Le développement spirituel du chrétien et de
l’Église
à la lumière de la lettre
apostolique Mane nobiscum Domine
du Pape Jean-Paul II
Après l’indiction de l’Année du Rosaire, le Saint-Père Jean-Paul II propose à l’Église universelle d’« intérioriser le mystère de l’Eucharistie » en proclamant l’Année de l’Eucharistie, d’octobre 2004 à octobre 2005.
Il ne saurait y avoir de meilleur itinéraire que celui des disciples
d’Emmaüs pour comprendre et intérioriser le chemin que le Seigneur parcourt
avec son Église, et pour approfondir le sens du mystère eucharistique. Un
chemin de croissance dans la foi et de prière, un chemin d’illumination, de
communion, de solidarité, de reconnaissance au Seigneur et de mission.
Au sujet de l’icône des disciples d’Emmaüs, le Saint-Père nous dit :
« Sur la route de nos interrogations et de nos inquiétudes, parfois de nos
cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre compagnon
pour nous introduire, en interprétant les Écritures, à la compréhension des
mystères de Dieu » (Lettre apostolique Mane
nobiscum Domine 2) et à la communion avec Lui (cf. DV 2).
Tout parcours spirituel a son commencement dans le Christ (cf. Phil 1,6).
C’est lui qui nous appelle à être ses disciples (cf. Mc 3,13). Il est le
commencement et la fin, l’alfa et l’oméga de toute la création (cf. Ap 1,8).
Tout a été créé par lui, et tout atteint sa vraie plénitude en lui. C’est le
Christ, le Seigneur, qui appelle les deux disciples affligés qui rentrent à
Emmaüs, leur village natal. C’est lui qui va vers eux, qui chemine avec eux, en
éclairant leur esprit et en les amenant à la communion avec lui. Le Christ
n’est pas seulement au centre de l’histoire de l’Église, il est aussi au centre
de l’histoire de l’humanité. Tout se résume en lui (cf. Eph 1,10 ; Col
1,15-20).
Nous devons aussi rappeler la vigueur avec laquelle le Concile œcuménique
Vatican II a déclaré, citant le Pape Paul VI, que le Christ « est le terme
de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire
et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et
la plénitude de leurs aspirations » (GS 45). En lui, qui est le Verbe fait
chair, se révèlent non seulement le mystère de Dieu, mais aussi le mystère de
l’homme lui-même (cf. GS 22). En lui, l’homme trouve la rédemption et la
plénitude.
Apprendre « l’art de la
prière »
Dans cet itinéraire de foi, le Christ se rend présent, il vient à nous en
se faisant notre interlocuteur. Il nous invite à partager avec lui nos pensées
pleines de tristesse, notre désespoir, et les événements qui ont suscité en
nous ces pensées et ces sentiments (cf. Lc 24,15).
Sans avoir reconnu le Christ dans ce voyageur qui chemine à leurs côtés,
les disciples d’Emmaüs lui racontent tout ce qui s’est passé : c’est déjà
une façon de prier avec le Seigneur ! Le Seigneur nous écoute, il est
toujours proche de nous. Il fait partie de la pédagogie du Seigneur à l’égard
de ses disciples que de les écouter toujours, et en particulier dans les moments
difficiles, dans les moments d’échec, de doute, de déception, de frustration.
Le Seigneur vient donc à notre rencontre avant même que nous ne le lui
demandions, et il nous écoute en toutes circonstances, prêt à nous réconforter
et à mettre en lumière tout ce qui nous arrive. Il sait écouter d’abord, puis
il nous parle, en nous expliquant le sens de tout ce qui décourage notre cœur.
Celui qui apprend cet art de la prière est capable d’atteindre le plus haut
degré de sainteté (cf. MND 8).
Le dimanche est un jour particulièrement propice à la prière, à l’écoute du
Seigneur. C’est le premier jour que, ressuscité d’entre les morts, Jésus s’est
approché des disciples d’Emmaüs et a fait route avec eux, en leur expliquant
les Écritures. Pour grandir dans l’art de la prière, le Saint-Père donne
« une importance particulière à l’Eucharistie
dominicale et au dimanche
lui-même, entendu comme un jour particulier de la foi, jour du Seigneur
ressuscité et du don de l’Esprit, vraie Pâque hebdomadaire » (Ibid. 8).
