens et justifications de cette institution. Il faudra encourager les parents catholiques à prendre conscience de la tâche primordiale et première, qui leur revient, de transmettre à leurs enfants, par l’éducation et le témoignage l’inestimable don de la foi.
Il faut aussi former des chrétiens en vue d’une catéchèse saine et sage. Qu’ils acquièrent une véritable maturité, c’est-à-dire qu’ils soient capables de transmettre l’annonce de l’Evangile dans la vie quotidienne en toutes circonstances, dans l’adversité et dans la prospérité. Qu’ils puissent rendre témoignage de cette annonce avec courage devant qui que ce soit. Que, dans le même esprit, ils soient prêts à dialoguer avec leurs frères appartenant à d’autres confessions chrétiennes ou à des religions non chrétiennes ou même avec ceux qui, sans le savoir, cherchent Dieu dans le bien des hommes. Que les chrétiens enfin qui se sentent portés à l’annonce de l’Evangile, comme elle est mentionnée plus haut, soient formés en vue d’une coopération sincère et généreuse avec tous les hommes de bonne volonté pour la construction d’une société dans laquelle chacun puisse jouir de la justice et de la paix.
Enfin nous proposons ceci à votre réflexion : l’Eglise de Yougoslavie représente plusieurs peuples et fractions de peuples de langues différentes, de religions différentes, de coutumes différentes. Dans ces conditions de pluralisme, que chaque communauté ecclésiale — soit qu’elle se trouve dans une région où la tradition catholique est prospère depuis des temps très reculés soit qu’elles se trouve en d’autres circonstances — et la communauté catholique yougoslave tout entière témoignent de Jésus Christ d’une façon particulière, à la suite de leurs évêques. Ce témoignage se rapporte surtout à l’Eglise universelle et à sa construction qui est une.
C’est précisément cet éloge qui a toujours été fait aux évêques de Yougoslavie : le lien étroit qui les reliait au siège de Pierre, qu’ils s’efforçaient de servir avec amour et avec la plus grande énergie. Nous sommes certains que ces liens qui sont pour vous une sorte d’héritage sacré, rendront très féconde votre action apostolique future.
Voici les paroles que notre amour nous a poussé à vous dire, vénérables Frères. Que la bénédiction apostolique que nous vous donnons très volontiers à vous et à tous ceux dont vous avez la charge, vous le confirme.
Le jeudi 24 novembre, le Saint-Père a reçu en audience un groupe d’Evêques de l’Allemagne de l’Est, venus à Rome pour leur visite « ad limina ». Etaient présents NN. SS. Hugo Aufderbeck, administrateur apostolique d’Erfurt-Meiningen, qui adressa au Pape un discours d’hommage, H. Theissing, administrateur apostolique de Schwerin et J.G. Braun, administrateur apostolique de Maydeburg. S’adressant en latin à ses visiteurs, Paul VI a prononcé le discours suivant :
Vénérables Frères,
C’est avec joie que nous vous accueillons dans cette maison du Vatican, vous qui êtes venus à Rome pour votre visite ad limina apostolorum. Nous nous réjouissons de ce qu’il nous est donné de nous entretenir un peu avec vous qui êtes les dignes pasteurs de communautés catholiques, confiées à vos soins dans le territoire de la République Démocratique Allemande, et désignées sous le nom de sièges d’Erfurt, de Magdeburg et de Schwerin dont vous avez la juridiction.
Nous vous remercions des paroles pleines de déférence que vous nous avez adressées par l’intermédiaire de notre vénérable Frère Hugo Aufderbeck, administrateur apostolique d’Erfurt-Meiningen et par lesquelles vous avez confirmé les liens qui vous unissent étroitement, vous et vos fidèles, avec le siège du bienheureux Pierre.
C’est pourquoi cette assemblée est pour ainsi dire l’image de cette communion des esprits et des cœurs par laquelle vous et vos communautés catholiques, vous adhérez à celui que le Christ a placé comme le fondement visible de son Eglise. Vraiment — comme vous le savez tous — cette koinonia ecclésiale — pour utiliser un mot grec — est tout d’abord un caractère invisible, réalisé par l’Esprit Saint qui la rend une — en tant que principe d’unité de l’Eglise — (cf. Unitatis Redintegratio, 2). Mais il y a aussi un élément visible ; en effet, cette unité, selon la volonté du Christ, se manifeste harmonieusement à l’extérieur dans l’Eglise locale autour de son évêque et dans l’Eglise universelle autour du successeur du bienheureux Pierre que le Seigneur a constitué pierre, gardien des clefs de son Eglise (Mt 16, 18-19) et pasteur de tout son troupeau (Jn 21, 15-17).
Dans un sentiment de gratitude envers Dieu pour ces brefs instants qui nous permettent de jouir plus ardemment de cette communion ecclésiale, il nous plaît de nous arrêter un peu pour considérer avec vous les conditions de vos communautés catholiques particulièrement en ces temps difficiles qu’elles traversent. Nous désirons vous affermir dans le service apostolique que vous aurez à assumer. Une rencontre semblable aura lieu ensuite entre vous et nos collaborateurs des différents Dicastères de la Curie Romaine auxquels vous soumettrez vos rapports d’activité pastorale et avec qui vous tiendrez conseil sur l’avenir de cette action pastorale.
Il nous appartient de vous exhorter avec bonté à poursuivre courageusement votre administration ecclésiastique dans les territoires que vous gouvernez en qualité, d’administrateurs apostoliques, en notre nom et sous notre autorité, mais revêtus de tous les pouvoirs et astreints à toutes les obligations qui sont ceux des évêques résidents. De fait, une bonne organisation du soin des âmes demande que l’évêque soit aidé par un conseil épiscopal et que ce conseil soit effectif puisqu’il comporte différents services et qu’il doit diriger et harmoniser, coordonner convenablement les formes de vie apostolique des prêtres, des religieux, des religieuses ainsi que la coopération des laïcs dans de si nombreux domaines de l’action. de l’Eglise.
Nous vous demandons d’une façon particulière de ne jamais diminuer les efforts assidus et compétents que vous apportez à la catéchèse qui doit être dispensée à tous les ordres de fidèles du Christ. Comme vous le savez, la récente assemblée du Synode général des évêques a proposé comme une urgence l’œuvre d’instruction dans la foi des baptisés, surtout les enfants et les jeunes, bien que de graves difficultés entravent parfois l’exercice de ce droit et de ce devoir de l’Eglise, difficultés qui ne peuvent être complètement abolies. Votre Délégué à cette assemblée, notre vénérable Frère Joachim Meisner, évêque auxiliaire de l’administrateur apostolique d’Erfurt-Meiningen, vous a fait ou vous fera le rapport des conclusions des délibérations du Synode et des orientations qui en sont issues.
Nous-même nous vous encourageons à vous pencher sur cet apostolat catéchétique avec la plus grande énergie, qu’il s’agisse des enfants des jeunes ou des adultes. Il faut que vous puissiez promouvoir à leur service une action pastorale, y compris au plan de la doctrine et de la culture chrétienne (Directoire général de catéchèse, n. 97 ; AAS 64, 1972, p. 156).
Nous vous demandons aussi d’assister avec un zèle infatigable et un amour paternel les adolescents qui se préparent au sacerdoce dans les trois collèges destinés à leur formation dans les limites des territoires de vos juridictions, c’est-à-dire le séminaire régional d’Erfurt, l’œuvre St Norbert de Magdeburg et le séminaire de Huysburg. Et puisque cette occasion se présente, nous vous prions de porter notre salut et notre bénédiction aux élèves de ces séminaires et de les assurer de notre souvenir fréquent dans la prière. Nous prions, en effet, pour qu’ils se préparent dignement à leurs charges futures et pour qu’en temps voulu leurs évêques les trouvent prêts à se dévouer au service de Dieu et au ministère de l’Eglise.
Vénérables Frères, à votre retour dans vos belles régions, continuez nous vous le demandons, à remplir votre service épiscopal avec ardeur, bien que la difficulté des temps y fasse obstacle. Que, sur votre route, les normes du Concile Vatican II soient comme une lumière radieuse selon le décret qui y est inclus sur la charge pastorale des évêques dans l’Eglise. Et, à propos, nous voulons mettre particulièrement en lumière la doctrine du second chapitre du décret sur le devoir d’enseigner, de sanctifier et de gouverner la portion du peuple de Dieu, confiée à chacun d’entre vous.
Quant à nous qu’il nous suffise de vous confirmer par nos prières: nous supplions Dieu que par la Vierge Marie, reine des apôtres et par l’intercession de vos saints du ciel, surtout saint Norbert, archevêque de Magdeburg, de vous affermir et de vous consoler dans votre dur labeur quotidien.
Que notre bénédiction apostolique soit l’augure et le gage de ces dons célestes : nous vous la donnons de tout cœur, à vous, vénérables frères, aux prêtres qui sont associés à votre labeur, aux religieux des deux sexes et à tous les fidèles dont vous avez la charge pastorale.
Vénérables Frères, chers Fils et chères Filles dans le Christ,
Nous vous adressons à travers le monde ce message d’estime et d’encouragement, en réponse à la demande filiale de ceux que nous avons chargé de la responsabilité de la Commission Pontificale pour la Pastorale des Migrations et du Tourisme par notre Lettre Apostolique Apostolicae Caritatis du 19 mars 1970. Parmi toutes ses tâches, cette Commission se doit d’être le signe de notre intérêt paternel envers ceux qui quittent leur maison et leur terre pour servir leurs frères, hommes et femmes sur les mers et les océans du monde (Cf. AAS 62,1970, pp. 193-197.).
Cette rencontre, dans la prière et l’étude, d’Evêques, de prêtres, de religieux et de laïcs de tous les continents, en un Congrès mondial de l’Apostolat de la Mer, le XVI° dans l’histoire mais le premier à se tenir en dehors de l’Europe, est une expression concrète de cet intérêt.
A l’occasion de votre dernier Congrès mondial, nous accueillons ; « avec intérêt votre recherche pour saisir le ‘nouvel âge‘ dans lequel entre le monde maritime, à la suite de ses transformations techniques qui font surgir un nouveau ‘type de marin‘ » (Allocution au XV° Congrès mondial de l’Apostolat de la Mer : AAS 64, 1972, p. 602.).
L’étude de ce « nouvel âge » a révélé à l’époque une situation si différente de celle qui existait lors de la fondation de l’Apostolat de la Mer, il y a cinquante-cinq ans, que unanimement l’on s’est accordé pour choisir comme thème du présent Congrès : « L’évangélisation du monde maritime ».
En 1922, le centre majeur d’intérêt était la préoccupation pastorale de cette grande majorité de marins chrétiens qui composaient alors le monde maritime. Aujourd’hui, sans pour autant laisser de côté le service spirituel réclamé par le Concile Vatican II pour ceux « qui, en raison de leur situation, ne peuvent bénéficier suffisamment du ministère pastoral ordinaire et commun des prêtres de paroisse, ou en sont totalement privés » (Décret Christus Dominus, n. 18.), l’Apostolat de la Mer doit faire face à une nouvelle situation : les navires marchands et les flottes de pêche du monde, se sont considérablement développés depuis les premières heures de la mission de la mer. Elles comportent maintenant un nombre imposant et toujours croissant de marins qui ont encore à entendre et comprendre le message de l’Evangile. « Révéler Jésus-Christ et son Evangile à ceux qui ne le connaissent pas, tel est, depuis le matin de la Pentecôte, le programme fondamental que l’Eglise a assumé comme reçu de son Fondateur » (Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 51.).
En étudiant comment réaliser cette première annonce de la Parole à ceux qui sont « loin », vous êtes confrontés à un problème complexe : dans une communauté mondiale internationale constamment itinérante, l’Apostolat de la Mer n’a pas seulement à porter la Bonne Nouvelle de Jésus à cette immense multitude actuelle de marins appartenant à des religions non-chrétiennes « que l’Eglise respecte et estime, car elles sont l’expression vivante de l’âme de vastes groupes humains, qu’elles portent en elles l’écho de millénaires de recherche de Dieu... (et) qu’elles possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux » (Ibid., n. 53.), mais encore à un nombre toujours plus grand de gens qui, par suite des influences sécularisantes de la vie moderne, se disent athées ou non-croyants, comme à ceux qui, baptisés, vivent, pour les mêmes raisons, pratiquement en dehors de la vie chrétienne (Cf. ibid., n. 55.). Enfin, aussi parmi les simples marins et les pêcheurs, il y a ceux qui, tout en possédant une certaine foi n’ont reçu qu’une connaissance imparfaite de ses fondements (Cf. ibid., n. 52.).
Pour remplir cette tâche, pour parvenir à cette nouvelle orientation, vos rencontres régionales préparatoires ont analysé le problème à partir de quatre questions principales soumises maintenant à l’examen de ce congrès : qui évangéliser ? qui sont les évangélisateurs ? quel est le message à annoncer ? et comment celui-ci doit-il être annoncé ? Pour répondre à la première question, vous entendez considérer les diverses catégories de personnes mentionnées ci-dessus de même que les structures propres au monde de la mer, de façon à ce que tout soit restauré dans le Christ.
Au sujet de la seconde question, vous entendez regarder de près le rôle respectif des Evêques comme premiers pasteurs, des prêtres comme partageant leur ministère, des diacres comme leurs intimes collaborateurs, des religieux avec leur charisme spécifique et des laïcs, et spécialement des marins eux-mêmes, avec leur vocation propre dans l’évangélisation de leur milieu. En ce secteur, un usage prudent pourrait être fait des ministères qu’il est possible de confier aux laïcs.
