Le développement spirituel du chrétien et de l’Église

à la lumière de la lettre apostolique Mane nobiscum Domine

du Pape Jean-Paul II

 

Igor Kowalewski,

Moscou

 

Après l’indiction de l’Année du Rosaire, le Saint-Père Jean-Paul II propose à l’Église universelle d’« intérioriser le mystère de l’Eucharistie » en proclamant l’Année de l’Eucharistie, d’octobre 2004 à octobre 2005.

Il ne saurait y avoir de meilleur itinéraire que celui des disciples d’Emmaüs pour comprendre et intérioriser le chemin que le Seigneur parcourt avec son Église, et pour approfondir le sens du mystère eucharistique. Un chemin de croissance dans la foi et de prière, un chemin d’illumination, de communion, de solidarité, de reconnaissance au Seigneur et de mission.

Au sujet de l’icône des disciples d’Emmaüs, le Saint-Père nous dit : « Sur la route de nos interrogations et de nos inquiétudes, parfois de nos cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre compagnon pour nous introduire, en interprétant les Écritures, à la compréhension des mystères de Dieu » (Lettre apostolique Mane nobiscum Domine 2) et à la communion avec Lui (cf. DV 2).

Tout parcours spirituel a son commencement dans le Christ (cf. Phil 1,6). C’est lui qui nous appelle à être ses disciples (cf. Mc 3,13). Il est le commencement et la fin, l’alfa et l’oméga de toute la création (cf. Ap 1,8). Tout a été créé par lui, et tout atteint sa vraie plénitude en lui. C’est le Christ, le Seigneur, qui appelle les deux disciples affligés qui rentrent à Emmaüs, leur village natal. C’est lui qui va vers eux, qui chemine avec eux, en éclairant leur esprit et en les amenant à la communion avec lui. Le Christ n’est pas seulement au centre de l’histoire de l’Église, il est aussi au centre de l’histoire de l’humanité. Tout se résume en lui (cf. Eph 1,10 ; Col 1,15-20).

Nous devons aussi rappeler la vigueur avec laquelle le Concile œcuménique Vatican II a déclaré, citant le Pape Paul VI, que le Christ « est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations » (GS 45). En lui, qui est le Verbe fait chair, se révèlent non seulement le mystère de Dieu, mais aussi le mystère de l’homme lui-même (cf. GS 22). En lui, l’homme trouve la rédemption et la plénitude.

 

Apprendre « l’art de la prière »

 

Dans cet itinéraire de foi, le Christ se rend présent, il vient à nous en se faisant notre interlocuteur. Il nous invite à partager avec lui nos pensées pleines de tristesse, notre désespoir, et les événements qui ont suscité en nous ces pensées et ces sentiments (cf. Lc 24,15).

Sans avoir reconnu le Christ dans ce voyageur qui chemine à leurs côtés, les disciples d’Emmaüs lui racontent tout ce qui s’est passé : c’est déjà une façon de prier avec le Seigneur ! Le Seigneur nous écoute, il est toujours proche de nous. Il fait partie de la pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples que de les écouter toujours, et en particulier dans les moments difficiles, dans les moments d’échec, de doute, de déception, de frustration.

Le Seigneur vient donc à notre rencontre avant même que nous ne le lui demandions, et il nous écoute en toutes circonstances, prêt à nous réconforter et à mettre en lumière tout ce qui nous arrive. Il sait écouter d’abord, puis il nous parle, en nous expliquant le sens de tout ce qui décourage notre cœur. Celui qui apprend cet art de la prière est capable d’atteindre le plus haut degré de sainteté (cf. MND 8).

