Le magistère de Jean Paul II sur le ministère ordonné
Gerhardt Ludwig Müller, Regensburg
Ordinatio sacerdotalis
Dans sa Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis du 22 mai 1994 sur " l’ordination exclusivement réservée aux hommes ", le Pape Jean Paul II, en vertu de ses prérogatives apostoliques, a confirmé l’enseignement en vigueur depuis les origines de l’Église, à savoir que " l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes " (art. 4). " Cette question de grande importance " concerne la " constitution divine de l’Église ". En conséquence, la pratique ecclésiale d’administrer le Sacrement de l’ordination exclusivement aux baptisés de sexe masculin est de droit divin. Elle appartient à l’essence des sacrements, et demeure définitivement dans l’espace créatif de l’autorité ecclésiale et dans le cadre du droit positif ecclésial.
L’occasion pour expliquer cette pratique unanime et cette tradition magistérielle de l’Église, comme expression d’un enseignement contenu dans la Révélation et donc étranger à toute exigence de caractère historique, à tout conditionnement de nature sociologique, et surtout aux coutumes qui peuvent changer, a été le débat au sein de la Communion anglicane sur la possibilité d’une ordination féminine au diaconat et au sacerdoce, et qui a débouché sur la consécration des femmes aux États-Unis et dans l’Église d’Angleterre. À ce propos, Jean-Paul II cite l’échange épistolaire entre Paul VI et l’archevêque de Canterbury, Primat de l’Église anglicane, la déclaration de la Congrégation pour ola Doctrine de la Foi Inter Insigniores de 1976, et la déclaration du magistère ecclésial contenue dans Mulieris dignatatem, du 15 août 1988.
Au sein de l’Église catholique, la possibilité dogmatique d’une ordination sacramentelle des femmes au diaconat, au sacerdoce et à l’épiscopat, et donc au sacerdoce tel que l’entend le Concile Vatican II, est devenue un thème très débattu dans les paroisses et parmi les théologiens.
Ecclesia de Eucharistia
Les arguments avancés par le Pape Jean Paul II dans son Encyclique Ecclesia de Eucharistia sont particulièrement importants pour le ministère ordonné. Le rôle singulier du prêtre dans l’accomplissement et dans la célébration du mystère de l’Eucharistie y est souligné encore une fois.
L’Encyclique Ecclesia de Eucharistia du Pape Jean Paul II souligne clairement le lien entre l’Eucharistie et le sacerdoce. Il existe un lien essentiel et indissoluble entre le ministère ordonné à la célébration sacramentelle de la transformation du pain et du vin dans le Corps et dans le Sang du Christ, comme réalisation complète du mystère eucharistique. Si la conscience de l’offrande eucharistique est redevenue centrale dans l’Église, il en est de même pour les jeunes hommes qui, par leur disponibilité et leur abnégation totale, se donnent au vrai centre de notre foi. Dans l’Eucharistie, le Christ nous réconcilie avec Dieu. Le sacerdoce est né avec l’Eucharistie par Jésus-Christ. Sa concrétisation dans l’action de Jésus-Christ exclut toute séparation entre Eucharistie et ministère ordonné.
Pastores gregis
Dans ce document plus récent, le Saint-Père parle des tâches essentielles et des charges théologiques du ministère épiscopal. L’évêque du XXIe siècle doit être un exemple de sainteté chrétienne et jouir d’une autorité spirituelle. En vertu de ses responsabilités, l’évêque est appelé à participer au gouvernement de l’Église. Dans l’exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis l’évêque n’est pas considéré comme un modérateur profane chargé de concilier des positions discordantes, mais plutôt comme un maître d’autorité, un héraut de la Parole de Dieu et un Pasteur du troupeau qui lui a été confié. Il doit critiquer et corriger les éventuelles déviations par rapport à l’enseignement du magistère. Jean-Paul II souligne en particulier les devoirs des évêques vis-à-vis des personnes. C’est pourquoi il les met en garde contre la bureaucratie et les exhorte à mener une vie sacramentelle et spirituelle. Le collège épiscopal tire sa valeur théologique de la communion des évêques entre eux et avec le Pape. Il confirme l’importance des synodes et des conciles particuliers, comme organes exclusivement consultatifs qui contribuent à la décision papale.
Au cours de ses 25 années de pontificat, Jean Paul II a affronté toutes les grandes questions théologiques de l’Église. En outre, il s’est toujours efforcé de faire progresser la connaissance théologique. Ses prises de position nettes et décisives du point de vue magistériel ont ouvert la voie à une vision profonde du ministère sacramentel dans l’Église.