Puis il invite les fidèles à la pratique de la Liturgie des Heures, par
laquelle l’Église sanctifie les différentes heures du jour et les rythmes du
temps selon l’articulation propre à l’année liturgique, et il les exhorte aussi
à cultiver la prière mariale, notamment celle du Rosaire, si chère au peuple de
Dieu (cf. Ibid.).
Le chemin vers Dieu est un
chemin d’illumination progressive
Le chrétien ne vit pas dans les ténèbres (cf. 1 Th 5,4), il n’avance pas au
hasard, sans savoir où il va. À ses côtés, marche Celui qui est la Lumière du
monde. Le Christ vient lui donner sa lumière, qui éclaire son intelligence, lui
ouvre les yeux et affermit sa volonté, en infusant la joie dans son cœur, quoi
qu’il arrive.
Le chrétien « en marche » a alors la certitude que le Seigneur est toujours avec lui, et que tout ce qui arrive, à lui personnellement ou à toute la communauté, même les événements les plus dramatiques, prennent un sens salvifique au niveau individuel et à celui de la communauté. De ce point de vue, l’apparition de Jésus ressuscité aux disciples d’Emmaüs est un véritable chemin d’illumination. Le Seigneur leur explique le sens de tout ce qui leur est arrivé (cf. Lc 24,27). Sur ce chemin, le Seigneur se révèle progressivement jusqu’à leur faire « ouvrir les yeux ». Alors, éclairés (cf. Ps 119, 130), ils reconnaissent enfin le Maître (cf. Lc 24,31).
La Parole, qui est lumière pour les yeux, précède la fraction du pain. De même, dans la Messe, la liturgie de la Parole de Dieu précède la liturgie eucharistique. Ces deux « tables », celle de la Parole et celle du Pain, ne peuvent pas être comprises l’une sans l’autre.
Jésus s’est qualifié lui-même de « Lumière du monde » (Jn 8,12),
et cette caractéristique est bien mise en évidence par des moments de sa vie
tels que la Transfiguration et la Résurrection, où sa gloire divine resplendit
clairement. Dans l’Eucharistie, la gloire du Christ est voilée, comme l’était
l’identité du « voyageur » pour les disciples d’Emmaüs jusqu’à ce
qu’ils le reconnaissent à la fraction du pain. Le Sacrement eucharistique est
un mysterium fidei, Lumière cachée,
mais qui veut se révéler (cf. MND 11).
Pour en revenir au récit des disciples d’Emmaüs, nous voyons que le Christ
lui-même intervient pour montrer, « en partant de Moïse et de tous les
prophètes, que toute l’Écriture conduit au mystère de sa personne (Lc 24,27).
Ses paroles font ‘brûler’ le cœur des disciples, les soustraient à l’obscurité
de la tristesse et du désespoir, et suscitent en eux le désir de demeurer avec
lui : Reste avec nous, Seigneur
(Lc 24,29) » (MND 12).
Toute la sainte Écriture est pour le croyant une lumière qui le conduit peu
à peu à la connaissance du Christ, à sa révélation, comme le Jésus sait bien,
lorsqu’il explique les Écritures aux deux disciples. Le Christ est le nouveau
Moïse, le Prophète par excellence. Il est donc plénitude et accomplissement de
la Loi et des Prophètes. C’est pourquoi l’Ancien et le Nouveau Testament sont
tous deux nécessaires pour parvenir à la compréhension du mystère chrétien.
Pour que la Parole puisse illuminer les esprits, « dans la
Constitution Sacrosanctum Concilium,
les Pères du Concile Vatican II ont voulu que la ‘Table de la Parole’ ouvrît
abondamment aux fidèles les trésors de l’Écriture. C’est pourquoi ils ont
permis que, dans la Célébration liturgique, spécialement les lectures bibliques
soient offertes dans une langue compréhensible à tous. C’est le Christ lui-même
qui parle lorsque, dans l’Église, on lit les Saintes Écritures » (MND 13).
