COMMENTAIRE SUR LES PSAUMES.

Tome V. p. 523-603 ; Tome VI p. 1-311

 

 

 

 

 

COMMENTAIRE SUR LES PSAUMES. *

EXPLICATION DU PSAUME CXL. 1. " SEIGNEUR, J'AI CRIÉ VERS VOUS; EXAUCEZ-MOI, ÉCOUTEZ MA VOIX, LORSQUE JE POUSSERAI MES CRIS VERS VOUS. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLI. 1. " J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POUR CRIER VERS LE SEIGNEUR. J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POUR PRIER LE SEIGNEUR. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLII. 1. " SEIGNEUR, EXAUCEZ MA PRIÈRE (proseukhe). " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLIII. " BÉNI SOIT LE SEIGNEUR MON DIEU, QUI APPREND A MES MAINS A COMBATTRE, ET MES DOIGTS A FAIRE LA GUERRE. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLIV. 1. " JE CÉLÉBRERAI VOTRE GLOIRE, O MON DIEU, O MON ROI, ET JE BÉNIRAI VOTRE NOM, DANS TOUS LES SIÈCLES DES SIÈCLES. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLV. 1. " O MON AME, LOUEZ LE SEIGNEUR. JE LOUERAI LE SEIGNEUR PENDANT MA VIE, JE CÉLÉBRERAI LA GLOIRE DE MON DIEU, TANT QUE JE VIVRAI. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLVI. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR, PARCE QU'IL EST BON DE LE LOUER. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLVII. 1. " JÉRUSALEM, LOUE LE SEIGNEUR; SION, LOUE TON DIEU. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLVIII. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR, O VOUS QUI ÊTES DANS LES CIEUX, LOUEZ-LE DANS LES PLUS HAUTS LIEUX, LOUEZ-LE, VOUS TOUS QUI ÊTES SES ANGES. " *

EXPLICATION DU PSAUME CXLIX. 1. " CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CANTIQUE NOUVEAU. " *

EXPLICATION DU PSAUME CL. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR DANS SES SAINTS. " UN AUTRE TEXTE : " DANS UN SANCTUAIRE. " UN AUTRE TEXTE : " DANS CE QU'IL SANCTIFIE. " *

 

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXL. 1. " SEIGNEUR, J'AI CRIÉ VERS VOUS; EXAUCEZ-MOI, ÉCOUTEZ MA VOIX, LORSQUE JE POUSSERAI MES CRIS VERS VOUS. "

ANALYSE.

1. Ce psaume se récitait tous les jours, le soir, à Antioche. Il est obscur et difficile à comprendre, c'est une raison de plus pour l'étudier avec soin. Le cri dont il est ici question, c'est le cri du coeur.

2. La prière digne d'être écoutée est celle qui demande les biens éternels, celle qui ne souhaite pas de mal aux ennemis.

3, A Jérusalem il y avait deux autels , un d'or , un d'airain. Sur le premier s'offrait matin et soir le sacrifice d'adoration qui est toujours dû à Dieu et qui était toujours, accepté ; sur le second s'offrait le sacrifice pour l'expiation des péchés, l'acceptation de celui-ci dépendait des dispositions de ceux qui l'offraient. Bonne odeur de l'oraison ; l'encensoir est un symbole , qui exprime la pureté de la langue et des. mains. Pourquoi faut-il. élever les mains dans l'oraison?

4. De la garde de la langue et de la bouche ; qu'il y a un temps de parler et un temps de Se taire; combien la langue ne doit-elle pas être pure, elle qui reçoit le corps du Seigneur!

5. C'est un mal de se taire quand il faudrait parler. Il faut compatir aux affligés.

6. On demandera compte même d'une parole inutile. Dans le coeur est la source de la vertu et du vice.

7. L'existence du libre arbitre constatée. L'excuse aggrave le péché , la confession l'efface , et apaise Dieu. Fuir les orgies et les théâtres comme la peste. Recevoir avec douceur les réprimandes des gens de bien.

8. La prière ne suffit pas si l'on n'y joint les bonnes couvres.

9. L'espérance en Dieu est une ancre sûre.

1. Voici un psaume dont les paroles sont, pour ainsi dire, connues de tout le monde; à tout âge on le chante; quant à la pensée que les paroles expriment, on l'ignore. Et des reproches assez sévères pourraient être adressés à ceux qui chantent tous les jours, avec les (251) lèvres, des paroles, sans rechercher le sens renfermé dans ces paroles. Supposez qu'une eau pure et limpide s'offre à vos yeux. Vous ne pouvez pas vous empêcher d'aller tout ,près, d'y tremper vos mains, de boire de cette eau; dans une prairie chaque jour fréquentée on ne résiste pas au plaisir de cueillir quelques fleurs. Quant à vous, qui, depuis l'enfance jusqu'au dernier jour de votre vieillesse, ne faites que chanter ce psaume, vous en savez les mots, voilà tout. Il y a là un trésor caché, vous êtes assis à côté; vous avez une bourse magnifique, vous la portez à droite et à gauche, mais toujours scellée et fermée, et il n'est personne parmi vous que la curiosité excite à rechercher ce que veut dire ce psaume. Ni recherches, ni examen. Et cependant, on ne peut pas dire que la clarté du psaume soit faite pour nous endormir, que le sens se présentant de lui-même il n'y a pas lieu de faire des recherches. L'obscurité d'un tel psaume à de quoi réveiller celui qui ne dort pas trop profondément, je me trompe, celui qui est tout à fait endormi. Car que dit-il? " Ne penchez point mon coeur vers des discours de malice (4). " Et que signifie maintenant : " Le juste m'instruira avec miséricorde et me reprendra (5) ? " Et ce qui suit, répondez-moi; toutes les ténèbres ont-elles rien de plus ténébreux? " Ma prière s'entendra encore au milieu des choses qui les flattent. Ils ont a été absorbés contre la pierre, leurs juges (6). " En dépit d'une si épaisse obscurité, comme si c'était là un cantique ordinaire, le grand nombre passe, sans arrêter. Mais nous ne voulons pas insister sur ce reproche, qui vous serait à charge ; arrivons à ce que nous dit le psaume. Attention, je vous en prie, car ce. n'est pas sans dessein, j'imagine, que les Pères ont décrété la lecture de ce psaume tous les soirs, et ce n'est pas parce que l'on y trouve " L'élévation de mes mains est comme le sacrifice du soir; " car cette pensée se rencontre dans d'autres psaumes. Ainsi : " Le soir, le matin et à midi, je raconterai et j'annoncerai. " (Ps. LIV, 18.) Et encore : " Le jour vous appartient, et la nuit est aussi à vous. " (Ps. LXXIII, 16.) Et encore : " Les pleurs se répandent le soir, et la joie le matin. " (Ps. XXIX, 6.) Et il ne manque pas de psaumes qui conviennent au soir. Ce n'est donc pas pour cette raison que les Pères ont décidé la récitation de ce psaume ; mais ils l'ont regardé comme un remède salutaire , comme une expiation des péchés ; ils ont voulu que toutes les souillures que nous aurions contractées dans toute la durée du jour, soit sur la place publique, soit chez nous, soit ailleurs, en quelque lieu que ce fût, nous pussions les laver le soir, par ce cantique spirituel. C'est un remède qui fait disparaître tout cela. Tel est aussi le psaume du matin; car rien n'empêche de le rappeler en peu de mots. Ce psaume ranime l'amour de Dieu, réveille notre âme , l'embrase d'un feu vif, la remplit de joie et de charité, et nous pouvons ensuite nous approcher de Dieu. Voyons-en les premières paroles, et ce qu'elles nous enseignent: " O Dieu, ô mon Dieu, je veille et j'aspire vers vous, dès que la lumière paraît; mon âme a soif de vous. " (Ps. LXII, 1.) Comprenez-vous l'amour brûlant qu'expriment ces paroles-? Or, où se trouve l'amour de Dieu, tous les vices disparaissent; où se trouve le souvenir de Dieu, tous les péchés s'évanouissent, et la méchanceté est anéantie. " Je me suis présenté devant vous ainsi dans votre sanctuaire pour contempler votre puissance et votre gloire. " (Ps. LXII, 3.) Qu'est-ce à dire, " Ainsi ? " avec ce désir, avec cet amour, afin de voir votre gloire qui, par toute la terre, est visible. Mais il ne faut pas abandonner ce que nous avons dans nos mains, pour prendre un autre psaume que nous rencontrons sur notre route. Donc nous nous contenterons de renvoyer l'auditeur à ce qui a été dit sur cet autre psaume ; attachons-nous à ce qui fait notre sujet aujourd'hui.

Que nous dit donc aujourd'hui le Psalmiste ? " Seigneur, j'ai crié vers vous, exaucez-moi. " Que dis-tu, je t'en prie? C'est parce que tu as crié que tu veux qu'on t'exauce, et voilà le motif que tu donnes pour être exaucé? Donc, ce qu'il faut, c'est une voix forte et qui s'entende au loin ; mais voilà qui n'est pas raisonnable ; car quel est le péché de celui qui a la voix faible, qui n'a pas de voix, qui a la langue pesante et embarrassée? N'est-il pas vrai que Moïse n'avait pas un si bel organe et qu'il était écouté plus que tous les autres ? Est-ce que les Juifs ne poussaient pas, plus que tous les autres, de grands cris? Dieu cependant n'écoutait pas leurs prières. Evidemment une voix forte ou une voix grêle, ce sont des avantages ou des infirmités naturels. Or, cela ce fait pas que nous soyions exaucés (252) ou non. Car, il n'y a rien là qui mérite, soit la louange, soit le blâme. On voit un très-grand nombre d'avantages naturels accordés même à des scélérats : n'était-ce pas un bel homme, et d'une belle figure, et dont les cheveux bouclés relevaient la beauté, Absalon ? Et encore : N'est-il pas vrai qu'Elisée avait la tête chauve, au point d'être tourné en ridicule par les enfants? Eh bien ! la beauté de l'un ne lui a servi à rien; et celui-ci n'a en rien souffert de sa laideur. Et à quoi bon parler de voix faible et grêle, et de langue embarrassée, lorsqu'on entendait jusqu'au silence de Moïse, lorsque Anne n'avait pas besoin de parler ? Dieu disait aux Juifs : " Lorsque vous multiplierez vos prières , je ne vous écouterai point. " (Isaïe, I, 15.) Pourquoi donc le Psalmiste vient-il nous dire ici : " J'ai crié vers vous, exaucez-moi. " Il entend par là le cri intérieur d'une âme embrasée, d'un esprit contrit, le cri de Moïse, que Dieu exauçait; car, de même que celui qui pousse des cris, épuise toutes ses forces, de même celui qui pousse les cris de l'âme, y applique toutes les forces de sa pensée.

2. Voilà donc le cri que Dieu nous demande, le cri qui convertit l'âme, ne la laisse jamais inactive, distraite. Il ne manque pas de gens en effet, qui sont présents dans le temple sans aucun doute, mais qui ne poussent vers Dieu aucun cri. Ce sont leurs lèvres qui crient, prononçant le nom de Dieu, qu'elles portent partout, mais la pensée ne soupçonne pas ce que disent les lèvres. Celui dont je parle ne crie pas, quand il ferait, de sa voix le plus grand vacarme ; celui dont je parle ne prie pas le Seigneur, quand même il paraîtrait tout à fait le prier, ce qui ne s'applique pas à Moïse. Il criait et il était exaucé. Aussi Dieu lui dit : " Pourquoi cries-tu vers moi ? " (Exode, XIV, 15.) Or, ce n'étaient pas seulement ses cris, mais son silence même , qui lui obtenaient ce qu'il désirait, parce qu'il s'était montré digne d'être exaucé par Dieu. Voulez-vous voir encore des pécheurs, soutenant le- cri ardent de leurs prières, criant d'une manière retentissante, et obtenant ce qu'ils désire . Voyez la courtisane, dont le silence est un cri (Luc, VII, 38) ; voyez le publicain ; sa prière a suffi pour le justifier. (Luc, XVIII, 13-14.) Le publicain aussi pousse un vrai cri, qui lui fait dire: " Seigneur, j'ai crié vers vous, exaucez-moi ; " et sa prière est faite pour être écoutée.

" Lorsque je pousserai mes cris vers vous. " Voyez encore une autre vertu de la prière ! En effet, il ne demande pas d'être exaucé seulement pour l'ardeur qu'il apporte à sa prière, mais aussi parce que sa prière est digne d'attirer l'attention de ces yeux qui ne dorment jamais. De quelle nature est cette prière? C'est une prière qui ne souhaite aucun mal aux ennemis; qui ne demande ni richesses, ni opulence, ni puissance, ni gloire, ni rien de périssable, mais, uniquement, ce qui est impérissable, immortel. En effet, dit l'Ecriture " Cherchez le royaume de Dieu, et tout cela vous sera accordé par surcroît. " (Matth. VI, 33.) " Lorsque je pousserai mes cris vers vous." Voyez-vous le zèle enflammé, la ferveur qu'il nous demande, lorsque nous invoquons le Seigneur? En effet, c'est alors surtout que le démon nous presse, et nous menace. Comme il sait que nos armes les plus fortes sont let prières; comme il sait que, quels que soient nos péchés, notre bassesse, si nous prions Dieu en appliquant toute notre âme à la prière, si i nous le prions d'une manière conforme à ses commandements, nous pouvons obtenir les plus grands biens, c'est alors que le démon s'efforce d'éteindre notre zèle, de distraire nos pensées, afin que nous ne recueillions aucun y fruit de nos prières.

Instruits de ces vérités, fortifions-vous contre l'ennemi commun, n'adressons jamais à Dieu de prières contre nos ennemis, imitons les apôtres. Assaillis de maux innombrables, jetés , en prison, exposés aux plus grands de tous les périls, ils se réfugiaient dans la prière, ils disaient : " Considérez leurs menaces. " (Act. IV, 29.) Et après qu'ajoutaient-ils? Brisez-les ou exterminez-les, langage ordinaire de l'imprécation? Nullement, mais: " Et donnez à vos serviteurs la force d'annoncer votre parole." (Ibid.) Comment et par quels moyens ? En mettant à mort les persécuteurs? en les écrasant? en les exterminant? nullement. Mais comment donc? " En faisant des merveilles et des prodiges, par le nom de votre saint Fils Jésus. " (Ibid. 30.) Voyez-vous la parfaite sagesse de la prière, (lui; après tant et de si grands maux, ne demande pas le supplice des ennemis? Tels se sont montrés les apôtres,. quand ils étaient pleins de vie; mais maintenant, Etienne, au moment de se voir arracher la vie présente, non-seulement ne souhaitait aucun mal à ses ennemis; mais, quand on le (253) lapidait. quand on lui donnait la mort, dans ce moment même, il ne pensait, par sa prière, qu'à soustraire ses ennemis à la colère à venir, à la punition de leur péché; il dit : " Ne leur imputez point ce péché. " (Act. VI, 59.) Quel pardon mériteront-ils donc, que diront-ils pour se défendre, ceux qui souhaitent du mal à leurs ennemis dans leurs prières? et le moyen que Dieu exauce des prières qui violent ses lois ? Donc, ne tenons jamais de pareils discours; il ne suffit pas de ne pas prier contre ses ennemis, il faut encore éteindre sa colère contre eux, et voilà pourquoi l'Apôtre dit: " Je veux que les hommes prient en tous lieux, levant des mains pures, sans colère, et sans contention (I Tim. II, 8) ; " c'est-à-dire, quoique vous ayez un ennemi qui vous poursuive, éteignez votre colère, avant de vous approcher du Seigneur; et, non-seulement gardez-vous, dans votre prière, de rien dire contre lui, mais encore purifiez votre âme du poison qui la souille. Si telle est votre prière, si vous invoquez Dieu avec un zèle ardent, vous n'aurez pas fini votre prière, que vous serez exaucé. C'est ce que demande le Psalmiste par ces paroles : " Ecoutez ma voix, lorsque je pousserai mes cris vers vous. " Par là, en effet, il rappelle la promesse de Dieu même : " Vous parlerez encore, et je vous dirai : me voici. " (Isaïe, LVIII, 9.) " Que ma prière s'élève vers vous, comme la fumée de l'encens en votre présence (2). " Autre texte : " Que ma prière se présente comme l'encens, en votre présence; " autre texte : " Se dispose. " " L'élévation de mes mains est le sacrifice du soir; " autre texte: " Est le don du soir; " autre texte : " L'oblation du soir. "

Que veut nous enseigner le Prophète, en nous parlant du sacrifice du soir? C'est qu'il y avait autrefois deux autels, l'un d'airain, l'autre d'or; le premier était public, recevant les offrandes de presque tout le peuple; l'autre était situé dans le sanctuaire, et derrière le voile. Et, pour être plus clair, nous essayerons de tout reprendre dès le commencement. Les Juifs avaient autrefois un temple, long de quarante coudées, large de vingt; dans cette longueur, il y avait dix coudées, derrière le voile, d'interceptées, et ce qui était intercepté s'appelait le saint des saints. Ce qui était au dehors s'appelait simplement le saint. Et maintenant tout était resplendissant d'or dans le saint des saints.

3. Quelques-uns ont prétendu qu'en dehors du saint des saints les poutres aussi avaient des clous d'or. Le grand prêtre seul entrait dans le saint des saints, une seule fois dans l'année; là, se trouvait l'arche avec les chérubins; là aussi se trouvait l'autel d'or, où s'offrait l'encens, et qui servait uniquement au sacrifice. Ce sacrifice ne s'accomplissait qu'une fois l'an. C'était donc, dans le temple extérieur, que se voyait l'autel d'airain, sur lequel chaque soir s'offrait l'agneau que l'on brûlait; c'est ce qui s'appelait le sacrifice du soir. Car il y avait de plus un sacrifice du matin, et, deux fois par jour, il fallait allumer l’autel; sans compter les autres offrandes apportées par, le peuple; car il était prescrit. par la loi, et ordonné aux prêtres, de prendre, sur ce qui leur appartenait, en l'absence de toute autre offrande, une fois le matin, et une fois le soir, un agneau, que l'on sacrifiait et que l'on brûlait. Et cela s'appelait le sacrifice du matin, le sacrifice du soir. Or, Dieu avait prescrit ces sacrifices, pour montrer qu'il faut toujours l'honorer, et quand le jour commence, et quand le jour finit.

Ce sacrifice était donc toujours accueilli, ce genre d'offrandes n'était jamais refusé. Quant à ce qui s'offrait pour les péchés, tantôt le sacrifice était accueilli, tantôt il ne l'était pas, selon que ceux qui le présentaient, se distinguaient par leurs vertus ou par leurs vices. Quant aux sacrifices offerts, non pour obtenir la rémission des péchés, mais parce qu'ils étaient ordonnés par la loi, prescrits pour le culte, ils étaient absolument accueillis. Le Psalmiste demande donc que sa prière ressemble à ce sacrifice que ne souillaient en aucune manière les péchés de celui (lui l'offrait; il demande que sa prière ressemble à la sainteté, à la pureté de l'encens, et sa demande nous enseigne que nos prières doivent être pures, et d'une odeur agréable. Telle est, en effet, l'odeur de la justice; le péché au contraire a une odeur fétide, dont le Prophète veut parler dans un autre endroit, disant : " Mes iniquités se sont élevées sur ma tête, et elles se sont appesanties sur moi, comme un fardeau insupportable; mes plaies ont été remplies de pourriture et de corruption. " (Ps. XXXVII, 5, 6.) L'encens est bon de soi et odoriférant , mais pour qu'il développe sa bonne odeur, il faut qu'il soit brûlé; de même la prière est bonne de soi, mais elle est meilleure, et d'une odeur plus suave , quand (254) elle sort d'une âme ardente, que la ferveur anime; quand l'âme est un encensoir, où s'allume un feu dévorant. En effet, on ne mettait pas l'encens avant qu'il y eût du feu dans le réchaud, avant que les charbons fussent allumés. Faites de même dans votre âme; embrasez-la d'abord par le désir, avant d'y mettre la prière. Le Psalmiste prie donc, afin que sa . prière ressemble à l'encens, que l'élévation de ses mains soit comme le sacrifice du soir; car et l'encens et le sacrifice sont accueillis. Comment? à quelles conditions? Si, des deux côtés, tout est pur; si, des deux côtés, il n'y a ni sujet de reproche, ni vice; si la langue et la main ne craignent aucun jugement; si les mains ne sont souillées ni par l'avarice, ni par la rapine; si la langue n'est pas chargée de mauvaises paroles, de même que l'encensoir doit être pur, ne rien porter que le feu et l'encens, de même la langue ne doit proférer aucune parole impure; elle ne doit exprimer que la sainteté, la bénédiction; et les mains à leur tour doivent être comme l'encensoir. Que votre bouché soit donc un encensoir, et gardez-vous de l'emplir de ce qui pourrait la souiller. Ceux qui souillent leur bouche; ce sont les hommes qui font entendre des paroles honteuses, impures. Maintenant, pourquoi ne dit-il pas : le sacrifice du matin, mais : " Le " sacrifice du soir? " A mon avis, l'expression est indifférente. S'il avait dit : le sacrifice du matin, ces personnes, qui n'ont rien de mieux à faire, auraient demandé pourquoi ne dit-il pas: comme le sacrifice du soir. Mais maintenant, si l'on ne vent pas y mettre une curiosité indiscrète, on peut se contenter de la réflexion que voici : le sacrifice du matin attend le sacrifice du soir; au contraire, le sacrifice du soir est le complément du sacrifice; le culte du jour a reçu son couronnement; tout est achevé. Mais que signifie maintenant l'élévation des mains dans la prière? c'est que tant de crimes, tant de coups donnés, de meurtres; de déprédations, d'oeuvres que l'avarice opère, et que produit la convoitise, s'accomplissent par le ministère des mains; et, si l'on nous ordonne de les. tendre dans la prière, c'est pour que cette fonction des matas soit comme un lien qui enchaîne l'iniquité, comme une expiation qui purifie de tout crime; c'est afin qu'au moment de pratiquer la rapine, de vous jeter sur le bien d'autrui, de frapper le prochain, la pensée qu'un jour vous élèverez vers Dieu ces mains pour vous défendre; la pensée qu'elles vous serviront à offrir ce sacrifice spirituel, vous empêche de les déshonorer., de les rendre auprès de Dieu impuissantes, parce qu'elles auront servi à des œuvres coupables. Purifiez-les donc par l'aumône, par la clémence; employez-les à secourir l'indigent, avant de les tendre à Dieu, dans la prière. Si vous les lavez avant la prière, à bien plus forte raison convient-il que vous ne les souilliez pas par le péché. Si vous craignez ce qui à moins de gravité, redoutez ce qui en a davantage. Il n'est pas absolument contraire à la raison de faire sa prière avec des mains que l'eau n'a pas purifiées ; mais les offrir à Dieu, souillées de péchés sans nombre, voilà ce qui attire une, colère terrible.

4. Ces mêmes conseils, suivons-les aussi pour ce qui concerne et notre bouche et notre langue; que la corruption n'y trouve aucun accès, si nous voulons les employer à la prière. Une personne qui possède un vase d'or, ne s'en servira jamais pour un vil usage, parce que la matière est trop précieuse : à bien plus forte raison nos bouches, incomparablement plus précieuses que l'or et les perles, ne doivent pas être souillées de paroles honteuses, impudiques, de médisances, d'outrages ; ce n'est pas sur un autel d'airain ou d'or que vous offrez votre encens, mais dans un sanctuaire plus précieux, dans le temple spirituel. D'un côté, est une matière inanimée; en vous, c'est Dieu qui réside, et vous êtes un membre du Christ, et son corps. " Mettez, Seigneur; une garde à ma bouche (3). " Il a prié le Seigneur, lui demandant d'être exaucé; lui demandant d'accepter sa prière; voyez maintenant le premier désir qu'il exprime, la supplication qu'il fait entendre. En effet, il ne dit pas: accordez-moi la fortune; accordez-moi les honneurs que les . hommes recherchent ; accordez-moi la victoire sur mes ennemis; accordez-moi des enfants; rien de pareil. Il ne s'abaisse pas à tout cela; il ne demande à Dieu que des présents dignes de lui. Eh quoi ? ne peut-on pas demander à Dieu des biens sensibles? Assurément il est permis de les demander, mais avec la modération qui règle ces paroles de Job: " Si le Seigneur me donne du pain pour me nourrir, et des vêtements pour me vêtir. " (Gent. XXVIII, 20.) C'est ainsi que le Christ nous a ordonné de prier, et de prononcer ces paroles: " Donnez-nous aujourd'hui notre pain (255) quotidien. " (Math. VI, 11.) Avant tout, ce qu'il faut demander, ce sont les biens spirituels; et c'est ce que fait le Psalmiste en disant : " Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche. "

Comprenez-vous cette prudence ? comprenez-vous cette sagesse? la prière qu'il fait tout d'abord ? Il demande la première de toutes les vertus, sans laquelle on tombe dans tous les finaux, avec laquelle on s'assure tous les biens. Il faut compter par milliers les maux qu'enfante la pétulance de la langue, et, de même, les biens que procure la circonspection. De même donc que c'est en vain que l'on possède maisons, villes, murailles, ouvertures, portes, si l'on n'a pas aussi des gardiens qui sachent les fermer, et les ouvrir quand il faut ; ainsi, ni la bouche ni la langue ne sont d'aucune utilité, sans la raison qui sait avec quel soin, avec quelle circonspection il faut fermer et ouvrir, ce qu'il faut laisser sortir, ce qu'il faut garder. " Il en est moins, " dit l'Ecriture, " qui sont morts par le glaive que par la langue. " (Ecclési. XXVIII, 22.) Et maintenant le Christ : " Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche, qui souille l'homme, mais ce qui en sort. " (Matth. XV, 11.) Et un autre: " Mettez une porte et un verrou à votre bouche. " (Eccl. XXVIII, 28.) Mais le sage, qui connaît, ici, toute la difficulté, a recours aux prières, et c'est Dieu qu'il appelle à son secours. Il fait mieux, il indique lui-même la difficulté, par ces paroles: " Qui donnera à mes lèvres un cachet qui les ferme ? " (Eccl. XXII, 33.) C'est qu'il faut, d'une part, contribuer de ce qui est en nous, voilà pourquoi il nous donne comme un précepte: " Mettez une porte et un verrou ; " il faut, d'autre part, invoquer le secours de Dieu, pour que notre zèle vienne à la pratique. Donc, ne nous lassons pas de garder notre bouche; 'servons-nous de la raison, comme d'une clef, non pas pour la tenir toujours fermée, mais pour ne l'ouvrir qu'au temps, convenable. Parfois en effet, le silence est plus utile que la parole, de même que la parole est plus utile que le silence; et aussi le sage disait : " Le temps de se taire, et le temps de parler. " (Eccl. III, 9.) — En effet, si les bouches devaient toujours 'être ouvertes, il n'y aurait pas de portes; si elles devaient toujours être fermées, il n'y aurait pas besoin de gardes. A quoi bon garder ce qui est fermé ? Mais, s'il y a des portes et des gardes, c'est pour que nous fassions chaque chose en temps convenable. Maintenant un autre texte dit: " Faites un fléau de balance et un bassin pour votre langue. " (Eccl. XXVIII, 29), demandant par là une attention plus scrupuleuse; il ne suffit pas de faire entendre les paroles nécessaires, il faut de plus les produire avec circonspection, avec une réflexion attentive, les peser, pour ainsi dire, avec lu plus grand soin. Ce que nous faisons pour l'or, pour une matière périssable, faisons-le bien plus encore pour les paroles, de manière qu'il n'y ait rien de moins, rien de trop. De là ce que dit le sage : " Ne retenez pas la parole dans le temps salutaire. " (Eccl. IV, 28). Voyez-vous qu'il y a un temps où il convient que la parole sorte; un autre texte, indiquant le moment du silence, dit: " S'il faut parler , répondez, sinon que votre main soit sur votre bouche. " (Ibid. V, 14.) Et encore: " Celui qui abonde en paroles, sera détesté (Ibid. XX, 8) ; " et encore : " Mieux vaut l'homme qui cache sa sottise, que l'homme qui cache sa sagesse. " (Ibid. XX, 33.) Avez-vous entendu des paroles? " qu'elles meurent en vous, rassurez-vous, elles ne vous feront pas éclater. " (Ibid. XIX, 10.) Autre texte: " Pressé par la parole, l'insensé accouchera, comme pressée par l'enfant, celle qui enfante. " (Ibid. XIX, 11.) Ensuite, parlant de la mesure : " Parle, jeune homme , s'il te faut parler, au plus deux fois; si l'on t'interroge, résume en peu de mots beaucoup de choses. " (Ibid. XXXII, 10, 11.) Il faut beaucoup d'attention. pour manier la langue avec circonspection et sécurité. Aussi, le sage dit encore: " Il y a des réprimandes qui ne sont pas à propos, et il y a un silence qui est de la sagesse. " (Ibid. XIX, 28 ; XX, 5.) Car il lie suffit pas de se taire, ni de parler à propos; il faut encore y joindre beaucoup de grâce. De là, ce que disait Paul : " Que toutes vos paroles soient toujours accompagnées de grâce et assaisonnées du sel de la sagesse, en sorte que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun. " (Colos. IV, 6.)

Pensez que c'est l'organe qui nous sert à nous entretenir avec Dieu, à célébrer ses louanges; par cet organe, nous recevons la victime redoutable. Les fidèles comprennent nos paroles; voilà pourquoi il convient que la langue soit pure de toute accusation, de toute parole mauvaise, honteuse, calomniatrice; si quelque pensée impure nous agite, avec violence , étouffons-la au dedans de nous-mêmes, ne souffrons pas qu'elle se produise en (256) paroles. Si l'impatience, qui n'est qu'une faiblesse de l'âme, vous expose à quelque fâcheux éclat, il faut dessécher cette racine, tenir la porte bien fermée, la garder avec soin ; il ne faut pas laisser naître les pensées mauvaises; si elles naissent, il les faut étouffer à l'intérieur, il en faut dessécher la racine.

5. Cette garde, Job sut la faire; aussi ne proféra-t-il aucune parole mal sonnante. Le plus souvent il gardait le silence, et, quand il lui fut nécessaire de parler avec sa femme, il fit entendre les paroles de la sagesse. Car, la seule raison de parler, c'est que les paroles sont plus utiles que le silence. Voilà pourquoi le Christ aussi disait : " Les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole inutile (Math. XII, 36) ; " et Paul : " Que des paroles impures ne sortent pas de votre bouche. " (Ephés. IV, 29.) Et maintenant, le moyen de faire bonne garde à la porte, de n'avoir rien à se reprocher ? écoutez un autre texte : " Que toute explication, donnée par vous, soit selon la loi du Très-Haut. " (Eccl. IX, 23:) Car, si vous avez pour habitude de ne faire entendre aucune parole inutile; si votre pensée et votre bouche se retranchent toujours clans les récits de la sainte Écriture, ce sera pour vous une garde plus solide que le diamant. De la bouche, partent un grand nombre de chemins qui conduisent à la mort : telles sont les paroles honteuses, les basses plaisanteries, les discours de la vaine gloire, de la jactance, et de l'orgueil. Ainsi le Pharisien, pour n'avoir pas fermé la porte de sa bouche, perdit, par quelques paroles, tout ce qu'il avait chez lui. Il était comme un homme dont la maison n'a pas de porte : il y avait un trésor à l'intérieur,. il n'a pas su le garder, et tout à coup il est devenu pauvre. Considérez encore ici un autre orgueilleux, qui s'est perdu de même, par des paroles superbes. C'est celui qui disait. " Au-dessus des astres du ciel, j'établirai mon trône. " (Is. XIV,13.) Et maintenant les Juifs, pour s'être réjouis des maux du prochain, s'entendent appliquer ces,paroles " Parce que tu as dit, c'est bien , Israël est devenu comme les autres nations. " Et maintenant ils sont couverts d'opprobre; ce qui fait qu'ils murmurent, et disent: " Tous ceux qui font le mal, passent pour bons aux yeux du Seigneur, et ils lui sont agréables; et nous, nous regardons les étrangers comme heureux; et voici que l'on rétablit ceux qui font les crimes. Ne les voyez-vous pas inscrits dans le livre? " (Mal. II, 17 ; III, 15.) D'autres se perdent pour leurs murmures, comme dit Paul : " Ne murmurons point, comme murmurèrent quelques-uns, qui ont été frappés de mort par l'ange exterminateur. " (I Cor. X, 10.) Et quand donc murmurèrent-ils ? quand ils disaient: " Vous nous avez amenés ici, pour nous faire mourir dans la solitude, comme s'il n'y avait pas de sépulcres dans l'Égypte. " (Exod. XIV, 11.) D'autres, par les. frivoles plaisirs, comme dit l'Écriture : " Ils ont mangé, et ils ont bu, et ils se sont levés ensuite pour jouer. " (Exod. XXXII , 6.) D'autre, par leurs paroles de malédiction " Car quiconque dit à son frère, insensé, méritera d'être condamné par le jugement " (Math. V, 22) ; " et d'autres encore, en bien plus grand nombre, par d'autres péchés, ont trouvé la mort; ils n'avaient pas mis une garde à leurs lèvres.