Le message à annoncer est celui du salut lui-même, la Parole de Dieu, humainement et spirituellement libératrice à travers le Christ et son Eglise.
Enfin, étudiant comment le message doit, être transmis, vous soulignerez la place irremplaçable de l’authentique témoignage chrétien.
C’est lui qui ouvre la voie à un dialogue évangélisateur fécond, poursuivi avec l’égard dû aux convictions personnelles et dans le grand respect de tout ce qu’il y a de bon dans les autres religions et les autres idéaux qui animent les marins. Le temps que ces derniers passent en mer devenant toujours plus long, il importe que votre ingéniosité apostolique s’applique à utiliser encore mieux les moyens de communication sociale. Pour autant, l’intérêt des communautés chrétiennes de terre envers les marins doit toujours être entretenu et même développé : on ne dira jamais assez la valeur évangélique de la vraie hospitalité chrétienne.
Enfin, vous savez l’obstacle que représente, pour l’évangélisation d’un monde mouvant comme le monde maritime, encore plus que pour d’autres, la division des Eglises qui se réclament du Christ : l’unité des chrétiens reste bien le test de la crédibilité de la foi au Christ. Nous encourageons donc chaleureusement tout ce qui est entrepris pour avancer vers cette unité sans confusion ni impatience.
En vous assurant de nos vœux et de nos prières pour le succès de ce travail que vous avez organisé vous-mêmes dans le grand port international de Hong Kong, et de notre vif intérêt pour ses résultats, Nous sommes heureux de vous accorder, chers Frères, chers Fils et chères Filles dans le Christ, ainsi qu’à tous les marins du monde et à leurs familles, notre fervente bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 1er décembre 1977.
paulus PP. VI
Le Saint-Père a reçu en audience, le jeudi 1er décembre, un groupe d’Evêques de la Conférence Episcopale Suisse venus a Rome pour leur visite « ad limina ». Autour de leur Président, Mgr. Pierre Niamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, se trouvaient NN. SS. Gabriel Bullet, auxiliaire, Otmar Mader, évêque de St-Gall, ainsi que son prédécesseur Jos. Aster, Gius. Martinoli, évêque de Lugano, Henri Schwery, évêque de Sion et Otto Wust, évêque auxiliaire de Baie. Etaient également présents les R.P. Abbés Dom Georg Holzherr de Einsiedeln et Mgr Henri Satina de St-Maurice.
Mgr Mamie a adressé au Souverain Pontife une adresse d’hommage. Le Pape a répondu, en français, par le discours suivant.
Chers Frères dans le Christ,
Soyez remerciés pour ces paroles qui témoignent d’une confiance affectueuse envers notre Personne, d’un ferme attachement au Siège de Pierre. Et soyez les bienvenus dans cette Maison du Pape, dans cette Cité de Rome qui constitue notre diocèse. Non seulement vous venez y accomplir en commun le pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul et la visite à leur Successeur; mais vous avez choisi la Ville éternelle comme siège de la cent cinquante huitième conférence des Evêques suisses, marquant par là votre souci de réfléchir à vos responsabilités pastorales, en harmonie avec ce centre de l’unité et dans le voisinage des Dicastères romains, consacrés aux besoins communs de l’Eglise universelle. De cet esprit, de cet exemple de « Sensus Ecclesiae », nous vous félicitons et nous vous remercions. Nous formons des vœux chaleureux pour le ministère de chacun d’entre vous, spécialement de ceux qui ont reçu tout récemment la charge épiscopale.
Notre propos n’est point d’ajouter à vos préoccupations déjà lourdes, ni de nous substituer à vous dans la recherche et l’adoption de mesures opportunes, aptes à promouvoir la fidélité et le dynamisme apostolique de vos communautés chrétiennes. Les comptes rendus de vos fréquentes « conférences », l’analyse détaillée du volumineux rapport préparé pour cette visite manifestent un tour d’horizon minutieux des problèmes, auxquels vous vous attachez à faire face. Nous sommes heureux d’observer avec vous la vie de l’Eglise en Suisse, d’en éclairer la marche, en soulignant quelques efforts qui nous paraissent particulièrement importants.
Tout d’abord, sans négliger vos responsabilités proprement diocésaines, vous êtes soucieux d’organiser, entre les différentes régions linguistiques, une collaboration d’autant plus méritoire qu’elle demeure difficile, étant donné la diversité des langues, des cultures, des traditions très enracinées, dans un terroir marqué par le régionalisme des cantons et dont il ne s’agit point, bien sûr, de perdre la sève locale. Cet effort de communion dans vos projets pastoraux s’inscrit dans le cadre de votre cher pays, qui a toujours su harmoniser dans la paix, au niveau fédéral, la communauté de destin, et le bien particulier. Nous encouragerons cette coordination nécessaire pour vous, face à des problèmes qui, aujourd’hui, deviennent très vite similaires. Le Saint Siège n’a pas jugé opportun de retenir le projet d’un « Conseil pastoral national » pour les raisons que vous connaissez, et nous vous savons gré d’avoir loyalement fait comprendre au peuple chrétien le sens d’une telle décision, prise non seulement dans l’intérêt de l’Eglise universelle, mais dans l’intérêt de l’Eglise qui est en Suisse. Il reste à chercher, en accord avec le Saint-Siège et selon les exigences canoniques, la voie la plus opportune et la plus sûre pour établir un style de collaboration fructueuse entre les services diocésains et inter-diocésains, sous l’autorité de la Conférence des Evêques, responsables en dernier ressort de l’unité et de l’authenticité de la pastorale.
Vous êtes confrontés, en Suisse comme ailleurs, à un certain nombre de questions nouvelles ou d’initiatives qui demandent intérêt et mûre considération. Il faut en effet annoncer l’Evangile dans le contexte actuel, dans des termes qui puissent atteindre les nouvelles générations; il importe de trouver la meilleure façon de prier et de célébrer ; les chrétiens doivent donner un témoignage de charité et de justice adapté aux besoins d’aujourd’hui. Autour de vous, des laïcs et des prêtres manifestent en ces domaines un zèle très actif. Le Synode suisse de 1972 a donné maints exemples de cette vitalité. Il reste qu’il s’agit souvent de questions délicates : leurs solutions, pour être fructueuses et durables, doivent toujours tenir compte de nombreux éléments qui peuvent échapper à tel individu ou à tel groupe spécialisé, même bien intentionné : la réponse aux divers besoins religieux, avec le respect des sensibilités légitimes, et le souci missionnaire de l’adaptation ne prennent évidemment leur sens que situés dans la fidélité à la Révélation, à l’ensemble des énoncés du Magistère, aux règles canoniques, aux décisions du Saint-Siège, à la doctrine sûre des théologiens. En fonction de tous ces éléments, « nova » et « vetera » comme vous l’avez si bien rappelé, il vous appartient non seulement de veiller à la valeur des efforts proposés ou entrepris, mais de former vos coopérateurs à cette appréciation. Le Concile Vatican II, et les applications autorisées qui en ont résulté, tracent le cadre de pensée et la voie sûre à suivre. Ceux qui les négligent ou veulent les contrecarrer, en invoquant la fidélité au passé, sont infidèles à la mission de l’Eglise aujourd’hui et à sa responsabilité pour demain; ceux qui les outrepassent pour suivre leur propre inspiration édifient sur le sable une Eglise sans racine. Les uns et les autres portent préjudice à l’unité et à la crédibilité de l’Eglise: nous ne cessons de le dire avec netteté.
Nous sommes réduits, faute de temps, à n’évoquer que quelques secteurs où se déploie la vitalité de l’Eglise en Suisse. Grâce à un intense travail de préparation et d’animation, la liturgie rénovée connaît chez vous un bel essor, avec une heureuse participation du peuple. C’est encourageant. Gardez-lui son premier rôle qui est la gloire du Seigneur et l’expression festive du Salut. Nous espérons que les catholiques de Suisse pourront tirer un grand profit du document pastoral que votre Conférence est en train de mettre au point sur le « dimanche des chrétiens ». Nous pensons aussi aux louables efforts réalisés pour une meilleure préparation aux sacrements. A ce sujet, les normes qui sont édictées par le Siège Apostolique garantissent l’authenticité et l’équilibre de ce renouveau, en évitant que des éléments importants ne soient négligés, comme par exemple la confession individuelle des péchés, y compris celle des enfants qui se disposent à communier. Il faut que les pasteurs en comprennent le bien-fondé et lui consacrent la place et le temps nécessaires.
La préparation au ministère presbytéral demande évidemment de grands soins et vous en mesurez, comme nous, les exigences théologiques, spirituelles et pastorales que la « ratio institutionalis sacerdotalis » a pour but de fixer. L’institution du diaconat permanent et l’appel aux divers ministères ecclésiaux non ordonnés, qui peuvent être très bénéfiques, sont inséparables de l’éveil et du soutien des vocations sacerdotales, qu’il vous revient aussi d’encourager. Dans le service de la communauté diocésaine unifiée autour de son Evêque, l’Eglise a grand besoin des uns et des autres, chacun à sa place, comme elle a besoin, en même temps que de fonctions tenues par des hommes, d’une large participation féminine en de nombreux domaines de la pastorale où cet apport est irremplaçable.
Pour tous, prêtres et laïcs, une formation doctrinale approfondie, jointe à la prière, peut seule permettre de faire face, avec l’intelligence et la rigueur qui conviennent, aux remises en question provoquées par les mutations de civilisation, accentuées par les mass-media. Nous avons beaucoup apprécié, en son temps, l’œuvre, la sagesse et le sens ecclésial du vénéré Cardinal Charles Journet, qui demeure pour nous tous un exemple du théologien fidèle et ouvert. Les théologiens ont en effet une énorme responsabilité dans l’Eglise : puissent-ils ne jamais oublier qu’ils assument une des plus hautes fonctions au service du peuple de Dieu et que leur première règle est de situer leur recherche et leur enseignement à l’intérieur de la foi ! S’ils venaient à l’oublier, que la communauté chrétienne soit dûment avertie des exigences de la vérité : c’est une question non seulement de discipline ecclésiastique, mais de loyauté. Nous sommes heureux de penser que vous disposez, grâce notamment aux Facultés de Théologie de Fribourg et de Lucerne, de possibilités avantageuses pour répondre aux exigences d’aujourd’hui. Outre les prêtres, de nombreux laïcs, en particulier des catéchètes, ont pu déjà bien approfondir leur foi. C’est très important pour eux-mêmes et pour leurs frères. Nous pensons aux jeunes, dont la persévérance, disons plutôt l’épanouissement spirituel, a besoin d’une nourriture solide et d’une expérience de vie chrétienne communautaire.
Nous apprécions aussi la part que vous prenez, comme Evêques, à l’éducation des consciences. Ce faisant, vous aidez à la fois la rectitude morale des croyants, inséparable d’une foi sincère, et l’assainissement des mœurs de la société. Les récentes circonstances vous ont ainsi amenés à préciser, avec clarté et fermeté, le respect dû à toute vie humaine. Et nous sommes sûr que vous trouverez les moyens de poursuivre cette éducation de la meilleure façon, sans détacher le point en question des autres exigences de la maîtrise de soi dans l’amour conjugal, de la vie familiale, de la sainteté du mariage. Vous n’omettez pas non plus de développer le sens de la justice, de la paix, de la pauvreté évangélique, du partage, de la solidarité dans le développement des peuples moins favorisés: vos efforts ne sont pas vains, si l’on en juge, pour ne citer qu’un exemple, par la générosité des collectes de Carême.
Certains secteurs posent des problèmes plus aigus chez vous. Le voisinage quotidien des confessions catholique et protestante, notamment dans les foyers de religion mixte, vous incite à pratiquer un oecuménisme sage, à l’intérieur des orientations données par le Saint-Siège pour garantir le bien spirituel des conjoints. Un certain nombre se sont engagés dans cette voie avec beaucoup d’ardeur pour retrouver l’unité voulue par le Christ. Puisse cet oecuménisme, pour l’ensemble des chrétiens, se solder, non par l’indifférentisme ou l’éclectisme, mais par une émulation dans la recherche de la Vérité, vécue dans une vraie charité, par une commune croissance dans la foi et par un souci renforcé d’éduquer les jeunes à une foi exigeante !
La présence des migrants étrangers, venus en Suisse pour travailler, suscite aussi des questions difficiles. L’Eglise a beaucoup contribué à ce qu’ils trouvent l’accueil et la compréhension qu’ils méritent, et aussi l’aide spirituelle dont ils ont besoin, et qu’apportent avec générosité de nombreux missionnaires, « pères spirituels » comme vous avez dit : nous encourageons ceux-ci à travailler en étroite coopération avec vous. Votre pastorale ne peut non plus ignorer le gros afflux de touristes que vous valent la tradition hospitalière et la beauté de votre pays. Nous pensons enfin à la ville de Genève, internationale par excellence, grâce à la présence d’institutions intergouvernementales ou non-gouvernementales dont la plupart dépendent des Nations Unies ; nous recommandons vivement à votre impulsion pastorale l’apostolat spécial que vos prêtres et militants laïcs peuvent offrir aux chrétiens de ces milieux qui portent d’énormes responsabilités au service du monde. Nous arrêtons là une énumération de secteurs pastoraux où nous savons bien que votre zèle est à l’œuvre. Ils demandent sans doute des institutions bien organisées, mais plus encore un esprit imprégné de l’Evangile et une grande confiance en la grâce de Dieu. « Je suis avec vous » dit le Seigneur: telle est la parole réconfortante que ses apôtres doivent sans cesse se rappeler.