Mais, dit encore le Pape, « il ne suffit pas que les passages
bibliques soient proclamés dans une langue compréhensible si la proclamation
n’est pas faite avec le soin, la préparation préalable, l’écoute recueillie, le
silence méditatif, qui sont nécessaires pour que la Parole de Dieu touche la vie
et l’éclaire » (Ibid.). Il faut aussi que la Parole de Dieu soit annoncée
de manière telle qu’elle éclaire nos esprits et rende nos cœurs ardents, pour
que nous arrivions ainsi bien préparés à la deuxième « table », celle
de la fraction du pain. « Il est significatif – dit le Pape – que les deux
disciples d’Emmaüs, bien préparés par les paroles du Seigneur, l’aient reconnu,
alors qu’ils étaient à table, au moment du simple geste de la « fraction
du pain » (MND 14).
Une fois que les esprits sont éclairés et que les cœurs sont brûlants, les
signes « parlent ». C’est à travers les signes que le mystère peut en
quelque sorte se dévoiler aux yeux du croyant. Si nous écoutons chaque jour la
Parole de Dieu, nous serons bien préparés à comprendre les gestes que le
Seigneur accomplit devant nous.
Le chrétien est appelé à la
communion avec le Seigneur
C’est le Seigneur qui nous donne son Corps et le calice de son Sang afin
que nous nous en nourrissions, que nous les assimilions jusqu’à nous
transformer en Lui. C’est donc nous qui nous transformons en son Corps, et qui
faisons sa volonté sans demander à Dieu de faire la nôtre.
À ce sujet, le Saint-Père nous dit que la dimension la plus évidente de
l’Eucharistie est sans aucun doute celle du repas.
L’Eucharistie est née au soir du Jeudi saint, dans le contexte du repas pascal.
Elle porte donc, inscrit dans sa structure même, le sens de la convivialité. « Prenez, mangez… Puis, prenant la
coupe, il leur dit : buvez-en tous » (Mt 26,26-27) (cf. MND 15). Cet
aspect exprime bien la relation de communion que le Seigneur veut établir avec
ses disciples. Communier avec le Christ veut dire mourir au péché et vivre pour
Dieu. L’aspect sacrificiel est aussi un élément fondamental de l’Eucharistie
et, par conséquent, de la spiritualité du chrétien, de sa croissance. Pour
saint Paul, le chrétien est crucifié avec le Christ (cf. Ga 2,20 ; Rm
6,6). Mort au péché et vivant pour Dieu. Le Corps du Seigneur que nous mangeons
est un corps rompu, sacrifié. Il nous appartient donc d’en faire de même.
Ce concept, le Pape nous le rappelle en nous disant que le repas
eucharistique a un sens profondément et surtout sacrificiel (cf. Ibid.). Le
Christ nous y présente à nouveau le sacrifice accompli une fois pour toutes sur
le Golgotha. La Liturgie nous rappelle dans l’acclamation après la
consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous
célébrons ta résurrection ».
La communion avec le Christ est
aussi communion entre nous
Nous avons vu que le chrétien n’est pas un individu isolé du reste du monde
ou qui suit son propre chemin. Les disciples qui rentrent à Emmaüs sont deux,
auxquels se joint un troisième voyageur. Il se forme ainsi une petite
communauté qui marche avec le Christ. À la fin du voyage, les deux disciples
vivront la même expérience : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en
nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre
les Écritures ? » (Lc 24,32). Le cœur de ces deux disciples ne fait
plus qu’un spirituellement. Le Christ nous met en communion de sentiments, de
pensées, de volonté. Après quoi, ils retourneront ensemble à Jérusalem (cf. Lc
24,33).
Les disciples d’Emmaüs acquièrent peu à peu un seul cœur en marchant avec
le Seigneur. Nous marchons avec le Seigneur dans la mesure où nous entrons en
relation « avec son Corps », où nous ne faisons qu’un seul corps avec
lui. L’apôtre Paul dit : « Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, la
multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul
pain » (1 Cor 10,17).
Dans le mystère eucharistique, Jésus édifie l’Église communion selon le
modèle suprême de la prière sacerdotale : « Que tous, ils soient un,
comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux
aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). L’unité
visible des chrétiens est le signe d’après lequel le monde pourra croire en la
présence du Christ. En outre, la communion entre nous, les croyants, est aussi
un signe de croissance spirituelle.