Le dimanche est un jour particulièrement propice à la prière, à l’écoute du Seigneur. C’est le premier jour que, ressuscité d’entre les morts, Jésus s’est approché des disciples d’Emmaüs et a fait route avec eux, en leur expliquant les Écritures. Pour grandir dans l’art de la prière, le Saint-Père donne « une importance particulière à l’Eucharistie dominicale et au dimanche lui-même, entendu comme un jour particulier de la foi, jour du Seigneur ressuscité et du don de l’Esprit, vraie Pâque hebdomadaire » (Ibid. 8). Puis il invite les fidèles à la pratique de la Liturgie des Heures, par laquelle l’Église sanctifie les différentes heures du jour et les rythmes du temps selon l’articulation propre à l’année liturgique, et il les exhorte aussi à cultiver la prière mariale, notamment celle du Rosaire, si chère au peuple de Dieu (cf. Ibid.).

 

 

Le chemin vers Dieu est un chemin d’illumination progressive

 

Le chrétien ne vit pas dans les ténèbres (cf. 1 Th 5,4), il n’avance pas au hasard, sans savoir où il va. À ses côtés, marche Celui qui est la Lumière du monde. Le Christ vient lui donner sa lumière, qui éclaire son intelligence, lui ouvre les yeux et affermit sa volonté, en infusant la joie dans son cœur, quoi qu’il arrive.

Le chrétien « en marche » a alors la certitude que le Seigneur est toujours avec lui, et que tout ce qui arrive, à lui personnellement ou à toute la communauté, même les événements les plus dramatiques, prennent un sens salvifique au niveau individuel et à celui de la communauté. De ce point de vue, l’apparition de Jésus ressuscité aux disciples d’Emmaüs est un véritable chemin d’illumination. Le Seigneur leur explique le sens de tout ce qui leur est arrivé (cf. Lc 24,27). Sur ce chemin, le Seigneur se révèle progressivement jusqu’à leur faire « ouvrir les yeux ». Alors, éclairés (cf. Ps 119, 130), ils reconnaissent enfin le Maître (cf. Lc 24,31).

La Parole, qui est lumière pour les yeux, précède la fraction du pain. De même, dans la Messe, la liturgie de la Parole de Dieu précède la liturgie eucharistique. Ces deux « tables », celle de la Parole et celle du Pain, ne peuvent pas être comprises l’une sans l’autre.

Jésus s’est qualifié lui-même de « Lumière du monde » (Jn 8,12), et cette caractéristique est bien mise en évidence par des moments de sa vie tels que la Transfiguration et la Résurrection, où sa gloire divine resplendit clairement. Dans l’Eucharistie, la gloire du Christ est voilée, comme l’était l’identité du « voyageur » pour les disciples d’Emmaüs jusqu’à ce qu’ils le reconnaissent à la fraction du pain. Le Sacrement eucharistique est un mysterium fidei, Lumière cachée, mais qui veut se révéler (cf. MND 11).

Pour en revenir au récit des disciples d’Emmaüs, nous voyons que le Christ lui-même intervient pour montrer, « en partant de Moïse et de tous les prophètes, que toute l’Écriture conduit au mystère de sa personne (Lc 24,27). Ses paroles font ‘brûler’ le cœur des disciples, les soustraient à l’obscurité de la tristesse et du désespoir, et suscitent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur (Lc 24,29) » (MND 12).

Toute la sainte Écriture est pour le croyant une lumière qui le conduit peu à peu à la connaissance du Christ, à sa révélation, comme le Jésus sait bien, lorsqu’il explique les Écritures aux deux disciples. Le Christ est le nouveau Moïse, le Prophète par excellence. Il est donc plénitude et accomplissement de la Loi et des Prophètes. C’est pourquoi l’Ancien et le Nouveau Testament sont tous deux nécessaires pour parvenir à la compréhension du mystère chrétien.

Pour que la Parole puisse illuminer les esprits, « dans la Constitution Sacrosanctum Concilium, les Pères du Concile Vatican II ont voulu que la ‘Table de la Parole’ ouvrît abondamment aux fidèles les trésors de l’Écriture. C’est pourquoi ils ont permis que, dans la Célébration liturgique, spécialement les lectures bibliques soient offertes dans une langue compréhensible à tous. C’est le Christ lui-même qui parle lorsque, dans l’Église, on lit les Saintes Écritures » (MND 13).