Que l’Esprit Saint vous éclaire et vous soutienne sur ce vaste chantier où il vous appelle à semer le grain de la Bonne Nouvelle et à veiller à sa croissance, même si vous n’avez pas aussitôt la joie de la moisson !
Pour nous, ce n’est pas sans émotion que nous nous souvenons de notre voyage à Genève, de notre visite à l’Organisation Internationale du Travail, au Conseil Oecuménique des Eglises, de notre contact avec les autorités helvétiques et avec le peuple chrétien de Genève. Oui, nous avons apprécié l’accueil de vos compatriotes, comme nous apprécions quotidiennement ici le service dévoué et ponctuel des Gardes suisses. Que Dieu bénisse votre pays !
Portez à vos prêtres, religieux, religieuses et laïcs notre salut affectueux et la bénédiction apostolique que nous vous donnons de grand cœur !
Le Pape Paul VI a reçu en audience, le lundi 5 décembre, les Evêques français de la région apostolique de l’Est. Autour de leur président Mgr P. J. Schmitt, évêque de Metz se trouvaient l’archevêque de Besançon et son auxiliaire, les Evêques de Strasbourg et son auxiliaire, Verdun, Saint-Dié, Nancy et son auxiliaire, Dijon et Saint-Claude. Répondant à l’adresse de Mgr P. J. Schmitt, le Saint-Père a prononcé en français, le discours suivant :
Chers Frères dans le Christ,
Vous savez avec quels sentiments d’affection et quelle volonté d’encouragement nous avons accueilli vos Confrères de l’Episcopat français au cours de leurs visites « ad limina ». Nous avons d’ailleurs été sensible au témoignage que le Président de votre Conférence a bien voulu en donner tout récemment à Lourdes. Oui, Nous avons la simplicité de vous le confier : Nous aimons profondément tous nos Frères les Evêques, si nombreux, si divers et si unis. Les recevoir constitue l’une de nos plus grandes joies. C’est le charisme de Pierre qui s’exerce, celui du Frère aîné qui réfléchit avec ses Frères, celui du Père entouré de nombreux enfants.
Notre demeure, notre cœur, tout ce que nous sommes est à vous en ce moment. Notre communion à vos charges pastorales n’est pas un vain mot. Nous rejoignons vos diocèses de l’Est, Besançon, Dijon, Metz, Nancy, Saint-Claude, Saint-Dié, Strasbourg et Verdun. Leur visage nous est devenu plus proche et plus précis grâce à vos rapports quinquennaux rédigés avec un soin qui dénote votre passion de l’évangélisation.
Nous serions tenté de vous dire que nous avons déjà exprimé l’essentiel de ce que nous tenions à confier aux Evêques de France, lors des huit visites qui ont précédé la vôtre. Tant de problèmes se recoupent du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest ! Aujourd’hui, il nous est apparu que nous pourrions résumer nos impressions générales sur le catholicisme français, méditer avec vous sur la mission épiscopale et adresser, à travers vous, un appel personnel aux diverses catégories du peuple de Dieu confié à vos soins, aux forces apostoliques, réelles ou en germe ,que recèlent vos diocèses et que décrit en détail votre rapport régional.
1. Depuis quelque temps, nous avons donc eu bien des occasions d’évaluer la vitalité du catholicisme français. Nous avons senti la loyauté, le zèle et l’espérance pascale de nombreux Pasteurs, mais aussi leurs préoccupations, leurs souffrances, osons le dire : une certaine lassitude.
Pourquoi le taire, puisque vous aimez l’authenticité ? Depuis la deuxième guerre mondiale, l’Eglise qui est en France, traverse comme d’autres, une crise profonde, et manifeste dans cette mutation, une certaine fatigue spirituelle. Ce n’est pas le moment de retracer ici la genèse de la situation actuelle. En simplifiant à l’extrême, évoquons pour le premier quart de siècle, la période des « oeuvres », marquée par souci de préservation ; ensuite la période de l’éclosion de l’Action catholique, participation ardente à l’apostolat hiérarchique, temps des conquêtes espérées. Ces périodes étaient aussi celles du réveil de la conversion, de grandes personnalités catholiques s’imposant par la rigueur de leur pensée, par la profondeur de leur engagement spirituel et apostolique : nous avons personnellement gardé un attachement admiratif à nombre d’entre eux.
La période présente ne manque pas d’aspects positifs. Avec raison, on se montre très sensible à l’incroyance, on se préoccupe spécialement de rejoindre le monde des travailleurs et des pauvres, et aussi de faire face à la mutation culturelle qui affecte la foi de beaucoup, des milieux scientifiques aux plus jeunes générations. Tout cela est évangélique, à condition de ne pas laisser pour compte la masse des fidèles, qui ont un rythme différent et qui, de toute manière, ont besoin eux aussi de ministère pastoral et de structures qu’il importe de rénover plutôt que de supprimer : paroisses, séminaires, couvents, mouvements spécifiquement catholiques. Sinon, le risque existe de voir se développer encore des positions extrêmes qui ne servent pas la cause du Royaume. Certains adoptent en effet un esprit critique d’avant-garde, même dans des revues catholiques ou d’origine chrétienne qui bouleverse parfois les données certaines de la théologie, de la spiritualité, de l’éthique, de l’apostolat. D’autres se raidissent, mais pour faire revivre, de façon stérile et périlleuse, une mentalité comparable à celle de l’« Action française ». Tout ceci ne saurait faire oublier la somme de recherches bénéfiques, d’expériences intéressantes, qui témoignent d’une générosité évidente et de la santé foncière du peuple de Dieu. Mais nous sommes très conscient, comme vous-mêmes, de réalités préoccupantes, par exemple : le problème des vocations et de la formation au sacerdoce, ici ou là des « liturgies » inadmissibles, une apathie spirituelle de prêtres, de religieux et religieuses, une évolution surprenante de tel ou tel mouvement d’action catholique, l’admission, chez des personnalités ou des organismes officiellement catholiques, d’hypothèses ou de pratiques manifestement contraires à la foi ou à l’éthique chrétienne, et nous avons le courage d’ajouter : un certain complexe anti-romain, selon le titre d’un ouvrage récent. Personnellement nous éprouvons devant tout cela un étonnement douloureux, que d’aucuns prennent parfois pour un manque d’information ou de compréhension.
Nous savons pertinemment que vous avez tout le mérite et la lourde charge de faire face vous-mêmes à ces mutations sociales et ecclésiales, qui s’accompagnent d’une crise intellectuelle et spirituelle. Quelle parole prononcer pour vous « affermir », comme le Christ l’a demandé au premier Responsable du Collège apostolique ? Ni celle de la nostalgie, ni celle de la peur, mais une invitation très ardente et très confiante à reprendre la voie assurée de l’Eglise catholique, de l’Eglise qui s’est si bien définie au Concile Vatican II, de l’Eglise de toujours. L’Eglise a fréquemment été en crise, plus ou moins. L’histoire nous le montre à chaque siècle et plusieurs fois par siècle. Aujourd’hui même, bien des pays connaissent des tourmentes graves, voire des persécutions. Aucune de ces crises n’est souhaitable, mais aucune n’a été inutile. Bien souvent, elles ont suscité un approfondissement du mystère de l’Eglise — qui sera toujours le déploiement du mystère salvifique du Christ en sa Passion et sa Résurrection — et une floraison de nouveaux disciples. N’en est-il pas, dans l’Eglise au souffle de l’Esprit, un peu comme dans la nature au retour du printemps. Notre prédécesseur Jean XXIII avait raison d’y croire. Ce printemps viendra. Il faut encore supporter l’hiver. Croyez bien que nous en savons quelque chose, au poste où Dieu nous a placé. Nous n’avons pas de meilleure parole à vous redire que celle du Christ lui-même : « Je serai avec vous jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). Ensemble, laissons cette promesse, destinée d’abord aux Apôtres et à leurs Successeurs, résonner dans nos cœurs et les fortifier !
2. Attardons-nous un instant à votre fonction épiscopale. Plus les temps sont difficiles, plus les chrétiens doivent pouvoir s’appuyer sur le roc. L’Evêque, jadis plus distant, est devenu très proche de son peuple. Qui nierait le bénéfice de cette proximité, de cette simplicité, de cette écoute ? Pourtant l’Evêque doit éviter de se laisser totalement absorber par les « partages » qu’on exige de lui : il arrive qu’ici ou là, des prêtres et des laïcs demandent trop à leurs Evêques. Et surtout, l’Evêque doit garder sa personnalité de Guide, évitant de se laisser mettre en condition par les interlocuteurs d’aujourd’hui, de fléchir devant les impressions du moment. Pourquoi ? Parce qu’il est, à un titre spécial, le Témoin de la fidélité à l’Eglise, aussi loin qu’elle s’enracine dans le passé, et le Pasteur chargé de voir où, à long terme, il doit mener les brebis. Les critiques, certes, ne lui seront pas épargnées, mais il aura au moins la satisfaction d’avoir accompli sa mission d’Apôtre : c’est en cela que réside le prestige de son ministère.
Nous retenons pour vous deux fonctions fondamentales : Docteur de la foi et Bâtisseur d’unité.
C’est d’abord dans le domaine de la foi que vous exercez la mission de Docteur, de Guide. Cela suppose pour vous la liberté de penser, de lire, de méditer personnellement et d’écrire. Cela suppose aussi le concours de vos prêtres, l’aide de théologiens qui soient vraiment des « Maîtres » de doctrine, et le conseil d’experts qui doivent demeurer à leur place, dans leur compétence. Les « bureaux » spécialisés sont à votre service : leur apport qualifié laisse entière la nécessité de votre vision d’ensemble et de votre responsabilité. Ainsi vous pouvez dispenser la nourriture solide dont le Peuple de Dieu a besoin — la recherche continuelle ne tient pas lieu de doctrine ! — et aider au discernement nécessaire des initiatives.
Vous êtes appelés aussi à construire l’unité. Nous-même avons reconnu, à certaines conditions, le bienfait de communautés ecclésiales de base à dimensions plus humaines (cf. Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n. 58). Mais actuellement les familles catholiques ont tendance à fabriquer des clans dans l’Eglise, qui hésitent à communiquer et à communier sur l’essentiel. Dans le même temps, on nourrit avec raison des projets d’œcuménisme, on veut travailler au rapprochement et à l’unité des peuples. « Médecin, guéris-toi toi-même ». Cette unité doit commencer entre catholiques, entre forces sacerdotales et apostoliques de la paroisse, du diocèse, de la région. Et elle doit se faire autour des Evêques. Nous savons le zèle que vous y déployez.
Déjà, entre vous, vous poursuivez un travail communautaire intense, aux plans de la région et de la Conférence épiscopale. L’Assemblée de Lourdes est chaque année l’occasion de révisions de vie fraternelle et d’engagements communs sur les grands objectifs pastoraux. Que ce soit pour tous vos fidèles, en quête de vérité et d’unité, une source de réconfort et de lumière !
3. Mais vous n’êtes pas seuls ! Plus de cinq mille prêtres coopèrent à votre charge de l’Evangile dans votre région de l’Est. Vous leur transmettrez notre intime conviction : Evêques et prêtres de ce temps sont plus que jamais appelés à la sainteté. La sainteté ne saurait supprimer les qualités humaines, la formation permanente et toutes les techniques apostoliques, mais elle les transcende ; elle reste la médiation la plus courte et la plus étonnante pour faire rencontrer Dieu. L’Eglise a surtout besoin de pasteurs qui brillent par leur sainteté. Ce sont de tels prêtres qui peuvent éveiller un projet de vie sacerdotale chez les jeunes d’aujourd’hui. Car bien des jeunes — les preuves ne manquent pas — sont capables de vivre le sacerdoce tel que l’Eglise latine le conçoit.
Aux prêtres, que nous appelons volontiers nos amis, à la suite du Christ, nous disons : n’ayez pas peur ! Relevez la tête ! Vous avez le mérite d’affronter plus que d’autres l’indifférence religieuse et vous en souffrez. Mais votre vie donnée au Christ demeure votre chance. Soyez vous-mêmes ! Appréciez votre sacerdoce, la confiance que vous fait l’Eglise, la grâce incomparable que vous donne le Christ de participer à sa Mission ! Ravivez le don spirituel qui est en vous (cf. 1 Tm 4, 14) !
Aux dix mille religieux et religieuses de vos diocèses, qu’ils soient dans les cloîtres ou qu’ils participent à l’apostolat, nous disons : ne craignez pas d’être reconnus partout comme disciples de Jésus-Christ : le monde chrétien, le monde indifférent ou athée ont besoin de témoins qui s’affirment tels ! Investissez vos talents en priorité dans des tâches d’apostolat ecclésial : il y a tant de travail pour les « ouvriers » dont parlait Jésus pour sa moisson ! Maintenez un grand esprit de famille et donc de communauté digne de ce nom, où à travers des expériences sans doute différentes, religieux et religieuses témoignent d’unité et de charité. Ce serait une erreur de délaisser ce témoignage communautaire, inhérent à la vie religieuse. La relève des vocations préoccupe sans doute gravement chacun et chacune : si les jeunes ont pu être éloignés par un certain style de vie que le Concile Vatican II vous a invités à renouveler, les adaptations excessives ne les attirent pas davantage, si elles sont des concessions à l’esprit du monde.