L’Eucharistie est épiphanie de communion et manifestation suprême d’unité.
Elle est communion avec le Christ ; elle est communion hiérarchique fondée sur la conscience
des différents rôles et ministères, et confirmée continuellement par la mention
faite au Pape et à l’Évêque diocésain dans la prière eucharistique ; elle
est communion fraternelle, en
suscitant en nous des sentiments d’ouverture réciproque, affection,
compréhension et pardon (cf. MND 21). La communion fraternelle qui nous pousse
au partage des biens spirituels doit s’étendre aussi au partage des biens
matériels (cf. Ac 2,42-47 ;4,32-35).
La rencontre avec le Christ
nous pousse à la mission
C’est par cette rencontre personnelle avec le Christ, avec l’Amour fait
chair, que débute la mission pour chaque chrétien.
Après avoir reconnu le Seigneur, les deux disciples d’Emmaüs « se
levèrent à l’instant même » (Lc 24,33) pour communiquer ce qu’ils avaient
vu et entendu. Lorsqu’on a fait une véritable expérience du Ressuscité, se
nourrissant de sa Parole, de son corps et de son sang, on ne peut plus garder
pour soi seul la joie éprouvée. La rencontre avec le Christ, approfondie en
permanence dans l’intimité de la « table » de la Parole et du pain
eucharistique, suscite dans l’Église et en chaque chrétien l’urgence du témoignage et de l’évangélisation. L’envoi à la fin de
chaque Messe constitue une consigne
qui pousse le chrétien à s’engager pour la diffusion de l’Évangile et pour
l’animation chrétienne de la société (cf. MND 24). Pourquoi, alors, ne
retrouve-t-on pas, chez tant de chrétiens, ce zèle apostolique, ce feu qui
brûlait dans le cœur des disciples après leur rencontre avec le Christ ?
Serait-ce qu’ils n’entendent pas l’appel du Christ et qu’ils ne savent pas
qu’il les envoie dans le monde ? Serait-ce qu’ils ne le reconnaissent pas
dans la fraction du pain et qu’ils n’écoutent pas sa Parole ?
L’Eucharistie ne procure pas seulement la force intérieure, mais aussi, en
un sens, le projet. Elle est en effet
une manière d’être – dit le Pape – qui, de Jésus, passe chez le chrétien et,
par le témoignage de ce dernier, vise à se répandre dans la société et dans la
culture. Pour cela se réalise, il est nécessaire que chaque fidèle assimile,
dans la méditation personnelle et communautaire, les valeurs que l’Eucharistie
exprime, les attitudes qu’elle inspire, les propositions de vie qu’elle suscite
(cf. MND 25).
La communion avec le Christ
porte à une action de grâce permanente
L’action de grâce est un élément fondamental de notre croissance
spirituelle. La sainte Écriture nous invite sans cesse à nous souvenir des
immenses bienfaits que le Seigneur a eus pour nous (cf. Ps 78,7 ;
103,2 ; 106,13 : 106,21). Oublier les œuvres que le Seigneur a
accomplies pour nous équivaut à oublier notre histoire du salut.
L’Eucharistie est l’action de grâce par excellence, celle par laquelle le
Christ s’offre en sacrifice parfait au Père. Comme nous le rappelle le Pape,
dans le « oui » inconditionnel du Christ à la volonté du Père, il y a
le « oui », le « merci » et l’ « amen » de
l’humanité entière. Il est urgent que cela soit réalisé, surtout dans notre
culture sécularisée, qui est imprégnée de l’oubli de Dieu et qui favorise la
vaine autosuffisance de l’homme : « La créature sans son Créateur
s’évanouit ». Cette référence transcendante, qui nous engage à un
« merci » permanent – à une attitude eucharistique précisément – pour
ce que nous avons et pour ce que nous sommes, ne porte pas préjudice à la
légitime autonomie des réalités terrestres, mais elle la fonde au sens le plus
authentique, en lui assignant, dans le même temps, ses justes limites »
(MND 26).