Mais, dit encore le Pape, « il ne suffit pas que les passages bibliques soient proclamés dans une langue compréhensible si la proclamation n’est pas faite avec le soin, la préparation préalable, l’écoute recueillie, le silence méditatif, qui sont nécessaires pour que la Parole de Dieu touche la vie et l’éclaire » (Ibid.). Il faut aussi que la Parole de Dieu soit annoncée de manière telle qu’elle éclaire nos esprits et rende nos cœurs ardents, pour que nous arrivions ainsi bien préparés à la deuxième « table », celle de la fraction du pain. « Il est significatif – dit le Pape – que les deux disciples d’Emmaüs, bien préparés par les paroles du Seigneur, l’aient reconnu, alors qu’ils étaient à table, au moment du simple geste de la « fraction du pain » (MND 14).

Une fois que les esprits sont éclairés et que les cœurs sont brûlants, les signes « parlent ». C’est à travers les signes que le mystère peut en quelque sorte se dévoiler aux yeux du croyant. Si nous écoutons chaque jour la Parole de Dieu, nous serons bien préparés à comprendre les gestes que le Seigneur accomplit devant nous.

 

 

Le chrétien est appelé à la communion avec le Seigneur

 

C’est le Seigneur qui nous donne son Corps et le calice de son Sang afin que nous nous en nourrissions, que nous les assimilions jusqu’à nous transformer en Lui. C’est donc nous qui nous transformons en son Corps, et qui faisons sa volonté sans demander à Dieu de faire la nôtre.

À ce sujet, le Saint-Père nous dit que la dimension la plus évidente de l’Eucharistie est sans aucun doute celle du repas. L’Eucharistie est née au soir du Jeudi saint, dans le contexte du repas pascal. Elle porte donc, inscrit dans sa structure même, le sens de la convivialité. « Prenez, mangez… Puis, prenant la coupe, il leur dit : buvez-en tous » (Mt 26,26-27) (cf. MND 15). Cet aspect exprime bien la relation de communion que le Seigneur veut établir avec ses disciples. Communier avec le Christ veut dire mourir au péché et vivre pour Dieu. L’aspect sacrificiel est aussi un élément fondamental de l’Eucharistie et, par conséquent, de la spiritualité du chrétien, de sa croissance. Pour saint Paul, le chrétien est crucifié avec le Christ (cf. Ga 2,20 ; Rm 6,6). Mort au péché et vivant pour Dieu. Le Corps du Seigneur que nous mangeons est un corps rompu, sacrifié. Il nous appartient donc d’en faire de même.

Ce concept, le Pape nous le rappelle en nous disant que le repas eucharistique a un sens profondément et surtout sacrificiel (cf. Ibid.). Le Christ nous y présente à nouveau le sacrifice accompli une fois pour toutes sur le Golgotha. La Liturgie nous rappelle dans l’acclamation après la consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection ».

 

La communion avec le Christ est aussi communion entre nous

 

Nous avons vu que le chrétien n’est pas un individu isolé du reste du monde ou qui suit son propre chemin. Les disciples qui rentrent à Emmaüs sont deux, auxquels se joint un troisième voyageur. Il se forme ainsi une petite communauté qui marche avec le Christ. À la fin du voyage, les deux disciples vivront la même expérience : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » (Lc 24,32). Le cœur de ces deux disciples ne fait plus qu’un spirituellement. Le Christ nous met en communion de sentiments, de pensées, de volonté. Après quoi, ils retourneront ensemble à Jérusalem (cf. Lc 24,33).

Les disciples d’Emmaüs acquièrent peu à peu un seul cœur en marchant avec le Seigneur. Nous marchons avec le Seigneur dans la mesure où nous entrons en relation « avec son Corps », où nous ne faisons qu’un seul corps avec lui. L’apôtre Paul dit : « Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Cor 10,17).

Dans le mystère eucharistique, Jésus édifie l’Église communion selon le modèle suprême de la prière sacerdotale : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). L’unité visible des chrétiens est le signe d’après lequel le monde pourra croire en la présence du Christ. En outre, la communion entre nous, les croyants, est aussi un signe de croissance spirituelle.