Et maintenant voulez-vous la preuve que quelques-uns sont morts pour avoir gardé un silence intempestif ? la voici : " Si vous n'avertissez pas le peuple, il mourra dans son péché, mais je vous redemanderai son sang. " (Ezéch. III, 20.) Un autre se perd parce que, sans aucune circonspection, il parle et révèle les secrets qui lui sont confiés : "Gardez-vous," dit le texte, " de donner les choses saintes aux chiens, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux. " (Math. VII, 6.) Un autre se perd par le rire; de là ces paroles : " Malheur à vous qui riez, parce que vous pleurerez ! " (Luc, VI, 25.) Voyez-vous, comme la bouche vous perd? voyez maintenant comment elle sauve, par des paroles contraires. Vous avez vu le pharisien perdu par sa bouche, voyez le publicain sauvé par sa bouche. Vous avez vu le châtiment du barbare orgueilleux et plein de jactance. Voyez l'homme juste, qui parle avec mesure et qui dit: " Je ne suis que poudre et que cendre (Gen. XVIII, 27) ; " vous avez vu l'homme qui se réjouit du mal d'autrui, repris et puni, voyez celui qui compatit, sauvé. En effet, dit l'Écriture, " Mettez un signe sur le visage des hommes qui pleurent et qui gémissent. " (Ezéch. IX, 4.) Voilà pourquoi Paul aussi disait : " Se réjouir avec ceux qui se réjouissent, et pleurer avec ceux qui pleurent. " (Rom. XII, 15.) Si vous ne pouvez , faire plus, dit-il, vous n'apporterez pas une faible consolation à l'affligé, en vous affligeant (257) avec lui. Vous avez vu le rieur, livré aux gémissements , voyez maintenant celui qui pleure, consolé. En effet, " bienheureux ceux qui pleurent, " dit le Sauveur, " parce qu'ils a seront consolés ! " (Matth. V, 5.) Vous avez vu que ceux qui murmurent sont punis, voyez maintenant comment ceux qui rendent dos actions de grâces sont sauvés : " Vous êtes béni, Seigneur, et il faut louer votre nom, parce que votre justice s'est montrée dans tout ce que vous nous avez fait. " (Dan. III, 26, 27.) Et un peu plus bas : " Toutes les choses que vous avez montrées parmi nous, vous les avez faites avec sagesse. " (Ibid. 28.) Ces Juifs disaient : " Tous ceux qui font le mal , passent pour bons aux yeux du Seigneur; " au contraire, ceux-ci répétaient : " Vos yeux sont purs, pour ne point souffrir le mal. " (Habac. I, 13.) Ces Juifs trouvaient les étrangers heureux, parce que ceux qui font les crimes sont rétablis, disaient-ils ; le Psalmiste, au contraire , proclame le bonheur de ceux à qui Dieu accorde son secours : " Heureux, " dit-il, " le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu (Ps. CXLIII, 15) ; et encore : " Gardez-vous de porter envie aux méchants et n'ayez point de jalousie contre ceux qui commettent l'iniquité. " (Ps. XXXVI, 4.) Avez-vous vu les saints, donnant aux autres de bons conseils, et demeurant eux-mêmes inébranlables au milieu des tentations ? Ecoutez Jacob : " Si Dieu me donne du pain pour me nourrir et un vêtement pour me vêtir (Gen. XXVIII, 20); " et Abraham : " Je ne recevrai rien de vous, depuis un fil jusqu'à un cordon de soulier. " (Gen. XIV, 23.) Or, quand il voyait son épouse menacée d'un outrage, et quand il souffrait de la famine, il ne fit entendre aucune parole déplacée. Et, quand son fils lui dit : " Mon père, voici le bois et le feu, où est donc la brebis (Gen. XXII , 7) ? " voyez la douceur et la sagesse de la réponse : " Dieu verra la brebis qu'il lui faut, mon fils. " Ni la nature, ni la pitié ne troublent le langage qu'il tient à son fils dans ce tête-à-tête, où ils étaient seul à seul ; et cela, quand tout conspirait à rendre plus violent en lui l'amour paternel. Et qu'on ne dise pas, que c'est la crainte des autres qui a retenu ses larmes; loin de tout témoin, seul, il montre la solide vigueur de la sagesse.

6. Vous avez vu ceux à qui leurs rires ont attiré des châtiments , voyez maintenant ceux que leurs pleurs et leurs jeûnes ont sauvés, pensez aux Ninivites. (Jon. III.) Vous avez vu ceux qui, par leurs malédictions, se sont attiré des supplices. Considérez ceux qui, pour leurs paroles de bénédiction, ont reçu des récompenses : " Celui qui te bénit est béni et qui te maudit est maudit. " (Nombr. XXIV, 9.) " Bénissez ceux qui vous persécutent; priez pour ceux qui vous outragent, afin que vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux. " (Matth. V, 41, 45.) Comprenez-vous bien qu'il ne faut être ni toujours fermé, ni ouvert pour toutes choses, mais savoir distinguer les temps? Voilà pourquoi le Psalmiste dit : " Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche et à mes lèvres , une porte qui les ferme exactement. " Maintenant, quelle sera cette garde, sinon la pensée redoutable qui montre le feu réservé à ceux dont la bouche est indiscrète. Placez à votre porte le gardien armé des menaces de la conscience, jamais il n'ouvrira cette porte à contre-temps, il saura toujours l'ouvrir à propos pour votre utilité, pour vous assurer des biens innombrables. De là, ce que dit un sage : " Ayez toujours présente à la pensée votre fin dernière et vous ne pécherez jamais. " (Eccl. VII, 40.) Voyez-vous comme ici encore c'est la même pensée? Pour moi, je la fais plus terrible encore, en conseillant d'envisager non-seulement la mort, triais encore ce qui suit la mort. Qu'il en soit ainsi et aucune souillure ne naîtra dans l'âme.

Après le Psalmiste, écoutez celui qui, à son tour, nous dit : " De toutes paroles oiseuses, tu rendras compte au jour du jugement." (Matth. XII, 36.) Considérez encore que c'est par là que la mort est entrée dans le monde. Si en effet, la femme n'avait pas eu d'entretien avec le serpent; si elle n'avait pas accueilli ses paroles, il ne lui aurait fait aucun mal, elle n'aurait pas donné le fruit à son mari, celui-ci ne l'aurait pas mangé. Ce que je dis, ce n'est pas pour accuser la bouche ni la langue ; loin de moi cette intention, mais ce qu'il faut accuser, c'est l'abus, et l'abus vient du relâchement de la pensée. Il y a encore une autre voie de perdition dans la bouche , je parle des baisers honteux, impurs, ou de ceux que donnent la perfidie et la trahison. Mettez aussi une garde pour les prévenir: tel était le baiser de Judas, baiser perfide. Ce n'est pas là ce que Paul recommande, lorsqu'il prescrit aux frères de se donner le baiser mutuel : " Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. " (258) (II Cor. XIII, 12.) Tel n'était pas non plus le baiser de David à Jonathas, saint et chaste baiser, plein d'une affection sincère (I Rois, XX, 41) ; saints baisers encore, ceux qui tombèrent sur le cou de Paul, lorsque tes frères, se jetant sur lui, le traitaient. (Act. XX, 37.) Voilà pourquoi le Psalmiste dit : " Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche et une porte; " et il ne se contente pas de dire " une porte, " mais : " Une porte qui la ferme exactement, " ajoute-t-il, qui soit une muraille pour la contenir et la fortifier. Ce n'est pas tout, il y a encore un autre genre de perdition par la langue, lorsque l'on dit : pourquoi ceci? dans quel but cela ? Voilà pourquoi Paul, réprimandant ceux qui tiennent. ce langage irréfléchi : " En vérité, " dit-il, " ô homme, qui êtes-vous pour contester avec Dieu ? " (Rom. IX, 20.) Mais il ne suffit pas de mettre une garde à la bouche, c'est à la pensée qu'il en faut mettre une, avant de garder la bouche ; aussi un sage a-t-il dit : " Qui donnera des verges à ma pensée, pour fustiger mon ignorance ? " (Eccl. XXIII, 2.) Et le Christ de son côté supprime au dedans de nous les pensées mauvaises, en disant : " Quiconque aura regardé une femme avec un mauvais désir, a déjà commis l'adultère. " ( Matth. V, 28.) Voyez-vous comme il ne laisse pas aux passions le temps de germer; comme il supprime, dès la racine, et la concupiscence et la colère? " Quiconque, " dit-il, "se mettra en colère; contre son frère, méritera d'être condamné au feu de l'enfer. " (Ibid. 22.) Ce n'est pas non plus un faible garant de sécurité, que d'être sobre de paroles; de là, ce que dit l’Ecriture : " La multitude des paroles ne sera point exempte de péché, mais celui qui est modéré dans ses discours, est très-prudent; ne portez point mon coeur à des paroles de malice, pour chercher des excuses à mes péchés (4). " Un autre texte: " Ne troublez point mon coeur par des discours mauvais, de manière qu'il conçoive des pensées criminelles. " Pourquoi l'ordre naturel est-il interverti ? Pourquoi parle-t il de la bouche d'abord avant de parler de la pensée? Ce n'est pas au hasard ni airs dessein qu'il procède ainsi. En effet, lorsque des prisonniers veulent s'enfuir, ceux qui sont chargés de les garder commencent par s’emparer des portes de la prison. C'est là, pour tous les geôliers, les premier soin ; une fois cette précaution prise, le reste est facile. De même ici le Psalmiste fait chaque chose en son temps, et les conseils qu'il donne reviennent à ceci : Que les portes soient closes et l'on aura bit,n vite raison des mauvaises pensées. Voilà pourquoi, dès le principe, il ne leur permet pas d'entrer venant du dehors; puis il arrache la mauvaise racine en disant: " Ne portez point mon cœur à des paroles de malice. " Ce n'est pas que Dieu y porte le coeur, loin de nous cette pensée; mais ce qu'il dit doit s'entendre ainsi : Ne souffrez point que mon coeur se porte, ne souffrez point qu'il se détourne vers de mauvaises pensées.

C'est là, en effet, qu'est la source de la vertu ou de la corruption, dans le coeur. Quelles sont les paroles de malice? nombreuses et diverses; il y a les paroles perfides, celles qui accusent Dieu, celles qui détournent de la vertu, celles qui recherchent le vice, celles qui développent des doctrines funestes, qui racontent les moeurs coupables et que l'on écoute avec plaisir. Ces paroles et les autres du même genre sont les paroles de malice; et comme il y a les pensées et les discours de malice, de même il y a les paroles de vie. Voilà pourquoi les disciples disaient au Christ : " Vous avez les paroles de la vie éternelle, à qui irons-nous? " (Jean, VI, 69.) Or, les paroles de vie sont celles qui donnent la vie ; on les appelle aussi les paroles du salut, parce qu'elles procurent le salut. De là, ce que dit un sage : " N'empêchez pas le discours dans !e temps du salut. " (Eccl. IV, 28.) Les paroles de malice, sont, en outre, tes paroles qui font des pervers de ceux qui les prononcent.

7. Il y a un air pestilentiel et qui engendre les maladies; il y a de même des paroles funestes. Le mal que cet air fait au corps, ces paroles le font à l'âme qui les reçoit. Le Psalmiste adresse donc à Dieu cette prière par les paroles qu'il ajoute, comme nous l'avons vu : ne souffrez pas que mon cœur accueille des paroles de ce genre; ne permettez pas qu'il se. porte vers ces discours. Voyez-vous bien comme il montre ici la liberté propre à notre, âme, l'innocence propre à notre nature? elle n'a pas le vice en elle, mais c'est par négligence qu'elle incline au vice et l'accueille. " Pour chercher des excuses à mes péchés. " Voilà la grande route de la perdition, quand, l'âme pécheresse, bannissant la crainte, s'ingénie à trouver des excuses et des prétextes pour couvrir sa lâcheté ; c'est ce qui arrive quand un homme a commis un adultère et (259) qu'un autre l'engage à secouer les remords, et lui dit : est-ce ta faute? la faute, c'est à l'amour. C'est un malheur assurément que le péché, mais ce qui rend ce malheur plus terrible, c'est, après avoir commis le péché, de dire qu'il n'y a pas de péché. Voilà les armes les plus efficaces du démon ; c'est ce qui est arrivé à nos premiers parents : Adam aurait dû avouer son péché ; il le rejeta sur Eve ; Eve s'en prit au démon. (Gen. III.) Il fallait dire : nous avons péché; nous avons enfreint la loi; ces malheureux non-seulement n'avouent pas, mais encore ils composent une défense. Le démon savait bien que la confession du péché était l'affranchissement. du péché, et il leur persuada de payer d'impudence. Eh bien! toi, mon bien-aimé, quand tu auras péché, dis : j'ai péché. Rien de plus légitime que cette manière de se défendre; par là, tu te rends Dieu propice ; par là, tu obtiens encore de retomber moins vite dans les mêmes fautes. Si tu cherches, au contraire, de vains prétextes pour affranchir ton âme de ses craintes, tu ne fais que lui ménager une rechute plus facile dans les mêmes liens du péché, et tu irrites la colère de Dieu. Est-il un pécheur qui ne trouve, pour ses fautes, une excuse effrontée? le meurtrier s'en prend à la colère; le voleur, à la pauvreté ; l'adultère, à l'amour, set un autre, au pouvoir qui l'aurait contraint. Excuses insensées, raisonnements sans raison. Ces choses, ne font pas les péchés ; les seules causes des péchés ce sont les âmes des pécheurs. Et la preuve, je l'emprunte aux conséquences qui résultent nécessairement, de la disposition des âmes. Voici un homme, dont la vie se passe dans la pauvreté ; il a des désirs, il est soumis aux nécessités de la nature, et cependant il s'abstient du péché ; quelle excuse les autres allégueront-ils encore ? Voilà pourquoi le sage dit si bien : " Qui donnera des verges à ma pensée, pour fustiger mon ignorance ? " (Eccl. XXIII, 2.) Voyez David; il ne s'excuse pas après son péché ; il dit: " J'ai péché envers le Seigneur. " (II Rois, III, 13.) Or il aurait pu dire : pourquoi cette femme était-elle nue ? pourquoi se baignait elle devant moi ? mais il savait bien que ce sont là de frivoles excuses, qu'il n'y a là aucune raison ; aussi arrive-t-il à la seule excuse possible, il dit : " J'ai péché. " Saül ne fit pas de même; quand on le réprimandait au sujet de la femme ventriloque, il disait : " Je suis réduit à l'extrémité, les étrangers me font la guerre. " (I Rois, XXVIII, 15.) Aussi le supplice de Saül fut terrible. Il aurait dû dire : j'ai péché, j'ai désobéi à la loi ; ce n'est pas là ce qu'il dit. Mais il allait, venait, cherchant des excuses insensées, " Comme les hommes qui commettent l'iniquité. " Le Psalmiste ajoute ces paroles, pour montrer que c’est là ce qui les distingue, les excuses impudentes; et voilà pourquoi David conseille, avec autant d'assiduité qu'il recommande la vertu, de fuir les réunions de ces hommes. Et, de tout le livre des psaumes, la première parole est pour dire : " Heureux l'homme qui ne s'est point laissé aller à suivre le conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans la voie des pécheurs, qui ne s'est point assis dans la chaire de ceux qui sont corrompus ! " (Ps. I, 1.) Et voilà pourquoi vous le trouverez lui-même confessant toujours ses péchés.

Ainsi, après avoir fait le dénombrement du peuple, il disait : "C'est moi qui ai péché, " c'est moi qui suis le pasteur , et qui suis " coupable. " (II Rois, XXIV, 7.) Il ne dit pas quel mal ai je fait en dénombrant le peuple? mais il se condamne lui-même, et il obtient le pardon pour tout le peuple, En effet, rien ne nous rend Dieu plus propice que la confession des péchés, et nous la ferons toujours si nous fuyons la société de ceux qui affranchissent de toute crainte les consciences coupables et les jettent dans le relâchement. Voilà pourquoi Paul et Jérémie reviennent souvent sur ce sujet, et tous les deux nous donnent le conseil de fuir !a société des méchants, et de; ceux qui négligent la vertu. Job aussi met cette conduite au rang des vertus : " Si j'ai marché, " dit-il, " avec ceux qui pratiquent la dérision. " (Job, XXXl, 5.) Pour le Psalmiste, il montre de plus, qu'il ne s'est pas même assis au milieu d'eux : " Je ne me suis point assis dans l'assemblée de ceux qui plaisantent. " Voilà pourquoi Paul à son tour ne veut pas que l'on prenne ses repas avec les méchants et défend tout commerce avec eux: " Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous ordonnons par notre lettre, notez-le et n'ayez point de commerce avec lui. " (II Thess. III, 14.)

" Pour moi, je ne communiquerai pas avec les meilleurs d'entre eux. " Un autre texte " Je ne veux pas manger de leurs mets agréables ; " un autre texte : " Je ne veux pas prendre ma part de leurs délices. " Dans ce (260) passage le Psalmiste donne le même conseil que l'Apôtre : il recommande de fuir les délices, les banquets de ces méchants; c'est là surtout que le péché s'aggrave; c'est là que s'accroît la licence.

8. Ce n'est has une faible marque de la vertu, ce n'est pas un médiocre moyen de correction que de fuir les banquets de ce genre , de pareilles assemblées, de ne pas tenir à de pareilles amitiés, de ne pas se faire l'esclave de son ventre, au risque de briser le nerf de l'âme , de frapper d'engourdissement le ressort de la sagesse. C'est pour avoir ménagé l'amitié , qu'un grand nombre s'engloutissent dans les flots de l'ivresse, qu'un grand nombre se laissent prendre à la fornication , s'embrasent du feu des voluptés, conséquences funestes des banquets et des théâtres, où pullule l'iniquité. Le Psalmiste montre aussi qu'il n'a pas voulu s'asseoir à ces tables impures: " Que le juste me reprenne et me corrige avec charité, mais que l'huile du pécheur ne graisse point ma tête (5)." Autre texte: " Que le juste me plaigne dans sa miséricorde et me reprenne." Ajoutez encore cette disposition à la première; ce n'est pas une petite vertu que de savoir accepter les réprimandes adressées par les hommes justes. Or, ce que dit le Psalmiste, revient à ceci: il en est qui parlent pour vous faire plaisir, et qui vous perdent: je ne veux jamais me trouver dans leurs assemblées; mais ceux dont la sévérité vous corrige , vous découvre vos fautes , vous reprend , voilà ceux que je veux choisir. Et en effet, la plus grande marque de la miséricorde et de l'affection, c'est de guérir les blessures: " Mais que l'huile du pécheur ne graisse point ma tête. " Voyez-vous quelle âme affermie dans la vertu ? Elle supporte avec plaisir les réprimandes des hommes justes , mais elle repousse les flatteries de ceux qui transgressent la loi. Pourquoi? c'est que souvent la compassion même de ces hommes est mortelle ; les autres, par la véhémence de leurs réprimandes et de leurs reproches, vous corrigent, et, au blâme qu'ils vous adressent, se joint la compassion; la compassion des autres, au contraire, c'est la mort. Voilà pourquoi un sage a dit: " Les blessures faites par les amis valent mieux que les baisers offerts par les ennemis. " (Prov. XXVII, 6.) Considérez maintenant ce que signifie cette parole de l'Apôtre : " Reprenez , gourmandez, exhortez. " (II Tim. IV, 2.) Telle est en effet, la réprimande des saints. C'est ce que font aussi les médecins; non-seulement ils coupent, mais de plus ils pansent. C'est pourquoi le Christ de son côté, pour faire que la réprimande soit acceptée, ne souffre pas qu'elle soit a d'abord publique ; il dit : " Allez lui représenter sa faute en particulier. " (Matth. XVIII,15.) C'est aussi la conduite que tenait Paul, unissant la réprimande à la miséricorde, tantôt disant : " O Galates insensés (Gal. III, 1) ! " tantôt : " Mes petits enfants , pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'enfantement. " (Galat. IV, 19.) Il faut en effet que celui qui reprend , invente mille moyens pour rendre sa ! réprimande acceptable; il faut une grande,, adresse pour administrer ce remède , et il en faut plus assurément à celui qui réprimande, qu'à celui qui coupe les chairs. Pourquoi? y C'est que, d'un côté , ce que l'on coupe est différent de ce qui ressent la douleur; ici. au contraire, c'est la même substance qui est coupée et que la douleur atteint. " Mais que l'huile du pécheur ne graisse point ma tête. " Qu'est-ce à dire? Le pécheur, dit-il, ne recherche point l'intérêt de celui qui l'écoute, mais son intérêt à lui : il veut paraître plein de douceur, d'agrément et d'affection. Le juste, au contraire, préfère au plaisir d'être agréable , l'utilité d'autrui. De là, entre les deux, la plus grande différence. Et maintenant, sils compassion même du méchant doit être repoussée, quand donc faut-il l'admettre près de soi? Jamais. Aussi, quand même il vous fournirait de l'argent; quand même il vous ? promettrait plaisirs délicieux et honneurs, repoussez le méchant, fuyez-le; suivez le juste, au contraire, même quand il vous raille, même quand il vous réprimande , car voilà celui qui vous aime. " Car ma prière subsistera pendant leurs plaisirs. " Un autre texte: " au milieu de leurs vices; " un autre texte: "dans leurs perversités. "

Il s'agit ici de ce qu'il demande; tout à l'heure il était question de ce qu'il tire de lui-même. Et par là, il nous montre qu'il ne suffit pas de prier avec confiance, pour ne rien faire et s'endormir, mais qu'il faut, de plus, agir, personnellement. Or , ici, qu'apporte-t-il de lui-même? il n'apporte pas des brebis, des boeufs, des sommes d'argent, mais la pureté des moeurs et l'extrême attention à fuir les pervers. Non-seulement , dit-il, je fuirai leurs pernicieuses flatteries, je n'accepterai pas leurs (261) réprimandes, mais, de plus, je m'opposerai à leurs convoitises. Tant s'en faut que j'accepte leur compassion, qu'au contraire j'opposerai ma prière à leurs désirs; car c'est là ce que signifie cette expression : " Ma prière subsistera pendant leurs plaisirs. Leurs juges ont été précipités, absorbés, contre la pierre. " Un autre texte: " Seront brisés dans une main de pierre (6). " Le Psalmiste montre ici combien il est facile d'exterminer le péché, comme le vice est près du gouffre. Les chefs mêmes, dit-il, qui dévastaient tout, ont péri. Et maintenant, il ne dit pas, ont péri, mais : " Ont été absorbés , " montrant par là qu'il ne reste plus d'eux aucune trace; c'est ce qu'il dit encore de l'impie. " J'ai passé , il n'était plus ; je l'ai cherché , et je n'en ai plus trouvé la place. " (Ps. XXXVI, 36.) Qu'est-ce à dire, " Contre? " C'est-à-dire " auprès. " Ces paroles reviennent à ceci : De même que la pierre jetée dans la mer ne reparaît plus, ainsi leur prospérité s'abîme, ne reparaît plus. C'est une destruction complète. Si vous voulez , voici ce qu'il dit. C'en est fait absolument de leur nom, de leur gloire , ou encore : de leur force, de leur puissance, si solidement établie. C'est là en effet ce que signifie le second texte : " Ils seront brisés dans une main de pierre. Ils écouteront mes paroles , parce qu'elles sont a devenues agréables. " Un autre texte. " Parce qu'elles sont puissantes; " un autre texte : " parce qu'elles sont fortifiées d'une garde puissante; " un autre texte : " Parce qu'elles sont devenues recommandables par l'apparence; " c'est-à-dire, l'expérience leur apprendra la douceur de mes exhortations et de mes conseils: comment cela? c'est le fruit de la réprimande des justes, et leur enseignement apporte un grand plaisir.

9. Telle est en effet la vertu : pour une peine d'un instant qu'elle demande, elle procure un bien-être sans fin. "Comme une terre compacte que l'on rompt et que l'on répand sur le champ, nos os ont été brisés et dispersés le long du sépulcre. " Un autre texte: " De même qu'il arrive, quand le laboureur fend la terre, ainsi nos os ont été brisés à la bouche de l'enfer; " un autre texte : " De même que le fer qui brise et découpe la terre, nos os ont été brisés dans l'enfer; " un autre texte : " De même que celui qui s'entend à cultiver et à creuser la terre, nos os ont été brisés près de l'enfer (7)." Après avoir dit que ses paroles renferment le vrai plaisir, il rappelle les antiques calamités. Quoique nous ayons, dit-il, souffert les derniers malheurs, comme une terre déchirée, labourée, creusée; quoique nous ayons été tous dispersés, que nous ayons péri, que nous soyons arrivés aux portes mêmes de la mort, cependant, même ainsi traités, nous préférons la réprimande et la correction des justes à la compassion des pécheurs. En effet, quoi qu'il nous soit arrivé, nous sommes suspendus à l'espérance qui nous vient de vous, et rien ne nous arrivera qui puisse nous empêcher de regarder vers vous.

Ce qui fait qu'il ajoute: " Parce que vers vous, Seigneur, Seigneur, se sont élevés mes yeux; j'ai espéré en vous, ne m'ôtez pas la vie (8). " Malgré, dit-il, les calamités sans nombre qui fondent sur nous, malgré les guerres, malgré les batailles, malgré les morts, malgré les portes de l'enfer, nous ne lâchons pas l’ancre sainte, nous nous attachons à l'espérance que vous combattrez avec nous, et, répudiant les armes et les combats, nous espérons la délivrance qui nous viendra de votre secours. " C'est en vous que j'ai espéré, ne m'ôtez pas la vie. " Autre texte : " Ne rendez pas vide ma vie, " c'est-à-dire ne souffrez pas que je m'en aille sans avoir rien fait. " " Gardez-moi du piège qu'ils m'ont dressé et des embûches de ceux qui commettent l'iniquité (9). " Il ne parle pas ici seulement des haines déclarées, mais des perfidies secrètes, cachées, difficiles à observer, à connaître, dont on ne peut se préserver que par le secours d'en-haut. Et maintenant, il termine son discours par la prière qui l'a commencé; il montre que, pour ce qui dépend de lui, il l'apporte, l'espérance en Dieu, des regards tournés sans cesse vers Dieu, l'aversion pour la société des méchants, la haine des désirs coupables, et maintenant, il attend de Dieu la force, le secours qui fait supporter facilement ce qui est le plus insupportable, et rend supérieur à tout. Voilà en effet, ce qui forme le tissu complet de la vertu ; notre zèle d'une part, d'autre part, le secours de Dieu. " Les pécheurs tomberont dans le filet, pour moi, je suis seuil jusqu'à ce que je passe (10). " Dans quel filet tomberont-ils? Dans le filet de Dieu; c'est-à-dire, ils seront vaincus, ils seront pris. En effet, le propre des justes est de se redresser, de voir leur sagesse se ranimer; les pécheurs, au contraire, dont le mal est sans remède, vont (262) jusqu'au châtiment, jusqu'au supplice: "Pour moi, je suis seul jusqu'à ce que je passe. " Autre texte: " Ensemble avec moi, jusqu'à ce que je passe; " autre texte: " Concentré en moi-même; " c'est-à-dire, je suis un tout compacte, bien uni,non dispersé; si vous voulez, comme l'entendent les Septante, loin des méchants, pur de tout commerce avec eux, et comme vivant seul, ce qui est la plus haute vertu. Et maintenant, ce n'est pas pour lui la conduite d'un, de deux ou de trois jours, mais de sa vie tout entière. Voilà le mur inexpugnable, voilà la forteresse; c'est là ce qui fait grandir la vertu, fuir les méchantes, se ramasser sur soi-même, et se tenir ainsi replié tant que dure la vie, et, loin des corrupteurs, vivre dans la solitude. La solitude ne consiste pas à être seul; elle réside dans l'âme, que possède l'amour et le zèle de la sagesse. C'est ainsi qu'au milieu des villes, des places publiques, de tous les bourdonnements du dehors, on peut être des hommes de solitude lorsqu'on fuit les assemblées corrompues, lorsqu'on se joint aux assemblées des justes. Voilà la route où l'on ne bronche pas. Donc, que celui qui est propre à corriger les autres, vive avec ceux qui sont capables de recevoir le remède, et les rende meilleurs ; que le faible s'enfuie loin des méchants, afin de n'en souffrir aucun dommage. C'est ainsi que la. vie présente se passera polir lui dans la sécurité, dans la sûreté, et qu'il obtiendra les biens à venir. Puissions-nous tous les posséder, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLI. 1. " J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POUR CRIER VERS LE SEIGNEUR. J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POUR PRIER LE SEIGNEUR. "

ANALYSE.

1. L'affliction produit deux effets salutaires : elle nous rend plus vigilants ; elle fait que Dieu nous exauce.

2. Les malheureux trouvent peu d'hommes qui les assistent. Le diable tend ses pièges jusque sur le chemin de la vertu. Dieu ne punit jamais les péchés autant qu'ils le méritent.

3 La patience dans les afflictions est méritoire.

1. Vous voyez son habitude constante ; c'est toujours ainsi qu'il commence. Avez-vous remarqué cette répétition: " J'ai élevé ma voix, j'ai élevé ma voix? " Ce n'est pas, sans dessein ; cette répétition a pour but de nous apprendre deux qualités de la prière, (263) l'allégresse entière de l'âme et la parfaite attention de la pensée. Ajoutez, en outre, qu'il nous marque expressément que c'est sa voix à lui. Tous en effet, ne font pas entendre une voix ; tous ne l'élèvent pas vers Dieu, et tous ne s'adressent pas à lui, avec leur propre voix. Or, il faut que toutes ces circonstances se réunissent dans la prière. Celui qui crie contre ses ennemis, ne fait pas entendre la voix d'un homme, mais d'une bête féroce, d'un serpent; celui qui se laisse aller à la négligence, et qui n'écoute pas ce qu'il dit lui-même, ne crie pas vers Dieu; il parle inutilement et au hasard; celui dont la pensée n'est pas éveillée, a beau crier de toutes ses forces, celui-là ne crie pas. Le mot " voix, " en effet, comme je l'ai souvent dit, ne marque pas ici la force des poumons, mais l'attention de l'esprit. Le Psalmiste , ne ressemble pas à celui que je viens de dire ; il réunit les trois circonstances ; il montre qu'il crie avec la voix, et qu'il s'adresse à Dieu, et qu'il se sert de sa voix propre. Voilà, pourquoi, à deux reprises, il nous dit : " J'ai élevé ma voix, j'ai élevé ma voix. Je répands ma prière en sa présence et j'exposerai devant lui mon affliction (2). " Voyez-vous l'âme dégagée de toutes les choses de la vie présente? Il ne cherche pas un refuge auprès des hommes ; ce n'est pas à eux qu'il demande du secours; ce qu'il lui faut, c'est le secours invincible, l'assistance d'en-haut. Il montre ensuite toute la force de son attention, toute l'ardeur de son désir, désir caché dans les profondeurs de son âme, mais qu'il veut manifester par ces paroles : " Je répands; " ce qui marque l'abondance et la richesse.

Nous apprenons encore par là, que les afflictions ne sont pas d'une médiocre utilité pour la sagesse. Voici, en effet, le fruit de l'affliction, et, par conséquent, que personne ne songe à s'y soustraire. Elle a deux avantages que voici : le premier, de nous rendre plus zélés, plus attentifs; le second, et c'est aussi un précieux privilège qu'elle nous confère, elle nous rend plus dignes d'être écoutés. Aussi, le Psalmiste ne dit pas : ma justice, ni mes bonnes oeuvres, mais, " mon affliction. " C'est que cette affliction est pour lui une puissante recommandation. Voilà pourquoi Isaïe fait entendre ces paroles : " Consolez mon peuple, dit Dieu ; ô prêtres, parlez au cœur de Jérusalem ; car elle a reçu le double de la main du Seigneur pour les afflictions endurées en expiation de ses péchés. " (Is. XL, 1, 2.) Et Paul : " Livrez cet homme à Satan, pour mortifier sa chair, afin que son âme soit sauvée. " (I Cor. V, 5.) Et, en écrivant aux Corinthiens, il leur disait : " C'est pour cette raison qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et qu'un grand nombre dorment; si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés de Dieu. Mais lorsque nous sommes jugés par le Seigneur, il nous châtie afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. " (I Cor. XI, 30, 32.) Et maintenant Abraham disait au riche : " Vous avez reçu vos biens dans votre vie, et Lazare ses maux. C'est pourquoi il reçoit à cette heure la consolation, et vous êtes dans les tourments. " (Luc, XVI. 25.) Ecoutons maintenant David, quand Séméï le maudissait : " Laissez-le me maudire, puisque le Seigneur le lui a commandé, afin qu'il vît mon affliction. " (II Rois, XVI, 11, 12.) Et partout l'Ecriture nous montre ceux qui se plaisent dans les afflictions, et les supportent avec patience, non-seulement, se purifiant d'un grand nombre de péchés, mais encore obtenant, auprès de Dieu, une grande confiance, un grand crédit.. " Lorsque mon âme est toute prête à me quitter, et vous connaissez mes voies (2). " Les cœurs pusillanimes succombent alors, et font entendre, de plus, de mauvaises paroles; le sage, au contraire, montre, alors surtout, sa sagesse, parce que l'affliction redouble; son zèle.

Donc lorsqu'il vous arrivera de voir un homme qui désespère dans l'affliction, ou qui fait entendre quelques paroles amères, n'en accusez pas l'affliction, mais la pusillanimité. En effet, le propre de l'affliction, c'est de produire les effets contraires : l'application de l'âme, la contrition du coeur, l'attention de ta pensée, un accroissement de piété. Aussi Paul disait : " L'affliction produit la patience , la patience produit l'épreuve. " (Rom. V, 3.) Si les Juifs murmuraient dans l'affliction, ce n'est pas à l'affliction, mais au délire de leur âme qu'il faut attribuer ces murmures, puisque l'on voit les saints, dans l'affliction, se couvrir de plus de gloire, s'appliquer avec plus d'ardeur à la sagesse. Aussi le Psalmiste lui-même disait-il encore : " Il m'est bon, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice. " (Ps. CXVIII, 71 .) Et Paul : " De peur que la (264) grandeur de mes révélations n'exaltât mon orgueil, j'ai ressenti, dans ma chair, un aiguillon, qui est l'ange de Satan chargé de me souffleter. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur, et il m'a répondu : Ma grâce vous suffit; car ma puissance se manifeste entièrement dans la faiblesse. Je prendrai donc plaisir dans les afflictions, dans les infirmités, dans les persécutions ; car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis puissant. " (II Cor. XII, 7, 10.) Voyez-vous comme l'affliction ne sert qu'à l'exciter davantage à chercher en Dieu son refuge ; comme il s'attache à Dieu avec plus de passion encore, quand il est au fond d'un abîme de maux? C'est là ce que signifie cette parole : " Lorsque mon âme est toute prête à me quitter; " voyez-vous comme l'affliction le rend plus diligent et meilleur ? Quant à ceci : " Et vous connaissez mes voies, " un autre interprète dit : " Car, vous savez, dans la voie où je marchais, ils ont caché un piége ; je considérais à ma droite, et je regardais, et il n'y avait personne qui me connût (5). " Ces paroles nous montrent la grandeur de la calamité, les maux qui s'accroissent, les piéges des ennemis, leur première attaque, afin de le terrasser; et, ce qui est, de tous les malheurs, le plus affligeant, non-seulement aucun compagnon, aucun aide, mais pas une âme qui le connût.

2. La solitude était entière et l'abandon complet. On voit, en effet, peu d'hommes assister, porter secours au moment du malheur, surtout lorsque le malheur menace de grands dangers. Mais le juste n'a pas souffert de cet abandon ; au contraire, il y a trouvé une grande utilité; il y a conquis la familiarité auprès de Dieu. Eh bien donc ! vous aussi, mon bien-aimé, quand vous voyez vos maux s'accroître, pas d'abattement, pas de désespoir; devenez, au contraire, plus sage et plus vigilant. En effet, si Dieu permet ces épreuves, c'est pour secouer votre indolence, c'est pour vous tirer de votre lourd sommeil. Alors en effet disparaissent toutes les superfluités, alors expirent toutes les pensées de la vie présente, alors la prière devient plus ardente, alors l'aumône et la continence se pratiquent d'un esprit plus allègre, et il est facile de triompher de chacun de ces vices qu'à mis en déroute l'affliction. Ce n'est pas en effet, afin de nous punir, que Dieu, dès le principe, nous a suscité les embarras des épreuves, des chagrins, quoiqu'il ait dit que nous les devions regarder comme des châtiments, mais c'est surtout pour nous amender, pour nous rendre meilleurs. Et voyez donc ! sous la menace de la douleur, au milieu des épreuves et des fatigues de la vie, le vice s'accroît et grandit; si vous supprimiez ces entraves , quels progrès ne ferait-il pas? Et qu'y a-t-il d'étrange à ce que l'affliction soit un bien pour l'âme, lorsqu'elle en est un même pour le corps, lorsque l'excès des délices est funeste même à la chair?

