La formation des catéchistes : une tâche primordiale pour l’Église locale

Fr Paul J. Watson S.T.L., MAEd.

Directeur du Maryvale Institute

Ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher (cf. CEC 27). Dieu nous a créés pour lui. En Jésus-Christ, Dieu ne parle pas seulement à l’homme : il le cherche (cf. TMA 7).

C’est pourquoi l’Église locale, le diocèse, " existe pour évangéliser ". Ceux qui évangélisent, qui annoncent et qui catéchisent dans l’Église locale sont ceux qui, dans le Christ, parlent aux pauvres et aux égarés et s’en vont à leur recherche : depuis l’évêque, les prêtres, les diacres, les enseignants et les catéchistes jusqu’aux plus jeunes parents ou aux plus vieux grands-parents. Tous le font comme partie d’un corps, le corps du Christ, qui est l’Église ; pas comme individus, mais " comme Église ".

Comment l’Église locale, ou diocèse, accomplit-elle cette tâche ?

En premier lieu, lors de son ordination, l’évêque reçoit " un charisme certain de vérité " (DGC 222), qui est la vérité d’une personne, celle de Jésus-Christ, Fils de Dieu. En vue de ce charisme, l’évêque reçoit de l’Esprit Saint le pouvoir de susciter " une véritable passion de la catéchèse " (DGC 223), une passion qui se concrétise dans un soutien structurel organisé à tous ceux qui s’engagent avec lui à faire connaître cette vérité, la vérité de cette Personne.

Qui, exactement, est concerné ? Et qui, par conséquent, doit être aidé, soutenu et formé dans le diocèse ?

- d’abord les parents, car " la catéchèse familiale précède, accompagne et enrichit toute autre forme de catéchèse " (DGC 226). L’aide et le soutien aux parents sont d’une importance primordiale.

- mais aussi les prêtres, auxquels il faut apprendre à enseigner et à proclamer " non pas leur propre sagesse, mais la Parole de Dieu, et non pas de façon abstraite, mais en appliquant la vérité éternelle de l’Évangile aux circonstances concrètes de la vie " (DGC 225) afin de répondre aux " vrais besoins des fidèles ".

- et enfin les catéchistes (laïcs et religieux) qui témoignent et qui servent de maintes façons la mission urgente du Christ et de l’Église qui consiste à accompagner les hommes vers cet " amour qui ne finit pas " (CEC 25).

Le Directoire général pour la catéchèse précise que toute forme d’activité pastorale dans l’Église est à risque si elle ne s’appuie pas sur un personnel vraiment compétent et bien formé. C’est pourquoi le Directoire général recommande de donner la " priorité absolue " à la formation des catéchistes (parents compris) et à la formation catéchétique des prêtres.

Les dispositions nécessaires pour assurer la formation sont prises normalement dans les diocèses et les paroisses. Le centres catéchétiques qui proposent des cours répartis sur plusieurs jours sont la norme en Angleterre. Les écoles pour catéchistes sont plus répandues hors d’Europe et dans certains pays en développement. Les " instituts supérieurs ", qui donnent un haut niveau de formation catéchétique (DGC 251) sont vivement recommandés, eux aussi, notamment pour former le personnel qui assumera des responsabilités diocésaines. Mais ils sont moins nombreux.

Je parle de l’intérieur d’un de ces instituts " supérieurs " de catéchisme. Le Maryvale Institute est un centre national et international qui donne une formation catéchétique à tous les niveaux, depuis la base jusqu’au doctorat de recherche. À chacun de ces niveaux, il fait appel une méthodologie particulière, spécialement adaptée à la formation spirituelle et doctrinale d’un personnel adulte.

La méthodologie de l’enseignement à distance alterne le soutien aux études chez soi avec de brèves périodes résidentielles à l’Institut. Paradoxalement, ce type d’études accompagnées, systématiques, mais flexibles, stimulent réellement la motivation et la responsabilité d’apprendre, tout en développant un sens profond de la communauté et du service ecclésial. L’expérience a montré qu’il favorise aussi une formation chrétienne intégrale, du fait que les personnes étudient dans leur milieu de vie, de travail et de pratiques religieuses. Cette méthodologie respecte le caractère spécifique du laïcat dans l’Église, tout en favorisant, au moyen de la catéchèse, sa maturation humaine et apostolique.

La particularité de cette méthode est qu’elle fait de la situation locale le lieu primordial, puisque les personnes ne doivent pas quitter leur foyer pour faire leurs études. Elle évite donc de séparer le catéchiste de son contexte culturel. L’étude du message universel du salut se fait de telle façon qu’elle permet au catéchiste d’insuffler la force de l’Évangile au coeur même de sa culture.

Le Directoire insiste sur la nécessité de donner la priorité à la " catéchèse des adultes ". Si les parents, les prêtres et les enseignants reçoivent une nouvelle inspiration, celle-ci rejaillira sur les enfants par un débordement naturel de joie, de reconnaissance et d’humilité. Les témoignages sont plus éloquents que les mots, et les jeunes ont besoin du témoignage d’adultes qui les inspirent. L’enseignement à distance convient bien à l’apprentissage des adultes.

Le Directoire insiste aussi sur le fait que la pédagogie la plus appropriée à la catéchèse est la pédagogie de Dieu. On pourrait l’appeler aussi pédagogie de la grâce. Le Catéchisme de l’Église Catholique est un exemple parfait d’une telle pédagogie, par le fait qu’il rappelle sans cesse à ses lecteurs et instille en eux le sentiment de la Trinité à l’oeuvre et de la primauté de la grâce. Le Catéchisme de l’Église Catholique doit être à la base de toute catéchèse des adultes, comme elle l’est à Maryvale.

Certains soutiennent que Catéchisme de l’Église Catholique expose les contenus de la foi et que le Directoire général pour la catéchèse présente la méthode. Rien n’est plus faux. Le Directoire général pour la catéchèse parle plutôt des situations, des normes, des adaptations, de l’organisation, des lieux, des moyens, et des différentes méthodes et critères pour une catéchèse efficace, systématique et intégrale.

Le Catéchisme de l’Église Catholique suit une méthode bien précise ; il ne saurait en être autrement, puisque tout contenu doit être transmis selon une méthode, un ordre. La disposition trinitaire, christocentrique et ecclésiale de ses paragraphes, en éclairant le mystère pascal et la dignité de la personne humaine comme un fil d’or qui parcourt tous ses chapitres, incarne une attitude de révérence si profonde et si fervente qu’on ne peut pas ne pas en être formé si on l’étudie sérieusement, au lieu de s’en servir simplement comme d’un dictionnaire ou d’un guide de référence rapide. Sa cohérence d’ensemble, qui a été comparée à une symphonie, est un don précieux pour une authentique catéchèse dans l’Église d’aujourd’hui.