La communion avec le Christ
nous rend solidaires de tous les hommes
En vrais chrétiens, nous devons prendre exemple sur le Christ ! Le
Christ, dans son incarnation, a solidarisé avec toute l’humanité. Il s’est
dépouillé de tout, même de sa gloire, pour se faire l’un de nous (cf. Phil 2).
Dans l’Eucharistie, il va jusqu’à se dépouiller de son identité d’homme, pour
que nous puissions devenir nous-mêmes la continuation de son humanité. Et
encore, dans l’Eucharistie, le Christ se fait solidaire des plus pauvres entre
les pauvres ; des humiliés, des oubliés, des « derniers ». Dans
combien de tabernacles et de temples, Jésus Eucharistie demeure-t-il, des
heures durant, oublié, ignoré… Assurément, c’est là la démonstration d’un amour
extrême.
Le chrétien qui communie et qui contemple le Christ dans l’Eucharistie
apprend d’elle à se faire artisan de
communion, de paix, de solidarité dans toutes les circonstances de la vie.
Il apprend à être un pauvre parmi les pauvres et à ne pas craindre les
outrages, les humiliations. Il apprend à aimer jusqu’au bout.
Aujourd’hui plus que jamais, dit le Pape, dans un monde déchiré par le
terrorisme et l’exploitation des plus faibles et dévasté par les guerres, les
chrétiens sont appelés à vivre la dimension eucharistique de la solidarité et
du service aux plus petits (cf. MND 27).
La solidarité, le service désintéressé, dit encore le Pape, sera le critère
de l’authenticité de nos célébrations eucharistiques et du développement
spirituel de chaque chrétien et de l’Église. Dans l’Eucharistie, notre Dieu a
manifesté jusqu’où peut aller l’amour, en bouleversant tous les critères de
pouvoir qui régissent trop souvent les rapports humains, et en affirmant de
façon radicale le critère du service : « Si quelqu’un veut être le
premier de tous, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous »
(Mc 9,35). « Ce n’est pas un hasard si, dans l’Évangile de Jean, nous ne
trouvons pas le récit de l’institution eucharistique, mais celui du
« lavement des pieds » (Jn 13,1-20) : en s’agenouillant pour
laver les pieds de ses disciples, Jésus explique sans équivoque le sens de
l’Eucharistie. À son tour, saint Paul rappelle avec vigueur que n’est pas
permise une célébration eucharistique où ne resplendit pas la charité
manifestée dans le partage concret avec les plus pauvres (1Cor
11,17-22.27-34) » (MND 28).
Pour conclure
Chaque chrétien doit garder présente à l’esprit cette vérité : Dieu
nous a choisis dans le Christ, son Fils, pour que nous soyons saints et
irrépréhensibles dans l’amour (cf. Eph 1). C’est la raison pour laquelle notre
croissance spirituelle est possible, jusqu’à la communion parfaite avec le
Christ. C’est lui qui nous a choisis et qui se fait chemin à suivre. Il se fait
aussi compagnon de route sur ce chemin.
La foi qui, en lui, a son commencement et sa perfection, n’est pas quelque
chose de statique : elle a besoin de grandir, comme la vie elle-même. Elle
devient lumineuse grâce à la prière, c’est-à-dire grâce l’écoute de la Parole
de Dieu qui, à son tour, nous révèle le vrai sens de tout ce qui se passe
autour de nous.
Dans cette croissance spirituelle, la foi a ses crises, qui nous font
parfois revenir en arrière, comme les disciples d’Emmaüs. Mais le Seigneur qui
nous a appelés ne nous abandonne jamais. Il vient à notre rencontre, il se fait
présent aussi autrement, et il nous fait comprendre le sens salvifique de ce
qui nous a fait revenir en arrière.
Si nous lui permettons d’être à nos côtés dans notre découragement, autrement dit si nous n’abandonnons pas la prière et l’écoute de la Parole de Dieu, la lumière se fera en nous, et notre cœur deviendra « tout brûlant ». Nous demanderons comme les disciples d’Emmaüs : « Reste avec nous, Seigneur ! ». Nous le reconnaîtrons à nouveau en rompant le pain, signe de son amour parfait pour nous, et il nous fera reprendre avec joie le chemin de la mission.