Les perfidies partout préparées rendent l'homme prudent et circonspect. Il nous suffit d'être attentifs, pour n'en recevoir aucun mal. De là ce que dit un sage : " Reconnaissez que vous passez au milieu des filets, et que vous vous promenez sur les toits des cités; " de même, ici, le Psalmiste : " Dans la voie où je marchais, ils ont caché un piége. " Si l'on veut prendre ces paroles dans le sens anagogique, on verra qu'elles s'appliquent bien à la conduite du démon, qui ne cache pas au loin, mais tout près, les piéges qu'il nous tend.

C'est pourquoi nous avons besoin d'une grande vigilance, car il cache le piège, dans l'aumône, où il met la vaine gloire; dans le jeûne, où il met l'arrogance; ce n'est pas dans les chemins que nous ne suivons pas, mais précisément dans nos chemins, dans les chemins où nous marchons, et c'est là, de beaucoup, le plus redoutable de tous les dangers. " Il ne m'est resté aucun moyen de fuir. " Voyez ici encore un autre mal, qui, vient s'ajouter à tant de maux. En effet, le Psalmiste nous montre non-seulement qu'il y a des pièges dans les chemins, qu'il n'y a personne pour porter secours au malheureux, personne qui le connaisse; mais il ne lui reste pas même un moyen d'échapper, de pourvoir, par la suite, à soir salut. Ainsi, il était au milieu des maux embarrassé, retenu, dans l'impossibilité de fuir, et cependant, même ainsi, il ne désespérait pas. " Et nul ne cherche à sauver ma vie, " c'est-à-dire à me défendre, à me secourir. Eh bien, que fait-il? Dans un manque si complet: de ressources, dans une si grande difficulté, désespère-t-il de son salut? Nullement. C'est à Dieu qu'il demande tout de suite un refuge, et il dit: " J'ai crié vers vous, Seigneur, j'ai dit: " Vous êtes mon espérance et mon partage, dans la terre des vivants (6). " Voyez-vous cette âme généreuse? le malheur, loin (265) de l’abattre, lui donne des ailes; absolument privé de secours, au milieu de toutes ces difficultés, le sage a reconnu la main invincible, la force toute-puissante, et, au milieu de tous ces embarras, le facile moyen d'échapper. " J'ai dit : Vous êtes mon espérance. " Tous les moyens humains, dit-il, sont réprouvés, la tempête est tellement au-dessus de tous les secours qu'aucun art ne saurait éviter le naufrage. Et pourtant, quoique tout ici soit désespéré aux yeux des hommes, quoique nous soyons tous à bout de force, épuisés par les malheurs, à vous cependant toutes choses sont faciles ; et de là vient que, pleins d'espoir en vous, nous ne languissons plus. " Vous êtes mon partage dans la terre des vivants, " c'est-à-dire, mon lot, mon trésor, mes richesses, vous êtes tout pour moi " dans la terre des vivants; " ce qu'il appelle, " la terre des vivants, " c'est sa patrie, car la captivité de Babylone, il l'appelle souvent les enfers et la mort. Sur la terre étrangère, on ne célébrait pas le culte accoutumé, au contraire, dans la patrie, s'accomplissaient tous les sacrifices, toutes les cérémonies, voilà pourquoi il dit: " Vous êtes mon partage dans la terre des vivants. " Toujours vous avez pris soin de moi, dit-il, et je jouissais de votre familiarité dans la terre des vivants, et je communiquais fréquemment avec vous. " Soyez attentif à ma prière, parce que je suis extrêmement humilié (7). "

Vous voyez, comme je l'ai déjà dit plus Haut, la raison qu'il tait valoir ici encore, il s'appuie sur ce qu'il est humilié, c'est-à-dire, sur ce qu'il a été puni outre mesure pour ses péchés. Cette expression "extrêmement," n'est pas pour réclamer contre ce qui est arrivé; ce n'est que l'expression de la douleur et de la faiblesse de celui qui souffre. En effet, si vous considérez ce que les péchés méritent, l'humiliation n'est pas trop grande; mais si vous ne voulez voir que la faiblesse de celui qui souffre, l'humiliation est excessive, et dépasse la mesure. Jamais Dieu, sachez-le bien, n'exige de nous un châtiment qui soit proportionné à nos fautes. Si la peine paraît insupportable à ceux qui la subissent, cela ne vient pas de la nature du châtiment, mais de l'infirmité de ceux qui l'endurent. " Délivrez-moi de ceux qui me persécutent, parce qu'ils sont devenus plus forts que moi. " Voici une autre raison, l'injustice des ennemis qui attaquent, et la grande infirmité de celui qui est poursuivi. " Tirez mon âme de la prison où elle est afin que je confesse votre nom (8). " " Confesser, " veut dire ici, rendre grâces. Ces paroles reviennent à ceci : délivrez-moi de mes maux. En effet, par la prison de son âme, il entend la rigueur extrême du malheur.

3. " Afin que je confesse votre nom. " Voilà encore qui n'est pas indifférent, à savoir , quo ceux qui sont dans la prospérité n'oublient pas les bienfaits qu'ils ont reçus. Un grand nombre d'hommes , dans le moment des afflictions , montrent beaucoup de zèle; au contraire, dans la prospérité , dans le calme , ils se négligent. Il en est d'autres qui dans le repos se négligent , et, au moment de l'affliction, désespèrent et s'affaissent sur eux-mêmes. Le Psalmiste, au contraire, flans ces deux circonstances si différentes, montre toujours la même sagesse. Ni l'affliction ne l'a abattu, au contraire, elle l'a porté à faire entendre ses prières et ses supplications; ni la prospérité et les loisirs de la paix ne l'ont jeté dans l'inaction , mais , dans ces circonstances mêmes il s'est trouvé encore disposé à rendre au Seigneur des actions de grâces. " Les justes sont dans l'attente de la justice que vous me rendrez. " Un autre texte : " Les justes me couronneront, quand vous m'aurez favorisé de vos bienfaits. " Qu'est-ce à dire? Le bien que vous me ferez , sera aussi utile aux justes. Car ils se réjouiront; ils seront saisis d'allégresse ; ils tressailliront, en me voyant affranchi de mes maux. Telles sont en effet les âmes des justes; les infortunés excitent leur compassion et les heureux ne leur inspirent pas d'envie. Au contraire , les saints se réjouissent et partagent leur joie , et ils félicitent ceux qui ont reçu des bienfaits. C'est là le conseil que donnait Paul , quand il disait : " Se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent. " (Rom. XII, 15.) Ce n'est pas là une médiocre vertu; beaucoup d'hommes se réjouissent à voir ceux que le malheur terrasse; quand l'infortuné se redresse, beaucoup d'hommes lui portent envie, triste fruit d'une cruauté , d'une haine qui n'a rien d'humain. Il n'en est pas de même des justes : affranchis de ces deux vices, ils possèdent l'humanité et la clémence. Et de même que chez les uns, la cruauté produit à la fois et la joie féroce et l'envie; de même l'humanité et la clémence sont le partage de ceux qui ont pitié du malheur, et s'associent à la joie des heureux.

266

Mais pourquoi dit-il: " Dans l'attente de la justice que vous me rendrez? " Selon un autre texte: " Quand vous m'aurez favorisé de vos bienfaits ; " selon d'autres encore: " Quand vous m'accorderez ma rétribution et ma rémunération. " Or, il a parlé plus haut de son affliction, de son humiliation, il n'a pas parlé de ses glorieuses vertus, ni de la confiance que lui donnent ses mérites. De quoi donc réclame-t-il le salaire? il le demande pour les jours de l'humiliation. Ce n'est pas en effet, une vertu commune que de supporter l'affliction eu rendant des actions de grâces; et voilà pourquoi il appelle " justice " la récompense qui s'attache à cette conduite. Donc, cessons de nous tourmenter dans les afflictions, et prions pour ne pas entrer en tentation. Acceptons ce qui peut arriver; c'est ainsi que lions nous purifierons de nos péchés, et que, s'il y a en nous quelque justice, nous ajouterons à cette justice un plus vif éclat. C'est ce que Job nous a fait voir; l'affliction l'a rendu plus brillant. C'est un bien , même pour les corps ; est un bien , non-seulement pour l'homme, mais pour les animaux; non-seulement pour. les animaux, mais pour les plantes mêmes; et voilà pourquoi les agriculteurs ne souffrent pas que la vigne ait un feuillage trop luxuriant; et, pour les autres végétaux, pour les arbres, ils s'opposent à la croissance exagérée, ils les traitent avec la faux de manière que toutes leurs forces convergent vers les racines; il ne faut pas que ces forces, s'épuisant dans les feuilles, produisent des fruits sans saveur et inutiles. C'est ce qui arrive , même dans l'homme. Quand son ardeur se consume en superfluités , l'âme n'a plus de force pour produire le fruit mûr de la piété parfaite. C'est ce qui arrive dans les eaux; l'eau stagnante et sans écoulement est malsaine; mais l'eau agitée, qui se prodigue en tous sens, qui se transmet par des tubes et des aqueducs, non-seulement est salubre, mais elle est plus agréable à la vue, au toucher, au goût. Souvent l'affliction a vaincu la nature; ce qui est flasque, ce qui retombe de soi-même vers la terre , sous une pression subite, se redresse tout à coup et se relève. C'est l'histoire de l'homme: quiconque supporte facilement l'affliction, s'élève à une plus grande hauteur, même au sein de l'abjection qui le courbait, qui l'abaissait jusqu'à terre; voilà comment l'affliction produit des fruits précieux. Donc, instruits de ces vérités, recevons avec mille actions, de grâces les malheurs qui nous sont envoyés; rendons-les ainsi plus supportables, et préparons-nous les biens à venir; et puissions-nous tous les recevoir en partage , par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLII. 1. " SEIGNEUR, EXAUCEZ MA PRIÈRE (proseukhe). "

AMALYSE.

1. Double sens du mot proseukhe. La conscience est comme un juge intérieur

2. La justice de Dieu est clémente. Du fruit que produit la confession des péchés.

3. Qu'il y a plusieurs sortes d'humilité. Que les pécheurs sont dans les ténèbres, qu'ils n'entendent pas les cris des pauvres

4. Etat d'une mauvaise conscience : inquiétude des avares.

5. Les miracles sont moins nécessaires aujourd'hui qu'autrefois. La fosse dont il est question dans le verset 7 n'est autre que l'abîme du péché.

6. Dans l'Écriture, les termes d'équité et de justice sont souvent synonymes de ceux de clémence et de miséricorde.

1. Le mot proseukhe présente deux sens: celui de prière vocale et celui de promesse ou voeu. Par là s'explique ce conseil du sage : " Ne répétez pas deux fois la même parole dans votre prière, proseukhe. " (Eccl. VII, 15). Par ces paroles, il ne nous exhorte pas à ne pas nous répéter, quand nous invoquons, quand nous prions le Seigneur; loin de nous cette pensée, car il nous est ordonné de persévérer dans nos prières. Mais ce qu'il veut, c'est que nous ne différions pas d'accomplir la promesse que nous avons faite à Dieu, de l'accomplir au plus vite. Voilà pourquoi il est dit ailleurs : " Ne différez point de vous acquitter de votre voeu. " (Eccl. V, 3.) L'avenir en effet, est incertain; une maladie, des affaires imprévues peuvent susciter un empêchement. Si la mort arrive et vous surprend, vous serez sans excuse. Or, ici, dans notre psaume, proseukhe veut dire, demande et supplication. C'est ce que le Psalmiste indique lui-même, en ajoutant : " Recevez de vos oreilles ma supplication, selon la vérité qui est en vous. " Un autre texte: " Selon la fidélité qui est en vous; " un autre texte: " Selon la sûreté qui est en vous." Ce qui veut dire: consentez à ma demande, et faites que ce que je veux, s'accomplisse, confirmez ma demande par la vérité qui est en vous; servez-vous de votre puissance pour en assurer l'accomplissement. Mais voyons de quelle espèce est la demande. En ce monde, lorsqu'un homme adresse une supplication, ceux qui la reçoivent en considèrent la nature, et si la demande est juste et légitime, on l'écoute.

Mais en vérité, en ce monde, c'est pour avoir des honneurs, des dignités, de l'argent, qu'on fait des supplications; souvent encore c'est pour écarter l'injustice: quelques-uns demandent des choses qui dépassent le pouvoir de ceux à qui ils s'adressent. Nous, au contraire, nous supplions pour qu'on nous pardonne nos péchés, et nous faisons entendre notre supplication, quand le juge intérieur ne nous les a pas remis; j'entends par là, notre conscience; qui nous poursuit et nous tourmente. Et eu effet, il n'est pas en son pouvoir de nous les remettre. Or, de même qu'on ne va pas trouver l'empereur, pour lui parler d'un habit déchiré, ou de dix oboles volées, de même vous, et à bien plus forte raison, prenez garde, quand vous vous approchez de Dieu, de ne pas l'aller entretenir de sujets misérables et sans aucune (268) espèce d'importance, comme, par exemple, si on vous a pris de l'argent, ou si l'on vous a fait quelqu'affront, niais parlez-lui des torts que vous fait le démon ; c'est alors surtout que vous avez besoin du secours d'en-haut. Mais vous n'avez personne qui s'intéresse à vous, et présente votre supplication? Lorsque le roi s'avance, parlez-lui, et choisissez le temps convenable. Plais quand le roi s'avance-t-il ? Toujours, et à chaque instant. Mais quand est-ce le temps convenable? Ce sera quand vous voudrez, quand vous vous serez préparé, de manière à être digne de l'aborder. On prescrivit aux Juifs de s'arrêter aux pieds de la montagne, pour se présenter devant Dieu, de mettre des vêtements blancs, et de n'avoir pas de commerce avec leurs femmes. (Exode, XIX, 12, 14, 15.) Pour vous, purifiez votre âme, sans songer à vos vêtements, et, avec la modération et la décence de la sagesse, approchez, allez trouver le roi, si vous voulez sincèrement obtenir ce que vous demandez. Le voyage n'est pas coûteux; pour toute provision ayez avec vous la vertu. Et où est-il ce roi? Auprès de ceux dont le coeur est contrit. Avancez-vous par ce chemin, " le Seigneur est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité. " (Ps. CXLIV, 18.) C'est là que vous le trouverez, c'est là que vous lui parlerez. Il est proche de tous ceux qui rompent le pain aux affamés et qui dispensent l'aumône. Si vous prenez ce chemin, vous le trouverez tout prêt à vous accorder votre demande. " Vous parlerez encore, " dit-il, " et je vous dirai: me voici. " (Isaïe, LVIII, 9.) Et pas n'est besoin d'intermédiaire ; c'est par vous-mêmes que vous obtiendrez ce que vous demandez. " Exaucez-moi selon l'équité de votre justice. " Que faites-vous, ô homme? Vous allez dire tout de suite après . " N'entrez point en jugement avec votre serviteur parce que nul homme vivant ne sera trouvé juste devant vous (2). " Et voici que vous demandez d'être écouté, comme il est juste. Que veut-il donc dire?

"Justice " veut dire ici clémence, et dans beaucoup de passages de l'Ecriture, nous pouvons voir que "justice " signifie " clémence. " Et c'est avec raison. Chez les hommes, la justice se sépare de la miséricorde; chez Dieu, il n'en est pas de même, ruais, à la justice, se joint la miséricorde, et dans une proportion si grande que la justice même s'appelle clémence. Ainsi, considérez, au moment du déluge, la grandeur de la miséricorde, et, en même temps, la grandeur de la justice. S'il y eut un châtiment infligé aux pécheurs d'alors; ce châtiment pourtant fut au-dessous de ce qu'ils avaient mérité. Cessez de considérer ici la masse des eaux, le nombre des jours que dura ce naufrage du déluge, et la terre devenue alors un abîme; qu'importe tout cela à ceux qui périrent? Spectacle épouvantable sans doute, mais pour ceux qui sont morts, il n'y a pas là un supplice. Où est la punition de ceux qui ne sentaient rien de ce qui se passait? Pour ceux qui moururent vite, ils souffrirent, en un instant, une mort très-douce, plus clémente que la mort par le feu, par le glaive, par la pendaison, par les tortures: leur fin fut beaucoup moins pénible. Ils avaient plutôt l'image du supplice qu'ils ne le subissaient en l'éprouvant. Ainsi, ceux qui avaient passé toute leur vie, jusqu'au dernier moment de leur vieillesse, commettant de telles iniquités, ont été punis, en un instant bien court, si toutefois il faut appeler puni celui qui paye la dette à la nature.

2. Avez-vous bien compris la grandeur de la clémence ? En voulez-vous encore une autre preuve ? Dieu n'a pas tout de suite envoyé le déluge; il l'a prédit, une première fois, une seconde fois, souvent. La construction de l'arche était un avertissement aux pécheurs, mais ils , ne le comprirent point, et cependant cet avertissement même n'était pas nécessaire, les coupables n'avaient pas besoin qu'on leur révélât leur perversité. La nature ne leur apprit rien: comme des porcs immondes, ce n'est pas assez dire, plus immondes que des porcs, dans la corruption qu'ils s'envoyaient les uns les autres, renversant toutes les lois de la nature, indociles à toute exhortation, à tout conseil, ne retirant aucune utilité du spectacle de ce juste qu'ils avaient sous leurs yeux; eh bien! ces grands coupables n'ont souffert qu'un instant seulement l'expiation ; disons mieux, ils ont été arrachés à la mort, et affranchis d'un juste châtiment, car c'est chose bien plus malheureuse de commettre le crime, que d'être enseveli sous les eaux du déluge. Eh bien! répondez-moi, est-ce vraiment un supplice, pour des hommes ainsi rongés par le vice, ainsi associés dans le crime et dans la honte, et se souillant ainsi les uns les autres, que d'être affranchis d'une corruption si funeste? Dirons-nous que le médecin, amputant des membres gangrenés, inflige au corps une punition? Ne (269) dirons-nous pas qu'il fait un acte de bonté, d'humanité? N'admirerons-nous pas bien davantage la sagesse et la clémence de Dieu, qui emploie de tels moyens pour corriger ceux qui lui appartiennent? Ce qu'il faut donc, à chaque instant, c'est admirer et glorifier Dieu. Et ce qui fait que nous ne cesserons jamais de méditer avec étonnement sa providence, que nous ne cesserons jamais de le louer, c'est la rapidité avec laquelle il a pratiqué l'amputation, supprimé la racine du mal, et pratiqué un traitement sans douleur. Ne vous troublez donc pas, à cette pensée, que tous les hommes, tout à coup, en un moment, ont été engloutis. Qu'importe que leur châtiment se soit opéré ainsi, ou d'une manière insensible? Que fait, à celui qui meurt, quel avantage pour lui de mourir seul, ou quel mal éprouve-t-il de ce qu'il meurt avec tous les hommes? " Exaucez-moi selon l'équité de votre justice, " c'est-à-dire, avec bonté, avec clémence. C'est là sa pensée, et ce qui le prouve c'est ce qu'il ajoute : "Et n'entrez point en jugement avec votre serviteur. " C'est également la prière de Job, qui était " un homme juste, ami de la vérité et fuyant le mal. " (Job, I, 1.) Il disait : " Il n'y a personne qui puisse juger les deux parties, ni prononcer entre les deux." (Job, IX, 33.) Et quand Dieu lui apparut : " Je n'ai qu'à mettre ma main sur ma bouche. " (Ibid. XXXIX 34.) Ce qu'il disait, quoique Dieu le provoquât et lui dît "Ceignez vos reins comme un homme. " (Ibid. 42.) C'est encore là le reproche que l'Ecriture adresse aux Juifs: "Quelle injustice vos pères avaient-ils trouvée en moi, lorsque vos chefs se sont conduits injustement envers moi ? " (Jérém. II, 5.)

Or, si Dieu tient cette conduite, c'est qu'il ne veut pas prononcer contre eux un jugement trop sévère. Il veut les amener à sentir leurs péchés, à les confesser, afin de pouvoir leur accorder le pardon et leur faire connaître ainsi la grandeur de ses bienfaits. Et voilà pourquoi Dieu fait entendre cette parole : " Dis le premier tes iniquités ; " non point pour être condamné, mais, " Pour être justifié. " (Isaïe. XLIII, 26.) Voilà pourquoi ce n'est pas Dieu lui -même qui les énonce; il prépare le pêcheur à les révéler. S'il voulait punir, il accuserait lui-même; mais, au contraire; parce qu'il veut faire miséricorde, il cède la parole au pécheur, afin que le pécheur reçoive la couronne de la reconnaissance, et que, par la confession, il s'attire la miséricorde. Qu'y a-t-il de comparable à cette bonté? rien. Parlez, dit le Seigneur, et je ne demande rien de plus; faites votre confession, et il me suffit; dites, et c'en est fait, je m'abstiens. " N'entrez point en jugement avec votre serviteur. " Beaucoup d'hommes se conduisent bien, parce que Dieu les jugera. En effet, les sages connaissent depuis longtemps le jugement à venir; quant aux insensés, à force d'entendre cette parole perpétuellement répétée des prophètes : " Le Seigneur veut entrer en jugement avec son peuple, et se justifier devant Israël (Michée, XI, 2); " et encore : " Ecoutez, vallées et fondements de la terre (Ibid.); " et encore : " Cieux, écoutez, et toi, terre, prête l'oreille (Isaïe, I, 1); " par suite de ce perpétuel jugement dont il est parlé, les insensés mêmes ont su se bien conduire. En effet, quelques Juifs disaient : " Pourquoi avons-nous jeûné, sans que vous nous ayez regardés? " (Isaïe, LVIII, 3.) Et : " Quiconque fait le mal, fait le bien devant la face du Seigneur. " (Malachie , II, 17.) Et : " Ceux qui vivent dans l'impiété, s'établissent, et nous les appelons des hommes heureux (Ibid. ni, 15); " et : " La voix du Seigneur n'est pas équitable. " (Ezéch. XXXIII, 17.) Or, le bienheureux Job lui-même, quand il fut saisi par la tentation, ne pensa pas comme les Juifs, ne parla pas comme eux; gardons-nous de le croire. Il dit toutefois : " Pourquoi n'y a-t-il personne qui puisse juger les deux parties, et prononcer entre les deux? Qu'il retire donc sa verge de dessus moi, et que sa terreur ne m'épouvante pas. " (Job, IX, 33, 34.) De là vient que le Seigneur lui dit : " Je vous interrogerai; pour vous, " répondez-moi. " (Job, XLII, 4.) Il avait été frappé de stupeur, après avoir dit : " Pourquoi suis-je encore jugé pendant que je suis corrigé et que j'accuse le Seigneur (Job, XI, 4)? " il dit encore : " J'avais seulement entendu parler de vous, maintenant, au contraire, je vous vois de mes propres yeux. " (Ibid. XLII, 5, 6.) " J'ai parlé avec trop de légèreté, et je me suis anéanti à mes yeux; je ne me suis plus regardé que comme terre et cendre; je n'ai qu'à mettre ma main sur ma bouche. " (Job, XXXIX, 34.) Alors Dieu lui dit : " Non, mais ceignez vos reins comme un homme." On dirait qu'il lui rappelle ses paroles, et qu'il veut lui faire entendre ceci : Puisque vous avez voulu plaider (270) avec moi, eh bien! me voici, je suis prêt. Avez-vous bien compris la clémence ineffable de Dieu? Avez-vous bien compris la bonté infinie? Voilà pourquoi les trois enfants disaient aussi : Nous avons péché, nous avons mal t'ait, nous avons commis l'injustice. Comme il est un grand nombre d'hommes tout à fait dépourvus de sens, qui imputent leurs péchés à Dieu, parce que le démon qui les travaille, leur inspire ces pensées mauvaises, Dieu, pour supprimer jusqu'à la racine cette injustice fréquente, répète souvent qu'il vent plaider avec eux.

3. C'est un péché de ce genre que commit le premier homme, Adam; il disait : " La femme que vous m'avez donnée, m'a présenté le fruit et j'en ai mangé. " (Gen. III, 12.) " Les Juifs aussi commettaient beaucoup de péchés de cette sorte. Parce que nul homme vivant ne sera trouvé juste devant vous. " Mais à quoi bon parler, dit-il, de moi, de celui-ci, ou de celui-là ? Il n'est pas d'homme sur la terre qui., plaidant sur les commandements que vous lui avez faits, puisse être justifié; à vous la pleine et entière victoire. "Car l'ennemi a poursuivi mon âme (3). " Ceci peut s'entendre assurément de Saül qui était alors son ennemi, et qui le poursuivait. On petit encore l'entendre, dans le sens apagogique, de l'ennemi des hommes, du démon. Eu effet, il ne cesse pas de poursuivre ceux qui appartiennent à Dieu. Comment donc nous garantir de sa poursuite? Trouvons un lieu où il ne puisse pas entrer. Et quel est ce lieu? Quel autre lieu que le ciel? Et maintenant, comment pouvons-nous monter au ciel? Ecoutez Paul qui nous dit, qui nous montre que même embarrassés par la chair, comme nous le sommes, nous pouvons habiter dans le ciel : " Méditez ce qui est dans le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu; " et encore : " Nous vivons dans le ciel. " (Philip. III, 20.) — " Il a humilié ma vie jusqu'en terre. "

Le mot : " Humilié " a bien des sens : il y a la vertu de l'humilité, comme lorsque le Psalmiste dit : "Le Seigneur ne méprisera pas un coeur contrit et humilié. " (Ps. L, 19.) Il y a, de plus, l'humiliation des malheurs; il y a encore. l'humiliation des péchés. Or, celle qu'exprime ici le Psalmiste; est celle qui vient des malheurs. Voilà pourquoi il ajoute : " Il a humilié ma vie jusqu'en terre. " Il y a encore l'humiliation qui provient de l'orgueil, comme lorsque l'évangéliste dit : " Quiconque s'élève, sera humilié. " Il y a encore une autre humiliation, qui résulte de notre insatiable cupidité; car quoi de plus abject et de plus humiliant que de s'ensevelir dans des pensées de richesses, dé puissance, de gloire? Humiliation pour deux raisons : farce qu'on rampe à terre, et parce qu'on regarde comme grana ce qui est si petit, comme font les enfants qui estiment à si haut prix leurs balles, leurs dés et tous leurs jouets, ce qui ne prouve pas la grandeur de ces objets, mais la faiblesse et l'imperfection de l'intelligence chez leurs admirateurs. Chez les enfants, ce qu'il faut accuser, c'est un défaut de l'âge et de la nature; chez les autres, c'est le vice de la volonté. Voici un homme d'un âge mur, qui regarde la table, le luxe, les délicatesses de la vie comme quelque chose de grand. Quoi de plus bas, quoi de plus humble! Et maintenant, beaucoup de personnes regardent ces âmes frivoles comme des esprits grands et élevés. Ces personnes-là sont encore bien plus basses. Eh bien ! donc, apprenons ce qui constitue la grandeur vraie et ce qui opère l'humilité. La vraie grandeur, c'est de mépriser ce que les hommes admirent. Maintenant le Prophète parte de l'humiliation que produisent les malheurs. " Il m'a réduit dans l'obscurité comme ceux qui sont morts depuis des siècles. " Il indique là un double malheur, l'obscurité , et la mort depuis des siècles; double allusion à la captivité d'alors. Celui qui est dans l'obscurité, peut encore agir, même au sein des ténèbres, s'il allume un flambeau; le Psalmiste, pour montrer toute l'étendue du malheur, parle des morts, et il rend la tragédie plus lugubre. Tels sont ceux qui vivent dans le péché; ils sont comme des morts dans les ténèbres; ils ont beau promener autour d'eux des milliers de flambeaux, ils ont beau regarder le soleil, ils ont beau se rendre éclatants, par les vêtements dont ils se couvrent, par la pompe dont ils s'entourent; ils ne valent pas mieux, au contraire, ils sont de pire condition que les morts, que ceux qui habitent dans les ténèbres; ils sont d'autant plus à plaindre que, pour les uns c'est l'effet de la nature, tandis que, pour les pécheurs, c'est la faute de la volonté. Il convient aussi d'entendre, par ces ténèbres, les ténèbres à venir, dont parle l'évangéliste : " Jetez-le dans les ténèbres extérieures. " (Math. XXII, 13.) Il y a; de plus, les ténèbres du vice : " Ceux qui sont assis, " dit (271) l’Evangile, " dans les ténèbres, et dans l'ombre de la mort (Luc, I, 79); " et Paul : " Nous ne sommes point enfants des ténèbres (I Thess. V, 5); " et encore : " Ils se sont évanouis dans leurs pensées, et leur coeur insensé a été rempli de ténèbres. " (Rom. I, 21.)

Et de même que ceux gui sont dans les ténèbres, ignorent la nature des choses, de même encore ceux qui vivent dans le péché, ne distinguent pas les choses; ils courent vers ales ombres comme à la réalité, poursuivant les richesses, les délices, la puissance, et ils ne connaissent ni amis ni ennemis. Avec leurs ennemis, ils sont aussi confiants qu'avec des amis; et, à voir comme ils traitent leurs amis, on croirait que ce sont des ennemis. Ne voyez-vous pas les pauvres, criant tous les jours et faisant retentir leurs plaintes? et nul pourtant ne les écouté. Pourquoi ne les écoute-t-on pas? C'est que le démon a placé les indifférents, les insensibles dans les ténèbres comme ceux qui sont morts depuis des siècles. Car ce que sont les ténèbres et la nécessité de mourir, tel est pour eux l'endurcissement du coeur. Ceux qui sont assis dans les ténèbres, ne voient pas les maux qui fondent sur eux; c'est encore ce qui arrive à ceux qui ne voient pas, tout près d'eux, les malheurs, et qui tombent clans les gouffres et les précipices. Ceux gui sont assis clans les ténèbres, ne craignent pas de commettre avec aine pleine assurance des actions honteuses; c'est ce que font ceux qui vivent dans la perversité; ils sont comme assis, dans les ténèbres, et, comme si aucun oeil humain ne les voyait, ils font tout avec sécurité; an milieu même des villes, ils commettent leurs crimes aussi librement que dans la solitude.

4. "Ceux qui sont assis dans les ténèbres, " éprouvent une frayeur continuelle ; c'est ce qui arrive aux pécheurs; ni le ravisseur, ni l'avare, ne peut être sans crainte, quelque insolence qu'il étale, quel que soit l'extérieur triomphant qu'il oppose. aux regards. Car voilà ce que fait une mauvaise conscience ; et certes tous ces pécheurs étaient depuis longtemps priés de' tout pardon, mais ils le sont bien davantage aujourd'hui, que le Soleil de justice a brillé, et qu'ils demeurant encore assis dans les ténèbres. Et comment, après que le soleil a brillé, demeurent-ils encore assis dans les ténèbres ? c'est parce qu'ils ont la vue faible. Ils se sont enterrés dans les repaires, les cavernes, les gouffres de la perversité et ils ne peuvent pas regarde: la lumière, parce qu'ils ont la vue faible. " Mon âme a été toute remplie d'angoisse, mon coeur a été tout troublé au dedans de moi (4). " Un autre texte : " Et mon âme s'agitait en tous sens, en moi. " C'est l'excès de l'affliction, qu'exprime le trouble de la pensée. Que signifie, " Au dedans de moi ? " Je n'avais personne à qui parler, qui put me consoler. Telles sont en effet les âmes des méchants, toujours bouleversées, non-seulement parle présent, mais encore par l'attente des maux, jamais pour eux de tranquillité, jamais de sécurité pour leur âme ; ils sont plus bouleversés qu'aucune mer; ni la nuit, ni le jour ne leur apporte l'apaisement de la tempête ; mais ils sont tourmentés de toutes parts, même en l'absence de tout persécuteur; guerre domestique, guerre intestine, et, sans pouvoir jouir de ce qu'ils ont acquis, ils sont, par l'inquiétude de ce qu'ils ne tiennent pas encore, déchirés de mille manières; toujours inquiets des affaires des autres, attachant sur la fortune d'autrui des regards curieux ; sans cesse préoccupés de persuader quelque chose à celui-ci , d'effrayer celui-là, de séduire un tel par des paroles flatteuses, de faire violence à tel autre ; en voici un autre qu'ils vont entourer de leurs soins ; et les calomnies, les achats, les ventes, les testaments, les fidéi-commis, les usures, les capitaux, toute cette lie de malheurs, ils s'en inondent, et c'est lorsque tout leur vient à flots, qu'ils sont surtout bouleversés. Voyez ce riche tout hors de lui : pourquoi? parce que son champ a été de la plus grande fertilité; et il ne sait que résoudre, et le voilà dans la perplexité , et il dit : que ferai-je ? j'abattrai mes greniers et j'en bâtirai de plus grands. (Luc, XII, 18.) Le pauvre, au contraire. n'a aucun embarras de ce genre.

