Lieux de coopération entre l’Église et l’État
Prof. Stuart C. Bate OMI, Johannesburg
L’homme, qui vit dans un contexte historique donné, n’en conserve pas moins intégralement sa vocation éternelle (cf. GS 76). Il est donc clair qu’il peut y avoir des lieux de coopération entre l’Église et l’État dans les questions d’ordre temporel.
Une telle coopération est évidente dans l’histoire moderne du continent africain, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation. Au XXe siècle, par exemple, l’Église catholique a apporté une contribution de premier plan au système éducatif des États africains. Baur (1994,274) estime que " les écoles des missions ont été le plus grand service rendu à nos nations africaines en développement ". Les dispensaires des missions ont également contribué à améliorer la qualité de vie d’un grand nombre d’Africains. En 1950, on dénombrait plus de 1500 dispensaires catholiques et 30 millions de centres de consultation sur le continent (Statistiques de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples).
Le pape Jean-Paul II nous rappelle que " la raison qui est à la base de la coopération entre l’Église et l’État est le bien de l’homme " (Concordat avec la Pologne). En Afrique, la coopération dans le domaine de la santé et de l’éducation a contribué à améliorer très nettement la qualité de vie de la population. Cependant, la qualité de vie nécessite aussi une transformation au niveau spirituel. C’est pourquoi l’Église a toujours cherché à jouer le rôle d’un ferment dans ses relations avec les sociétés humaines, afin qu’elles puissent être " renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu " (GS 40).
Les lieux de coopération entre l’Église et l’État devront toujours être établis " en tenant compte des circonstances de temps et de lieu " (GS 76). Certes, il est difficile de trouver des domaines de coopération en présence de persécutions, mais comme l’a souligné le Saint-Père : " une Église qui jouit de la liberté veut être l’alliée de l’État, pour travailler ensemble au progrès humain et au bien commun " (Concordat avec la Pologne). Néanmoins, la coopération avec l’État ne saurait diminuer la mission prophétique de l’Église, qui doit inciter l’État à mettre en œuvre des formes de coopération plus efficaces. Et cela, parce que l’Église " est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine " (GS 76).
La lutte contre le VIH/SIDA constitue un exemple d’actualité. Dans le monde entier, l’Église a lancé une vaste campagne en faveur des personnes atteintes du VIH/SIDA. En 2002, l’archevêque Javier Lozano Barragan a fait savoir que 26% de tous les centres de traitement du SIDA dans le monde sont des établissements catholiques (Agence Zénith, juillet 2002). En Afrique du Sud, le bureau du SIDA de la conférence des évêques catholiques est le premier fournisseur de services après le gouvernement dans la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique du Sud (SAPA, 26 février 2002). Malgré cet effort de collaboration, l’Église en Afrique du Sud a demandé récemment une meilleure coopération entre l’Église et l’État pour assister les personnes atteintes du VIH/SIDA. Les évêques ont appelé le gouvernement à " renforcer sa lutte contre le SIDA dans le pays en distribuant le traitement antirétroviral prévu et en éliminant les obstacles bureaucratiques qui entravent la mise en œuvre des initiatives de la société civile dans le domaine de la santé " (Déclaration de la SACBC sur le SIDA, 2004). Les évêques ont aussi insisté sur le fait qu’" un partenariat et une coopération solides entre l’État et l’Église dans ce domaine sont le seul moyen de garantir que les financements arrivent à ceux qui en ont le plus besoin ".
La coopération entre l’Église et l’État allie toujours la mission prophétique de l’Église, qui consiste à sauvegarder le caractère transcendant de la personne humaine et l’unité de la communauté des hommes, à sa mission de service en vue bien commun. C’est pourquoi cette coopération ne vise pas à inclure l’Église dans la vision et dans les pratiques de l’État, mais plutôt à œuvrer ensemble en vue du bien supérieur de l’humanité dans les divers contextes sociaux concrets.
Références
Baur, J., 1994. 2000 years of Christianity in Africa. Nairobi, Paulist press.
Concordat avec la Pologne. Échange des instruments de ratification du Concordat entre le Saint-Siège et la République de Pologne. Discours de Jean-Paul II, 25 mars 1998.
GS, Gaudium et Spes, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, Vatican II, 1965
Déclaration de la SACBC sur le SIDA 2004. Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud, Pretoria, 4 février 2004. On-Line www.sacbc.org.za/2004aids.htm.
SAPA South African Press Association.