LA PARTICIPATION DES LAÏCS À LA RÉDEMPTION
Prof. Silvio Cajiao, S.I., Bogotà
" Il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes " (1 Tim 2,5- 6). En tant que chrétiens, nous reconnaissons cette médiation salvifique unique, mais nous reconnaissons aussi que le Seigneur a voulu rassembler autour de lui un peuple chargé de prolonger cette action salvifique dans l’histoire. C’est ainsi que le Concile Vatican II nous dit : " Ce peuple messianique… est au sein de toute l’humanité comme un germe très fort d’unité, d’espérance et de salut. Établi par le Christ en communion de vie, de charité et de vérité, il sert d’instrument pour la rédemption de tous et il est envoyé au monde entier comme lumière du monde et sel de la terre " (LG 9)
Dans ce peuple, le Concile met l’accent en particulier sur le rôle des laïcs, qui " après avoir été incorporés au Christ par le baptême, ont été associés au Peuple de Dieu et rendus à leur manière participants de l’office sacerdotal, prophétique et royal du Christ, et qui exercent pour leur part la mission dévolue au peuple chrétien tout entier dans l’Église et dans le monde " (LG 31). En insistant sur leur fonction éminemment séculière, il ajoute que " de par leur vocation propre, il revient aux laïcs de chercher le royaume de Dieu en administrant les choses temporelles et en les ordonnant selon Dieu. Ceux-ci vivent dans le siècle, engagés dans toutes et chacune des affaires du monde, plongés dans l’ambiance où se meuvent la vie de la famille et la vie sociale dont leur existence est comme tissée. C’est là qu’ils sont appelés par Dieu, jouant ainsi le rôle qui leur est propre et guidés par l’esprit évangélique, à travailler comme de l’intérieur, à la manière d’un ferment, à la sanctification du monde et à manifester ainsi le Christ aux autres, principalement par le témoignage de leur propre vie, par le rayonnement de leur foi, de leur espérance et de leur charité ".
Dans Christifideles laici, Jean-Paul II approfondit ce que signifie cette triple mission pour les laïcs. Voyons de qu’il dit. À propos de l’office sacerdotal : " Incorporés à Jésus-Christ, les baptisés sont unis à Lui et à son sacrifice par l’offrande d’eux-mêmes et de toutes leurs activités (cf. Rm 12, 1-2). Parlant des fidèles laïcs, le Concile déclare : " Toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient offrandes spirituelles agréables à Dieu par Jésus-Christ (cf. 1 P 2, 5) ; et dans la célébration eucharistique ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration " (ChL 14).
L’office prophétique, sur les traces du Christ qui proclama le règne du Père par le témoignage de sa vie et la vertu de sa parole, " habilite et engage les fidèles laïcs à recevoir l’Évangile dans la foi, et à l’annoncer par la parole et par les actes, sans hésiter à dénoncer courageusement le mal. Unis au Christ, ‘le grand prophète’ (Lc 7, 16), et constitués dans l’Esprit ‘témoins’ du Christ ressuscité, les fidèles laïcs sont rendus participants autant au sens de la foi surnaturel-le de l’Eglise qui ‘ne peut se tromper dans la foi’ qu’à la grâce de la parole (cf. Ac 2,17-18 ; Ap 19,10) ; ils sont au surplus appelés à faire briller la nouveauté et la force de l’Évangile dans leur vie quotidienne, familiale et sociale " (ChL 14).
Par l’office royal, ils se mettent au service du royaume de Dieu et de sa diffusion dans l’histoire, d’abord par le combat spirituel qu’ils mènent pour détruire en eux le règne du péché, et ensuite par le don d’eux-mêmes pour servir " dans la charité et dans la justice, Jésus Lui-même, présent en tous ses frères, surtout dans les plus petits (cf. Mt 25, 40) ".
Jean-Paul II est aussi l’auteur de la Lettre sur le sens chrétien de la souffrance humaine, dans laquelle il dit : " Le Rédempteur a souffert à la place de l’homme et pour l’homme. Tout homme participe d’une manière ou d’une autre à la Rédemption. Chacun est appelé, lui aussi, à participer à la souffrance par laquelle la Rédemption s’est accomplie. Il est appelé à participer à la souffrance par laquelle toute souffrance humaine a aussi été rachetée. En opérant la Rédemption par la souffrance, le Christ a élevé en même temps la souffrance humaine jusqu’à lui donner valeur de Rédemption. Tout homme peut donc, dans sa souffrance, participer à la souffrance rédemptrice du Christ " (n. 19).