" Je me suis souvenu des jours anciens, j'ai médité sur toutes vos oeuvres (5). " Ce n'est pas une petite consolation que de connaître le passé et le présent. En effet, comme Dieu, soit dit sans y insister, Dieu administre par les mêmes lois les affaires d'aujourd'hui et celles du temps passé, la plus grande consolation du présent, c'est le souvenir des temps qui ne sont plus. Voilà pourquoi , dans un antre psaume, nous voyons: " Nous privera-t-il de sa miséricorde dans toute la suite des siècles? " (Ps. LXXVI, 8, 9. ) Et un autre texte : " Regardez les anciennes générations, et voyez qui a espéré dans le Seigneur et a été (272) abandonné?" (Eccles. II, 11.) Et Paul : " Or toutes ces choses qui leur arrivaient, étaient des figures, et elles ont été écrites pour nous servir d'instruction, à nous autres qui nous trouvons à la fin des temps. " (I Cor. X, 11. ) Et ce n'est pas seulement l'histoire des autres, mais le souvenir, fréquemment rappelé de notre propre histoire, qui nous est utile. C'est ce que montre l'Apôtre, en disant : " Rappelez en votre mémoire ce premier temps où, après avoir été illuminés par le baptême, vous avez soutenu de grands combats, au milieu des afflictions. " (Hébr. X, 32. ) Et la preuve par le contraire : " Quel fruit tiriez-vous donc alors de ce qui vous fait rougir maintenant? " (Rom. VI, 21. ) Et un autre sage : " Rappelez-vous vos derniers moments, et vous ne pécherez pas pour l'éternité. " (Ecclés. VII, 10. ) Quoiqu'il s'agisse ici de l'avenir, il le considère comme le passé, parce que la mort est commune à tous ; c'est ce que Paul fait aussi lui-même, empruntant, à l'avenir et au passé, les moyens qu'il emploie, soit pour consoler, soit pour corriger : " Je ne veux pas, " dit-il, " que vous ignoriez, mes frères, que nos pères ont tous été sous la nuée; qu'ils ont tous passé la mer Rouge ; qu'ils ont tous mangé d'un même aliment spirituel; mais il y en eut peu qui fussent agréables à Dieu. " (I Cor. X, 1 , 3, 4, 5. ) Quelquefois, c'est de l'avenir qu'il parle: " Qui souffriront la peine d'une éternelle damnation, étant confondus par la face du Seigneur, et par la gloire de sa puissance. " (II Thess. 1, 9. ) Et encore: " Car ta colère de Dieu est tombée sur eux, et y demeurera jusqu'à la fin. " (I Thess. II,16. ) "Parce que ce jour sera manifesté par le feu. ( I, Cor. III, 13.) Et encore : " Car c'est pour ces choses, que la colère de Dieu tombe sur les fils de la désobéissance." (Ephés. V, 6. ) Tous ces exemples ont pour but la correction; maintenant, quand il faut consoler , l'Apôtre emploie soit le passé soit l'avenir. Exemple, par le passé : " Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Dieu des miséricordes, le Père de toute consolation, qui nous console dans tous nos maux, afin que nous puissions aussi consoler les autres, par la consolation que nous recevons de Dieu. " (II Cor. 1, 3, 4.) Exemple pris de l'avenir maintenant: " Les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire qui sera un jour découverte en nous. " (Rom. VIII, 18. ) Voilà pourquoi le Psalmiste dit à son tour ici : " Je me suis , souvenu des jours anciens ; j'ai médité sur toutes vos oeuvres. " Il ne se borne pas à dire: je me suis souvenu, mais " J'ai médité," c'est-à-dire, je me suis appliqué, j'ai travaillé avec beaucoup de soin à me rappeler ce qui est arrivé aux hommes d'autrefois. C'est que la connaissance de l'Ecriture est, pour nous, ?! une grande consolation, un grand enseignement de sagesse ; aussi, Paul nous dit : " Nous espérons, par la patience et par la consolation que les Ecritures nous donnent. " (Rom. XV, 4.) Et encore : " Toute l'Ecriture, inspirée de Dieu, est utile pour instruire, pour reprendre, et pour corriger. ", (II Tim. III, 16.)

5. Voilà donc d'où lui vint la consolation,. C'est qu'au milieu d'afflictions si grandes et dans le trouble de son âme, il méditait les vieilles histoires; c'est qu'il rappelait dans sa mémoire les différentes manifestations de la sagesse prévoyante de Dieu. " J'ai médité sur toutes vos oeuvres, je méditais les actions de vos mains. " Un autre texte : " Je méditais les ouvrages de vos mains. " Il montre ainsi que cette méditation était une grande consolation pour lui, et lui assurait la familiarité auprès de Dieu. Aussi, ajoute-t-il. " J'ai déployé mes mains vers vous (6). " Il ne dit pas : j'ai entendu, mais, " J'ai déployé ", pour marquer la vive affection du coeur; il lui tarde, pour ainsi dire, de s'élancer loin de son corps et de se précipiter vers Dieu. Le souvenir de ses oeuvres admirables m'a rempli comme d'un divin enthousiasme, et quand, j'ai eu considéré toute votre bonté, l'admirable enseignement qui ressort des malheurs, et, la liberté qui a suivi l'affranchissement des maux, je me suis de nouveau réfugié en vous. " Mon, âme est en votre présence comme une terre; sans eau. " Un autre texte : " Comme une terre altérée de vous, toujours, " ce que veut dire " diapsalma. " Dans l'adversité, dit-il, dans la prospérité, en toutes circonstances, j'ai toujours montré la même ardeur. Mats; maintenant que signifie, " Comme une terre sans eau ? " De même que la terre altérée: désire la pluie, ainsi je désire être continuellement auprès de vous. Or, ce désir a grandi sous le poids des afflictions, et voilà pourquoi Dieu a souffert qu'elles devinssent de plus en plus pesantes, montrant par là la grandeur,de sa prévoyance. En effet, non-seulement il a (273) produit les créatures, mais encore il prend soin de ce qu'il a fait naître, il prend soin des hommes, et, sans exception, de tout ce qui existe. Voilà pourquoi Paul disait : " C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. " (Act. XVII, 28. ) Et ailleurs : " Toutes choses subsistent en lui. " Et David : " Toutes les créatures attendent de vous, que vous leur donniez leur nourriture, lorsque le temps en est venu ; lorsque vous la leur donnez, elles la recueillent, et, lorsque vous ouvrez votre main, elles sont toutes remplies de votre bonté. Mais si vous détournez d'elles votre face, elles seront troublées. " (Ps. CIII, 27-28-29.) Et encore : " Lui qui regarde la terre, et la fait trembler. " (Ibid. 32.) Et Isaïe " Qui tient le globe de la terre. " (Isaïe, XL, 22.) En ce qui concerne la vertu : " Si le Seigneur, " dit le Psalmiste, " ne bâtit une maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. " ( Ps. CXXVI, 1. ) Et ailleurs : " Qui donne, à celle qui était stérile, la joie de se voir, dans sa maison, la mère de plusieurs enfants. " (Ps. CXII, 9.) Et voilà pourquoi il secoue la terre, touche les montagnes, et en fait sortir la fumée. (Ps. CIII, 32.) " Et il obscurcit le soleil, au point de le faire défaillir, afin de montrer par là que c'est lui qui est l'ouvrier. " (Isaïe, XXXVIII.)

Vous voyez, dans l'Ecriture, le soleil qui recule, et la lune avec lui. (Josué, X, 13.) Et beaucoup d'autres miracles. Lorsque la connaissance de Dieu n'était pas encore répandue, ces prodiges avaient lieu ; mais il n'est plus besoin d'un enseignement de ce genre, aujourd'hui que les choses mêmes crient, et montrent le Seigneur. Vous rappelez-vous les ténèbres de l'Egypte, et la conversion des éléments? Si l'on dit que l'absence de la lumière ne fut alors qu'un événement naturel, et n'arriva pas par l'ordre exprès de Dieu, qu'on m'explique les ténèbres, lorsque le Christ fut attaché à la croit. Et en effet, le soleil ne disparut pas, à un moment déterminé d'avance, mais quand cette disparition était le moins conforme à la nature, puisque c'était alors le quatorzième jour de la lune, et l'époque de la pleine lune. (Matth. XXVII, 45.) Or les éclipses ne se font pas dans ces conditions; mais les contradicteurs se trouvent à court d'explications. C'est pourquoi il est manifeste qu'ainsi que tout ce qui arrive, de même toutes ces éclipses se font par l'ordre du grand ouvrier. " Hâtez-vous , Seigneur, de m'exaucer, mon âme est tombée dans la défaillance (7). " Que dites-vous ? vous pressez le médecin de vous guérir ? nullement. Mais, ici encore, c'est l'habitude des âmes dans l'affliction, comme des hommes que les malheurs éprouvent, de faire venir les médecins, même quand rien ne presse, et de pourvoir vite à la délivrance. Voilà pourquoi le Psalmiste aussi ajoutait : " Mon âme est tombée dans la défaillance. " Or, si Dieu peut réveiller, même au sein de la mort, à bien plus forte raison le peut-il, avant que la mort ait frappé. Mais, comme je l'ai dit, c'est par là qu'éclate la faiblesse de notre nature. Le Psalmiste savait bien que, pour Dieu, tout est facile, mais l'homme ne peut pas résister à ses maux. " Ne détournez pas de moi votre visage, de peur que je ne sois semblable à ceux qui descendent dans la fosse. " Autre texte : " Ne cachez pas votre visage loin de moi. " Or, d'où vient que Dieu détourne son visage ? Dieu lui-même le dit par l'organe d'Isaïe : " Est-ce que ma main s'est raccourcie? ce sont vos iniquités qui font la séparation entre moi et vous. " (Isaïe, LIX, 1, 2.) Donc, quand nous faisons quelque action mauvaise, il se détourne. " Vos yeux sont purs, " dit un prophète, " pour ne point souffrir le mal, et vous ne pouvez regarder l'iniquité. " (Habacuc, I, 13.) Et voilà pourquoi encore il se détourne des arrogants. " Sur qui jetterai-je les yeux, dit le Seigneur, sinon sur l'homme doux et paisible qui écoute mes paroles avec tremblement ? " (Isaïe, LXVI, 2.) Appliquons-nous donc à cette vertu, afin d'attirer sur nous les regards du Seigneur; afin de ne pas tomber dans le gouffre du vice, rempli d'épaisses ténèbres. Ceux mêmes qui sont tombés peuvent remonter, il faut donc que ceux qui tombent ne restent pas couchés contre la terre.

Maintenant, la fosse où sont les bêtes féroces et qui est pleine de ténèbres, c'est la nature du péché. Sachons donc y jeter les cordages des Ecritures pour lier notre volonté, et, si nous tombons, nous nous relèverons promptement. Et maintenant dans quelle pensée entreprendrons-nous de remonter ? quand nous serons tombés, pas de dégoût, pas de désespoir, mais chantons, pour notre usage, ces paroles du Prophète : " Quand on est tombé, est-ce qu'on ne se relève point ? " (Jérém. VIII, 4.) Et encore : " Si vous entendez aujourd'hui sa (274) voix, gardez-vous bien d'endurcir vos coeurs, comme il arriva au temps du murmure qui excita sa colère. " (Ps. XCIV, 8, 9.) Faisons-nous, avec cette pensée, des liens qui nous ramènent vers lui. " Faites-moi bientôt entendre une réponse de miséricorde, parce que c'est en vous que j'ai mis mon espérance (8). " Un autre texte : " Faites-moi entendre, dès le matin, une réponse de miséricorde. " C'est-à-dire, promptement.

6. Comprenez-vous ce que demande l'âme affligée, bouleversée ? elle veut être entendue, avant l'épreuve, afin que l'espérance, que l'attente la redresse. La demande revient à ceci : faites que je me relève, comme vous me l'avez promis ; vient ensuite un motif légitime, pour obtenir ce qu'on demande: " Parce que c'est en vous que j'ai mis mon espérance. " Dieu en effet demande, avant tout, que nous levions toujours nos yeux vers lui ; que, sans cesse, nous nous suspendions à lui : " Faites-moi connaître la voie dans laquelle je dois marcher. " Ceci peut, si vous le voulez, s'exprimer comme il suit : attendu que ma conscience s'est abîmée dans le vice , je demande une conscience nouvelle : ou encore il entend ici par voie nombre de choses ignorées des hommes, ce que Paul nous montre aussi par ces paroles : " Nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu, par nos prières. " (Rom. VIII, 26.) Si Paul, doué d'une si grande connaissance, est ignorant sur ce point, qu'y a-t-il d'étonnant que le Psalmiste aussi professe la même ignorance? Et maintenant, voyez qu'il ne recherche ici rien de sensible, mais la voie qui conduit à Dieu, et qu'il commence lui-même par faire d'abord ce qui dépend de lui. En effet, il ne se borne pas à dire: faites-moi connaître la voie qui conduit vers vous; mais que dit-il? " Parce que j'ai élevé mon âme vers vous , " c'est-à-dire, je me suis attaché à vous, c'est sur vous que je tiens mes yeux fixés, c'est vous seul que je regarde. Voilà, en effet, à quelle condition Dieu se fait connaître. Aussi, disait-il en parlant des Juifs, quand on lui demandait pourquoi il ne leur adressait que des paraboles : " En voyant ils ne voient point, en écoutant, ils n'entendent point. " (Matth. XIII, 13.) Quant à cette expression, " j'ai élevé, " elle signifie j'ai conduit vers vous, j'ai transporté vers vous mon âme.

" Délivrez-moi de mes ennemis, Seigneur, parce que c'est à vous que j'ai recours (9). " Vous voyez que, partout, la prière est justifiée. " Ne détournez pas de moi, dit-il, votre visage, parce que c'est en vous que j'ai mis mon espérance. Faites-moi connaître votre voie, parce que j'ai élevé mon âme vers vous. Délivrez-moi de mes. ennemis, parce que c'est à vous que j'ai recours. Enseignez-moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu (10). " Il ne se borne pas à dire enseignez-moi votre volonté, mais : " Enseignez-moi à faire votre volonté, " c'est-à-dire conduisez-moi jusqu'à la pratique; car il est besoin du secours d'en-haut, de l'enseignement du ciel, pour que nous nous avancions dans la voie qui conduit à la vertu, et n'oublions pas cette condition, que nous ne demeurions pas inactifs, mais que nous fassions ce qui dépend de nous. " Parce que vous êtes mon Dieu. " Voyez-vous que ces prières n'ont rien que de spirituel ? il ne s'agit pas d'argent, de puissance, de gloire, mais de l'accomplissement de la volonté de Dieu. Voilà ce qu'il demande; ce qui est le trésor de tous les biens, la richesse qui ne manque jamais, le principe et la racine de la félicité, et le milieu, et la fin. "Votre esprit souverainement bon me conduira dans une terre droite et unie. " Voyez-vous comment nous apprenons, comment nous recevons l'enseignement relatif à cette voie ? c'est par le moyen de l'Esprit-Saint. Aussi, disait Paul, " Dieu nous a révélé par son Esprit. " (I Cor. II, 10.) Dans une terre droite et unie. " Si vous prenez le mot au propre, il désigne par là sa patrie ; si vous le prenez dans le sens anagogique, il entend la voie qui conduit à la vertu. Un autre texte dit : " Dans une terre plane ; " . c'est qu'en effet il n'y a rien de plus uni, qui ressemble plus à une surface plane que la vertu, libre de tout ce qui trouble, de tout tumulte : " Vous me ferez vivre, Seigneur, pour la gloire de votre nom. " Voyez-vous, ici encore, que c'est vers Dieu qu'il se réfugie, qu'il ne fonde pas sa confiance sur sa conduite? " Selon l'équité de votre justice vous ferez sortir mon âme de l'affliction qui la presse. " Un autre texte : " Selon votre miséricorde. " Voyez-vous la vérité de ce que je disais plus haut, qu'il donne souvent à la justice let nom de clémence ? "Vous ferez sortir mon âmes ! de l'affliction qui la presse. Priez en effet, dit le Seigneur, pourrie pas entrer en tentation. " (Marc XIV, 38.) " Et vous exterminerez tous (275) mes ennemis, par un effet de votre miséricorde (12). " Ce n'est pas, dit-il, parce que j'ai rien mérité, mais à cause de votre clémence, que vous me délivrerez de ceux qui me font la guerre. Délivrez-moi de ceux qui m'entourent de piéges; faites que je respire un peu dans mon affliction; " et vous perdrez tous ceux qui persécutent mon âme, parce que je suis votre serviteur. " Vous voyez, ici encore, que la prière est justifiée; nous n'avons, à vrai dire, aucun droit d'être exaucés; mais il faut nous préparer de manière à mériter ce que nous désirons, il faut faire ce qui dépend de nous, avant de rien demander. Car, il ne suffit pas de la seule prière; les Juifs aussi priaient, et s'entendaient dire : "Lorsque vous multiplierez vos prières, je ne vous écouterai point. " (Isaïe, I, 15.) Et qu'y a-t-il d'étonnant que les Juifs ne fussent pas écoutés, quand Jérémie lui-même, priant pour eux, est réprimandé, et s'entend dire, une fois, deux fois: " Ne priez point pour ce peuple, parce que je ne vous écoulerai point? " (Jérém. VII, 16) ? Et qu'y a-t-il d'étonnant que Jérémie ne soit pas écouté? "Quand même, " dit le Prophète, " et Noé, et Job, et Daniel, se trouveraient en ce pays, ils ne délivreraient ni leurs fils, ni leurs filles. " (Ezéch. XIV, 74,16.) Instruits de ces vérités, ne nous contentons pas de prier; mais, en même temps que nous prions, rendons-nous dignes de nous voir décerner, et les biens de la vie présente, et les biens à venir. Puissions-nous tous les recevoir en partage, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLIII. " BÉNI SOIT LE SEIGNEUR MON DIEU, QUI APPREND A MES MAINS A COMBATTRE, ET MES DOIGTS A FAIRE LA GUERRE. "

ANALYSE.

1. Le secours divin nous est nécessaire dans la guerre que nous avons à soutenir contre les démons. Nature de cette guerre. Si nous voulons obtenir miséricorde, donnons occasion à la miséricorde. Le secours de Dieu est encore nécessaire à ceux qui conduisent les hommes, pour les maintenir dans le devoir.

2. De la présomption de certains hérétiques qui se vantent de connaître Dieu tel qu'il est. Dieu nous est inconnu, non pas dans son existence et ses attributs, mais dans sa substance.

3. Comment doivent s'entendre tes expressions descendre et toucher, appliquées à Dieu. Ce qu'il faut entendre par la main de Dieu. Les vrais étrangers sont les infidèles. La charité ne connaît pas d'étrangers.

1. Que dites-vous ? le Seigneur vous apprend à faire la guerre, à livrer des combats, des batailles rangées? sans doute, et on ne se trompera pas en lui attribuant les victoires ainsi remportées; car c'est là ce que signifie cette expression , " Qui apprend à mes mains. " C'est-à-dire qui me rend vainqueur de mes ennemis, qui me donne la force, et me permet d'élever des trophées. En effet, quand David renversa Goliath, Dieu fut l'auteur de la victoire; et quand le même David fit avec succès un grand nombre de guerres, érigea des trophées, emporta d'assaut des villes ennemies, ce fut Dieu encore qui le rendit victorieux. Et voilà pourquoi il chantait: " Le Seigneur fort et puissant , le Seigneur puissant dans le combat. " (Ps. LXXXII, 3.) Du temps de Moïse aussi , Dieu opéra grand nombre d'actions guerrières.

Mais il est encore une autre guerre, plus redoutable que les combats ordinaires des hommes, une guerre où nous avons surtout besoin du secours d'en-haut, lorsque nous avons à combattre les puissances contraires à notre nature. Et maintenant la preuve que nous avons contre ces puissances une guerre à soutenir, écoutez ce que dit Paul: " Car nous avons à combattre , non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde de ce siècle ténébreux. " (Eph. VI, 12.) Guerre d'autant plus redoutable que ces puissances sont d'une autre nature, d'une nature invisible, et qu'il ne s'agit pas, dans la lutte , de petits intérêts , mais de notre salut ou de notre perte. Impossible ici de voir manifestement les victimes; impossible de connaître par avance les époques , les difficultés, les lieux, ni quoi que ce soit des circonstances de cette guerre. En effet, c'est sur la place publique, c'est dans l'intérieur de la maison, c'est. à l'heure où on se livre, soit aux jeux, soit au repos que ces phalanges vous attaquent, de sorte qu'il faut être fortifié sans cesse et à toute heure. Car cette guerre se fait sans trêve, sans messager qui la déclare, sans rien de semblable; c'est une guerre qui ne s'annonce pas, qui ne se déclare pas; et voilà pourquoi il faut toujours être fortifié, être pourvu de tout ce qui donne la force et la vie. Les vivres pour cette guerre, les armes qu'elle réclame, c'est la lecture de L'Ecriture sainte ; qui en est privé, meurt de faim. En effet, dit le Prophète : " Je leur enverrai, non la famine du pain, ni la soif de l'eau, mais la famine qui veut entendre la parole du Seigneur." (Amos, VIII, 11.) Dans cette guerre donc, aussi bien que dans les batailles ordinaires , il faut le secours d'en-haut. " Ce n'est point, " dit le Psalmiste, " dans sa grande puissance qu'un roi trouve son salut, et le géant ne se sauvera point par la grandeur de ses forces. Le cheval trompe celui qui en attend son salut, et toute sa force ne sauvera point l'écuyer. " (Ps. XXXII, 16, 17.) Aussi , beaucoup d'ennemis ont-ils été mis en déroute par ceux qui tout d'abord avaient confié aux prières la mission de conduire leurs armes, et de rompre les phalanges ennemies. " Il est tout rempli de miséricorde pour moi ; il est mon refuge, mon défenseur et mon libérateur (2). " Voyez-vous, ici encore, la prière adressée à la clémence pour obtenir le salut? Et maintenant, il est encore une autre pensée qu'exprime ici le Psalmiste. Voici en effet ce qu'il montre, et ce qu'il dit: Je ne serais pas même digne de miséricorde, si Dieu de lui-même n'écoutait ma prière. Donc c'est Dieu qui, " Est tout rempli de miséricorde pour moi. " Cette miséricorde en effet, je ne l'ai pas méritée par mes actions; il a beau être tout rempli de miséricorde, cette miséricorde pourtant, il ne la fait pas sans distinction. En effet, dit le Seigneur; "je ferai miséricorde à qui il me plaira de faire miséricorde, et j'aurai pitié de qui il me plaira d'avoir pitié. " (Rom. IX, 15.) Il faut donc, si nous voulons obtenir la miséricorde, lui donner, par notre conduite, une raison d'exercer sa clémence. Et maintenant, par cela même qu'il a obtenu miséricorde, le Psalmiste dit que c'est un bienfait de Dieu. Comprenez-vous bien cette contrition? Comprenez-vous cette reconnaissance, et voyez-vous comme il attribue le tout à la bonté de Dieu? " Il est mon refuge, mon défenseur et mon libérateur, et c'est en lui que j'ai mis mon espérance. " Il ne se lasse pas, de déposer en (277) Dieu son espérance, donnant, à tous les hommes, cette leçon, qu'il faut tenir bon dans les dangers; qu'il faut, au sein de l'adversité, tenir ses regards attachés sur Dieu; qu'il ne faut jamais , ni désespérer ni se laisser abattre. Car c'est lui qui " est mon refuge et mon défenseur. " Et si , quand les dangers commencent, il ne me couvre pas , il ne me défend pas, même alors je dois avoir pleine confiance; si c'est lui qui est mon refuge , il saura bien toujours me délivrer des dangers. En effet, voici surtout en quoi consiste l'espérance : les objets qui frappent nos yeux , devraient nous jeter dans le désespoir, et, au contraire, nous sommes pleins de confiance, et nous attendons un meilleur avenir. " C'est lui qui assujettit mou peuple sous moi. " Voilà qui est bien dit, car, ici encore, il est besoin du secours d'en-Haut, pour que les sujets consentent à la sujétion, pour qu'il n'y ait ni sédition ni révolte. Ce n'est pas seulement pour soumettre les ennemis , ruais encore pour s'assujettir ceux de la même nation , de la même famille, qu'il est besoin d'un fort secours d'en-haut. C'est un grand privilège que de bien gouverner les siens; ce succès n'est pas moindre que la victoire sur les ennemis. On a vu en effet, bien souvent, dans les guerres, des vainqueurs élever des trophées, et dans la paix ces vainqueurs étaient immolés pour n'avoir pas su tenir d'une manière convenable leurs sujets sous la bride. Ce n'est donc pas à la puissance des princes qu'il faut attribuer la soumission de ceux qui sont en armes, mais au secours de Dieu. Et, de même que c'est de Dieu qu'émanent les victoires sur les ennemis, de même c'est lui qui opère l'obéissance des peuples à leurs princes. " Seigneur , qu'est-ce que l'homme pour vous être fait connaître à lui ? ou qu'est-ce que le fils de l'homme pour que vous l'estimiez? " Un autre texte: " Qu'est-ce que l'homme, pour que vous cherchiez à le connaître ? " Un autre texte: " Qu'est-ce que l'homme pour que vous le reconnaissiez? " Il faut bien que ce soit un être plein de grandeur, celui qui est destiné à connaître Dieu, ou plutôt à être connu de lui; et encore celui à qui Dieu aura voulu se révéler. Aussi, les Septante disent avec une parfaite justesse : " Pour vous être fait connaître à lui , " montrant par là , que ce n'est pas nous qui l'avons trouvé , mais lui-même qui s'est laissé trouver. En effet, le texte ne dit pas: Qu'est-ce que l'homme pour vous connaître ? mais: " Qu'est-ce que l'homme pour vous être rait connaître à lui?

2. Et voilà pourquoi Paul, à son tour, ne cesse pas de reprendre cette pensée en tout sens : " Mais alors je le connaîtrai, comme je suis moi-même connu de lui. " (I Cor. XIII, 12.) Entendez le Christ lui-même : " Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis. " (Jean, XV, 16.) Entendez maintenant Paul dans un autre passage : " Si quelqu'un aime Dieu, il est connu de lui. " (I Cor. VIII, 3.) Et voilà pourquoi il ne cesse pas de dire et de répéter sans cesse que lui-même a été appelé, nous montrant par là, que ce n'est pas lui qui a couru vers le Seigneur, mais que d'abord il a été appelé. De même, il dit encore dans un autre passage : " Je poursuis ma course pour tâcher d'atteindre où Jésus-Christ m'a destiné. " (Philip. III, 12.) Il ne dit pas pour tâcher d'atteindre où je me suis destiné, mais, " où Jésus-Christ " m'a destiné. " Et maintenant comment le Psalmiste dit-il : " Qu'est-ce que l'homme? " On sait bien qu'un autre dit : " C'est une grande chose que l'homme, c'est une chose précieuse que l'homme plein de miséricorde. " Autre part : " Dieu le créa à son image. " (Gen. I, 27.) " Il a reçu en partage le gouvernement de toutes les créatures. " (Eccl. XVII, 1.) " Et il y a eu quelques hommes : dont le monde n'était pas digne. " (Hébr. XI, 38.) Mais ces paroles concernent la vertu, que quelques hommes ont pu montrer. " Qu'est-ce que l'homme ? " Il s'agit ici de la nature, la nature de l'homme est grande : mais si vous considérez la connaissance qu'il a reçue en partage, il s'en faut de beaucoup que cette connaissance égale sa nature.

Ces paroles sont pour les hérétiques, pour ceux qui vont, dans leur délire, jusqu'à oublier les bornes de leur nature; ignorants, qui ne comprennent pas que ce qu'ils prétendent savoir est au-dessus de leur raison. En effet, il peut y avoir de l'ignorance dans la connaissance et de la connaissance dans l'ignorance, et , si vous voulez bien , considérons à ce point de vue les objets sensibles. Dites-moi en effet ce que vous penseriez de celui qui dirait qu'il peut mesurer la mer, qu'il sait combien elle renferme de coupes? Des paroles de ce genre ne prouveraient-elles pas qu'on ignore plus que personne ce que c'est que la mer? (278) Celui au contraire qui avoue ne pas le savoir, mais qui affirme l'immensité défiant toute mesure, celui là connaît le mieux la mer. Supposez un homme vous disant : J'ai vu Dieu, je l'ai saisi de mes propres yeux, cet homme-là n'ignore-t-il pas absolument la nature de Dieu? Lui qui fait un être visible de l'être qui ne tombe pas sous les sens, en voulant grossir sa connaissance il perd même celle qu'il pourrait avoir. Supposez maintenant un homme disant : Dieu n'est pas visible, personne ne peut le voir; cet homme-là n'a-t-il pas une grande connaissance de Dieu? Supposez maintenant un homme disant que Dieu est incompréhensible; un autre, au contraire, qu'on peut le comprendre ; n'est-il pas vrai de dire que le dernier ignore, que le premier sait la nature de Dieu? Ne voyez-vous pas que Paul aussi marche par cette voie, en disant : " Ce que nous avons de science et de prophéties, est imparfait. " (I Cor. XIII, 9.) Considérez tout ce qu'il a fallu de prodiges pour nous apprendre, non pas quelle est la substance de Dieu, mais qu'il y a un Dieu. C'est donc là encore ce que dit Paul : " Pour s'approcher de Dieu, il faut croire premièrement qu'il y a un Dieu. " (Hébr. XI, 6.) La création tout rentière le proclame; " la grandeur, la beauté des créatures fait qu'on s'élève vers le Créateur. " (Sagesse, XIII, 5.) La constitution même de l'homme, les honneurs qu'il a reçus de Dieu, les châtiments, les bienfaits, les différents conseils qui le gouvernent, les prédictions des prophètes, les divers miracles, voilà par quels moyens Dieu se montre; et ensuite est venu le Fils unique qui a mis l'admirable et prodigieux couronnement qui complète cette économie. Et lorsque tant d'hommes encore ne voient pas ce qui est manifeste, tu prétends comprendre, par ta raison propre, la substance de ce Dieu? Donc, m'objecte-t-on, vous ne connaissez pas Dieu ; loin de nous cette ignorance. Assurément , je sais qu'il existe, je sais qu'il est clément, bon, miséricordieux, prévoyant, prenant soin de toutes choses ; je sais tout ce qu'en ont dit les Ecritures ; mais maintenant quelle est la substance de Dieu ? Je n'en sais rien. Adam aussi crut pouvoir en découvrir davantage; le démon lui inspira cette prétention et Adam perdit même ce qu'il possédait. C'est ce qui arrive aux hommes, qui se laissent conduire par la raison humaine et qui ne veulent pas comprendre, que c'est le Seigneur qui donne la sagesse ; que c'est de sa bouche, que sortent la prudence et la science. (Prov. II, 6.) Ils ne veulent pas entendre ce que dit Paul : " Dieu nous l'a révélé par son Esprit. " (I Cor. II, 10.) Paul bannit, par là, les raisonnements humains : " Détruisant, " dit-il, " les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu. " (I Cor. II, 10; II Cor. X, 5.) Et un autre sage : " Les raisonnements des hommes sont timides et leurs inventions chancelantes. " (Sagesse, IX, 5.) " Qu'est-ce que l'homme pour vous être fait connaître à lui? " Considérez l'infini de cette grandeur, ou plutôt même en parlant ainsi, je ne fais pas entendre une parole digne de Dieu, mais je ne sais de quel langage me servir; car, quand nous parlons de grandeur à propos de Dieu, nous n'employons pas des termes propres; mais puisqu'il n'est pas permis de trouver d'autres termes, je me sers de ceux qui se rencontrent. En effet, quand je l'appelle le Très-Haut, je ne le circonscris pas dans un lieu, mais je montre l'élévation, la grandeur de sa nature, qui le distingue, qui le met en dehors; au-dessus de tous les êtres. Voilà pourquoi le Psalmiste dit.

" Qu'est-ce que l'homme pour vous être fait connaître à lui ? " En effet, Dieu l'a fait humble et lui a départi de grands privilèges, de manière qu'il ne put pas s'exalter, lorsque la modestie est la conséquence nécessaire de la bassesse de sa nature. " Ou qu'est-ce que le Fils de l'homme pour que vous l'estimiez? " Avez-vous bien compris la majesté de la nature de Dieu? " L'homme est devenu semblable à la vanité (4.). " Un autre interprète, au lieu de : " A la vanité, " dit : " A une vapeur. " Or, ce mot " vanité " ne signifie pas autre chose que ceci . que l'homme est caduc, ne vit qu'un temps, que sa vie est courte; dans ce passage, il s'agit du corps, et voilà pourquoi Abraham disait : " Je ne suis que terre et cendre. " (Gen. XVIII, 27.) Et maintenant Isaïe: " Toute chair, n'est que de l'herbe et toute sa gloire est comme la fleur des champs. " (Isaïe, XL, 6.) Mais maintenant, que signifie " L'homme est devenu semblable à la vanité?" Cela veut dire au néant; il n'est rien, en effet, parmi les choses humaines, qui soit ferme ni stable; tout passe, tout disparaît promptement. " Ses jours passent comme l'ombre, " c'est-à-dire même dans le présent il n'y a en eux aucune stabilité et ils s'envolent vite.

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3. Et maintenant , considérez cette vérité dans la réalité même des choses ; réfléchissez sur les puissants de ce monde, qui se font traîner dans des chars, qui exercent des magistratures, qui jettent les hommes en prison, qui condamnent aux verges ; quelle différence y a-t-il entre eux et une ombre? Je ne dis pas seulement, au moment de la mort; je dis, même avant la mort. En effet, quand ils ont déposé leur magistrature toute leur pompe disparaît et s'envole; mais c'est ta réalité qui nous attend, après notre départ d'ici. Il y aura un compte réel à rendre, des châtiments réels, des biens réels aussi, et le juge est celui qu'il est absolument impossible de tromper. Au contraire, ce qui se passe sous nos yeux, ressemble à des jeux d'enfants; qui juge aujourd'hui est jugé demain ; les changements se pressent, se succédant rapidement; c'est l'inconstance dans ce qui ne fait que passer. " Seigneur, abaissez vos cieux et descendez, touchez les montagnes et elles se réduiront en fumée (5). " Un autre : " Quand a vous avez incliné vos cieux que vous êtes descendu et que vous avez touché les mon"fagnes, elles ont été réduites en fumée. " Que signifie cet enchaînement de paroles? Enchaînement, oui certes, et les paroles présentes tiennent fortement à ce qui précède. En effet, après avoir parlé de la bassesse humaine, montré le néant de notre nature, le Psalmiste lui impose encore un frein ; il réprime l'arrogance qui se gonfle, il ajoute des paroles qui reviennent à peu près à ceci. Certes, ils auraient bien dû, par eux-mêmes, comprendre la bassesse de leur nature et ne pas tant se complaire en eux-mêmes et ne pas concevoir tant de fierté; mais, puisqu'ils ne le veulent pas, montrez-leur, Seigneur, par la réalité même, à quelle bassesse ils sont réduits.