L’Eucharistie est épiphanie de communion et manifestation suprême d’unité. Elle est communion avec le Christ ; elle est communion hiérarchique fondée sur la conscience des différents rôles et ministères, et confirmée continuellement par la mention faite au Pape et à l’Évêque diocésain dans la prière eucharistique ; elle est communion fraternelle, en suscitant en nous des sentiments d’ouverture réciproque, affection, compréhension et pardon (cf. MND 21). La communion fraternelle qui nous pousse au partage des biens spirituels doit s’étendre aussi au partage des biens matériels (cf. Ac 2,42-47 ;4,32-35).

 

 

La rencontre avec le Christ nous pousse à la mission

 

C’est par cette rencontre personnelle avec le Christ, avec l’Amour fait chair, que débute la mission pour chaque chrétien.

Après avoir reconnu le Seigneur, les deux disciples d’Emmaüs « se levèrent à l’instant même » (Lc 24,33) pour communiquer ce qu’ils avaient vu et entendu. Lorsqu’on a fait une véritable expérience du Ressuscité, se nourrissant de sa Parole, de son corps et de son sang, on ne peut plus garder pour soi seul la joie éprouvée. La rencontre avec le Christ, approfondie en permanence dans l’intimité de la « table » de la Parole et du pain eucharistique, suscite dans l’Église et en chaque chrétien l’urgence du témoignage et de l’évangélisation. L’envoi à la fin de chaque Messe constitue une consigne qui pousse le chrétien à s’engager pour la diffusion de l’Évangile et pour l’animation chrétienne de la société (cf. MND 24). Pourquoi, alors, ne retrouve-t-on pas, chez tant de chrétiens, ce zèle apostolique, ce feu qui brûlait dans le cœur des disciples après leur rencontre avec le Christ ? Serait-ce qu’ils n’entendent pas l’appel du Christ et qu’ils ne savent pas qu’il les envoie dans le monde ? Serait-ce qu’ils ne le reconnaissent pas dans la fraction du pain et qu’ils n’écoutent pas sa Parole ?

L’Eucharistie ne procure pas seulement la force intérieure, mais aussi, en un sens, le projet. Elle est en effet une manière d’être – dit le Pape – qui, de Jésus, passe chez le chrétien et, par le témoignage de ce dernier, vise à se répandre dans la société et dans la culture. Pour cela se réalise, il est nécessaire que chaque fidèle assimile, dans la méditation personnelle et communautaire, les valeurs que l’Eucharistie exprime, les attitudes qu’elle inspire, les propositions de vie qu’elle suscite (cf. MND 25).

 

 

La communion avec le Christ porte à une action de grâce permanente

 

L’action de grâce est un élément fondamental de notre croissance spirituelle. La sainte Écriture nous invite sans cesse à nous souvenir des immenses bienfaits que le Seigneur a eus pour nous (cf. Ps 78,7 ; 103,2 ; 106,13 : 106,21). Oublier les œuvres que le Seigneur a accomplies pour nous équivaut à oublier notre histoire du salut.

L’Eucharistie est l’action de grâce par excellence, celle par laquelle le Christ s’offre en sacrifice parfait au Père. Comme nous le rappelle le Pape, dans le « oui » inconditionnel du Christ à la volonté du Père, il y a le « oui », le « merci » et l’ « amen » de l’humanité entière. Il est urgent que cela soit réalisé, surtout dans notre culture sécularisée, qui est imprégnée de l’oubli de Dieu et qui favorise la vaine autosuffisance de l’homme : « La créature sans son Créateur s’évanouit ». Cette référence transcendante, qui nous engage à un « merci » permanent – à une attitude eucharistique précisément – pour ce que nous avons et pour ce que nous sommes, ne porte pas préjudice à la légitime autonomie des réalités terrestres, mais elle la fonde au sens le plus authentique, en lui assignant, dans le même temps, ses justes limites » (MND 26).