Puissent-ils rencontrer en vous des passionnés de Jésus-Christ et de son œuvre ! Sachez bien l’admiration et la confiance du Pape !
Aux laïcs chrétiens de vos diocèses, nous disons : aimez l’Eglise, soyez heureux et fiers de travailler, en elle, à ce que l’Evangile pénètre les réalités familiales, professionnelles, sociales. Que les militants gardent leur dynamisme apostolique articulé sur une vie de foi approfondie, sans laquelle leur engagement aurait la fragilité et la partialité des entreprises purement humaines ! Que leur action soit catholique, ecclésiale ! Et que tous se sentent accueillis, invités à prendre place, à devenir actifs dans les communautés chrétiennes : beaucoup attendent sur la place du village, qui sont appelés à la vigne du Seigneur (cf. Mt 20, 1-7) !
Enfin, nous tenons à exprimer aux jeunes de vos diocèses et de France notre particulière affection et notre confiance. Nous comprenons leurs insatisfactions et leurs souffrances, dans une société dont les structures multipliées et compliquées, l’esprit de compétition et de profit, de gaspillage et de jouissance, les déçoivent, les étouffent ou les révoltent. Certes, ils sont appelés à changer cette société trop matérialiste. Mais leur combat, lorsqu’ils y consentent, est trop souvent animé par des slogans et des techniques de durcissement, de violence, qui défigurent leur visage humain et chrétien et compromettent les causes qu’ils voudraient défendre. Que les jeunes de France se lèvent ! Sans fuir les problèmes de ce temps qu’ils se remettent en route vers les sources du vrai bonheur : le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu que tant de convertis français, appartenant à tous les milieux, à travers tant d’hésitations et de luttes, intérieures, ont embrassé pour toujours ! Cela est possible ! Nous savons que, sans diminuer l’importance de la recherche d’action apostolique, des groupes de prière et de réflexion se multiplient parmi les jeunes. A Lourdes, les pèlerinages de jeunes connaissent un succès croissant. Que de hauts-lieux en France ont à retrouver et à adapter leur vocation de sources de foi, d’espérance et d’amour ! De telles expériences, loin de « démobiliser » les jeunes selon l’expression fréquente aujourd’hui, leur donnent les vraies « raisons de vivre ».
Il est temps de nous résumer. Après le bouillonnement apostolique des dernières décades, l’Eglise en France a besoin d’approfondir et d’équilibrer le rapport action-contemplation. Cette conviction personnelle ne rejoint-elle pas celle de votre dernière Assemblée de Lourdes ? Nous prions Dieu et la Vierge Marie de donner aux chrétiens de France et à leurs pasteurs le calme et la vigueur, le discernement et la persévérance nécessaires aux ouvriers de l’Evangile. Que l’Esprit Saint, qui sanctifie toutes choses, soude de plus en plus les communautés, spécialement à l’occasion des eucharisties dominicales, expression et source de la vie ecclésiale ! Frères très chers, nous attendons beaucoup de votre région et de la France ! Avec notre affectueuse bénédiction apostolique.
Message pour la Journée mondiale de la Paix du 1er janvier 1978.
Au monde, à l’humanité entière Nous osons adresser encore une fois le mot doux et solennel de Paix. Ce mot nous oppresse et nous exalte. Il n’est pas à nous, il descend du royaume invisible, le royaume des deux ; nous en percevons la transcendance prophétique et elle ne s’éteint pas sur nos lèvres qui lui prêtent voix: « Paix sur la terre aux hommes objet de la bienveillance divine ! » (Lc 2, 14). Oui, Nous le répétons, la paix doit exister ! La paix est possible !
Voici le message, voici la grande annonce, dans sa nouveauté toujours renouvelée, voici l’Evangile qu’à l’aube du nouveau cycle sidéral, l’an de grâce 1978, Nous devons encore proclamer pour tous les hommes: la paix est le don offert aux hommes, et ce don, ils peuvent, ils doivent l’accueillir, et le placer au point le plus haut de leurs esprits, de leurs programmes, de leurs espoirs, de leurs joies.
La paix, rappelons-le tout de suite, n’est pas un songe purement idéaliste, ce n’est pas une utopie, attrayante certes mais stérile et impossible à atteindre. C’est au contraire et ce doit être une réalité, une réalité mouvante, à engendrer de nouveau à chaque époque de la civilisation, comme le pain dont on se nourrit, fruit de la terre et de la divine Providence, mais aussi oeuvre du travail de l’homme. De même aussi, la paix n’est pas un état d’apathie publique dans lequel celui qui en jouit est dispensé de toute attention et préservé de tout dérangement, et peut se laisser aller à une béatitude stable et tranquille, plus faite d’inertie et d’hédonisme que de force vigilante et agissante. La paix est au contraire un équilibre qui s’appuie sur le mouvement et déploie de continuelles énergies d’esprit et d’action ; c’est une force intelligente et vivante.
C’est pourquoi, au seuil de cette nouvelle année 1978, Nous supplions encore tous les hommes de bonne volonté, tous les responsables de la conduite collective de la vie sociale, les hommes politiques, les penseurs, les écrivains, les artistes, les inspirateurs de l’opinion publique, les maîtres d’école, d’art, de prière, et aussi ceux qui conçoivent comme ceux qui réalisent le marché mondial des armes, tous Nous les supplions de se remettre, avec une généreuse honnêteté, à réfléchir sur la paix dans le monde, et cela aujourd’hui !
Il Nous semble que deux phénomènes capitaux s’imposent à l’attention de tous, et l’emportent aisément dans l’évaluation de la paix elle-même.
Le premier est magnifiquement positif : il est constitué par le progrès dans l’évolution de la paix. La paix est une idée qui acquiert du prestige dans la conscience de l’humanité; elle va de l’avant, et elle précède et accompagne en même temps l’idée du progrès qui est celle de l’unité du genre humain. L’histoire de notre temps, et cela est tout à sa gloire, est parsemée des fleurs d’une splendide documentation en faveur de la paix, pensée, voulue, organisée, célébrée et défendue : Helsinki le montre. Et ces espérances se trouvent confirmées par la prochaine session spéciale de l’Assemblée générale de l’O.N.U., consacrée au problème du désarmement, comme aussi par les nombreux efforts de grands et d’humbles artisans de la paix.
Personne, aujourd’hui n’ose plus soutenir, comme principes de bien-être, et de gloire, des programmes déclarés de lutte meurtrière entre les hommes, c’est-à-dire de guerre. Même là où les expressions communautaires d’un légitime intérêt national, s’appuyant sur des titres qui semblent coïncider avec les raisons prévalentes du droit, ne réussissent pas à s’imposer par les chemins de la guerre comme voie de solution, on a encore l’espoir de pouvoir éviter le recours désespéré aux armes, qui s’avère plus que jamais follement homicide et destructeur. Mais actuellement la conscience du monde est horrifiée par l’hypothèse que notre paix ne soit qu’une trêve, et qu’une conflagration démesurée puisse être soudainement déchaînée.
Nous voudrions être en mesure de dissiper ce terrible cauchemar qui nous poursuit, en proclamant à haute voix l’absurdité de la guerre moderne et l’absolue nécessité de la paix, fondée, non pas sur la supériorité des armes, dotées aujourd’hui d’un potentiel de guerre infernal — souvenons-nous de la tragédie du Japon — ni sur la violence structurelle de régimes politiques, mais sur la pratique patiente, rationnelle et solidaire de la justice et de la liberté, comme les grandes institutions internationales d’aujourd’hui s’attachent à la promouvoir et à la défendre. Nous avons confiance que les enseignements magistraux de nos grands Prédécesseurs, Pie XII et Jean XXIII, continueront d’inspirer, sur ce point fondamental, la sagesse des maîtres modernes et des hommes politiques contemporains.
Mais Nous voulons évoquer maintenant un second phénomène, négatif celui-là, et qui coexiste avec le premier : c’est celui de la violence, passionnelle ou cérébrale. Ce phénomène se répand dans la trame de notre civilisation moderne, profitant des facilités dont bénéficie le citoyen dans son activité pour attaquer et frapper, habituellement avec traîtrise, le citoyen-frère qui fait obstacle légalement à son propre intérêt. Cette violence, que nous pouvons aussi appeler privée, même si elle est astucieusement organisée en groupes clandestins et factieux, prend des proportions préoccupantes, au point de devenir une habitude. On pourrait lui donner le nom de délinquance, à cause des expressions anti-juridiques qu’elle revêt, mais les manifestations qu’elle déploie depuis quelque temps et en certains milieux, exigent une analyse propre, très diversifiée et difficile. Elle provient d’une décadence de la conscience morale, non éduquée, non assistée, imprégnée généralement de pessimisme en ce qui concerne la société, qui a éteint dans l’esprit le goût et les exigences de l’honnêteté professée pour elle-même, et aussi ce qu’il y a de plus beau et de plus heureux dans le cœur humain, l’amour véritable, noble et fidèle. Bien souvent la psychologie de celui qui est violent se développe à partir d’une racine perverse de l’idée de vengeance, et donc d’une justice insatisfaite, baignant dans des pensées amères et égoïstes, et avec une tendance à rechercher, sans scrupule et sans frein, n’importe quel but. Le possible remplace l’honnête. Le seul frein est la peur d’encourir quelque sanction publique et privée. Voilà pourquoi le comportement habituel de cette violence est celui de l’action cachée et de l’acte vil et traître qui favorise la violence elle-même par le fait de son succès impuni.
La violence n’est pas la véritable force. Elle est l’explosion d’une énergie aveugle, dégradant l’homme qui s’y abandonne, en l’abaissant du plan de la raison à celui de la passion ; et même quand la violence conserve une certaine maîtrise de soi, elle cherche des voies ignobles pour s’imposer, les voies de l’embûche, de la surprise, de la domination physique sur un adversaire plus faible et peut-être sans défense; elle profite de la surprise ou de la frayeur de la victime en même temps que de sa propre folie; et s’il en est ainsi entre les deux adversaires, quel est le plus vil ?
Il faut aussi considérer un aspect de la violence érigée en système « pour règlement de comptes » : ne recourt-elle pas à des formes abjectes de haine, de rancune, d’inimitié qui constituent un péril pour la vie en société et qui disqualifient la communauté dans laquelle elles détruisent les sentiments d’humanité qui forment le tissu fondamental et indispensable de toute société, qu’il s’agisse de la famille, de la tribu, de quelqu’autre communauté ?
La violence est antisociale de par les méthodes mêmes qui lut permettent de s’organiser selon une complicité de groupe : la loi du silence y est le ciment qui en assure la cohésion et le bouclier qui la protège. Un sens dégradant de l’honneur lui confère un semblant de conscience. C’est là une des déformations, aujourd’hui répandues, du vrai sens social qui, avec le secret dont elle s’entoure et la menace de vengeance implacable, recouvre certaines formes d’égoïsme collectif. Celui-ci se montre méfiant vis-à-vis de la légalité normale et toujours habile à en déjouer l’observance. Par la force des choses, peut-on dire, il prépare des entreprises criminelles qui dégénèrent parfois en gestes impitoyables de terrorisme marquant l’aboutissement de cette voie erronée que l’on a suivie et provoquant des répressions peu souhaitables. La violence conduit à la révolution, et la révolution à la perte de la liberté. C’est autour d’un axe social erroné que la violence étend son développement fatal. Elle éclate comme une réaction de force, non dépourvue parfois d’impulsion logique ; mais elle finit par se retourner contre elle-même et contre les motifs qui ont provoqué son intervention. Il faut sans doute rappeler ici la phrase lapidaire du Christ contre le recours impulsif et vengeur à l’épée : « Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive » (Mt 26, 52). Ne l’oublions donc pas : la violence n’est pas la véritable force. Loin d’exalter l’homme, elle humilie celui qui y a recours.
Dans ce message de paix, Nous parlons de la violence comme de son terme opposé. Nous n’avons pas parlé de la guerre, mais elle mérite toujours notre condamnation, même si aujourd’hui la guerre soulève la réprobation toujours plus générale et suscite contre elle un louable effort de plus en plus valable dans les domaines social et politique ; sans compter qu’il y a une répression des armes dont elle pourrait immédiatement disposer au cas — hypothèse combien tragique ! — où elle viendrait à éclater. La peur, commune à tous les peuples et spécialement aux plus forts, restreint l’éventualité d’une guerre qui dégénérerait en conflagration cosmique. Et à la peur, barrière plus mentale que réelle, s’ajoute, Nous l’avons dit, un effort rationnel s’élevant aux plus hautes sphères politiques : il doit tendre non pas tellement à équilibrer les forces des éventuels adversaires qu’à démontrer le caractère suprêmement irrationnel de la guerre et en même temps à établir des rapports entre les peuples toujours plus interdépendants, solidaires quant à la fin, rapports toujours plus amicaux et plus humains. Dieu veuille qu’il en soit ainsi !