"Seigneur, abaissez vos cieux, et descendez. " Ce qu'il dit, ce n'est pas que Dieu descende; en effet comment pourrait-il descendre, Celui qui est présent partout? Mais il veut, par ces expressions humaines, inspirer la terreur aux auditeurs d'un esprit un peu lent; il parle donc de ces choses, en se conformant au langage humain. Sans doute, cette action de fou. cher les montagnes paraît avoir de la grandeur; elle est toutefois assurément de beaucoup au-dessous de la dignité de Dieu. En effet, Dieu p'a pas besoin de toucher les montagnes, pour les réduire en fumée; il n'a pas même besoin de faire un signe; il lui suffit d'y penser, de le vouloir. Donc, après avoir parlé de la bassesse de l'homme, il parle encore de la puissance du Dieu, autant que l'homme peut traiter un pareil sujet; car, ses expressions encore sont bien au-dessous de cette majesté. " Faites briller vos éclairs et vous les dissiperez; envoyez vos flèches, et vous les remplirez de trouble (6). " Eclairs, ici, et flèches ne sont pas pris dans le sens propre; il désigne ainsi les supplices, s'appuyant sur des faits connus, pour persuader, à celui qui méprise Dieu, au lâche, au négligent, de trembler, de respecter avec crainte, et de s'abaisser. Si, en effet, on ne peut supporter l'éclair, quoiqu'il ne soit pas envoyé pour le châtiment, à l'heure où Dieu voudra punir, qui pourra le supporter? Et maintenant, les flèches de Dieu sont les pestes, les famines, les malheurs imprévus, les innombrables supplices. "Faites éclater, du haut du ciel, votre main toute-puissante, et délivrez-moi; sauvez-moi de l'inondation des eaux, de la main des enfants étrangers (7). " C'est qu'en effet la puissance de Dieu n'est pas prompte, seulement pour punir, mais pour conserver. Quant à la main, elle marque ici l'assistance, le secours. Et voilà pourquoi il ne dit pas, étendez, mais: " Faites éclater. " Si d'ailleurs il dit, dans quelqu'autre passage, " Etendez, " cette expression a le même sens. Maintenant l'inondation marque l'irruption insolente des ennemis, l'attaque courtise et impétueuse. Ce qui prouve en effet qu'il ne s'agit pas ici des eaux à proprement parler, c'est ce qu'il ajoute: " De la main des enfants étrangers. " Or, ces enfants étrangers me paraissent indiquer ici ceux qui sont étrangers à la vérité. De même, en effet, que les fidèles sont regardés par nous comme des frères, de même nous regardons comme des étrangers les infidèles; et c'est surtout par cette raison que nous distinguons l'étranger de Celui qui nous tient de près par l'affection. En effet, celui-là est mon parent, qui a le même père que moi, qui participe à la même table, il me tient de plus près que celui qui m'est uni seulement par la communauté de race. Ce genre de parenté est plus parfait que l'autre, de même que l'éloignement par suite de dispositions et de principes contraires, est plus déclaré, plus évident que celui qui résulte de la diversité des familles. Donc ne vous arrêtez pas à ce fait, que nous vivons sous le même ciel, dans la même partie (280) du monde; car ce qu'il me faut, c'est une autre communion qui surpasse le ciel; là est ce qui nous rapproche, et ce qui nous fait vivre. En effet, dit l'Apôtre : " Notre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. " (Coloss. III, 3.) Nous n'habitons plus la terre; mais nous nous sommes transportés dans la métropole d'enhaut; nous y avons une autre lumière, la vraie lumière, une autre patrie, d'autres concitoyens, d'autres parents. Et voilà pourquoi, disait Paul : " Vous n'êtes plus des étrangers, ni des voyageurs, mais vous êtes concitoyens des saints. " (Ephés. II,19.) Comment donc le Christ a-t-il pu dire que le samaritain était le prochain, lui séparé du peuple par un si grand intervalle? (Luc, X, 36.) Cela n'a pas été dit par rapport à la nature, cela signifie que lorsqu'il s'agit de bien à faire, il faut que tout homme soit pour vous le prochain; mais quand il s'agira de la vérité, discernez quel est le prochain et quel est l'étranger. Vous avez beau avoir un frère du même père et de la même mère, s'il n'est pas en communion avec vous sous la loi de la vérité, qu'il soit plus étranger pour vous que n'importe quel scythe ou barbare. Et maintenant, si c'est un scythe ou un sarmate, mais qui possède la connaissance pleine et entière des dogmes, qui ait la même croyance que vous, il doit être plus votre parent que celui qui est sorti des mêmes flancs que vous. Et voilà comment nous distinguons le barbare de celui qui ne l'est pas; nous ne consultons ni la langue ni l'origine, mais la pensée, mais l'âme. En effet, ce qui constitue l'homme avant tout, c'est l'observance pleine et entière des dogmes; c'est la vie conforme à la sagesse.

4. Mais voyons maintenant la peinture que le Prophète présente de ces étrangers, quand il nous dit : " Sauvez-moi de la main des enfants étrangers, dont la bouche profère des paroles vaines, et dont la droite est une droite pleine d'iniquités (8). " Voyez-vous quels sont ceux qu'il appelle des étrangers? Ceux qui vivent dans le crime, ceux qui aiment l'iniquité, ceux qui tiennent des discours insensés, qui ne disent rien d'utile. Reconnaissez donc les étrangers, à leurs discours, à leurs paroles. C'est ainsi que le Christ dit. " Vous les connaîtrez par leurs fruits. " (Matth. XII, 16.) En effet, de même qu'on donne aux soldats un grand nombre de signes pour se reconnaître, de telle sorte que si un combat a lieu pendant ia nuit, ou si des tourbillons de poussière obscurcissent le jour et amènent les ténèbres, ou si quelque confusion ou perturbation arrive, ils ne soient pas exposés à prendre leurs compagnons pour leurs ennemis, ni les ennemis pour leurs compagnons; de même le Prophète nous donne dans ce passage des signes pour nous permettre de distinguer le parent et l'étranger, à savoir leurs discours et leurs actions. " Dont la bouche profère des paroles vaines, et dont la droite est une droite pleine d'iniquités. " C'est qu'en effet nous avons à soutenir une guerre, une bataille, un combat nocturne des plus cruels; les démons nous frappent; nos passions nous tendent des piéges; nos pensées se soulèvent contre nous. Il y a aussi, pour les initiés aux mystères, des signes de reconnaissance, et si nous voulons distinguer le profane de l'initié ces signes nous serviront.

" Dont la droite est une droite pleine d'iniquités. " Quoi de plus triste que de voir cette main, faite pour nous secourir, devenir un instrument de trahison ! En effet, si nous avons des mains, c'est pour nous préserver nous-mêmes et préserver les autres de l'injure; c'est pour faire disparaître les crimes, c'est pour servir de port et de refuge à ceux qui subissent la violence et l'injustice. Quelle sera donc l'excuse de ceux qui se servent de ces armes, non pour le salut des autres, mais pour leur pro lire perte? " Je vous chanterai, ô Dieu, un nouveau cantique (9). " Quel est encore ici l'enchaînement des pensées? enchaînement parfait. Car le Psalmiste a dit : " Faites éclater votre main, et sauvez-moi, " et dispersez-les, et il proclame qu'il saura reconnaître ce , secours en offrant une récompense inutile, il est vrai, à Dieu qui la recevra, mais très-avantageuse à l'homme qui l'offrira. Or, quelle sera cette offrande ? " Je vous chanterai, ô " Dieu, un nouveau cantique. " C'est bien peu de chose, si on compare ce don à la grandeur du bienfait. Mais le fidèle a donné tout ce qu'il , avait; et nous aussi, nous ne demandons aux pauvres, à ceux qui ne possèdent rien, que le remerciement et la gratitude. Pour nous, ce que nous en faisons, c'est pour être glorifiés, Dieu, au contraire, n'a pas besoin d'être glorifié, mais il veut glorifier ceux qui le chantent, et trouver ainsi l'occasion de leur décerner de nouveaux bienfaits. " Je vous chanterai sur l'instrument à dix cordes, " c'est-à-dire, je vous rendrai grâces. On avait alors des (281) instruments pour chanter les cantiques ; aujour-d'hui au lieu d'instruments nous pouvons nous servir de notre corps; nous pouvons en effet chanter par nos yeux et. non seulement par notre langue; nous pouvons chanter par nos mains, par nos pieds et par nos oreilles. En effet, quand chacun de ces organes fait ce qui est, pour Dieu, un sujet d'honneur et de gloire, quand l'oeil n'a pas de regards impudiques; quand les mains ne s'allongent pas pour la rapine, mais se déploient pour l'aumône; quand les psaumes, quand les discours spirituels trouvent des oreilles prêtes à les recevoir; quand nos pieds courent à l'église; quand notre coeur ne devient pas un atelier de ruses, mais un foyer de charité, les membres de notre corps forment un psaltérion, une lyre, et chantent un nouveau cantique, non-seulement de paroles, mais un cantique d'actions. " Qui donnez le salut aux rois (10). " Et en effet, ce ne sont pas les forteresses, les nombreux soldats, les satellites, les gardes du corps, mais le secours de Dieu qui les conserve. " Qui sauvez David votre serviteur. " Après avoir parlé en général, le voici qui parle de lui en particulier, et il ne dit pas qui avez sauvé, mais " qui sauvez, " montrant la perpétuité de la providence de Dieu.

5. Et ensuite il renouvelle la prière déjà faite, conjurant, suppliant pour être délivré des méchants, et il dit: " Sauvez-moi du glaive meurtrier, retirez-moi d'entre les mains des enfants étrangers dont la bouche profère des paroles vaines et dont la droite est une droite pleine d'iniquités (11). "

" Leurs fils sont comme de nouvelles plantes dans leur jeunesse (12.) " Il décrit ici les prospérités et les richesses de ce monde, et il place au premier rang, comme il est juste, d'avoir des enfants à qui tout prospère, tressaillant de joie, des enfants des deux sexes ; il ajoute donc: " Leurs filles sont parées et ornées comme des temples." Il montre ici, avec la jeunesse, l'excès du luxe, les bandelettes, l'attirail de la coquetterie des femmes, ce qui est le fruit d'une grande prospérité. Ensuite, ce qui paraît au second rang, ce qu'aujourd'hui peut-être on mettrait au premier, c'est la richesse, qu'il dépeint par ces paroles: " Leurs celliers sont si remplis qu'ils regorgent les uns dans les autres (13). " Qu'est-ce que cela veut dire: " Qu'ils regorgent les uns dans les autres? " Les celliers trop petits, dit-il, ne peuvent pas contenir leurs richesses: " Leurs brebis sont fécondes, et leur multitude se fait remarquer quand elles sortent; leurs vaches sont grasses (14). " Ce qui ne paraissait pas alors indifférent pour la prospérité. Les anciens, en effet, faisaient consister les richesses en brebis, en troupeaux de gros bétail, en toute espèce de troupeaux, en semences ; on n'avait pas encore trouvé la lâcheté et la mollesse de nos jours. " Il n'y a point de brèche dans leurs murailles, ni d'ouverture par laquelle on puisse passer; " ce qui veut dire que leurs champs sont cultivés avec toute espèce de soin et de zèle, qu'ils ont des trésors de fruits; que leurs haies se tiennent; que leur vigne est, de toutes parts, bien plantée, et bien défendue. " Et l'on n'entend point de cris dans leurs places; " un autre texte: " Dans leurs vestibules ; " autre espèce de prospérité,.mais que toute espèce de richesse ne donne pas, à savoir la paix, la tranquillité, la sécurité. Il n'est personne pour leur préparer des piéges ; personne pour leur faire la guerre ; aucun tumulte, aucune confusion : " Ils ont appelé heureux le peuple qui possède tous ces biens ; mais plutôt, heureux le peuple, qui a le Seigneur pour son Dieu (15). " Voyez-vous la vertu du fidèle? Il a fait comparaître toutes les richesses; il les a toutes nommées, il a dit ensuite ce qu'en pense le vulgaire, et pour lui, il n'en retire aucune impression humaine. Et il ne regarde pas comme heureux les possesseurs de ces biens, mais, les négligeant tous, c'est sur le véritable trésor qu'il fait reposer son bonheur. Les autres, dit-il, ont appelé heureux ceux qui possèdent ces biens, mais moi, je regarde comme heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu. Et, par cette seule expression, il fait voir en quoi consiste tout bonheur, toute espèce de biens, toute puissance. En effet, ces biens de la terre s'écoulent et passent; notre bonheur, au contraire, demeure éternellement; à la place des brebis, des fils, des boeufs, des haies, des vignes, c'est la béatitude de Dieu qui sera notre trésor, notre sécurité, notre mur inexpugnable. Donc, en entendant ces paroles, ne vous laissez troubler par aucun des attachements de la terre ; allez, et laissant loin de vous les ombres, saisissez-vous de la vérité. En effet, il a débuté en disant que l'homme est semblable à la vanité, et que ses jours sont comme l'ombre qui passe. Donc, si vous voyez quelques-uns de ces heureux, comblés (283) de tous les biens, vivant dans le crime, quand l'univers entier les estimerait heureux, jugez-les, vous, des infortunés qu'il faut plaindre. Quant à ceux, au contraire, qui se sont voués à Dieu, dites qu'ils sont dignes d'envie, qu'ils ont en partage la félicité. Et nous, tous tant que nous sommes, recherchons toujours ces vraies richesses, cette pleine béatitude, afin d'obtenir, et les biens de la vie présente et les biens à venir, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLIV. 1. " JE CÉLÉBRERAI VOTRE GLOIRE, O MON DIEU, O MON ROI, ET JE BÉNIRAI VOTRE NOM, DANS TOUS LES SIÈCLES DES SIÈCLES. "

ANALYSE

1. Nous mangeons la chair du Christ et nous buvons son sang. C'est surtout par nos actes que nous devons bénir Dieu. Pourquoi l'homme a été créé. Des bienfaits dont Dieu nous comble.

2. Contre les Anoméens qui prétendaient connaître Dieu comme il se connaît lui-même. Les oeuvres de Dieu manifestent sa providence.

3 et 4. Dieu est bon envers tous, non-seulement envers les justes, mais encore envers les pécheurs. Que veulent dire ces paroles : In tempore opportuno?

5. Utilité des afflictions.

1. Ce psaume mérite la plus grande attention ; en effet, on y trouve les paroles que chantent sans cesse les initiés à nos mystères : " Tous les yeux sont tournés vers vous, tous attendent de vous leur nourriture dans le temps convenable (15). " Il est juste que celui qui est devenu fils de Dieu , qui jouit de la table spirituelle, rende gloire à son père. En effet, dit le Prophète, " Le fils glorifie son père, et le serviteur redoutera son maître. " (Malach. I, 6.) Vous êtes devenus fils et vous jouissez de la table spirituelle; vous mangez la chair, vous buvez le sang de Celui qui vous a régénérés; rendez-lui donc le tribut de reconnaissance que mérite un si grand bienfait. Glorifiez Celui qui vous a fait de tels dons; et en prononçant les paroles de l'Ecriture, conformez votre esprit aux pensées qu'elles expriment; et, quand vous dites : "Je célébrerai votre gloire, ô mon Dieu, ô mon roi, " montrez toute la tendresse de l'affection, afin que de vous aussi Dieu dise, comme d'Abraham, d'Isaac et de Jacob: " Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu (283) de Jacob. " (Exode, III, 6.) Si vous prononcez ces paroles: Mon Dieu et mon roi, si vous ne vous bornez pas à les prononcer, mais que de plus vous montriez l'affection que ces paroles expriment, Dieu, de son côté, dira de vous : Mon esclave et mon serviteur. Ce qu'il a dit de Moïse : " Et je bénirai votre nom dans tous les siècles des siècles. " Le voyez-vous qui nous révèle les récompenses de la vie future? Or ici, la bénédiction dont il parle, ne consiste pas seulement dans les paroles, mais surtout dans les actions. C'est par là en effet que Dieu est exalté; c'est par là qu'il est béni. Et voilà pourquoi nous avons l'ordre de dire dans notre prière : " Que votre nom soit sanctifié ; " ce qui veut dire, soit glorifié. " Je vous bénirai chaque jour, et je bénirai votre nom dans tous les siècles des siècles (2). " Un autre texte : Dans tous les siècles, à perpétuité. Voilà surtout ce qui caractérise une âme pieuse, s'affranchir des choses de la vie présente et se consacrer aux saints cantiques. Ce serait en effet une honte que l'homme, cet être doué de raison, supérieur à tous les êtres visibles, le cédât aux créatures d'un ordre inférieur, quand il s'agit de bénir le Seigneur. Et non-seulement ce serait une honte, mais de plus, une absurdité ; et comment ne serait-ce pas une absurdité, lorsque le reste de la création, chaque jour, à chaque heure du jour, célèbre la gloire du Seigneur? " Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie les ouvrages de ses mains. Le jour la a proclame et l'annonce au jour, et la nuit en " donne connaissance à la nuit. " (Ps. XVIII, 2,3.) Le soleil, la lune, le choeur varié des astres, toutes les autres créatures, disposées dans un ordre magnifique, proclament le grand ouvrier. Donc, si la créature supérieure à toutes les autres ne tenait pas la même conduite, bien plus ne produisait que des oeuvres, qui seraient pour son créateur une malédiction, un sujet de blasphémer son Dieu, quel pardon pourrait mériter l'homme, quelle serait son excuse, que pourrait-il répondre, lui qui est fait pour plaire à Dieu, pour obtenir la royauté dans la vie à venir, et qui n'en tient aucun compte, et qui s'embarrasse dans les affaires du siècle et les soucis du monde? Le Psalmiste ne ressemblait pas à cet homme, sa vie entière était une offrande de louanges au Seigneur; de louanges en paroles, de louanges en actions. Car, notre dette est considérable envers le Dieu qui nous a faits, quand nous n'étions pas encore; qui nous a faits, tels que nous sommes; qui nous a donné la naissance, et nous gouverne, et, chaque jour, nous montre des preuves particulières, des preuves publiques de sa providence, du soin qu'il prend de nous, soit secrètement, soit ouvertement, soit que nous le sachions, soit à notre insu. Qu'est-il besoin de rappeler les biens manifestes dont il nous a comblés? Les créatures assujetties à notre service, la constitution de notre corps , la noblesse de notre âme ; ce gouvernement qui agit chaque jour, par des miracles, par des lois naturelles, par des châtiments ; la manifestation variée, incompréhensible de la Providence, ce bien qui renferme tous les biens, à savoir : qu'il n'a pas même épargné son Fils unique à cause de nous; les présents dont il nous comble par le baptême, par les sacrements; les biens ineffables à nous accordés, la royauté, la résurrection, pour héritage, la plénitude de la félicité. Enumérer un à un chacun de ces bienfaits, c'est s'abîmer dans une mer de grâces inénarrables, c'est reconnaître à combien de titres nous sommes les tributaires de la bonté de Dieu. Et, nous ne lui devons pas nos louanges uniquement pour ces dons, mais encore parce qu'il est la majesté infinie, l'être immuable et sans déclin. Oui, cette substance même nous commande de la glorifier, de la bénir; nous lui devons nos actions de grâces sans fin, notre culte, notre adoration de tous les instants. C'est ce que le Prophète exprimait précisément par ces paroles : " Le Seigneur est grand, et infiniment digne de louanges, et sa grandeur n'a point de bornes (3). " Comme il a dit : " Je vous bénirai , et je célébrerai votre gloire, " il tient à montrer que Dieu n'a besoin, ni de nos louanges, ni de nos bénédictions ; que sa gloire ne reçoit aucun accroissement des louanges qu'on lui décerne. En effet, sa substance est à l'abri de toute destruction : elle n'a besoin de rien absolument; mais ceux qui louent le Seigneur, acquièrent eux-mêmes de la gloire. Et maintenant, ce n'est pas seulement pour cette raison, mais aussi parce que sa gloire est excellente, que nous lui devons nos louanges. De là ces paroles du Psalmiste : " Le Seigneur est grand, et infiniment digne de louanges , " C'est-à-dire, n'ayant besoin de rien absolument. Que signifie, " Digne de louanges? " Digne (284) d'être célébré, par nos louanges, par nos chants, par nos hymnes. Et maintenant, il n'est pas seulement digne de louanges, mais " infiniment digne ; " aussi ajoute-t-il, " infiniment. " Mais, maintenant, dans l'impossibilité de rendre, par des paroles, jusqu'à quel point le Seigneur est digne de louanges, il ajoute : " Et sa grandeur n'a point de " bornes. " Un autre interprète a dit : " Et sa grandeur ne se peut trouver; " ce qui revient à ceci : puisque tu as un Seigneur qui est grand, toi aussi, élève ton esprit, dégage-toi des choses de la vie présente, conçois des sentiments au-dessus de la bassesse des choses présentes ; je ne te dis pas, laisse-toi égarer par le délire d'un vain orgueil, je te dis, fais-toi une âme grande, une âme élevée. Autre chose en effet est l'arrogance, autre chose la grandeur d'âme. L'arrogance consiste à se vanter sans sujet, à s'étaler, à mépriser ses compagnons d'esclavage; l'élévation de l'âme au contraire consiste dans l'humilité de la pensée, qui regarde comme un pur néant les pompes de la vie présente.

2. Où sont-ils maintenant ceux qui prétendent connaître Dieu aussi bien que Dieu se connaît? Qu'ils entendent la parole du Prophète: " Sa grandeur n'a point de bornes, " et qu'ils rougissent de leur délire. " Les générations et " ensuite les générations loueront vos oeuvres (4). " Le Psalmiste, ici , est fidèle à son habitude. Après avoir admiré la grandeur et la gloire de Dieu , il célèbre ses oeuvres; ce qu'il fait par ces paroles: " Les générations, et ensuite les générations loueront vos oeuvres. " Il montre la grandeur qui éclate dans les ouvrages. Il veut dire: ces ouvrages n'ont pas une courte existence, ce ne sont pas des productions éphémères, de deux ou de trois années; ces œuvres s'étendent, subsistent dans toute l'étendue des âges , de sorte que chaque génération les pourra contempler. C'est là en effet ce que signifie: " Les générations et ensuite les générations: " ce qui veut dire la génération présente, et celle qui suit et celle qui viendra encore après, et la suivante encore, et toute la série des générations. Et maintenant, la création s'étend et persiste, semblable à elle-même , dans toute la durée des temps; à savoir, le ciel, la terre, la mer, l'air, les lacs, les fontaines, les fleuves , les semences, les plantes, les herbes, les bienfaits qu'elles nous transmettent; le cours de la nature qui ne s'interrompt jamais; les pluies, la succession inaltérable des saisons, la nuit, le jour, le soleil, la lune, les astres, tout le reste; et, en outre, tout ce qui se fait chaque jour en vue de chaque génération , et en particulier et en public , pour la correction , pour le bien de la race universelle des hommes ; les merveilles qui éclataient sans cesse aux yeux des Juifs, les signes qui manifestaient la Providence, soit qu'elle rendît la terre féconde, soit qu'elle accordât des victoires, soit qu'elle éclatât de mille autres manières; tout ce qui a paru à l'avènement du Christ; tout ce qui s'est montré au temps des apôtres, au temps des persécutions; signes bien plus nombreux et plus considérables que les signes antiques; ajoutons-y encore ce qu'a vu notre génération. Car il n'est aucune époque où Dieu ne manifeste , en dehors de tous ces signes communs , un signe particulier de sa providence. " Et publieront votre puissance. " Elles la publieront soit par les bienfaits, soit par les châtiments. Dieu ne cesse jamais, en aucun temps, de pourvoir, par tous les moyens, aux besoins de notre nature, qu'il gouverne dans tous les temps. " Elles parleront de la magnificence de votre gloire et de votre sainteté et raconteront vos merveilles (5.) " Un autre texte : " Elles raconteront la beauté de votre louange, et les paroles de vos étonnantes merveilles. "

Le Psalmiste a montré la puissance, il montre maintenant la supériorité, l'excellence de cette puissance. Car elle n'a pas produit simplement des œuvres vulgaires, mais tout ce qu'elle a fait, est tellement merveilleux, surprenant, que ces œuvres dépassent la nature humaine, qu'on y trouve partout des raisons d'admirer, de glorifier l'ouvrier. Considérez donc les événements de l'Egypte , les événements de la Palestine, au temps d'Abraham, d'Isaac et de Joseph; en Egypte encore, ce qui a éclaté au temps de Moïse, et dans le désert, et après l'entrée dans la terre promise; et maintenant, ce qui s'est passé dans la captivité, sous Nabuchodonosor; ce qu'on a vu dans la fournaise; ce qu'on a vu dans la fosse ana lions, et au retour de la captivité, et à l'époque des prophètes; toutes ces oeuvres proclamaient la puissance de Celui qui les a faites, sa gloire, sa majesté; oeuvres éminemment destinées à frapper de stupeur et d'admiration. " Elles publieront la puissance de vos oeuvres, (285) terribles, et annonceront votre grandeur (6)."

Ces paroles montrent la plénitude de la puissance qui décerne les bienfaits et les châtiments ; elles montrent aussi, que toutes les merveilles énumérées sont ou des châtiments, ou des bienfaits. Et la preuve en est non-seulement dans les événements d'alors, mais entore dans la nature même des créatures, lesquelles manifestent ce double caractère d'un pouvoir bienfaisant. Instruments destinés à porter la terreur, ainsi les éclairs, les tonnerres, les foudres, les tourbillons de feu , la peste, les neiges , la grêle, la nielle, la glace, les incendies, les inondations ; parmi les reptiles : les dragons, les scorpions , les serpents; parmi les animaux qui volent, les sauterelles ; parmi les plus vils des êtres , la mouche des chiens, la chenille ; et ces instruments de douleur sont en même temps des instruments de la Providence, des instruments de conversion , pour secouer l'engourdissement,dissiper le sommeil, pour tirer l'homme de la léthargie, pour réveiller l'activité. Et non-seulement dans ces êtres, mais dans leurs contraires aussi, éclate la perfection de la force qui les a produits. Aussi le Psalmiste, qui veut nous instruire de ces choses, après avoir dit: " Elles publieront la puissance de vos oeuvres terribles, et annonceront votre grandeur," a-t-il ajouté : " Elles attesteront l'abondance de votre douceur (7). " Un autre texte : " De votre bonté, et elles tressailliront de joie, en célébrant votre justice. " Un autre interprète dit: " Et elles béniront vos miséricordes. " Quant à nous, après avoir énuméré les choses faites pour effrayer, nous devons aussi nommer les contraires. Nous les voyons, nous les trouvons autour de nous: la succession des saisons, les jours , les jardins, les prairies, la variété des fleurs, la douceur de l'eau qui désaltère, l'influence salutaire des pluies, les fruits de la terre, la variété de ses productions , la diversité des arbres , les vents agréables, les rayons du soleil, le disque étincelant de la lune , le choeur varié des astres , nuits calmes et tranquilles ; parmi les animaux: les brebis, les boeufs, les chèvres; parmi las bêtes sauvages : les biches, les cerfs , les chèvres et tant d'autres qui sont innombrables; parmi les oiseaux, ceux dont la chair est bonne à manger (1). Il est visible que le but du Créateur

1 A la leçon indikous du texte, nous préférons celle-ci qui est par deux manuscrits Kai tous pros trophen epitedeious.

n'est pas seulement la punition, mais beaucoup plus, le bienfait. Il est des oeuvres dont le but est d'inspirer la terreur, et lorsque, parfois, Dieu essaie de pareils moyens, il le fait en vue des hommes tellement insensibles que la crainte même est impuissante à les corriger. Pour les oeuvres qui manifestent sa munificence et sa splendeur, ce sont des bienfaits qui s'étendent non-seulement sur ceux qui les méritent, mais sur les indignes.

3. Donc, le Seigneur, dans la variété des moyens par lesquels il opère notre salut, emploie tantôt les uns tantôt les autres, et les bienfaits plus souvent que les coups terribles, parce qu'il ne veut que notre bien. Aussi, menace-t-il de la géhenne non pour l'infliger, mais pour ne pas l'infliger. Il la réserve au démon "Allez, dit-il, au feu éternel qui a été préparé pour le démon ( Matth. XXV, 41 ) ; " mais c'est le royaume du ciel qu'il nous prépare, montrant par là qu'il ne veut pas précipiter l'homme dans la géhenne. " Le Seigneur est clément et miséricordieux ; il est patient et rempli de miséricorde. Le Seigneur est bon envers tous, et ses miséricordes s'étendent sur toutes ses couvres (8, 9). " Vous voyez que le Prophète insiste sur ces pensées plus douces ; là, son discours s'étend ; il sait, en effet, que c'est en cela surtout que s'exerce la puissance de Dieu. Dieu n'aurait pu nous conserver, si sa clémence n'eût été grande; si nous continuons de vivre, c'est grâce à son immense bonté ; et voilà pourquoi il disait " C'est moi qui efface vos iniquités, et je vous ai défendus dans vos péchés. " (Isaïe, XLIII, 95.) " Le Seigneur est clément et miséricordieux. " Voyez de quelle manière le Psalmiste démontre cette ineffable clémence ; non-seulement Dieu a pitié des pécheurs , mais le Seigneur prouve encore autrement sa rare clémence, par la douceur, par la patience avec laquelle il attend le repentir ; de telle sorte que le pécheur peut, grâce à la clémence divine d'abord, grâce ensuite à son zèle propre, recouvrer son salut avec la confiance que donne l'accomplissement du devoir. Mais Dieu n'est pas seulement un Dieu de miséricorde; ajoutez qu'il est plein de miséricorde. Le Psalmiste montre par là que cette miséricorde ne se peut mesurer, qu'elle est incompréhensible, qu'aucun discours ne la peut. expliquer. Toutefois, par ce qu’il ajoute, il nous la montre, autant (286) que possible: " Le Seigneur est bon envers tous, et ses miséricordes s'étendent sur toutes ses oeuvres. "

Que signifie, " envers tous? " Envers les pécheurs mêmes, dit-il; envers ceux qui vivent dans le crime. Car, ce ne sont pas seulement les justes, ni les hommes vertueux, ni les pécheurs repentants, ce sont tous les hommes qui proclament, par les traitements qu'ils reçoivent, sa miséricorde et sa bonté. Et si l'on me demande: qui donc a éprouvé sa bonté? Je dirai : ce n'est pas Abel seulement, mais Caïn; ce n'est pas Noé seulement, mais ses enfants, mais ceux que le déluge a engloutis, car toutes ces oeuvres sont des opérations de la bonté. Et si vous voulez comprendre, combien il est vrai de dire que cette bonté s'étend sur tous, faites, avec moi, la réflexion que voici: Quelle bonté, répondez-moi, Dieu n'a-t-il pas montrée envers ce meurtrier de son frère, envers celui qui n'avait pas reculé devant un pareil assassinat, envers celui qui avait souillé sa main, envers celui qui avait foulé aux pieds les plus saintes lois? Il le livre à un châtiment, qui est plutôt un avertissement qu'un supplice; il lui donne la longueur du temps pour se purifier de sa faute, et il fait servir à l'enseignement des autres les souffrances de ce grand coupable. Quelle bonté n'a-t-il pas montrée, répondez-moi, envers ces malades incurables des temps du déluge, que ni menaces, ni raisonnements, ni aucun autre moyen n'avaient pu arrêter dans leurs voies corrompues? Il leur applique la dette commune de la nature, en place de remède; il leur inflige la mort la plus légère, la mort au sein des eaux. Maintenant cette expression: " Envers tous, " ne s'applique pas seulement aux hommes, mais à tous les êtres visibles, aux animaux, aux êtres dépourvus de raison. Ce n'est pas tout, si l'on remonte aux anges, aux archanges, on verra la plénitude de sa bonté, la plénitude de sa . miséricorde; car chaque oeuvre révèle la grandeur de sa bonté. Voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : " Que toutes vos oeuvres vous louent, Seigneur, et que vos saints vous bénissent (10), " c'est-à-dire, vous rendent des actions de grâces, vous adressent leurs chants, et ceux qui ont reçu le privilège de la raison, et ceux qui n'ont pas en partage la parole. Car, ceux qui ne parlent pas, ont été faits de telle sorte que chacun de ces êtres muets bénit Dieu, par l'essence même de sa nature, tout muet qu'il est, parce que les hommes voient ces êtres sans langage, et jouissent des services qu'ils leur rendent; ces êtres louent le Seigneur, par leur propre substance; les hommes le louent, de plus, par leur conduite et par leurs actions. C'est ce qu'exprime le Psalmiste, quand il ajoute: " Et que vos saints vous bénissent. " Ceux à qui il donne le nom de saints, ce sont les hommes qui accomplissent les volontés de Dieu, ceux auprès de qui les péchés et la corruption ne trouvent aucun accès. " Ils publieront la gloire de votre règne (11). " Que signifie, " ils publieront la gloire? " C'est-à-dire, que rien ne vous manque; que vous aimez la race humaine, que l'homme est l'objet de vos soins; que vous, qui n'avez nul besoin de ceux qui vous sont soumis, vous leur montrez une providence pleine d'attention ; cela vent dire, que votre lumière est inaccessible, votre substance ineffable, incompréhensible. " Et célébreront votre puissance, " c'est-à-dire chanteront votre puissance, irrésistible, invincible ; non pas que vous ayez besoin de ces hymnes et de ces louanges, mais elles sont utiles à ceux qui les font entendre ; elles sont, pour les autres, un enseignement, et elles les associent à ce concert de louanges. Aussi le Psalmiste ajoute-t-il : " Afin de faire connaître aux enfants des hommes la grandeur de votre pouvoir, et la gloire si magnifique de votre règne (12). " — Il montre par là que Dieu admet les louanges afin que tous les hommes connaissent sa puissance. Grande puissance, grande gloire, honneur magnifique, magnifique et ineffable; non-seulement au-dessus de toute parole, mais au-dessus des forces de la pensée. Mais maintenant il faut à cette magnifique et ineffable puissance des bouches qui la révèlent, puisque le grand nombre l'ignore. Le soleil aussi est l'astre le plus resplendissant et cependant les yeux malades n'en voient pas la lumière; il en est de même de la divine Providence, plue éclatante que tous les soleils; mais ceux dont; la raison est pervertie, dont les oreilles sont fermées, ont besoin du zèle qui s'applique à dilater leur pensée.

4. Il ne faut donc pas se lasser de faire retentir auprès d'eux, de leur répéter cet enseignement.. Maintenant que le Psalmiste a parlé, de la gloire, de la magnificence divine, qu'il a laissée dans sa course, qu'il n'a pas assez misa, en tout son jour, il reprend encore ce sujet, dans la mesure de ses forces, il montre ce (287) qu'est cette gloire, il ajoute : " Votre règne est un règne qui s'étend dans tous les siècles (13). " Il ne se borne pas, dit-il, au siècle présent, mais il s'étend sur ceux qui viennent ensuite. Règne sans fin, règne sans limites, qui n'a pour limites que l'éternité. " Et votre empire, passe de race en race, dans toutes les générations. " Concevez, par là encore, que c'est un règne sans fin, comprenant tout dans l’univers, comprenant tout dans la série des siècles, comprenant tout dans l'étendue des temps. " Le Seigneur est fidèle dans toutes ses paroles, et saint dans toutes ses oeuvres. " Après avoir dit que ce règne est sans fin, stable, solide, en dehors de tout changement, il exprime maintenant ce que la divine parole a de solide; car cette expression Fidèle, veut dire ferme, vrai. Si le Seigneur est fidèle, ses paroles subsisteront absolument. Or, de même que son règne est en dehors de toute déchéance et n'a pas de limites, de même ses paroles sont solides et fermes. Donc, ni son règne n'est interrompu, ni ses paroles ne se perdent. Mais si ces paroles ne se perdent pas, il est nécessaire absolument qu'elles soient suivies de la réalité. Si quelque part il énonce quelque chose qui ne s'est pas accompli, voyez, Comment, même en ce cas, subsiste la vérité de sa parole: " Je prononcerai l'arrêt contre les nations et les royaumes, pour les perdre et les déraciner; et si ces nations font pénitence de leurs vices, moi aussi je me repentirai des maux que j'avais promis de leur faire. " Et, pour ce qui concerne les bienfaits, de même: " Je promettrai des bienfaits," dit le Prophète, " et si les peuples changent, moi aussi je changerai, je ne me tiendrai pas à ce que j'avais dit. " (Jérém. XVIII, 7, 10).