 

 

La communion avec le Christ nous rend solidaires de tous les hommes

 

En vrais chrétiens, nous devons prendre exemple sur le Christ ! Le Christ, dans son incarnation, a solidarisé avec toute l’humanité. Il s’est dépouillé de tout, même de sa gloire, pour se faire l’un de nous (cf. Phil 2). Dans l’Eucharistie, il va jusqu’à se dépouiller de son identité d’homme, pour que nous puissions devenir nous-mêmes la continuation de son humanité. Et encore, dans l’Eucharistie, le Christ se fait solidaire des plus pauvres entre les pauvres ; des humiliés, des oubliés, des « derniers ». Dans combien de tabernacles et de temples, Jésus Eucharistie demeure-t-il, des heures durant, oublié, ignoré… Assurément, c’est là la démonstration d’un amour extrême.

Le chrétien qui communie et qui contemple le Christ dans l’Eucharistie apprend d’elle à se faire artisan de communion, de paix, de solidarité dans toutes les circonstances de la vie. Il apprend à être un pauvre parmi les pauvres et à ne pas craindre les outrages, les humiliations. Il apprend à aimer jusqu’au bout.

Aujourd’hui plus que jamais, dit le Pape, dans un monde déchiré par le terrorisme et l’exploitation des plus faibles et dévasté par les guerres, les chrétiens sont appelés à vivre la dimension eucharistique de la solidarité et du service aux plus petits (cf. MND 27).

La solidarité, le service désintéressé, dit encore le Pape, sera le critère de l’authenticité de nos célébrations eucharistiques et du développement spirituel de chaque chrétien et de l’Église. Dans l’Eucharistie, notre Dieu a manifesté jusqu’où peut aller l’amour, en bouleversant tous les critères de pouvoir qui régissent trop souvent les rapports humains, et en affirmant de façon radicale le critère du service : « Si quelqu’un veut être le premier de tous, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35). « Ce n’est pas un hasard si, dans l’Évangile de Jean, nous ne trouvons pas le récit de l’institution eucharistique, mais celui du « lavement des pieds » (Jn 13,1-20) : en s’agenouillant pour laver les pieds de ses disciples, Jésus explique sans équivoque le sens de l’Eucharistie. À son tour, saint Paul rappelle avec vigueur que n’est pas permise une célébration eucharistique où ne resplendit pas la charité manifestée dans le partage concret avec les plus pauvres (1Cor 11,17-22.27-34) » (MND 28).

 

 

Pour conclure

 

Chaque chrétien doit garder présente à l’esprit cette vérité : Dieu nous a choisis dans le Christ, son Fils, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles dans l’amour (cf. Eph 1). C’est la raison pour laquelle notre croissance spirituelle est possible, jusqu’à la communion parfaite avec le Christ. C’est lui qui nous a choisis et qui se fait chemin à suivre. Il se fait aussi compagnon de route sur ce chemin.

La foi qui, en lui, a son commencement et sa perfection, n’est pas quelque chose de statique : elle a besoin de grandir, comme la vie elle-même. Elle devient lumineuse grâce à la prière, c’est-à-dire grâce l’écoute de la Parole de Dieu qui, à son tour, nous révèle le vrai sens de tout ce qui se passe autour de nous.

Dans cette croissance spirituelle, la foi a ses crises, qui nous font parfois revenir en arrière, comme les disciples d’Emmaüs. Mais le Seigneur qui nous a appelés ne nous abandonne jamais. Il vient à notre rencontre, il se fait présent aussi autrement, et il nous fait comprendre le sens salvifique de ce qui nous a fait revenir en arrière.

Si nous lui permettons d’être à nos côtés dans notre découragement, autrement dit si nous n’abandonnons pas la prière et l’écoute de la Parole de Dieu, la lumière se fera en nous, et notre cœur deviendra « tout brûlant ». Nous demanderons comme les disciples d’Emmaüs : « Reste avec nous, Seigneur ! ». Nous le reconnaîtrons à nouveau en rompant le pain, signe de son amour parfait pour nous, et il nous fera reprendre avec joie le chemin de la mission.