Mais Nous ne saurions fermer les yeux devant la triste réalité de la guerre partielle, aussi bien parce qu’elle reste cruellement présente dans des zones particulières que parce que psychologiquement elle n’est nullement exclue des hypothèses troubles de l’histoire contemporaine. Notre guerre contre la guerre n’est pas encore gagnée, et notre « oui » à la paix est plus un souhait qu’une réalité : il y a encore tant de situations géographiques et politiques dans lesquelles, faute d’avoir trouvé des solutions justes et pacifiques, il reste une menace latente de futurs conflits ! Notre amour pour la paix doit rester en garde : d’autres perspectives que celles d’une nouvelle guerre mondiale nous obligent aussi à considérer et à exalter la paix en dehors des tranchées militaires.
Nous devons en effet aujourd’hui défendre la paix sous son aspect que l’on peut dire métaphysique, antérieur et supérieur à l’aspect historique et contingent du silence des armes et de la « tranquillité de l’ordre » à l’extérieur. Nous voulons considérer la cause de la paix en tant qu’elle se reflète dans celle de la vie humaine elle-même. Notre « oui » à la paix s’élargit dans un « oui » à la vie. La paix doit s’imposer non seulement sur les champs de bataille, mais partout où se déroule l’existence de l’homme. Il y a, bien plus il doit y avoir aussi non seulement une paix qui sauvegarde cette existence des menaces des armes de guerre, mais également une paix qui protège la vie en tant que telle, contre tout péril, toute calamité et toute embûche.
Notre discours pourrait s’étendre longuement, mais nos points de repère sont ici peu nombreux et bien déterminés. Il existe dans le tissu de notre civilisation une catégorie de personnes remarquables par leur savoir, leur valeur et leur bonté, qui ont fait de la science et de l’art de guérir, leur vocation et leur profession. Ce sont les médecins et tous ceux qui, avec eux et sous leur direction, étudient et travaillent pour l’existence et le bien-être de l’humanité. Honneur et reconnaissance à ces sages et généreux défenseurs de la vie humaine !
Nous, ministre de la religion, Nous regardons ces personnes qui se dévouent à la santé physique et psychique de l’humanité avec beaucoup d’admiration, de gratitude et de confiance. A bien des titres, la santé physique, le remède contre la maladie, le réconfort dans la douleur, l’énergie de la croissance et du travail, la durée de l’existence temporelle, et aussi tant d’aspects de la vie morale dépendent de la sagesse et des soins de ces protecteurs, défenseurs et amis de l’homme. Nous leur sommes très proche et Nous soutenons, dans la mesure de nos possibilités, leur labeur, leur honneur, leur esprit. Et Nous espérons les avoir avec Nous, solidaires dans l’affirmation et la défense de la vie humaine, dans ces circonstances singulières où la vie elle-même peut être compromise par une décision positive et injuste de la volonté humaine. Notre « oui » à la paix résonne comme un « oui » à la vie. La vie de l’homme, dès le premier moment où il accède à l’existence, est sacrée. La loi du « tu ne tueras pas » sauvegarde ce prodige ineffable de la vie humaine avec une souveraineté transcendante. C’est le principe qui gouverne notre ministère religieux par rapport à l’être humain. Nous avons confiance d’avoir comme allié le ministère du médecin.
Et Nous n’avons pas moins confiance dans le ministère qui donne son commencement à la vie humaine, celui des parents, et en premier lieu celui de la mère. Oh ! comme notre discours se fait délicat, ému, tendre et fort ! La paix a dans ce domaine de la vie qui naît son premier bouclier qui la protège, un bouclier muni des plus douces protections, mais un bouclier de défense et d’amour. Nous ne pouvons donc que désapprouver toute offense à la vie qui naît, et Nous ne pouvons que supplier toutes les autorités, toutes les compétences reconnues, de travailler pour que soient apportés interdiction et remède à l’avortement volontaire. Le sein maternel et le berceau de l’enfance sont les premières barrières qui non seulement défendent la paix en même temps que la vie, mais la construisent (cf. Ps 126, 3 ss.). Celui qui choisit la paix contre la guerre et la violence choisit par là-même la vie, il choisit l’homme dans ses exigences profondes et essentielles ; tel est le sens de ce message, que Nous envoyons encore avec une humble et ardente conviction aux responsables de la paix sur la terre et à tous nos frères dans le monde.
Mais nous devons ajouter quelque chose pour tous les enfants et les jeunes, qui, dans la société, représentent le secteur le plus vulnérable en face de la violence, mais également l’espérance d’un lendemain meilleur: qu’à eux aussi parvienne ce message pour la paix, grâce à la bienveillance et à l’intelligence de quelque intermédiaire.
Et voici pourquoi. La première raison est que, dans nos messages pour la paix des années précédentes, Nous avons souligné que Nous ne parlions pas seulement en notre nom, mais au nom du Christ qui est le « Prince de la paix » dans le monde (Is 9, 5) et qui a dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Nous croyons que, sans l’éclairage et l’aide du Christ, la paix véritable, stable et universelle est impossible. Et Nous croyons aussi que la paix du Christ n’affaiblit pas les hommes, n’en fait pas un monde peureux et victime de la tyrannie des autres. Au contraire, elle les rend capables de lutter pour la justice et de résoudre quantité de problèmes avec la générosité, ou mieux, avec le génie de l’amour.
Notre seconde raison est celle-ci. Vous autres enfants et jeunes, vous êtes souvent portés à vous quereller. Rappelez-vous que vouloir vous montrer forts face à d’autres frères et camarades, par des querelles, des coups, des colères et des vengeances, constitue un orgueil fort nuisible. Sans doute répondez-vous que tous agissent ainsi. Nous vous disons : c’est mal ! Si vous voulez être forts, soyez le au niveau du caractère, au niveau du comportement. Sachez vous dominer. Sachez aussi pardonner et retrouver rapidement l’amitié de ceux qui vous ont offensés. C’est ainsi que vous serez vraiment chrétiens.
N’ayez de haine pour personne. Ne soyez pas orgueilleux face aux jeunes et aux adultes qui sont d’un autre milieu social ou d’un autre pays. N’agissez pas par égoïsme, par intérêt, par méchanceté, et jamais par vengeance. Nous vous le répétons.
En troisième lieu enfin, Nous pensons que vous, les jeunes, en grandissant, vous devez changer la manière de penser et d’agir du monde d’aujourd’hui, toujours enclin à se distinguer des autres, à s’en séparer, à les combattre. Ne sommes-nous pas tous frères ? Ne sommes-nous pas tous membres de la même famille humaine ? Et toutes les nations ne sont-elles pas obligées de marcher ensemble, pour construire la paix ?
Enfants et jeunes des temps nouveaux, vous devez vous habituer à aimer tout le monde, à donner à la société le visage d’une communauté toujours meilleure, toujours plus honnête et plus solidaire Voulez-vous vraiment être des hommes et non des loups ? Voulez-vous vraiment avoir le mérite et la joie de faire du bien, d’aider quiconque est dans la nécessité ? Voulez-vous accomplir de bonnes oeuvres en comptant seulement sur la récompense de votre conscience ? Et bien ! rappelez-vous les paroles dites par Jésus, pendant la dernière Cène, dans la nuit qui précéda sa passion : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres... A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Telle est bien la marque de notre authenticité, humaine et chrétienne : nous aimer les uns les autres.
Chers enfants et jeunes, Nous vous saluons tous et Nous vous bénissons. Notre consigne est claire : Non à la violence, oui à la paix !
Du Vatican, le 8 décembre 1977.
paulus PP. VI
Le vendredi 9 décembre, le Pape a reçu en audience les
membres de la Commission Pontificale « Justice et Paix », à l’issue
de l’Assemblée Générale qui se tenait à Rome au Palais St Calixte, sous la
présidence du Cardinal Bernardin Gantin. Paul VI a prononcé en français le discours
suivant :
Monsieur le Cardinal, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,
Nous sommes très heureux d’accueillir ce matin notre Commission Justice et Paix à l’occasion de la première Assemblée générale qu’elle tient depuis qu’elle a reçu ses statuts définitifs. Nous nous tournons d’abord avec affection vers les nouveaux membres de cette Commission : hommes et femmes de professions et de milieux divers, vous représentez ici tous les continents, avec leurs aspirations. Nous saluons aussi nos Frères dans l’Episcopat qui sont parmi vous, les représentants des divers Dicastères, et enfin les responsables de la Commission, le cher Cardinal Bernardin Gantin, votre Président et ses collaborateurs.
Dans ce bref entretien, nous ne voudrions pas vous exprimer seulement notre satisfaction de vous voir réunis autour de nous et vous dire aussi combien nous comptons sur vous. Nous désirons également attirer votre attention sur quelques points essentiels de votre activité, afin d’éclairer le sens de la mission que nous vous avons confiée en vous appelant à faire partie de cette Commission.
Le premier point concerne la nature même de votre tâche, telle que le Motu Proprio Justitiam et Pacem l’a définie. Nous savons que ce texte s’est trouvé au centre de vos réflexions, et que vous avez déjà médité sur l’originalité des responsabilités que vous avez reçues. Grâce à Dieu, il ne manque pas d’organismes qui se sont fixés pour but l’étude des problèmes relatifs à la justice dans les divers domaines juridiques, économiques, politiques ou sociaux, et à l’action en sa faveur. Mais la Commission que vous formez s’en distingue essentiellement. En déterminant en effet ses structures définitives, nous avons indiqué clairement que nous entendions-établir, à l’intérieur de la Curie romaine, un organisme consacré à un service ecclésial précis et bien délimité, qui est d’étudier les problèmes de la justice et de la paix en vue de l’action ; mais dans une perspective pastorale d’évangélisation. Et c’est ici, chers amis, que votre expérience concrète et diversifiée est capitale : vous devez mettre votre connaissance du monde actuel et de ses besoins au service du Saint-Siège et de l’Eglise universelle. C’est ici aussi qu’on voit combien sont justifiées les directives du Motu Proprio qui vous donnent les membres de l’épiscopat, en chaque pays, comme interlocuteurs premiers et privilégiés (cf Justitiam et Pacem, II, 3) : d’une part, ils sont les premiers qualifiés pour vous faire entendre les aspirations qu’ils perçoivent dans le peuple qui leur est confié, et ils sont aussi, en tant que responsables de l’évangélisation, ceux qu’il convient d’informer et d’aider en priorité dans l’accomplissement de leur mission par rapport aux domaines de votre compétence.
Des perspectives immenses s’ouvrent devant vous pour cette tâche d’étude et d’animation. La Commission s’y est déjà bien engagée. Nous voulons simplement souligner avec insistance devant vous, ce sera notre second point, le passage du Motu Proprio concernant la pensée sociale de l’Eglise. Les textes du Magistère sont nombreux sur le sujet, et pas toujours assez connus, utilisés, mis en valeur. Par ailleurs, les problèmes sociaux évoluent, même à l’intérieur des sociétés industrielles ; ils changent de sens et il en apparaît de nouveaux, au plan des communautés nationales comme dans les rapports entre nations. Les chrétiens ne peuvent s’arrêter à la recherche d’un ordre économique plus juste à instaurer, mais, saisissant les aspirations à des relations nouvelles entre les personnes et entre les peuples, ils doivent montrer que de telles relations ne peuvent se fonder que sur une nouvelle hiérarchie des valeurs et, en définitive, sur la primauté du spirituel. Il vous revient d’agir comme le maître de maison de la parabole évangélique, qui tire de son trésor des valeurs anciennes et des valeurs nouvelles. Les principes de la doctrine sociale de l’Eglise sont toujours valables, mais ils doivent, pour être compris et être efficaces, trouver de nouvelles explicitations en fonction des données de notre temps et de ses besoins.
Bien d’autres secteurs connexes de réflexion et d’activité s’offrent à vous, que nous ne pouvons évoquer, sur les questions des droits de l’homme et des obligations qui en découlent, de la violence qui sape les bases de la convivance humaine, de la liberté religieuse qui n’est pas suffisamment garantie partout...
C’est donc une tâche importante qui vous attend. Il n’échappera à personne d’entre vous qu’un tel service d’Eglise requiert des orientations bien particulières. Nous n’hésitons pas à vous dire qu’elles sont d’abord spirituelles. Il vous faudra, certes accroître encore votre compétence dans vos domaines propres et perfectionner votre connaissance des problèmes actuels, mais il faudra aussi approfondir votre connaissance de la doctrine de l’Eglise et des exigences évangéliques, et il faudra avant tout développer votre sens de la prière et celui du sentire cum Ecclesia, afin de vous forger la mentalité vraiment catholique et pastorale nécessaire à votre tâche. Elle vous permettra cette largeur de vue que nous vous souhaitons, afin qu’en tout domaine vos efforts ne soient point isolés, accomplis en quelque sorte abstraitement, mais qu’ils trouvent place — comme vous-même dans notre Curie, si diverse et si unifiée en même temps — dans le souci unique de l’Eglise qui est d’assurer à tout homme sa dignité en ce monde et de lui ouvrir le Royaume de Dieu.
Nous savons avec quelle disponibilité et quelle générosité vous avez déjà répondu à notre appel. Nous vous en disons notre gratitude. Et surtout nous demandons au Seigneur, Auteur de tout bien, de faire fructifier vos efforts et de vous accorder l’amour de l’Eglise et de la fidélité indispensables à ceux qui veulent se mettre à son service. En son nom, de grand cœur, nous vous donnons la bénédiction apostolique.
Le Vendredi 9 décembre, le Pape a reçu en audience le Cardinal . M. Trinhu-Khué, archevêque de Hanoi et son coadjuteur Mgr Paul Nguyên van Binh, archevêque de Ho-chi-minh-ville, avant leur retour dans leur pays et après leur présence à Rome pour le Synode.