" Et saint dans toutes ses oeuvres. " Que veut dire "saint?" Irréprochable, droit, pur, au-dessus de toute accusation, ne fournissant aucun prétexte de blâme. " Le Seigneur sou"lient tous ceux qui sont près de tomber, et il relève tous ceux qui sont brisés (14). " Le Psalmiste a dit du règne, qu'il n'a pas de fin; des paroles, qu'elles sont vraies ; des couvres, qu'elles sont irrépréhensibles. Il a parlé de la gloire et de la magnificence; il parle maintenant de la clémence ; et voici, de ce règne, la gloire la plus éclatante. Non-seulement Dieu soutient ceux qui sont debout, mais il prévient, la chute de ceux qui vont tomber, et ceux qui sont à terre, il les redresse. Et, ce qui est plus admirable, ce n'est pas à tel ou tel, mais à tous qu'il apporte ce secours; à tous, quoique esclaves, quoique pauvres, quoique obscurs, quoique descendus d'êtres obscurs. Le Seigneur est en effet le Seigneur pour tous. Et il ne néglige pas ceux qui sont tombés, et il né dédaigne pas ceux qui chancellent; et ce qu'il fait dans la nature entière, il le fait pour chaque être en particulier. Si parmi ceux qui sont tombés il en est qui ne se relèvent pas, il n'en faut pas accuser celui qui veut les redresser, mais ceux qui ne veulent pas qu'on les relève. Quand Judas tomba, il voulut le relever, et, pour le relever, il fit tout, mais Judas ne voulut pas. Pour David, il est certain qu'après sa chute, il le releva et l'affermit; Pierre allait tomber, il le retint; voyez comment, écoutez: " Simon, Simon, " dit-il, " voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler tous, comme on crible le froment; et moi j'ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne détaille point. " (Luc, XXII, 31, 32.) Le Psalmiste exprime ensuite un autre genre de bienfaits; car elle est variée, multiple, la providence que déploie pour nous le Seigneur. " Tous, Seigneur, ont les yeux tournés vers vous, et ils attendent de vous, que vous leur donniez leur nourriture dans le temps propre (15). " Voyez-vous comme il montre que la bonté de Dieu s'étend sur tous, que ses miséricordes s'étendent sur toutes ses couvres ? De même qu'il est dit dans l'Evangile : " Qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matth. V, 45), " de même, ici, le Psalmiste, exprimant la même pensée, dit: " Et vous leur donnez leur nourriture dans le temps propre. " En effet, ce ne sont pas les pluies, la terre, l'air, c'est l'ordre de Dieu qui produit les fruits.

Cette expression " dans le temps propre, " signifie, toutes choses arrivent à des époques déterminées, et se reproduisent d'après un ordre de successions diverses. C'est là en effet la plus grande preuve de la sagesse divine, que les productions destinées à nourrir tes hommes ne viennent pas toutes en même temps, mais quelles soient distribuées dans toute la durée de l'année, de telle sorte que le laboureur se repose, et que les fruits ne se corrompent: pas. Donc, cette expression " dans le temps propre, " signifie, ou bien ce que nous avons dit (288) précédemment, que toutes choses sont distribuées dans le temps qui convient à chacune d'elles, ou bien que Dieu donne la nourriture aux indigents, à ceux qui éprouvent le manque de ressources. Et pourquoi le Palmiste dit-il, me demandera-t-on : " Tous, Seigneur, ont les yeux tournés vers vous ? " Certes, un grand nombre de personnes attribuent tout au hasard, ainsi font les impies. Le Psalmiste exprime ici la vérité absolue du fait, comme lorsqu'il dit, dans un autre passage: " Il nourrit les petits des corbeaux, qui invoquent son secours (Ps. CXLVI, 9), " quoique ce soient des animaux qui n'ont pas la raison en partage. " Et les petits des lions rugissent après leur proie, et demandent à Dieu leur nourriture. " (Ps. CIII, 21.) Assurément ces animaux sans raison, ne demandent rien à Dieu, à vrai dire; mais, ici encore, le Psalmiste a en vue ce qu'il y a d'absolument vrai dans le fait qu'il rapporte, et ce n'est pas de la disposition intérieure des animaux, mais de la réalité des choses qu'il faut entendre ces paroles. " Vous ouvrez votre, main, et vous remplissez tous les animaux de bon plaisir (16). ". " Main " signifie ici l'opération divine, la force qui fournit. Toutes les paroles du Psalmiste montrent que ce n'est pas dans les éléments, mais dans la Providence divine, que réside la génération de tous les fruits. Et de plus, maintenant, pour montrer la facilité de l'oeuvre, il dit : " Vous ouvrez votre main. " Les hommes d'alors, abandonnant la principale cause de tout ce qui existe, adoraient l'air et le soleil, auxquels ils se croyaient redevables de tous les fruits. Le Psalmiste, pour élever les esprits au principe suprême, à l'auteur de toutes choses, au Seigneur, fait souvent entendre les mêmes paroles; il montre que c'est de sa main, c'est-à-dire, du soin qu'il prend de nous, de sa Providence, que nous viennent tous les biens qui nous inondent.

5. " De bon plaisir; vous remplissez tous les animaux de bon plaisir. " Cela veut dire que Dieu remplit chaque être animé, de ce que veut cet être animé, de ce qui plaît à chacun de ces êtres. En effet, Dieu ne donne pas simplement la nourriture, mais il la donne selon l'utilité de chacun, selon le désir de chacun, de manière à rassasier; voici ce que dit le Psalmiste : Et aux êtres sans raison, et aux hommes, et à tous les êtres, vous donnez ce qui est agréable à chacun, ce qui plaît à chacun ; et non-seulement vous donnez. mais vous donnez de manière à remplir, de manière que rien ne manque. Voilà pourquoi il dit : " Vous remplissez tous les animaux de bon plaisir. Le Seigneur est juste dans toutes ses voies, et saint dans toutes ses oeuvres (17). " Ce qu'il entend par " voies " , ici, c'est le gouvernement, la providence. la sollicitude, avec laquelle Dieu a tout formé. Toutes ses oeuvres, dit-il, célèbrent ses louanges, sont pleines de merveilles, qui ne laissent à personne aucun prétexte de blâme, quoiqu'il y ait des gens que, la colère possède, qu'agite une fureur insensée. ; Toutes ses oeuvres sont naturellement brillantes, resplendissantes, proclamant la prévoyance de l'ouvrier, sa sollicitude, son affection pleine de tendresse, sa justice, sa sainteté. " Le Seigneur est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité (18). " Et voici; maintenant un autre caractère de la Providence, et qui résume tous les biens. Après avoir dit les présents faits en commun même aux infidèles, les aliments et les pluies, le Psalmiste ajoute les dons particuliers pour les fidèles. Quels sont-ils? D'être près d'eux, de les défendre, de prendre soin d'eux; de déployer, pour eux, une plus grande providence ; d'être, pour eux, plein de bonté, de miséricorde, de douceur, de leur révéler les vrais biens.

" Il accomplira la volonté de ceux qui craignent, il exaucera leur prière et les sauvera (19). " Mais , dira-t-on, Paul voulait écarter de lui l'ange de Satan (II Cor. XII, 8 c'est-à-dire, les tentations, les afflictions, les assauts perfides, et Dieu n'a pas fait ce que voulait Paul. Au contraire, il l'a fait, car lorsque Paul eut compris que ce qu'il demandait n'avait aucune utilité, il conçut une volonté contraire, une volonté forte, et qui était l'ouvrage de Dieu. Et voilà pourquoi Paul disait: " Je me plais dans les faiblesses, dans les afflictions, dans les persécutions. " (II Cor XII, 10.) S'il voulait d'abord tout le contraire cette volonté provenait de son ignorance; mais, une fois qu'il eut appris que Dieu voulait qu'il fût éprouvé, Paul consentit sans peine la volonté de Dieu. Et, en effet, autre n'est pas la volonté de Dieu, autre la volonté de ce qui le craignent; et si parfois ceux-ci veulent ce que demandent les autres hommes, ils se corrigent bientôt. " Le Seigneur garde tous ceux qu'il aime, et il perdra tous les (289) pécheurs (20). " Voici encore une remarquable preuve de la divine Providence; elle conserve, elle fortifie, elle se révèle à tous. Maintenant ceux que le Psalmiste appelle pécheurs, ce sont ceux qu'afflige un mal sans remède, ceux qui ne veulent pas se corriger. Si parfois Dieu permet que quelques-uns de ceux qui l'aiment, soient frappés par la mort, voyons-y encore la marque du Dieu qui conserve. C'est ce qui est arrivé pour Abel. En effet, leurs corps ont beau mourir, leurs âmes subsistent plus glorieuses, et elles recevront ensuite des corps inaccessibles à la destruction. Donc, après avoir parlé de ces différentes espèces de providences, autant que le discours pouvait les exprimer; des soins communs, des soins particuliers, de la sollicitude pour les saints, surtout pour ceux qui ont chancelé ; du soin de ceux qui sont renversés, de la providence, de la patience, de la correction des pécheurs, de la protection des saints, c'est encore par un cri de louanges qu'il termine, et il convie la terre à s'associer tout entière à ce tribut d'éloges : " Ma bouche publiera les louanges du Seigneur, que toute chair bénisse son saint nom, dans tous les siècles, et dans l'éternité " (21). Voyez-vous avec quelle sagesse il convie non-seulement ceux qui reçoivent les bienfaits du Seigneur, mais ceux-mêmes qui sont punis (car la punition même révèle la providence); non-seulement les hommes, mais encore les animaux, et les éléments, et toutes les créatures insensibles., car toutes sont remplies de la bonté du Seigneur? Donc, nous aussi, ne cessons pas d'élever à ce Dieu si bon, à ce Dieu rempli de tant d'amour, à ce Dieu qui étend partout sa bienfaisance, de faire monter, à chaque heure, les cris de la louange, de le célébrer, par nos actions et par nos paroles, afin. d'obtenir, et les biens de la vie présente, et les biens à venir, par la grâce et par la bonté de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire , dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLV. 1. " O MON AME, LOUEZ LE SEIGNEUR. JE LOUERAI LE SEIGNEUR PENDANT MA VIE, JE CÉLÉBRERAI LA GLOIRE DE MON DIEU, TANT QUE JE VIVRAI. "

ANALYSE.

1. La condition des princes est la même que celle des derniers d'entre le peuple.

2. Dieu n'a pas seulement le pouvoir de secourir les humbles et les justes; il en a encore la volonté.

1. Comme il a fini, de même il recommence, par les louanges et les bénédictions. En effet, ce n'est pas un faible moyen de purifier l'âme. La louange qu'entend le Psalmiste, c'est, je ne me lasserai pas de le répéter, la louange par les actions. C'est ainsi que le Christ dit : " Que (290) votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et qu'ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. " (Matth. V,16.) Et Paul encore : " Glorifiez Dieu, dans votre corps et dans votre esprit. " (I Cor. VI, 20.) Et de même que le Psalmiste a dit, dans le psaume précédent : " Chaque jour je vous bénirai, " de même ici : " Je célébrerai la gloire de mon Dieu, " dit-il, " tant que je vivrai. " Ensuite, comme il veut encore associer les hommes à ses paroles de bénédiction, il raconte et la bonté et la clémence de Dieu. L'amour le brûle, l'amour l'enflamme, et il parcourt l'univers entier, et la création tout entière; il l'a fait entrer dans le choeur qu'il prépare. C'est là, en effet, la plus magnifique louange, c'est là pour Dieu la plus belle gloire; car c'est le grand nombre que Dieu désire admettre à la participation du salut. " Ne mettez pas votre confiance dans les princes, ni dans les enfants des hommes, qui n'ont pas en eux le salut (2). " Un autre texte : " Dans celui qui ne peut vous sauver. " Ecoutez ce conseil, cet avertissement, vous tous qui regardez avec admiration les choses humaines, appui fragile et périssable. Mais que veut dire, " qui n'ont pas en eux le salut ? " Ils n'ont pas même en eux leur propre salut; ils ne peuvent pas se défendre eux-mêmes; arrive la mort, ils se coucheront plus muets que des pierres. Car, voilà ce qu'exprime le Psalmiste en disant : " Son âme sortira, et il retournera dans la terre d'où il est sorti. En ce jour-là, périront toutes leurs pensées (3). " Un autre texte " Tous leurs projets. " Ce que dit le Psalmiste, revient à ceci : Celui qui ne peut pas se défendre lui-même, comment sauvera-t-il les autres? Rien, en effet, n'est aussi faible et fragile qu'une telle espérance, et c'est ce que montre la nature même des choses. Aussi Paul, parlant de l'espérance en Dieu, disait " Cette espérance n'est point trompeuse. " (Rom. V, 5.)

Ce qu'on ne peut pas dire des choses humaines, plus vaines que l'ombre. Ne me dites pas : c'est un prince. Un prince n'a rien de plus que le premier homme venu; il est également soumis à une condition incertaine; et tenez, dût cette parole vous surprendre précisément parce que c'est un prince, ayez encore moins de confiance. Ce sont là en effet des choses bien sujettes à l'écroulement, que ces principautés. Supposez qu'on ne le précipite pas du haut de son pouvoir, c'est lui qui se, précipite dans les emportements de la colère, dans les abus de pouvoir, attendu qu'il ne se croit pas comptable envers celui qui a reçu ses promesses. Et si ce prince est sage, il sera encore plus exposé aux chutes que les particuliers, parée qu'il est entouré d'ennemis plus redoutables, plus nombreux.; parce qu'il est d'autant plus facile à prendre, qu'il y a plus de gens pour lui tendre des piéges. Que signifient ces gardes du corps ? Que signifient toutes ces escortes qui veillent sur lui ? Et comment celui qui, au milieu d'une ville bien policée, n'est pas même sûr de défendre sa personne, mais se trouve là comme au milieu d'un peuple ennemi, exposé à tant de combats et de dangers, pourra-t-il sauver les autres? Celui qui, en pleine paix, a plus à craindre que ceux qui font la guerre, comment pourra-t-il mettre les autres en sûreté, au-dessus de tous les périls ? Certes, il n'est pas difficile de compter ceux qui pouvaient vivre en toute sécurité chez eux, et qui se sont perdus, pour avoir mis leur confiance dans les princes. Et quand ces princes sont tombés, eux aussi ont été renversés; il en est d'autres que leurs gardes ont trahis. Toutefois, le Prophète, laissant de côté tous ces accidents, vu qu'un grand nombre y ont échappé, ne parle que du terme, qui n'admet aucune incertitude, à savoir la mort. Tout vous a réussi, c'est bien. Voilà, dit le Psalmiste, un bon prince, il est reconnaissant et il vous prouvera sa reconnaissance. Mais, au milieu de ses promesses, voilà qu'il termine sa vie, et il vous laisse, avec vos espérances vaines, parce qu'il n'a pas assez vécu pour que ses promesses aboutissent à la réalité. Ainsi, quand il n'a pas même assez de vie pour accomplir une promesse , quand ses jours sont terminés avant que l'effet s'en réalise, voilà le fragile secours où vous tournez vos yeux! Et ne voyez-vous pas que c'est l'histoire de tous les jours? la chute du protecteur dépouille ses protégés, plus abaissés que jamais. Et cependant, à quoi bon dire que les promesses s'évanouissent et meurent, quand l'auteur même des promesses, quand le maître n'a pas pour lui la durée ! " Il retournera dans la terre, " dit le texte, " d'où il est sorti. " Or si celui-là est mort, à plus forte raison ce qu'il a promis ; voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : " Et ce jour-là même périront toutes leurs pensées, " montrant par là, (291) non-seulement que les promesses ne seront pas effectuées, mais de plus que celui qui promet périra. Que fait ensuite le Psalmiste? Après vous avoir détournés de l'espérance fondée sur l'homme, il vous montre le port assuré, la citadelle inexpugnable et il vous donne un conseil. Voilà la meilleure de toutes les exhortations. Eloigner de ce qui est faible et conduire à ce qui est solide, détruire ce qui est vain, établir ce qui est vrai, repousser ce qui trompe et montrer ce qui est utile. " Heureux celui de qui le Dieu de Jacob se déclare le protecteur et dont l'espérance est dans le Seigneur son Dieu (5). " Comprenez-vous le conseil, l'exhortation ? Cette félicité dont il parle, comprend tous les biens et montre l'espérance pleine de sécurité. Après avoir attesté le bonheur de celui qui espère en Dieu, il exprime ensuite la puissance de Celui qui est le véritable secours; l'autre était un homme, il s'agit maintenant de Dieu ; l'autre meurt, Dieu dure; et non-seulement Dieu dure, mais ses oeuvres avec lui. Et voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : " Qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et toutes les choses qu'ils contiennent (6). "

2. Que si ses oeuvres sont éternelles, à bien plus forte raison, est-il lui-même éternel et tout-puissant. Ce qui le prouve, ce sont ses oeuvres, qui révèlent sa force. Mais maintenant supposons qu'il est éternel et puissant, mais qu'il n'ait pas la volonté. Grand nombre d'insensés tiennent ce langage ; mais voyez comme le Psalmiste extermine ce soupçon. Après avoir dit : " Qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et toutes les choses qu'ils contiennent, " il ajoute : " Qui garde à travers les siècles la vérité, qui fait justice à ceux " qui souffrent la justice (7). " Ce qui revient à dire : l'ouvrage ordinaire de Dieu, son habitude, ce qui le distingue au plus haut point, c'est de ne pas négliger ceux qui souffrent de l'injustice ; c'est de faire attention à ceux qu'on outrage, c'est de tendre la main à ceux qu'on persécute, et cela, continuellement. Aussi le Psalmiste dit-il : " A travers les siècles, " pour montrer qu'il en est ainsi, et ce n'est pas seulement cette expression qui le montre, mais encore la suite : " Qui donne la nourriture à a ceux qui ont faim; le Seigneur délie ceux qui sont enchaînés, le Seigneur éclaire ceux qui sont aveugles. " Un autre texte : " Le Seigneur illumine. Le Seigneur relève ceux qui sont brisés, le Seigneur chérit les justes, le Seigneur garde les étrangers, il prendra en sa protection l'orphelin et la veuve , et il détruira les voies des pécheurs (8, 9). " Voyez-vous comme il montre que la divine Providence s'exerce de toutes les manières; qu'elle s'occupe de délivrer des malheurs, d'apporter un remède à la faim, de faire .tomber les chaînes? ce que peuvent en partie les hommes, mais pour ce qui suit, il n'en est pas de même. En effet, Dieu corrige ce que la nature a de vicieux; il relève ceux qui sont tombés, il célèbre les hommes vertueux; ceux qui n'ont pas de protecteur, il les conserve, les orphelins et les veuves dans l'affliction, il les console, il les ranime. Ensuite, comme le Psalmiste a dit : " Dieu chérit les justes, " il montre aussi le Seigneur secourable à un grand nombre, uniquement parce qu'ils sont malheureux. En effet ceux qu'il nourrit, il les nourrit parce qu'ils ont faim, non pas parce qu'ils sont vertueux ; ceux qui sont enchaînés, il les délivre, non pas parce qu'ils sont vertueux, mais parce qu'ils sont dans l'affliction, les aveugles, il les illumine, parce qu'ils sont aveugles ; il n'a pas égard à leurs bonnes oeuvres, mais à leur affliction. De même encore pour celui qui est brisé, pour le voyageur, pour l'orphelin, pour la veuve. S'il est secourable pour ceux qui souffrent, a bien plus forte raison, l'est-il pour ceux qui cherchent la vertu? Eh bien ! donc, puisqu'il a le pouvoir et la volonté, puisqu'en lui tout est durable, puisqu'il accueille la vertu, puisque les souffrances attirent sa compassion, pourquoi ne pas négliger l'être périssable, l'être faible, l'être soumis à la mort et chercher votre refuge auprès de Celui qui est fort, (lui est invincible, qui ne reproche pas à l'infortuné son malheur, mais lui porte secours et peut tout ce qu'il veut? Et maintenant, considérez le soin avec lequel le Psalmiste choisit ses dernières paroles. Il ne dit pas : Dieu détruira les pécheurs, mais : " Les voies des " pécheurs, " c'est-à-dire leurs actions. Car Dieu n'a pas d'aversion pour les hommes pécheurs, c'est le péché qu'il poursuit de sa haine. " Le Seigneur régnera dans tous les siècles; votre Dieu, ô Sion , régnera dans toutes les générations (10). " Qu'il règne sans interruption, qu'il règne éternellement, c'est ce qui est incontestable. Et s’il n’accorde pas ici. même la rémunération, c'est qu'il la (293) garde pour la rendre plus magnifique. Donc, ne nous troublons pas clans les tentations, si nous ne voyons pas venir promptement la délivrance. Remettons-nous sur le Seigneur du soin de nous affranchir, quand l'heure sera venue. Si nous faisons quelque bien, ne réclamons pas aussitôt notre récompense; sachons, ici encore, attendre la volonté de Dieu; quand il diffère, c'est pour accorder une récompense plus glorieuse, et, en toutes circonstances, bénissons le Seigneur et ne cessons jamais d'exalter ses louanges. C'est ainsi que nous passerons la vie présente dans une parfaite sécurité et que nous obtiendrons les biens ineffables, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, ainsi qu'au Père qui n'a pas eu de commencement, ainsi qu'à l'Esprit vivifiant , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLVI. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR, PARCE QU'IL EST BON DE LE LOUER. "

ANALYSE.

1. C'est le propre de Dieu de consoler ceux qui sont dans l'affliction.

2. Que la providence de Dieu est immense comme lui.

1. Plus haut, dans le psaume cent quarante-quatre, le Psalmiste dit : " Le Seigneur est grand et infiniment digne de louanges (Ps. CXLIV, 3), " et il s'étend sur sa gloire. Ici, maintenant, il montre que c'est un bien même de le louer et que la louange produit des biens sans nombre. En effet, elle éloigne la pensée de la terre, elle redresse l'âme et l'élève, elle rend l'âme moins pesante, elle transporte l'esprit dans le ciel. Aussi Paul disait : " Chantant et psalmodiant du fond de vos coeurs à la gloire du Seigneur. " (Eph. V, 19.) " Que la louange que l'on donne à notre Dieu, lui soit agréable ! " Un autre texte : " Alleluia ! car c'est un bien que le chant qui s'élève à Dieu. " Que signifie : " Que la louange que l'on donne à notre Dieu, lui soit agréable?" Cela veut dire, qu'elle soit acceptée de lui. En effet, il ne suffit pas de chanter pour que la louange soit agréable à Dieu, il faut joindre aux chants la conduite, la prière, l'attention de l'esprit. Pour moi, je crois que ce psaume a (293) pour sujet le retour des Juifs. Le Psalmiste le montre par ce qu'il ajoute en disant : " C'est le Seigneur qui bâtit Jérusalem et qui ressemblera tous les enfants d'Israël qui sont dispersés (2). " En effet, quoique ce soit Cyrus qui les ait renvoyés, ce n'est pas la volonté de Cyrus, c'est le pouvoir de Dieu qui seul a tout fait. Un autre interprète, au lieu de : " Qui bâtit, " dit : " Qui bâtira. " Quant à : " Tous les enfants d'Israël qui sont dispersés, " il remplace cette expression par " Expulsés. " Pourquoi ? C'est que tous n'ont pas été ramenés en même temps, mais, après le retour, peu à peu ils ont été réunis.

" Qui guérit ceux dont le coeur est brisé " et qui bande leurs plaies ( 3). " Un autre " texte : Leurs fractures. " Il ne fonde pas sa confiance sur sa conduite; il parle encore de son malheur, et il rappelle la conduite ordinaire de Dieu. C'est en effet l'oeuvre de Dieu, de consoler ceux qui sont abattus. De même, quand Paul disait: " Qui vivifie les morts; " et encore : " Qui appelle ce qui n'est point, comme ce qui est (Rom. IV, 47), " il racontait l'oeuvre ordinaire du Seigneur. De même ici encore : " Qui guérit ceux dont le coeur est brisé , " c'est pour montrer que, quelle que soit notre indignité, nous sommes l'ouvrage de Dieu, qui n'abandonnera pas ce qu'il a fait; Dieu ne se départira pas de son habitude. C'est encore ainsi que Paul disait: "Mais Celui qui console les humbles, nous a consolés. " (II Cor. VII, 6.) Autre texte : " Celui qui donne la patience à ceux qui ont l'esprit humble. " (Isaïe, LVII, 15.) Mais voyez le Psalmiste lui-même dans un autre passage : " Dieu ne méprisera pas un coeur contrit et humilié. " (Ps. L, 19.) Si vous voulez être consolés , rendez-vous humbles, faites-vous un coeur contrit. Donc il est question jusqu'ici de la volonté de Dieu, de sa bonté et de sa clémence; il est bien entendu que c'est son oeuvre propre que de consoler les malheureux. Pour ce qui suit, il s'agit de la puissance : " Qui compte les multitudes des étoiles (4), " c'est-à-dire qui les connaît. En effet, comme il s'agissait d'une multitude dispersée, et qui alors n'apparaissait nulle part, il était convenable de produire cet exemple pour montrer que Dieu peut rassembler, même ce qui est le plus dispersé. Il redresse, il console les coeurs contrits et il connaît exactement les multitudes innombrables des astres. Donc nous aussi, qui devons, selon ses promesses, égaler les astres en nombre, il nous ramènera tous. " Qui les appelle toutes par leurs noms. " Un autre texte " Appelant tous par leurs noms. " Un autre, texte: " Il les appellera, eux tous, par leurs noms. " Je pense que ceci s'applique aux Israélites, et que le Prophète exprime la même pensée qu'Isaïe plus tard : " Ne craignez point, Israël, je vous ai appelé des extrémités de la terre, et j'ai dit: Vous êtes mon fils. " (Isaïe XLI, 9. ) Que signifie, " Il les appellera eux tous par leurs noms? " Aucun d'eux , dit-il, ne périra ; comme ceux qui appellent en prononçant les noms , ainsi fera Dieu , qui les ramènera tous. " Notre Seigneur est vraiment grand, et sa vertu est grande (5). " Comme il vient d'énoncer une très-grande merveille, que Dieu réunira tant de milliers d'hommes dispersés par toute la terre, il parle ensuite de sa puissance, afin d'amener à la foi les Juifs profondément troublés. " Et sa sagesse n'a point de bornes. " Ne demandez pas comment, ni par quel moyen, car sa grandeur est infinie. Voilà pourquoi le Psalmiste dit ailleurs: " Et sa grandeur n'a point de bornes. " (Ps. CXLIV, 3. ) mais de même que sa grandeur est infinie, ainsi encore sa sagesse. Et voilà pourquoi, après avoir dit: " Notre Seigneur est grand, " il ajoute, " et sa sagesse n'a point de bornes, " bien plus sa science est admirable. Voilà pourquoi il disait: " Votre science est élevée d'une manière merveilleuse au-dessus de moi, elle me surpasse infiniment et je ne pourrai jamais y atteindre. " (Ps. CXXXVIII, 6, ) Et maintenant ses jugements ne peuvent être scrutés, voilà pourquoi il disait: " Vos jugements sont un abîme très-profond. " ( Ps. XXXV, 7.)

2. Donc, puisque telle est sa grandeur, sa puissance, sa sagesse, bannissez l'indiscrétion qui demande comment cela arrivera-t-il. " Le Seigneur prend dans ses bras ceux qui sont doux, mais il abaisse les pécheurs jusqu'en terre (6). " Les insensés auraient pu dire Que nous importe sa connaissance parfaite de tous les astres? C'est pour les prévenir que le Psalmiste ajoute donc le soin que Dieu prend des hommes. Et maintenant, il ne dit pas : le Seigneur porte secours à ceux qui sont doux, mais, ce qui est bien plus expressif : " Prend dans ses bras, " comme s'il parlait d'un bon père. Que signifie maintenant : " Prend dans ses bras ? " ranime, porte, transporte. (294) Voyez-vous encore ici la plénitude de sa puissance, qui s'exerce de deux manières , c'est-à-dire qui élève les humbles, et qui abaisse les arrogants? et non-seulement il les abaisse , mais il les abaisse profondément, ce que marque cette expression, " jusqu'en terre." " Chantez les louanges du Seigneur en le confessant (7). " Autre texte : " Enumérez. " Donc, après avoir dit les merveilles de Dieu, il invite de nouveau à le célébrer. " Chantez les louanges du Seigneur, en le confessant, " c'est-à-dire, en lui rendant des actions de grâce avec un grand zèle. " Publiez avec la harpe la gloire de notre Dieu. " Un autre texte : " Avec la lyre. C'est lui qui couvre le ciel de nuées et qui prépare la pluie pour la terre (8), " De peur qu'un être dépourvu de sentiment n'aille dire ici : Et que me font à moi les choses célestes ? le Psalmiste s'est empressé d'ajouter ce qui concerne les besoins de l'homme ; il montre tout de suite pourquoi Dieu couvre le ciel de nuées. C'est pour toi, dit-il, pour te préparer la pluie; et la pluie c'est pour toi, pour faire pousser les herbes à ton usage. Et maintenant, voyez la sagesse du Psalmiste ! Il a dit les biens accordés à tous en général et dont l'abondance est faite pour fermer la bouche à l'impie. Car si telle est la munificence de Dieu pour les infidèles, s'il rassemble pour eux les nuées, s'il verse la pluie, s'il active la fertilité de la terre; à bien plus forte raison fera-t-il de même pour vous qui vous appelez son peuple.

" Qui produit l'herbe sur les montagnes. " Voyez la grandeur de la Providence ! Ce n'est pas seulement dans les terres labourées, mais sur les montagnes, que la table est richement servie pour les bêtes de somme, qui ont été créées, afin de nous servir. Et le Psalmiste ajoute : " Qui donne aux bêtes la nourriture qui leur est propre et nourrit les petits des corbeaux qui invoquent son secours (9). " Il exprime ici un autre caractère de cette munificence, qui ne nourrit pas seulement les bêtes de somme au service de l'homme, mais de plus les autres animaux. " Les petits des corbeaux, " dit-il, " qui invoquent son secours. " Eh bien ! si les bêtes, les bêtes sauvages, celles qui rendent le moins de services à l'homme, sont l'objet d'une si grande. providence, à combien plus forte raison, cette providence s'occupera-t-elle des hommes , des hommes qui la célèbrent par des hymnes et des cantiques de louanges ! Ajoutez encore des hommes que Dieu a appelés son peuple particulier et sa portion. Ce n'est pas tout, les Israélites étaient faibles, sans armes, dépouillés de tout; pour prévenir le trouble de leurs esprits, voyez le Psalmiste, quel soin il prend de corriger leur faiblesse; écoutez ses paroles: " Il n'aime point qu'on se fie à la force du cheval, ni que l'homme s'assure sur la force de ses jambes. Le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent et en ceux qui espèrent en sa miséricorde (10, 11). " Un autre texte : " Qui attendent sa miséricorde. " Si telles sont, dit-il, vos dispositions, la crainte, la parfaite espérance en lui, vous vous attirerez sa bienveillance, et, quand vous l'aurez conquise, vous serez plus forts que tous ceux qui ont des chevaux et des armes. On ne demande donc de vous qu'une seule chose. Ne vous plaignez pas, ne vous troublez pas, mais attendez sa miséricorde. Car voilà surtout ce qui constitue l'espérance , attendre ce qu'on ne reçoit pas aussitôt , attendre avec confiance sans jamais se décourager. Et le Psalmiste a raison de dire : " En sa miséricorde, " car les Israélites ne pouvaient pas se fier en leurs couvres; et pourtant, dit-il, quoique les événements nous aient trahis, espérez en sa miséricorde, vous obtiendrez les effets de sa providence et son secours. Puissions-nous tous les ressentir, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLVII. 1. " JÉRUSALEM, LOUE LE SEIGNEUR; SION, LOUE TON DIEU. "

ANALYSE.

1. Dieu ne protége pas seulement son peuple, c'est encore lui qui le nourrit. C'est ce que signifie : Et adipe frumenti satiat te. Sa Providence s'étend sur toute la nature : Velociter currit sermo ejus.

2. Dieu, qui a fait tout, transforme tout.

3. Les hommes n'ont jamais été sans loi; avant que la loi positive leur eût été donnée, ils avaient la loi naturelle, selon laquelle seront uniquement jugés ceux qui n'en ont pas connu d'autre.

4. Le présent psaume peut aussi s'interpréter anagogiquement, et dès lors la Jérusalem que Dieu protège, c'est l'Eglise, qui, toujours combattue, grandit toujours et grandira jusqu'à la fin des temps.

1. Ce n'est pas à la ville, c'est aux habitants qu'il s'adresse, et ce qu'il fait dans tous les psaumes, il le fait encore ici ; il ne se lasse pas de les exhorter, de les porter par ses conseils à offrir à Dieu , pour les bienfaits qu'ils en ont reçus, leurs actions de grâces; à mettre leur confiance, non dans leurs édifices, non dans la solidité de leurs remparts, mais dans sa providence. Une fois ce point établi , il ajoute : " Car il a fortifié les serrures de tes portes , et il a béni tes enfants , au milieu de toi (2). " Que signifie, " Il a fortifié les serrures? " c'est-à-dire, il t'a mise en sûreté, il t'a rendue inexpugnable. " Il a béni tes enfants; " c'est-à-dire il l'a fait grandir, de manière à devenir une multitude. Distinguons ce bienfait , de cet autre bienfait: " Au milieu de toi; " ce qui veut dire, il n'a pas béni des enfants dispersés, séparés les uns des autres, mais il les a réunis, et, au milieu de toi , il en a augmenté le nombre. Le Psalmiste donne ensuite une autre preuve de la Providence : " Il établit la paix sur tes frontières (3). " En effet, on peut être en sûreté, on peut être un grand peuple, et cependant souffrir de la guerre; mais le Psalmiste montre que les Israélites sont aussi à l'abri de ce malheur. Et non-seulement leur cité n'a pas à craindre les attaques de l'ennemi, mais leurs frontières mêmes sont en sûreté. Voyez-vous que de bienfaits il énumère ! Le premier bienfait, sans contredit, le plus grand de tous, c'est ce qu'il exprime ainsi: " Ton Dieu. " Ce mot seul révèle tous les bienfaits du Seigneur. Dieu a fait de toi son ami, son héritier; le Seigneur commun de tous les êtres, est particulièrement ton Seigneur, à toi; ce qui est certes la source de tous les biens; second bienfait: il a mis la ville en sûreté; troisième bienfait: il a multiplié le peuple; quatrième bienfait: il a mis à l'abri , et des guerres et des tumultes, non-seulement la ville, mais la nation tout entière. Et cela, il ne l'a pas fait une fois, deux fois, trois fois, mais il l'a fait sans interruption. Car, le Psalmiste ne dit pas, il a établi, mais, " Il établit. " Si parfois des guerres sont survenues, ce n'est pas que Dieu les abandonnât, mais c'est qu'eux-mêmes se séparaient de lui ; car, son occupation non interrompue, c'est de fortifier son peuple, de le mettre en sûreté , à l'abri, affranchi de toute guerre et de tout tumulte.

Le Psalmiste ajoute encore un autre (296) bienfait: La grande fertilité de l'année, l'abondance des fruits; il veut encore leur montrer que celte abondance ne doit être attribuée ni à la terre, ni à l'air, mais à la providence de Dieu. Comment s'exerce cette providence? Il le dit aussitôt: " Il te rassasie du meilleur froment. " Voyez: il ne dit pas seulement, de froment, mais: " Du meilleur froment, " pour montrer combien est grande la prospérité. " Le meilleur froment " signifie, ce qu'il y a, dans le fruit, de plus délicat et de plus nourrissant ; tels sont en effet les dons de Dieu, fortifiants et délicats. Donc, Dieu répand sur eux, de la manière la plus magnifique, le meilleur froment; pour montrer cette magnificence, le Psalmiste ne dit pas, il te donne, mais: " Il te rassasie. Il envoie sa parole à la terre (4). " L'habitude du Psalmiste est de passer du particulier au général, et de revenir du général au particulier; ce qu'il fait encore ici. Car, à propos de cette parole. " Loue ton Dieu, " un insensé aurait pu croire que ce Dieu était seulement le Dieu des Juifs; le Psalmiste montre comment c'est le Dieu de la terre entière ; comment sa providence s'étend sur tout l'univers, et il laisse le particulier pour ce qui s'applique à tout, pour la providence étendue sur tous en général. Aussi, après avoir dit: " Il envoie sa parole à la terre , " le Palmiste ajoute , " Et cette parole court avec vitesse. " Ce qu'il dit, c'est pour montrer que Dieu s'inquiète non-seulement de notre pays, mais de la terre entière. Quant au mot " parole , " il signifie l'ordre, l'opération par laquelle Dieu pourvoit. Et maintenant pour montrer la facilité , la promptitude de l'action divine, le mot parole ne suffisant pas, l'auteur dit que la parole court, et ce n'est pas encore assez pour lui ; aussitôt il ajoute, avec vitesse. Ce qui revient à dire : Quel que soit l'ordre de Dieu, il s'accomplit avec la plus grande rapidité. C'est à la terre entière qu'il commande, et maintenant , que commande-t-il ? ce qui est nécessaire, pour que nous puissions vivre; ce qui se rapporte à la nature de l'air, aux changements et aux vicissitudes des saisons, et voilà pourquoi le texte ajoute: " Il envoie la neige , comme de la laine; la gelée blanche, comme de la cendre (5). " Un autre texte: " Le givre; " l'hébreu porte " chephor " qui veut dire, pluie fine ou brouillard, et " choepher " qui veut dire rosée condensée. " Il envoie sa glace, divisée en une infinité de parties. " Qui pourra soutenir la rigueur de son froid (6)? " Un autre texte: " Qui pourra soutenir sa chaleur? Il enverra sa parole et il fera fondre toutes ces glaces; son esprit soufflera et les eaux couleront (7). " Il s'agit de cette puissance infinie qui produit ce qui n'est pas ; transforme les créatures, et les façonne comme il lui plaît.

2. C'est ce qu'exprimait aussi un autre prophète, en disant : " Qui fait toutes choses, et les transforme. " (Amos, V, 8.) La nature a des bornes invariables ; cependant quand Dieu commande, ces bornes disparaissent. Toutes choses en effet se plient à sa volonté. Quelquefois il change les substances; d'autres fois, les substances persistent, mais il les fait servir à d'autres fins. Il laisse sommeiller en elles la vertu qui leur est propre, et il leur donne une vertu contraire ; ce qu'il a fait à propos de la fournaise. II y avait là du feu qui ne brûlait pas, et ceux qui étaient jetés dans la fournaise, y sentaient la rosée la plus agréable. Les Juifs traversaient la mer, et les flots ne les engloutissaient pas, et le peuple trouvait un sol plus résistant que la pierre. Dathan et Abiron sentaient bien la terre sous leurs pieds ; cette terre toutefois ne les supporta pas, et les engloutit plus vite que la mer. La verge d'Aaron était du bois sec, et elle porta un plus beau fruit que les arbres plantés en pleine terre. L'ânesse de Balaam était, de tous les animaux, le plus stupide, et cependant, frappée par Balaain, elle se défendit aussi bien que l'homme le plus sage. Quand Daniel fut jeté dans la fosse, il y avait des lions, qui montrèrent la douceur des brebis; leur nature ne fut pas détruite, mais leurs oeuvres furent changées. On peut voir bien d'autres merveilles, même dans les êtres inanimés. Ces prodiges, qui se répètent chaque année, qui tombent sous nos yeux, ne sont pas pour cela moins dignes d'admiration. Considérez, en effet, ce prodige de la neige qui bientôt devient de l'eau, et subit, en si peu d'instants, de si grandes transformations. Il ne faut pas perdre le sens des choses au point d'attribuer ces changements à l'action naturelle des éléments, au point de les considérer comme s'ils en étaient uniquement les causes. Voilà pourquoi le Psalmiste montre ici avec tant de soin quel est Celui qui commande, et la puissance de son commandement. " Il enverra sa parole et il fera fondre toutes ces glaces. " Sa parole, veut dire son ordre; ce n'est pas la (297) force des vents qui opère ces effets, mais Dieu, Dieu qui a fait les vents. Et maintenant si le Psalmiste a parlé des éléments, des changements qui s'accomplissent dans les éléments, c'est pour faire comprendre aux Juifs, épais et stupides, la puissance de Dieu; il la leur fait voir par les oeuvres qui se répètent chaque année ; il leur montre qu'il est facile à Dieu de faire, des choses, ce qui lui plaît; de changer les contraires en leurs contraires. De même, en effet, que si la tempête,que si le froid glacial est insupportable, il est facile à Dieu de ramener la sérénité qui fond toutes les glaces ; de même, quand les Juifs étaient emmenés en servitude, tourmentés par leurs ennemis, il lui était facile de leur rendre la paix, leur patrie, leur première prospérité. Le Psalmiste ne se contente pas de ces pensées ; il en est une autre qu'il insinue ; quelle est-elle ? De même que ces intempéries , quoique incommodes, ont souvent leur utilité ; de même les malheurs qui frappèrent les Juifs, leur furent utiles, et eurent pour eux de grands avantages. Toutefois, pour ne pas les fatiguer, le Psalmiste leur parle d'un changement plus agréable. Mais que signifient ces exemples ? Il ne dit pas seulement, " Il envoie la neige , " mais il ajoute, " Comme de la laine; " ni, " la gelée blanche, " mais il ajoute, " Comme de la cendre; " ni , " Il envoie sa glace, " mais il ajoute, " Divisée en une infinité de parties. " Il me semble avoir voulu signifier, par là, combien tout est facile pour Dieu, et se fait vite. " Il annonce sa parole à Jacob (8). " Autre texte: " Ses statuts; " autre texte : " Ses ordres. Ses jugements et ses ordonnances à Israël ; il n'a point traité de la sorte toutes les autres nations (9) ; " un autre texte; " Semblablement. Et il ne leur a point manifesté ses jugements. " Voyez comme, ici encore, il passe du général au particulier, à ce qui était le plus important chez les Juifs, parce qu'il veut ranimer leur ardeur. Au commencement du psaume, il a parlé des choses sensibles, utiles au corps, de la sûreté, de la fertilité de l'année, de la paix; mais ici maintenant il élève son discours à de plus hautes pensées; il leur parle de la loi qui leur a été donnée, ce qui est le plus grand bienfait, pour les écarter du vice, les conduire à la vertu, éclairer leur âme. Aussi Moïse, reprenant cette pensée en tout sens , disait: " Quel peuple est semblable à ce peuple ? Quelle grande nation a un Dieu aussi près d'elle, comme le Seigneur notre Dieu est près de nous, présent à toutes nos prières ? " (Deutér. IV, 7.) Et David encore : " Le Seigneur fait ressentir les effets de sa miséricorde, et il fait justice à tous ceux qui souffrent la violence. Il a fait connaître ses voies à Moïse, et ses volontés aux enfants d'Israël. " (Ps. CII, 6, 7. ) Et Jérémie (1) : " C'est notre Dieu, aucun autre que lui ne sera regardé comme Dieu ; il a trouvé toutes les voies de la science, et il les a montrées à Jacob son fils, et à Israël son bien-aimé. "

Mais, peut-être objectera-t-on, puisqu'il n'a rien révélé aux autres hommes, comment peut-il les punir? Que le Seigneur punisse, et ceux qui ont existé avant la loi, et les pécheurs répandus par tout l'univers, c'est ce que manifestent les paroles du Christ : " La reine du midi s'élèvera et condamnera cette génération ; " et encore: " Les Ninivites s'élèveront, et condamneront cette génération. " (Matth. XII, 42, 41.) Le sens de ces paroles, c'est que ces anciens hommes aussi doivent rendre compte de manière à mériter les uns, la gloire, les autres, les châtiments. — Et maintenant, si on ne leur avait pas montré la conduite qu'ils devaient tenir, comment leurs juges peuvent-ils les condamner? Comment l'Ecriture dit-elle encore: " Le sang répandu sera vengé par le sang. Depuis le sang du juste Abel, jusqu'au sang de Zacharie ? " (Matth. XXIII, 35.) Comment dit-elle encore : " Au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement ? " (Mat. XI, 24.) Cette expression "moins rigoureusement " ne montre pas qu'il n'y aura aucun supplice, mais que le supplice ne sera pas aussi rigoureux, que les fautes l'exigeaient. Si les coupables qui ont été punis, ont encore à rendre un compte si sévère, parmi les autres, qui évitera le châtiment?

3. Eh bien ! maintenant, nous pouvons voir au nombre de ceux que les châtiments attendent, ceux qui ont été punis par le déluge, et beaucoup d'autres, et Caïn lui-même; Paul aussi exprime cette pensée, par ces paroles : " On y découvre aussi la colère de Dieu, qui éclatera du ciel contre tonte l'impiété et l'injustice des hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans l'injustice; parce qu'ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. Car

1 Par erreur : la citation est de Baruch. III, 36, 37.

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les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent. Sa puissance éternelle et sa divinité brillent de manière à ôter toute excuse. " (Rom. I, 18, 20.) Il parle ensuite de leur vie de manière à montrer qu'ils auront des comptes à rendre; c'est ainsi qu'il dit; " Et après avoir connu la justice de Dieu, ils n'ont pas compris que ceux qui font ces choses, méritent la mort; et non-seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font. Vous donc qui condamnez, ceux qui les commettent, et qui les commettez vous-mêmes, pensez-vous pouvoir éviter la condamnation de Dieu ? Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience, et de sa longue tolérance? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence? Et cependant, par votre dureté, et par l'impénitence de votre coeur, vous vous amassez un trésor de colères, pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra, à chacun, selon ses oeuvres; en donnant la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans les bonnes oeuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l'immortalité; et, répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité, mais qui embrassent l'iniquité. L'affliction et le désespoir accableront l'âme de tout " homme qui fait le mal, du juif première ment, et puis du gentil. " (Rom. I, 32; II, 3,9.)

Vous voyez, par tous ces textes. que tous les hommes sans exception, même avant la loi, sont punis. de leurs péchés; que tous ceux qui ont pratiqué la vertu, et se sont abstenus de l'impiété, jouissent des biens du Seigneur. Comment donc châtiments ou récompenses sont-ils possibles, si les hommes ne savaient pas la conduite qu'ils devaient tenir? Et maintenant, m'objecte-t-on, si les hommes connaissaient la conduite qu'ils devaient tenir, comment l'Ecriture dit-elle : " Il n'a point traité de la sorte toutes les autres nations, et il ne leur a point manifesté ses jugements ? " Ecoutez ce qui est écrit, et ce que le texte signifie: le Seigneur n'a donné de loi écrite à aucun autre peuple ; tous, en effet, avaient la loi naturelle, qui détermine ce qui, est bien, ce qui est mal. Car lorsque Dieu fit l'homme, il mit aussitôt en lui ce tribunal incorruptible, la conscience qui, dans chaque homme, porte ses jugements; quant aux Juifs, il leur accorda le privilège de connaître, par le moyen de paroles écrites, les prescriptions de la loi. Aussi, le Psalmiste ne dit pas : Il n'a rien fait pour aucune autre nation, mais, " il n'a point traité de la sorte, " c'est-à-dire, il n'a donné aux autres nations, ni des tables ni des écrits, ni un Moïse législateur, ni tout ce qu'on a vu sur le Sinaï; les Juifs seuls, par un privilège unique, ont joui de tout ce surcroît de secours; mais la nature humaine , tous les hommes , sans exception , avaient la loi suffisante de la conscience. Ce que Paul, à son tour, exprimait ainsi : " Lors donc que les Gentils, qui n'ont, point la loi, font naturellement les choses que la loi coin" mande, n'ayant point la loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieu de loi. " (Rom. II, 14.) Et voilà pourquoi les Juifs méritent une condamnation plus sévère; avec ta loi naturelle, ils ont reçu la loi écrite, et ils se sont souillés de tous les crimes, de sorte que l'excès même de la bienveillance de Dieu est, pour eux, l'occasion d'une condamnation plus rigoureuse, parce qu'ils y ont répondu parleur négligence. En ce qui concerne le sens littéral du psaume, il suffit de l'explication que nous cri avons donnée. Si maintenant on désiré que nous interprétions, dans le sens anagogique, nous ne refuserons pas de marcher dans cette voie, sans faire violence à l'histoire, loin de nous d'y penser, mais en nous servant de l'histoire pour offrir cet enseignement aux plus studieux, autant que possible. " Jérusalem, loue le Seigneur; Sion, loue ton Dieu. " Paul entend par là, la Jérusalem céleste, de laquelle il dit: " La Jérusalem d'en-haut est vraiment libre, et c'est elle qui est notre mère. " (Galat. IV, 26.) De même que Sion représente pour lui l'Eglise quand il dit : " Vous ne vous êtes pas approchés d'une montagne sensible, d'un feu brûlant, d'un nuage obscur et ténébreux, des tempêtes ; mais vous vous êtes approchés de la ville de Sion, de l'Eglise des premiers-nés, qui sont écrits dans le ciel. " (Hébr. XII, 18, 22, 23.) C'est donc ainsi que l'on peut dira par anagogie : " Jérusalem, loue le Seigneur; Sion, loue ton Dieu. Car il a fortifié les serrures de tes portes, et il a béni tes enfants au milieu de toi. " Il l'a fortifiée, en effet d'une manière plus solide que Jérusalem; il n'y a pas mis des verroux et des portes; (299) rempart c'est la croix, c'est la déclaration qu'il a faite du pouvoir qui lui est propre, par lequel il a partout élevé son enceinte, quand il a dit "Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. " (Matth. XVI, 18.)

4. Aussi, dans le principe, empereurs et rois, tous, peuples et cités, les armées des anges déchus, toute la puissance du démon assaillirent l'Église de mille manières ; cependant tous ces efforts ont été déjoués ; tous ces ennemis, réduits au néant; l'Église, au contraire, a grandi et s'est élevé si haut que sa tête domine au-dessus des cieux. " Il a béni tes enfants, au milieu de toi. " De même qu'aux premiers jours du monde , Dieu avait dit : " Croissez , et multipliez , et remplissez la terre (Gen. I, 28), " et la terre entière a entendu cette parole ; de même, plus tard : " Allez et instruisez toutes les nations (Matth. XXVIII, 19) ; " et : " Cet évangile sera prêché dans le monde entier (Math. XXVI, 13) ; " et il est arrivé que les extrémités de la terre, en un instant, ont été envahies par le commandement du Seigneur; voilà pourquoi le Seigneur même disait : " Si le grain de froment ne meurt pas après qu'on l'a jeté en terre, il demeure seul ; mais quand il est mort il porte beaucoup de fruits; " et plus loin

" Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tout à moi. " (Jean, XII, 21, 32.) Et aux premiers jours du monde , un grand nombre d'hommes sont sortis d'un seul, la multitude s'est accrue d'après la loi de la nature, de là vient que les progrès ont été lents; mais, au temps des apôtres, ce n'est pas par la loi de la nature, c'est par la grâce que la multitude a grandi, et voilà pourquoi, d'un seul coup, en un seul jour, trois mille bientôt, et bientôt cinq mille hommes, et bientôt des multitudes innombrables, et bientôt l'univers tout entier s'est transformé, régénération magnifique ; la foule s'est accrue et multipliée, et a témoigné, par la réalité même des choses, de la bénédiction qu'elle avait reçue. " Ces hommes-là, en effet, ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair. " (Jean, I, 13.) C'est la grâce de Dieu qui les a fait naître : " Il établit la paix sur tes frontières (3). " Ce qui s'applique, avec une admirable propriété, à l'Église, car, ce qu'on ne peut trop admirer, c'est qu'au sein de la guerre, elle jouissait de la paix; quand les ennemis l'entouraient de toutes parts, elle jouissait de toutes les délices de la sécurité parfaite. Aussi le Seigneur dit-il lui-même : " Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. " (Jean, XIV, 27.) " Et il te rassasie du meilleur froment. " Ce qui peut se prendre aussi pour l'aliment spirituel de l'Église, car l'Église nous donne le pain de la vie. " Il envoie sa parole à la terre et cette parole court avec vitesse (1.). " Quelle est cette parole, répondez-moi, je vous en prie ? Celle qui, portée par les apôtres, a pris partout son essor, plus rapide que l'oiseau, ce que David exprime dans un autre passage, en disant : " Le Seigneur remplira de sa parole les hérauts de sa gloire, afin qu'ils l’annoncent avec une grande force. " (Ps. LXVII, 12.) A l'insensé qui douterait ici, les éléments doivent suffire , pour démontrer la vérité. Comment la neige tombe-t-elle, en si grande quantité, et si subitement, de manière à couvrir, en un instant, toute la terre? et il ne faut pas de longues heures pour due la surface envahie soit tout entière couverte. Le Psalmiste était un prophète ; il convenait qu'il prédit l'avenir et en même temps qu'il s'exprimât par des figures, et il devait développer les images que fournissent tes éléments. Or, ce qu'il dit revient à ceci : Il arrivera que la terre entière sera fortifiée par la parole de Dieu, et rapidement, et dans un instant bien court. Ensuite, pour prévenir les doutes qui pouvaient résulter de ce que les Juifs, si longtemps l'objet d'une providence si attentive, y ont répondu par des égarements si coupables; pour prévenir cette objection : comment les habitants dispersés à la surface de l'univers pourront-ils, en un temps si court, se réunir dans la vertu, dans la conformité de la modération et de la sagesse? Comme confirmation de la vérité qu'il démontre, le Psalmiste emprunte ses exemples aux éléments, à la neige, au brouillard, à la glace qui se forme en un instant. Ne refusez donc pas votre foi, quelle que soit la mobilité de l'esprit des Juifs. Mais les contradicteurs sont nombreux ! Eh bien! eux aussi, ils disparaîtront, ils se soumettront. Le froid facile à supporter devient plus vif, et personne n'y résiste, et tous se retirent et cèdent la place; à bien plus forte raison, cèdent à la parole, et au commandement du Seigneur, toutes les résistances qui la combattent; car il peut changer les substances, mettre au jour ce qui n'existe pas et fortifier ce qui existe par lui, au point de faire de ses créatures des (300) puissances auxquelles rien ne résiste. " Il annonce sa parole à Jacob, ses jugements et ses ordonnances à Israël (8). " Il faut encore ici entendre ce Jacob dans le sens spirituel, et Israël c'est celui que Paul a reconnu en disant : " Paix à vous et à l'Israël de Dieu ! " (Galat. VI, 16.) A lui la gloire dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLVIII. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR, O VOUS QUI ÊTES DANS LES CIEUX, LOUEZ-LE DANS LES PLUS HAUTS LIEUX, LOUEZ-LE, VOUS TOUS QUI ÊTES SES ANGES. "

ANALYSE.

1. Le Psalmiste invite tout l'univers à !oser le Seigneur, il invite l'un et l'autre monde, celui d'en-haut et celui d'en-bas, le monde sensible comme le monde intelligible; donc, il n'y a qu'un seul et même Créateur pour tous les êtres, soit spirituels, soit matériels : conclusion qui condamne le manichéisme. Toute créature loue Dieu à sa manière.

2 et 3. Ipse dixit et facta sunt : ipse mandavit et creata sunt. Dans ces paroles, saint Chrysostome trouve l'affirmation de ces quatre vérités, que Dieu a créé ce qui existe, qu'il l'a créé en le tirant du néant, qu'il l'a créé sans peine, et qu'il régit et gouverne ce qu'il a créé.

4. Toutes les créatures ont leur utilité, même les serpents et les scorpions. L'homme sage tire son profit de tout ce qui existe.

5. Il vaut encore mieux avoir de mauvais magistrats que de n'en pas avoir du tout.

1. C'est l'habitude des saints, lorsque dans le transport de leur reconnaissance , ils vont rendre à Dieu des actions de grâces, d'appeler, auprès d'eux, un grand nombre de fidèles pour partager ce devoir de bénédiction ; on les voit toujours exhortant les âmes à s'associer à ce culte si beau d'adoration et d'hommages. C'est ce que firent les trois enfants dans la fournaise. (Daniel, III.) Ils invitèrent toutes créatures à bénir Dieu pour le bienfait qu'ils en avaient reçu; à élever vers le Seigneur leurs cantiques et leurs hymnes. C'est ce que fait encore

ici le Psalmiste, s'adressant aux deux mondes, à celui d'en-haut, à celui d'en-bas, au monde sensible , au monde que l'esprit seul conçoit. C'est encore ce que fait le prophète Isaïe, quand il dit: " Cieux , louez le Seigneur; terre, soyez dans l'allégresse , parce que le Seigneur a eu pitié de son peuple. " (Isaïe, XLIX, 13.) C'est ce que fait aussi le Psalmiste lui-même, quand il dit: " Lorsque Israël sortit de l'Égypte, et la maison de Jacob, du milieu d'un peuple barbare, les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme (301) les agneaux des brebis. " (Ps. CXIII, 1, 4.) Ailleurs encore, Isaïe : " Cieux, que les nuées " fassent descendre le juste comme une pluie." (Isaïe, XLV, 8.) Les hommes ne suffisent pas seuls à la tâche de louer, de célébrer Dieu, et alors ils vont partout, cherchant des compagnons de leurs hymnes. Quant au Psalmiste, c'est ce qu'il fait souvent, comme quand il dit: " Adorez-le, vous tous, qui êtes ses anges. " (Ps. XCXVI, 7.) Et encore : " Vous tous qui êtes des puissantes, et qui accomplissez ses ordres. " (Ps. CII, 20.)

Et maintenant le Psalmiste se propose encore une autre pensée, quelle est-elle? Qu'un insensé n'aille pas se figurer qu'il y a deux créateurs du monde. Les créatures sont diverses, les substances, différentes (sensibles, spirituelles, visibles, invisibles, corporelles, incorporelles) ; il ne faut lias, de la diversité des ouvrages, conclure à la diversité des ouvriers. Voilà pourquoi le Psalmiste institue un choeur unique, un seul choeur de toutes les créatures, offrant le cantique au même Dieu, voilà pourquoi il dit que le même Dieu doit être célébré par les créatures d'en-haut, par les créatures du monde inférieur. Il montre par là, que c'est un seul et même ouvrier qui a fait les unes et les autres. Maintenant il commence par celles du monde supérieur et il dit: " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges ; louez-le , vous tous qui êtes ses puissances. " Un autre texte: " Vous tous qui composez ses armées : " C'est-à-dire: chérubins, séraphins, dominations, principautés, puissances. C'est le propre d'une âme embrasée, c'est le propre d'un amour brûlant d'exciter tous les êtres à louer celui qu'on aime; c'est le propre d'une âme qui trouve toujours un plaisir plein de charme dans la pensée de Dieu; qui s'extasie devant sa gloire, et qui l'admire. " Soleil et lune, louez-le; étoiles et lumières, louez-le toutes ensemble; " un autre texte : " Etoiles de la lumière, louez-le, cieux des cieux, et que toutes les eaux, qui sont au-dessus des cieux, louent le nom du Seigneur; car il a parlé, et toutes ces choses ont été faites ; il a commandé, et elles ont été créées. Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle. " Un autre texte: " Il les a établies , pour subsister sans interruption. Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir (3, 4, 5, 6). " Pourquoi, après avoir dit quelques mots des puissances célestes, se précipite-t-il si vite loin du ciel , vers les êtres visibles? pourquoi cette longue énumération, passant, un à un , en revue les objets visibles, et du ciel, et de la terre ? C'est que ces objets se manifestaient plus clairement aux auditeurs; ils les voyaient, ils les avaient sous les yeux. Et voilà pourquoi Moïse aussi, commençant son histoire par la création, ne s'étend, ni beaucoup, ni peu, sur les créatures supérieures; il commence par le ciel et par la terre ; il parle du soleil , de la lune , des plantes, des animaux qui nagent , des quadrupèdes, et finit par l’homme. Quant aux " cieux des cieux, " dont parle ici le Psalmiste, il ne s'agit pas d'une multitude de cieux différents ; " le ciel du ciel " a le même sens. L'hébreu en effet dit d'ordinaire : " Le ciel du ciel; " c'est ainsi qu'autre part encore le Psalmiste dit: " Le ciel du ciel appartient au Seigneur; quant à la terre, il l'a donnée aux enfants des hommes. " (Ps. CXIII, 7.) " Et toutes les eaux qui sont au-dessus des cieux." Vous avez entendu Moïse dire aussi que le Seigneur, partageant les eaux , laissa les unes en bas, éleva les autres sur les voûtes célestes, établit le firmament au milieu de l'abîme, et permit aux eaux supérieures de couler comme sur le dos de ces voûtes.

Mais maintenant, dira-t-on, quelles louanges peuvent faire entendre des créatures, sans voix, sans langue, sans âme , sans raison, sans intelligence; qui n'ont ni l'organe de la parole, ni la pensée? Il y a deux manières, de glorifier: l'une par les paroles, l'autre par ce que soient les yeux. On peut même ajouter une troisième manière, par la conduite et par les oeuvres. Car, ce ne sont pas seulement les paroles, le silence même de l'homme glorifie Dieu; c'est ainsi que le Christ a dit: " Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes couvres et qu'ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. " (Matth. V, 16); et ailleurs: " Ceux qui me glorifient, je les glorifierai. " (I Rois, II, 30.) Il y a, sans doute la glorification par la langue, exemple Moïse, glorifiant Dieu avec Marie et disant: " Chantons des hymnes au Seigneur, parce qu'il a fait éclater sa gloire. " (Exode, XV, 1.) Il y a aussi la glorification qui résulte de la création même; c'est encore le Psalmiste qui nous dit: " Les cieux racontent la gloire de Dieu , et le firmament publie les ouvrages de ses mains. " (Ps. XVIII, 1.) Ainsi la (302) création même le loue par la beauté, par la position, la grandeur, la nature, l'usage, les services, la persistance, l'utilité; donc lorsque le Psalmiste dit: Louez le Seigneur, anges, vertus, cieux, lune, soleil, étoiles, eaux, qui êtes au-dessus des cieux, il veut dire que toute créature manifeste la sagesse de l'ouvrier, fait éclater des merveilles; ce que Moïse a exprimé rapidement au commencement de son récit. " Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes (Gen. I, 3l); " tellement bonnes qu'elles glorifiaient l'ouvrier, et portaient le spectateur de ces oeuvras à louer Celui qui les avait faites.

2. Voilà donc la louange qu'entend le Psalmiste, c'est la beauté des oeuvres; voilà ce qui provoque en l'honneur de l’ouvrier les hymnes de louanges. Ce que Paul exprime aussi, en disant : " Les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis la création du monde, sa puissance éternelle et sa divinité." ( Rom. I, 20.) Et le Psalmiste, après avoir parlé des créatures, et laissé au spectateur le soin de conclure, de l'aspect des choses visibles, la beauté, la grandeur et l'utilité des oeuvres de Dieu, indique une autre raison de louanges. " Dieu a parlé, et toutes ces choses ont été faites; il a commandé, et elles ont été créées. Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle, il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir. "

La beauté, la merveilleuse magnificence de ses couvres se manifestent suffisamment aux regards. Quant à cette vérité, qu'il y a un ouvrier qui les a faites; qu'elles ne sont ni des effets du hasard, ni incréées, c'est ce que l'on peut déduire des paroles mêmes de l'Écriture. Je veux apprendre à celui qui doute, qu'il y a, de ces oeuvres un créateur, un ouvrier, prévoyant, plein de sollicitude. L'Écriture en effet pose ici deux vérités, ou plutôt trois; et, si l'on examine le texte avec attention on verra même qu'il y en a quatre, à savoir: que l'ouvrier a créé, et a crée du néant, et a créé facilement, et que ce qu'il fait exister, il le gouverne. En effet, cette expression, " il a parlé " montre la facilité de l'oeuvre; c'est ainsi que Paul disait: " Qui vivifie les morts, et qui appelle ce qui n'est, point, comme ce qui est. " (Rom. IV, 17.) Ce mot " appelle " c'est pour montrer la facilité. Quant à ce fait, que Dieu gouverne ce qu'il fait exister, le Prophète l'indique encore par ces paroles : " Il les a établies pour le siècle, et pour le siècle du siècle. Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir. " Voyez comme, ici encore, il nous montre la puissance, l'autorité, non-seulement par ce que l'ouvrier a établi, mais aussi, parce qu'il a prescrit ses ordres ; le Psalmiste emploie le langage humain pour faire comprendre l'action divine. De même qu'il vous est facile, à tous, de parler, de donner un ordre; de même il est facile, pour Dieu, de créer du néant, et de gouverner ce qu'il fait exister, disons mieux, la facilité n'est pas égale ; elle est, chez Dieu, de beaucoup plus grande; il n'est pas de paroles pour exprimer l'extrême facilité avec laquelle il a tout créé ; et, ce qui est admirable, ce n'est pas seulement qu'il gouverne, ni que les lois de la nature sont immuables, mais c'est que la création se perpétue à l'infini. Considérez la longueur du temps, et aucune confusion n'a troublé les êtres; la mer n'a pas inondé la terre ; le soleil n'a pas dévoré, de ses feux, les objets visibles ; le ciel ne s'est pas ébranlé; les limites du jour et de la nuit ne se sont pas confondues; il n'y a pas eu de bouleversement dans les saisons, ni rien de pareil : tout ce qui a reçu l'être, et dans le monde supérieur, et sur la terre, a conservé exactement les limites une fois prescrites dès le commencement du monde à chaque partie de la création.

Après avoir parlé des créatures supérieures,, de celles qui résident dans les cieux, le Psalmiste descend sur la terre. Nous l'avons déjà vu parlant des créatures supérieures, commencer par les puissances super-célestes, descendre ensuite aux créatures célestes; de même, ici : des créatures célestes, il se précipite d'un bond vers celles de la terre. En effet, certains hommes décident que les créatures célestes sont dignes de Dieu, mais, pour celles de la terre, ils les censurent, parce que l'on trouve sur la terre des scorpions, des lions, des vipères, des dragons et d'autres espèces d'animaux; des arbres stériles. Le Psalmiste, comme pour leur répondre, entreprend une autre manière de raisonnement. Or, voyez ce que fait le Psalmiste: laissant de côté les animaux dont l'utilité est reconnue, les brebis, les bœufs, dont l'utilité est une vérité de l'expérience ; les ânes, les chameaux, toits les animaux qui nous servent à transporter des fardeaux, il s'occupe de ceux qui paraissent inutiles, des dragons ; il parle des mers, qui ne sont pas navigables; il parle de ce qui semble créé pour nous importuner; (303) du feu, de la grêle, de la neige, de la glace; ensuite des arbres stériles, des montagnes ; il laisse, ici encore, de côté les plaines spacieuses et propres à la culture, les vergers produisant des fruits utiles et agréables ; il passe aux montagnes, aux collines, aux lieux déserts, et il mentionne tous les serpents. Pour plus de clarté, écoutons ses paroles mêmes. Après avoir dit: " Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir, " il ajoute : "Louez le Seigneur, ô vous qui êtes sur la terre ; vous, dragons, et vous tous, abîmes d'eau, feu, grêle, neige, glace, vents, qui excitez les tempêtes; vous tous, qui exécutez sa parole. " Un autre texte : " Vent de Typhon; vous montagnes, et toutes les collines; arbres fruitiers, et tous les cèdres; bêtes sauvages, et tous les autres animaux, reptiles, et vous oiseaux qui avez des ailes. (7, 8, 9, 10.) " D'où vient qu'il entreprend un pareil discours? Il veut montrer à satiété la providence de Dieu. Et en effet, si les êtres en apparence inutiles, ennemis du genre humain, sont tellement bons, tellement utiles qu'eux aussi célèbrent Dieu, qu'ils exaltent la gloire de l'ouvrier qui les a faits, réfléchissez en vous-mêmes, que dirons-nous des autres êtres? Si vous voulez bien, reprenons une à une chacune des créatures qu'il a nommées, " vous, dragons, " dit-il, " et vous tous abîmes d'eau." Il faut entendre ici par " dragons, " les baleines comme dans un autre passage où il dit : " Ce dragon que vous avez formé pour s'y jouer (Ps. cru, " 26) ;" les passages abondent, où l'on peut voir la baleine appelée de ce nom.