Le Pape leur a adressé, en français, les paroles suivantes :
Chers Frères dans le Christ,
Votre visite est pour nous un motif de très grande joie! Vous nous apportez, en effet, le témoignage émouvant et réconfortant de la fidélité et de l’affection, non seulement de vos grands diocèses d’Hanoi et de Ho-chi-minh-ville, mais de toute l’Eglise qui est au Vietnam. Nous apprécions vivement le geste des Autorités de votre Pays, qui ont accédé à notre demande et facilité votre venue au récent Synode Romain. Nous souhaitons vivement que, dans les occasions à venir, surtout lorsque nous avons recours à l’expérience et aux conseils de nos Frères dans l’Episcopat sur des questions qui intéressent l’Eglise universelle — c’est bien le cas des Assemblées synodales comme aussi des Réunions plénières des Congrégations Romaines — vous-mêmes ou d’autres Evêques du Vietnam, puissiez nous renouveler la joie d’une visite. En vous donnant aujourd’hui, à vous qui êtes ici ensemble pour la première fois, l’accolade fraternelle de la communion et de la paix, c’est à tous les Pasteurs vietnamiens du Nord, du Centre et du Sud qu’en esprit et vérité nous donnons ce signe d’affection. Mais c’est aussi aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, aux catéchistes et aux parents, aux adolescents et aux enfants de toute la communauté catholique, disséminée à travers le pays, que nous redisons : « Vous avez une place toute particulière dans notre cœur et notre prière ». Pendant le Synode, vous avez fait entendre la voix, les souffrances et les espérances de votre peuple. Et, en même temps, vous avez respiré l’atmosphère d’une assemblée universelle, riche d’expériences et d’inspirations différentes, et cependant unanime, dans sa volonté d’approfondir les problèmes actuels de la catéchèse. La catéchèse est précisément la transmission méthodique et efficace de la Parole de Dieu. C’est en la recevant que les chrétiens peuvent affermir leur foi et soutenir leurs efforts de charité concrète et persévérante. C’est pourquoi la catéchèse est le premier devoir des Pasteurs. Et c’est pour cela que l’Eglise, avec autant de loyauté que de respect, demande partout dans le monde aux Autorités responsables, quel que soit le régime social et politique, la liberté d’accomplir sa mission, sans privilèges mais aussi sans empêchement d’aucune sorte.
Ajoutons encore ceci : la catéchèse fait que les croyants deviennent toujours plus conscients des responsabilités qui découlent de leur foi: l’amour de Dieu, la fidélité à sa Loi, le service désintéressé du prochain. Ces trois obligations les conduisent nécessairement à accomplir aussi, loyalement et exemplairement, leurs devoirs civiques, comme il convient aux membres conscients de la société à laquelle ils appartiennent, et dont le progrès moral et matériel doit leur tenir à cœur et provoquer leur engagement généreux.
Votre pays, sorti d’une longue guerre, sanglante et dévastatrice, est maintenant absorbé par la grande oeuvre de sa reconstruction. Une telle entreprise a besoin des forces de tous les citoyens. Vous nous avez donné le témoignage direct des sacrifices auxquels les catholiques vietnamiens, aussi bien que tous leurs frères, se soumettent généreusement pour hâter la renaissance du pays, en commençant par le développement des ressources essentielles, comme celles de l’alimentation. Le peuple vietnamien, dont la sobriété, la patience, le courage et la persévérance sont bien connues, fait face à une telle conjoncture. Nous sommes certain qu’il réussira son plan de redressement. Nous voudrions pourtant que ses efforts trouvent un concours de solidarité plus important, plus adapté et plus continu parmi les autres Nations. Hélas! c’est bien humain, une fois les passions de la guerre apaisées, l’attention mondiale, qui fut tout entière tournée vers le Vietnam, semble maintenant tournée vers d’autres régions et d’autres problèmes, comme si elle oubliait les pertes considérables, les dévastations, et toutes les privations laissées en héritage au peuple vietnamien par le terrible conflit que nous savons. Nous avons encouragé et nous encourageons toujours les organismes catholiques d’aide et d’assistance à offrir leur concours à votre pays, en privilégiant le secteur agricole et sanitaire, le monde des enfants, la promotion technique et professionnelle.
Grâce à une aide internationale en rapport avec les nécessités réelles, l’œuvre de reconstruction avancera plus rapidement, et il en découlera un avantage important pour les populations, cependant que le Vietnam, accueilli cette année parmi les membres de l’ONU, trouvera cette insertion vraiment bénéfique, du fait de ses relations nombreuses et amicales dans le contexte pacifique des nations.
Nous qui avons suivi, depuis des années avec une sollicitude toute spéciale, les épreuves de votre peuple, nous sommes vraiment heureux, chaque fois que l’occasion se présente ou se présentera, d’avoir des contacts avec le peuple et avec les Autorités de votre pays, tellement nous sommes convaincu qu’ils peuvent être une source de grand bien pour l’Eglise et pour le Vietnam.
Dans cette espérance, nous vous demandons de transmettre, avec notre affectueuse bénédiction apostolique, notre salut chaleureux et nos meilleurs souhaits aux chers catholiques du Vietnam et à votre Nation tout entière.
Voeux du Pape à la Curie
Le jeudi 22 décembre, dans la Salle du Consistoire, Paul VI a, reçu le Sacré Collège des Cardinaux, la Famille Pontificale, la Curie et la Prélature à l’occasions des vœux de Noël. Le nouveau Doyen du Sacré Collège, le Cardinal Carlo Confalonieri, a présenté au Souverain Pontife une adresse d hommage et de vœux, au nom des présents. Le Saint-Père a répondu, en italien, par une sorte de méditation apostolique sur les événements de l’année 1977. Voici la traduction de son discours :
Messieurs les Cardinaux,
Et tous, vénérables Frères et chers Fils de la Curie romaine, nos collaborateurs appréciés !
Nous vous sommes très reconnaissant de votre présence aujourd’hui à l’occasion de la fête de Noël toute proche. La signification et le caractère affectueux de cette rencontre ont été dignement évoqués par le Cardinal Carlo Confalonieri, Doyen du Sacré Collège : en le remerciant de grand cœur d’avoir exprimé des sentiments aussi élevés, Nous sommes vraiment heureux d’en profiter pour lui adresser publiquement, et pour la première fois, notre satisfaction, nos félicitations et nos vœux pour son élection toute récente à la succession du regretté Cardinal Luigi Traglia, dont le souvenir reste ineffaçablement gravé en nos cœurs, comme l’image chère et souriante de la bonté humaine et sacerdotale.
La circonstance qui nous réunit est la Nativité prochaine du Seigneur. Nous l’avons tous attendue, dans une prière vigilante et confiante, pendant toute la période de l’Avent : rappeler la richesse des thèmes de ce « temps fort » très opportun de la sainte Liturgie aux foules des pèlerins qui sont venus nous rendre visite aux audiences générales de cette période, telle a été notre intention pastorale, telle fut aussi notre joie toujours renouvelée. Noël est proche désormais. Jésus vient : il vient parmi nous, pour renouveler le don de sa naissance terrestre, par la re-présentation mystérieuse et réelle de son avènement lointain, grâce à la célébration du Sacrifice divin ; il vient parmi nous pour prolonger cette présence sous les espèces du pain et du vin, comme il est présent dans la façon invisible et puissante de guider son Eglise, selon sa promesse « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) ; il vient parmi nous pour habiter dans notre cœur par l’offrande ineffable de sa grâce, et il attend la réponse généreuse de notre assentiment : « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20 ; cf. Jn 14, 21-23). En son Nom, nous abordons avec joie une nouvelle année de travail, persuadés que sa protection ne nous manquera jamais. Il Nous semble bon, en attendant, de revenir par la pensée aux étapes saillantes de l’année qui est en train de se terminer.
Notre esprit se tourne spontanément, pour commencer, vers ce quatre-vingtième anniversaire que Nous avons célébré en septembre dernier. Nous sentons le besoin de remercier encore une fois tous nos fils pour la participation unanime prise à cet événement qui Nous a profondément fait réfléchir sur la fugacité du temps et sur la richesse des dons que Dieu nous a dispensés dans tout le cours de notre longue vie. Une circonstance que Nous pensions devoir considérer comme privée, dans le secret de notre intimité personnelle, est devenue au contraire une occasion de réaffirmation de la conscience ecclésiale. De tous les pays Nous sont arrivés en effet des témoignages très nombreux et affectueux venant d’Evêques, de diocèses et de paroisses, d’organismes catholiques, de prêtres et de familles religieuses, d’enfants et de jeunes, d’hommes et de femmes de tout âge et de toute condition sociale, qui ont tenu à Nous assurer de leur attachement, de leurs vœux, de leur proximité spirituelle : au point que, en voyant l’ampleur de ce mouvement des cœurs, Nous n’avons pas pu faire moins que de relever comment, bien au-delà de notre humble personne, objet de tels souhaits, cette marque d’affection atteignait le centre même de l’Eglise, dans laquelle le Pape est garant et symbole d’unité et de cohésion.
Nous exprimons donc de nouveau notre reconnaissance à tous ceux qui, de quelque façon, Nous ont adressé leurs vœux. Et Nous n’avons garde d’oublier ce que les artistes ont fait, avec leur très grande maîtrise, avec une présence qui nous parle mieux que les mots, pour réaffirmer l’harmonie entre la foi et l’art, cet art appelé, à travers tous les âges, à traduire les réalités merveilleuses que l’Eglise propose aux hommes, en expliquant la Parole de Dieu et en annonçant cette Bonne Nouvelle : pour un si beau témoignage, qui correspond à une aspiration profonde de toute notre vie, et en particulier de notre Pontificat, Nous ne les remercierons jamais assez.
Au Consistoire du 27 juin dernier, Nous avons déjà évoqué la Constitution apostolique Vicariae potestatis du 6 janvier, par laquelle Nous avons donné au Vicariat de Rome une organisation nouvelle. Si Nous revenons sur cette réorganisation, c’est pour répéter ce que Nous déclarions le 8 janvier en présentant la Constitution dans notre cathédrale Saint-Jean de Latran, à savoir que « Nous ressentons... avec la plus vive sollicitude la responsabilité que, en tant qu’Evêque de cette Eglise locale sur laquelle repose mystiquement et historiquement un dessein divin, Nous avons devant le Christ. Cette responsabilité, elle est de répandre, par le ministère de la parole et par les sacrements, sa sainteté dans les âmes des fidèles, de les garder indemnes de tout mal et si possible, avec l’aide de Dieu, de les convertir en bien pour parvenir avec eux à la vie éternelle » (AAS 69, 1977, p. 54).
Nous nous souvenons aussi, comme confirmation visible de cette note essentielle et constitutive de l’Eglise qu’est la sainteté des figures d’hommes et de femmes que, cette année, nous avons eu la joie et l’honneur de désigner à la vénération publique de l’Eglise, comme champions généreux et héroïques d’une humanité jouant un rôle bénéfique et entraînant, formée à l’école de l’Evangile du Christ : nommons la nouvelle sainte Raffaella Maria du Sacré-Coeur de Jésus, fondatrice des Ancelles du Sacré-Coeur de Jésus, canonisée le 23 janvier; la nouvelle bienheureuse Maria Rosa Molas y Vallvé, fondatrice des Sœurs de Notre-Dame de la Consolation, portée aux honneurs des autels le 8 mai ; le 19 juin a eu lieu la canonisation de l’Evêque de Philadelphie, Jean Népomucène Neumann ; le 9 octobre, celle du moine Charbel Makhlouf, de l’Ordre libanais maronite ; et enfin les deux gloires des Frères des Ecoles chrétiennes, Mutien-Marie Wiaux et Miguel Febres Cordero, béatifiés le 30 octobre. Ce sont des figures, humbles et grandes, projetées sur la scène du monde à l’attention de tous grâce à l’extraordinaire relief de leur vie, toute consacrée à la gloire de Dieu et à l’élévation des âmes, et qui ont laissé une empreinte encore vivante et ineffaçable. Ils nous rappellent, pour nous éviter de nous laisser prendre par le tourbillon des choses éphémères et secondaires, « que — comme l’a remémoré la Constitution conciliaire sur l’Eglise — l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang; dans la société terrestre elle-même cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence » (Lumen Gentium, n. 40). Grâces soient rendues au Seigneur qui chaque année nous invite à cette méditation fondamentale sur l’appel universel à la sainteté qu’il nous adresse !
Evoquons encore brièvement le Consistoire célébré en juin dernier, dans lequel, entre autres, Nous avons agrégé au Sacré Collège cinq fidèles serviteurs de l’Eglise et du Siège Apostolique. Cela ne nous fait pas oublier la gravité des deuils qui, cette année, ont privé l’Assemblée suprême de l’Eglise d’hommes très dévoués à la vie ecclésiale : ils se sont dépensés sans compter à son service, et leur mémoire reste en bénédiction.