3. Et comment, dira-t-on, cet animal glorifie-t-il celui qui l'a fait? Je réponds, moi, comment ne le glorifie-t-il pas ? Vous en voyez la grandeur, la structure, si nettement racontée dans le livre de Job. (Job, XL, 41 et suiv.) Comment n'admireriez-vous pas l'ouvrier, qui a produit un si grand animal ? Et en vérité, la grandeur n'est pas ici ce qui doit nous frapper; remarquons de plus ce fait, que cet animal a pour résidence des mers qui ne sont pas navigables, et il faut admirer que ces limites ne soient pas franchies par un monstre féroce et d'une incomparable grandeur. Il reste dans les régions qui lui ont été fixées, et, non-seulement il ne s'élance pas sur la terre, ni vers des contrées habitables, mais il ne s'échappe même pas vers ces parties de la mer que visitent les navigateurs; il ne détruit pas les différentes espèces de poissons; il vit en se renfermant dans les limites à lui fixées. Et ce n'est pas là la seule merveille; considérons, dans l'abîme, l'immensité de la profondeur. Ce que nous avons remarqué dans un animal, peut encore se remarquer dans la mer; soulevée par les vents, elle est irrésistible, le volume de ses eaux est immense et cependant elle ne franchit pas ses limites ; elle n'inonde pas les terres voisines, elle demeure attachée par d'indissolubles liens , quelle que soit d'ailleurs l'insolence de ses flots. Voyez donc une telle grandeur, les souffles si puissants qui la soulèvent, et cette merveille, cette masse désordonnée, cette masse énorme, cet élément d'une violence irrésistible, ne sort pas du lieu qui lui est propre ; et, au sein de perturbations si grandes, conserve l'ordre et la mesure. Méditez ces réflexions en vous-mêmes et vous chanterez alors le cantique de louanges en l'honneur de Dieu, et vous admirerez sa puissance, son habileté, sa force, son empire. Il y a encore des causes ineffables, connues seulement de celui qui a tout créé. De là, ce que disait un sage : " Ne demandez pas pourquoi ceci , à quoi bon cela? Car tout a été fait à son usage. " (Eccl. XXXIX, 2.) " Feu, grêle, neige, glace, vents qui excitez les tempêtes, vous tous qui exécutez sa parole. " Ici encore, le Psalmiste ajoute une idée nouvelle. En effet, dans le psaume précédent, il admirait qu'en un instant bien court, là neigé envahit toute la surface de la terre; il admirait la glace qui durcit, qui se transforme, se change en ses contraires. Maintenant, dans le psaume qui nous occupe, il s'étonne que ce qui n'était pas ait été fait.; que ce qui a été fait subsiste, et que ces créatures qui subsistent soient des serviteurs qui, quoique dépourvus de raison, exécutent les ordres de Dieu avec une parfaite obéissance. ( Ps. CXLVII; 5, 6. ) Ce n'est pas tout, souvent un seul ordre a suffi pour la transformation complète des éléments en leurs contraires comme on l'a vu dans la fournaise de Babylone, où le feu brûlait et servait en même temps de rosée. Eh bien, après? objecte-t-on, y a-t-il là une raison de rendre à Dieu des actions de grâces ? Sans doute, et une raison des plus puissantes. En effet, Dieu mérite également d'être loué, quand il punit et quand il exempte du châtiment; car il y a là deux preuves qui manifestent également sa sollicitude, deux preuves égales de sa bonté. (304) Les hommes suivent tantôt la bonté, tantôt la perversité, la colère; Dieu, par des moyens différents, ne révèle jamais que sa bonté. Il faut donc également le louer d'avoir mis Adam dans le paradis et de l'en avoir chassé; il faut lui rendre grâces, non-seulement pour la royauté qu'il nous destine, mais aussi pour !'enfer; car s'il l'a fait, s'il nous en menace, c'est pour nous affranchir du vice. En effet, si nous remercions le médecin, non-seulement quand il nous permet la nourriture, mais quand il nous impose les tourments de la faim, non-seulement quand il nous envoie en promenade sur la place publique, mais quand il nous tient chez nous, enfermés ; non-seulement quand il nous frictionne, mais quand il brûle et ampute nos membres, parce que si les traitements sont différents, c'est toujours la même fin qu'il se propose; de même il faut louer Dieu pour tout ce qu'il fait et il faut le louer beaucoup plus encore, parce que c'est Dieu; le médecin n'est qu'un homme et souvent le résultat trompe le médecin; mais ce que Dieu fait témoigne de la plus sage sollicitude. Et, voyez maintenant : la grêle et le feu n'ont pas été seulement des instruments de supplices, mais la grêle et le feu ont affranchi du supplice, ont terminé des guerres, ont repoussé des invasions ennemies. Ignorez-vous les prodiges accomplis par le moyen de ces éléments, et en Egypte, et dans la Judée, et au milieu de notre génération ? Et la puissance de Celui qui commande est si grande, que les oeuvres qu'il accomplit par ses anges, par des créatures spirituelles, par de grandes puissances, il lui arrive souvent de les accomplir par le moyen des éléments, d'une manière admirable. Ce que Dieu fait, afin que l'insensé n'attribue pas les oeuvres à l'ange, mais à Celui qui lui a commandé. Un ange a mis fin à une guerre? la grêle en a fait autant. Un ange a exterminé les premiers-nés des Egyptiens? La mer en fureur, elle aussi, a exterminé tout un peuple. Donc, pour toutes ces merveilles, rendez grâces au Dieu de bonté. " Vous, montagnes, et toutes les collines, arbres fruitiers et tous les cèdres; vous, bêtes sauvages, et tous les autres animaux; vous reptiles, et vous, oiseaux qui avez des ailes. " Voyez-vous la complaisance avec laquelle il s'arrête sur les êtres inutiles, les montagnes, les bois, les collines, les animaux, les reptiles, les arbres stériles ? Les arbres fruitiers montrent d'eux-mêmes leur utilité, de même que les plaines et les animaux d'un caractère doux; mais les bêtes féroces, les serpents, les montagnes, les arbres stériles, dira-t-on, quelle utilité présentent-ils? Une très-grande assurément et qui répond pour nous à de grands besoins, car les montagnes, et les collines, et les arbres stériles nous sont très-précieux, pour nous fournir des matériaux de construction. Si ces matériaux nous manquaient, notre race périrait; de même donc que nous avons besoin de champs cultivés pour en tirer nos aliments, de même nous avons besoin de bois stériles et de pierres pour construire nos maisons et pour mille autres usages.

4. Mais les serpents, dira-t-on, les scorpions, les dragons, les lions, à quoi cela sert-il ? quelle en est l'utilité ? immense, inexprimable, aussi précieuse que celle que nous retirons des animaux apprivoisés. Ceux-ci nous sont utiles, à titre de serviteurs; les autres vous inspirent la crainte, pour vous apprendre la modération; pour vous exercer à la lutte; pour vous rappeler la faute de votre premier père ; pour vous montrer les déplorables suites de la désobéissance. 'En effet, ces animaux n'étaient pas, dès le principe, terribles pour l'homme; l'homme n'avait pas de raison pour les fuir; ils étaient doux et apprivoisés ; tel était leur caractère, lorsque Dieu les conduisit auprès d'Adam, lorsque Adam leur donna leurs noms. Le serpent adresse la parole à la femme; Eve ne s'en détourne pas avec horreur ; mais une fois que le commandement du Seigneur eut été transgressé , une fois que l'homme eut désobéi à Dieu, l'homme perdit la plus grande partie de ses glorieux privilèges. Donc, à la vue d'un lion, à la vue d'un serpent, rappelez vous l'enseignement sacré, et ce spectacle sera pour vous une éloquente leçon de sagesse; rappelez-vous aussi Daniel ; quand son âme eut reconquis l'antique innocence, il méprisa ces animaux qui inspirent la terreur. Paul, de même, méprisa la vipère. (Act. XXVIII.) Ces souvenirs réveilleront votre zèle, votre application.

Nous pouvons d'ailleurs admirer encore ici une autre preuve de la sagesse avec laquelle Dieu a disposé les choses. Quelle est-elle? c'est que Dieu a fixé à ces animaux des résidences loin des villes, à savoir, les solitudes ; ils sont terribles et ils ne séjournent pas dans les cités; ils ne s'élancent pas sur les hommes qui les (305) habitent; la solitude leur plaît , ils sen contentent, parce que c'est là, dès le commencement, le séjour que Dieu leur a fixé. Ainsi, quand vous dormez, ces animaux parcourent la solitude: ce que le Prophète montre encore dans un autre endroit, par ces paroles : " Vous avez répandu les ténèbres , et la nuit a été faite, et c'est durant la nuit que toutes les bêtes de la forêt se répandent sur la terre. " ( Ps. CIII, 20. )

Voyez-vous les traces, encore aujourd'hui subsistantes, de votre premier empire? Quelque diminution qu'il ait subie, quoique mutilé , il conserve encore quelque signe qui le fait reconnaître. Ces bêtes sauvages sont comme des esclaves , relégués loin de nous, séparés de nous, par le temps et par l'espace; ne les attaquez pas, elles n'oseront pas vous attaquer; elles vivent dans les déserts; vos angoisses, vos chagrins, parce que des bêtes féroces ont été faites , rie prouvent que votre démence. Si votre conduite est conforme à la vertu, elles ne vous feront aucun mal ; si vous avez souffert du mal que vous ont fait les bêtes féroces, pensez que vous avez souffert beaucoup plus. de celui que vous ont fait les hommes. L'homme est plus redoutable que la bête féroce; celle-ci montre sa férocité, l'homme cache sa perversité sous le masque de la douceur; de là vient qu'il est souvent difficile de s'en préserver. Pratiquez la sagesse; ni bêtes féroces, ni hommes ne vous nuiront, mais au contraire vous serviront beaucoup. Et que parlé-je de la bête féroce et de l'homme , lorsque le démon lui-même, non-seulement n'a fait. à Job , aucun mal, mais a été pour lui l'occasion de conquérir les plus glorieuses couronnes? Que parlé-je de la bête féroce et de l'homme, lorsque les éléments mêmes que vous portez eu vous, si vous tombez dans le relâchement, sont, pour vous, des causes bien autrement graves de douleur? je parle de la bile ou de la pituite, que, dans votre intempérance, vous ne songez pas à réprimer, ennemis funestes, tant il est vrai que nous avons un besoin absolu de modération et de vigilance. Mais ici, de même que la négligence attire les plus grands maux, ainsi l'attention à veiller sur soi-même suffit pour trouver les plus précieux avantages; car enfin tout dépend de la volonté, du libre arbitre. Ce qu'est la neige dans l'univers, et le feu, et le vent des tempêtes; la pituite, le sang et la bile le sont pour le corps, et ce qu'il faut, c'est que la parfaite sagesse règle notre tempérament, si nous voulons retirer, de notre constitution, futilité qu'elle comporte; si nous ne voulons pas nous exposer aux maladies. Mais à quoi bon parler du corps? l'âme aussi a des puissances qui, une fois exagérées, deviennent des maladies ; châtiez-les, modérez-les, ces mêmes puissances deviennent des auxiliaires ; la colère convenable est un remède salutaire ; la colère immodérée cause votre perte. Le désir naturel, suivi avec modération, fait de vous un père; en effet, au point de vue de la procréation des enfants, ce désir a son utilité ; mais lâchez la bride, et il vous jette , trop souvent, dans les impuretés, dans les adultères. Donc, n'accusez pas les choses, n'accusez jamais que votre volonté. Si vous négligez de la surveiller, vous trouvez en vous-mêmes ce qui vous blesse; dans votre propre corps, ce qui le perd. Avez soin de votre âme; ni les anges déchus, ni le démon ne pourra vous nuire; et les bêtes féroces, bien moins encore.

" Que les rois de la terre et tous les peuples (11); " un autre texte : " Et toutes les tribus." " Que les princes et tous les juges de la terre; que les jeunes hommes et tes jeunes filles (12) ; " un autre texte : " Choisis. " Que les " vieillards; avec les plus jeunes; " un autre texte : " Avec les jeunes gens," " louent le nom du Seigneur. " Ici maintenant le Psalmiste parle d'une autre preuve de la Providence, à savoir, (les princes; ce que Paul proclame aussi, dans sa lettre aux Romains, montrant, avec beaucoup de sagesse, que c'est une opération de la providence de Dieu d'avoir partagé tout le genre humain, d'une part en magistrats, d'autre part, en hommes qui leur obéissent. " Car le prince est le ministre de Dieu, " dit-il, " pour vous, en vue du bien. " (Rom. XIII, 4.) Supprimez-le, c'est la ruine du genre humain tout entier. Et en effet, si aujourd'hui que tant de princes et de magistrats sont corrompus et dépravés, leur utilité pourtant est si grande; s'il est vrai que, malgré leur malignité, ils nous rendent de si importants services, réfléchissez en vous-mêmes, supposez que tous ceux à qui des commandements sont confiés, sont des hommes vertueux, quel ne serait pas alors le bonheur du genre humain? Mais que des magistrats aient été établis, voilà l'oeuvre de Dieu ; que des pervers soient élevés aux magistratures, et abusent de leur pouvoir, (306) c'est ce qu'il ne faut attribuer qu'à la perversité humaine.

5. Donc, le Psalmiste nous dit qu'il faut rendre à Dieu de grandes actions de grâces, parce qu'il y a des rois et des juges. En effet, s'il a pris le soin de constituer, selon un ordre fixe, dans une mesure déterminée, le gouvernement des hommes; s'il n'a pas voulu qu'un grand nombre d'hommes vécussent d'une vie plus grossière que celle des bêtes sauvages, il a dû alors, comme il a inventé l'art de conduire les chars, et la science de diriger les navires, inventer aussi les puissances des magistrats et des rois. Donc, prince ou magistrat, rends grâces au Dieu de bonté, qui t'a donné l'occasion de montrer tant de zèle et d'activité ; et toi, qui n'es qu'un simple citoyen, rends ainsi grâces au Seigneur, qui t'a donné quelqu'un pour prendre soin de toi ; qui n'a pas voulu que les trames des méchants pussent t'écraser; vieillard ou jeune homme, rends grâces à Dieu ; c'est là en effet ce que prouve avant tout ce psaume. Il faut louer Dieu, pour toutes choses; que l'on soit magistrat, ou que l'on soit simple citoyen. Voilà pourquoi le Psalmiste dit: " Et tous les peuples, " c'est-à-dire, vieillard ou jeune homme, homme ou femme. " Parce qu'il n'y a que lui dont le nom est vraiment élevé. " Un autre texte. " Est au-dessus de tous (13). " " Au-dessus du ciel et de la terre se publient ses louanges; " un autre texte: " Et se chantent ses hymnes. C'est lui qui élèvera la puissance de son peuple. Qu'il soit loué par tous ses saints, par les enfants d'Israël, par ce peuple, qui est proche de lui (14). " Ce qui revient à dire : j'ai montré, par toutes les créatures visibles, sa prévoyance, sa gloire, sa majesté. Eh bien ! c'est lui-même qu'il faut louer, non-seulement pour ces raisons, mais, de plus, sans ces raisons, car, avant et sans ces raisons de louanges, à lui l’élévation, à lui la gloire, à lui, de la part de tous les êtres, les actions de grâces.

Et maintenant cette expression, " Il n'y a que lui " c'est pour le distinguer des faux dieux. Le Psalmiste élève encore l'auditeur à une contemplation plus haute ; de la terre il l'enlève au ciel. De même, en effet, qu'au commencement, il est descendu du ciel sur la terre, de même, par un mouvement contraire, il emporte l'homme loin de tous les êtres visibles, au-dessus du ciel, en disant: " Au-dessus du ciel et de la terre, se publient ses louanges, " ce qui veut dire, que, bien que les puissances supérieures, invisibles, purement spirituelles, ne cessent pas de rendre grâces à Dieu et de le louer, Dieu pourtant, un tel Dieu, un si grand Dieu, a daigné nous aussi, nous appeler son peuple, et non-seulement nous appeler, mais nous élever, nous exalter. Voilà pourquoi il a ajouté : " Et c'est lui qui élèvera la puissance de son peuple. " Nouvelle raison de rendre, à ce Dieu, un plus grand culte; et le Psalmiste nous montre que ce Dieu n'a besoin ni du culte ni de la vénération particulière de ce peuple (comment en aurait-il besoin, lui que glorifie la nature entière, à qui sont soumises tant de créatures ?). C'est par sa seule bonté qu'il s'est attaché particulièrement ce peuple, qu'il en a fait son ami, qu'il l'a rendu glorieux, illustre dans l'univers; ce que montrent ces paroles : " Qu'il soit chanté par tous ses saints, par les enfants d'Israël, par ce peuple qui est proche de lui. " Le Psalmiste, en effet, n'a pas voulu ménager des prétextes à la nonchalance, à l'indolence en appelant les Israélites le peuple de Dieu; il n'a pas voulu que, se confiant à ce titre, ils négligeassent la vertu. Aussi, après avoir dit. " Qu'il soit chanté par tous " il ne dit pas simplement, les hommes, mais " ses saints; " et encore , après avoir dit, " par les enfants d'Israël, " il a ajouté : " Par ce peuple qui est proche de lui. " Maintenant un autre interprète, au lieu de, qu'il soit chanté, dit, " qu'il soit loué. " Donc, ce que dit le Psalmiste, revient à ceci: si vous êtes saints, si vous vous approchez de Dieu, vous obtiendrez une grande gloire, car tous ses biens sont éternels, comme il convient à Celui qui possède tant de richesses et tant de gloire. Il faut donc, de plus, de notre côté, faire ce qui dépend de nous, afin de jouir, nous aussi, de la plénitude de la gloire, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire, et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CXLIX. 1. " CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CANTIQUE NOUVEAU. "

ANALYSE.

1. La meilleure action de grâces est celle qui résulte d'une vie remplie de bonnes oeuvres.

2. On a cherché un sens anagogique dans l'usage des instruments nommés dans ce psaume; saint Chrysostome, qui en général se défie de toute allégorie non indiquée par le texte même de l'Ecriture, ne voit dans ces instruments qu'un moyen de soutenir la faiblesse des Juifs.

L'attrait de la musique les attachait au culte de Dieu, que, sans cela, leur peu de ferveur leur aurait fait abandonner. Cette même idée se trouve répétée dans le psaume suivant.

1. Selon le sens anagogique, c'est le Nouveau Testament que désigne ce cantique nouveau ; car tout alors est devenu nouveau. Le Testament : " Je ferai, " dit le Prophète, " avec vous un testament nouveau (Jérém. XXXI, 31) ; " la créature : " S'il y a dans le Christ, une nouvelle créature (II Cor. V, 17) ; " l'homme : " Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez-vous du nouveau, qui se renouvelle en avançant dans la connaissance et la ressemblance de Celui qui l'a créé. " (Col. III, 9.) C'est donc parce que la vie est nouvelle, parce que tout le reste est renouvelé, que l'on dit Nouveau Testament. Et le Prophète exhorte en ce moment à chanter un nouveau cantique. Dans le sens historique, le nouveau cantique c'est celui que les Israélites devaient faire entendre pour leurs victoires, pour leurs succès, pour leurs triomphes, cantique illustre et glorieux. " Que sa louange retentisse dans l'assemblée des saints. "

Voyez-vous bien comme il demande avant les paroles, la conduite, la reconnaissance exprimée par les actions, comme il exige les bonnes couvres, avant de vous introduire dans le choeur destiné à louer Dieu. C'est qu'il ne suffit pas des paroles pour l'action de grâces; il y faut joindre encore la vertu dans les actions. " Que sa louange retentisse dans l'assemblée des saints. " Ces paroles renferment encore un autre enseignement. Elles montrent la nécessité des louanges unies à d'autres louanges , des hymnes s'élevant d'un choeur qui forme un concert. L'.Eglise en effet, c'est un corps où tout se tient, c'est une assemblée. " Qu'Israël se réjouisse en celui qui l'a créé (2). " Avant les bienfaits particuliers, le Psalmiste montre le bienfait étendu sur tous ; c'est comme s'il adressait aux fidèles cette exhortation : bénissez Dieu, vous n'étiez pas, et il vous a fait naître et il vous a donné une âme; ce n'est pas là un bienfait peu considérable. Le Psalmiste en montre ici d'ailleurs un plus grand. Il ne lui suffit pas en effet de la création, il y joint la familiarité, l'affection étroite qui unit à Dieu, et il engage les Israélites à lui rendre grâces, non-seulement parce que Dieu les a faits, mais parce qu'il a fait d'eux son peuple. Voyez-vous comment il unit, comment il attache ce peuple à Dieu, voulant non-seulement que ce peuple lui rende grâces, mais lui rende grâces avec plaisir, de tout son coeur, avec un amour ardent; voilà, en effet, ce que signifie (308) : " Qu'Israël se réjouisse. " II demande donc, à celui qui rend grâces, l'affection, le désir ardent, l'amour énergique, actif, se consacrant tout entier à ce Dieu qu'on célèbre. C'est ce que le même Psalmiste exprimait dans un autre texte : " Comme le cerf soupire après les eaux avives, ainsi mon coeur soupire après vous, mon Dieu; " et encore : " Mon âme est toute brûlante de soif, pour le Dieu fort et brûlant. (Ps. XLI,1, 2); " et encore : " Mon âme brûle d'une soif ardente pour vous, et en

combien de manières ma chair se sent-elle pressée de cette ardeur, dans cette terre déserte, sans chemin et sans eaux ? " (Ps. LXII, 2.) Un autre texte donne : " Comme dans une a terre qui a soif. " Le Psalmiste, pour montrer la disposition de son âme, l'ardeur de son désir, compare son coeur à une terre qui a soif, à un cerf altéré. Il exprime encore, par d'autres paroles, le même désir en disant : " Quand viendrai-je , quand paraîtrai-je devant la face de Dieu ? " (Ps. XLI, 3.) Telles sont en effet les âmes des saints; telle était l'âme de Paul, qui gémissait de voir ajourner son départ de cette vie. (II Cor. V, 4.) " Que les enfants de Sion tressaillent de joie en celui qui est leur roi. " Voyez-vous? Il exprime ce que je disais tout à l'heure, la familiarité, l'affection étroite qui a fait de ce peuple un peuple choisi. Voilà pourquoi il a ajouté : " En celui qui est leur roi. " Dieu en effet. n'était pas leur roi seulement par le fait, tic la création, il l'était aussi par cette familiarité étroite , qui l'unissait à ce peuple. " Qu'ils louent son nom en choeur (3). " Voyez encore ici le brillant concert! en effet, les choeurs ont été institués pour que tous, unis d'un même amour. offrent ensemble au Seigneur leurs bénédictions. C'est ce que Paul exprime par ces paroles : " Ne nous retirant point des assemblées des fidèles. " (Hébr. X, 25.) C'est ce qu'exprime encore la prière présentée en même temps par tous : " Notre Père, qui êtes aux cieux (Matth. VI, 9) ; " et : " Remettez-nous nos péchés (Luc, XI, 4); " et " Ne nous induisez pas en tentation ; " et " Délivrez-nous du mal. " Vous y voyez partout le pluriel. C'est ainsi qu'autrefois on instruisait les fidèles à se réunir, pour faire entendre les hymnes et les cantiques en l'honneur de Dieu. Tout les formait à la charité et à la concorde. " Qu'ils célèbrent ses louanges, avec ale tambour et le psaltérion. "

2. Quelques personnes appliquant l'interprétation anagogique à ces instruments, prétendent que le tambour réclame de nous la mortification de la chair, tandis que le psaltérion nous avertit d'élever nos renards vers le ciel. En effet, cet instrument se touche par la partie supérieure , non pas par l'inférieure comme la cythare. Pour moi, je dirai que ces peuples se servaient anciennement de ces instruments, parce qu'ils avaient l'esprit lourd, qu'il y avait peu de temps qu'on les avait arrachés aux idoles; et, de même que Dieu leur permit les sacrifices, de même il leur laissa ces instruments, pour s'accommoder à leur faiblesse. Donc, ce qu'il réclame d'eux ici , c'est de chanter avec joie ; voilà en effet ce que signifient ces paroles : " Qu'ils louent son nom par des concerts. " L'harmonie, c'est ici la pureté de la vie. Le Psalmiste, pour raviver leur ardeur, parle ensuite de la bonté du Pieu qu'il faut chanter : " Car le Seigneur a mis sa complaisance dans son peuple (4). " Quelle prospérité se pourrait comparer à la faveur d'un Dieu clément ? " Et il élèvera ceux qui sont doux, et les sauvera. " Voyez encore ici, comme il expose ce qu'il faut attendre de Dieu, ce que Dieu attend des hommes. De même que, tout à l'heure, en réclamant les actions de grâces, il a montré ce qui vient de Dieu, par ces paroles . " Car le Seigneur a mis sa complaisance dans son peuple; " de même, ici encore, en promettant les bienfaits de Dieu, il exige en même temps ce qui dépend des hommes : " Et il élèvera ceux qui sont doux., et les sauvera. " Elever , voilà la part de Dieu ; être doux, voilà la part de l'homme. Ce qui vient de Dieu, ne se montre qu'après ce qui vient de l'homme. Et maintenant voyez la grandeur du don. Il ne dit pas, sauvera n'importe comment, mais : " Il élèvera et sauvera, " c'est-à-dire, non-seulement il délivrera des maux, mais il accordera de plus l'éclat et l'illustration ; avec le salut, il donnera aussi la gloire. Le Psalmiste, développant cette pensée, ajoute : " Les saints seront dans la joie, se voyant comblés de gloire (5). " De même que, plus haut, il réclame fa douceur du coeur, de même ici il demande la sainteté. Partout en effet Dieu se montre avec ses miracles, c'est ainsi qu'il a affranchi les Israélites de la servitude des Egypliens; c'est ainsi qu'il les a ramenés de Babylone, et ce n'est pas seulement en les affranchissant, mais c'est (309) par les prodiges accomplis qu'il a surtout glorifié son peuple. " Ils se réjouiront dans le lieu de leur repos. " Ces paroles expriment la plénitude de la sécurité, la plénitude de la paix, la plénitude de la joie, la plénitude de la félicité. Et ce que dit le Palmiste, c'est pour faire savoir aux Israélites qu'ils ne doivent rien à leurs armes, rien à leur force particulière; qu'ils doivent tout au secours de Dieu et qu'il importe de le conquérir par l'humilité et par la douceur. " Les louanges de Dieu seront toujours dans leur bouche, et ils auront, dans leurs mains, des épées à deux tranchants, pour exercer la vengeance du Seigneur sur les nations et ses châtiments sur les peuples (6, 7). " Il s'agit ici d'une guerre à faire par les cantiques chantés en choeur; s'ils chantent, s'ils font entendre leurs hymnes, ils s'assureront la victoire. " Les louanges de Dieu, " ce sont les hymnes, les psaumes, les actions de grâces ; voilà pourquoi, au lieu de louanges, un autre interprète dit : " Les hymnes. " Pour exercer la vengeance du Seigneur sur les nations et ses châtiments sur les peuples. " Qu'est-ce à dire ? C'est que leurs vainqueurs ne cessaient de les outrager; or le Seigneur promet à son peuple de repousser, par la force des événements, les outrages de ces ennemis ; de leur montrer, par les événements mènes, que ce n'est pas à la faiblesse du Dieu des Israélites, mais aux péchés de son peuple , qu'ils ont dû leurs victoires. Quand tes Israélites eurent été suffisamment punis, il suffit d'un signe du Dieu de bonté, pour opérer, en faveur de son peuple, un admirable changement. Et maintenant, voyez l'insigne victoire ! le Psalmiste ajoute en effet : " Pour mettre leurs rois à la chaîne, et les plus nobles d'entre eux, dans les fers (8). " Voyezvous l'excès de la puissance ? Ils n'ont pas seulement chassé, repoussé les ennemis loin d'eux; mais ils les ont faits prisonniers, ils les ont traînés à leur suite, manifestant par tous ces événements la puissance de Dieu. " Pour exécuter sur eux le jugement qui est inscrit (9). " Qu'est-ce à dire : " Le jugement qui est inscrit? " Cela veut dire, à découvert, manifeste, avéré, qu'il est impossible d'oublier. Tel est en effet le caractère des oeuvres de Dieu, la grandeur; l'excellence de ses miracles s'étend dans toute la durée des siècles. Telle sera donc, dit le Psalmiste, la victoire, tel sera le trophée, qu'il sera pour tous manifeste, à découvert, comme l'inscription d'une colonne, indestructible à jamais. Telle est la gloire réservée à tous ses saints. Quelle est cette gloire? D'avoir vaincu, ou plutôt, ce n'est pas simplement d'avoir vaincu, mais d'avoir vaincu de cette manière, par le bras de Dieu, par le secours d'en-haut. Et maintenant, voyez comme ici encore, il ne se lasse pas de parler des saints, excitant ainsi les fidèles à la pratique et au zèle de la vertu. Quant à moi, je ne crois pas qu'il entende par gloire, la victoire seulement, mais les louanges, les hymnes, les cantiques; il rappelle dans toutes ces paroles, que ceux qui louent le Seigneur recevront un grand accroissement de gloire et deviendront plus illustres, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

 

 

EXPLICATION DU PSAUME CL. 1. " LOUEZ LE SEIGNEUR DANS SES SAINTS. " UN AUTRE TEXTE : " DANS UN SANCTUAIRE. " UN AUTRE TEXTE : " DANS CE QU'IL SANCTIFIE. "

ANALYSE.

Que tous les membres de notre corps louent Dieu et forment un concert en son honneur.

Ces paroles s'appliquent, soit au peuple, soit à la vie sainte, et aux saints. Or voyez comme ici encore, pour terminer son livre des psaumes, il parle de l'action de grâces, nous montrant, par là, que tel doit être le commencement, et telle doit être la fin de nos actions et de nos paroles. Aussi Paul disait: " Quoi que vous fassiez , ou en paroles ou en actions , faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui, à Dieu le Père." (Col. III, 17. ) C'est ainsi que commence notre prière. En effet, dire, "Notre Père, " c'est rendre grâces pour les dons que l'on a reçus, et pour les indiquer, il suffit de prononcer ce nom. Dire, " Notre Père, " c'est reconnaître l'adoption des enfants ; reconnaître l'adoption des enfants, c'est proclamer la justice, la sanctification, la rédemption , la rémission des péchés, tous les dons du Saint-Esprit. Il faut en effet, que tous ces bienfaits précèdent pour que nous jouissions de l'adoption qui nous fait enfants de Dieu, pour que nous méritions d'appeler Dieu, notre père. Mais il me semble que le Psalmiste insinue encore une autre pensée, quand il dit: " Dans ses saints. " Cela veut dire par le moyen de ses saints; donc rendez grâces i Dieu de ce qu'il a introduit parmi les hommes une telle forme de vie; de ce que, des hommes, il a fait des anges; aussi, après avoir dit. " Dans ses saints , " le Psalmiste ajoute : " Louez-le dans le firmament où il fait éclater sa puissance, " montrant par ces paroles ce que j'ai déjà dit. Car les saints sont plus chers à Dieu que son firmament. Car le ciel est fait pour l'homme , et non l'homme pour le ciel. Maintenant un autre texte, au lieu de, " Dans le firmament, " porte. " Dans l'indestructibilité; " un autre: " Dans le firmament de sa puissance. " Or, le Psalmiste me paraît ici avoir encore une autre pensée, comme dans l'avant-dernier psaume. Là, en effet, il dit; " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges. " (Ps. CXLVIII, 2.) Ici, " Louez-le, dans son firmament, " c'est-à-dire, vous qui êtes dans son firmament; le Psalmiste ne se lasse pas d'inviter les puissances supérieures à s'associer à l'élan de ses louanges. " Louez-le dans les effets de son pouvoir (2) ; " un autre: " Par ses puissances." L'hébreu dit: " Begeburothau. " Voici la pensée: louez-le , à cause de tout ce qu'il a de puissance, à cause de sa force, à cause de ses miracles, à cause de son pouvoir, qu'il manifeste par toutes les créatures; par celles qui vivent sur la terre, par celles qui vivent dans les cieux; par les oeuvres générales , par les oeuvres particulières : à chaque instant, et toujours. Louez-le, " selon l'étendue de sa grandeur. " Est-ce possible, et quelles louanges pourraient égaler sa grandeur? Le Psalmiste ne dit pas, une louange qui égale; (311) mais, dit-il, selon que vous pouvez comprendre l'immensité de cette grandeur, vous devez la louer, dans la mesure de vos forces, autant qu'une louange , digne de Dieu , de cette incomparable grandeur, peut sortir de la bouche d'un homme. Nul en effet, ne peut dignement louer Dieu. Avez-vous compris la passion de cette âme sainte? avez-vous compris le feu qui la brûle, qui la tourmente, qui l'excite, qui lutte pour surmonter la naturelle faiblesse ; pour s'élancer de la terre au ciel; l'ardeur de l'âme attachée à Dieu, qu'un désir brûlant jette dans le sein de Dieu? " Louez-le, au son de la trompette ; " un autre texte: " Au son de la trompe. Louez-le, avec le psaltérion et la harpe; " un autre: " Avec le nablum, (espèce de harpe) , et la lyre ; louez-le avec le tambour, et dans les chœurs ; louez-le avec le luth et avec l'orgue; " un autre texte: " Avec des cordes et avec la harpe ; "Louez-le, avec des cymbales harmonieuses; " louez-le avec des cymbales de jubilation. " Un autre: " Avec des cymbales de signification,. " Que toute haleine loue le Seigneur. " Un autre texte: " Que toute respiration. " Il excite tous les instruments; il veut les entendre tous offrir à Dieu leur mélodie , il leur communique à tous la chaleur qui le brûle; il les réveille tous.

Eh bien donc ! de même qu'il ordonne aux Juifs de louer Dieu par tous les instruments, de même il nous prescrit, à nous , de le louer par tous nos membres: par nos yeux, par notre langue, par nos oreilles et par nos mains; ce que Paul, de son côté, exprime ainsi: " Offrez vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu , pour lui rendre un culte raisonnable. " (Rom. XII, 1.) La louange qui vient de l'oeil, ce sont des regards dont rien n'altère la pureté ; la louange de la langue, ce sont les psaumes ; la louange de l'oreille, c'est l'ignorance des chants impurs, des discours qui accusent le prochain; la louange que fait la pensée, c'est la simplicité qui ne connaît pas la ruse, et n'admet que la charité. Les pieds louent le Seigneur, lorsqu'ils ne courent pas au vice, mais aux bonnes oeuvres ; les mains louent le Seigneur, quand elles ne s'abandonnent ni au vol , ni aux rapines, ni aux coups, ni aux violences; quand elles s'emploient à l'aumône, à la défense des opprimés. L'homme devient alors une harpe harmonieuse d'une mélodie ravissante, spirituelle, qui s'élève à Dieu. Maintenant, ces instruments dont nous avons parlé, furent permis aux Juifs, à cause de la faiblesse de leur esprit; on voulait les main tenir dans la charité , dans la concorde, les exciter à faire avec ardeur ce qui leur procurerait le salut. Dieu voulait, en leur permettant les plaisirs de ce genre, les amener à des désirs plus élevés. Dieu comprenait combien ces Juifs étaient grossiers, lâches, déchus, et il voulait les réveiller , les consoler de l'assiduité qu'il leur demandait, par les douceurs de la mélodie. Et maintenant que veut dire, " Les cymbales de la signification? " Ce sont les psaumes. Et en effet, ils ne frappaient pas simplement les cymbales, ils ne jouaient pas simplement de la harpe, mais, autant que faire se pouvait, par les cymbales, par les trompettes, par la harpe, ils montraient le sens des psaumes, et le travail, et le zèle dont ils faisaient preuve dans ces exercices, leur était d'une grande utilité. " Que toute haleine " loue le Seigneur. " Après avoir invité au concert de louanges les créatures célestes; après avoir réveillé le zèle du peuple , excité tous les instruments, il s'adresse à la nature entière, il invite tous les âges à ce concert vieillards, hommes faits, jeunes gens, adolescents, femmes, et généralement, sans exception aucune, tous les habitants de la terre; il jette déjà les premières semences du Nouveau Testament, en s'adressant à ceux qui sont répandus sur toute la surface de l'univers. Donc ne nous lassons pas de louer Dieu , de lui rendre, pour toutes choses, des actions de grâces, et par nos paroles, et par nos actions. Voilà , en effet, notre sacrifice , notre oblation ; voilà le ministère par excellence, le digne emploi d'une vie réglée sur le modèle des anges. Et si nous persévérons ainsi à louer Dieu, nous passerons, sans aucune offense, la vie présente , et nous acquerrons lesbiens à venir. Puissions-nous tous nous les voir accordés , par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.