Nous gardons également gravé dans le cœur l’agréable souvenir de notre participation au Congrès eucharistique national italien à Pescara le 17 septembre : les bonnes populations chrétiennes des Abruzzes, si actives, comme celles des autres régions qui étaient là rassemblées, avec leur attitude de foi silencieuse et profonde, ne pouvaient pas donner de preuve plus haute et plus fervente de leur amour, à la fois fort et délicat, pour le Christ vivant dans l’Eucharistie. Et par-dessus tout, Nous avons été édifié par les jeunes qui portaient là un témoignage magnifique de christianisme vécu, dans la joie et sans respect humain. Nous nous souviendrons toujours de cette foule, recueillie dans la prière autour de l’autel et attentive à écouter notre humble voix, comme le signe éloquent d’une maturité actuelle toujours plus consciente, et prête à défendre, avec une fermeté convaincue et organisée, les valeurs suprêmes de la loi divine et les principes d’une vie en société bien ordonnée.
Mais nous voulons souligner spécialement deux événements de cette année qui ont eu un sens et une portée allant bien au-delà de leurs limites dans le temps.
Le premier est la célébration du Synode des Evêques, en octobre, au cours de séances intenses et continuelles, consacrées par les représentants de l’Episcopat du monde entier aux problèmes de la catéchèse qui nous harcèlent et qu’on ne peut différer, avec un regard particulier sur les adolescents et les jeunes. Nous n’avons pas manqué de relever à plusieurs reprises l’importance de cette rencontre, centrée sur le fait essentiel et constitutif de l’Eglise : « Prêchez l’Evangile à toute créature » (Mc 16, 15) ; et il n’y a pas lieu de reprendre en cette assemblée ce vaste thème. Nous désirons cependant remercier les Pères synodaux pour la richesse de leur contribution aux travaux; pour la compétence dont font preuve leurs observations et leurs propositions qui, reflétant toutes les régions et toutes les civilisations, ont été extrêmement intéressantes et utiles; et aussi pour la volonté unanime, malgré la diversité évidente des mentalités et des exigences, manifestée dans la façon de reconnaître une importance prioritaire à l’évangélisation du monde moderne. Par-dessus tout, Nous reconnaissons encore une fois la valeur de l’institution du Synode des Evêques, souhaitée par le Concile Vatican II, réalisée avec Nous avec promptitude et vivement soutenue par tous nos Frères dans l’épiscopat. Après l’expérience de ces quelques années, elle apparaît comme un instrument irremplaçable de collaboration, une mine abondante d’informations et d’argumentations sur les problèmes les plus brûlants, comme on aime le dire aujourd’hui, de la pastorale ecclésiale offertes à notre attention en vue de notre ministère universel, sans compter la forme heureuse de rencontre entre les Evêques pour l’étude conjointe des questions et pour l’organisation opportune et Bien arrêtée d’une action au niveau mondial, correspondant vraiment aux nécessités de l’heure.
Le second événement est le récent achèvement — après douze années de travail — de la révision de la Vulgate latine. Tous les livres de la Bible sont désormais publiés dans l’édition préparée par la Commission que Nous avions instituée peu de temps après la fin du Concile, le 29 novembre 1965. L’année suivante, dans cette même circonstance de l’audience au Sacré Collège et aux prélats romains, Nous donnions connaissance de cette initiative déjà commencée sous la direction de son regretté Président, le Cardinal Bea. Il s’agissait de préparer, disions-Nous, une édition requise par le progrès des études bibliques et par la nécessité de donner à l’Eglise et au monde un nouveau texte de la Sainte Ecriture faisant autorité. On envisage un texte — ajoutions-Nous — dans lequel celui de la Vulgate de Saint Jérôme sera respecté à la lettre, là où il reproduit fidèlement le texte original, tel qu’il résulte des éditions scientifiques actuelles. Il sera par contre prudemment corrigé là où il s’en éloigne ou ne l’interprète pas correctement, en employant dans ce but la langue de la latinitas biblica chrétienne. Le respect de la tradition s’harmonisera ainsi avec les saines exigences critiques de notre temps. La liturgie latine aura de la sorte un texte unitaire, scientifiquement irréprochable, cohérent avec la tradition, l’herméneutique et le langage chrétien. Il servira également de référence pour les versions en langues vulgaires » (AAS 59, 1967, pp. 53, s).
Ces promesses ont été remplies. Grâce à la collaboration d’un groupe d’experts restreint et compétent dans les divers secteurs des sciences bibliques et linguistiques, la révision est achevée. Le texte est déjà entré largement, dans la mesure du possible, dans les éditions liturgiques des livres publiés au cours de ces années, comme il est couramment employé dans, les célébrations solennelles que Nous présidons ; et il Nous plaît de penser que ce texte pourra servir de base sûre pour les études bibliques de notre cher clergé, particulièrement là où la consultation des bibliothèques spécialisées ou la diffusion des études convenables est plus difficile. Et afin que le texte entier, maintenant disponible en éditions séparées, puisse être accessible à tous, il fera l’objet d’une édition unique, ample, élégante et maniable, digne du Livre sacré, qui constituera un événement historique : une Commission est déjà à l’œuvre pour la réaliser.
Nous nous réjouissons profondément de vous donner cette heureuse nouvelle, et notre reconnaissance va vers Dieu pour l’achèvement de cette entreprise ; Nous le prions d’accompagner de sa grâce les effets heureux qui en découleront « afin que la parole de Dieu poursuive sa course et soit glorifiée » (2 Th 3, 1) : c’est la seule intention qui Nous a poussé.
Nous avons rappelé, selon notre habitude de faire une récapitulation réconfortante de l’année qui s’achève, les moments saillants de l’activité du Siège apostolique et de l’Eglise entière. Mais sa richesse, Nous le savons, est bien plus vaste et plus complexe que celle des phénomènes qu’il est possible d’enregistrer, et elle ne se laisse pas réduire à des schémas ou à des comptes rendus. Elle est comme la vie, qui avance continuellement, imperceptible et profonde.
La grâce de Dieu est à l’œuvre dans les cœurs qui l’accueillent. Elle y suscite des merveilles de générosité, de lumière, de force, de fidélité, d’apostolat. L’Eglise, formée par la trame serrée de tous les croyants, s’étend dans le monde comme un arbre qui fournit un abri aux oiseaux du ciel (cf. Mt 13, 31, 32), et le pénètre comme le levain qui soulève la pâte (Mt 13, 33). Voici la réalité que Nous aimons contempler en pensée, et pour laquelle Nous prions, et qui nous remplit l’âme d’espérance et de consolation.
Nous pensons à nos prêtres bien-aimés, qui assurent au Peuple de Dieu la nourriture de la parole divine et du Pain eucharistique dans un ministère qui construit quotidiennement l’avenir; Nous pensons aux missionnaires, hommes et femmes, qui, dociles à l’appel du Christ se tiennent aux avant-postes de l’Eglise, souvent isolés, privés des moyens convenables, soutenus seulement par la foi, partageant les angoisses, les souffrances et les privations de ceux auxquels ils adressent le message libérateur de l’Evangile ; Nous pensons aux religieuses contemplatives et actives, qui, telles des abeilles industrieuses et dans une oblation maternelle qui est à l’image de la totale disponibilité de la Vierge Marie, viennent incessamment au secours des besoins spirituels et matériels de l’humanité, et particulièrement des petits, des pauvres, des infirmes ; Nous pensons aux familles conscientes de leur devoir de témoigner pour l’édification chrétienne de la société, de l’école, de la vie publique ; Nous pensons aux jeunes qui se préparent aux responsabilités de demain et qui ont la force d’aller à contre-courant de tant de conformisme idéologique et moral ; et parmi eux Nous adressons un encouragement particulier aux séminaristes et aux novices religieux, qui ont courageusement choisi de consacrer leur vie au Christ Seigneur.
C’est toute une plénitude de vie qui se déploie à notre regard, et qui nous dit que nous pouvons et que nous devons regarder le lendemain avec sécurité et confiance, en avançant avec rapidité sur la voie qui nous est tracée par la providence et la bonté de Dieu.
Nous voici désormais au seuil de l’année nouvelle, et Nous ne pouvons nous retenir d’envoyer à tous nos fils dans le monde, comme à tous les hommes de toute langue et nation particulièrement à ceux qui sont les plus éprouvés par les privations, les oppressions, les souffrances et les calamités naturelles qui prolongent dans le temps leurs effets douloureux, les plus saints de sérénité et de joie. Ils naissent de notre foi dans le Verbe de Dieu incarné, venu dans le monde pour porter les dons messianiques de la justice et de la paix.
A cette lumière, Nous saluons l’année qui vient car elle est, elle aussi, marquée dès maintenant par l’empreinte divine, et elle manifestera dans son déroulement la continuité d’un unique dessein de rédemption et d’élévation" qui embrasse tous les hommes. L’Eglise, première collaboratrice de cette oeuvre de salut inaugurée par l’incarnation du Fils de Dieu ; continue dans le temps sa mission d’annonce, d’enseignement, de sanctification : elle est prête à donner aux hommes sa collaboration, dans le domaine spirituel qui lui est propre, mais aussi au plan matériel, puisque ses fils sont appelés à travailler à l’élévation et au progrès du genre humain, comme l’explique le programme tracé par la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile Vatican II. Aucun obstacle ne peut l’arrêter, aucune difficulté ne peut la retenir, aucune persécution ne peut lui faire peur. La force explosive de la Parole de Dieu qui s’est faite l’un de nous pour nous sauver tous soutient, par la logique de la Croix et de la résurrection, l’œuvre que l’Eglise accomplit humblement mais fermement parmi les hommes qui sont frères. Elle est appelée, à la fois par sa nature institutionnelle et charismatique, à montrer que le Christ est la lumière du monde (cf. Jn 8, 12).
C’est son honneur et son devoir, mais c’est également la tâche de tous ses fils. Ceci l’a toujours été, mais spécialement aujourd’hui. Tous les chrétiens sont appelés en cette heure importante, qui porte en elle-même les germes d’un profond renouveau mais aussi d’une destruction possible — comme il en fut à toutes les périodes cruciales de l’histoire — à apporter leur contribution à la construction d’un ordre plus juste et meilleur, fondé sur le respect de la Loi de Dieu qui seule garantit le respect de l’homme. Des ombres épaisses s’amoncellent sur l’avenir de l’humanité: la violence aveugle, la menace pour la vie humaine dès le sein maternel, le terrorisme impitoyable, qui accumule haines et ruines dans le dessein utopique d’une « palingénésie » surgie des cendres de la destruction totale, la recrudescence de la délinquance, les discriminations et les injustices à l’échelon international, la privation de la liberté religieuse, l’idéologie de la haine, et aussi l’apologie des plus bas instincts à travers la pornographie des mass média, qui recouvrent de pseudo-intentions culturelles une avilissante soif de l’argent et une exploitation honteuse de la personne humaine, sans compter menaces et séductions constamment adressées à l’enfance et à la jeunesse, sapant et desséchant les fraîches énergies créatrices de leur esprit et de leur cœur : tout cela montre combien l’estime des valeurs morales s’est terriblement affaissée du fait d’une action occulte et organisée du vice et de la haine. Nous ne pouvons garder le silence face à cette réalité, qui est malheureusement un héritage des peuples parvenus au plus grand développement économique ; d’autant plus qu’une petite minorité, agissant dans l’ombre et abusant du don de la liberté, si chèrement acquis, ne peut impunément attenter à l’ordre, au progrès, à la vie en société, à la santé morale de toute une majorité, désormais fatiguée de tant d’impudence, mais retenue par la peur face aux exigences élémentaires d’un travail constructif ; et peut-être — ce serait vraiment une chose bien triste — résignée maintenant au pire.
Nous faisons appel à tous les hommes de bonne volonté, en répétant ici ce que nous avons exprimé dans notre récent Message pour la très prochaine Journée de la Paix 1978. Surtout Nous appelons Evêques, prêtres, chrétiens et chrétiennes à opposer une barrière, par d’opportunes initiatives aux forces de désagrégation de l’ordre moral, à isoler les violents et les exploiteurs, à opposer au plan civil une digne résistance à tout ce qui est contraire à la dignité innée de l’homme, créé à l’image de Dieu et racheté par le sang du Christ. Une incohérence peureuse pourrait avoir des conséquences funestes. Pensons-y pendant qu’il est temps.
L’avenir est dans les mains de Dieu ; mais il dépend aussi de la conscience et de l’activité intense des hommes. Nous espérons fermement que la foule immense et silencieuse des hommes droits, sains et consciencieux du monde entier, saura avancer, sans délais et sans peur, dans son oeuvre de construction pacifique de la société humaine.
A l’occasion de cette rencontre de Noël, Nous avons l’habitude de tourner nos regards non seulement vers les problèmes de la vie interne de l’Eglise, mais aussi vers ses rapports avec le monde dans lequel sa vie se déroule, et dont l’attitude conditionne si souvent ses possibilités de se manifester à l’extérieur et sa liberté elle-même. Et Nous considérons aussi la situation de la vie internationale dans ses aspects qui touchent de plus près l’ordre moral et qui intéressent la solidarité — en termes chrétiens, la charité — entre les hommes.
Si Nous en avions le temps, Nous aimerions nous arrêter, à cause de son actualité et de son importance, sur un point qui requiert toujours davantage l’attention, on peut bien le dire, du monde entier : celui du respect des droits humains ; respect dont les hommes et les peuples, de tous continents, ressentent toujours davantage l’exigence, pendant qu’ils ressentent encore plus vivement que dans le passé les offenses qui lui sont faites et qui se rencontrent malheureusement de tant de côtés.
Nous réservons de revenir à une prochaine occasion favorable sur une question qui revêt à nos yeux une importance singulière pour notre temps, et qui mérite par là d’être l’objet d’une réflexion spéciale.
Aujourd’hui, dans la lumière de celui qui est venu, par sa naissance, racheter l’humanité de l’esclavage du péché, de l’égoïsme, de la haine, Nous voudrions au moins affirmer que Nous partageons la peine de tous ceux qui souffrent à cause de structures injustes ou à cause de la mauvaise volonté des hommes, et souhaiter que la conscience d’un devoir qui s’identifie avec les intérêts supérieurs d’une vie en commun pacifique prendra le dessus sur l’esprit de violence qui pousse à méconnaître le bon droit des autres, qu’il s’agisse des individus, des groupes sociaux ou de peuples entiers.
L’expression de notre proximité dans la souffrance et nos souhaits vont en particulier à ceux qui subissent des oppressions ou des limitations injustes dans l’exercice de ce droit qui est le premier des droits humains, celui de la conscience religieuse et de la profession publique de la foi, selon les convictions personnelles, les traditions ou le rite propre à chacun: droit fondamentalement reconnu et proclamé tant de fois et par tous, au moins en paroles (il suffirait de rappeler les déclarations et les pactes des nations Unies et, pour l’Europe, les engagements tout récents de l’Acte final de la Conférence d’Helsinki), mais droit foulé aux pieds si souvent et de tant de manières, parfois radicalement (comme c’est encore le cas de nos jours — pour prendre un seul exemple, tout près de nous, — dans la petite mais toujours chère République Albanaise).
A ceux qui en souffrent, Nous voudrions répéter que notre oreille n’est pas sourde ni notre cœur — est-il nécessaire de le dire ? — insensible aux lamentations et aux appels à l’aide qui s’élèvent de chez eux.
C’est notre volonté et notre devoir de continuer à travailler de toutes nos forces pour leur venir en aide, par les voies et les moyens possibles et qui nous semblent les plus opportuns et les plus efficaces. Et Nous voulons espérer que ces efforts, unis à ceux de tous les hommes qui ont à cœur le vrai bien des peuples, ne demeureront pas sans résultats.
Nous devons aussi ajouter une parole au sujet du Moyen-Orient. Nous suivons avec une attention et un intérêt tout particuliers les développements de la situation. Sans vouloir prendre parti entre les avis divers et divergents qui se manifestent à ce sujet, Nous ne pouvons cacher notre espérance ou taire notre souhait que les initiatives en cours, courageuses au point de paraître audacieuses, parviennent à mettre en route un processus à partir duquel, grâce à la participation et à la bonne et sage volonté de tous les responsables, arriveront finalement à prendre forme des solutions répondant non seulement à la sensibilité humaine mais aux critères de justice, d’équité, de clairvoyance politique qui peuvent seuls équilibrer de manière convenable des exigences, des aspirations, des intérêts si complexes et souvent divergents.
Le Saint-Siège n’a pas manqué de manifester sa propre pensée aussi en cette occasion, de manière discrète mais avec confiance, particulièrement sur les points qui touchent de plus près sa mission de charité et ses responsabilités envers les intérêts légitimes de la chrétienté. Nous renouvelons maintenant le souhait que cette vieille et difficile question s’achemine promptement vers une solution juste et que toutes les populations de cette région si riche d’histoire, religieuse et civile, et si tourmentée puissent finalement jouir d’une paix juste et durable.
Nous confions les vœux qui ont fait l’objet de cette Allocution à la maternelle intercession de la Sainte Vierge, Mère très pure et Reine de la Paix. Nous nous tournons vers Elle pour obtenir la grâce d’accueillir en nos cœurs le Fils de Dieu qui vient, comme Elle l’a accueilli dans son sein virginal pour le donner au monde, en tant que Mère de l’Eglise ; en ces derniers jours de l’Avent, Elle nous indiquera le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ, et nous guidera vers Lui.
Que les prochaines fêtes de Noël marquent pour nous tous, à l’exemple de Marie et avec sa protection, une décisive rencontre de foi et d’amour avec le Sauveur. C’est le souhait que nous vous renouvelons et que nous accompagnons de notre cordiale Bénédiction.
Homélie du Pape à la Messe de Minuit
Frères et Fils très chers !
Vous attendez de Nous une parole qui résonne déjà dans vos âmes; et le fait de l’entendre encore en cette nuit et en ce lieu en fait reconnaître la nouveauté éternelle, la force de vérité, la merveilleuse et béatifiante joie. Et nos lèvres répètent l’annonce de l’ange, qui brilla dans la nuit, à Bethléem, il y a 1977 ans, et qui, réconfortant les humbles bergers épouvantés qui veillaient dehors sur leurs troupeaux, annonça l’ineffable événement qui s’accomplit alors dans une étable voisine : « Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple. Aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem), il vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 10-11).
C’est ainsi ! C’est ainsi, Frères et Fils ! C’est ainsi et Nous voulons avec humilité et sans crainte faire parvenir notre cri à tous ceux qui « ont des oreilles pour entendre » (Mt 11, 15). Un événement et une joie ; voici cette grande nouvelle qui est double !
Le fait : il semble presque insignifiant. Un enfant qui naît et dans quelles conditions humiliantes ! Nos enfants le savent bien, lorsqu’ils font leurs crèches, témoignages naïfs mais authentiques de la réalité évangélique. Mais la réalité évangélique laisse transparaître une réalité concomitante et ineffable : cet enfant apparaît comme vivant d’une filiation divine transcendante, « Filius Altissimi vocatibur » (Lc 1, 32). Nous faisons nôtres les expressions enthousiastes de notre célèbre prédécesseur, saint Léon le Grand, lorsqu’il s’écrie : « Notre Sauveur, Frères bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous ! Il n’y a pas de place pour la tristesse lorsque c’est le jour de naissance de la vie qui, écartant la crainte de la mort, nous donne la joie de l’éternité promise » (Serm. I de Nativitate Dom.).
Ainsi pendant que le mystère suprême de la vie trinitaire du Dieu unique se révèle dans les trois personnes distinctes, le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, et tous les deux unis dans l’Esprit Saint, un autre mystère enveloppe d’une merveille inexprimable notre rapport religieux avec Dieu, en ouvrant le ciel à la vision de la gloire de la transcendance divine infinie, et dépassant dans un don d’incomparable amour toute distance : la proximité, le voisinage du Christ-Dieu fait homme nous montre qu’il est avec nous, qu’il est à notre recherche ». « Car la grâce de Dieu est apparue, apportant le salut à tous les hommes » (Tt 2, 11 ; 3, 4).
Frères et vous, tous les hommes ! Qu’est-ce Noël, sinon cet événement historique, cosmique, profondément communautaire puisque adressé à tous, et pourtant incomparablement intime et personnel pour chacun de nous, puisque le Verbe éternel de Dieu, grâce auquel nous vivons déjà de notre existence naturelle (cf. Ac 11, 23-28), est venu à notre recherche ; lui, l’éternel, il s’est inséré dans le temps ; lui, l’infini, il s’est anéanti, « prenant la condition d’esclave et devenu semblable aux hommes, il est apparu comme un homme, et il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6 ss.).
Nos oreilles sont hélas, habituées à un tel message, et nos cœurs sont sourds à un tel appel, un appel d’amour : « Dieu a tant aimé le monde... » (Jn 3, 16) ; bien plus, soyons précis : chacun de nous peut dire avec saint Paul : « Il m’a aimé, et il a donné sa vie pour moi... » (Ga 2, 20) !
Noël est cette venue du Verbe de Dieu fait homme parmi nous. Et chacun de nous peut dire : c’est pour moi ! Noël est ce prodige. Noël est cette merveille. Noël est cette joie. Et la parole de Pascal monte alors à nos lèvres : « Joie, Joie, Joie, pleurs de joie » !
Oh, que cette célébration nocturne de la naissance du Christ soit vraiment pour nous tous, soit pour l’Eglise entière, soit pour le monde, une révélation renouvelée du mystère ineffable de l’Incarnation, une source de bonheur incessant : Amen.
Fils très chers qui Nous écoutez sur cette Place, et Vous, qui Nous êtes unis par le moyen des ondes, et Vous aussi, hommes et amis, auxquels parvient notre parole !
Ce n’est pas seulement l’habitude traditionnelle, ce n’est pas simplement la coutume multiséculaire, mais c’est un profond désir du cœur, un élan d’ordre intérieur qui Nous pousse à Nous adresser à vous pour offrir à chacun nos souhaits chrétiens en ce jour de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est un souhait très ancien et toujours nouveau, qui retentit d’abord sur la terre de Judée dans la nuit sainte de la nativité et qui, répandu dans le monde par la bouche des apôtres, a atteint cette ville au destin unique pour devenir un message adressé à tous les hommes, « de toutes tribus, langues, peuples et nations » (Ap 5, 9). C’est le souhait qui, avec une fraîcheur inchangée, monte maintenant à nos lèvres, dans la conscience de son insurpassable transcendance, comme celle « de tout don parfait, qui descend du Père des lumières (Jc 1, 17). C’est le souhait que Nous osons répéter maintenant avec émotion, pendant que se ravive notre foi et que renaît notre espérance : « Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! » (Lc 2, 14).
Oui, Fils, Frères, Amis : l’Evangile est là tout entier, son contenu de salut réel et de libération authentique est enclos dans ces brèves expressions qui, comme une musique secrète, enveloppent la pauvreté nue de la crèche de Bethléem, où naît — homme pour les hommes — le Fils même de Dieu. Le rapport entre Dieu et l’homme est restauré, et s’ouvre pour ce dernier, comme une invitation rassurante et béatifiante, le double chemin de la gloire de Dieu et de la paix avec les autres hommes.
Ne nous laissons pas étonner, déconcerter, scandaliser par la simplicité élémentaire de ces paroles: hommes d’un siècle de grand progrès technologique, il nous est nécessaire et indispensable de retrouver la saveur et le goût des choses plus humbles et plus vraies. C’est la première condition pour découvrir la joie, la sérénité et la paix qui sont les dimensions originales de la vie humaine, touchée par le message évangélique.
Accueillons donc, en ce jour lumineux, l’appel de l’ange et celui de l’Evangile, et répétons-le pour susciter en nous une adhésion plus convaincue et plus assurée : là où Dieu est honoré, l’homme aussi est honoré ; la gloire de Dieu est le fondement de la dignité de l’homme ; la naissance du Christ marque, au nom du Père des deux, le chemin de la paix sur la terre. « La naissance du Seigneur est la naissance de la paix » (St Léon, sermon XXVI, 5),
Et le monde contemporain, tous peuvent en être témoins, a besoin de paix. Pour bien des situations de l’histoire qui se déroule, on dirait que la terre a épuisé ses réserves de paix que l’expérience tragique des deux guerres mondiales qui ont ensanglanté la première moitié du siècle qui va déjà vers sa fin, avait enrichi de si grandes promesses. Les hommes sont encore adversaires les uns des autres. L’injustice, la faim et la misère réveillent encore les instincts de lutte, de délinquance. Les pactes sacro-saints de la concorde et de la collaboration entre les peuples semblent encore incapables de soutenir le poids de leurs engagements à renoncer à la violence. La peur des armements terribles dont une science inhumaine est, aujourd’hui plus qu’hier, capable de susciter des images de terreur, ôte encore le sommeil aux chefs des peuples qui ne peuvent prévoir une paix sans la défendre par des moyens de guerre et de mort toujours plus puissants.
La paix semble laisser le champ libre à de nouvelles, à d’inimaginables hypothèses de fureur guerrière.
Non, qu’il n’en soit pas ainsi ! Les loyales promesses d’amitié et de collaboration, comme les questions évidentes qui divisent les nations doivent se renouveler par la fidélité à la paix.
Mais comment pourrions-nous en ce moment même oublier la Terre bénie qui, plus que les autres et avant elles — c’est notre pensée — est destinataire de ce message de vœux, puisqu’elle l’a reçu dès son commencement ? Vous savez que, précisément aujourd’hui, les entretiens visant à régler le long conflit qui, de plusieurs façons et à diverses reprises, a endeuillé les Lieux saints, entre dans une nouvelle phase qui peut être — Dieu le veuille — d’une importance peut-être déterminante pour des accords définitifs. C’est une espérance de paix plus concrète qui sourit à ces chères populations si durement éprouvées par les guerres et par les deuils, et qui ont droit, de notre part, à une solidarité active qui s’inspire du message du Christ Seigneur et qui en découle.
C’est à elles que Nous adresserons donc, en premier lieu, notre souhait de Noël, afin que sur leur terre, qui spirituellement est aussi la nôtre, la paix dans la justice se remette à fleurir. Nous reprendrons ensuite le même souhait pour l’étendre à tous les autres pays où des points douloureux de friction, de vexation, d’injustice, compromettent la stabilité de la paix, ou encore en déforment le visage authentique d’humanité et de liberté, afin que, dans un esprit nouveau, soit renouvelée la confiance dans la paix, comme unique système civil pour résoudre les problèmes existants : qu’elle alimente en tous un sens vigilant de responsabilité, de prudence, de modération, et enfin, comme sommet de la paix elle-même, de justice accompagnée de liberté et de magnanimité.
Nous encourageons tous les hommes, en ce jour du Christ Sauveur et en son nom, à consacrer tous leurs efforts à ce but, et vous qui Nous écoutez et qui Nous voyez, Nous vous invitons à prier pour la noble cause de la paix, en vous renouvelant de tout cœur nos souhaits de bon Noël !